Quatrième chapitre ! Cette fois-ci, les choses ne se passeront pas tout à fait de manière tranquille.
Merci à vous de me lire et de me laisser des reviews !
barjy02 : merci de me lire depuis le début et de me donner tes impressions! Le chapitre 3 n'était ni plus long ni plus court que les précédent, c'est juste qu'il y avait un peu plus d'action ^^
solariene : contente que ma fanfic te plaise ^^ J'ai effectivement fait de la voile durant un certain temps (environ 13 ans) mais je n'en fais plus maintenant.
Miruanalle : merci beaucoup, tes compliments me vont droit au coeur ! Je suis contente de voir que j'arrive à vous intéresser à ce milieu particulier et à son vocabulaire ^^
Temtaranne : merci beaucoup, je suis contente de voir que mes explications arrivent à être claires !
pimpiericky : merci ! J'avoue que comme j'ai vu que la voie était libre sur ce thème, je n'ai pas franchement hésité. Du coup je suis heureuse que ça intéresse autant de monde ^^
* faseiller : lorsqu'une voile faseille, cela signifie qu'elle bat au vent. Tirer sur l'écoute permet de la border et de l'empêcher de faire cela.
* relever les safrans : les safrans étant reliés à la barre, il faut les plonger dans l'eau afin de pouvoir manoeuvrer le catamaran lorsqu'il se trouve sur la mer. La plupart des catamarans ne disposent pas de système pour les relever, il faut donc le faire manuellement sinon ils peuvent être abîmé en s'enfonçant dans le sable, voire cassés.
* patte d'oie : la patte d'oie relie les pointes des deux coques et l'étai (filin métallique où est accroché le foc), l'étai tirant la patte d'oie en son centre, lui donnant un aspect en V inversé. Tenir le catamaran par la patte d'oie permet de mieux le maîtriser et de mieux le guider lorsque l'on veut le faire partir sur l'eau ou le remonter sur le sable.
Si jamais vous vous faites piquer par une vive et que vous n'avez pas de bassine d'eau chaude sous la main, une source de chaleur peut suffire pour calmer la douleur, que ce soit la flamme d'un briquet ou le mégot incandescent d'une cigarette. Il faut juste faire attention à ne pas se brûler.
Chapitre 4
Douleur et pari
- Tu ferais mieux de remettre tes chaussures avant qu'on arrive Dean…
- Mais non Cas, ça va le faire ! En plus elles sont remplies d'eau, ça risque de me gêner quand on va devoir remonter les catas.
- Mais…
- Y a pas de mais ! En plus la mer est haute, je risque rien !
L'adolescent aux yeux bleus soupira, préférant se concentrer sur la manœuvre en cours plutôt que de tenter de raisonner le garçon qui tenait fermement le stick noir contre son épaule. Il avait appris, parfois à ses dépens, que lorsque le châtain avait une idée en tête, aussi stupide soit-elle, il était très difficile de le faire changer d'avis, voire quasiment impossible. Seul son petit frère semblait pouvoir parfois le ramener à la raison, et lui de temps à autre, mais certainement pas Guillaume ou Gwenn qui pourtant pouvaient se montrer très persuasifs dans leurs démarches.
Tirant un peu sur l'écoute du foc afin de l'empêcher de faseiller, Castiel laissa son regard glisser sur les chaussures coincées dans la poche du trampoline avant de s'attarder sur leur propriétaire. Ce n'était pas comme si son boulot sur le bateau méritait toute son attention, bien au contraire, et il avait pris l'habitude de détailler son camarade un peu trop longtemps, plus longtemps en tous les cas que le reste de son environnement.
C'était quelque chose qu'il n'arrivait pas à expliquer. Bien sûr, il se rendait compte que ce n'était pas « normal », mais il avait beau tenter – vaguement, soyons honnêtes – de regarder ailleurs, ses iris finissaient toujours par s'échouer sur le visage de l'aîné des Winchester. Comme si l'adolescent était un aimant.
Le brun nota les nouvelles tâches de rousseurs qui avaient écloses sur les joues de Dean, les plis rieurs au coin de ses yeux et la moue ravie qui étirait ses lèvres et ses traits, rendant son visage plus lumineux que jamais. Castiel sentit ses entrailles se tordre et être parcourues de fourmillements étrange et chaleureux, de même qu'il sentit ses joues brûler subitement. Un sourire se fraya un chemin jusqu'à ses lèvres habituellement mornes, les relevant doucement.
Ce fut ce sourire qui fit plonger le cœur de Dean dans sa poitrine. D'un coup, comme ça, sans signe avant-coureur. Il l'avait senti s'arrêter et chuter durant une seconde qui lui sembla à la fois interminable et bien trop courte, avant de se noyer dans les entrelacs bleus de son camarade. Il avait eu tellement tort de les trouver flippant la première fois qu'il avait pris la peine de les observer. Ces iris ne transperçaient pas l'âme, ils étaient bien trop purs et doux pour cela, ne reflétant qu'une adoration absolue qui venait de le faire frémir au plus profond de lui-même. Merde… Depuis quand est-ce que Cas le regardait comme ça ? Depuis quand est-ce que ces prunelles avaient réussies l'exploit de capturer son souffle et ses battements de cœurs ?
Le catamaran s'envola un court instant, retombant lourdement sur les flots, coupant leur échange. Lâchant un juron, le châtain reprit le contrôle de l'embarcation, choquant un peu la grand-voile afin de perdre de la vitesse, poussant légèrement sur la barre pour se remettre dans l'axe d'arrivée sur la plage. À côté de lui, Castiel reprenait l'écoute du foc, l'enlevant du taquet afin de le relâcher légèrement alors que le bruit de moteur de la sécu ne tarda pas à se faire entendre.
- Tout va bien les gars ? Essayez de rester concentrés jusqu'à la fin, on est presque arrivé !
- Mais on est concentré !
Le châtain venait tout juste de faire preuve de la plus belle des mauvaises fois. Non non non, il ne s'était pas fait hypnotisé par les iris du brun et non il n'avait pas cessé d'observer la plage. Du tout.
Guillaume haussa un sourcil, un sourire sarcastique aux lèvres. Les rayons du soleil rehaussaient ses pommettes rouges et ses mèches dorées, rasaient les verres noirs de ses lunettes de soleil au point de manquer d'éblouir les yeux de ses stagiaires.
- Mais oui, mais bien sûr… Si jamais vous pétez les safrans en oubliant de les relever, je vous préviens, on vous envoie voir le patron !
Le ton était un mélange de sérieux et d'amusement qui le rendait assez difficile à cerner. L'aîné des Winchester grogna dans sa barbe alors que son comparse hocha calmement la tête, promettant qu'ils feraient attention. Le moniteur sourit un peu plus avant de repartir, en profitant pour raser les coques des vagues créées par l'hélice de son moteur, déstabilisant le cata et augmentant nettement le volume des insultes du châtain.
Le retour se déroula sans accrocs, Dean relevant les safrans de deux coups secs alors que Castiel enroulait le foc autour de son attache. Le Winchester ne prit pas la peine de remettre ses chaussures avant de sauter dans l'eau, saisissant la patte d'oie du navire après s'être mis devant, venant échouer les coques sur le sable.
Du moins c'est ce qu'il prévoyait de faire.
Sous son talon, soudainement, le châtain sentit un mouvement vif, agacé. Puis une piqûre. Soudaine. Violente. Une douleur atroce se répandit sous sa peau, le faisant pâlir alors qu'un brusque cri de souffrance s'échappa de ses lèvres devenues blêmes.
- Dean !
Castiel sauta à l'eau, se rapprochant rapidement de son ami qui n'en menait pas large. Posant une main sur son épaule, il le regardait avec inquiétude, ne sachant pas quoi faire. Leur moniteur leur avait bien vaguement expliqué ce qu'était une vive, mais jamais comment y réagir. Ce fut donc avec soulagement qu'il vit Gwenn arriver en courant, alerte, ses cheveux courts battant son visage à chaque enjambée. En un rien de temps, elle était là, observant le talon du stagiaire les sourcils froncés. Deux points rouges et enflés étaient désormais visibles, confirmant les craintes de la jeune femme.
- Castiel, aide-moi à le remonter, pour l'instant il va pas pouvoir poser le pied à terre et j'ai besoin de l'emmener à la base.
L'adolescent acquiesça, aidant la secrétaire à mener son ami jusqu'aux bâtiments blancs. Dean fut assis sur une chaise avec un verre d'eau et un cachet d'aspirine et Gwenn les laissa quelques secondes, revenant avec une bassine d'eau fumante qu'elle posa à terre, ordonnant au blessé d'y plonger son talon.
- C'est grave ?
- Douloureux, pas grave en soit. L'eau chaude va détruire le venin et le bouchon de javel que j'ai rajouté va désinfecter les piqûres, par contre, ça va lui faire mal pendant quelque temps encore… D'où l'intérêt de garder ses pompes aux pieds lorsqu'on remonte les catas.
Le reproche léger dans la voix se faisait sentir, et Dean baissa la tête, les joues rouges de gênes. La secrétaire eut cependant la délicatesse de ne pas continuer, jugeant sans doute que la douleur qui irradiait son pied était une punition suffisante. Et bon sang, elle n'avait pas tort. Le châtain n'avait jamais connu une telle douleur, et pourtant, la douleur il connaissait !
Sam ne tarda pas à arriver en courant, inquiet, tenant dans ses bras la grand-voile d'un des Twincat. Son regard s'arrêta sur son frère assis sur une chaise et sur Castiel debout à ses côtés, une main sur son épaule, ses grands yeux bleus ne quittant pas une seconde le visage du blessé. De toute évidence, toute notion d'espace personnel avait entièrement disparu entre les deux au cours des deux semaines et demie de stage qu'ils avaient eus en commun jusqu'à présent.
Le cadet s'empressa de ranger la voile avant de revenir. Bien sûr, Dean le rassura, lui dit qu'il allait bien, qu'il n'avait pas à s'en faire. Tout un discours qu'il connaissait par cœur. Sam leva les yeux au ciel et se tourna vers Gwenn. S'il y avait bien une personne ici qui pouvait l'informer sur l'état réel de son frère, c'était elle. Les iris – verts, bleus et légèrement gris – de la jeune femme croisèrent les orbes verts du cadet.
- Ça ira mieux dans quelques minutes pour ton frère. Cependant, il va avoir mal durant encore un jour ou deux, voire un peu plus.
- Et si ça empire ?
- Vous allez à l'hôpital.
Cas se raidit instinctivement, détachant enfin son regard de l'aîné des Winchester, gardant sa main sur son épaule gauche. Dean sentait la chaleur de ses doigts et de sa paume à travers la manche de sa combinaison et se demandait si sa peau n'allait pas garder à jamais la marque de l'adolescent à cet endroit précis. La voix rauque du brun le fit frissonner.
- Je croyais que ce n'était pas grave ?
- Ça ne l'est pas dans la majorité des cas, nuance. Les piqûres de vive contiennent du venin, donc les complications ne pourront pas être « soignées » par de l'eau chaude et de la javel. D'ailleurs Dean, il vaudrait sans doute mieux que tu ne viennes pas demain si tu as encore mal.
Une grimace étira les lèvres du cadet. Son frère avait toujours la manie de se fourrer dans les ennuis jusqu'au cou, mais alors là… Sam se tourna vers lui une nouvelle fois et remarqua la prise du brun sur l'épaule de son frère. Elle s'était raffermie, presque crispée sous une inquiétude flagrante. Dean était trop occupé par son talon pour le remarquer ou même le sentir. Ou peut-être qu'il le savait mais qu'il ne disait rien et en profitait. Ce qui, aux yeux du cadet, était fort possible. Lui n'était pas aveugle au moins.
- Alors Dean, ça va ?
Guillaume avait passé les portes du secrétariat, lunettes remontées sur sa tignasse blonde et observait avec attention ce qui s'y passait. L'intéressé tourna la tête, grimaçant avant d'ironiser.
- Impec, j'ai juste l'impression d'avoir des braises dans le pied !
- Si tu nous avais écoutés tu n'en serais pas là aussi. Au moins t'as assez de force pour râler !
Le châtain leva les yeux au ciel, déclenchant un léger rire du côté de la secrétaire qui jeta un coup d'œil au moniteur. Tous deux échangèrent un sourire entendu avant de revenir aux garçons, les observant discuter entre eux avec une lueur étrange et douce au fond de leurs prunelles.
John Winchester ne tarda pas à venir chercher ses garçons, et l'adolescent aux yeux bleus partit peu après rejoindre son cousin dans sa voiture. Cas et Dean s'étaient salués longuement avant de se séparer, enflammant la lueur dans les yeux des jeunes adultes.
- Combien de temps à ton avis ?
- Je parie sur un peu moins d'une semaine !
- Je parie sur plus !
- Le perdant fait un gâteau ?
- Ça me va !
Ils se tapèrent dans les mains, riant derrière le comptoir en bois. Dehors, les drisses se remirent à chanter sous les doigts du vent.
