-Bonsoir Clarissa...
Le ton calme et froid de Valentin la figea mieux que n'importe quelle rune. Un long frisson la parcouru de bas en haut, remontant désagréablement le long de sa colonne. La jeune fille n'osait pas ouvrir les yeux ni se retourner. Elle avait rêvé… ce n'était pas possible autrement… Il ne pouvait pas être … là ! Pas aussi près de la ville, pas alors que tout le monde était à ses trousses. Mais une main ferme se posa sur son épaule, l'empêchant tout mouvement de fuite et lui assurant de la réalité du moment. Elle se tendit aussitôt au contact.
-C'est un bel endroit, n'est ce pas ? Le lac Lynn… Tant de chose s'y sont produite…Dire que c'est indirectement de là que nous sommes nés.
La voix était calme, posée. A coup sur, l'aura de colère et de haine de Clary devait se ressentir à des mètres autour d'elle mais ça ne semblait absolument pas déranger son interlocuteur. Lentement, espérant un dernier instant que ce ne soit que le fruit de son imagination, Clary ouvrit les yeux et se tourna vers l'homme debout à ses côtés. Grand, les cheveux presque blancs, il semblait à son tour perdu dans la contemplation du paysage. Mais Clary n'était pas dupe. Un mouvement et elle mourrait.
-Valentin…
Sa voix avait mis dans ce seul mot toute la haine et l'aversion qu'elle avait pour l'homme lui aillant donné la vie. Car c'était là tout ce qu'il avait d'un père pour la jeune fille. Valentin se tourna vers la rousse, un air faussement peiné sur le visage.
-C'est tout ? Pas de câlin ? Pas même un mot gentil ? Je suis vexé...
-Que voulez vous, Valentin ?
L'homme aux cheveux blanc sourit en montrant bien ses dents blanches, entre cruauté et satisfaction, perdant instantanément son faux air peiné.
-Toi, ma fille.
Clary retint un rire sarcastique et tenta de paraître désinvolte mais son cœur avait accélérer sous un soupçon de crainte et d'inquiétude.
-Je ne suis pas votre fille, lança-t-elle en se dégageant de la prise de Valentin. Et pour ça, vous pouvez toujours rêver !
-En es tu si sure ? Tu sais, Clary... ça me blesse que tu ne m'obéisses pas. Je reste ton père.
-Vous n'êtes pas mon père, cracha la jeune rousse en resserrant son carnet de dessin contre son cœur. Luke est plus un père pour moi que vous ne le serez jamais !
A peine avait elle fini de parler qu'une gifle magistrale la projeta sur le sol. Son carnet tomba loin d'elle, ainsi que sa stèle. Elle porta aussitôt la main sur sa joue rougie, regardant l'homme devant elle avec haine. Ce dernier s'accroupit devant elle et lui prit le menton entre ses longs doigts.
-Oh, Clarissa... regarde ce que tu me force à faire... je ne veux pas te faire de mal, voyons.
Un nouveau frisson, de dégout cette fois, parcouru la jeune fille. Pourtant, elle ne chercha pas à repousser la main qui enserrait son menton. C'était peine perdue, et elle le savait. La joue encore brulante, elle releva son regard vert étincelant pour rencontrer celui de Valentin.
-Oui, comme vous ne vouliez pas faire de mal à Jace !
Clary pu apercevoir un éclat de surprise dans les yeux du chasseur d'ombre mais ce fut très bref. Il s'était déjà ressaisit et resserrait sa main plus fort autour de son menton.
-Jace... était une perte de temps ! J'aurais du le laisser mourir en même temps que sa mère. Un vrai petit mouton, incapable de faire le moindre mal.
Un hoquet d'horreur à l'idée s'échappa des lèvres de la rousse. Jace était tout pour elle, plus encore que Simon, Luke ou sa propre mère. Elle ne pouvait pas imaginer sa vie sans lui. Valentin lui offrit un nouveau sourire.
-Je me suis bien amusé à vus faire croire que vous étiez frère et sœur. Quand je vois l'amour que tu lui porte, je ne peux m'empêcher de le jalouser. J'aurais tant voulu que Jocelyn m'aime aussi inconditionnellement...
Clary préféra ne rien dire. Le dégout et la haine se mêlaient à la peur et à la détermination. Elle se doutait bien que sa mère avait, un jour, du aimer l'homme devant elle avec une force proche de celle avec laquelle Jace et elle s'aimaient. Mais elle savait aussi qu'aujourd'hui, sa mère préfèrerait mourir plutôt de que se remettre avec lui. Comme le silence s'installait, elle décida de reprendre la parole, mal a l'aise.
-Qu'est ce que vous attendez de moi ?
La question, bien que posée d'une voix tremblante, sembla plaire à Valentin, qui la lâcha puis tendit la main pour caresser la joue encore rose de sa fille. Cette dernière se recula légèrement pour l'empêcher de la toucher. Il n'eu aucune réaction autre que de baiser la main avant de lui répondre d'un ton sec.
-Que tu me suives sans faire d'histoire, Clarissa. Que tu me rejoignes.
-Jamais !
Clary n'avait même pas prit une seconde pour réfléchir. Il était hors de question qu'elle se joigne à lui.
-Ne fais donc pas d'histoire, Clarissa... Tu sais que j'ai les moyens de te faire plier.
La rousse releva la tête, fixant son père, le mettant véritablement au défi.
-Faites ce que vous voulez de moi, je ne vous rejoindrais jamais !
L'homme éclata de rire, un rire mauvais qui glaça le sang de la jeune fille.
-Oh, Clarissa ! Que tu es naïve ! Tu crois vraiment que j'ignore que tu es prête à mourir plutôt que d'agir sous la torture ? Je n'ai peut être pas été beaucoup dans ta vie mais je te connais mieux que tu ne le pense.
Lui attrapant le bras, Valentin la força à se remettre debout. Puis il sortit sa stèle et traça une rune dans l'air. Celui ci miroita un instant dans la pénombre grandissante avant de faire apparaitre les rues d'Alicante devant eux. Elles étaient désertes. Puis une ombre passa dans le tableau. Clary la vit aussitôt et tire sur la prise de Valentin pour se rapprocher. Une autre ombre suivit, puis encore une autre. En tout, une trentaine de formes sombres se glissèrent dans les rues paisibles de la ville. La vue changea pour se focaliser sur la maison des Penhallow, où les Lightwood et elle même résidaient encore. Tout autour de la maison se tenaient les ombres. Un éclat d'inquiétude s'alluma dans le regard de Clary. Des démons...
-C'est... Impossible ! souffla-t-elle.
-Aah, les démons inférieurs... répondit joyeusement Valentin. Ils sont faiblards, et peu propices lors d'une guerre, mais ce sont de fabuleux assassins. L'enclave les considère comme à peine existant. Ce qui fait qu'ils sont les seuls démons à pouvoir franchir les boucliers de la ville.
Clary secoua la tête, lentement d'abord puis plus vigoureusement, ses longs cheveux volants autours d'elle.
-Non... vous mentez ! Aucun démon ne peut franchir ces boucliers. Vous mentez !
-Tu veux mettre ma parole en doute ? A ta guise, Clarissa ! Il me suffit d'un mot pour qu'ils investissent cette maison là, maintenant, et massacrent tous ses habitants. Sous tes yeux, bien entendu. Sinon, où est l'utilité ?
Clary gémit. La poigne de Valentin sur son bras la blessait et l'idée de voir les siens mourir par sa faute la rendait malade. Mais Valentin mentait, n'est ce pas ? Il était impossible que des démons soient entrés dans la ville. Et puis, quand bien même, Jace était un excellent chasseur d'ombres... Isabelle et Alec aussi. Et ils n'étaient pas seuls. A 6 contre 30, ils devaient avoir une chance... mais elle ne pouvait pas prendre le risque de les mettre en danger alors qu'elle pouvait faire quelque chose pour l'empêcher.
Comme elle hésitait, Valentin prononça un mot dans une langue gutturale, qui blessa les oreilles de la jeune fille. Les ombres bougèrent aussitôt et entrèrent dans la maison. Toutes se dirigèrent vers une seule chambre, celle d'Aline. La jeune fille était distraite, jouant rêveusement avec l'anneau des Blackthorn que lui avait offert Helen, en échange de son propre anneau. Lorsqu'elle s'aperçu de la présence, il était trop tard. Elle n'eu même pas l'occasion de crier pour alerter le reste de la maisonnée.
-NON !
Le cri échappa à Clary alors que la cousine de Jace s'effondrait sur le sol, la poitrine transpercée. La rousse plaqua aussitôt sa main, qu'elle avait tendue vers le miroir/fenêtre, sur sa bouche, des larmes perlant sur ses joues, une a une. Et déjà, les ombres investissaient une autre chambre, celle du petit Max, profondément endormit. Une proie facile.
-Arrêtez ! Je vous en supplie !
Les ombres se rapprochèrent de l'enfant, qui s'agita faiblement dans son sommeil.
-J'accepte ! cria Clary, se détournant de la scène horrible à venir.
Elle avait déjà une mort sur la conscience, elle ne supporterait pas d'être en plus la cause de la peine de ses meilleurs amis.
-Quoi ? demanda doucement Valentin.
-J'accepte. Je viendrais avec vous. Je ne résisterais pas. Maintenant, rappelez vos démons, je vous en supplie.
Elle savait que c'était de la folie. Mais elle ne pouvait pas prendre le risque de voir Jace, Simon ou n'importe qui d'autre mourir. Elle ne pouvait pas prendre le risque de croire que cette vision n'était qu'un mensonge. Elle aurait tellement préféré... la voix grave de Valentin retentit et Clary releva la tête avec prudence, découvrant avec soulagement que Max allait bien. Les ombres avaient disparu.
-Bien, fit l'homme en effaçant la fenêtre miroitante d'un geste. Maintenant, à nous deux, ma chère Clarissa. Tu as engagé ta parole de m'obéir et de ne pas me résister. Manques y et mes démons se feront une joie de finir ce qu'ils ont commencés.
La rousse frissonna et baissa la tête, en signe de soumission. Elle n'avait pas le choix. Elle sentit le sourire carnassier de son père.
-parfait... Sois une gentille fille, Clarissa, et trace moi une de ces runes portails.
Clary voulu lui faire remarquer qu'elle n'avait plus sa stèle mais il la devança en lui tendant la sienne. Juste avant qu'elle ne s'en saisisse, il la reprit vers lui un instant.
-Et pas de coup fourré, ma chérie. Sinon, tu sais le sors qui attends Jace et le reste de ta petite famille.
Les larmes avaient cessés de couler, et c'est dans une sorte de rêve brumeux que Clary prit la stèle qu'on lui tendait avant de tracer docilement la rune demandée.
-Tu es vraiment une perle rare, Clarissa. C'est toi que j'aurais du garder au lieu de ton petit ami. Ton frère et toi auriez été les maitres du monde en peu de temps.
La jeune fille grimaça à l'idée. Sebastian et elle... voilà qui plairait certainement au premier mais qui la dégoutait au plus haut point. S'avançant vers le portail, elle sentit la main de son père la retenir avec fermeté.
-T-T-T... pas question que tu vois où nous allons. Tu serais capable de nous entrainer ailleurs. On se revoit dans quelques heures, ma Clarissa bien aimée.
Clary sentit le coup à l'arrière de son crane, mais pas la douleur. Sa vue se brouilla, et le sol lui fit faux bond. L'instant d'après, le rivage disparaissait dans les ténèbres.
