Hello, children. How are you today? Je suis en retard, en effet, merci les vacances et les conventions. Pour me faire pardonner, je vous offre un chapitre un chouïa plus long que d'habitude (PS : non, c'était pas fait exprès :'(). Bonne lecture ! Et un grand merci pour vos reviews ! Auxquelles je réponds très en retard, ne changeons pas les bonnes habitudes, haha... ha... ha.
DarkAlchemist : ta review a illuminé ma vie, et je suis désormais décédée de bonheur pour la fin des temps (si si). Merci beaucoup ❤. Je dis rien pour les hypothèses, haha. 8)
PS : merci à KusoIcry et Rin-BlackRabbit et moult autres pour les WW ! :D
Assis sur les marches qui menaient au lycée, Kenma scrutait l'écran de sa PSP éteinte en pinçant les lèvres. Kuroo, qui était parti chercher de quoi boire au distributeur le plus proche, lui lança une canette de soda qu'il n'attrapa que de justesse.
— Préviens, quand tu fais ça, marmonna Kenma en fronçant les sourcils.
— Je travaille tes réflexes, répliqua Kuroo. Tu devrais me remercier.
Puis il s'assit à côté de lui, l'air étrangement satisfait. Kenma se mit à détailler la canette d'un œil peu convaincu.
— C'est du non pétillant, précisa le capitaine.
— Je supporte les boissons pétillantes, rétorqua Kenma. Tout le monde n'est pas comme toi.
— Oulah ! Mauvaise humeur ? C'est Lev qui te met dans cet état ?
Kenma ne répondit pas. Il ouvrit la canette du bout de l'ongle et but une gorgée en grimaçant.
— N'exagère pas, le réprimanda son ami. C'est pas si mauvais, si ? (Comme Kenma ne disait toujours rien, il ajouta :) Et quoi, ta PSP est cassée ?
— Plus de batterie.
— Ça explique tout, le taquina Kuroo. Au fait, je vais chez Bokuto dans cinq minutes. Tu viens avec moi ?
Mais Kenma ne l'écoutait pas ; il fixait un chat tigré qui, assis sur le muret ceignant la propriété, lorgnait lui-même un tas de feuilles volantes avec intensité.
— Tu lui ressembles, commenta Kuroo. Tu devrais l'adopter.
Kenma retourna à l'écran éteint de la console qu'il n'avait pas lâchée.
— C'est un chat errant, répondit-il pourtant. Il ne suit que ceux qu'il a envie de suivre.
— Je vois.
Au-dessus d'eux, les nuages s'amassaient lentement, prêts à déverser une averse qui ne serait probablement pas des plus agréables.
— Et puis, c'est toi qui lui ressembles, déclara Kenma en levant les yeux vers lui.
Quelque chose dans son regard lui tira un frisson. Kuroo sourit.
— Vraiment ?
— Si je devais être un chat, je serais un chat de salon. Ceux qui ne quittent jamais leur territoire et dorment quand ils en ont envie.
— Je peux imaginer ça.
— Mais toi, poursuivit Kenma, tu es un chat errant. La ville entière est ton territoire. Tu la connais comme ta poche.
— J'y ai vécu pas mal de temps.
— Toujours à l'affût, à chasser du vent. Je suis sûr que tu te battrais avec les autres matous du quartier, si t'en avais l'occasion.
— Mais je ne le fais pas.
— Parce que tu ne suis que ceux qui t'intéressent.
Kuroo but une gorgée de soda.
— Comme toi ? demanda-t-il.
L'ombre d'une hésitation. Kenma répondit :
— Je ne sais pas.
— Ne t'en fais pas, fit Kuroo en lui ébouriffant les cheveux. Je te jure que je ne reste pas avec toi simplement pour que tu me nourrisses.
Pas comme si ça arrivait, de toute façon. Kenma rangea la console dans son sac, muet comme une tombe. Comprenant qu'il s'agissait là du signal de départ, Kuroo se releva.
— Il y a un certain avantage à être un chat, tu sais, lâcha-t-il sur le chemin du retour.
Kenma leva un sourcil interrogateur.
— La liberté, bien sûr. La bouffe à volonté, si on se contente d'une qualité plus ou moins médiocre. Et puis, les chats ont neuf vies.
— Une seule est suffisamment compliquée à gérer, dit Kenma.
Kuroo passa un bras autour de son épaule en ricanant.
— T'en fais pas, Kenma. Si je me découvre neuf vies, je ferai en sorte de passer chacune d'entre elles avec toi. Tu pourras pas m'échapper, crois-moi.
Kenma ne répondit rien. Et il ne se dégagea pas.
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À sa connaissance, le phénomène ne s'était produit que deux fois — s'était déjà produit deux fois. Kuroo y avait réfléchi toute la nuit. Une fois, c'était étrange, extraordinaire, inimaginable ; parce qu'il n'avait pas vraiment eu le choix, cependant, il s'y était fait. Deux fois, par contre, dépassait toutes les limites du concevable, même lorsqu'on avait intégré la résurrection d'un ami supposé mort depuis des mois. La première fois avait été un miracle ; la seconde, en revanche, portait avec elle la menace — l'espoir ? — d'une troisième, d'une quatrième, d'autres encore, à l'infini, peut-être. Comment savoir, dès lors, si ce manège s'arrêtait un jour ? Comment savoir s'il ne s'était pas déjà arrêté ?
L'insomnie qui l'avait détenu entre ses griffes toute la nuit, loin de lui apporter des réponses, eut quand même la sympathie de lui fournir quelques bribes d'hypothèses. Il avait décidé d'ignorer la question du « pourquoi lui » — celle du « pourquoi Kenma ». Il n'en savait rien. Il n'en saurait jamais rien. Il ne voulait pas le savoir. Pour l'instant, il était simplement reconnaissant.
Certains dons, lorsqu'on s'inquiétait de leur origine, ou qu'on refusait de les accepter avec la gratitude qu'ils méritaient, finissaient par échapper à jamais des mains de ceux à qui ils étaient destinés. Kuroo n'était pas superstitieux, ne l'avait jamais été, mais la situation était trop importante, trop délicate pour qu'il ose faire un seul pas de travers — et comment savoir si l'on s'éloignait des sentiers battus quand ceux-ci restaient invisibles à celui qui les foulait du pied ? Dans ce cas de figure, mieux valait simplement éviter d'y penser. Par hasard — c'était l'unique réponse qu'il pouvait accepter.
Mais le hasard, aussi bienvenu fût-il, ne frappait pas deux fois d'une façon si singulière. Peut-être était-ce une coïncidence qu'il le touche lui plutôt qu'un autre (mais n'avait-il touché que lui ? Comment savoir ? Cela avait-il une quelconque importance ?), mais quelque chose devait avoir, d'une façon ou d'une autre, déclenché les événements. Le deuxième, du moins.
Ou bien il s'agissait de deux simples coïncidences. Il était tout aussi plausible que le phénomène soit ponctuel. Il griffonna sur la feuille posée sur son bureau en mâchonnant un crayon en mauvais état. Kenma était revenu le jour où il avait rendu visite à Sugino ; ou était-ce le lendemain ? Non, c'était le lendemain. Il avait recroisé sa fille au cimetière. Quant à son réveil, il avait eu lieu le 15 octobre, soit la veille de son anniversaire, même si Kuroo doutait que cela ait un rapport quelconque. Une semaine et un jour. Si c'était régulier, il devait s'attendre à un changement pour le mardi d'après.
Mais ce genre de chose ne se passait jamais comme ça, si ? Ce genre de chose ne se passait pas du tout. Ils ne suivaient peut-être pas le tic-tac d'une horloge invisible. Il était possible que, Kenma réveillé, l'univers ait décidé de le laisser vivre sa vie tranquille, même si cette dernière différait en bien des points de la version qu'il avait jadis connue. Peut-être ne s'agissait-il que d'une période d'essai que Kuroo devait passer sans la moindre erreur pour ne pas risquer de retourner au substitut d'existence qu'il avait supporté entre août et octobre. Des erreurs. Il ne savait même pas ce qu'il était supposé faire, si seulement il était tenu d'exécuter une tâche dont il ne connaissait rien.
Il dodelina de la tête pour se débarrasser du chaos que formaient ses pensées parasites et les dizaines de questions sans réponses qui lui traversaient l'esprit. Il traça une ligne plus ou moins droite sous la case « événement périodique ». Il ne pourrait vérifier celle-là que le mardi suivant. Il espérait secrètement qu'il n'en verrait rien.
La deuxième possibilité, exception faite du hasard ou du désir altruiste (égoïste ?) d'une entité supérieure, le mettait légèrement mal à l'aise. Pas qu'elle fût particulièrement désagréable — à vrai dire, c'était la première à laquelle il avait pensé, et c'était sans doute la première à laquelle n'importe qui songerait dans sa situation —, mais elle se rapprochait trop de la pensée magique pour qu'il puisse y accorder la crédibilité que les événements exigeaient. Si je réussis à marcher une minute sur l'extrême bord d'un trottoir sans tomber, je clôturerai le prochain match par une victoire. Si je parviens à faire ce que l'univers attend de moi, Kenma reviendra à la vie.
Ridicule. Impensable. Plus encore, c'était inacceptable.
Car Kuroo, s'il avait quelque chose à faire, et s'il finissait par l'accomplir, devenait alors celui qui amorçait les étranges flexions de la réalité, celui qui générait les miracles. Dans ce cas, Kenma était revenu parce qu'il avait fait en sorte qu'il revienne ; il avait repris connaissance parce qu'il avait agi de façon à le voir les yeux grand ouverts. Que se passerait-il, ensuite ? Et si Kenma disparaissait à nouveau ? Cela signifiait-il qu'il en porterait la responsabilité ? S'il lui arrivait un malheur, si, au réveil suivant, Kenma se retrouvait coincé dans une existence pire que la précédente, s'il se découvrait incapable de l'en sortir, s'il restait sourd aux demandes du ciel, s'il décidait de le conserver dans une réalité qu'il estimait acceptable et l'empêchait d'accéder à celle qui l'attendait ensuite ?
Kuroo n'était pas un dieu. Il n'était qu'un être humain sans dispositions particulières. Il jouait au volley-ball, plutôt bien, s'il devait se référer à tous ceux qu'il avait croisés sur le terrain. Il avait un don pour provoquer les gens, quand il en avait envie, mais n'était pas pour autant froid ou sans cœur. À dire la vérité, il s'estimait plutôt moyen, pas forcément gentil ou généreux, même s'il tâchait de ne pas nuire à ceux qui croisaient sa route et faisait de son mieux pour être attentif aux besoins de ses amis.
Et il devait vivre avec le destin de son meilleur ami entre les mains ? Était-il censé choisir où aller et comment s'y rendre ? Avait-il le pouvoir d'influer sur son existence sans même que le principal intéressé n'ait son mot à dire ? Cette pensée le remplissait d'une horreur sans nom. L'idée même qu'il puisse jouer sur la vie de quelqu'un d'autre lui donnait la nausée.
Inacceptable. Il décida donc de ne pas l'accepter.
Il laissa la feuille sur la table et résolut de ne plus la regarder avant la semaine suivante. À quoi bon y réfléchir, de toute façon ? Kenma était là, aujourd'hui. C'était tout ce qui comptait. Quant à ce qu'il se passerait ensuite... Il ferma les yeux. Adviendrait ce qu'il adviendrait. Pour l'instant, il ne pouvait rien y faire.
Il voulait juste revoir Kenma, discuter à nouveau, détailler son visage et les sourires qui lui échappaient parfois.
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Il se présenta chez lui pour la quatrième fois en quatre jours. Les deux visites qui avaient suivi leurs retrouvailles, bien que le terme n'eût pas la même signification à leurs yeux, s'étaient plutôt bien passées. Il fallait toujours une bonne heure à Kenma pour s'habituer à la présence de Kuroo dans sa maison, plus encore dans sa chambre, malgré son refus de la quitter lorsque Kuroo s'en était aperçu. Ce dernier ne pouvait pas dire si Kenma le considérait comme un ami ou, tout au plus, une connaissance enquiquinante et têtue qui dévorait son espace vital pour ne lui laisser que des miettes. Bien entendu, Kuroo s'arrangeait pour ne jamais le mettre mal à l'aise — ce qui s'était révélé mission impossible, même s'il connaissait plutôt bien les attitudes qui l'irritaient et les limites qu'il imposait à ceux qui l'entouraient —, mais la distance stagnait entre eux malgré ses efforts constants pour la diminuer.
Tant pis, pensait-il souvent, ce genre de choses finit par s'arranger avec le temps. Mais c'était partir du principe qu'il en avait, du temps, et, pour autant qu'il le sache, rien n'était moins sûr. Rien ne servait de le presser, cependant. Insister n'aurait pour effet que de le pousser dans ses retranchements.
Cette fois, personne ne se présenta lorsqu'il appuya sur la sonnette. L'angoisse habituelle lui comprima l'estomac. Avant de laisser ses pensées indésirables envahir son crâne, il envoya un bref SMS à Kenma qui, par chance, lui répondit quasiment dans la seconde. Une bonne minute plus tard, soutenu par ses béquilles, il lui ouvrit la porte sans sourire — ce qui, dans son cas, n'avait rien de bien extraordinaire.
— Kuroo, prononça-t-il en guise de salut.
Kuroo, lui, décida de sourire. L'angoisse s'était envolée à l'instant où il avait distingué le visage de son meilleur ami. Tout irait bien, aujourd'hui. Il n'avait aucune raison de s'inquiéter.
— Je dérange ?
Quelque chose dans son regard disait oui ; sa bouche, elle, répondit :
— Non.
Puis il s'écarta et le laissa entrer.
Si Kuroo n'avait pas connu les personnes qui y vivaient, il aurait cru la maison inhabitée. Plus sombre qu'à l'ordinaire, plus silencieuse, aussi, elle dégageait une impression désagréable, pour ne pas dire profondément dérangeante, qui lui tira un frisson glacial le long de l'échine. Il déglutit.
— Tes parents ne sont pas là ?
Kenma avançait sans lui accorder un regard. Le claquement de ses béquilles sur le sol résonnait autour d'eux.
— Ma mère, corrigea-t-il après un moment. Non, elle travaille.
— Ah. Qu'est-ce qu'elle fait, encore ? Comptable ?
Kenma ouvrit la porte de sa chambre, laissant un large rai de lumière éclabousser le couloir.
— Infirmière, répondit-il.
Kuroo haussa un sourcil. Voilà qui était étrange. Mme Kozume, à sa connaissance, n'avait jamais travaillé dans le domaine médical. Il s'assit sur la chaise de bureau sans lâcher Kenma des yeux. Celui-ci jeta un bref coup d'œil par la fenêtre puis s'installa sur le lit avec une grimace.
— Je ne m'en souvenais pas, dit Kuroo. Depuis longtemps ?
— Une dizaine d'années. Elle a recommencé des études.
Après une hésitation, il ajouta :
— Après le départ de mon père, en fait.
À nouveau, Kuroo tiqua.
— Ton père est parti ?
Kenma parut immédiatement regretter sa confession. Il regarda ailleurs. Kuroo n'insista pas ; il ne s'excusa pas non plus. Les informations s'incrustaient dans un coin de ses pensées, prêtes à ressurgir au moment le plus opportun. Le déménagement de Kenma n'était pas la seule chose à avoir changé dans cette version de sa vie. Mieux valait garder ça en tête.
— T'as des jeux à me montrer ? demanda-t-il finalement, espérant que le changement de sujet permettrait à Kenma de s'ouvrir un peu.
Il n'en fit rien, toutefois. Il se contenta de hausser les épaules.
— Pas envie de jouer ? C'est pas grave, tu sais. On peut faire autre chose.
— J'ai envie de dormir.
— Alors dors.
Kenma resta immobile, la mine incertaine. Le Kenma qu'il avait fréquenté des années durant ne se serait pas privé de faire la sieste en sa présence ; celui-ci, par contre, ne le connaissait que depuis quelques jours, et il était naïf d'imaginer qu'il puisse à ce point baisser sa garde devant lui.
Contre toute attente, cependant, Kenma se glissa sous les couvertures.
— Ma PSP est sur le bureau, marmonna-t-il en rabattant les draps sur sa tête, puis il cessa de bouger.
D'abord contaminé par l'immobilisme ambiant, Kuroo mit enfin la main sur la console qu'il alluma sans trop y penser. Il ne fallut pas longtemps à Kenma pour plonger dans le sommeil. Sa respiration profonde parvenait jusqu'aux oreilles de Kuroo qui s'autorisa un sourire. Peut-être n'étaient-ils pas aussi étrangers l'un à l'autre qu'il ne l'avait d'abord cru.
Il avait joué près d'une heure et demie quand la porte d'entrée claqua soudain. Kuroo se redressa légèrement sur son siège. Les pas qui se rapprochaient de la porte paraissaient plutôt pressés.
— Kenma ? l'appela sa mère tandis qu'elle entrait dans la chambre sans prendre la peine de frapper.
Celui-ci remua dans son lit. Kuroo se leva aussitôt.
— Kuroo-kun ! s'exclama-t-elle, surprise. Je ne m'attendais pas à te voir ici. Et Kenma ne t'a même pas tenu compagnie !
— Il était fatigué, expliqua Kuroo. Ça ne me dérange pas.
— Fatigué ?
Son visage se teinta d'inquiétude. Elle s'approcha précautionneusement du lit, puis releva la couverture. Kenma n'ouvrit pas les yeux ; il respirait plus fort qu'à l'ordinaire mais, à l'évidence, ne dormait pas tout à fait. La nuque de Kuroo se couvrit de sueurs froides. Quelque chose n'allait pas. C'était le cas depuis qu'il avait ouvert la porte d'entrée.
— Kenma ? fit sa mère en le secouant doucement.
Ce dernier cilla péniblement. Quelques gouttes de sueur perlaient sur son front.
— Oh non, murmura-t-elle pour elle-même, puis elle prit sa température d'une main et secoua la tête. Ça ne va pas du tout. Pas du tout. Kenma, chéri ? Tu m'entends ?
Il hocha vaguement la tête. Kuroo sentit sa gorge se serrer.
— Tu es malade, poussin. Je vais appeler le docteur, d'accord ? Je reviens tout de suite. Kuroo va rester avec toi. Ne t'endors pas, d'accord ? Reste éveillé.
Elle échangea un regard avec Kuroo qui acquiesça en silence. Lorsqu'elle fut sortie de la pièce, ce dernier s'approcha de la silhouette de Kenma, la bouche sèche. Il posa le dos de la main sur son front, comme Mme Kozume avant lui, et lui découvrit une peau brûlante, plus inquiétante qu'une fièvre ordinaire, le genre qui signifiait un aller simple pour les urgences sans passer par la case médecin. Des tremblements parcouraient son corps par vagues. Son cœur, s'il en croyait les pulsations qu'il sentait à travers son poignet, battait bien plus vite qu'à l'ordinaire. Le rythme cardiaque de Kenma avait toujours été plus rapide que la normale ; cette fois, cependant, sa véhémence avait quelque chose de désespéré. Kenma n'était pas seulement malade ; il luttait pour sa survie.
Comment avait-il pu ne rien voir ?
— Non, souffla-t-il doucement, soudain rattrapé par la nuit et la douleur et la voix d'un Sugino invisible au-dessus de lui. Non, par pitié. Pas maintenant.
Mais Kenma n'était pas mort. Il se répéta cette affirmation jusqu'à ce qu'elle s'inscrive dans ses veines. Kenma n'est pas mort. Kenma n'est pas mort. Kenma n'est pas mort.
Tu peux encore le sauver.
— Kenma. Kenma, écoute-moi. Reste éveillé. Tout va bien se passer. Tu m'entends ? Tout ira bien. Je suis là.
Il dégagea une mèche de cheveux humides collée à son front, puis passa une main dans son dos, l'autre sous ses genoux, pour le soulever en douceur. Les yeux de Kenma se fermèrent à nouveau. Sans savoir s'il était ou non inconscient, Kuroo lui répéta sans relâche que tout irait bien pour lui, que les médecins le soigneraient en moins de temps qu'il n'en faudrait pour le dire, que ce n'était rien d'autre qu'un mauvais moment à passer.
Il le conduisit dans le couloir mortellement silencieux. Mme Kozume ne se trouvait nulle part ; la panique s'empara de lui sans prévenir, faisant trembler ses jambes, pas assez, heureusement, pour le faire vaciller. Kenma ne pesait pas bien lourd, moins que s'il avait joué au volley, en tout cas, moins, en fait, que s'il avait été en bonne santé. Il l'appela à nouveau, mais Kenma ne réagit pas. Il avait la respiration sifflante. Il n'y avait pas de temps à perdre.
Mme Kozume choisit cet instant pour se précipiter devant lui, un manteau sur les épaules et ses clefs à la main, le souffle court.
— On ira plus vite en voiture, expliqua-t-elle en jetant un regard profondément anxieux à son fils apparemment évanoui. Les ambulances n'arriveront jamais à temps.
Elle emmena Kuroo jusqu'à la voiture, le fit asseoir à l'arrière afin qu'il puisse surveiller l'état de Kenma, puis démarra en trombe.
Les yeux rivés sur les paupières parcourues de petites veines bleues de Kenma, Kuroo ne regarda même pas vers quel hôpital ils se dirigeaient. Il ne se rendit compte qu'il ne s'agissait pas de la clinique qu'il connaissait que lorsque Mme Kozume s'arrêta net devant l'entrée du bâtiment où les attendaient déjà deux urgentistes avec un brancard.
— On est arrivés, dit Kuroo à l'attention de Kenma. Tu vois ? Tu y es presque.
La porte s'ouvrit. À la demande du médecin qui se trouvait de son côté, Kuroo se dépêcha de sortir. Il n'avait pas esquissé un mouvement que les doigts de Kenma lui agrippèrent brusquement le bras, la poigne plus sûre que ce qu'il avait craint. Leurs regards se rencontrèrent une seconde. Son cœur s'arrêta.
Il n'y avait aucune peur, dans les yeux de Kenma. Aucune détresse. Seulement de la résignation.
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Il était près d'une heure du matin quand il reçut le coup de téléphone de Mme Kozume.
« Il va bien, disait-elle d'une voix enrouée. Les médecins disent qu'il est sorti d'affaire. »
Le soulagement lui donna les larmes aux yeux.
« Merci de m'avoir prévenu, répondit Kuroo.
— Ce n'est rien. Merci à toi de l'avoir accompagné. J'aurais eu du mal à l'amener à temps, toute seule.
— Vous savez ce qu'il avait ? »
Il y eut un bref silence. Kuroo entendait la respiration de Mme Kozume à travers le combiné, un peu brouillée.
« Le résultat des analyses devrait arriver dans quelques jours. Il a toujours eu une santé fragile. Je suppose qu'il s'agissait d'une crise passagère. Ils le gardent en observation pour la nuit, mais son état s'est déjà grandement amélioré. Il a vomi, en arrivant. Ça va beaucoup mieux, désormais.
— Ils le laisseraient sortir ?
— Seulement s'ils sont assurés que tout va bien, évidemment. Comme je suis infirmière, je peux moi-même veiller sur lui à la maison. Je travaille dans cet hôpital, il te l'avait dit ? Mes collègues insistent pour que je prenne un congé. Il faut bien que je m'assure que tout va bien pour lui, tu comprends ? »
Il ne savait pas exactement pourquoi elle lui racontait tout ça, mais acquiesça tout de même. La tension retombait lentement, lui léguant un corps lourd et fatigué qui ne demandait plus qu'à céder à un sommeil qui avait enfin cessé de le fuir.
« Encore merci, Kuroo-kun. Je suis contente que tu sois repassé le voir. Comme il ne sort pas beaucoup, il n'a pas vraiment d'amis. Ça représente beaucoup pour lui.
— C'est normal.
— Je vais retourner le voir. Bonne nuit. Désolée de te garder éveillé si tard. »
Il la salua puis raccrocha en bâillant. Kenma allait mieux. La crise n'avait été que passagère. Il allait mieux.
Il n'allait pas mourir.
Les yeux remplis de son visage trop pâle, de son corps étendu sur la route, des tuyaux qui sortaient de sa bouche aux soins intensifs et du regard fataliste qu'il lui avait adressé, Kuroo s'endormit.
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— Mec ! Tu m'écoutes ?
Kuroo émergea du flot incessant de ses pensées pour revenir à Bokuto. Ce dernier, assis dans la minuscule chambre de l'appartement familial, affichait une moue contrariée.
— J'écoute, j'écoute, répondit distraitement son invité en pianotant sur son téléphone portable.
Deux jours étaient passés depuis l'admission de Kenma aux urgences. D'après le message qu'il venait de lui envoyer (Mme Kozume n'y était sans doute pas étrangère), le garçon était enfin rentré chez lui. Kuroo supposa qu'ils n'avaient rien trouvé, ou que le problème s'était révélé moins grave que prévu. Il souffla doucement.
— Bonne nouvelle ? grommela Bokuto.
— Pourquoi ?
— Tu souris.
Son sourire s'agrandit.
— On peut dire ça, répondit-il. Un de mes amis est sorti de l'hôpital.
— Le mystérieux ami d'enfance ?
Kuroo hocha la tête.
— Il avait quoi ?
— J'en sais trop rien.
— S'il va mieux, c'est tout ce qui compte, j'suppose, marmonna l'ailier.
Kuroo sourcilla. Bokuto, assis en tailleur, se balançait d'avant en arrière, agité. Comprenant qu'il attendait qu'on lui porte l'attention qu'il pensait mériter, il laissa tomber son téléphone sur le lit.
— Vas-y, dis-moi, soupira-t-il.
Bokuto s'immobilisa.
— J'ai rien à dire, répliqua-t-il, mais Kuroo le connaissait suffisamment bien pour savoir quand il mentait, aussi posa-t-il une main sur son épaule.
— Fais pas semblant, Bokuto. Qu'est-ce qui se passe ?
— Pas important.
— T'es sérieux ?
Bokuto évita son regard. Têtu comme une mule, songea Kuroo.
Son téléphone lui signifia la réception d'un nouveau message. Il le déverrouilla sans un mot.
« Ma mère a pris un congé d'une semaine. »
Kuroo se passa une main dans les cheveux. Parfaitement conscient des regards nerveux que lui lançait Bokuto, il écrivit un message rapide.
« Elle me l'avait dit. Tu veux que je vienne ? »
La réponse ne tarda pas. « Non. » Suivi, quelques secondes plus tard, par un simple : « Demain, peut-être. » Il exhala. Bokuto s'éclaircit la gorge.
— J'ai fini, dit Kuroo.
— Mh.
Kuroo mit l'appareil en silencieux pour lui faire face. Bokuto avait un drôle d'air. Pas le genre d'expression qu'il avait l'habitude de voir.
— Le problème, exigea Kuroo. Maintenant.
Il fallut un long moment à Bokuto pour inspirer et ouvrir la bouche.
— Est-ce que je suis attirant ? J'veux dire... tu me trouves attirant ?
La question le prit au dépourvu. Il n'hésita pas, cependant. Lorsqu'on avait Bokuto devant soi, c'était bien la dernière des choses à faire.
— Tu sais bien que oui, répondit-il, puis il fut pris d'un doute, mais Bokuto ne fit rien d'autre que hausser les épaules.
Kuroo posa les mains sur ses joues et répéta d'un ton ferme :
— Tu le sais, n'est-ce pas ? Bien sûr que je te trouve attirant. Je suis à peu près certain que c'est le cas de tous ceux qui te fréquentent de près ou de loin.
— N'exagère pas, bougonna Bokuto.
Kuroo appuya sur ses joues.
— Arrête de faire la tête. Dis-moi ce qui ne va pas.
Bokuto secoua la tête puis, contre toute attente, glissa les doigts vers le visage de son interlocuteur. Il ne le regardait même pas.
— Bokuto, fit Kuroo, mais ce dernier l'ignora.
Doucement, il s'avança pour poser son front contre le sien. Tiède, pensa Kuroo. Sain. Il pouvait encore sentir la peau brûlante de Kenma sous sa paume.
Bokuto ferma brièvement les yeux. Lorsqu'il les releva vers Kuroo, il était bien décidé à ne pas le lâcher. Kuroo le vit serrer les lèvres. Quelque chose dans son visage lui faisait mal au cœur.
— Kuroo.
L'oxygène lui parut soudain rare.
— Quoi ? souffla-t-il.
— Je crois que tu me manques un peu. Beaucoup.
La façon dont il avait dit ça avait quelque chose d'étrange. Ça ne ressemblait pas à une confidence, pas vraiment à quelque chose qu'on gardait ordinairement pour soi mais qui sortait sans notre accord. Ses mots avaient l'accent du secret ; ses lèvres, quand il les posa sur les siennes, le goût acidulé du mensonge.
Et pourtant, réalisa Kuroo alors qu'il fermait les yeux pour approfondir le baiser, alors que ses mains quittaient le visage de Bokuto pour rejoindre sa nuque et son torse, pourtant elles distribuaient un minuscule éclat de vérité, ranimaient en lui une sensation depuis longtemps disparue, juste une paillette d'argent dans l'abîme ouverte dans sa poitrine plus de deux mois plus tôt.
À lui aussi, ça lui avait manqué. Une décharge électrique aussi brève qu'intense à travers son cerveau engourdi.
Il se réveilla au moment où il sentit les mains de Bokuto, qui avait enroulé les bras autour de sa nuque, se glisser sous son t-shirt, ses doigts voyager sur sa peau avide.
Tu ne peux pas, se répétait-il. C'est une grossière erreur.
Il s'en rendait compte. Il l'avait compris à l'instant où leurs lèvres s'étaient frôlées. Mais quelque chose en lui n'obéissait plus — quelque chose l'avait définitivement abandonné.
Bokuto se détacha de lui et enfouit son visage dans son épaule. Ses mains, elles, ne semblaient pas vouloir s'arrêter en si bon chemin. Une inspiration. Kuroo serra Bokuto contre lui, fermement, puis s'en éloigna à contrecœur. Bokuto ne résista pas.
— Désolé, articula-t-il d'une voix mal assurée.
Kuroo, qui le tenait toujours par les épaules, expira longuement.
— Ne t'excuse pas, par pitié, dit-il. C'est juste... c'est pas une bonne idée.
Le moment était mal choisi. Si Bokuto avait eu connaissance de Kenma, s'il s'était rappelé l'accident ou le coma, Kuroo savait qu'il ne se serait jamais permis de réagir comme il l'avait fait. Mais Bokuto l'ignorait. Il ne pouvait pas lui en vouloir.
— Je sais, répondit Bokuto en serrant les dents.
— T'es mon meilleur ami. Je sais quand quelque chose ne va pas. Tu me fais confiance ?
Il hocha la tête.
— Alors parle-moi. Je suis là pour toi, d'accord ? Tu peux tout me dire.
Bokuto le fixa quelques secondes. Après ce qui sembla un moment de bataille interne, ses épaules s'affaissèrent. Kuroo le lâcha, prêt à écouter ce qu'il avait à dire.
— Akaashi me déteste, annonça-t-il d'une voix plate.
Première nouvelle. Kuroo fronça les sourcils.
— S'il y a une seule chose dont je peux être absolument certain à propos d'Akaashi, c'est qu'il ne te déteste pas. Il passe son temps à te suivre partout.
Il aurait fallu être aveugle pour ne pas remarquer l'attention constante qu'il lui portait, ou les regards qu'il lui lançait à la dérobée. Bokuto n'était pas réputé pour sa clairvoyance, mais de là à ce qu'il interprète l'attitude d'Akaashi comme de la haine...
— Mais il me déteste, Kuroo. J'en suis sûr. Il...
Il se passa une main dans la nuque, un sourire triste aux lèvres.
— Je sais même pas ce que j'ai fait.
— Tu n'as rien fait, répliqua Kuroo derechef. Et je peux t'assurer qu'il ne te déteste pas. T'es la dernière personne au monde qu'il détesterait, Bokuto. Crois-moi.
— Mais...
Kuroo le fit taire d'un geste.
— Qu'est-ce qu'il a dit pour te faire croire ça ?
Bokuto fit la moue.
— J'en sais rien. Il a rien dit. C'est juste... j'en sais rien. Comment tu peux savoir, de toute façon ?
— Je l'ai vu littéralement couché sur toi pas plus tard que la semaine dernière.
— Mais c'était...
— OK, on arrête tout. Regarde-moi bien.
Bokuto s'exécuta de mauvaise grâce. Ils se regardèrent dans le blanc des yeux un long moment, jusqu'à ce que Bokuto commence à grimacer, mal à l'aise.
— T'es amoureux de lui, fit Kuroo.
— De qui ? demanda Bokuto d'un ton innocent.
— J'ai pas la force de jouer au con, Bokuto. Toi non plus, apparemment. T'es amoureux de lui, non ? C'est ça, le souci ?
— C'est pas un souci. Je le savais déjà.
— Je m'en doute. Et lui, il le sait ?
Bokuto pâlit légèrement.
Kuroo soupira. Au moins, il avait mis le doigt sur le problème.
— D'accord. Qu'est-ce qu'il a dit ?
— Rien.
Il ne mentait pas, cette fois.
— Rien du tout ?
— Il est parti. Il me déteste, Kuroo.
Ce dernier resta un moment silencieux ; Bokuto crut y voir ses pires craintes confirmées.
— J'aurais dû fermer ma gueule, regretta-t-il. On était bien, comme ça. Je sais pas pourquoi j'ai ouvert la bouche. C'était ridicule.
La tête entre les mains, Bokuto grinça des dents.
— Je suis trop con !...
— Mais non, le rassura Kuroo en lui tapotant maladroitement le crâne. Fallait bien que ça sorte un jour. Tu pouvais pas continuer à ruminer tout ça sans rien dire.
— Tu parles...
— Mais ça ne change rien. Je suis sûr qu'il t'aime bien. T'es un de ses meilleurs amis, non ? Vous traînez ensemble 90 % du temps, et je suis à peu près sûr que vous passez vos soirées à discuter par SMS.
— On se téléphone, parfois, précisa machinalement Bokuto. Souvent, même, ces derniers temps. Depuis le camp, surtout... c'est pour ça que je... enfin, je croyais... mais c'était n'importe quoi. Je suis trop crédule, mec, je le sais, en plus, mais il faut toujours que je l'oublie au pire moment possible.
Sa voix s'éteignit.
— Il a peut-être été surpris, tenta Kuroo. C'est pas toujours facile de réagir à chaud, tu sais. Il est pas spécialement du genre irréfléchi. Laisse-lui un peu de temps.
— Tu dis ça parce que t'as pas vu sa tête.
De toute façon, Kuroo doutait qu'Akaashi ait été étonné par la nouvelle. Il portait beaucoup trop d'attention à son capitaine pour ne pas l'avoir remarqué.
Ce qui rendait son attitude d'autant plus surprenante, maintenant qu'il y pensait. Akaashi n'avait jamais ignoré les avances de Bokuto — il avait plutôt tendance à jouer le jeu, d'après ce que Kuroo avait pu constater, et il ne faisait aucun doute qu'il avait toujours apprécié la compagnie de son coéquipier. Combien de temps avait-il dû espérer que Bokuto mette enfin des mots sur ce qui n'était plus un mystère pour personne ? Et pourtant, voilà que, l'heure venue, il fuyait comme un chiot devant l'orage. Ce n'était pas seulement inhabituel, songea Kuroo. C'était carrément inquiétant.
À moins, bien sûr, qu'il ne l'ait tout simplement mal jugé. Peut-être Akaashi faisait-il partie de ces personnes qui ne s'adonnaient aux jeux amoureux que pour disparaître au moment où ils cessaient d'être légers et volatiles et se plantaient définitivement dans les cœurs de ceux qui s'étaient jetés dans l'arène. Peut-être la confirmation de ce que tout le monde murmurait déjà à voix basse l'avait-elle plus effrayé qu'il ne l'avait imaginé. Peut-être s'était-il bercé d'illusions et se retrouvait-il désormais incapable de faire face à la réalité.
On ne pouvait jamais deviner à quel point on connaissait ses amis. Certaines pensées restaient à jamais obscures ; certains événements nécessitaient de conserver un silence parfois plus lourd que le secret lui-même.
Là-dessus, Kuroo en savait un rayon. Il résista à l'envie de consulter son téléphone. Ce n'était pas le moment. Pas encore. Pour l'instant, Bokuto avait besoin de lui. Lui aussi était son meilleur ami, après tout.
— J'arriverai jamais à le regarder en face, geignit Bokuto en se laissant tomber sur le matelas. Qu'est-ce que je ferai, s'il m'évite toute la journée, hein ? Et s'il refuse de me faire des passes ? Si...
— C'est Akaashi, rappela Kuroo. Il ne te refusera jamais une passe, quand bien même vous seriez les pires ennemis du monde.
— Mouais...
Kuroo lui sourit.
— Allez, Bokuto. Ça se passera bien, tu verras. Il faut juste qu'il enregistre l'information, tu vois ? Je suis sûr que ça s'arrangera.
Il ne paraissait guère convaincu. Kuroo lui remit les cheveux en place, puis lui envoya une chiquenaude sur le front.
— Allez, souris. Si ça se passe mal, t'auras qu'à m'appeler.
— T'auras entraînement...
— C'est pas comme si j'y participais. Appelle-moi, c'est tout. C'est toujours mieux que de te plaindre à Konoha, non ?
Bokuto le fixa quelques secondes avant de fléchir.
— Bon, d'accord... mais t'auras intérêt à me consoler convenablement.
— Tu me connais, sourit Kuroo. Je suis un pro.
Une heure plus tard, après avoir opté pour un sujet de conversation un peu plus joyeux, Bokuto raccompagna Kuroo jusqu'au rez-de-chaussée de l'immeuble malgré le pyjama aux couleurs vives qu'il portait sur le dos. Quelques passants posèrent sur lui des regards intrigués ; il les salua d'un grand geste de la main.
— T'as aucune notion de pudeur, toi, hein ? remarqua Kuroo en s'arrêtant devant la porte.
— Jamais avec toi, répondit Bokuto avec un clin d'œil.
Kuroo ricana.
— J'avais cru comprendre.
Ils échangèrent un regard. Kuroo se passa une main dans la nuque.
— Je suppose qu'on ferait mieux de s'arrêter là, pour tout ça, hein ? dit-il d'une voix douce.
Bokuto hocha lentement la tête.
— Ouais, reconnut-il. Ça faisait un moment que je me posais la question, de toute façon.
Depuis l'accident, comprit Kuroo. La présence ou non de Kenma dans leur vie n'y changeait rien. Il soupira, puis sourit.
— On n'y peut rien, conclut-il.
— Mais tu me lâcheras pas, hein ? Je veux dire, on est toujours meilleurs potes, pas vrai ?
Kuroo leva les yeux au ciel.
— Tu me prends pour qui ? Je devrais me sentir insulté, là !
— Désolé, s'excusa Bokuto avec un rire nerveux. J'voulais juste... enfin, tu vois. Être sûr. Parce qu'on sait jamais, hein ?
Après un instant d'hésitation, Kuroo le serra contre lui.
— T'es trop con, lui dit-il. Mais je t'aime quand même.
— Ça a des sales airs de rupture, comme ça, marmonna Bokuto.
— Tu rêves. Je te laisserai jamais partir, mon pote. Et, à moins de pouvoir courir très vite, tu ne m'échapperas pas.
Bokuto se mit à rire. Il lui ébouriffa les cheveux du poing puis s'en détacha, l'air satisfait.
— Même comme ça, je peux pas te débarrasser de tes épis.
— Qu'est-ce que tu veux, c'est la vie, commenta Kuroo en les remettant en place. T'oublies pas ce que j'ai dit, hein ? Pour demain.
— Ouais, ouais.
— Haut les cœurs, Bo'. N'importe quel être humain sain d'esprit craquerait sur toi.
Il gloussa.
— Beau parleur. Allez, casse-toi.
— Avec plaisir. À plus. Garde la pêche !
Puis, après lui avoir méchamment pincé les joues, Kuroo disparut dans la nuit.
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L'écran de son portable baignait le plafond d'une lumière pâle et mouvante. Il cilla. Il y voyait un peu flou ; l'épuisement qui maintenait son corps immobile contre le matelas lui susurrait des mots doux au creux de l'oreille dans l'espoir de le replonger dans un sommeil que ses muscles réclamaient depuis trop longtemps déjà.
Luttant contre la fatigue, il attrapa les lunettes posées sur sa table de nuit pour lire la notification qui s'agitait sur l'écran. Il était quatre heures du matin.
« Est-ce qu'on est amis ? »
Encore à moitié endormi, Kuroo se redressa tant bien que mal. Il fallut un bon moment pour que le nom de l'expéditeur se fraye un chemin jusqu'à son cerveau. À sa connaissance, Kenma n'était guère porté sur les SMS au milieu de la nuit. Intrigué et légèrement mal à l'aise, il répondit :
« Bien sûr. » Puis, après un instant de réflexion, il ajouta : « Quelque chose ne va pas ? »
Le temps que Kenma réagisse, il avait bâillé à s'en décrocher la mâchoire une bonne dizaine de fois.
« Les amis se disent tout, n'est-ce pas ? »
Quelque chose poussa son cœur à accélérer la cadence. Un mauvais pressentiment.
« J'imagine. Quoi que tu aies à dire, j'écouterai, en tout cas. »
Le silence s'étira de longues minutes durant, assez pour que ses paupières s'alourdissent à nouveau, que ses pensées s'envolent vers le monde des songes et des souvenirs voilés.
Enfin, la sonnerie retentit. Appel entrant. Kenma.
Mais Kenma ne téléphonait jamais. Il détestait ça.
Anxieux, Kuroo décrocha. Un souffle lent de l'autre côté de la ligne.
« Kenma ?
— Kuroo. »
Sa voix était faible, incertaine, de celles qui résultaient d'une longue nuit d'insomnie. Kuroo se mordilla nerveusement l'intérieur de la joue.
« Tout va bien ?
— Je ne sais pas. »
Nouveau silence. Kuroo, en fermant les yeux, pouvait presque le voir assis devant lui, à côté de lui, sur les marches qui menaient au lycée à l'heure où la plupart des élèves étaient déjà rentrés chez eux.
« Je ne suis pas malade », dit finalement Kenma. Il fit une pause. Kuroo attendit. Enfin, sa voix s'éleva à nouveau dans le combiné, plate, sûre d'elle, cette fois.
« Je suis en train de mourir. »
Non ! Ne me faites pas de mal ! C'est pas ma faute, je le jure ! CETTE VIE ÉTAIT SUPPOSÉE NE PAS AVOIR D'ANGST !
Notons que l'OTP n'est jamais bien loin. À quand l'apparition sauvage du KenHina ? Hahahaha. (Non mais laissez-moi profiter du BoKuroo tant que je le peux encore :'( après ce chapitre c'est mort bouhouhou)
Merci d'avoir lu ! On se retrouve pour le prochain chapitre. Mais avant, faut que j'écrive la suite de Et là derrière. Pour le bien du IwaOi. Et parce que sinon Kuso' va me tuer :( je suis maltraitée, halp
