Sixième chapitre en ligne ! J'espère qu'il vous plaira autant que les autres ! Ici, les événements vont faire avancer les choses de manière plus visible~

Encore merci à vous de me lire et de me laisser des reviews. Cela me va toujours droit au coeur !

solariene : j'ai mis un certain temps avant de trouver la chanson que je voulais x3 Par contre, je n'avais pas du tout pensé à mettre quoi que ce soit entre Gwenn et Guillaume, mais comme mes personnages tendent à m'échapper après quelques chapitres, à toi de voir~

barjy02 : oh merci beaucoup, c'est super gentil ! je suis vraiment contente que cette histoire te plaise à ce point !

silvermooon : hey ! merci de me lire, je suis contente que l'histoire te rappelle des souvenirs x3. Et tu dois sans doute faire allusion aux oursins (dieu merci, il n'y en avait pas là où je faisais de la voile) !

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture ! À bientôt pour le chapitre 8~

* la "tradition" de mettre les moniteurs à l'eau à la fin de son stage est parfois encouragé par les autres moniteurs et par les stagiaires qui reviennent tous les ans.

* les bouchons : les coques des catamarans n'étant pas étanches, elles ont des bouchons qui permettent, une fois à terre et enlevés, d'évacuer l'eau qu a pu y rentrer durant la navigation. Partir en mer avec les bouchons mal mis équivaut à faire couler peu à peu le bateau, d'où l'importance de les vérifier avant chaque départ à l'eau.

* le hook : le hook désigne le crochet situer en haut du mât et sur lequel vient se coincer l'anneau de la grand-voile, afin que cette dernière ne redescende pas sous son poids.

* le taquet : sur le mât, il y a trois taquets (ici, ce sont des sortes de petites barres collées au mât) qui permettent d'attacher la drisse de la grand-voile afin de l'immobiliser. Une fois cela fait, il ne reste plus qu'à la tendre vers le bas avec le même cordage ou avec le cunningham (système composé de deux poulies et d'un taquet pour bloquer la garcette)

* les haubans : les haubans sont des câbles métalliques accrochés aux coques qui permettent de maintenir le mât en hauteur.

* le démâtage : il peut arriver, lorsque la force du vent se fait trop forte ou que les voiles exercent trop de pression, que les haubans (ou plus particulièrement leurs attaches en hauteur) lâchent et laissent donc le mât tomber sur le bateau. Ce phénomène est très impressionnant et surtout dangereux si jamais quelqu'un se trouve en dessous du mât, ce dernier pesant très lourd. il est cependant rare que cet accident se produise en voile de loisir.


Chapitre 6
Manigances et frayeur subite

- Vous êtes prêts les gars ?

- Dean, ça fait trois fois que tu poses la question et ça fait trois fois qu'on te répond oui !

- Moins fort Sammy, le mono va t'entendre !

- Pourquoi est-ce qu'on doit le mettre à l'eau ?

- La tradition Cas, la tradition !

- Je croyais que c'était vos premiers stages ici à vous aussi ?

- Ça n'a rien à voir !

- Dites les terreurs, quand vous aurez fini vos manigances, ça vous dirait de venir donner un coup de main ?

Les intéressés se tournèrent vivement vers Gwenn qui leur souriait largement, une grand-voile entre les bras, un palan dans une main. Derrière elle, Guillaume, leur future victime, s'entretenait avec Johanna et Jessica, qui étaient arrivées depuis peu en Bretagne. Leurs parents avaient tenus à les inscrire à une activité quelconque, et ce fut donc presque naturellement que le centre nautique s'imposa à eux. Elles étaient arrivées en milieu de semaine, obligeant les équipages à se refaire, Gwenn étant partie avec Johanna alors que Sam se retrouvait d'office avec Jessica, laissant Dean et Cas ensemble. Curieusement, Sam n'avait pas protesté et avait même échangé un sourire entendu avec les deux encadrants, ce qui avait fait tiquer Dean avant qu'il n'hausse les épaules, se disant que son frère devait avoir des vues sur la jolie blonde.

Les deux adolescents se jetèrent un coup d'œil qui une fois de plus s'éternisa. L'incident dans le secrétariat était toujours très frais dans leurs mémoires, et curieusement, ils ne pouvaient plus se passer de ces échanges silencieux et bien trop intenses. Même les nouvelles avaient remarquées le lien étrange qui les liait, réduisant les vagues tentatives de drague de Dean à des échecs cuisants. Le châtain se mordilla légèrement la lèvre inférieure. Il avait l'impression de se noyer dans les iris bleus de son ami, mais pas de manière douloureuse, plutôt comme si son âme se trouvait enlacée par des bras dans lesquels il pouvait se laisser entièrement aller. Un cocon aux senteurs d'océan et d'orage, un lieu qui le berçait et effaçait ses peurs et ses inquiétudes. C'était grisant. Miraculeux. Et effrayant.

- Au fait, si vous voulez mettre Guillaume à l'eau, je vous conseille d'attendre la fin de la séance, surtout si vous voulez manger votre part du goûter !

La voix de la secrétaire les ramena à l'instant présent. Un peu déboussolés, ils se tournèrent vers elle, et ses yeux presque entièrement verts à cause du soleil. Elle leur souriait avec malice et gentillesse, ses traits couverts de crème solaire s'illuminant sous la courbe de ses lèvres. Sam se retint de rire.

- On a parlé si fort ?

- Non, mais j'ai été à votre place, je sais ce que vous mijotez~ Maintenant que c'est dit, filez donc aider avant que je ne vous y envoie à coups de pied aux fesses !

Le petit groupe ne se fit pas prier plus longtemps et s'empressa de courir vers les coques blanches posées sur le sable humide près de l'eau. Depuis l'accident de la vive, personne n'oubliait de garder ses chaussures aux pieds, pour le plus grand bonheur de l'adulte blond qui vérifiait les bouchons au niveau des safrans.

Se relevant, Guillaume alla vers Gwenn, ses lunettes de soleil posées sur sa tignasse ébouriffée par le vent, souriant tranquillement. La jeune femme venait de finir de monter la voile d'après le léger son qui indiquait que l'anneau s'était accroché au hook. La drisse était toujours enroulée autour de ses mains, lui cisaillant la peau. Comme d'habitude, elle préférait vérifier avant d'enrouler la garcette autour du taquet et l'y nouer.

- Besoin d'aide Gwenn ?

- Nop, merci Guillaume mais je pense que c'est bon !

La brunette se pencha sur le taquet, ses doigts y nouant la drisse en un rien de temps. L'habitude rendait ses gestes vifs et précis. Se redressant, elle alla vers lui sans cesser de sourire, protégeant ses yeux du soleil avec sa main.

- Avant qu'on parte, juste un conseil, fais gaffe au retour tu risques d'avoir des surprises !

- Comme d'hab' à chaque vendredi ! Un jour tu verras que je serai pas le seul à y passer et que tu seras obligée de m'accompagner à la flotte à cause des stagiaires !

Elle éclata de rire avant de lui tirer la langue et de se poser près d'un des catamarans avec Johanna, le laissant expliquer le déroulement de la dernière séance de la semaine. Dix minutes plus tard, ils étaient sur l'eau, leurs bateaux filant vers l'horizon et les silhouettes indistinctes des îles se trouvant au large.

Dean tira un peu plus sur l'écoute de la grand-voile afin de la border. La vitesse augmenta, les faisant passer en tête, loin devant les autres. Castiel, allongé sur l'autre coque, se servait de son poids pour faire lever le catamaran et sourit en entendant Dean exprimer son excitation. Les safrans se mirent de nouveau à chanter avec force alors que les coques tranchaient les vaguelettes salées qui froissaient l'océan.
Il se sentait bien ici. Libre. Débarrassé de sa famille trop croyante, de ses frères et des disputes qui éclataient bien trop souvent entre les murs de sa maison. Aller chez son cousin Balthazar avait été la meilleure décision qu'il avait pu prendre jusqu'à présent, malgré la réticence de sa mère et le regard suspicieux de son père. Et puis… Il s'était rapproché du personnel du centre, de Sam et… De Dean.

Ses yeux s'ancrèrent sur le visage de son camarade, s'abreuvant de la courbe de son visage, de l'apparition de nouvelles tâches de rousseur sur ses joues et son nez, du dessin particulier qu'esquissaient ses lèvres lorsqu'il souriait ainsi, comme illuminé de l'intérieur.
Leurs yeux se rencontrèrent une nouvelle fois. S'ancrèrent. Son cœur bondit dans sa poitrine, des fourmillements parcoururent ses membres, une chaleur douce fit crépiter des flammes au creux de son ventre. Dean lui souriait comme jamais. Il lui répondit de même, ignorant qu'il produisait exactement le même effet chez l'aîné des Winchester. Ils étaient de nouveau plongés dans un monde qui n'appartenait qu'à eux, ignorant les grincements étranges des haubans ou le bruit de la sécu qui se rapprochait.

Il y eut deux « clac » sonores, au même moment. Ni l'un ni l'autre n'eurent le temps de réagir ou de voir quoi que ce soit excepté le mât en métal tomber bien trop vite et bien trop longuement à la fois.

Dean sursauta violemment lorsque le lourd tube tomba sur la barre. Son cerveau, sous le choc, n'arrivait pas à se concentrer sur quoi que ce soit d'autre que l'absence de Cas dans son champ visuel. Ses mains tremblèrent. Son sang se gela.

- CAS !

L'absence de réponse le paniqua encore plus alors qu'il s'avança sur le trampoline, la respiration sifflante. Il le vit enfin, dans l'eau, agrippé à la coque, secouant la tête afin, vraisemblablement, de se remettre les idées en place. Un profond soulagement saisit Dean qui l'empoigna par le gilet de sauvetage, le hissant sur le Twincat presque sans effort. Tous deux se laissèrent tomber sur le filet. Le châtain se refusait à lâcher Castiel qui lui sourit doucement, penchant légèrement la tête.

- Je vais bien Dean…

- Putain, me refais plus jamais un coup pareil… J'ai cru que t'étais blessé, voire pire !

- Dean…

- Et je veux pas ça Cas, t'entends ?! Je veux pas que tu sois blessé ou qu'il t'arrive quoi que ce soit ! Je pourrai pas le supporter !

La peur était en train de délier sa langue et de le faire trembler de plus en plus. Ils étaient passés à un cheveu de la catastrophe et lui avait bien cru voir son ami sous le mât désormais en travers du catamaran qui dérivait. Cette simple idée lui donnait envie de vomir et de pleurer. Ses yeux s'humidifiaient, troublant leur couleur si belle.

Castiel s'inquiétait de plus en plus face aux tremblements qui saisissaient le corps du châtain. Doucement, il posa sa main sur la joue du Winchester, l'obligeant à le regarder dans les yeux. Les iris verts se raccrochèrent aux orbes céruléens avec une énergie désespérée. Leurs souffles se mêlaient, leurs lèvres prêtes à se toucher au moindre mouvement. Ils étaient si proches qu'ils pouvaient sentir le parfum de leurs peaux malgré les effluves de la mer et celles, de plus en plus proche, du moteur et de l'essence du bateau de leur moniteur.

Ce fut le déclic. Doucement, Dean prit en coupe le visage de l'adolescent aux yeux décidément trop bleus et trop purs et se laissa aller.

- Cas…

- Dean ?

La voix rauque du brun le fit sourire malgré le stress qui courait dans ses veines. Bordel, il avait l'impression d'être une collégienne en train de se déclarer pour la première fois ! Il se força à reprendre, sans le quitter une seule fois des yeux.

- Je crois que… Ah putain que c'est compliqué !

- De quoi Dean ?

- Je t'aime Cas.

Il ne voulait pas le dire de cette manière, pas si frontalement, mais au final, c'était les seuls mots qui avaient pu franchir ses lèvres tremblantes de trac. Et bon dieu que ça valait le coup. Les iris couleur d'océan s'illuminèrent par petites touches, comme si quelqu'un y avait projeté des milliards d'étoiles afin de les y laisser fleurir.

Dean posa alors ses lèvres sur celles de l'adolescent. Doucement, tendrement, lui laissant la possibilité de le repousser ou de l'arrêter si cela ne lui convenait pas. Son cœur sursauta de joie lorsqu'il ne le fit pas et qu'il répondit à son tour. Le contact avait le goût du sel et de l'eau, mais ils s'en foutait tant ils se sentaient bien. L'arrivée de Guillaume les sépara, à regret, et ils le regardèrent, côte à côte.

- Heureux de voir que vous allez assez bien pour enfin vous déclarer ! Bon, je vais vous ramener à la plage, les autres doivent être rentrés et vous attendre.

Dean rougit furieusement et Cas détourna légèrement le regard, lui aussi quelque peu gêné. Ils avaient donc été si voyants que cela ? Le moniteur éclata de rire en prenant le mât, les traînant derrière sa sécu jusqu'à la plage, leur révélant à demi-mot le pari qui avait été fait entre lui et Gwenn. L'aîné des Winchester grommela. Ces deux-là allaient le lui payer en allant dans la flotte tout à l'heure. Et vu le regard que lui lançait Cas, il ne serait pas seul dans cette tâche.