Chapitre 5 : Un ministère en ébullition
Parmi les employés du Ministère qui couraient dans tous les sens, tels un essaim de papillons dispersés, Amelia Bones avançait d'un pas résolu mais sans empressement pour autant. Habituée à gérer des situations d'urgence avec calme et professionnalisme depuis les débuts de sa carrière ministérielle comme Auror, elle n'était pas arrivée à la tête du Département de la Justice Magique par hasard ou par passe-droit. Sorcière émérite, elle avait travaillé dur suite au décès de son frère Edgar pour que la tragédie qui avait frappé sa famille ne se reproduise plus, s'élevant dans la hiérarchie du département jusqu'à atteindre son poste actuel par sa seule compétence.
Certes, elle avait pu compter sur l'appui de personnes de valeur, telles qu'Alastor Maugrey, pour se faire accepter dans une sphère politique encore largement dominée par les hommes, mais elle était satisfaite de n'avoir rien à devoir envers des gens tels que le professeur Dumbledore. Bien que représentant un moindre mal par rapport à des lobbyistes dangereux comme Lucius Malefoy, le directeur de Poudlard exerçait parfois une influence plus subtile mais tout aussi persuasive que celle de l'ancien mangemort présumé.
Depuis l'évasion de Sirius Black et « l'accident » des Détraqueurs qui avaient failli coûter la vie au Survivant à Poudlard, la directrice de la Justice Magique avait vu sa charge de travail, déjà conséquente d'ordinaire, augmenter davantage. Elle qui essayait d'aménager toujours du temps à passer en compagnie de sa nièce, devait bien reconnaître que la dernière affaire en date allait sûrement écourter encore plus le temps qu'elle pourrait passer avec Susan.
Montant dans l'ascenseur qui la mènerait au premier niveau du Ministère de la Magie, elle laissa apparaître sur son visage le profond mécontentement qu'elle ressentait. En quinze ans qu'elle occupait la direction de ce département, jamais un tel scandale n'était venu éclabousser son département, ou même le gouvernement sorcier britannique tout entier, de cette manière.
Hélas, ce n'était pas elle qui était à sa tête à l'époque des faits mais Bartemius Croupton.
Barty était un sorcier puissant et implacable, qu'Amelia trouvait particulièrement froid et antipathique mais dont elle ne pouvait pas contester l'incorruptibilité. Son prédécesseur avait été jusqu'à condamner son propre fils à la perpétuité à Azkaban, ce qui représentait aux yeux de beaucoup l'équivalent d'une mort longue et douloureuse. Barty Croupton Jr était d'ailleurs décédé en prison plusieurs années auparavant.
En dépit de sa baisse de popularité, qui lui avait valu un échec aux élections de 1990, au profit de Cornelius Fudge, et qui lui avait coûté sa place à la direction de la Justice Magique, Croupton était rapidement retombé sur ses pattes, faisant usage de ses connexions pour prendre la tête du département de la Coopération Magique Internationale. Après tout, que pouvait-on lui reprocher sinon d'avoir été aveugle à la radicalisation de son fils ? Sa conduite et sa carrière étaient impeccables, en dehors de la tâche indélébile laissée par les agissements de son enfant.
Arrivant pile à l'heure au bureau du Ministère, elle y trouva Barty qui était arrivé avec un peu d'avance et qui lui serra fermement la main. Ils avaient beau ne pas beaucoup s'apprécier, ils se respectaient pour leurs compétences professionnelles respectives.
C'était beaucoup moins le cas du Ministre qui débarqua quelques instants plus tard à grands pas, le visage rouge, et Dolorès Ombrage sur les talons. Son ancienne camarade d'école avait toujours l'air aussi mielleuse et antipathique, et pas seulement pour l'obsession qu'elle semblait cultiver pour la couleur rose. Sa tenue l'aurait fait passer pour une poupée Barbie bien défraichie dans le monde moldu.
-C'est une catastrophe ! S'exclama Fudge, qui s'épongeait le front avec un mouchoir. La Confédération Internationale des Mages et Sorciers a déposé une plainte contre le Ministère devant la Cour de Justice Magique Internationale !
La panique était aussi audible dans sa voix que sur son visage. Amelia songea que c'était un bien triste jour pour la société sorcière britannique de voir leur leader politique ainsi trembler de peur. Heureusement que Voldemort n'était pas revenu d'outre-tombe car cet homme n'aurait jamais été en mesure de gérer efficacement une crise de cette ampleur.
-Un outrage ! Un véritable outrage ! Comment osent-ils ? S'insurgea Ombrage, dont le visage avait pris une teinte plus foncée que son horrible cardigan.
Evidemment, Dolorès abonderait dans le sens du ministre. Ce n'était un secret que pour Fudge qu'elle briguait son poste et elle espérait, aux prochaines élections, se voir désignée par celui-ci comme la candidate qu'il supportait. Amelia préférait ne même pas l'imaginer, elle n'était pas sûre que leur monde se remette d'avoir une sorcière aussi raciste à leur tête.
Plutôt que d'alimenter ce débat stérile, elle se tourna naturellement vers Croupton, demeuré silencieux.
-Barty, quelles sont nos options ?
Le directeur de la Coopération Magique Internationale soutint son regard, l'air peu incommodé par les récents événements, dont il était pourtant partiellement responsable. Après tout, il était à la tête de la Justice Magique à l'époque. Son front ridé se plissa davantage avant qu'il ne prenne la parole d'un ton sec mais résolu.
-Nous en avons deux : soit protester contre la plainte de la C.I.M.S, ce qui nous plongerait dans une procédure de longue durée qui pourrait résulter autant comme un non-lieu qu'en d'onéreuses pénalités… soit accepter d'entrée de jeu que la plainte est justifiée et montrer patte blanche. Dans ce second cas, le pire qui puisse arriver, c'est que Black reçoive un procès, or nous n'avons aucune raison de le craindre puisque Black était, sans l'ombre d'un doute, coupable.
Un moment de silence suivit l'analyse du vieux politicien. Fudge paraissait tiraillé entre les deux possibilités, songeant sans doute à préserver sa fierté et la réputation de son gouvernement mais craignant sans doute de devoir également payer des sommes colossales à la Confédération.
Sa curiosité titillée par les paroles de son collègue, Bones se hasarda à poser une question qui méritait, selon elle, d'être éclaircie.
-Pourquoi ne pas lui avoir accordé un procès à l'époque, Bartemius ?
-Je n'ai pas à me justifier devant vous, Amelia. Rétorqua sèchement Croupton, dont la voix ne s'était pas élevée, avant de consentir à développer. Le Ministère était sens dessus dessous avec les rumeurs qui circulaient sur la mort de Vous-Savez-Qui, les Potter étaient morts et le public exigeait une justice expéditive pour leur meurtrier… Il n'y avait tout simplement pas assez de membres du Magenmagot encore vivants, valides, ou blanchis de soupçons pour tenir un procès pour meurtre en bonne et due forme. Le Ministre Bagnold a donc signé l'ordre exceptionnel pour son emprisonnement et je l'ai contresigné.
Voilà une version des faits qu'Amelia comprenait déjà mieux, bien que cela n'empêcherait pas la matriarche des Bones de la vérifier jusque dans le moindre détail. Dès que la réunion aurait touché à sa fin, elle dépêcherait l'un de ses assistants de confiance pour aller chercher le document dans les archives, ainsi que tout ce qui pourrait se rapporter à cette procédure.
-Quelle est votre opinion, Amelia ? Finit par demander Fudge, un peu moins nerveux que précédemment.
-Puisqu'il y a eu entorse à la procédure, en dépit des circonstances atténuantes, je pense que nous avons tout à gagner à jouer la transparence sur cette affaire en expliquant clairement à la C.I.M.S les raisons pour cette exception et notre bonne volonté pour tenir un procès, dans la mesure où Black se présenterait devant la Justice.
-Hum Hum, et qui représentera les intérêts du ministère là-bas ?
Dolorès Ombrage qui posait une question pertinente, voilà un jour à marquer d'une pierre blanche.
-Il serait impensable de confier une telle tâche à Andrew, il ne serait pas à la hauteur ! Rétorqua Croupton d'un ton cinglant.
Andrew Ogden n'était autre que l'actuel ambassadeur britannique qui présentait les intérêts du Ministère auprès de la C.I.M.S en Suisse. Bien que sympathique et parfaitement compétent dans la gestion des affaires courantes, il n'avait effectivement pas un caractère assez résolu pour gérer une crise de cette ampleur, ce pourquoi il devrait être probablement assisté par un haut fonctionnaire du Ministère pendant la procédure qui s'annonçait longue et difficile.
-Vous ne pouvez pas y aller, Barty ! Nous avons besoin de vous ici pour les préparatifs de la finale de la Coupe du Monde et du Tournoi des Trois Sorciers. Rétorqua Fudge, dont le visage avait retrouvé des couleurs et une certaine jovialité, sans doute à cause de l'importance médiatique qui accompagnait ces deux évènements aux dimensions internationales.
-Je vais m'y rendre. Proposa Amelia, consciente qu'il était préférable que ce soit elle plutôt qu'Ombrage qui représente les intérêts du Ministère dans cette affaire s'ils ne voulaient pas s'aliéner la puissante Confédération pour les décennies à venir.
-Splendide ! Nous allons avertir la C.I.M.S de votre venue, Amelia. Déclara Cornelius, un franc sourire aux lèvres. Et si nous parlions de la finale justement ? Elle a lieu dans seulement un mois !
L'ancienne Auror s'excusa, laissant ses collègues discuter entre eux de la finale de la Coupe du Monde Quidditch, pour laquelle son intérêt somme-toute assez limité. Marchant d'un pas vif dans les couloirs du Ministère, Amelia réajusta son monocle en songeant qu'elle se serait bien passée de cette distraction. Son département était déjà assez visé par les coupes budgétaires et les attaques insidieuses portées par des individus comme Lucius Malefoy pour qu'elle le laisse exposé trop longtemps. Il faudrait qu'elle donne des instructions précises à Rufus et Tiberius pour qu'ils évitent de s'étriper en son absence. La rivalité entre le Bureau des Aurors et la Brigade n'avait malheureusement rien d'une légende et ce n'était pas du tout le moment de paraître divisés.
-Si je te retrouve la première, je l'étranglerai de mes propres mains, ce Sirius Black ! Grommela-t-elle en se dirigeant vers l'ascenseur.
Assis à la table de cuisine de la suite qu'ils occupaient à Paris, Sirius Black éternua bruyamment.
Trempant son croissant dans son bol de chocolat chaud, il savoura la viennoiserie avec la gourmandise d'un enfant tout en repensant à la soirée de la veille. Jamais l'ancien prisonnier n'aurait cru que le Quidditch lui ait autant manqué mais assister à cette rencontre avait réveillé en lui une passion pour ce sport qu'il avait presque oubliée.
Par la barbe de Merlin, il s'était senti plus vivant ces trois dernières semaines que pendant l'année de cavale qu'il avait passée d'un bout à l'autre de la Grande-Bretagne ! Et pourtant, il y avait quelque chose de morbidement excitant à l'idée d'être chassé par tous les Aurors et officiers de police magique du pays… pensée qu'il n'aurait évidemment pas partagée avec son filleul.
Ses yeux gris se posèrent naturellement sur la principale raison de cette jovialité nouvelle : Harry. Le fils de James et Lily avait représenté dans un premier temps l'héritage de ses défunts amis ainsi qu'une responsabilité qu'il devait assumer en tant que parrain : les Potter lui avaient confié leur fils en faisant d'Harry son filleul et à la simple vue de Queudver en première page du journal, il avait su que s'il ne s'évadait pas d'Azkaban, il faillirait à James une seconde fois. Cet échec-là, il ne pouvait tout simplement pas le permettre.
Le jeune Potter était rapidement devenu beaucoup plus qu'un lien avec Cornedrue. L'animagus s'était attendu à ce que l'adolescent ait un caractère semblable à James, compte-tenu de leur ressemblance physique des plus frappantes. Pourtant, au cours de leurs récentes correspondances, Remus lui avait dressé un tout autre portrait d'Harry, beaucoup plus proche du caractère de Lily, de par sa grande compassion.
La réalité, comme il était en train de le découvrir un peu plus chaque jour, paraissait autrement plus complexe que les premières opinions esquissées par les deux Maraudeurs.
Peu de gens étaient capables de maîtriser le Sortilège du Patronus, et encore moins avant d'avoir fêté leur quatorzième anniversaire. Harry y était parvenu et avec une telle puissance dans le sort qu'il avait repoussé près d'une centaine de Détraqueurs, sauvant la vie de Sirius au passage. S'il était honnête avec lui-même, aussi doués eussent-ils été à Poudlard, ni James, ni lui n'y seraient sans doute parvenus si jeunes. A quinze ou seize ans peut-être mais treize ? Non.
Au cours des dernières semaines, Sirius n'avait pu s'empêcher d'être frappé par la maturité dont faisait preuve son filleul. En dépit de ses tentatives, plutôt réussies, de le cacher, il était évident que l'adolescent faisait très attention à lui, aussi bien en ce qui concernait sa fatigue physique que son état psychologique. L'animagus avait reconnu ce comportement parce que Lily adoptait autrefois une attitude similaire avec Remus, tout particulièrement à l'approche des périodes de pleine lune. Il y avait dans cette sollicitude discrète et désintéressée quelque chose de beaucoup plus fort que toutes les déclarations d'affection du monde.
En dépit de son attitude assez juvénile et désinvolte, Black n'était pas idiot. Il savait pertinemment qu'il mettrait beaucoup de temps à se remettre psychologiquement de son emprisonnement et il avait l'intime conviction qu'Harry en avait autant conscience que lui. Pourtant, le jeune Potter ne montrait jamais le moindre signe d'agacement ou d'impatience à son égard, manifestant au contraire une jovialité parfois exagérée mais toujours avec cette compassion sous-jacente qui le caractérisait.
Cela n'empêcha pas le Maraudeur de lui ébouriffer les cheveux que le jeune homme avait pourtant pris un bon quart d'heure à essayer de coiffer.
-Sirius ! Tu n'as vraiment rien d'autre à faire ?
Le Gryffondor eut droit pour toute réponse au rire tonitruant de Black, qui ressemblait toujours autant à un aboiement.
-Voyons Harry, il est normal qu'un Potter montre ses attributs naturels lors d'une première rencontre, non ? Et quoi que tu puisses en penser, « l'indomptable chevelure des Potter » est un trait caractéristique ! Il est même recensé dans les livres de généalogie que ma mère affectionnait tant…
L'attrapeur de Gryffondor ne daigna pas lui répondre autrement que par un soupir de lassitude, que démentit rapidement le léger sourire qui fleurit sur ses lèvres tandis qu'il attrapait un manuel d'études des runes.
Sirius comprit bientôt la raison sous-jacente à ce sourire quand son chocolat chaud, heureusement tiède, quitta sa tasse pour lui asperger le visage et ruiner ses cheveux qu'il avait également pris un certain moment à apprêter.
-Oh mon petit, tu ne vas pas t'en tirer à si bon compte ! Viens donc voir Patmol ! S'exclama Sirius en se levant de la table.
-Si tu arrives à m'attraper, l'ancêtre !
La course-poursuite fut ponctuée d'éclats de rire tandis que le soleil levant baignait la tour Eiffel dans une lumière orangée.
Au manoir familial, Fleur Delacour avait été obligée de prendre une journée de repos forcée au milieu de l'entraînement strict qu'elle s'était imposée depuis le début des vacances scolaires en prévision du Tournoi des Trois Sorciers. En effet, la Française souhaitait avoir toutes les chances de son côté si elle était choisie pour représenter Beauxbâtons au cours de la célèbre compétition internationale.
Hélas, son père avait choisi de convier des invités aujourd'hui et il faudrait que toute la famille joue les hôtes modèles, c'était « l'hospitalité à la française » selon Pierre Delacour. La jeune femme avait beau adorer son père, elle n'en aurait pas moins souhaité qu'il accueille pour une fois ses amis dans son cabinet ministériel plutôt qu'à la maison… enfin, une journée de repos ne pourrait pas lui faire trop de mal.
Pour l'occasion, elle avait revêtu une robe d'un bleu un peu plus soutenu que celui de l'uniforme de son académie, adaptée à la chaleur estivale tout en restant élégante. Ses longs cheveux blonds étaient détachés et retombaient librement sur ses épaules, encadrant un visage aux traits gracieux et des yeux d'un bleu vif. Après tout, en l'absence de sa mère, qui travaillait parfois jusqu'à tard comme médicomage à l'hôpital sorcier Sainte-Jeanne, elle officierait comme maîtresse de maison à sa place.
Le plus ennuyeux dans cette visite impromptue, c'était sans doute que son père n'avait pas daigné leur révéler l'identité de leurs mystérieux visiteurs et même Gabrielle, pourtant très bavarde d'ordinaire, avait gardé le silence, se contentant de rire et de se moquer de son ignorance. Il était très rare que sa petite sœur sache des choses que Fleur ignore, et elle profitait évidemment de l'occasion.
Seize heures sonnèrent au carillon quand le feu de leur cheminée s'illumina d'une lueur verte, prévenant de l'arrivée de personnes par le réseau de poudre de cheminette.
Le souffle de Fleur fut coupé pendant un bref instant quand elle reconnut l'élégant gentleman d'environ trente-cinq à quarante ans qui sortit en premier de la cheminée. Il s'agissait de Sirius Black, l'évadé de la prison britannique d'Azkaban dont les journaux parlaient sans arrêt ces derniers jours. Visiblement, son père devait bien le connaître parce qu'il vint lui serrer la main sans hésitation, un large sourire aux lèvres.
Les surprises ne s'arrêtèrent pas là. Le second invité était beaucoup plus jeune, âgé de treize ou quatorze ans, un petit garçon en comparaison des dix-sept ans de Fleur. Pourtant, il était vêtu de façon presque aussi élégante que M. Black.
-Sirius, M. Potter, c'est un plaisir de vous accueillir chez moi ! S'exclama Pierre, en serrant cette fois-ci la main d'Harry.
-C'est nous qui sommes honorés par votre hospitalité, M. le ministre d'Etat. Répondit le jeune Potter avec un sourire sincère.
-Pas de ça entre nous ! Appelez donc moi Pierre, ou M. Delacour si vous insistez. Rétorqua le politicien sans se déparer de sa jovialité.
Les bruits de martèlement dans les escaliers indiquèrent à Fleur que sa petite sœur était en train de les descendre à toute vitesse. En un instant, elle fut présente au rez-de-chaussée mais elle ne perdit pas un instant pour venir saluer leurs invités.
-Harry !
La petite fille se jeta sans vergogne dans les bras du jeune sorcier, qui n'eut pas l'air gêné par le missile. Au contraire, il la fit virevolter avec l'expertise de quelqu'un habitué à gérer une petite sœur collante, et cela ne semblait pas l'importuner. Fleur choisit ce moment pour sortir de l'ombre et assumer son rôle dans l'accueil de leurs invités.
-Bienvenue au Manoir Delacour, je m'appelle Fleur et voici ma petite sœur, Gabrielle. Se présenta poliment l'élève de Beauxbâtons.
-Enchanté mademoiselle Delacour, je suis Harry Potter. Répondit l'adolescent en lui tendant la main.
Fleur la lui serra et fut surprise de constater que l'adolescent n'avait pas le regard dans le vague ou hébété si caractéristique des hommes qui étaient en contact avec son « aura » vélane, comme l'appelait sa mère. Sirius Black parut vaguement affecté mais il le surmonta rapidement.
-Pierre, votre fille est aussi radieuse que sa mère. J'imagine qu'Apolline est à Sainte-Jeanne ? Demanda Sirius.
-Oui, en effet. Beaucoup d'urgences à gérer là-bas, je le crains. M. Potter, je vous prie de m'excuser pour ma plus jeune fille, elle était très… pressée de vous voir.
-Ce n'est rien, elle ne me gêne pas. Nous sommes tous deux de grands fans de Quidditch après tout. Répondit Potter en souriant, faisant un clin d'œil discret à Gabrielle, dont la mine penaude se mua instantanément en un grand sourire.
Décidément, cet adolescent intriguait Fleur. Qu'un sorcier adulte puisse se contrôler en sa présence, elle le comprenait tout à fait. Après tout, son influence n'était pas aussi forte que celle d'une vélane comme sa grand-mère, ou même qu'une demi-vélane comme sa mère mais un garçon en pleine puberté ? Pour avoir eu de sérieuses difficultés avec ses camarades de classe pendant les quatre années précédentes, elle savait mieux que personne ce que sa nature pouvait entraîner comme comportement stupide chez les garçons.
-Quelque chose ne va pas ? Demanda Potter en tournant la tête vers elle, ayant visiblement remarqué qu'elle le dévisageait.
-Non ! Non, je songeais juste que vous n'aviez pas l'air d'être affecté par…
- Par votre aura ? Non, c'est vrai mais ça n'est pas votre faute. J'ai demandé à Sirius de m'apprendre à protéger mon esprit cet été mais je n'en suis encore qu'aux débuts. L'occlumencie permet de limiter quelque peu l'influence des Détraqueurs et de réagir plus promptement en cas d'attaque. Il se trouve que cela fonctionne sur d'autres types d'influences, comme celle exercée passivement par les vélanes. Expliqua l'élève de Poudlard avec simplicité.
Pierre Delacour eut l'air aussi interloqué que sa fille aînée, tandis que Gabrielle paraissait complètement ignorer ce dont ils parlaient.
-C'est quoi les Détraqueurs ? Demanda-t-elle à son père.
-Ce sont les créatures malfaisantes qui gardent la Prison d'Azkaban. Lui répondit le Français, dont le visage était un peu plus pâle, avant de se tourner vers Sirius. C'est donc vrai ? Ils en ont envoyé à Poudlard ?
Sirius n'avait pas l'air surpris que le ministre soit au courant de la présence des horribles créatures à Poudlard l'an passé. Après tout, le ministre chargé de la diplomatie sorcière internationale pour la France devait avoir un réseau d'informateurs bien placés outre-Manche. L'animagus acquiesça avec gravité.
-Harry et moi y avons été confrontés avant la fin de l'année scolaire. Il m'a sauvé la vie avec son Patronus en repoussant les Détraqueurs qui essayaient de me voler mon âme.
Avait-elle bien entendu ? Ce garçon avait réussi à utiliser le Sortilège du Patronus, en présence de Détraqueurs, qui plus est ? A cet âge, cela paraissait impossible mais si on devait croire la moitié de ce que disaient les médias et ouvrages britanniques, ce n'était pas le premier miracle que le « Survivant » accomplissait.
-Je vais négocier avec mon homologue britannique pour que ces créatures ne soient pas autorisées autour de l'école. Je ne tolérerai pas que la délégation de Beauxbâtons soit exposée à des créatures aussi infâmes.
Il était rare pour son père de s'exprimer d'un ton aussi tranchant, que sa mère appelait communément « sa voix de ministre ». Néanmoins, son visage ne tarda pas à se décontracter un peu.
-Allons, pourquoi ne pas nous asseoir ? J'imagine que vous devez avoir soif, je vais nous faire apporter des rafraichissements.
Ils s'assirent tous dans différents fauteuils autour d'une table ronde prévue pour les rafraichissements, à l'exception de Gabrielle qui élut domicile sur les genoux d'Harry. L'enfant avait l'air de s'être attachée au Survivant comme de la glu, ce qui était plutôt rare par rapport aux étrangers habituellement. Elle était pourtant moins affectée que les enfants britanniques par les contes des « exploits » attribués à l'enfance du jeune Potter. Mais peut-être était-ce parce qu'il ressemblait un peu à leur cousin Martin, décédé il y a un peu plus d'un an, que Gabrielle aimait beaucoup ?
-M. Delacour, pourrais-je vous demander quelque chose ? Demanda le jeune Potter.
-Bien sûr, M. Potter. Répondit aimablement son père.
-Vous nous disiez hier que vous connaissiez mon grand-père, pourriez-vous me parler un peu de lui ?
Pendant quelques instants, Fleur eut du mal à comprendre sa question. Pourquoi interroger son père sur quelqu'un de sa propre famille ? Et puis, elle se souvint que les parents d'Harry avaient été tués quand il était âgé d'un an à peine et qu'il était apparemment le dernier survivant de sa famille. Cela signifiait-il que personne ne lui avait parlé de son grand-père auparavant ?
-Bien sûr, M. Potter mais je pense que je peux faire un peu mieux que cela. Suivez-moi, je vous prie.
Harry se leva à la suite de Pierre, tout en tenant la main de Gabrielle qui souriait toujours de toutes ses dents. Sirius leur emboîta le pas, le visage emprunt de curiosité tandis que Fleur fermait la marche, tout aussi curieuse de savoir ce que son père pouvait bien avoir derrière la tête.
Ils parcoururent une partie du manoir, Pierre n'hésitant pas à leur montrer certaines pièces et à expliquer l'histoire de certaines œuvres d'art que ses ancêtres avaient acquis au fil des siècles. Il ouvrit la porte de son bureau personnel à la maison et les fit tous entrer avant de s'arrêter devant l'un des murs.
-Et bien Pierre, il est rare que tu m'amènes de la visite.
Sur le mur était accroché un grand tableau d'un homme d'une cinquantaine ou soixantaine d'années peut-être, aux cheveux noirs striés de gris au niveau des tempes, avec une moustache. Il était élégamment vêtu, à la façon moldue mais avec une cape sorcière posée sur son avant-bras qui trahissait son appartenance au monde magique. Elle ne put d'ailleurs s'empêcher de remarquer une ressemblance entre lui et l'un de leurs invités.
-A ma grande honte. Concéda Pierre avec un sourire contrit.
Sirius Black avait la bouche grande ouverte, tandis qu'Harry semblait toujours confus quant à leur présence ici.
-Charlus ! S'exclama finalement l'évadé d'Azkaban, les yeux toujours écarquillés dans un mélange de surprise et d'émerveillement.
-Toujours aussi observateur, Sirius. Plaisanta gentiment le portrait. Bien que je connaisse bien les charmantes filles de Pierre, j'ignore qui accompagne la plus jeune. Ton fils, peut-être ?
-J'aurais été heureux qu'il le soit, répondit Black avec une telle spontanéité qu'Harry en parut à la fois interloqué et touché. Il n'est malheureusement pas de mon sang, sinon par cousinage mais du tien, Charlus.
Le portrait posa un regard perçant sur l'adolescent et acquiesça longuement de la tête avant d'esquisser un léger sourire.
-Oui, assurément un Potter. Je me demandais si je te verrai un jour, Harry.
-M. Potter, laissez-moi vous présenter Charlus Potter, votre grand-père. Ajouta Pierre, pour que l'adolescent visiblement choqué comprenne bien qui se trouvait devant lui.
