Chapitre 2 : Préparatifs de départ

Se soustraire à la présence des Dursley s'était avéré beaucoup plus simple qu'il ne l'avait prévu. Initialement, Harry devait reconnaître qu'il avait pensé à les envoyer à l'hôpital ou tout bonnement dans la tombe mais à bien y réfléchir, cela aurait attiré l'attention de Dumbledore et aurait donc été contre-productif vis-à-vis du but qu'il souhaitait atteindre. Il s'était donc employé à trouver une solution moins radicale.

Grâce à l'aide de Dobby, Harry était parvenu à duper son oncle et sa tante, leur faisant croire qu'ils avaient gagné une croisière d'un mois pour trois personnes en mer Méditerranée. La ruse n'avait pas été bien compliquée à mettre au point, Pétunia adorant participer à toutes sortes de concours sur les magazines qu'elle affectionnait, dont les récompenses étaient souvent des voyages. Sachant qu'ils devaient prendre l'avion à Heathrow pour rejoindre Marseille où commencerait leur croisière, cela signifiait qu'ils seraient partis d'ici un peu moins d'une semaine et que jusque là, ils allaient être trop absorbés dans leurs préparatifs de voyage pour l'importuner.

Barricadé dans sa chambre, la première chose que l'adolescent avait faite – après avoir contacté Dobby pour lui demander s'il pourrait lui prodiguer des repas à domicile – c'était de s'intéresser à son butin.

La plupart des bijoux qu'il avait récupérés dans la salle sur demande n'étaient pas ensorcelés, si bien qu'ils ne seraient intéressants que pour leur valeur marchande. Ne connaissant pas le cours des métaux précieux et des pierres précieuses dans les mondes sorciers et moldus, il décida de les garder cachés au fond de sa malle pour le moment, et de n'utiliser que l'argent qui lui restait du dernier retrait opéré à Gringotts.

Les bijoux n'incluaient pas le diadème de Serdaigle, que le jeune Potter avait laissé dans la Chambre des Secrets, là où il avait détruit l'horcruxe avec un croc de Basilic la veille de son départ. Après tout, il ignorait si la destruction d'un de ces objets dans un quartier moldu pouvait attirer l'attention du Ministère de la Magie et il ne souhaitait pas tenter le diable.

Dobby lui avait été d'une grande aide avec les vêtements sorciers qu'il avait récupérés, non seulement pour les nettoyer mais aussi pour les mettre à sa taille et dans certains cas, pour les mettre un peu au goût du jour. Il préférait ne pas tenter de faire de la magie pour le moment, ce pourquoi l'elfe lui apportait une aide plus que bienvenue.

Il ne lui restait plus qu'à trier la petite centaine de livres qui se trouvaient dans l'un de ses sacs sans fond, et quelques objets des plus insolites. Une chose était sûre, il ne montrerait pas à Sirius la paire de multiplettes qu'il avait trouvée, et qui semblait avoir une propriété similaire à l'œil de Maugrey, à savoir de voir à travers les murs… et les vêtements.

Un frisson de dégoût parcourut Harry en repensant au moment où il avait accidentellement vu sa tante en sous-vêtements en essayant de voir à travers le mur de sa chambre. Il s'était juré après cela d'être particulièrement prudent en utilisant cet objet. Il y avait des choses qu'aucun être humain ne devrait être obligé de voir.


Neville avait passé un long moment à penser aux paroles d'Harry et un plus long moment encore à rassembler le courage d'en parler à sa grand-mère. Augusta Londubat n'était pas le genre de femme qui changeait facilement d'avis, et le Gryffondor n'était pas non plus coutumier de la contredire. Il avait profité qu'ils soient à table, après qu'elle eut dégusté une part d'une délicieuse tarte aux myrtilles pour aborder le sujet.

A sa grande surprise, en dépit d'une certaine réticence au début de la conversation, Augusta avait fini par accepter, ce pourquoi ils sortaient tout juste de chez Ollivander. C'était sans doute idiot mais il était vraiment heureux d'avoir sa propre baguette, en bois de cerisier avec un poil de licorne, surtout qu'il avait vraiment ressenti quelque chose quand il l'avait prise en main.

Le fabriquant de baguette avait passé près de dix minutes à réprimander sa grand-mère de ne pas l'avoir amené plus tôt, lui disant et répétant que l'affinité des baguettes avec leurs possesseurs n'était pas forcément héréditaire. Il s'était toutefois montré beaucoup moins virulent lorsque sa grand-mère lui avait proposé de lui mettre certaines de ses baguettes là où le soleil ne brillait jamais, ce qui avait beaucoup amusé Neville, mais au moins le message était passé.

S'arrêtant à Fleury et Bott, il s'était acheté un livre sur la botanique et un autre ouvrage, sur les potions. Il s'était décidé à étudier pendant les vacances, et si ses manuels suffisaient à réviser les années précédentes pour les autres matières, il voulait vraiment s'améliorer en Potions. Son oncle Algie lui avait confié qu'il fallait nécessairement obtenir un ASPIC en Potions s'il voulait devenir Auror.

C'était un rêve qu'il avait depuis longtemps abandonné, considérant qu'il ne serait jamais assez bon pour s'essayer à cette carrière mais pour une raison qui lui échappait, les mots échangés avec Harry à Poudlard l'avaient motivé. Il avait l'impression désormais que c'était son devoir de faire de son mieux dans ce qu'il entreprenait, qu'il réussisse ou qu'il échoue, et il voulait que ses parents et sa grand-mère soient fiers de lui.

Avec cette nouvelle résolution, il rentra chez lui avec sa grand-mère et décida de son prochain projet la concernant : la persuader de le laisser assister à la finale de la coupe du monde de Quidditch en août.


L'un des rares objets utiles qu'Harry avait trouvé n'était autre qu'une radio, qu'il était en train d'écouter en sourdine dans sa chambre. Il ne pouvait pas dire qu'il appréciait particulièrement « Salut les sorciers ». En revanche, leur programme d'informations lui était bien utile pour se tenir au courant de ce qui se passait dans le monde sorcier, surtout qu'il ne souhaitait plus payer ne serait-ce qu'une noise pour ce torchon qu'était la gazette du sorcier.

- La sous-secrétaire d'Etat auprès du Ministre de la Magie, Mme Dolores Ombrage, s'adressera devant le Magenmagot cet après-midi pour présenter son projet de loi sur les loups-garous…

Le jeune sorcier éteignit la radio et mit la lettre qu'il venait d'écrire dans une enveloppe avant de la tendre à Edwige, à l'attention de Sirius. Il n'avait pas besoin de lui donner une adresse – ce qu'il aurait été bien en peine de faire puisqu'il n'avait pas la moindre idée de l'endroit où son parrain pouvait bien se trouver – mais il n'était pas inquiet pour autant. Si une chouette était capable de trouver le fugitif le plus recherché de tout le Royaume-Uni, c'était bien la sienne.

S'observant dans le miroir, Harry regarda ses cheveux qui étaient passés du noir au châtain clair grâce à l'aide de Dobby, et qu'il laissait pousser pour cacher un peu sa cicatrice. Ce n'était sans doute pas vraiment la peine puisque celle-ci était devenue beaucoup moins visible, du fait qu'elle n'était plus un horcruxe. Un peu de fond de teint emprunté à sa tante et elle deviendrait quasiment invisible.

L'elfe avait aussi eu la gentillesse de teindre les verres de ses lunettes, de sorte à ce qu'on voit moins ses yeux, et l'adolescent avait enfilé une casquette pour qu'on ne voie pas à quel point ses cheveux étaient indomptables.

Ce n'était probablement pas le meilleur déguisement du monde mais puisque seule de la magie d'elfe avait été utilisée, il serait difficilement détectable par des sorciers, même si des gobelins ne s'y laisseraient pas tromper un seul instant. Pas que ce soit un problème pour lui, Harry ne comptait pas essayer de les leurrer quant à son identité.

Prenant le Magicobus, il se rendit ainsi incognito jusqu'au Chaudron Baveur où il ne fut heureusement pas reconnu par Tom. Se faufilant à l'arrière de l'établissement, il tapota sur les briques et accéda au Chemin de Traverse. Marchant calmement mais à une allure soutenue, Harry se dirigea directement jusqu'à Gringotts.

Saluant de la tête les deux gardes gobelins stationnés à l'entrée de la banque, il se rendit rapidement à l'intérieur et se présenta à un guichet, où il déposa simplement sa petite clé en or. Le gobelin examina la clé et son regard se posa sur le front d'Harry, avant qu'il ne présente à l'adolescent une petite aiguille et un petit récipient en argent. Familier avec cette procédure, l'humain pressa son index sur l'aiguille, faisant s'écouler une grosse goutte de sang qui tomba dans le récipient. Un instant plus tard, le gobelin acquiesçait de la tête.

- Suivez-moi, je vous prie.

Harry lui emboîta le pas vers l'une des nombreuses portes, qui se referma derrière lui.


Sirius se trouvait dans une grotte avec Buck, avec vue sur la Manche qu'il comptait bientôt traverser quand une chouette familière se posa près de lui pour lui tendre une lettre. Le fugitif remercia Edwige avant de prendre l'enveloppe, qu'il décacheta. Il s'était attendu à une réponse de son filleul, probablement pour le remercier au sujet de l'Eclair de Feu ou pour lui recommander d'être prudent, deux choses que l'adolescent avait d'ailleurs fait dans sa lettre.

C'est en continuant de la parcourir que le Maraudeur fut véritablement surpris, ses sourcils levés, avant qu'il n'éclate d'un rire tonitruant. Oh, c'était sans aucun doute de Lily qu'il tenait sa compassion et sa maturité mais son esprit pouvait se montrer parfois aussi inventif que James visiblement. Il n'y avait qu'à voir le tour qu'il disait avoir joué à ses tuteurs moldus.

Utilisant la feuille de parchemin blanche et le petit crayon inclus dans l'enveloppe, il griffonna une rapide réponse et confia l'enveloppe contenant le nouveau message à Edwige, qui ne tarda pas à s'envoler à nouveau.

- Et bien, mon cher Buck, on dirait que nous allons revoir mon filleul plus vite que je ne l'aurais cru ! S'exclama Black en caressant affectueusement le bec de l'hippogriffe.


C'était un bureau tout à fait ordinaire dans lequel Harry se trouvait en cet instant. Son conseiller, Magnok, ne se trouvait visiblement pas bien haut dans la hiérarchie de Gringotts mais cela n'était pas surprenant. A l'heure actuelle, le Gryffondor était encore mineur et ne représentait donc pas une possibilité de gagner beaucoup d'argent.

- Puis-je vous demander la raison de cet entretien, M. Potter ? L'interrogea le gobelin aux cheveux noirs en fixant ses yeux noisette sur lui.

- Je voulais en savoir davantage sur mes finances, dans la mesure du possible, et vous demander certaines informations.

Le gobelin haussa un sourcil mais ne commenta pas, se contentant d'ouvrir l'épais dossier qui se trouvait devant lui.

- Que voulez-vous savoir précisément, M. Potter ?

- Je possède le coffre 687. Je voudrais en connaître le solde, et savoir si la Maison Potter détient d'autres coffres dans votre banque.

Le banquier fronça les sourcils, son regard toujours tourné vers l'adolescent mais ce dernier ne sourcilla pas, conservant une expression simplement curieuse. Intérieurement, le jeune Potter ne pouvait s'empêcher d'être amusé par le petit jeu auquel il jouait avec le gobelin. S'il lui avait demandé s'il avait d'autres coffres à Gringotts, le gobelin aurait répondu non. En revanche, en s'informant sur les autres coffres de sa famille, même ceux auxquels il n'avait pas accès pour le moment, la réponse serait sans doute bien différente.

- Le solde de votre coffre personnel, en tenant compte que les mornilles et noises sont rapportées en gallions si leur nombre est suffisant pour en faire la conversion, est de 1485 gallions, 10 mornilles et 18 noises. La Maison Potter détient aussi le coffre 710.

- Puis-je connaître le contenu du coffre 710 ?

- Je crains que vous n'ayez pas encore accès cette information, M. Potter. Vous n'aurez le contrôle de ce coffre qu'à votre majorité.

- Puis-je m'enquérir de la ou des personnes y ayant accès ? Je suppose que mes parents ont dû choisir quelqu'un pour s'occuper de leurs finances.

Magnok parut hésiter à lui répondre, la question de son client étant à la limite des informations auxquelles il avait droit. D'ordinaire, elle ne se posait pas puisque la personne gérant le coffre principal d'une famille en attendant la majorité de son héritier était également son tuteur légal mais ce n'était visiblement pas le cas ici.

- Votre tuteur dans le monde magique supervise le coffre.

- Ce tuteur étant bien Albus Dumbledore, n'est-ce pas ? Pardonnez-moi si mes questions sont redondantes mais il y a eu un certain nombre d'irrégularités au niveau du ministère quand mes parents sont morts donc je voudrais m'en assurer.

- En effet, il s'agit de M. Dumbledore.

- Parfait. Oh, l'autre chose que je souhaitais vous demander n'est pas directement liée à mes coffres. J'aurais voulu visiter Paris, notamment votre branche dans cette ville et j'aurais souhaité acquérir un portoloin pour faire l'aller-retour. Est-ce toujours faisable ?

Le gobelin parut se détendre, ses dents pointues maintenant visibles dans ce qui passait pour un sourire. La perspective de gagner de l'argent était toujours une source de réjouissance pour eux, surtout lorsqu'ils avaient fait des transactions bancaires leur métier.

- Bien sûr, M. Potter. Pour trois gallions, vous pouvez acheter ce portoloin. Soyez avisé qu'il fonctionnera exclusivement à l'intérieur d'une banque Gringotts. Par conséquent, vous devrez vous trouver ici pour partir en France et dans notre branche parisienne pour procéder à votre retour. Ces portoloins ne sont légaux que sur le territoire gobelin.

L'adolescent se contenta d'acquiescer silencieusement, un sourire poli aux lèvres. C'était préférable à en acheter un au ministère, où tous les achats de portoloins étaient recensés par le département des transports magiques. Gringotts offrait l'avantage d'une totale confidentialité quant aux transactions de ses clients et c'était tout à fait ce dont il avait besoin en ce moment.

- Pendant quelle période souhaitez-vous vous absenter ?

- Du 30 juin au 2 août. Pourriez-vous me dire si le portoloin du retour pourra ramener une autre personne avec moi ?

- Bien sûr, cela vous coûtera cependant une mornille supplémentaire à votre départ de notre branche française.

- C'est parfait. Merci pour votre temps, M. Magnok.

Le jeune Potter se leva et tendit sa main au gobelin. Ce dernier parut surpris par le geste mais la serra malgré tout.

- C'est mon travail, M. Potter. Désirez-vous vous rendre dans votre coffre ?

- Oui, j'aimerais effectuer un retrait en prévision de mon voyage.