Disclaimer : Les personnages et l'univers appartiennent au grand Furudate Haruichi.
Temps d'écriture : Une bonne vingtaine d'heures, lol. Trop de mal, vis ma vie de procrastinatrice.
Challenge level : 3/5, parce que la fin refusait de sortiiir.
Note : Sept favs, wtf. Merci, haha. Et un tout grand merci pour vos reviews ! Vous ne pouvez pas savoir à quel point vous illuminez mon existence.
Guest : Merci beaucoup :3 J'espère que la suite te plaira aussi.
Note 2 : Du coup on attaque le chapitre un. Btw, la vraie intrigue (oui parce qu'il y en a une lol) commence dans le prochain, parce que why the fuck not. En espérant qu'il vous plairaaa ! Bonne lecture :).
Flash, choc, souffrance insupportable. Il s'était envolé, comme un oiseau, était retombé, rien de plus qu'un absurde être humain.
La douleur irradiait de chacun de ses membres sans qu'il puisse exactement en identifier la source. Le ciel nocturne l'encerclait de toute part. Il cillait difficilement, sans rien voir. Quelque chose coulait le long de son bras. Brûlure au creux de ses paumes. Pense, s'ordonna-t-il. Il ne pensait pas.
Il essaya de se relever, en vain. D'étranges formes noires dansaient devant ses yeux blessés. « Bizarre » fut le seul mot qui lui vint en tête. La fatigue s'abattait sur lui, le forçait à s'aplatir au sol, le nez sur la route, à moitié étouffé.
Le lointain chant d'un klaxon se fraya un chemin jusqu'à ses oreilles, puis le silence revint, repartit, revint encore. Je deviens sourd ? À cause du choc. Accident. Ah...
Il roulait sous les étoiles.
— Merde. Fais chier.
Cette voix ne lui disait rien. Ce n'était pas la sienne, encore moins celle de Kenma. Kenma ne parlait pas comme ça. Kenma... où était...
Une main lui tapota nerveusement la joue. Il cligna des yeux.
— Ton téléphone. Où est ton foutu téléphone ?
Un visage d'homme le dévisageait avec horreur. Il ne comprenait pas. La main plongea dans ses poches, les vida précipitamment, en sortit son téléphone portable qu'il lui planta devant la figure.
— Et ton code ? Hé ho ? Ah, putain...
Kuroo vit une ombre se relever, reculer un peu, puis quelque chose lui tomba sur la poitrine.
Le crissement des pneus sur la route, une voiture qui s'éloignait dans la nuit. La douleur revint, la peur avec elle et, enfin, les ténèbres récupérèrent leur dû.
xxxxx
L'entraînement ne se déroulait pas très bien. Kuroo, assis par terre près de l'entrée, analysait les gestes de chacun de ses coéquipiers, le visage impassible. Leurs réceptions n'étaient pas mauvaises — ils jouaient à Nekoma, après tout —, mais la balle ne volait pas assez haut, pas assez vite ; elle n'atteignait pas les bonnes personnes au bon moment, partait trop loin, tombait dehors. Ce n'était pas la faute des joueurs. Ils n'avaient pas l'habitude de pratiquer cette formation, et les nouveaux arrivés n'avaient pas encore eu le temps d'aiguiser leur talent. Le passeur, un élève de première année un peu timide, était si nerveux qu'il enchaînait les erreurs et s'excusant sans cesse, au bord des larmes. Pas sa faute, à lui non plus. Aux yeux de l'équipe, il n'était rien de plus qu'un débutant. Ils étaient patients avec lui, bien entendu, le conseillaient dès qu'ils le pouvaient, mais, au fur et à mesure que le mois avançait, l'atmosphère se faisait de plus en plus tendue, ce qui le rendait encore plus nerveux, et ainsi le cercle se répétait sans fin.
L'équipe n'arriverait pas aux nationales, cette année. Personne n'avait l'audace de se leurrer.
En l'espace de quelques semaines, ils avaient perdu leur capitaine, leur passeur titulaire et leur motivation. Ça, et...
— Je te jure que si je mets la main dessus, je lui fais nettoyer l'entièreté du gymnase avec sa langue, grommelait Yaku en ramassant les balles qui roulaient tristement autour du terrain.
Yamamoto étouffa un rire.
— Ce n'est pas une plaisanterie, le rabroua le libéro. Je vais le faire, je le jure sur la tête de sa mère.
— De ta mère, tu veux dire.
— Non, non, tu m'as bien entendu. Sans blague, c'est la troisième fois que je le surprends à faire demi-tour juste après m'avoir seulement entraperçu dans le couloir. Il se fiche de moi !
— Bah, laisse-lui le temps, intervint Kai, qui avait surpris la conversation. Il finira par revenir.
Yaku grimaça.
— Y a intérêt !...
Kuroo se releva pour les rejoindre à son tour.
— Je ne savais pas que Lev était si souvent absent, dit-il. Il n'est plus venu depuis combien de temps ?
— Bah, tu sais, répondit Kai. Il s'est montré une fois il y a deux semaines, mais il a fini par quitter la salle au milieu de l'entraînement. Il a un peu de mal à s'adapter, c'est tout. Ils s'entendaient assez bien, tous les deux, il faut dire.
Kuroo ignora les coups d'œil inquiets que lui lançaient les autres joueurs. Il soupira.
— Je ne peux pas dire que je ne le comprends pas. J'irai lui en toucher un mot, si vous voulez.
D'un coup, Yaku ne paraissait plus si sûr de lui. Il se gratta la joue d'un air gêné.
— Je sais pas si t'arriveras à quelque chose, franchement.
— Pourquoi ?
— J'en sais rien. C'est un cas désespéré.
— Bah, on verra bien. Je ne perds rien à tenter le coup, si ?
Kai haussa les épaules avec un sourire. Yaku lança une balle dans le panier de rangement.
— Mouais, si tu le dis, céda-t-il.
Sa voix manquait nettement d'enthousiasme. Kuroo lui administra une légère tape sur le bras avant de lui tourner le dos.
Il attrapa Lev le lendemain à la sortie des cours ; par chance, celui-ci ne s'aperçut pas de la présence du capitaine avant qu'il soit suffisamment proche pour ne plus lui laisser une chance d'échappatoire. Il se passa une main dans les cheveux, un peu embarrassé, comme s'il connaissait d'avance le motif de cette rencontre impromptue.
— Je suis pas en forme, aujourd'hui, prétexta-t-il avant même que Kuroo n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche. Et puis, ma sœur est à la maison, et...
Son aîné l'arrêta d'un simple geste de la tête.
— Je ne suis pas là pour t'engueuler. Juste discuter, si t'as du temps à perdre. Je ne dirai rien aux autres. Qu'est-ce que t'en penses ?
Lev, embêté, évitait de croiser son regard.
— Allez, tu ne vas pas refuser une demande de ton capitaine. Enfin, c'est pas comme si t'avais le choix, de toute façon.
Joignant le geste à la parole, il l'attrapa par le bras et le tira à travers les couloirs.
Ils s'arrêtèrent dans le fast-food le plus proche, à quelques rues seulement du lycée. Comme d'habitude à cette heure, la plupart des places étaient occupées par une brochette hétéroclite d'étudiants des écoles avoisinantes ; il se viderait dans une heure ou deux pour se remplir à nouveau en cours de soirée, lorsque les businessmen sortiraient à leur tour du bureau.
Lev mordillait distraitement dans sa paille, les yeux fixés sur un groupe de collégiens qui riaient bruyamment à quelques tables d'eux. Kuroo restait silencieux. Il mâchonnait une frite sans penser à rien. Bientôt, Lev commença à s'agiter, mal à l'aise. Il fut le premier à prendre la parole.
— Merci pour le menu, tenta-t-il maladroitement. Euh...
Kuroo lui sourit.
— Je suis toujours là pour veiller sur mes cadets, déclara ce dernier. En tant qu'aîné, il en va de mon devoir.
— Ah... oui, d'accord.
Lev étendit ses longues jambes sous la table. Il évitait toujours le regard du capitaine.
— Alors, occupé, ces derniers temps ? demanda Kuroo.
Lev s'éclaircit la gorge.
— J'ai, hum... des cousines, à la maison. On n'a personne pour les garder, et ma sœur doit préparer ses examens, et, enfin...
Sa voix mourut. Kuroo croisa les bras sur la table.
— Personne ne va t'obliger à retourner aux entraînements si tu n'en as pas envie, dit-il posément. Tu n'es pas obligé de te trouver des excuses.
Lev n'en parut pas moins gêné. Il jouait avec sa paille, perdu dans ses pensées.
— Mais ça ne veut pas dire qu'on ne veut pas t'y revoir, poursuivit Kuroo. Tu as du talent, Lev, personne n'osera affirmer le contraire. Et je ne parle pas seulement de ta taille. Ça aide, bien sûr, mais il y a d'autres choses, la puissance, par exemple, la vitesse aussi. Tu possèdes de nombreux atouts, des capacités qui ne demandent qu'à s'épanouir. Ce serait dommage de mettre un terme à tout ça.
— J'en sais rien. Si, je sais. Mais, je... mais...
Il ne continua pas sa phrase. Kuroo s'appuya contre le dossier de la banquette.
— Les autres seront très heureux de te revoir. Ils t'aiment bien. Tu es leur ami, tu vois ? C'est pour ça qu'ils ne t'en voudront pas si tu décidais de tout arrêter, mais aussi pour ça qu'ils veulent te voir revenir parmi eux.
— Mais...
— Tu aimes jouer, pas vrai ? Tu aimes le volley. Les matchs, les entraînements. Je sais que tu n'as pas envie d'abandonner.
Les yeux de Lev brillaient un peu. Il haussa les épaules.
— Ce n'est pas une question d'envie.
— Non ?
— J'aimerais retrouver l'équipe. Je ne suis toujours pas très bon, et j'ai encore plein de choses à apprendre. Je... j'aimerais, vraiment, mais...
Kuroo sourcilla.
— Qu'est-ce qui t'en empêche ?
La question était ridicule. Chacun en connaissait la réponse, lui le premier, mais y mettre les mots permettrait peut-être d'alléger un peu le poids qui leur compressait la poitrine à chaque fois qu'ils se croisaient, chaque fois qu'un membre de l'équipe posait un pied dans le gymnase.
— Je ne peux pas, souffla Lev. Ça me rend dingue. Je ne peux pas. J'ai essayé, mais... chaque fois que j'y pense, je...
Il chercha ses mots, prit une inspiration.
— J'y arrive pas. Je ne peux pas m'empêcher d'y penser, et quand j'essaie, je n'y arrive pas. Je ne peux pas. C'est pas... c'est pas naturel. Ça sonne faux. Sans Kenma...
Kuroo faisait tourner sa paille dans le soda qui pétillait de moins en moins. Une main sur la bouche, il soupira :
— Oui, je sais.
— Ce n'est pas contre vous, ou contre le nouveau passeur, c'est juste que... j'avais l'impression qu'on avait développé quelque chose, lui et moi, et devoir jouer sans lui... c'est juste impossible. Ça ne va pas. Ce n'est pas normal. Je ne peux pas jouer tout seul.
— Yaku te tuerait s'il t'entendait dire un truc pareil, sourit tristement Kuroo.
— Yaku-san... il m'en veut beaucoup, non ?
— Tu l'évites un peu trop souvent à son goût.
— Il essayerait de me tirer jusque-là.
— Et il y arriverait ?
Lev haussa les épaules.
— Probablement.
Kuroo se demanda si le libéro avait déjà eu l'occasion de voir le visage de Lev aussi morose. Lui-même ne l'avait guère vu sourire, ces derniers temps.
Il chiffonna le sachet de frites vide. Il n'avait pas menti, quand il avait dit qu'il n'obligerait Lev à rien. C'était son choix, après tout.
— Pourquoi ne pas le laisser faire ? proposa-t-il néanmoins, les coudes sur la table et les mains croisées. Laisse-lui une chance de te convaincre.
Comme Lev ne répondait pas, il reprit :
— Tu ne joues pas tout seul, Lev. L'équipe a besoin de toi. Tu en fais partie intégrante, maintenant. Ne gâche pas cette chance. On ne sait jamais ce qu'on va finir par regretter.
— Peut-être... J'en sais trop rien.
— Laisse-toi une période d'essai. Viens jouer sans te prendre la tête. On ne t'imposera pas de rester titulaire. Mais je crois qu'à long terme, ça finira par t'être bénéfique. Qui sait, ça te changera peut-être un peu les idées. Réfléchis-y.
— D'accord.
D'un même mouvement, ils se levèrent et débarrassèrent rapidement la table pour laisser la place aux suivants. Leurs routes se séparèrent quelques rues plus loin, devant une station de métro à laquelle Lev avait l'habitude de descendre.
— Dis, Kuroo... ça te manque, à toi ? Le volley, je veux dire. Ça ne te gêne pas d'assister aux entraînements sans rien pouvoir faire ?
— Je peux toujours analyser les choses et donner des conseils à ceux qui en veulent, répondit Kuroo. Mais oui, ça me manque. Enfin, c'est la vie.
— Ah... d'accord.
Il affichait une drôle d'expression, comme s'il hésitait à ajouter quelque chose, puis déclara simplement :
— Merci encore.
— Je t'en prie. N'hésite pas à venir vers moi si quelque chose te tracasse. Les autres troisième année sont là pour t'aider, eux aussi. Ne l'oublie pas.
Lev opina.
— Je ne l'oublierai pas. Merci.
Puis, après un bref hochement de tête, il descendit à l'intérieur de la station, abandonnant là son capitaine qui le suivait des yeux, les poings sur les hanches.
— Une bonne chose de faite, dit-il tout haut, sans s'adresser à personne en particulier.
Avec un peu de chance, il avait été assez persuasif pour inciter Lev à retourner à l'entraînement. Il laisserait à Yaku le soin de se charger de la suite. Il ne faudrait pas longtemps à Lev pour s'adapter à la nouvelle équipe, Kuroo en était certain.
Le capitaine ne se présenta pas à la séance du lendemain, qui coïncidait avec une classe de cours du soir à laquelle il s'était inscrit à peine trois semaines plus tôt sur l'insistance de ses parents et professeurs. Yaku le retrouva à la première heure du jour d'après, quelques minutes avant que leur professeur principal n'arrive en classe.
— Je sais pas comment t'as fait pour le coincer, mais c'était bien joué, lui dit-il en s'appuyant contre le rebord de la fenêtre. S'il parvient à s'améliorer un peu, on a peut-être encore une chance pour les qualificatifs...
— Ne le fatigue pas trop.
— Tu parles ! Je vais le remettre en forme, je te le dis. Il a manqué presque un mois d'entraînement. Si je dois le réveiller à cinq heures du mat' pour le tirer jusqu'ici, je le ferai, tant pis s'il doit passer le reste de la journée à ramper.
— Un vrai sadique, ma parole. Moi qui lui ai inventé qu'il pouvait compter sur toi...
— Mais il peut compter sur moi. Ça demande des efforts, tout ça, tu sais. Je vois ça comme une forme de pure abnégation.
— Trop généreux de ta part, se moqua Kuroo. Je ne peux pas m'empêcher de le plaindre.
Lev, pourtant, se présenta à chacun des entraînements qui suivirent. Il faisait beaucoup d'erreurs, et avait un peu de mal à se coordonner avec le nouveau passeur, mais, au fil des jours, ses progrès ne firent plus aucun doute. La constante surveillance de Yaku, combinée aux observations et conseils du coach et des autres membres de l'équipe, faisait apparemment des merveilles. Ses craintes s'étaient révélées infondées, au final. Le jeu lui avait manqué. Ça transpirait par chacun de ses pores, se manifestait dans chacun de ses gestes, dans ses mouvements amples et rapides bien qu'un peu maladroits, dans les vannes qu'il recevait en permanence, les plaisanteries qu'il échangeait avec les autres. Kuroo le surprit une fois à proposer au nouveau passeur de faire le chemin jusque chez lui ensemble. Yaku avait raison, après tout. Ils n'étaient peut-être pas condamnés à échouer.
Ils se battaient de toutes leurs forces pour surmonter les obstacles que le destin leur avait imposés. C'était une bonne équipe. Ils ne se laisseraient pas déstabiliser si facilement.
Pas comme moi, ajouta-t-il en pensées. Et c'est tant mieux.
xxxxx
Son portable vibrait dans sa poche depuis une bonne dizaine de minutes sans discontinuer. Il n'avait pas besoin de l'en sortir pour savoir qui était l'expéditeur des messages qui s'entassaient dans sa boîte de réception. Bokuto avait tendance à être pris d'une sorte de frénésie dès que son pouce s'approchait trop près de la touche « envoyer » ; par conséquent, plutôt que d'envoyer un seul long SMS, il préférait séparer chaque morceau de phrase en espérant que son destinataire aurait la force d'assembler lui-même les pièces du puzzle.
Kuroo attendit que l'appareil se calme enfin pour le déverrouiller. Ses yeux passèrent rapidement au-dessus de l'écran d'accueil dont le fond, par chance, était masqué sous les multiples alertes qui s'accumulaient par-dessus. Il en éprouva une once de soulagement – il ne l'avait plus regardé depuis un moment, pas en détail, en tout cas, et espérait pouvoir persévérer dans cette voie quelque temps encore.
Jusqu'à ce qu'il ait le courage de l'affronter à nouveau.
Il n'eut pas le temps d'entamer sa lecture, cependant. Une seconde plus tard, une photo peu flatteuse de Bokuto empiétait sur le reste, accompagnée de la sonnerie stridente qui lui était réservée. Ce dernier l'avait choisie lui-même ; depuis, Kuroo repoussait chaque jour le moment de la remplacer par autre chose, quelque chose de plus calme, peut-être — mais, si tel avait été le cas, ça n'aurait plus été la sonnerie de Bokuto. Il décrocha, prêt à faire face à un flot ininterrompu de paroles incompréhensibles. Après tout, si Bokuto l'appelait, c'était qu'il avait quelque chose à raconter.
Contre toute attente, ce fut la voix d'Akaashi qui résonna dans son oreille.
« Bonjour, Kuroo. Je ne te dérange pas ?
— Non, répondit-il. Comment ça va ?
— Bien, merci. Bokuto-san s'inquiétait de ne pas avoir de réponse à ses messages...
— Et comme il déteste « s'adresser directement à ces machines de l'enfer », il t'emploie pour le faire à sa place, c'est ça ? devina Kuroo.
— J'aimerais qu'il m'emploie pour le faire. Malheureusement, c'est du travail gratuit. »
Quelqu'un protesta à l'arrière. Les lèvres de Kuroo s'étirèrent en un petit sourire en coin.
« Ne te laisse pas faire, Akaashi, conseilla-t-il.
— J'ai besoin qu'il joue demain. Tu sais comment ça se passe.
— Pas facile à gérer, hein ? Bon courage. Pour information, j'aurais peut-être répondu s'il m'en avait laissé le temps.
— C'est ce que je lui ai dit — attends une seconde. (Sa voix se fit plus lointaine.) Non, je n'ai pas oublié. Laisse-moi le temps de... ça va, ça va. (Il revint au téléphone avec un soupir.) Je le lui avais dit, reprit-il à l'attention de Kuroo, mais lui faire entendre raison s'approche de la mission impossible, pour le moment. Bref, on se dirige vers ton quartier, pour l'instant...
— Attends, quoi ? Vous êtes en chemin ?
— Voilà. Il jure que tu ne sortiras pas de chez toi s'il ne vient pas t'en tirer lui-même. Je lui ai dit que ça fonctionnerait peut-être mieux s'il essayait au moins de te proposer une sortie, mais...
— Je vois, t'inquiète. Vous êtes où, exactement ?
— Bonne question. Je... (Il y eut une longue pause ponctuée d'éclats de voix lointains.) Bokuto dit que c'est tout près du magasin de musique où, mmh... tu vas de temps en temps.
— J'ai comme le sentiment qu'il a formulé ça autrement.
— On m'embauche aussi comme traducteur.
— Bon, restez où vous êtes. Je vous rejoins là-bas tout de suite, ça vous va ?
— Il vient de lancer une conversation philosophique avec un vendeur de crèmes glacées... je crois que ça ne lui posera pas de problèmes. Ça ne te dérange pas ?
— Pas de soucis. Mieux vaut ça qu'une nouvelle effraction par la fenêtre de ma chambre.
— ... Je ne poserai pas de questions.
— Vaut mieux pas. Garde-le à l'œil pour moi, tu veux ? J'arrive tout de suite. »
Après avoir raccroché, Kuroo rangea le téléphone dans sa poche et balaya la chambre des yeux à la recherche de la veste qu'il y avait abandonnée en rentrant. Il la trouva sur le lit et l'enfila en vitesse.
Bokuto et Akaashi ne s'étaient pas arrêtés bien loin. Il ne mit pas plus de dix minutes pour retrouver la rue que le passeur lui avait décrite, et cinq autres pour les apercevoir, attablés à l'intérieur d'un petit café animé, un grand verre de milk-shake à la main.
— Eh bah, on s'ennuie pas, ici ! les salua Kuroo en s'installant sur une des deux chaises restantes.
— Bokuto-san m'a forcé à attendre ici, soupira Akaashi. Il voulait, je cite : « vérifier que son super-top-meilleur-pote vivait dans un quartier digne et acceptable », fin de citation.
— Hein ? s'exclama Bokuto. J'ai jamais dit ça ! C'est toi qui m'as...
Kuroo, les coudes sur la table, croisa les mains sous son menton.
— Voyons, Bokuto. Tu sais qui est le plus crédible, à cette table.
— Mais j'avais rien dit ! Je te jure, il a pas arrêté de me tanner pour qu'on...
— Tu accuserais Akaashi – le Akaashi, ton bien-aimé partenaire et vice-capitaine – de mentir ?
— Je ne sais pas mentir, se dédouana le passeur. N'est-ce pas, Bokuto-san ?
Il avait détaché chacune des syllabes de son nom, les yeux plongés dans les siens.
— J-je... quoi ? Euh, non, bien sûr... je crois...
Un sourire sournois traversa le visage de Kuroo.
— Je vois que tu prends bien soin de lui, Akaashi. Continue comme ça. Il a besoin qu'on lui agite les neurones de temps en temps.
— Je m'y emploie chaque jour.
— De l'excellent travail.
— Merci. Un milk-shake ?
— Avec plaisir. Tu sais que je ne peux rien te refuser.
— Vous avez fini de vous draguer, là ? se plaignit Bokuto, la tête entre les mains. Ah, j'aurais jamais dû t'appeler, Kuroo. C'est une trahison ! Une trahison !
— On avait compris la première fois, commenta Akaashi, puis il ajouta à voix basse : et personne ne drague personne, de toute façon.
— Moi, te trahir ? s'insurgea Kuroo, une main dramatiquement posée sur la poitrine. La seule pensée que tu puisses l'envisager m'horrifie au plus haut point.
— Où t'as appris à parler comme ça, exactement ? dit Bokuto.
— Je rattrape mes lectures pour le cours de litté. Ça commence à déteindre, à force.
Une serveuse, qui venait de remarquer l'arrivée de Kuroo, prit sa commande avant de s'éloigner à grands pas.
— Et puis, ajouta Kuroo l'air goguenard, ce serait bien mal connaître Akaashi. Comme s'il pouvait seulement essayer de...
Akaashi s'éclaircit bruyamment la gorge, les joues un peu rosies. Bokuto, qui n'avait rien remarqué à son trouble, vida son verre d'un trait.
— Akaashi n'est comme ça qu'avec toi, fit le capitaine de Fukurodani en pointant sur Kuroo un doigt accusateur. Tu as une mauvaise influence sur lui, je te le dis.
— Je ne crois pas qu'il ait besoin de l'influence de qui que ce soit pour être comme il est. Hein, Akaashi ?
— C'est la seule option que j'ai trouvée pour survivre à vos entrevues, répondit celui-ci.
— Le sarcasme est une chose merveilleuse, soupira Kuroo. Dommage qu'il ne fonctionne qu'au-delà d'un certain QI...
— Hé ! protesta Bokuto. Ne crois pas que j'ai pas compris que tu venais de me traiter d'imbécile !
— Encore à surinterpréter !...
La serveuse revint avec un grand verre de milk-shake banane qu'elle posa sur la table.
— Bien, reprit Kuroo. Maintenant que je suis servi, parlons affaires. Une raison particulière de vous être déplacés jusqu'ici ? C'est quand même pas la porte à côté.
— Tu me manquais trop, expliqua Bokuto. Ça fait combien de temps qu'on s'est plus vus ?
— Une semaine, Bokuto-san, l'aida Akaashi.
— Une sem– attends, c'est tout ? Ça m'a paru super long ! Akaashi, tu vas finir ton milk-shake ?
Ce dernier poussa son verre devant Bokuto, impassible.
— Cool ! Ouais, bah, du coup, j'ai pas de bonne raison. Je croyais que ça faisait, pfiou, super masse de temps, comme deux mois, tu vois ? J'ai toujours eu du mal avec ça. La perception du temps, et tout.
— Je vois ça, commenta Kuroo. Ça explique pourquoi tu traînes aussi longtemps à l'entraînement, pendant les camps.
— Ça, c'est juste une question de logique. On ne va pas en camp pour partir dormir à huit heures du soir. Faut se donner à fond, quand on peut, hein ? J'ai pas raison, hein ?
Il fixait son passeur avec insistance ; celui-ci le gratifia d'un léger signe d'assentiment.
— Tu vois !
— T'as pas tort, reconnut Kuroo. Je peux au moins t'accorder ça.
— Je suis d'une logique implacable, c'est tout. À part ça, puisqu'on est tous réunis ici, on a qu'à faire quelque chose de cool, non ?
— Comme quoi ?
— Comme, euh... j'en sais rien...
Il se mit à réfléchir, le front plissé par la concentration. Akaashi et Kuroo échangèrent un regard dubitatif.
— Je sais ! s'écria Bokuto. Un karaoké !
— Par pitié, soupira Akaashi.
— Tout, mais pas ça, geignit Kuroo. Je suis pas prêt à passer une nouvelle semaine à avoir des cauchemars toutes les nuits.
— Des cauchemars ? s'étonna Bokuto. Akaashi ne chante pas si mal que ça.
— Je devrais me sentir insulté, maronna ce dernier.
— Mais non, le rassura Kuroo. On ne peut pas le blâmer pour son manque d'oreille musicale.
— Est-ce que vous êtes encore en train de vous ficher de moi ? soupçonna Bokuto.
Kuroo lui sourit.
— Pas du tout, contesta-t-il. Tu sais que ce n'est pas notre genre.
Il ne laissa pas le temps à Bokuto de lui faire part de ses doutes ; un instant plus tard, il s'était levé pour régler sa partie de l'addition, très vite accompagné par les deux autres. Ils sortirent à la file indienne, Bokuto fermant la marche entre deux marmonnements.
Incapables de prendre une décision quant à la suite des activités, ils flânèrent au hasard d'une rue commerçante, s'arrêtant à presque toutes les vitrines pour en juger l'intérêt, parfois au point de lancer un débat qui durait si longtemps qu'Akaashi finissait par s'éloigner d'eux, seul, jusqu'à ce qu'ils se rendent compte de son absence et le rejoignent en courant. Le passeur de Fukurodani ne fit aucun commentaire quand Bokuto et Kuroo commencèrent à se battre pour s'asseoir en premier sur chaque banc rencontré, ni quand ils se mirent à prêter leur voix aux groupes de passants qui piquaient leur intérêt, allant parfois jusqu'à montrer une histoire tellement saugrenue qu'ils finissaient par être incapable de la suivre eux-mêmes.
Le soleil était bas lorsqu'ils s'arrêtèrent enfin devant un parc plutôt peuplé pour cette période de l'année. Il faisait encore beau pour un mois d'octobre. Les citoyens n'avaient aucune raison de ne pas en profiter.
— Ils sont marrants, tes cheveux, Akaashi, déclarait Bokuto en agitant une mèche avec curiosité. Ils vont dans tous les sens. Tu crois qu'ils boucleraient, si tu les laissais pousser ?
— Ne parle pas d'horreur, commenta Kuroo, puis il se tourna vers le passeur : Jure-moi de ne jamais faire ça, même pour le bien de la science. Il y a des choses dont le monde n'a pas besoin de faire l'expérience, je t'assure.
— Je ne comptais pas les laisser pousser, dit Akaashi en les aplatissant sur sa tête.
— Je suis sûr que t'es du style à garder la même coupe pendant deux mille ans, avança Bokuto en croisant les bras.
— Je ne vois pas où est le problème.
— Ah ah ! J'avais raison ! Je suis super-doué pour lire les gens, tu vois. Apprendre tout un tas de choses sur eux, même leurs plus sombres secrets.
— Félicitations.
— Merci, merci. Enfin, bref. On devrait pas trop traîner, si ? Tu prends le métro avec moi, hein, Akaashi ? Hein ?
Celui-ci acquiesça. Il avait l'air exténué.
— Parfait, parce que je viens de me souvenir du rêve que j'ai fait cette nuit, et il est hyper long, genre, vraiment, mais il faut que j'en parle à quelqu'un, parce qu'il était troooop fort, avec des rebondissements de dingue et tout, mais comme il est tard, déjà, tu vois, je...
— Je suppose qu'il ne me reste qu'à vous dire au revoir, l'interrompit Kuroo, au grand soulagement d'Akaashi.
— Et merci ! ajouta Bokuto.
— Merci ? répéta Kuroo. Pour ?
— T'avoir tiré du lit. Je parie que t'y passes tout ton dimanche. Tu sais, ça craint de désespérer dans son coin.
Akaashi lui adressa un regard noir ; le capitaine de Nekoma, lui, haussa les épaules.
— T'as pas tort, mec. Merci.
— Toujours à ton service ! Envoie-moi un message quand tu te sens seul, et je serai à ta porte en moins de deux !
— J'y manquerai pas.
Bokuto commença à s'éloigner. Akaashi, lui, resta un peu en arrière, les yeux rivés sur Kuroo, comme s'il attendait une autorisation quelconque pour lui adresser la parole.
— Oui ? demanda l'intéressé.
— Je voulais juste présenter mes excuses, comme j'en ai pas vraiment eu l'occasion...
— Tes excuses ?
Le passeur parut légèrement embarrassé.
— Pour mon absence, le jour de l'enterrement. J'aurais voulu... enfin. Comme je ne connais pas la famille, je me suis dit que je le ferais auprès de toi.
Kuroo le rassura d'un geste.
— T'en fais pas pour ça.
— Je suis désolé. J'aimerais pouvoir dire quelque chose. Faire quelque chose de plus.
— Je comprends, tu sais. Ne réfléchis pas trop.
Puis il s'efforça de sourire, les mains dans les poches.
— Je crois que Bokuto t'attend. Ce serait dommage qu'il se perde en route.
Akaashi jeta en regard par-dessus son épaule.
— C'est vrai. À la prochaine, alors, Kuroo.
Ce dernier le salua à son tour et attendit que ses deux amis soient hors de vue pour reprendre sa propre route. Les oreilles pleines des rumeurs de la ville, il tâcha de se concentrer sur le rythme de ses pas. Il n'eut aucun mal à se débarrasser l'esprit de ses pensées indésirables ; la méthode avait été éprouvée et ne lui avait encore jamais fait défaut. J'y reviendrai plus tard, se répéta-t-il inlassablement. Ne m'en veux pas, mais j'en suis incapable. J'ai besoin de temps. Pardonne-moi.
En chemin, il décida de faire un détour par un konbini à quelques rues de chez lui pour y acheter de quoi grignoter. Les clients n'y étaient guère nombreux. Une bouteille de soda sous le bras, il se présenta à la caisse, derrière une femme pressée et un grand homme efflanqué.
La scène aurait pu s'arrêter là ; la femme aurait payé son repas-minute et serait sortie du magasin d'un pas raide, son sac sous le bras ; l'homme aurait plongé la main dans la poche de son pantalon pour en extirper son portefeuille, aurait cherché un moment sa monnaie, serait parti avec ses magazines, ses cigarettes et son sac de provisions, puis Kuroo aurait payé à son tour, et tout se serait terminé là, juste là, à la caisse d'un magasin sans prétention, au milieu d'une rue anonyme, un jour comme un autre, aussi vite vécu qu'oublié.
Elle aurait pu s'arrêter là.
La femme avait payé, était sortie d'un pas raide, son sac sous le bras. L'homme avait plongé la main dans sa poche, un juron marmonné entre les dents, en avait extirpé son portefeuille, avait agité les pièces pour en sortir trois ou quatre qu'il avait déposé sur le comptoir. Mais l'homme n'était pas tout de suite parti.
Il s'était retourné. Il avait regardé Kuroo droit dans les yeux.
Une seconde s'écoula, à la fois trop lente et trop rapide, puis l'homme serra le poing sur les poignées du sachet en plastique qui se balançait doucement, doucement, comme une de ces vieilles pendules qu'on voyait dans les films, se détourna et disparut derrière les portes automatiques.
Kuroo, lui, n'avait pas bougé d'un pouce. Il ne se reprit qu'au moment où la caissière l'appela ; après s'être poliment excusé, il récupéra sa boisson et quitta les lieux à son tour.
La route, dehors, était éclairée de lumières jaunes qui flottaient dans le noir, des dizaines de petits vaisseaux extraterrestres parfaitement alignés, suffisamment généreux pour offrir à cette pauvre ruelle de Tokyo un peu de leur étincelante énergie. Le quartier, plutôt calme, n'était pas tellement fréquenté. Un cycliste traversa le champ de vision de Kuroo qui, debout sur le trottoir, observait les alentours, l'œil hagard. Quelques voitures le suivirent, leurs phares aveuglants braqués sur le bitume, braqués sur Kuroo, juste en face de lui, juste en face...
Et il volait, il volait, il déployait ses ailes, contemplait le monde s'éloigner puis lui revenir en pleine face, retombait comme l'absurde être humain qu'il était.
Quelqu'un lui secouait l'épaule, et répétait : « Fais chier, fais chier, ton téléphone, où est ton foutu téléphone ? » Quelqu'un croisait son regard dans la file d'un petit magasin de proximité, disparaissait dans la nuit.
Quelqu'un l'avait reconnu.
Tu te souviens de quelque chose ? demandait la voix de sa mère, mélangée à des souvenirs encore flous, les murs blancs de l'hôpital, le ronronnement des machines autour de lui. La police n'a trouvé personne. Ils disent que le conducteur a paniqué. Qu'ils ne le retrouveront pas sans plus d'informations... tu dois bien avoir vu quelque chose, non ? Quelqu'un, au moins ?
Il avait répondu non.
Aujourd'hui, l'homme était revenu, l'homme avait disparu. Il s'était enfui. Encore.
Les jambes de Kuroo se mirent en marche sans qu'il n'en ait pris la décision. Il courait presque lorsqu'il rejoignit une rue plus animée, quelques blocs plus loin. Il balaya le trottoir des yeux, à la recherche d'un indice quelconque, une ombre furtive, une silhouette familière disparaissant derrière un mur au loin.
Il la trouva penchée en avant, juste en face, si proche qu'il lui aurait suffi de quelques pas pour le rejoindre, une route à traverser, rien d'autre, un cri à pousser pour l'obliger à se tourner vers lui et à affronter à nouveau son regard. Quelques questions à poser, pour être sûr, juste pour savoir, comprendre — pourquoi il était parti, ce soir-là, pourquoi il s'était penché vers lui si ça avait été pour s'esquiver ensuite, pourquoi avoir pris la peine d'appeler les urgences, pourquoi ne pas l'avoir simplement abandonné là.
Mais Kuroo n'ouvrit pas la bouche. Il ne bougea même pas.
Parce que l'homme parlait à une petite fille souriante, et parce qu'il souriait aussi, peut-être avec une once d'inquiétude, un soupçon de remords et de panique — mais ça n'avait pas d'importance. L'homme n'était plus un visage flou penché au-dessus d'un adolescent blessé sur une route déserte, plus un fuyard sans pitié ni sens moral, s'évaporant dans les ténèbres comme le diable en personne.
Il était jeune, la vingtaine peut-être, le menton piqué d'une barbe mal rasée, les yeux renfoncés dans un visage émacié et tiré par le stress. Il parlait gentiment, pourtant, Kuroo le comprenait à son expression adoucie, et, l'espace d'un instant, il pensa que ce n'était peut-être pas grave, finalement, qu'il lui suffisait de le laisser partir, de fermer les yeux, de tout oublier à nouveau, que son visage reste celui d'un fantôme, ses mots ceux d'une station de radio mal réglée, des ondes perdues dans le vent.
L'homme prit l'enfant par la main, s'éloigna, comme au ralenti, sans se douter que le cœur de Kuroo martelait douloureusement sa poitrine, sans savoir qu'il jouait sa liberté à pile ou face, que la pièce tournoyait, implacable, qu'elle retombait au sol dans un tintement silencieux.
Kuroo inspira profondément. Expira tout l'air de ses poumons, jusqu'à ce que le besoin d'oxygène soit trop fort pour lutter.
S'apprêta à tourner les talons.
Une seconde, une seulement, et tous les acteurs s'étaient mis en mouvement, percutant l'œil de l'unique spectateur de cette pièce teintée d'une ironie absurde, un défi lancé par l'univers, une certitude : elle est trop loin, tu n'y arriveras pas.
Une tragédie savamment orchestrée.
Un étudiant distribuant des tracts s'arrêta devant l'homme qui, déconcentré, lâcha la main de la fillette ; celle-ci, les yeux rivés sur le trottoir d'en face depuis quelques minutes, profita de l'occasion ainsi offerte pour s'élancer sur le bitume malgré les avertissements d'une passante alarmée ; une voiture freina brusquement, surprise par sa soudaine apparition, mais trop tard ; l'homme se retourna, comprit qu'il n'arriverait pas à temps, n'eut pas d'autre option que de hurler, les yeux écarquillés, l'imagination quelques secondes en avance, le regard déjà sur le corps de l'enfant, comme il s'était posé sur celui de deux adolescents, près de deux mois plus tôt, avant de s'enfuir comme un lâche.
Il cilla, et entre le moment où ses paupières s'étaient fermées et celui où elles s'étaient à nouveau ouvertes sur la catastrophe, le monde avait changé.
Le conducteur sortait de la voiture, le teint have, et les passants convergeaient déjà vers le corps étendu d'un grand adolescent à la silhouette familière qui, après ce qui lui sembla être une seconde de pure terreur, se releva difficilement.
Et, derrière lui, la fillette fondit en larmes, les mains un peu écorchées, secouée par ce qu'elle estimait avoir été la plus grande peur de sa vie — qui avait été celle de l'homme, en tout cas, dont le corps entier tremblait comme une feuille lorsqu'il s'agenouilla auprès d'elle, bouleversé.
À l'instant où son regard croisa celui de Kuroo, il ne put qu'ouvrir la bouche sans rien dire, incapable de prononcer le moindre mot. Puis il prit l'enfant dans ses bras et quitta la scène en jetant de fréquents coups d'œil en arrière, fuyant encore, fuyant toujours, quelque part bien loin de l'ultime preuve de sa culpabilité.
Je vais essayer (ceci craint) de publier... genre... un chapitre par semaine... ou tous les 10 jours... si j'y arrive hahahahaha (ceci a fort peu de chances de se produire). Après réflexion, ça tournera plus autour d'une vingtaine de chapitres que d'une dizaine, vu mon talent inexplicable pour faire durer quatre pages des scènes qui sont supposées faire deux paragraphes, yaaaay, kill me.
Sur ceee, je vous laisse. Je vous souhaite une bien bonne journée. Merci d'avoir lu ce chapitre, et j'espère que vous reviendrez pour lire le reste ! N'hésitez pas à laisser une review si vous en avez l'occasion, c'est la seule chose qui parvient à me motiver sur cette terre (avec les menaces).
Gros kiss !
