Bien le holà à tous !

Toujours à lire ce machin ? Sympa à vous :) Mon bagou pour une fois ne va pas vomir dix kilomètres de pinaille. J'vous dirais simplement merci de revenir là, sur ce récit et de surtout, pour certain(e)s, y déposer un quelconque ressenti ! C'est trop bon, vous l'savez ça ?

P'tite remarque : j'ai encore glissé un lien web et pour le consulter, je vous conseille vivement d'aller sur mon profil puis de cliquer sur le lien de fanfic-fr. Arrivé(e)s là-bas, vous n'avez qu'à cliquer sur l'onglet 8 histoires puis à pointer votre souris sur le récit - plus con et simple que ça tu meurs comme dirait l'autre !

Très bonne lecture à vous, en passant !


3

Une liqueur se goûtait.

Dans la gorge cette dernière délicieusement s'engouffrait. Sa descente brûlait les parois, une sensation terrible de chaleur se diffusant. Avec une prodigieuse rapidité le liquide cascada en trombe dans les veines. Assaillis, les globules rouges se retrouvèrent soudain ballottés en tous sens. Le parfum si piquant coulait à flot et n'avait aucune retenue à ainsi envahir la chair ; chair qui peu à peu ne cessait de surchauffer. Plusieurs piques perforèrent certains tissus musculaires. Un jus en sortit : l'exaltation qui goutte à goutte gonfla les nerfs d'un sentiment bonifiant. Vint le tour des joues où chacune des pommettes fut parcourue d'une galopante rougeur. Impossible il était de contenir ou même de freiner la course si enflammée de l'élixir. Une fièvre chevronnée et passionnée l'effluve insufflait. L'organisme tout en entier semblait crépiter d'un feu pétillant tandis que l'esprit emmenait les sens vers un ailleurs puissamment ouvert. L'impression de décupler la perception des alentours montait, comme si tout à coup un accès à toutes les possibilités du Monde s'offrait à l'âme. Les limites de l'infaisable devenaient bientôt chimériques alors que la rationalité quittait peu à peu la pensée. Délicieuse sensation de bien-être qui coulait. Dans un brouillard lointain les parasites de l'existence fuyaient. Il n'y avait plus que le réel ; brut et goûteux réel qui se percevait avec une intensité nouvelle. Pas même le sablier temporel ne prit place dans l'importance.

Une totale liberté de l'agir, dont il put jouir.

« Une p'tain de gueule qu'il a tirée ! On aurait dit qu'il avait un balai coincé dans l'cul ; énorme c'était !

— 'Clair !

— Et attends, le pire c'était pas sa tronche mais son égosillement à deux jewels six sous !

— Tu m'étonnes ! On aurait dit qu'on égorgeait une grosse truie, mwahaha ! »

Un rire gras flottait près de l'antre auditif. Aucun mal n'eut l'ouïe à extirper de la cohue harassante ces deux sonorités. Quoi de plus logique ? Ces dernières tout près chantaient leurs paroles épurées. Une ridicule, pour ne pas dire invisible, distance les séparait. Pas même l'enivrement de l'alcool ne grisait sa compréhension des lettres. Mieux, une certaine salivation il éprouvait quant à l'écoute même des mots tombés. De telles diatribes n'agrippaient qu'à de rares moments son attention. Si usuelles et récurrentes elles étaient qu'il n'y avait guère plus de charme à saisir leur tonalité. Or, cette fois-ci, il tendit l'oreille. À une personne en particulier les répliques salaces s'adressaient et il devinait, oh combien aisément, de l'identité discutée. Un seul et unique individu détenait une telle risibilité de l'être. Il n'était guère question d'hypothèse mais bien de certitude, de fait avéré et indiscutable : c'était lui, l'intrépide et débile empaffé de service. Comment résister ou ignorer cette délicate opportunité de le moquer encore un peu plus ? C'était tout bonnement infaisable pour lui qui de tout temps à jamais prenait et prendra un perfide plaisir à rire de sa balourdise.

« N'empêche, faudrait qu'ça arrive plus souvent ce genre de truc.

— C'est sûr ! D'habitude on a droit à un énième combat entre lui et le congelé. À la longue, ça devient franchement lourdingue alors que là…

— On s'fend carrément la poire à voir cette torche humaine se faire maîtriser en deux-deux. »

Dans le ton s'entortillait ce répulsif écho railleur. Chacun se délectait de tant de malice gratuite et permise. À l'abri ils se croyaient. Des intouchables que nul n'entendait et ne voyait, semblables à des silhouettes humaines se confondant au décor décousu de la guilde. Un plan de fond ils devenaient alors. Seulement, il y avait bien quelqu'un qui les distinguait. Depuis le début pas un gramme de l'alphabet n'échappa à la rigueur de la concentration. Le breuvage corsé du rhum ne disloquait en aucune manière ses sensations. Au contraire, sa sensibilité du Monde se multipliait. Loin d'être une gêne, l'élixir gonflait sa témérité ; féroce hardiesse qui bientôt bondira sur les deux saoulards.

La réjouissance s'en était allée. Dans les dires le comique s'était perdu.

Un mot, un seul, brisa cet enchantement mutin.

Il ne riait plus.

« C'est du grand art moi j'dis !

— Et comment ! À côté l'Grey c'est de la pacotille d'esquimau.

— Mwahaha, c'est trop ça !

— S'il croit que c'est avec ses p'tits cônes glacés qu'il va dominer l'autre chalumeau c'est qu'il est complètement givré du bulbe !

— Mwah... »

Le vide mordit les sons ; un poing partit.

Pas un cri n'explosa. Plaintes et blâmes se terrèrent dans le trou abyssal du silence.

La fureur avait cogné.

L'exaspération avait parlé.

La castagne sonnait.

« JET ! »

Tel un boulet de canon, le mage avait fusé sans prendre un quelconque détour. La route fut droite et univoque : il s'emplâtra dans le mur. Son compère des mille saisons ne cilla le moindre cil, trop estomaqué. Comment expliquer ? Cette furieuse rapidité du coup. Qui aurait pu le voir venir ? Certainement pas lui dont l'insouciance s'étalait avec bien trop d'assurance. Peut-être pensait-il que la tolérance gobait tout, absolument tout. Quelle naïveté irritante. Quelle puérilité qui fut très vite ramenée à la musclée et sauvage réalité.

« Na mais ça va pas bien dans ta tête ou quoi !? Pourquoi t'as fait ça !? »

Et voilà qu'après avoir égosillé, les larmes presque dégoulinantes, le nom de son frère de cœur il braillait l'indignation. Lui qui se régalait à vomir des médisances sur tout et n'importe qui pondait son esclandre juste parce que son partenaire avait été remis à sa juste place ; il s'foutait d'qui là ? Sûrement que le « gage » manquait encore un peu de punch à son goût. Pas de problème ; il allait de suite rectifier cette tare.

« J'suis givré, t'as oublié ? »

D'un parfum corsé d'acidité la réplique suintait. Jouer du sarcasme polissait l'imbécillité du futur encastré. Ainsi la justification s'éclairait sur le pourquoi. Ainsi l'animosité si compactée paradait en parfait top modèle. D'ailleurs, une lueur tardive de compréhension passa dans le regard. Vil ami qui vint alors le pourrir : le regret. En toute impétuosité ce dernier balaya cet air consterné ; l'appréhension fleurit, doucereuse appréhension quant au trop proche devenir bossu de l'organisme.

Oui, il avait merdé.

Oui, il avait fait le con.

Oui, il allait déguster.

« Écoute, ce que j'ai dit je t'assu… »

Rebelote.

La phrase ne put briller de toutes ses lettres ; normal vu que la mâchoire explosa de quelques dents.

« Et ça c'est pour l'esquimau de pacotille, enfoiré. »

Dans les airs le corps plana ; majestueux mouvement dont l'envolée procura une satisfaction des plus gratifiantes pour le cogneur. La chute tonna d'un remarquable fracas, l'inconscience naissant.

L'impaire était payée.

« Dr… Droy… »

Fragile murmure que forma le premier dézingué. De son œil au beurre noir il constata l'état déplorable dans lequel se trouvait son compère de toujours. L'un fit connaissance avec la roche murale tandis que l'autre fit plusieurs roulades sur le parquet. Chacun avait eu droit à son acrobatie. Le coup avait été déployé avec une énergie tout à fait renversante : le tailleur de glace n'y était pas allé de sa main morte et cela semblait d'ailleurs le convenir totalement. Dans le coin serré de ses lèvres un sourire coulait, jouisseur. À travers sa pupille animale se lisait l'excitation de la frappe, le délice de la pulsion assouvie. Il les fixait, les provoquait de son arrogance. Tout était dit dans ce regard fier, trop fier.

« Mwahahahahahaha, quel foutu bourrin ! »

Le sourire tomba ; adieu, ô joie. Sa désinvolture s'effaça ; terminée, l'allure paonne. Un rictus mauvais poussa ; bonjour et bienvenue à toi, douce exacerbation.

« Tu f'rais mieux d'cesser de rire comme une cruche Cana. », prévint-il, se retournant.

Dans le ton fourmillait l'animosité du sentiment. L'œil, lui, resplendissait d'un noir dessein. S'ajoutait à cela une veine bedonnante qui germait sur les plis du front. Le mâle aux pouvoirs réfrigérés avait mis la dose : l'intimidation se voulait grondante. Ainsi, la moquerie dans son intégralité se faisait gober. Ainsi, cela coupait court à toute envie ou tentative de récidive. Pourquoi donc faire dans la retenue alors que la violence toute première créait dans l'immédiat l'effet escompté ? Pour preuve : la menace suant de ce portrait pacifiste cassa net la raillerie ; une pure réussite. L'orgueil avait de quoi grossir devant un triomphe aussi juteux.

Oui, c'était beau, grand ; parfait.

« Oh ! s'exclama la brune, la surprise fabriquée. Mais c'est qu'en plus mister le congélo est aussi sensible et susceptible qu'une gonzesse ! »

Trop beau, trop grand ; trop parfait.

« La nature t'a vraiment pas gâté mon pauvre Grey. J'te plains. », lança-t-elle le sourire soulevé tout en buvant une bonne gorgée de son élixir.

Pour être vrai.

Quel sourire salopard…

Ses globules frétillèrent ; dans une eau bouillonnante ils nagèrent. Chacun marqua les organes au fer rouge, injectant en eux la fièvre de la haine. Une force vigoureuse et impérieuse monta tout à coup dans leurs tissus musculaires ; ils se gonflèrent. L'adrénaline mijotait à feux doux.

Quels mots exécrables…

L'écho lourd et puissant du tambour cardiaque résonna. Le cœur joua, pianota, chanta une mélodie sulfureuse, voire effrénée. Sa rythmique claqua, le pouls pulsa. Peu à peu le tourbillon brûlant de l'oxygène souleva la cage thoracique ; l'O2 étouffa. Ses atomes transperçaient puis se retiraient en toute frénésie.

Quelle voix méprisable…

La rougeur accéda à la surface : sur la peau celle-ci laissa sa trace. Le visage fut le premier touché, un vif vermeil maquillant les fossettes. Se jumela à la couleur le froncement des cils et du front. Une expression laide, grimaçante se courba alors. Le venin ruisselait du regard.

« Réglons ça ici et maintenant. »

Son humeur transpira dans ces sons, la froideur de l'hiver nouée à l'injonction des lettres.

« Avec plaisir. », répondit l'amoureuse de l'alcool en essuyant du revers de sa main quelques gouttelettes aromatiques, ses lèvres dégrafées.

Son approbation résonnait comme la réussite du dessein. Tout n'était que mise en scène, qu'exagération. Exprès la vantardise s'étala. Avec réflexion cette dernière emboîta ces dires ; certains mots demeuraient plus corrosifs que tout autre. Dans ses orbes de femelle pétillait cette même clarté de malice qui l'avait nimbé quelques secondes plus tôt. Il n'y avait là qu'une distraction si délicieusement préméditée. Une revanche pour laver la cuisante défaite de leur dernière confrontation. Oui, la mage l'avait eu mauvaise, très mauvaise. Lui, à l'inverse, se régala de la voir aussi fumeuse et contrariée. Rare il était de la battre à son propre jeu. Éprouvante lutte qui fut remportée de peu. Quelques gouttes seulement auraient suffi pour que l'insuccès lui soit attribué. Ce fut pourtant elle, la première, à tomber. Sublime échec que le presque strip-teaseur ne cessa de lui fredonner. Cette victoire, le roi du nu la dorlota. Une affection particulière il lui vouait : la suée avait dégouliné, la fatigue avait perlé. Soir après soir, dans la plus invisible des discrétions son hémoglobine s'imprégnait de liqueurs. Des mois d'entraînement à se saouler ; sa ténacité avait tangué sur la corde raide. À chaque ritournelle, la difficulté quant à persévérer l'assommait. Derrière sommeillait son besoin agressif d'égocentrisme. Trop de fois la volonté avait été mise à mal. Semaine après semaine, l'endurance effectuait sa rengaine de l'éboulement et du renforcement ; elle se consolidait. Il fit preuve d'une assiduité qu'il ne se connaissait pas. Ce fut long, chiant et terriblement éreintant mais sa détermination résista. À chaque moment où le doute l'agrippa, son imaginaire confectionnait une vision d'une réalité époustouflante : celle d'une Cana Alberona complètement déconfite, pleurant de tout son saoul son imparfaite maîtrise des arômes alcooliques.

Pour tout ça, il ne perdrait pas.

Pour tout ça, il releva le défi.

Pour tout ça, il la battra ; une seconde fois.

Cette dernière lui fit signe de s'avancer. Quelques misérables pas furent faits ; il s'assit à la table de chêne. Entre eux le silence pointa. Chacun fourchait le regard de l'autre. Bien qu'autour un tintamarre éprouvant de diatribes, de rires et de cris bondissait, un calme étrange les dorlotait. La concentration pigmentait leurs traits, la pupille peinte d'austérité. Aucun n'éprouvait la moindre incertitude quant à l'issue finale. Tous deux transpiraient d'assurance, comme s'il y avait eu la lecture du devenir. À travers la barrière du temps ils lisaient et voyaient se construire leur futur d'un même composant : la conquête, totale et spartiate.

L'un dominera, l'autre ploiera.

« T'aurais pas dû me chauffer Cana. J'vais t'écraser, encore, affirma l'apprenti d'Ul, le dernier mot empreint d'une insistance narcissique.

— Rêver, c'est beau ; mais rêver éveillé c'est con tu sais, susurra la magicienne des cartes, narquoise, la bouteille d'eau-de-vie toujours enlacée dans ses doigts.

— P'être ouais mais y a plus con encore : perdre là où on excelle. Y a de quoi la foutre vraiment mal quand même tu crois pas ? », lança en toute innocence le maître glacier, sourire (suré)levé.

Flop complet de la piqûre de rappel : pas de poings se percutant, de dents grinçantes, aucune furie ni juron malfamé. Rien ; que dalle. Juste un bide magistral qu'il ne comprit pas. La norme voulait qu'elle rugisse telle la lionne indomptable de la savane, qu'elle crache injures après injures, qu'elle prône sa coutumière menace et qu'enfin elle expose une vengeance salée. Or ces attentes ne vinrent pas. Quelque chose d'autre, d'insoupçonnée et d'insolite se passa.

La buveuse de rhum souriait, la sérénité collée à ses traits.

« Ouais j'ai perdu et alors ? Faut bien tomber pour se relever non ? », argua-t-elle, les yeux brillants d'une trop forte dose de bibine dans le sang.

Un blanc plana ; long et incommode blanc. Grey resta pantois, là, perçant d'un œil déboussolé l'air si décontracté de la jeune femme. C'était quoi son problème, bordel !? D'une grossière insolence il avait fait preuve. Sa provocation avait tout dans les vocables pour darder son ego. À outrance il composa pour sa compère des sarcasmes acidulés. Pour elle et rien que pour elle ses poings il fut à deux doigts de les brandir.

Et tout ça pour quoi ? Une philosophie à deux balles. Une attitude baba-cool et pas le moins du monde offensée.

Il lui fallait quoi — foutre Dieu ! —pour qu'elle mugisse, bondisse, sorte de ses gonds ? Elle n'était pas « censée » être aussi tranquille et spontanée. Merde quoi ! C'était terriblement frustrant, une telle passivité. Lui qui avait écrit avec tant d'ardeur et de poésie ses attaques orales. Lui qui en toute conscience entra dans son jeu. Lui qui n'attendait qu'une réplique de sa part pour les propulser tous deux dans une addictive joute verbale. Lui qui bavait d'envie de l'aplatir en usant de ses mots affectueux. Lui qui se faisait un régal à la voir valser au gré de la fureur.

Et tout ça pour quoi ? Pour une putain de « zen attitude » !

Comment était-il supposé prendre la chose ? Avec indifférence, peut-être ? Nonchalance ? Dédain ? Humour ? Oui bien sûr, et pourquoi pas faire appel à l'autre micro-onde ambulant et lui demander de se foutre ouvertement de sa gueule tant qu'on y était ? Ou alors devait-il considérer cela très sérieusement ? Non. Cette allure qui se mouvait dans le naturel et la détente n'était qu'une façon terrible de se divertir.

Cana s'amusait ; avec lui, de lui. Elle le provoquait, à sa manière.

« Tu peux faire genre que ça te touche pas, que t'en as rien à foutre d'avoir perdu ; m'en branle total. Je gagnerai et tout ton cirque n'y changera rien, certifia celui-ci, sec.

— À ta place j'en serais pas si sûre. Après tout, il n'est pas question du même type de combat. »

Dans l'orbe il y vit l'éclat du malin. À travers le timbre l'artiste des flocons y perçut l'assurance qui s'y terrait. Un plaisir non retenu sa partenaire éprouvait à ainsi jouer et ralentir l'action. Tout en lenteur son intention véritable se confessait. Il n'y avait rien d'égayant à se précipiter. Aucune prise de tête ne pouvait éclore, encore moins le doute.

Elle f'sait terriblement chier ouais !

Tourner autour du pot était pour lui quelque chose d'aussi soporifique que de pêcher avec Happy. C'était emmerdant et complètement stérile. Cette manie de jouer de la langue de bois l'énervait un tantinet. L'agacement avait vite fait de pointer son nez. Le féru du givre s'apprêtait d'ailleurs à rendre des plus perceptibles son impatience quand la jeune femme vint enfin au fait :

« Cette fois on va s'la faire à ta façon : au bras de fer. »

Joignant le geste à la parole, Cana lui présenta son bras droit alors qu'elle délaissa sa vinasse pour un court instant seulement. La réaction ne se fit guère désirée : sourire en coin, Grey empoigna avec puissance son adversaire.

Le duel commença.

Une vague abondante d'énergie convergea dans le membre. Dès la mise en contact, les muscles s'abreuvèrent à s'en étouffer d'oxygène puis se contractèrent. Ils bombaient leur force, l'exposant à l'air frais et insatiable de la lutte. Chacun d'entre eux maintenait la robustesse. Leur soif d'hémoglobine nourrissait l'endurance ; pour tenir, sans faillir. Bien que le bras gauche et les jambes s'enfonçaient dans l'immobilité, leur position assurait l'équilibre du corps. L'hésitation ne campait pas. Seule une vigoureuse coordination ficelait le geste. Aucune trace de fatigue ne perlait sur le visage : les gouttelettes odorantes refoulaient l'écoulement. Qu'importait la pression exercée. Qu'importait si l'adversaire ne composait les signes du faible.

Il résistera ; quoi qu'il arrivera ou se passera.

Son regard la brûlait d'un feu fringuant et flamboyant.

Rien ne le fera chanceler. Rien ne le détournera.

Leurs pupilles s'enlaçaient dans la témérité.

Pas question de perdre. Pas question de trébucher.

Il n'y avait plus le tumulte des alentours.

Plus qu'un combat, son honneur. Plus qu'une victoire, sa virilité d'homme.

Il n'y avait plus qu'eux.

« Grey, tes fringues. »

Et cette phrase.

Futile, inutile ; de perdition, de distraction ; pour détourner, pour tromper. Juste ça, rien que ça ; seulement ça.

Une phrase ; et il perdit.

Ses yeux, à la seconde même où l'ouïe captura la voix des phonèmes, partirent à la dérive. Vers un torse déchaussé ils s'acheminèrent. L'échange pourtant si tenant fut alors brisé. Un instant l'inattention du brun parada. Quelle magnifique occasion. Quelle parfaite et délicieuse réaction. Tout ce que la poivrote voulait ; tout ce qu'elle attendait. Le réflexe fut total et pour tous deux : lui baissant sa garde, elle saisissant cette mégarde.

Le bras alors s'écroula. Son impact émit un écho brut qui se perdit dans la foule sonnante. Une chose, seule, piqua la sensation : une douleur, semblable à la frappe rythmée du tam-tam. Cette dernière serpentait à travers la carne ; grignotant, pinçant. À sa rencontre, la fibre musculaire se tordait de mal être face à cette impératrice qui déchirait sa toile cellulaire. Y trouvait-elle son bonheur ? À n'en pas douter. Or, lui, il s'en foutait royalement. Ce mal rongeur demeurait bien inférieur comparé à celui asséné par la réalité.

La défaite était à lui, pour lui ; rien qu'à lui.

Un moment, qu'il ne mesura pas, l'œil resta cloué sur la preuve de cette vérité si difficile à avaler. L'émérite du froid ne comprenait pas ; le comment, le pourquoi, ce foutoir.

« J'ai gagné. »

Il releva le regard ; la malice ornait le sourire.

« Et tu as perdu. »

Les mots tombés, lents et pourtant cassants. Pas d'exultation ni de nudité toute exhibée du plaisir. Elle dégustait ; sans hâte, sans impatience. Un temps flottant était pris pour goûter chaque seconde, pour savourer chaque parcelle de la victoire si gourmande.

Putain…

Berné. Couillonné.

L'herbe lui fut coupée sous le pied.

d'ruse de merde.

Erreur de débutant. Erreur rageante que d'avoir surestimé l'orgueil masculin. Une colère aux teints noirs germa. Colère rêche qui resta en travers de la gorge. Colère contre elle et sa saloperie de duperie. Colère avant tout contre lui et sa connerie.

Quel con, triple con.

Il s'était fait avoir, comme un bleu.

Putain !

« Pourquoi cette grimace, Grey ? Ça ne va pas ? Tu ne serais pas en train de nous faire une indigestion à la défaite quand même ? », composa avec une inquiétude fuyante l'apprentie du devenir tout en trinquant à sa santé, profondément railleuse.

Quelle douce attention ; si peu moqueuse, si lavée de toute complaisance. Que c'était bienfaisant d'être ainsi bichonné.

« T'inquiète, ça passera ; avec le temps. »

Les poings se crispèrent. Le visage se tordit, disgracieux. Un sentiment désagréable se tassa. À son tour, aujourd'hui, de l'avoir mauvaise, très mauvaise.

« En tout cas t'avais raison, ça la fout vraiment mal de faiblir là où d'ordinaire on triomphe. Surtout à un bras de fer, quand on est un mec et qu'on perd face à une nana. La prochaine fois, j'te le promets, on se fightera sur un terrain plus féminin. T'auras l'avantage comme ça. »

Trop, c'était trop.

Mister Freeze bondit telle la déferlante du typhon puis cracha la fureur du cœur.

« ESPÈCE DE…

— Grey-sama. »

L'injure sauta dans le vide. Une voix tout à fait frappante la retint. Reconnaissable entre toute, cette tonalité n'avait guère coupé son élan par sa présence. Une intonation singulière et rarement écoutée celle-ci dégageait : la sévérité. Une détermination tissait les lettres, comme si à travers celles-ci la décision longtemps réfléchie se livrait. Ce ne fut pourtant pas ce qui le dérouta. L'étonnement venait d'ailleurs, de lui. C'était son comportement qui titillait le trouble. Il avait suffi de mots bénins, voire ennuyeux pour que son aigreur soit muselée. Comment ce timbre, cet alphabet assemblé réussit à le réduire au silence ? À cadenasser en toute simplicité l'hostilité ? Cette soudaine tenue n'eut pas même affaire à une quelconque résistance. Au contraire, il eut l'impression très étrange de l'avoir invitée à le manipuler.

N'importe quoi…

Il déraillait sévère. Voilà que maintenant il pratiquait l'auto-analyse. Première nouvelle. Bientôt son inconscience se révélera à lui et lui fera toucher le « vrai » de son être. Quelle connerie… Tout ça n'était que le fruit pervers de l'alcool. Et de l'amertume, aussi. La pilule avait du mal à passer, quoi de plus compréhensifpour un mauvais joueur ?

« Jubia ! exclama en une joie guillerette la lauréat en se tournant vers cette dernière. Comment ça va ?

— Bien.

— Tu viens me féliciter pour la raclée que j'ai mis…

— Un mot de plus Cana Alberona et j'te ferai passer l'envie de te vanter. », annonça avec une rare bienveillance le sculpteur des glaces.

Il la toisait de toute sa hauteur, l'œil mauvais une fois encore. Sa position du guerrier farouche et écorché ne désempilait pas. Cent pour cent tête de mule ; un entêté à l'ego surdimensionné qui ne lâchait rien, absolument rien. Comme l'aurait très justement proclamé Elfman Strauss, « Ça c'est d'l'Homme, du vrai ! ».

Leur lutte d'antan reprit de plus belle, l'un et l'autre se poignardant la vue. Des heures ce rituel tant entretenu aurait duré. Seulement, quelqu'un couvait d'autres plans pour l'un d'entre eux.

« Jubia est venue proposer une mission à Maître Grey. »

À nouveau l'irritation s'éclipsa sans guère d'explication tandis que le disciple d'Ul déposa son attention sur la jeune femme.

« Une mission ? répéta-t-il, confondu. Où ça ?

— À Seven (1). »

La réponse arqua le sourcil. Jamais le coursier du froid ne posa un pied sur la boue de cette contré. Il était loin d'être le seul par ailleurs. À dire vrai, peu de ses confrères eurent l'occasion d'y effectuer une quelconque quête. Un seul parmi tous détenait une maigre brochette de contes concernant ce pays : Gildarts. Sa marche avait sillonné quelques villages oubliés, urbanisés. Dans sa bobine de souvenirs, le globe-trotter lui avait confié un soir de croissant de lune ces paysages fatigués. Infiniment plus vaste que Fiore, ce territoire caressait la solitude de l'âme. Plusieurs jours, parfois des semaines entières, l'esprit n'enlaçait auprès de lui que le balayement pressé du vent. À l'époque l'effarement s'était peint sur son visage à l'entente de ces paroles. Comment endurer un tel isolement ? De ses huit années, le mage aux cheveux de jais ne parvenait pas à le concevoir, le comprendre. Le plus âgé lui avait souri et certifié que, quelquefois, il n'y avait rien de plus paisible pour un homme que de n'avoir pour compagne de route que sa seule solitude. Encore aujourd'hui l'expert polaire ne saisissait le sens complet de ces termes. Vint ensuite le portrait de certaines régions décrites comme étant vierges de toutes constructions humaines. Un désert rocailleux qu'il disait. La nature se faisait maître de sa Terre. Toutefois, à d'autres endroits, cette dernière demeurait morte jusque dans ses moindres racines : la cité à l'élégance matérielle fauchait les cieux délavés. La végétation semblait comme n'avoir jamais pris existence sur ce sol rigide et plat. Un contraste effrayant qui accrochait malgré tout la mémoire. Quant à la populace, peu de chose il raconta à son sujet. Sûrement que celle-ci regroupait en son sein les éternelles étiquettes de sociabilité et de marginalité, comme partout.

Un territoire scindé en deux extrêmes, en somme. D'un côté, la furie galopante de la pollution et de la masse. De l'autre, un abîme végétal. Ça sentait l'ennui à plein nez. Qui sait où la quête les ferait atterrir ? Dans un coin paumé. Dans un vide intégral de l'action. Il n'y aurait que la marche ; qu'une herbe incomestible, qu'un silence infini. À tous les coups, ce sera ça. Sa chance était tellement fleurissante aujourd'hui qu'il ne pouvait s'attendre qu'à un scénario pareil.

« Franchement Jubia j'la sens pas ta mission, avoua le semi nudiste en toute franchise.

— Genre t'es devin et perçois les choses qui se passent, c'est ça ? formula d'un sarcasme bien senti la pulpeuse brune, l'haleine puant la liqueur corsée. Dis plutôt que t'as les foies ouais.

— Quand tu veux que t'ârretes de dire des âneries aussi grosses que ta connerie ! fulmina-t-il doucement en lui jetant un regard agressif.

— Et c'est toi qui dis…

— La récompense est de 830 000 joyaux. », lâcha l'invocatrice des pluies comme si de rien n'était.

L'effet fut immédiat : les deux surchauffés du bulbe ravalèrent leur cracha et fixèrent celle porteuse de ces paroles. Sur les traits la stupeur s'étalait ; ils eurent un certain mal à croire à l'authenticité de ce que l'ouïe entendît. Une telle indifférence nouait la réplique alors que son contenu suscitait tout le contraire. Qu'avaient donc ces propos pour mériter une placidité aussi naturelle ? Saisissait-elle seulement ce qu'elle disait ? Ou bien n'était-ce pour elle que des mots emboîtés les uns derrière les autres ? Pour eux, le signifié ne relevait guère de l'ordinaire ou du dérisoire ; du tout.

« Tu… Tu parles sérieusement là ? voulut confirmer le mâle du trio qui n'en revenait toujours pas.

— Bien sûr. Jamais il ne viendrait à l'idée de Jubia de mentir à Grey-sama ! récria-t-elle vivement devant pareil sacrilège.

— 830 000 joyaux… murmura l'arsouille, l'expression médusée. Ça en fait du pognon.

— À qui l'dis-tu, approuva l'exhibitionniste d'une voix machinale.

— Maître Grey est-il toujours aussi réticent ? », enchaîna direct la bleutée.

Plusieurs grains du temps dansèrent dans l'air avant qu'une réponse ne soit prononcée.

« Eh bien…

— Tout à coup tu la sens mieux cette mission hein ? »

Le concerné ne releva pas la douce moquerie de Cana ; la réflexion l'imbibait. À la place ce dernier étendit ses perles opaques dans le regard cobalt. À l'intérieur de celui-ci y tourbillonnait une lueur pénétrante : celle du désir dévorant et de la résolution frétillante. Pourtant, l'ardeur n'endigua pas l'incertitude ; il hésitait. Cela en était d'ailleurs curieux car tous les ingrédients pour le convaincre se trouvaient là : une somme astronomique en guise de butin, la découverte d'une province inconnue et une équipe dépourvue du crétin enflammé. Que lui fallait-il de plus ? Il ne savait pas. Son unique certitude résidait dans ce sentiment partagé et litigieux.

« J'en sais trop rien. Je viens juste de rentrer de mission, suis quelque peu vanné et puis ce pays ne m'inspire pas des masses.

— Grey-sama refuserait donc la proposition de Jubia, même en sachant que la mission est cotée rang S ? », livra-t-elle avec ce même éclat rutilant dans la voix.

Encore une annonce qui étonna. Elle en avait encore combien des comme ça ? La surprise bien qu'affichée demeura cependant moins expansive que lors de la première divulgation. Cette fois-ci, l'attention se pencha plutôt sur cette manie des plus inhabituelles à déverser au compte-goutte des informations essentielles et accrocheuses. Intelligente habilité des arguments. Minutieux stratège pour conduire l'intéressé là où la volonté voulait qu'il demeure. Une fine manœuvre qui malgré tout ne jouit guère de sa réussite.

« J'sais pas. Vu sa cote et le montant de la récompense ça m'a l'air d'être une mission d'groupe, à faire avec Erza et Lucy. Elles sont où d'ailleurs ? demanda le presque strip-teaser en parcourant du regard le hall.

— Pas là, répondit derechef la mère pluviale.

— Si tu veux mon avis Jubia, tu devrais aller demander à Natsu, affirma la mage des cartes avec sérieux en abreuvant une nouvelle fois son larynx d'alcool. Lui, il accepterait de suite. Pour rien au monde il ne manquerait une occasion pareille de montrer à tous qu'il est tout à fait capable, contrairement à certains, de faire une mission d'rang S en binôme. Et puis, ce flamant rose est beaucoup plus en mesure de réussir cette quête que ce pétochard d'exhibitionniste, tu crois pas ?

— Jubia ne pense…

— J'accepte. », trancha sans appel l'homme caleçon de la guilde.

Quelle bourrue affirmation attirant sur elle deux regards : l'un très stupéfait, l'autre embelli d'une malice pleinement ravie. Il était effrayant de voir à quelle vitesse le doute pourtant si ancré dans l'esprit pouvait aussi facilement et violemment être découpé. Il ne l'avait même pas vu venir. Les mots sortirent presque tout seul de la bouche, comme si tout à coup l'orgueil, resurgissant des tréfonds inconscients, (re)prenait le contrôle de la chair et de la pensée. Quant à l'explication, celle-ci chutait en toute limpidité, sans heurt ni évitement ; elle coulait de source. Mieux, nul démentir ou fausseté ne la déguisait : sans voile celle-ci se dénudait.

Plutôt crever que d'laisser cet enfoiré me devancer. Tu vas l'avoir dans l'cul mon cher Natsu car ce s'ra moi et moi seul le premier à terminer une mission d'rang S ! Et toi, tu ne seras que le perdant, le second, le minable ; le miséreux qui n'aura pas su me surpasser ! Ha ha !

« Maître Grey est-il sûr de lui ? questionna l'amoureuse en feintant la candeur. Car Jubia a bien vu que Grey-sama avait beaucoup hésité avant de prendre une décision. Si Grey-sama ne souhaite pas venir, Natsu-san pourra très bien faire l'aff…

— Hors de question qu'cette lopette t'accompagne, coupa d'un ton supérieur le brun. J'avoue que j'ai un peu ramé avant d'me décider mais j'ai dit que c'était ok, non ? Alors maintenant allons-y, avant que je ne change d'avis… »

Le geste se joignit à la parole : les jambes extirpèrent du banc le corps puis guidèrent ce dernier vers l'auguste porte jaspée. Parti devant, le mage aux cheveux de jais ne put distinguer ce clin d'œil de Cana Alberona adressé en toute complicité à l'ancien membre des Phantoms. Il ne put non plus goûter au sourire à la fois conquis et faramineux qui dessina les traits laiteux de la mère des océans.

Non, Grey Fullbuster ne put percevoir à quel point la liesse de Jubia Loxar débordait.


(1) : Seven est l'un des pays de l'Est qui entoure Fiore. Je vous mets un lien vers la carte car il est important pour la suite de savoir où se trouvent les lieux cités : http(deux points)/www (point)google(point)fr/imgres?sa=X&biw=1067&bih=714&tbm=isch&tbnid=CN19_wF25HWRIM%3A&imgrefurl=http%3A%2F% .org%2Ft292-carte-du-monde-et-de-fiore&docid=Jz_gsbOCds8DwM&imgurl=http%3A%2F% .net%2Fpics% &w=700&h=600&ei=ntrrUs07yKnRBf2-gOgH&zoom=1&iact=rc&dur=755&page=1&start=0&ndsp=24&ved=0CF0QrQMwAg


Certaines l'attendaient, ce nudiste bien sexy… J'espère qu'il vous plaît (p'tite pensée à une certaine Lucifer...) et que le tout n'a pas été trop plat. Il ne se passe rien encore une fois – j'vous promets que dans le chap' 4 ça sera un « peu plus » mouvementé ! – et pourtant, j'ai pris beaucoup de plaisir à écrire cette scène avec Cana ; c'est si bon de voir ces deux-là se fritter pour des broutilles pareilles ! Puis bon, j'aime mâchouiller l'ego masculin… Hu hu :)

Merci pour votre lecture et rendez-vous au week-end du 21-23 février pour la suite qui, je le sais, vous fait trépigner d'impatience ! Ou pas… :)

P.S : j'ai prolongé d'une semaine le postage du chapitre 4, oui vous ne rêvez pas :) Désolée pour ça mais j'en ai besoin. Je retarde certes mais c'est pour mieux que vous dégustiez le chapitre une fois celui-ci enfin posté, non ? Ou comment faire passer la pilule...