Chapitre 3 : Passages secrets

Sirius avait l'impression d'être dans un rêve.

Il y a quelques jours à peine, il se trouvait vêtu de haillons sur la cote sud de l'Angleterre avec pour seule compagnie un hippogriffe que le Ministère souhaitait tout aussi mort que lui.

Aujourd'hui, il cheminait dans les rues de Paris avec des cheveux plus courts et plus propres qu'ils ne l'avaient été depuis son incarcération, une dentition qui avait retrouvé sa blancheur d'antan et surtout des vêtements propres et relativement élégants, si on appréciait les goûts français en la matière. Certes, il était toujours décharné et assez pâle mais c'était quelque chose de tout à fait normal d'après le guérisseur qu'il avait consulté. Ce dernier lui avait prescrit quelques potions pour accélérer sa remise en forme mais elles ne seraient efficaces que s'il se nourrissait à sa faim, ce pourquoi il était heureux de se trouver dans l'hexagone. On pouvait critiquer beaucoup de choses chez les Français mais leur gastronomie n'en faisait certainement pas partie.

Il n'y avait pas que son apparence physique qui avait changé. Depuis qu'il avait retrouvé son filleul, ce dernier s'était employé à rattraper le temps perdu. Harry l'avait emmené visiter le Jardin des Plantes, et en dépit de son âge, Sirius n'avait pu s'empêcher d'être fasciné par ce zoo que les moldus avaient créé ainsi que par leur « grande galerie de l'évolution » qui venait tout juste d'ouvrir ses portes.

Son corps n'étant plus habitué à autant d'exercice, ils passaient généralement leur après-midi assis à la terrasse d'un café moldu à discuter.

Parfois il s'agissait de bons souvenirs, généralement en rapport avec leurs années respectives à Poudlard, Harry lui confiant les aventures qu'il avait vécues avec Ron et Hermione tandis que l'animagus lui racontait les siennes avec les autres Maraudeurs. Il leur arrivait aussi de partager des moments plus sombres de leurs vies, généralement liées à leurs familles respectives et dans le cas de Sirius, à Azkaban. Il mit du temps à réaliser l'effet cathartique de ces discussions et à quel point le fait de pouvoir discuter avec quelqu'un lui avait manqué.

En ce moment, ils se promenaient dans les rues de la capitale, le garçon lui expliquant que contrairement à ce que Fudge avait pu laisser croire, il n'existait pas de mandat international à son nom, pour deux raisons : le ministre ne souhaitait pas apparaître faible ou incompétent devant ses homologues étrangers et surtout, il ne disposait pas de la documentation nécessaire pour faire appel à la Confédération Internationale des Mages et Sorciers. En effet, Sirius n'avait pas eu droit à un procès en bonne et due forme, ce qui traduisait par l'absence de toute justification administrative pour son incarcération. En dehors des frontières britanniques, Sirius Black était un homme libre.

Son filleul lui avait adressé un sourire machiavélique qui lui avait beaucoup rappelé James lorsqu'il lui avait confié que toutes ces informations le concernant, à savoir l'absence de procès, son incarcération arbitraire et la chasse à l'homme qui avait lieu depuis son évasion, avaient toutes été anonymement transmises à la branche suisse de la CIMS, où siégeait l'assemblée permanente de la confédération.

Par Merlin, si ce n'était pas un Maraudeur, il ne s'appelait pas Sirius Black !

Harry s'arrêta devant une large porte en métal à doubles battants, d'aspect assez ancien mais relativement ordinaire dans les rues de la capitale.

- Pourquoi s'arrête-t-on là, Harry ?

- Je me suis dit que tu voudrais peut-être faire quelques achats ? Répondit-il avec un sourire.

L'adolescent attrapa le marteau de porte et frappa plusieurs séries de petits coups avant que la porte ne s'ouvre devant eux. A la grande surprise de Sirius, elle ne menait pas sur une cour privée comme c'était souvent le cas mais à un passage couvert, semblable à ceux qu'ils avaient vu sur les grands boulevards.

- Ce passage n'était pas mentionné dans le guide… S'exclama Sirius, hébété tandis qu'il emboîtait le pas à Harry.

- C'était un guide moldu, Patmol. Répondit Potter, un grand sourire aux lèvres.

Le sol était recouvert de mosaïques qui tranchaient avec le bitume du trottoir qu'ils venaient de quitter. Des boutiques étaient visibles de part et d'autre de l'allée, et le toit n'était autre que des verrières qui laissaient entrer la lumière du jour, sans que celle-ci ne les agresse pour autant. D'ailleurs, on ne ressentait pas ici la chaleur quelque peu oppressante qui régnait à l'extérieur en ce mois de juillet. Au contraire, on avait l'impression qu'une légère brise soufflait.

- Nous sommes dans la Galerie Bonaccord. Expliqua Harry.

- C'est remarquable. Il y en a d'autres comme celles-ci ? Demanda Sirius en s'arrêtant de la vitrine d'une papeterie.

- Une douzaine dans Paris, d'après ce que j'ai pu lire.

- Dommage qu'il n'y en ait pas des comme ça chez nous… Commenta l'animagus, ses derniers mots paraissant songeurs tandis que son regard suivait deux magnifiques jeunes femmes dont les jupes arrivaient juste au dessus du genou.

Il fut ramené à la réalité quand Harry lui tira l'oreille, ce à quoi le Maraudeur ne put s'empêcher de lui pincer la joue. Ce n'était pas sa faute si la capitale française regorgeait de beautés de différentes natures…

- Pour ton information, il y en a à Londres mais seulement dans la partie moldue. Apparemment, les sorciers anglais ne s'y sont pas intéressés.

- Il est possible que certains s'y soient intéressés mais que le Ministère s'y soit opposé. Tu sais comment le monde sorcier britannique réagit au changement… Expliqua Black d'un air las.

- Certes mais ces galeries existent depuis le milieu du XIXème siècle. Il y a tout de même une différence entre être réfractaire au changement et un immobilisme total. Il n'y a qu'à voir les façons de voyager dans le monde magique, toutes plus inconfortables les unes que les autres ! Commenta Harry en secouant la tête.

Son parrain ne put s'empêcher de sourire, amusé par la difficulté intrinsèque que semblait cultiver le jeune Potter vis-à-vis des modes de déplacement du monde sorcier. Il n'arrivait jamais à utiliser gracieusement le réseau de poudre de cheminette – quand il arrivait à prononcer correctement le nom de sa destination – et les portoloins le rendaient quelque peu nauséeux. Son expérience avec le Magicobus avait été quelque peu mouvementée semble-t-il mais il n'avait pas encore essayé de transplaner, cela laissait donc une opportunité à Sirius de lui faire découvrir quelque chose de nouveau.

- Et où allons-nous maintenant ?

- Il y a un magasin de farces et attrapes un peu loin. Je me disais qu'on pourrait en profiter pour s'approvisionner ? Je connais une paire de jumeaux qui gagneraient à expérimenter de nouvelles inventions en la matière.

Il lui avait parlé de Fred et George Weasley, ainsi que de leur vénération des Maraudeurs depuis qu'ils avaient trouvé la Carte. Sirius sourit malicieusement en songeant qu'il pourrait sans doute leur apprendre aussi quelques tours sympathiques à jouer à un vieux camarade d'école qui avait tenté de le tuer quelques semaines plus tôt et qui ne traitait pas correctement son filleul à Poudlard d'après ce que ce dernier lui avait confié au sujet de ses leçons de Potions.

Oh oui, c'était même une excellente idée. S'il pouvait aider les jumeaux Weasley à faire manger son chapeau à Rogue, ce serait une excellente façon de se venger.

Il avait hâte de voir ce que les Français avaient en magasin.


Plus de trois semaines s'étaient écoulées depuis la fin de l'année scolaire et comme à son habitude, Hermione était déjà plongée dans ses livres.

Bien que n'ayant pas encore reçu sa lettre de Poudlard contenant la liste de manuels à acquérir pour la rentrée prochaine, Hermione en avait déjà acheté quelques uns. Sur le conseil de Katie Bell, la Gryffondor s'était procurée le Livre des sorts et changements niveau 4. Les manuels de Métamorphose, de Botanique, d'Histoire de la Magie, de Soins aux Créatures Magiques et de Potions seraient apparemment les mêmes que ceux de l'année précédente.

Les seules énigmes résidaient dans la Défense contre les forces du Mal, dont les livres changeaient chaque année en fonction du professeur, et pour ses options comme l'Arithmancie et l'Etude des runes. Cela n'avait pas empêché Hermione d'acheter différents dictionnaires de runes, recommandés par le professeur Babbling.

Refermant l'ouvrage de sortilèges, en prenant soin de mettre son marque-page pour reprendre la lecture ultérieurement, l'adolescente quitta son lit et se dirigea vers son bureau, sur lequel se trouvait une lettre, qu'elle prit en main pour la relire une nouvelle fois.

Harry n'était pas la personne la plus démonstrative qu'elle connaissait, ce qu'elle pouvait tout à fait comprendre compte-tenu de ce qu'elle savait et suspectait de son enfance à Privet Drive. Elle était habituée à ce qu'il lui écrive peu régulièrement pendant l'été, généralement des lettres assez courtes pour lui demander comment elle allait et pour l'assurer qu'il faisait bien ses devoirs pour la rentrée.

Celle qu'elle tenait en main, reçue fin juin, était quelque peu différente.

Chère Hermione,

Après les événements qui se sont produits au cours de cette fameuse nuit, nous n'avons pas eu le temps de vraiment discuter. J'ai passé plus de temps à ruminer ce que j'aurais pu faire autrement pour aider Sniffle à prouver son innocence qu'autre chose et je n'ai pas pu me concentrer sur le positif.

Si Sniffle et notre ami à plumes sont en vie aujourd'hui, c'est grâce à toi. Tu as pris un grand risque en me montrant l'objet précieux qui t'avait été confié et en l'utilisant pour sauver Sniffle. Je n'ai pas eu l'occasion de te le dire ou plutôt de vraiment te dire à quel point cela m'a touché. Tu es ma meilleure amie, Hermione et je ne t'échangerai contre rien au monde.

Je sais que je n'ai pas toujours été à la hauteur, en m'emportant vis-à-vis de l'Eclair de Feu alors que tu essayais juste de me protéger. J'ai préféré prendre le parti de Ron, parce que c'était plus facile que de reconnaître que j'avais tort et je tiens à m'en excuser. J'ai l'impression qu'en dehors des situations de vie ou de mort, je choisis toujours la solution de facilité et c'est quelque chose que je voudrais changer.

Tu seras sans doute la première à l'apprendre en lisant cette lettre mais j'ai abandonné la Divination. Ce n'est pas tant le fait que Trelawney prédise ma mort à chaque cours qui m'ennuie mais plutôt le fait de perdre mon temps à ne rien apprendre pendant plusieurs heures par semaine. J'ai écrit au professeur McGonagall pour le lui annoncer ainsi que pour lui demander la permission d'apprendre l'étude des runes à la place. Elle m'en a donné la permission, à la condition que je passe une évaluation pour déterminer mon niveau à la rentrée. Si j'arrive à apprendre suffisamment cet été, je pourrai être dans ta classe, sinon je rejoindrai les troisième année pour cette matière.

Je ne sais pas qui d'autre pourrait lire cette lettre donc je préfère t'en dire trop pour minimiser les risques mais sache que je risque de mettre plus de temps à répondre à tes prochaines lettres. Il ne faudra pas t'inquiéter, tout ira bien. Il se trouve simplement que j'ai des plans pour cet été et je risque de promener le chien assez souvent.

A bientôt,

Harry

Hermione ne pouvait pas dire qu'elle était mécontente du changement qui semblait s'être opéré chez son meilleur ami si elle en croyait le contenu de cette lettre. Elle approuvait complètement son changement d'option, considérant elle aussi la Divination comme une pure perte de temps.

Ce qui avait surtout touché la jeune femme, c'était ce qu'il lui avait écrit en premier. Elle avait considéré ses actions comme tout à fait normales et ne méritant pas une attention particulière mais elle ne pouvait s'empêcher d'être émue par l'importance qu'Harry leur accordait. Bien qu'elle ait des amis depuis plus de trois ans maintenant, des amis proches, elle n'était pas habituée à ce genre de reconnaissance sincère pour ses actions, les deux garçons la remerciant en général quand elle les aidait à faire leurs devoirs.

Un sourire fleurit sur les lèvres de l'adolescente lorsqu'elle repensa au garçon de onze ans qu'elle avait rencontré dans le Poudlard Express, avec ses vêtements trop grands pour lui et ses lunettes cassées. Harry avait bien changé depuis mais elle se rendait compte qu'il n'était pas le seul. Au contact de Ron et d'Harry, elle était devenue un peu plus sûre d'elle et surtout, elle avait développé une tendance à prendre les choses en main quand elle le pouvait pour aider ses amis plutôt que d'aller chercher automatiquement de l'aide auprès d'un adulte.

Certes, ce n'était pas toujours le cas. Lorsqu'Harry avait reçu cet Eclair de Feu, elle n'avait pu s'empêcher d'être suspicieuse quant à son expéditeur. Sachant qu'elle n'arriverait pas à persuader Harry de s'en séparer, même temporairement, elle avait fait le choix d'aller voir le professeur McGonagall pour lui en parler. La jeune Granger s'était sentie coupable d'avoir été la voir dans le dos d'Harry mais elle était restée campée sur ses positions parce que sa santé était plus importante pour elle que ce qu'il pouvait penser d'elle. Elle ne se le serait jamais pardonnée si Harry s'était tué ou blessé gravement en tombant de son balai d'une façon similaire à ce qui avait failli se produire au cours de leur première année.

Les quelques mots d'Harry à ce sujet suffirent à dissiper un poids sur ses épaules qu'elle n'avait même pas réalisé auparavant, et à lui faire conserver ce petit sourire aux lèvres.

Attrapant un bloc-notes et un stylo, elle commença à faire une liste des ouvrages à recommander à Harry concernant l'étude des runes, et des choses qu'elle pourrait faire pour l'aider à se mettre au niveau pendant l'été. Cela ne serait sans doute pas évident, davantage compte-tenu de la difficulté de la matière que du volume horaire à étudier mais elle n'était pas trop inquiète. Quand Harry était déterminé à réussir quelque chose, il y arrivait la plupart du temps. Il n'y avait qu'à voir avec le Sortilège du Patronus.

Tapotant la pointe du stylo sur le papier, Hermione se demanda quelles sortes de plans il pouvait bien avoir pour l'été, surtout s'ils impliquaient Sirius.


Il n'était pas encore 21h00 mais Harry et Sirius étaient déjà rentrés à leur hôtel, après avoir passé une bonne partie de la journée dans les passages couverts magiques de Paris. Leurs achats avaient été ramenés à taille normale, si bien qu'ils occupaient une bonne partie du salon où le jeune Potter se trouvait actuellement.

La suite dans laquelle ils résidaient était des plus confortables. Certes, son décor était un peu trop moderne au goût de Sirius mais Harry trouvait au contraire le changement bienvenu en comparaison de l'ambiance médiévale de Poudlard.

L'animagus était en train de ronfler dans la chambre, allongé dans le lit double qui s'y trouvait. Son sommeil devait être paisible compte-tenu de la potion de sommeil sans rêve qu'il avait pris avant de se coucher, ce qui le changerait certainement des cauchemars consécutifs à son long séjour à Azkaban. N'étant pas étranger aux cauchemars perturbants lui-même, Harry était content de le voir dormir l'air détendu.

Le fait que Sirius se soit endormi avant lui offrait au jeune Potter la possibilité d'examiner certains achats qu'il avait fait de son côté, pendant que son parrain était occupé à essayer des vêtements ou à parler à de jeunes sorcières françaises qui avaient souvent ri face à son français très approximatif.

Contrairement au Chemin de Traverse à Londres, il ne semblait pas y avoir d'équivalent à l'Allée des Embrumes à Paris. Tous les passages couverts accessibles uniquement aux êtres magiques et aux moldus habilités à s'y rendre rivalisaient en décors resplendissants, cultivant chacun une bonne réputation.

Cela ne signifiait pas bien sûr qu'il était impossible de s'y procurer des objets illégaux ou d'origine peu recommandable. Simplement, il fallait connaître les bonnes adresses et les bonnes personnes auxquelles s'adresser.

Un athamé en argent résidait dans une petite boîte qu'il referma rapidement. Une trentaine de livres étaient empilés les uns sur les autres, traitant tantôt de rituels, tantôt de maléfices et parfois de potions dangereuses. Plus étonnant, certains n'étaient autres que des livres d'histoire. Toutefois, ces derniers n'avaient pas grand-chose à voir avec l'Histoire de la magie de Bathilda Tourdesac, contant des événements que certains gouvernements sorcier, tels que celui du Royaume-Uni, n'avaient pas cru bon de conserver dans leurs livres d'histoire.

Les rangeant soigneusement, il se dirigea vers la fenêtre ouverte, où Hedwige était perchée. Caressant la tête de la chouette, il observa les lumières environnantes avant que son regard ne se porte sur la Tour Eiffel, qui rayonnait dans le paysage.

Plus que quelques jours et l'une des principales raisons pour lesquelles il se trouvait ici serait là. Bien sûr, Paris méritait d'être visitée pour ses nombreux charmes et c'était visiblement l'endroit idéal pour redonner à Sirius goût à la vie et nouer des liens solides avec lui. Le jeune Potter était sincèrement heureux de pouvoir profiter à nouveau de la présence de son parrain, dans un cadre plus vivant et propice aux échanges. Cependant, il aurait pu accomplir cela à Rome, Madrid ou Berlin. A la place, il était délibérément venu ici.

Il espérait que Dumbledore n'allait pas découvrir sa petite « escapade » mais connaissant le directeur, il avait bien d'autres choses à se soucier avec le désordre qui n'allait pas tarder à régner au sein de la CIMS dans les prochains jours vis-à-vis de l'affaire Sirius Black.

Il se réjouissait d'avance de voir les gros titres, nul doute que Fudge n'allait pas passer un été des plus tranquilles.