STONE HEART
CHAPITRE II
Kageyama et Hinata courraient aussi vite qu'ils le purent, hurlant sur leur course jusqu'à ce que le passeur finit par entrer avec brutalité dans le gymnase, poussant d'une main la porte.
- Victoire !, criait-il en tentant de ne pas perdre son souffle, Ça fait 47-45 pour moi.
- T'avais démarré avant moi, c'est de la triche !
- Tu n'avais qu'à m'écouter, imbécile !
- Crétin !
- OÏ !
Ils tournèrent la tête sur le coté à l'unisson et s'aperçurent soudainement de la présence de leurs senpai dans le gymnase. Tanaka, les mains sur les hanches, faisait cette fameuse tête qui faisait peur, les yeux gros comme des billes de billard, le nez retroussé et les dents à découvert.
- Avant de commencer à vous engueuler vous feriez mieux de travailler vos techniques, compris ?
Cette expression avait don de faire flipper le petit spiker.
- Oui Tanaka-senpai !, s'écriait-il droit comme un menhir avant de courir vers le terrain sous le regard incrédule de Kageyama
- Trop la classe ! dit Nishinoya en s'approchant du chauve le pouce en l'air
Tanaka eut un grand sourire fier, content de cette tête qu'il disait «impressionnante», tandis que Suga secouait la tête avec fatigue, bientôt accompagné de Sawamura et Asahi, même si lui gardait son éternel sourire chaleureux. Kageyama se contenta de rouler les yeux au ciel avant de mettre son sac de coté et de prendre un ballon de volley dans un des paniers qui se trouvait dans un coin.
- Oï, Kageyama ! Fait moi une passe ! Une passe !
Le noiraud fixait d'un œil intrigué le roux qui sautillait les bras en l'air pour tentait d'attirer son attention. Il avait vraiment l'air d'un imbécile à toujours se tortiller comme un vers.
- Arrête de gesticuler comme ça, Baka, ou tu ne l'auras pas ta passe.
À ces simples mots, Hinata se raidit et tentait de rester droit. Ne pas avoir de passes de Kageyama, était quelque chose qu'il n'arriverait pas -plus- à concevoir. Après tout, ce n'était qu'avec lui, le Roi du terrain, que le nouveau Petit Géant arrivait à faire ressortir toutes ses capacités de spiker. Ce duo d'attaquants, le 9 et le 10 de Karasuno, était devenu depuis leur dernier match contre Aoba Johsai célèbre, reconnu et respecté. Célèbre est peut-être un trop grand mot... Après tout, ils n'avaient pas encore affronté Shiratorizawa !
Kageyama se mit face au filet, et Yachi se chargea de lui envoyer le ballon. Il l'intercepta et exécuta sa fameuse passe à Hinata qui passait comme un éclair sur le coté et le frappait avec toute la force qu'il pouvait avoir, le ballon frappant le terrain d'un face avec une vitesse phénoménale.
- Oui ! Ça a été encore plus rapide que d'habitude ! S'exclamait Shoyo en levant les poings en l'air
Kageyama eut encore ce réflexe bizarre, de fixer ses deux mains après avoir effectué sa passe. Cette passe. Celle que personne n'avait rattrapé au collège. Ce moment paraissait bête, simple, mais pourtant ce rejet des autres, le son du ballon cognant le sol sans personne pour le rattraper, continuait de le hanter. Kageyama avait toujours peur que Hinata rate cette passe, ou pire, qu'il décide de ne pas la frapper. Kageyama avait peur de se retrouver seul, peur du Roi qui sommeillait en lui, peur de lui.
Ces pensées affluant dans son cerveau, et ses yeux toujours rivés sur ses mains, il ferma fermement les poings et fronçait les sourcils en se mordant l'intérieur de la joue. Même s'ils avaient encore réussi cette courte, même mieux que d'habitude, Kageyama avait de plus en plus de mal à démontrer sa joie. Et Hinata l'avait bien remarqué, particulièrement après leur dernier match contre Oikawa. Il n'avait ni sauté de joie, ni hurlé avec les autres, il était simplement resté docile face au filet. Hinata commençait même à se demander s'il pouvait réellement ressentir les choses.
Pourquoi portait-il avec lui une telle armure ?
- Jolie passe, Kageyama ! Hurlait soudainement Tanaka en frappant le dos de celui-ci le faisant sortir de ses pensées
- M-Merci.
La plupart des joueurs se mirent à parler avec le passeur génie, sauf Hinata, qui continuait de le fixer en baissant ses bras levés le long de son corps. Kageyama écoutait tous ses coéquipiers, mais ne laissait transparaître aucune émotion. Déjà que d'ordinaire, il n'était pas très coopératif et pas très sociable, ces derniers temps c'était pire. Un vrai mur de béton. Et pour une vraie boule d'énergie telle que Hinata, c'était très dur de travailler dans de tels conditions.
Pourquoi... une telle armure ?
Heureusement, par la suite Hinata reprit rapidement sa bonne humeur habituelle, et l'entraînement du matin se concrétisait par un match de quatre contre quatre, avec d'un coté Asahi, Suga, Yamaguchi et Sawamura, puis de l'autre Tanaka, Tsukishima, Hinata et Kageyama. La victoire a été gagné -de peu- par l'équipe du Champion, et Hinata se fit engueulé par le passeur qui se serait prit le ballon dans la tronche, et qui du fait aurait causé leur défaite. Mais bon, rien de très grave, puisque Kageyama essayait du mieux qu'il le pouvait de limiter ses excès de colère, et particulièrement sur le nain.
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Le son de la sonnerie sortit aussitôt Hinata de son profond sommeil. Il balbutia après avoir poussé un cri de surprise, ce qui fit rire toute la classe au complet, sauf la professeur d'anglais qui hurlait en tentant de faire taire ses élèves du mieux qu'elle le pouvait. Mais la sonnerie ayant retentit, la plupart des secondes sortirent de la classe avec leur bentô.
- Tu devrais faire plus attention quand tu t'endors Sho-chan, dit un de ses amis avec un grand sourire amusé
- C'est déjà l'heure de manger ? Répondit le roux en se remettant de son somme
Son ami rit en tapotant son épaule avant de sortir de la classe avec d'autres élèves. Hinata, quant à lui, finit par prendre conscience de la situation et se leva de sa chaise en rangeant ses affaires, et sortant à son tour. Mais une fois hors de la pièce, il percuta violemment quelqu'un qui traversait le couloir.
- Ah ! Désolé ! Je regardais pas où j'allais !
Mais en levant les yeux, il croisa ceux de Kageyama. Et l'aura noir qui entourait ce dernier fit encore plus peur au pauvre garçon, qui reculait aussitôt d'un pas.
- Ka-Kageyama ! Criait-il en bougeant ses mains devant lui
- Fais attention, Idiot !
- Dé-Désolé !
Le brun fit claquer sa langue avec agacement et détournait le regard en lâchant un soupir. L'aura autour de Kageyama disparue, Hinata reprit peu à peu son calme, et clignait plusieurs fois des yeux lorsque le Roi s'éloigna.
- Sois à l'heure au gymnase tout à l'heure. Ja-ne.*
- Attends !
Kageyama s'arrêtait à cet appel, puis se retournait pour faire face à Hinata. Celui-ci, avait les poings serrés, les sourcils froncés, la bouche fendue, cette tête qu'il faisait généralement quand il s'apprêtait à dire quelque chose d'important. Kageyama pouvait s'attendre à tout, même une réprimandassions de sa part.
- Tu.. Tu veux qu'on mange ensemble ?!
Il avait quasiment hurlé dans le couloir, deux ou trois personnes se retournant au passage. Kageyama ouvrit grand les yeux, étonné, et le fut encore plus lorsque Hinata s'inclinait devant lui, balançant un «s'il te plait» en même temps. Pourquoi est-ce qu'il faisait tout ce cirque ?
- Oï ! Redresse-toi, tu veux ?! Imbécile ! C'est d'accord, mais arrête ton cirque, compris ?
- Désolé, mais comme tu es vraiment dur à approcher, je me suis dit que c'était le meilleur moyen pour...
L'aura autour du plus grand réapparut et les cheveux sur la tête d'Hinata se dressèrent un peu plus qu'ils ne l'étaient déjà.
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Ce n'était pas comme si c'était la première fois qu'ils mangeaient tous les deux ensemble, mais Hinata sentait que les choses s'envenimaient de plus en plus du coté de Kageyama. Alors Hinata avait préféré jouer le tout pour le tout. Mais maintenant qu'ils s'étaient installés à coté du gymnase, leur bentô sur leurs genoux, Hinata se demandait si ça n'a pas été un peu trop bête, même bizarre puisqu'ils sont en perpétuelle rivalité. Ça revenait presque à s'être abaissé face à son adversaire. À cette pensée, Hinata se mit à marmonner des paroles inintelligibles tout en avalant son plat, tandis que Kageyama assis à coté de lui gardait le silence. Plusieurs minutes passèrent sans qu'aucun d'entre eux ne s'adresse la parole, jusqu'à ce qu'Hinata tourna la tête vers le passeur.
- OH ! Tu as du pain de viande ! s'écria t-il des étoiles dans les yeux
- Et alors ?
- Partage !
- HEIN ?!
- S'il te plait !, hurlait Hinata en se jetant sur le noiraud
- Dégage de là, Imbécile ! S'exclama Kageyama en plaquant sa main libre contre son visage en tentant de le garder loin de lui
- Ah ?! Sois pas égoïste !
- HINATA !
D'un mouvement trop brusque, le plat de Kageyama s'échappa de sa main et volait un peu plus loin avant de s'écraser au sol.
Oups.
Blanc comme un linge, Hinata restait bloqué dans sa position mi-affalé sur Kageyama, jusqu'à ce que celui-ci tournait la tête vers lui, le visage crispé et haineux comme jamais. Il grognait et attrapait le roux par le col en le soulevant, alors que lui se mit à hurler en se tortillant dans tous les sens.
- Tu peux pas faire attention espèce d'imbécile ?!
- Désolé Kageyama !
- J'espère que t'es content j'ai plus rien à bouffer maintenant !
- Tu n'avais qu'à partagé quand je te l'avais demandé ! S'énerva aussitôt Hinata sur la défensive
- Attends, c'est ma faute maintenant ?! Hurlait-il, IDIOT !
- Égoïste !
- Imbécile !
- Lâche-moi, le Roi !
À ce simple surnom, Kageyama perdit son sang froid. Les yeux exorbités, il se leva, emportant Hinata dans les airs et il levait le poing à coté de sa joue, prêt à le frapper. Mais son geste se bloqua, et Kageyama n'arrivait plus à bouger. Il fixait les yeux bruns du roux, ceux-ci exprimant à la fois la peur d'être frapper, mais aussi la détermination de se battre s'il le fallait.
Dans n'importe quelle situation, Hinata avait le pouvoir de toujours avoir de la détermination. Que ce soit pour n'importe quoi.
Ce qui avait le don particulier d'énerver au plus au point le passeur. L'énerver... Ou même l'intriguer.
Même l'émerveiller.
À cette pensée, Kageyama serrait un peu plus les dents, son poing tremblant en l'air et Hinata avait la respiration coupée par ce moment de doute pour le moins inattendu. Il allait le frapper, non ? Après tout, il l'avait mérité. Hinata savait à quel point le sujet du «Roi» était un point sensible pour Kageyama. Quel idiot je suis..., pensait-il en continuant de fixer le visage crispé du noiraud.
- Hey ! Vous deux ! Qu'est-ce que vous faites ?
Tournant leur tête, les deux secondes pâlirent à vu d'œil lorsqu'ils virent le vice-principal et sa perruque volante au vent accourir vers là où ils étaient, accompagnés de deux professeurs. Kageyama se hâta aussitôt de lâcher le col de Hinata, et les deux adolescents se relevèrent, les bras plaqués contre le corps, la tête haute et les lèvres droites.
- Sensei ! S'écrièrent-ils à l'unisson
- Est-ce que un de vous deux peux m'expliquer ce qu'il se passe ?, dit-il en s'arrêtant face aux garçons, Vous étiez sur le point de vous battre, non ?
Ce genre de fautes pouvait être gravement punie. Ce qui équivaut à une suspension au club de volley-ball. Pour Hinata, être interdit de volley, c'était être interdit de vivre. Les yeux écarquillés, les larmes montantes, il paniqua.
- Désolé Sensei, c'est moi qui-
- C'est ma faute.
La parole coupée, Hinata tournait les yeux vers Kageyama qui lui avait un regard sérieux, et s'inclinait même devant le proviseur. Lui-même était étonné du comportement du seconde dit extrêmement colérique. De plus, il se souvenait très bien de son visage après l'accident de la perruque qui s'était produit au début d'année.
- Je me suis emporté, continuait le passeur la tête toujours vers le bas, Je n'avais aucune raison de m'énerver, et pourtant je l'ai fait. Mais ça ne se reproduira plus ! Veuillez m'excusez !
- Kageyama..., soufflait Hinata
Il n'aurait jamais réagit comme ça. Hinata savait comment ça aurait dû se produire: Il aurait paniqué, menti sur la situation, Kageyama aurait renforcé le mensonge, ils se seraient un peu embrouiller mais ils auraient tout de même réussi à duper le proviseur qui aurait décidé de les laisser tranquille après avoir compris qu'il n'y avait pas de quoi s'en faire. Et après qu'il serait partit, ils se seraient sûrement battu, ou auraient soufflé de soulagement pour ne pas avoir été temporairement suspendu du club. Mais cette fois c'était différent.
Cette fois, Kageyama n'a pas hésité à se jeter à l'eau, à se dénoncer et à s'excuser au proviseur. Pourquoi un tel geste de sa part ?
Qu'est-ce qu'il lui arrivait ?
- Et.. Et bien, balbutia le vice-principal prit de court, S'il n'y a pas eu de coups, je suppose que c'est excusable... Mais que ça ne se reproduise pas ! S'exclama t-il en tentant de rester autoritaire malgré sa tête bouffie
- Merci beaucoup !
- M-Merci ! Dit Hinata en s'inclinant à son tour
Qu'est-ce qu'il lui arrivait ?
Le vice-principal poussait un soupir fier, puis partit. Les pensées affluaient dans la tête du numéro 10, trop d'interrogations, trop de doutes, ce genre de sentiment pouvaient littéralement assommer la boule d'énergie qu'était le roux. Il fixait le sol, toujours incliné en avant même si le proviseur semblait déjà loin, et déglutit difficilement en pensant à Kageyama.
- Comme je n'ai plus rien à manger, j'vais aller me chercher une brique au distributeur. On se retrouve à l'entraînement.
Le passeur partit alors, et Hinata se redressait pour le regarder s'éloigner.
Kageyama n'allait pas bien.
Il était froid, de plus en plus de froid, ne montrait plus aucun signe de joie ni d'amusement, il se conduisait bizarrement,... Il changeait. Et Hinata n'aimait pas ça. Hinata aimait le voir prendre du plaisir à jouer au volley-ball, s'amuser avec toute l'équipe, ou même...
Il aimait quand il restait en sa compagnie, il aimait le voir heureux.
Non, n'oublie pas, tu le détestes. Hinata détestait Kageyama.
Alors pourquoi il s'inquiétait soudainement pour lui ? Pourquoi voir ces moments de joie disparaître lui faisait peur ? Penser que Kageyama changerait pour de bon et deviendrait froid comme de la glace, le terrifiait. Le roux sentit son cœur se serrer, au point qu'il lui fit mal. Ça le faisait terriblement souffrir. En soupirant, sa main vint serrer son t-shirt là où se trouvait son cœur, et il fixait le sol en ne pensant à rien d'autre qu'à cette douleur.
