STONE HEART

CHAPITRE XIII

Extrait du journal de Tobio K., le 2 juin 2016:

« Hinata a dit que j'avais un cœur de pierre. Ça fait si mal. Il a toujours été le premier à croire en moi, je me souviens encore de la fois où il m'a dit qu'il croirait toujours en moi, où il m'a dit qu'il ne me laissera jamais.

Il a dit que j'avais un cœur de pierre. [...]»

.

8h58.

Les rideaux mal fermés laissaient la lumière du soleil levant encombrer la chambre plongée dans le silence. Les merles piaillaient derrière la vitre, et les voitures passèrent dans les rues, leur bruit s'entendant dans la pièce. Hinata semblait se réveiller petit à petit, son nez trémoussant, et ses paupières tremblantes. Ses membres ses remirent à bouger, et il prit une grande inspiration par le nez avant d'ouvrir lentement les yeux, et de voir flou. Il ouvrait et fermait la bouche en poussant un gémissement de fatigue, puis en reprenant ses esprits, il réalisait qu'il n'était pas chez lui. Il se tournait dans le lit dans lequel il se trouvait, et son souffle se coupait quand il se retrouvait face au visage endormi de Kageyama.

Merde, il avait oublié. Il avait passé la nuit chez Kageyama.

Sa main était resté bloqué sur le matelas, il était si proche de lui, plus que la veille. Il pouvait sentir sa respiration chaude, voir ses paupières trembler dans son sommeil, il semblait tellement plus paisible endormi que réveillé. Hinata sentait sa gorge se serrer et son cœur battre fort dans sa poitrine. Cette sensation lui faisait à la fois mal, et à la fois du bien, il ne voulait pas que cela s'arrête même si ça pouvait être douloureux. Il fixait toujours son visage, aimant le fait de pouvoir l'observer sans gêne. Kageyama qui était censé être son ennemi depuis la troisième.

Mais Hinata n'était pas bête.

Il savait qu'il avait tout faux. Il savait qu'il était le seul à penser tout ça. Il savait qu'il ne le détestait pas. Il savait aussi, que si son cœur battait si fort pour lui c'était que c'était évident qu'il n'était pas son ami. Il n'était pas son ami, Hinata savait qu'il ressentait de véritables sentiments amoureux.

« Est-ce que c'est mal si un garçon tombe amoureux d'un autre garçon ? »

Si c'était le cas, cela signifiait que c'était mal ce qu'il faisait ? Hinata éprouvait de l'attirance pour les filles, pour lui jamais il n'aurait été capable d'aimer un garçon. Les garçons étaient des amis, des partenaires, des brutes aussi, avant peu il ne savait pas que deux personnes du même sexe pouvaient s'aimer réellement.

« On ne se rend compte que de ce qui est important, que lorsque l'on l'a perdu. »

Depuis combien de temps alors est-ce qu'il était attiré par Kageyama ?

Peut-être qu'il avait tout faux. Peut-être que tous ces sentiments qu'il éprouvait était une forme de... réconfort naturel, qui lui permettait de se rendre compte qu'il tenait à lui. Peut-être qu'il ne l'aimait pas vraiment, et que si il redevenait à la normale, toutes ces émotions disparaîtraient et tout reviendrait à la normale. Merde, je ne sais pas en fait. Je ne sais plus, se dit Hinata en continuant de fixer le noiraud face à lui.

Et si il se faisait des idées ?

Le roux se mordit la lèvre inférieure, et sentant la respiration chaude de Kageyama, il baissait un instant ses yeux sur sa bouche. Un garçon qui tombe amoureux d'un autre. Lui aussi en était capable ? Alors en ravalant sa salive, Hinata s'avançait doucement avec timidité, n'osant se brusquer lui-même, et quand son front se collait contre celui du garçon face à lui, il fermait lentement les yeux, avec hésitation. Il sentait bientôt ses lèvres effleurer celles de Kageyama, elles se touchaient à peine, mais Hinata se bloquait un instant. Puis finalement il avançait un peu plus sa tête en avant et collait ses lèvres contre les siennes avec tendresse, dans un baiser fin et naïve. Son cœur s'était sûrement arrêté durant ce bref instant. Il se séparait de lui, rouvrant et les yeux et reprenant sa respiration, devenue rauque et forte.

- Merde, murmurait-il alors en réalisant, Je...

Je t'aime vraiment. Kageyama Tobio.

Hinata se redressait sur le lit en se mettant assis, se remettant difficilement de ses émotions, une main serrant sa chemise, et il serrait les dents en n'osant jeter un regard derrière lui. Dieu merci, il ne s'était pas réveiller. Qu'est-ce qu'il aurait fait si il s'était réveillé ? N'essayant même pas d'y penser, Hinata ne voulait pas rester là à attendre, alors il se levait et se dirigeait vers la porte à pas de loups. Une fois en dehors de la chambre, il poussait un long et lourd soupir qui provenait tout droit du fond de sa gorge, et il secouait la tête de droite à gauche, se tournant pour descendre les escaliers deux à deux.

Il se tenait à la rampe, tournait une fois en bas, puis son souffle se coupait net. Il fit un bond en arrière quand se tenaient face à lui, un homme imposant, et derrière lui une femme brune qui ressemblait à Kageyama. Ça devaient être ses parents. Mais le regard terrifiant du père lui fit froid dans le dos, celui-ci le jaugeant de haut en bas. Il ne s'attendait sûrement pas à le voir ici.

- T'es qui toi ?

Sa voix était si froide. Il faisait peur, Hinata ne l'aimait pas.

- Je...

- Qu'est-ce que tu fais ici ?

Le roux n'arrivait pas à lui répondre. Le pire, c'était que l'homme semblait s'énerver, ses poings étaient serrés si forts que ses jointures étaient blanches.

- Depuis combien de temps t'es là ?

- H-Hier soir, monsieur..., répondit brièvement le petit

Cette réponse semblait l'irriter, il devenait blanc comme un linge et la mère plaquait une de ses mains contre sa bouche avec stupeur.

- Il y avait une tempête, et...

Soudain, l'homme le frappait.

Sa main était géante, il faillit l'assommer. Hinata ne poussait qu'un gémissement avant de tomber en arrière, heurtant la console qui se trouvait dans le couloir, le pot de fleur chutant et explosant à terre. Hinata heurtait le sol, son œil souffrant lui faisant subitement mal, son visage s'enflammant. Il regardait pendant un instant la terre étalée sur le parquet, sa respiration coupée, encore choqué, et il relevait les yeux vers les parents devant lui, la mère ayant ses mains jointes et ramenées en boule contre sa poitrine.

- Le péché te consume, le péché est là, il est en toi, tu comportes le mal et ses envies destructrices.

Le père récitait ces paroles en regardant Hinata dans les yeux, l'air terrifiant et menaçant, il s'en foutait de voir qu'il était blessé.

- Oh seigneur, aidez-nous à vaincre le mal, à détruire les ondes maléfiques de cet enfant, aidez-nous par votre bonté éternelle et votre salut !

Il relevait la main, et allait de nouveau le frapper. Hinata se protégeait avec ses bras, fermant les yeux en attendant faiblement que le coup vienne.

Soudain, le père fut arrêté dans son geste, Tobio attrapant son poignet pour le stopper. L'homme ne dit plus rien, fixant son fils droit dans les yeux. Kageyama le défiait du regard, il était en colère, ça se voyait.

- Arrête ça. Tout de suite.

Hinata rouvrait les yeux, et il les écarquillait en apercevant son partenaire devant lui, le protégeant. Il était furieux, ses parents aussi, ça pouvait exploser à n'importe quel moment.

- Comment oses-tu, sifflait son père

- Tu n'avais aucun droit de le frapper.

- Le seigneur m'a donné tous les droits contre ces pêchés.

- Et si il alertait la police pour agression, qu'est-ce que tu leur sortiras aux flics ?

- Tobio, fit sa mère en fronçant les sourcils

- Inviter un ami à dormir chez soi est normal, continuait froidement le noiraud, C'est toi qui est en tort.

Le père serrait les dents, il grognait même, et Kageyama lâchait son poignet, son bras retombant le long de son corps.

- Alors laisse le tranquille.

L'homme regardait par dessus l'épaule de son fils, fixant d'un œil mauvais Hinata toujours à terre.

- Tu as trente seconde pour le faire sortir de chez moi, Tobio, crachait-il

Il fit claquer sa langue et se tournait vers sa femme avant de se diriger vers le salon sans se retourner. Une fois hors de sa vue, Kageyama grognait de rage avant de se tourner vers Hinata qui ne comprenait plus du tout où en est-ce qu'il était. Il s'abaissait, l'air inquiet.

- Ça va ?

Pour simple réponse, Hinata hochait la tête.

9h27.

Kageyama avait raccompagné Hinata sur le chemin du retour vers chez lui. Tout le long, ils ne s'étaient pas adressé la parole tout le long, ne s'étaient pas regardé non plus. Ils habitaient à à peine dix minutes à pied l'un de chez l'autre, mais ce fut cette fois-ci interminable. Hinata allait mieux, il avait au final été sonné, et légèrement coupé au pied à cause du pot qui s'était brisé, rien de plus. Bientôt, ils arrivèrent devant la maison, et Hinata se tournait vers Kageyama. Ils se regardèrent un instant sans prononcer un mot, puis le roux finit par sourire doucement.

- Merci, dit-il alors

- C'est normal.

- Je veux dire, pour m'avoir aidé, tout à l'heure.

Kageyama perdit pendant un instant ses mots, puis détournait les yeux. Il repensait au comportement inacceptable de ses parents, et s'en voulut horriblement. Jamais ça n'aurait dû se produire, jamais. Mais en croisant le regard de Hinata, remplis de reconnaissance, ces pensées disparurent une à une de sa tête.

- Vraiment, merci. Et aussi pour... Pour m'avoir gardé pour la nuit.

- T'y étais forcé.

- Oui, bah quand même !

Kageyama soupirait par le nez avec un rictus, et Hinata sourit. Il frappait alors son dos, le plus grand ouvrant grand ses yeux.

- Reviens vite à l'entraînement lundi ! Et ne sors pas d'autres excuses, compris ?

Kageyama grognait, marmonnant dans son coin des paroles inintelligibles, et Hinata rit. Puis il levait la main en l'air, le saluant avant de rentrer chez lui. Il lançait un «Ja-ne» et disparut, Kageyama restant seul en repensant à tout ce qui s'était passé. Soudain, il se sentit mal, très mal.

Il savait qu'il était allé bien trop loin dans son cœur.

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Extrait du journal de Tobio K., le 31 mai 2016:

« C'est moi qui ai peur, ça ne devrait pas être lui. J'ai eu tellement mal, j'ai tellement souffert, je ne veux plus jamais ressentir à nouveau ces sentiments. La tristesse, cette sensation d'abandon, de chagrin, c'était une combinaison abominable, je ne veux plus que ça recommence. Plus jamais.

Et pourtant, je sais que je souffrirais encore.

Parce que je suis en train d'aimer Hinata, de plus en plus, et vraiment profondément.

Je me sens bien avec lui, les mots qu'ils m'adressent signifient toujours énormément pour moi, j'aime être à ses cotés, je veux jouer avec lui pour toujours. Je ressens ce même sentiment que j'ai eu avec Oikawa, je sais parfaitement ce que cela signifie.

Merde, je veux pas tomber amoureux. Je ne le supporterai pas.

Je ne veux pas perdre Hinata non plus, c'est la seule personne qui puisse me comprendre. Je ne sais plus quoi faire. Je ne peux pas le laisser détruire mon cœur après être rentré dans ma muraille. Je ne veux pas de ça, je dois y remédier.

Je dois m'éloigner au plus vite, à nouveau. »

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9h23.

Hinata chantonnait en direction du gymnase, un sourire sur les lèvres, marchant tranquillement sans précipitation. Il faisait grisâtre encore aujourd'hui, même après la tempête qui s'était produit. L'humidité ne semblait pourtant pas déranger le roux qui rentrait dans les vestiaires.

Hinata était heureux.

Depuis vendredi soir, il était heureux. Depuis qu'il avait passé la nuit chez Kageyama. Malgré la rencontre qu'il avait eut avec ses parents, bien entendu. Mais après tout, Kageyama lui avait pourtant dit que ses parents étaient spéciaux, surtout avec tout ce qui était hors religion. C'était la première fois qu'il voyait des chrétiens au japon, après tout. Peut-être que sa grand-mère est européenne, allez savoir. Sur tout le pays, Hinata devait tomber sur le seul avec une famille religieuse. Il n'y pouvait plus rien désormais, maintenant qu'il était amoureux de lui. Depuis qu'il l'ai embrassé, Hinata en était certain. Il aimait les filles, mais aussi les garçons apparemment.

C'était bizarre, ça aussi.

Dans les contes de maman, il n'y avait aucune histoire où un prince tombait amoureux d'un autre prince. Mais encore moins d'histoires, où le prince sauvait la princesse, puis à la fin du conte, finissait par épouser le berger. Hinata était d'un tout autre genre, lui aussi. Est-ce que c'était mal ? Non, n'oublie pas, se dit-il alors, Tout le monde a le droit d'aimer qui il le veut. De n'importe quel genre. Son sourire s'agrandit. Il avait regagner confiance désormais, il voulait aider Kageyama à aller mieux, et lui, semblait s'ouvrir à lui.

Peut-être que Suga avait raison, peut-être que tout allait s'arranger, finalement.

Il se changeait, le cœur chaud et l'estomac noué, et au moment où il finit, Sugawara rentrait dans le gymnase, saluant le roux avec son sourire habituel. Ils discutèrent un instant, riant même ensemble, et au moment où Hinata ouvrait la porte battante menant au terrain, il se tournait une nouvelle fois vers son aîné.

- Au fait, tu avais raison, dit-il avec un sourire, Je ne déteste pas Kageyama.

Suga le fixait, essayant de comprendre, et Hinata rit avant de rentrer sur le terrain en courant, déjà prêt à s'entraîner. Après tout, le match de la finale pour les nationales était dans trois jours. Hinata s'entraînait d'abord seul, bientôt accompagné de Suga qui lui envoyait des passes. Il laissèrent échapper une balle, et celui qui la rattrapa fut Noya, qui était venu avec Asahi. Ils discutèrent, rirent, et lorsqu'ils recommencèrent à s'entraîner, Yamaguchi et Tsukishima entrèrent dans le gymnase, puis Daichi et Tanaka.

Tout le monde était là, sauf Kageyama.

Il allait arriver de toute façon, il lui avait promis. Ou peut-être pas, il ne s'en souvenait plus. Hinata essayait de ne pas perdre son sourire, il mettait toute sa force dans ses coups en espérant parfaire ses mouvements, et peut-être rendre fier son partenaire quand il arriverait. Quand ses pieds touchèrent le sol après qu'il ait frappé dans la balle, Hinata se rappelait de son sourire. Celui qu'il lui avait adressé ce soir là. Si beau, si sincère. Combien de temps l'avait-il imaginé ?

- Ah, te voilà Kageyama ! S'exclamait Tanaka les mains sur les hanches

Aussitôt, Hinata se tournait et il vit le noiraud entrer dans le gymnase. Sa poitrine se serrait en l'apercevant, il semblait normal, à première vue, rien d'alarmant puisqu'il saluait tout le monde comme il pouvait le faire d'ordinaire. Hinata le regardait, puis il s'avançait d'un pas, levant la main haut en l'air avec un sourire sur le coin des lèvres.

- Salut, Kageyama !

Il gardait son optimisme, et le noiraud levait les yeux vers lui.

Soudain, Hinata sentit sa poitrine se serrer et son sang se glacer quand il croisait son regard. Froid, dur, sans émotions.

Encore.

Sans sourire aussi. C'est en croisant son regard, qu'Hinata se demandait si le sourire qu'il lui avait adressé, était le seul, l'unique et le dernier. En croisant son regard, Hinata sentit un poids lourd peser sur ses épaules, et le son des voix de ses autres camarades disparurent à ses tympans.

Pourquoi. Pourquoi tu fais ça.

Hinata ne comprenait plus rien. Il ne savait plus. Pourquoi il le regardait comme ça, après ce qu'ils s'étaient dis ? Pourquoi il le regarde comme ça après ce soir là ? Je ne comprends pas, je ne comprends plus. Il avait tellement envie de lui poser toutes ces questions. Mais ce n'était qu'un regard, pas vrai ?

L'entraînement commençait après un long échauffement. Il fut long, fatiguant même, suant, et Hinata regardait sa main rougie à force de frapper dans la balle. Puis il se tournait vers Kageyama, le fixant longuement avant de sourire.

- C'était bien, pas vrai ?

Kageyama essuyait son front d'un revers de main, ne croisant pas le regard du roux. Merde, pas encore. S'il vous plait, pas encore.

- Pas vrai ? Répétait-il

Cette fois, il tournait la tête vers lui. Il le regardait droit dans les yeux, toujours avec froideur, et en voyant l'insistance de son regard sur lui, Hinata sentit sa gorge se serrer si fort qu'il lui était impossible de parler à nouveau. Kageyama finit par détourner les yeux en faisant claquer sa langue. Il recommence, il recommence, il recommence. Non, tout sauf ça. Pourquoi redevenir froid, pourquoi se renfermer une nouvelle fois ? Merde. Hinata serrait fort sa chemise, reculait d'un pas en s'accrochant au filet.

Tu as dis que tu ne me détestais pas. Pourquoi tu te renfermes alors ? Tu as menti. Tu m'as menti, tu me détestes, t'es qu'un menteur, un putain de menteur. Depuis combien de temps est-ce que tu me mens, Kageyama ? Depuis combien de temps déjà est-ce que tu refuses de me dire toute la vérité ? Pour la première fois depuis le début du mois, au mieux de ressentir de la tristesse, de la peine, de la culpabilité, Hinata se sentit haineux, très en colère. Cette rage qui l'animait empli petit à petit sa conscience, il en avait assez de tout ça, assez de devoir sourire à tout bout de champs, assez de faire des efforts, de gros efforts en vain. La main sur sa chemise se serrait si fort que ses jointures blanchirent et que le vêtement se froissait. Ses dents grincèrent, sa respiration s'accélérait, il tremblait.

- Bon, on en a finit pour ce matin, criait Daichi en allant chercher sa gourde. Bon travail tout le monde !

- Bon travail tout le monde, hurlaient les joueurs à l'unisson

Son cœur souffrait atrocement, prit par une rage incontrôlable et bien plus forte que d'ordinaire. Tout le monde était sorti du gymnase, seul Suga attrapait sa serviette avant de se tourner vers le roux toujours cloîtré à coté du filet.

- Hinata, tu peux sortir tu sais.

Quand il ne reçut pas de réponses, Suga s'arrêtait, et le fixait attentivement. Ses poings tremblaient, ses yeux étaient cachés par ses cheveux roux, il grimaçait. Il l'entendait pousser des gémissements étranglés entre ses respirations, et Suga comprit que quelque chose n'allait pas.

- Hinata ? Dit-il en s'approchant

Soudain, le roux s'avançait, bousculant presque le terminale en se dirigeant vers la sortie d'un pas ferme. Le passeur le fixait avec étonnement, alors que Hinata finit par sortir du gymnase, continuant de marcher sans s'arrêter. Le ciel grondait, il faisait presque noir à cause des nuages, le temps reflétait si bien l'humeur du spiker. Hinata voyait Kageyama au loin, ses poings se serraient d'avantage, puis quand le noiraud reprit son chemin alors que le roux s'approchait de plus en plus, ce fut pour lui le déclenchement.

- QU'EST-CE QUE JE T'AI FAIS AU JUSTE, LE ROI DU TERRAIN ?!

Après ces mots, Kageyama s'arrêtait, ses pieds figés sur le sol.

- QU'EST-CE QUE J'AI PU TE FAIRE POUR QUE TU TE COMPORTES COMME ÇA AVEC MOI ?! POURQUOI TU TE COMPORTES COMME SI TOUT CE QU'ON AVAIT TRAVERSÉ C'ETAIT QUE DALLE POUR TOI ?!

Hinata chérissait chaque moment qu'il avait passé avec lui, même avant qu'il ne l'aime. Hinata ne l'a jamais considéré comme un ennemi mortel au fond de lui. Mais Kageyama lui, semblait s'en foutre royalement. Kageyama s'en foutait, tout ces moments là ne comptaient pas pour lui, contrairement à Hinata, tous ces moments n'étaient rien. Il les oubliait à chaque fois. T'es qu'un menteur, un putain de menteur.

Hinata détestait Kageyama.

- Pourquoi est-ce qu'à chaque fois que tu t'ouvres, à chaque fois que tu n'es pas impassible tu es obligé de te refermer ?! Pourquoi c'est moi que tu évites à chaque fois, que tu regardes toujours avec sarcasme ?! QU'EST-CE QUE J'AI FAIS DE MAL ?!

- Arrête avec toutes ces questions, dit Kageyama toujours dos à lui

- Alors réponds-moi ! hurlait à nouveau le roux les poings serrés, Pour une fois réponds moi !

Il restait dos à lui, tournant simplement la tête sur le coté sans pour autant le regarder. Hinata détestait ce comportement, cette foutue armure qui le rendait aussi stoïque. Cette armure qui s'était renforcé, au point que même la bienveillance de Hinata ne pouvait plus rien.

- Qu'est-ce qui t'ai arrivé pour que tu sois aussi froid ?! QU'EST-CE QUI S'EST PASSÉ ?!

- Laisse moi tranquille, Hinata, répondit aussitôt le noiraud avec calme, Laisse moi.

Shoyo écarquillait les yeux face à ses mots. Était-il sérieux ? Après tout ce qu'il s'était passé, était-il sérieux ? Hinata était peut-être naïve. Peut-être qu'il s'était fait des idées depuis le début. Peut-être que... peut-être que leur relation était comme d'habitude et qu'il s'était imaginé ce rapprochement. Peut-être que tout était dans sa tête. Et si Hinata s'était fait de faux-espoirs. Il sentait tout son visage brûler, et une envie très forte de hurler. Hurler à en vomir. Ce n'est que lorsqu'il compris que Kageyama ne se tournerait pas, et que jamais il ne brisera sa muraille, qu'Hinata laissa tomber.

J'en ai marre. Marre de faire des putains d'efforts pour rien.

- JE TE DETESTE, LE ROI !

Hinata se sentait bouillir de l'intérieur, immergé de ses émotions, et il continuait de hurler sans s'arrêter. Il continuait ainsi, criant encore et encore « Je te déteste » comme si ça faisait longtemps qu'il mourrait d'envie de le lui dire. Il hurlait cette évidence, cette évidence qu'il s'était dit depuis leur rencontre, et ce n'est que lorsque sa voix s'arrachait et que la salive lui manquait qu'il s'arrêtait, hurlant un autre « Je te déteste » plus fort que les autres. Une fois sa voix coupée, sa respiration était forte, haletante, rauque. Il n'avait jamais eut ce genre de réaction auparavant. Le Soleil ne s'était jamais mis dans un état pareil. Tout ça à cause de cet abruti de Kageyama.

Le passeur ne bougeait pas, restant les pieds plantés dans le sol, ne réagissant pas alors que le silence avait enfin prit. Ces trois mots là résonnèrent dans sa tête, et Kageyama sentit malgré tout son cœur se serrer. Il en était sûr, de toute façon. Alors un rictus se dessinait sur le coin de sa bouche, ses yeux cachés par ses cheveux noirs.

- Je sais, dit-il simplement

Hinata ouvrit grand les yeux quand il entendit ces simples mots. Je sais. Il n'arrivait pas à comprendre. Pourquoi a t-il répondu ça ? Kageyama finit par soupirer, puis il fit un pas en avant, repartant sans jeter un regard derrière lui. Il s'éloignait, et Hinata se répétait ces deux petits mots en boucle, sans arrêt, jusqu'à ce qu'il en comprenne leur sens. Cette rage, cette putain de rage grandissait encore et encore, ne s'arrêtait plus dans son élan. Il serrait les poings, la mâchoire, ses dents grinçaient, son cœur battait fort et il avait chaud, affreusement chaud.

- « Je sais » ?

En entendant cette voix, froide et dur, Kageyama s'arrêtait. Hinata n'avait eut ce ton auparavant, ça ne ressemblait pas à lui ça. Alors il se retournait enfin pour lui faire face, et un frisson le parcourait quand il vit l'état de son partenaire. Ce n'était pas lui qui se tenait devant, ce n'était pas le soleil, impossible.

- « Je sais » ? s'écriait-il un peu plus fortement

Kageyama le fixait toujours avec étonnement quand soudain Hinata relevait la tête et fonçait sur lui avec une telle rapidité que le noiraud ne le vit pas venir. Le roux lui attrapait la chemise, et Kageyama reculait d'un pas maladroit, et il tombait à terre en emportant Hinata avec lui, le roux en califourchon sur lui, tenant toujours fermement son t-shirt avec toute la force qu'il pouvait avoir, comme si sa vie en dépendait.

- QU'EST-CE QUE T'EN SAIS ?! Hurlait-il, TU SAIS RIEN DU TOUT !

Kageyama avait les yeux grands ouverts, la respiration coupée face aux hurlements du plus petit, qui se défoulait comme jamais en le faisant bouger dans tous les sens.

- T'as pas la moindre idée de ce que je peux ressentir ! continuait le roux, « Je sais » tu dis ?! Tu sais rien ! Tu peux pas savoir tout ce j'ai pu ressentir depuis le début du mois à cause de toi ! J'ai fais tous les efforts du monde pour essayer de te comprendre, mais je n'arrive plus à rien !

Son cœur battait fort, il s'affolait même, il laissait échapper tout ce qui pouvait bien lui traverser l'esprit. Ses yeux piquaient, lui brûlaient, son nez se bouchait même.

- Tu es quelqu'un d'abominable, Kageyama Tobio ! Hurlait-il en tenant toujours sa chemise à deux mains, Tu es cruel, froid, distant, maussade, sarcastique, tyrannique, manipulateur, arrogant, dur et par dessus tout insupportable ! TU ES INSUPPORTABLE KAGEYAMA ! Tu es la personne la plus pénible que je connaisse, et je n'arrive vraiment pas à te cerner, et pourtant...

Il prit une énième inspiration, mais la fin de sa phrase ne vint pas. À la place, il ne poussait qu'un soupir douloureux, ses mains tremblants sur le t-shirt de Kageyama, et sa prise semblait devenir plus faible, s'adoucissait sans qu'il ne puisse y faire quoi que ce soit.

- Pourtant...

Le ciel grondait à nouveau. Kageyama fixait Hinata avec le souffle coupé, écoutant toujours avec cet effaré sur sa figure ce qu'il disait. Le roux avait la tête baissée, il ne pouvait pas voir ses yeux, et il tremblait toujours, reniflant en secouant la tête de droite à gauche.

- Pourtant je n'arrive pas à t'enlever de ma tête..., murmurait-il, Je n'arrive plus à... penser à autre chose...

Kageyama avait toujours le souffle coupé, il n'osait à peine bouger, et ce que venait de dire Hinata l'intriguait plus que tout.

- Depuis qu'on se connaît je t'ai toujours détesté, reprit-il en sentant ses yeux s'embuer, J'ai toujours sentis cette rivalité, et pourtant je n'ai jamais été aussi proche de quelqu'un de toute ma vie. Tu es vraiment pénible, le plus grand des idiots, mais... Mais t'es un joueur incroyable et.. J'ai besoin de toi.

Kageyama ne sut jamais si ce fut la pluie ou les larmes de Hinata qui mouillèrent son t-shirt en premier. Sa prise tenait à peine dans les mains du garçon, et Kageyama le regardait sangloter en silence sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Cette fois-ci, c'était lui qui était impuissant.

- Va savoir pour quelle raison, mais je me suis attaché à toi, continuait Hinata, Tu es la seule personne avec qui je me suis autant amusé, avec qui je... joue le mieux, avec qui je discute le plus. On mange ensemble le midi, on se dispute souvent mais on rit aussi. Je me sens bien avec toi, dit-il en laissant échapper une autre larme, Je croyais que t'étais mon ennemi, mais tu es mon ami. T'es mon meilleur ami, Kageyama...

- Hinata...

- La ferme.

Sa voix froide fit aussitôt taire le noiraud. Kageyama ravalait sa salive, alors que Hinata reprenait une nouvelle fois son calme après s'être énervé et reprit la parole.

- Je ne l'avais pas réalisé il y a encore peu de temps, mais... Ce n'est que lorsque tu t'es vraiment éloigné que j'ai compris à quel point je tenais à toi. Pourquoi est-ce que tu as dû t'éloigner.. ? Je ne le saurais jamais. Parce que tu ne m'as jamais rien dis, ça fait si longtemps que j'attends de comprendre, j'ai même cru qu'un jour tu viendras par toi-même t'expliquer. T'es jamais venu..., murmurait-il dans un soupir douloureux, Que ce soit pour m'expliquer, ou pour... pour moi.

D'autres larmes vinrent tâcher le t-shirt de Kageyama, la pluie était douce pour le moment. Ça puait l'humidité.

- Je crois que tu ne me fais pas confiance, dit-il comme s'il était déçu, Je crois... que toi tu ne m'apprécies pas comme moi je peux t'apprécier. En fait, je crois que c'est pas moi, mais c'est toi qui me détestes.

- Écoute, Hinata..

- LA FERME ! Hurlait-il en frappant son torse, TU COMPRENDS VRAIMENT RIEN À RIEN ! JE SUIS...

Il serrait la mâchoire, et il serrait ses poings, tremblant encore plus alors qu'il sentait ses cheveux se mouiller doucement par la fine couche d'eau qui les avait recouvert.

- Je suis... Je... J'ai...

Kageyama le regardait toujours, marmonnant un «quoi ?», et Hinata laissait ses mains faibles reposer sur le vêtement du plus grand, d'autres perles salées venant s'écraser sur celui-ci.

- Des sentiments... Vraiment très forts pour toi.. Kageyama..

Ce qu'il venait de dire frappait aussitôt le plus grand. Il le regardait intensément, cherchant à repérer ses yeux derrière ses mèches de cheveux, et seul un idiot n'aurait pas compris ce que ces paroles signifiaient. Non c'était pas vrai, Hinata n'était pas comme lui, il ne pouvait ressentir... Non, il ne pouvait pas... Son cœur se serrait si fort, ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti comme ça.

Hinata se mit à sangloter, déchargeant sa douleur dans ses larmes chaudes, et il gémissait, ses membres mous et faibles. Il avait mal au crâne, mal partout, il n'arrivait plus à voir correctement, tout son visage lui brûlait. Puis sans raison, il se mit à se souvenir, se souvenir de ce sourire qu'il lui avait adressé ce soir là. Il ne l'oubliera sans doute jamais. Le seul qu'il avait vu, le seul qu'il lui avait accordé depuis qu'ils se connaissaient. Si beau, si unique. Ce moment, jamais plus il ne se reproduira.

- Dis, Kageyama..., murmurait-il entre deux sanglots, Est-ce que tu pourrais.. me sourire encore une fois... S'il te plait.. ?

Il ne lui répondit pas, comme d'habitude. Il sut aussi que jamais il ne sourira, et que jamais il ne lui répondra. Parce que c'était comme ça. Hinata continuait de pleurer, ignorant même le regard que pouvait lui lancer Kageyama, et se rendit compte de l'évidence.

Il était le seul à ressentir tout ça. Le seul qui semblait à avoir mal en ce moment.

Alors en versant encore quelques larmes, il secouait la tête en poussant un long soupir.

- Tu as...

Il relevait doucement la tête, et la pluie se mélangeait à ses larmes sur son visage. Kageyama fut horrifié en apercevant son visage rougi, ses yeux vitreux et rouges, les cernes apparaissant à peine. Le pire, ce fut ce rictus, qu'il avait au bord de la bouche. Son sourire forcé était douloureux, et Kageyama crut pendant un instant que son cœur avait arrêté de battre.

- Tu as vraiment un cœur de pierre.

Soudain, fracture.

La muraille tomba, et la plaie très mal refermé, se rouvrit.

Kageyama eut la respiration bloquée dans sa gorge, et il eut si mal en entendant ses simples mots sortirent de sa bouche. On le lui avait répété une bonne vingtaine de fois, et pourtant, c'est la première fois que ce fut aussi douloureux. Ce n'est que lorsqu'une énième larme s'écoulait que le sourire de Hinata s'évanouit. Il le regardait simplement, limpide, et il arrêtait de pleurer. Ce changement fit peur à Kageyama. Puis, Hinata finit par prendre une inspiration, et se relevait doucement, se mettant sur ses jambes en regardant de haut Kageyama.

Parce qu'il ne le savait pas, mais Hinata avait soudain eu un déclic. Il avait sentit quelque chose, et quand il l'avait sentit, il avait réalisé. Il en avait assez d'avoir mal à cause de quelqu'un. Il en avait assez de souffrir à cause de ces foutus sentiments.

Il ne voulait plus jamais avoir mal à cause de quelqu'un.

Hinata le fixait encore un instant, puis se retournait avant de s'éloigner. Kageyama avait dû mal à se remettre de ce qui venait de se passer, une main serrant sa chemise à là où se trouvait son cœur. Hinata ne mentait pas. Depuis le début, Kageyama avait peur de souffrir. Mais voilà qu'en réalité, c'était lui qui faisait du mal aux autres.

Merde.

Kageyama se relevait avec rapidité, et il rattrapait Hinata, lui attrapant le bras avec détresse.

- Hinata, attends, je-

Le roux se retournait, se débattait, et quand Kageyama finit par le lâcher, il le poussait en arrière avec toute la force qu'il avait. Le noiraud ne poussait qu'un hoquet de surprise alors qu'il tombait une nouvelle fois les fesses à terre, sur le sol mouillé, fixant le roux avec étonnement et tristesse. Quant à lui, il avait les poings serrés et le visage ferme, malgré les traces d'eau séchées sur ses joues.

- Ne me touche pas, prononçait-il avec lenteur, Ne me parle pas, ne me touche pas, ne t'approche pas. Reste loin de moi, compris ?

Kageyama eut peur. Dans ses yeux, il put se voir, lui.

Hinata le fixait, puis en détournant le regard, il finit par se tourner à nouveau et s'en aller pour de bon. Kageyama était resté cinq minutes entières à terre, le regard fixant un point invisible face à lui. Il ne bougeait pas, sans âme, la pluie lui tombant dessus sans s'arrêter, et il se demandait même si ce qui coulait sur ses joues étaient la pluie ou ses propres larmes.

La muraille était en miettes, elle n'existait plus. Son cœur était à vif, et il saignait. Cette douleur, elle était de nouveau là, et cette fois-ci, elle était mélangée à un affreux sentiment de culpabilité.

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Extrait du journal de Tobio K., le 2 juin 2016:

« Hinata a dit que j'avais un cœur de pierre. Ça fait si mal. Il a toujours été le premier à croire en moi, je me souviens encore de la fois où il m'a dit qu'il croirait toujours en moi, où il m'a dit qu'il ne me laissera jamais.

Il a dit que j'avais un cœur de pierre.

L'entendre de sa bouche, ce fut bien plus douloureux que n'importe quel chagrin d'amour.

Il a aussi dit qu'il m'aimait.

Hinata. J'étais pourtant persuadé que jamais cela n'arriverait, pour moi il était différent de moi, comme tous les autres. Jamais personne ne m'avait aimé auparavant, jamais personne ne voulait du Roi du terrain, égocentrique, maussade et hautain. Pourquoi Hinata ? Il est... si important.

Je revois encore son visage, ses larmes, ce sourire brisé. Cette expression, jamais je ne l'oublierai. Ça m'a fait tellement de mal. Et ses mots, encore plus.

Merde. Merde, merde, MERDE. JE SUIS SI CON, JE ME SENS TELLEMENT DEBILE, COMMENT J'AI PU FAIRE ÇA. J'AI ENVIE DE COGNER DANS UN MUR, DE COURIR A EN PERDRE LE SOUFFLE, DE ME FRAPPER, DE HURLER, A CAUSE DE MOI J'AI PERDU HINATA.

JE L'AI PERDU, J'AI TOUT GACHÉ, PUTAIN. Je l'ai perdu... »