Chapitre 4 : Rencontre à la Coupe du Monde
Les vacances scolaires étaient déjà bien avancées mais l'académie magique de Beauxbâtons demeurait ouverte pour certains élèves, à savoir ceux qui habitaient à l'orphelinat Pernelle Flamel, situé près de l'école, ainsi que pour ceux dont les parents ne pouvaient pas les garder à la maison pendant la journée. Dans la salle de classe, un assortiment d'élèves de dix à treize ans regardait l'adulte avec curiosité, se demandant de qui il s'agissait.
En effet, l'homme vêtu d'un élégant costume taillé à la façon moldu n'était pas un de leurs professeurs et ils étaient généralement trop jeunes pour avoir vu sa photo dans la rubrique du Sorcier Républicain consacrée à la politique.
- Bonjour à tous ! Je m'appelle Pierre Delacour. Certains d'entre vous connaissent sans doute ma fille Fleur, qui est en sixième année ici.
Les regards de plusieurs garçons s'illuminèrent tandis que ceux des filles étaient pour certains envieux, et pour d'autres admiratifs. Sa fille aînée laissait rarement les gens indifférents, que ce soit par rapport à ses dons de Veela ou à sa personnalité des plus affirmées. Il ne pouvait malheureusement pas mettre son caractère sur le dos d'Apolline, puisque c'était certainement de lui qu'elle avait hérité sa détermination.
- Certains d'entre vous auront la chance de vous rendre à Poudlard à la rentrée prochaine et je suis venu ici pour répondre à vos questions concernant cette école, l'Institut Durmstrang ou bien le Tournoi des Trois Sorciers lui-même.
Les enfants et adolescents se regardèrent avant de discuter à voix basse. Pierre remarqua que l'un des enfants les plus jeunes avait levé la main et il lui intima avec un sourire de prendre la parole.
- Vous faites quoi dans la vie, monsieur ?
- Je suis ministre de la diplomatie sorcière internationale et député sorcier au parlement.
Cette réponse parut surprendre beaucoup des enfants présents, qui n'avaient pour la plupart jamais vu un membre du gouvernement de leurs propres yeux. Député depuis plus de vingt ans, il était devenu ministre deux ans plus tôt suite à l'élection du Président Rénier.
Sortant de ses pensées, il donna la parole à une fille à la peau ébène et au regard sérieux, un peu plus âgée que l'élève précédent.
- M. Delacour, on a beaucoup parlé du gouvernement anglais ces derniers jours, avec l'affaire Sirius Black et j'ai été étonnée que les journaux parlent du « ministre de la Magie ». Est-ce que c'est un équivalent à notre président ?
- Excellente question, mademoiselle… ?
- Vieira, Julie Vieira.
- Et bien Mlle Vieira, il s'avère que le gouvernement du monde sorcier britannique est bien différent du nôtre…
Il entreprit alors de leur expliquer qu'en dépit de sa grande autonomie, le Ministère de la Magie n'était pas complètement indépendant du gouvernement moldu du Royaume-Uni, devant allégeance à la couronne britannique et étant tenu de tenir le Premier Ministre au courant d'événements du monde sorcier qui sont susceptibles d'affecter leurs compatriotes moldus, suite à des traités signés plusieurs siècles auparavant.
- Ce n'est pas pareil ici, n'est-ce pas ? Demanda Julie.
- Non, en effet. La République Magique de France est complètement séparée de la république moldue et fonctionne en parallèle.
Ainsi, le Président de la République était élu tous les sept ans, dans le cadre d'un suffrage universel direct, auquel pouvait participer tout adulte magique, c'est-à-dire non seulement les sorcières et sorciers de plus de dix-sept ans mais aussi les gobelins, les Veelas et tous les autres êtres intelligents qui s'étaient recensés auprès de l'état civil magique comme citoyens français. Il en allait de même pour les élections législatives, qui se produisaient deux semaines après celle du président, et visaient à renouveler également tous les sept ans les cinquante-quatre députés sorciers du parlement.
Cette dernière législation était relativement récente, pour avoir été proposée par son propre père, Henri Delacour, vers la fin des années 1960. Il se souvenait encore des fortes protestations dans les rues de la capitale et de plusieurs autres villes françaises, que les forces de police magique avaient eu bien du mal à empêcher de déborder et surtout à cacher aux yeux des moldus. En dépit d'une opposition féroce, la loi était passée de justesse à l'époque.
Aujourd'hui, elle paraissait tout à fait banale à la nouvelle génération, à l'exception peut-être des membres de l'Alliance Nationale Sorcière, qui protestaient toujours contre les droits accordés aux autres espèces magiques dès que l'occasion se présentait. Fort heureusement, ils envoyaient rarement leurs enfants à Beauxbâtons, trop effrayés par la « propagande pro-créatures » et préféraient dépenser des sommes plus importantes en les faisant scolariser à Durmstrang ou dans de plus petits instituts spécialisés.
- C'est quoi le Tournoi des Trois Sorciers ? Demanda un garçon blond d'un ton curieux lorsque Pierre lui accorda la parole.
- Il s'agit d'une compétition qui oppose les trois plus grandes écoles de sorcelleries d'Europe : Poudlard, Durmstrang et Beauxbâtons. Chaque école est représentée par un champion. Ces trois champions doivent affronter trois épreuves, qui testent leur courage, leur intelligence et leurs capacités magiques. Le vainqueur reçoit un trophée et une récompense de mille gallions mais surtout, il est assuré de devenir célèbre et d'apporter la reconnaissance à son école.
Le Tournoi des Trois Sorciers parut les intéresser sensiblement plus que ses explications sur la politique puisqu'ils se mirent à tous lever la main avec des questions, certaines sur les épreuves à affronter, d'autres sur les conditions pour participer, et d'autres encore pour demander s'ils pouvaient s'inscrire dès maintenant pour faire partie des élèves qui se rendraient à Poudlard.
Il répondit tant bien que mal à leurs questions, devant parfois avouer son ignorance face à certaines questions, notamment quant à certaines des plus anciennes compétitions, la dernière en date s'étant déroulée en 1792. Il ne put ainsi pas leur citer que le nom du dernier vainqueur, John Smith, qui avait remporté la coupe cette année-là mais perdu une oreille et la moitié de ses dents au passage.
Quelqu'un frappa à la porte, sortant Pierre de ses explications illustrées au tableau, qui montraient comment un cocatris avait blessé les directeurs des trois écoles de sorcellerie deux siècles plus tôt. Donnant la permission d'entrer, il fut surpris de voir entrer l'aînée de ses filles.
- Fleur ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?
Sa fille lui adressa un sourire amusé avant de lui répondre.
- Il est 18h, papa. Tu as promis à Gabrielle de l'emmener au match ce soir et si tu ne te dépêches pas, vous allez être en retard.
- Nom d'un mage ! Apolline va me tuer ! S'exclama-t-il, horrifié.
Les enfants éclatèrent de rire en voyant le ministre paniquer. Fleur dût le prendre en pitié parce qu'elle reprit la parole un instant plus tard, d'un ton plus doux.
- Ne t'en fais pas, je vais m'occuper de les accompagner jusqu'à leurs parents. La plupart les attendent déjà dans le hall. Je resterai avec les autres jusqu'à ce que les leurs soient arrivés.
- Tu es un ange, ma fleur !
Et sur ces moments, il souhaita de bonnes vacances aux enfants et embrassa sa fille sur la joue avant de se précipiter vers la porte, pour se rendre à la cheminée la plus proche.
- Je n'en reviens toujours pas que nous ayons obtenu de si bonnes places ! S'exclama joyeusement Sirius pour la énième fois.
- A 200 gallions la place, cela ne m'étonne pas. Répondit Harry en soupirant, l'air faussement exaspéré par les frasques de son parrain.
En réalité, l'adolescent était content de voir l'animagus aussi heureux même s'il se doutait que ses démons étaient loin d'être exorcisés. Il lui faudrait sûrement des années pour se remettre de la décennie passée entre les mains des Détraqueurs mais Harry souhaitait commencer par lui redonner goût à la vie et surtout lui créer de nouveaux souvenirs heureux, pour qu'il ne regarde pas invariablement vers sa jeunesse passée pour se rappeler de bons moments. C'était une seconde chance qui s'offrait à Sirius et son filleul entendait qu'il en profite au maximum.
Harry devait reconnaître qu'il était impressionné par l'endroit où il se trouvait. Le Stade de France de Quidditch ressemblait à un château de la renaissance, avec ses tribunes en pierre blanche finement taillée et ornementées de fresques. Plus magnifique encore, bien que moins pratique, son terrain n'était pas simplement composé de pelouse mais d'un véritable jardin à la française, qui n'avait pas grand-chose à envier à ceux de Versailles.
Sirius avait dû lire sur son visage ce à quoi il pensait parce qu'il s'adressa à lui avec un sourire aux lèvres.
- Le vendeur m'a dit que des familles viennent souvent ici des quatre coins du pays avec leurs enfants entre deux matchs. Ils peuvent leur apprendre à voler à l'abri des regards ou les surveiller pendant qu'ils jouent au Quidditch en discutant entre adultes.
Harry acquiesça distraitement avant de froncer les sourcils, un détail l'ayant interpelé dans l'explication de Sirius.
- Mais pourquoi ne le font-ils pas plutôt chez eux ? Les Weasley jouent dans leur jardin par exemple.
- C'est vrai mais tous les sorciers ne vivent pas à la campagne ou ne disposent pas d'un terrain assez grand dans leur jardin, Harry. Contrairement aux Weasley, beaucoup de sorcières et sorciers vivent en ville, même chez nous. Pour te donner un exemple, j'ai grandi à Londres et je n'ai appris à voler qu'à mon entrée à Poudlard.
- Je n'avais pas pensé à ça. Reconnut l'adolescent, en songeant que même si les Dursley n'avaient pas haï la magie avec passion, il aurait difficilement pu voler sur son balai dans le jardin, où les voisins auraient facilement pu l'apercevoir.
Il rouvrit la bouche pour dire quelque chose quand un homme apparut en haut des escaliers, visiblement essoufflé, accompagné d'une petite fille qui riait aux éclats. L'homme était de taille moyenne et arborait des cheveux noirs, et une courte barbe taillée en pointe. Âgé d'une quarantaine d'années, il était vêtu d'un costume de confection moldue et semblait visiblement soulagé d'être arrivé dans la tribune avant le début du match.
Le nouvel arrivant salua poliment les autres personnes présentes, dont Sirius et Harry, avant de s'asseoir avec un léger soupir de soulagement dans le fauteuil situé à la droite de l'adolescent. Harry devait avouer que ces fauteuils étaient beaucoup plus confortables que les bancs en bois des gradins de celui de Poudlard, et ils avaient le mérite de pouvoir pivoter pour leur permettre de suivre plus facilement les déplacements des joueurs.
Sirius avait posé deux paires de multiplettes sur la petite table qui les séparait, les ayant spécialement achetées pour l'occasion lors d'une petite escapade dans la Galerie Bonaccord la veille.
La petite fille aux cheveux d'un blond argenté s'installa sur les genoux de l'homme, qu'il supposa être son père, pour mieux regarder le terrain. N'apercevant visiblement pas ce qu'elle cherchait – probablement les joueurs qui n'avaient pas encore fait leur apparition – elle se tourna son visage d'angelet vers lui, lui tendant sa main.
- Bonjour ! Je m'appelle Gabrielle Delacour. Lui dit-elle en français.
- Enchanté Gabrielle, moi c'est Harry, Harry Potter. Répondit-il également en français avec un léger accent, à la grande surprise de Sirius, lui adressant un sourire tout lui serrant la main.
La mâchoire de la petite fille, qui ne devait pas être âgée de plus de huit ans, s'ouvrit si grand qu'elle aurait pu se décrocher, avant qu'elle ne se mette à sautiller sur les genoux de son accompagnateur.
- Vraiment ? C'est super ! Je ne savais pas que tu étais en France ? C'est vrai que tu as une cicatrice en forme d'éclair sur le front ?
Peu surpris par la réaction de l'enfant mais prêt à davantage l'excuser du fait de son jeune âge, il dégagea son front pour la lui montrer. Gabrielle se pencha pour regarder de plus près, ses yeux d'un bleu sombre fixés sur la cicatrice.
- Est-ce qu'elle te fait encore mal ?
- Parfois avant… mais plus du tout depuis un moment, ne t'en fais pas. Répondit-il, ne sachant pas pourquoi il lui avait dit la vérité.
- Gabrielle, je pense que M. Potter a répondu à assez de questions à ce sujet pour la soirée, tu ne crois pas ? La réprimanda gentiment l'homme.
- Pardon, papa. Lui dit-elle d'une petite voix avant de se rasseoir convenablement sur ses genoux, ne manquant pas de jeter furtivement des regards à Harry.
Le père de la petite fille se tourna vers le Gryffondor et lui tendit sa main.
- Pierre Delacour. Veuillez excuser ma fille, elle a un enthousiasme parfois débordant mais elle ne pense pas à mal.
- Il n'y a pas de mal, M. Delacour.
Pierre se pencha ensuite pour saluer Sirius, qui lui adressa un regard ébahi.
- Cela faisait longtemps, Sirius. Je dois dire que tu as l'air de mieux te porter que sur le poster du ministère de la Magie. Le salua Delacour avec humour.
- M. Delacour ? Je ne vous avais pas reconnu ! Répondit Black, l'air toujours abasourdi tandis qu'il serrait à son tour la main du Français.
- Vous vous connaissez ? Demanda Harry, tout aussi surpris que son parrain.
- Bien sûr ! Je me souviens encore de l'été, je crois que c'était l'été 1974, quand Charlus l'a amené avec votre père à une réunion de la Confédération Internationale des Sorciers qui se tenait à Lyon. Je n'avais jamais vu des garçons aussi farceurs ! S'exclama Pierre en riant.
- Charlus ? Répéta Potter, confus.
- Bien sûr, Charlus Potter, votre grand-père. Sirius, tu ne lui as pas parlé de Charlus ?
- Je n'en ai pas encore eu l'occasion. Avoua Black avec sincérité.
Clairement intéressé par ce que le Français pouvait lui apprendre de son grand-père, Harry lui demanda comment il l'avait connu. Malheureusement, Pierre eut à peine le temps d'ouvrir la bouche que la voix tonitruante du présentateur retentit dans tout le stade.
- Mesdames et messieurs, bienvenue au Stade de France pour ce match des quarts de finale de la Coupe du Monde de Quidditch !
Il s'en suivit une véritable cacophonie lorsque les gens se mirent à applaudir et à crier en réponse au présentateur. Delacour sortit sa baguette et une lumière bleue en jaillit, réduisant considérablement le bruit autour d'eux.
- Je ne pense pas que nous puissions poursuivre cette discussion ce soir avec le match mais que diriez-vous d'être nos invités demain ? Je ne pense pas que mon épouse passerait à côté d'une occasion de te revoir, Sirius.
L'animagus rougit comme une tomate et bredouilla des paroles incompréhensibles. Harry se contenta de sourire avant d'acquiescer de la tête.
- Ce sera avec plaisir, M. Delacour.
- Parfait ! Disons demain à seize heures ? Voici nos coordonnées. Répondit Pierre en lui tendant sa carte de visite.
Gabrielle ne fit pas mine de cacher le grand sourire qui illuminait son visage à la perspective qu'Harry Potter leur rende visite chez eux le lendemain. Elle voulut visiblement lui dire quelque chose mais elle en fut empêchée par le vacarme qui résonna à nouveau, le sortilège de Pierre étant levé, et elle se contenta de lui faire un petit signe de la main à la place.
Ils n'avaient pas raté grand-chose, seulement les mascottes qui avaient défilé. Les joueurs de l'équipe d'Irlande commençaient tout juste à apparaître sur le terrain.
- Accueillons chaleureusement l'équipe nationale de Quidditch d'Irlande ! Voici… Connolly ! Troy ! Ryan ! Mullet ! Quigley ! Morane ! Et Lynch !
Sept traînées vertes foncèrent à la limite des haies avant de remonter. Quelques instants plus tard, ce furent les Français, aux robes bleu clair, qui apparurent sur le terrain.
- Et maintenant, l'équipe nationale de Quidditch de France ! Mallard ! Lafarge ! Lacroix ! Saucet ! Janvier ! Pelletier ! Eeeeet voici Marat !
Lorsque l'arbitre péruvien eut donné le signal de départ, les deux équipes se mirent à bouger si vite qu'Harry aurait eu bien du mal à suivre l'action sans le commentaire en direct et l'usage des multiplettes. Les Français et les Irlandais marquaient à tour de rôle, et se prenaient mutuellement le souaffle dès que l'occasion se présentait. Les deux équipes étaient indubitablement d'un très haut niveau mais avec un léger talon d'Achille du côté français : leur gardien n'était pas tout à fait à la hauteur face au trio infernal formé par Troy, Mullet et Moran. C'est ainsi que l'écart se creusa lentement au début à l'avantage des Irlandais mais les Français compensèrent en attaquant sans relâche, revenant lentement au score.
- Quarante – trente en faveur des Irlandais ! Troy ! Moran ! Mullet ! Troy à nouveau ! Moran tire… et tir dévié par Janvier !
Le rencontre dura près de deux heures, se soldant par un score final de 250 – 120 en faveur des Irlandais, qui devaient leur victoire à Aidan Lynch, dont la feinte lui avait permis de gagner la fraction de seconde nécessaire pour s'emparer du Vif d'or avant l'attrapeur adverse. Les Français étaient évidemment déçus par la défaite de leur équipe mais ils étaient fiers de leurs joueurs qui avaient donné le meilleur d'eux-mêmes et qui n'étaient pas passés loin de la victoire. Les spectateurs se pressaient déjà sur le terrain pour demander des autographes auprès des joueurs qui venaient de se poser.
Les deux anglais saluèrent M. Delacour et sa fille et leur promirent de leur rendre visite comme promis le lendemain après-midi, avant de rentrer à leur hôtel parisien.
Allongé dans son lit, les yeux fixés sur le plafond, Harry ne put s'empêcher de penser que non seulement il avait passé une excellente soirée mais qu'il avait également hâte d'être à demain, pour en apprendre plus sur son grand-père. Lorsqu'il trouva enfin le sommeil, il imagina un homme d'âge moyen aux indomptables cheveux noirs striés de gris, bientôt remplacé dans son rêve par une magnifique jeune femme dont les cheveux semblaient étinceler sous les rayons du soleil, qui lui souriait.
