Bien le Holà à vous !
Voici livré, à la date annoncée – trop fort –, ce chapitre 5 qui est dans le même jus que le 3 avec en prime « un peu » moins de mots… Mais c'est qu'un détail. Autrement dit : c'est un mou de l'action qui malgré tout reste bien sympa ! Enfin, j'espère ; l'espoir fait vivre pas vrai ?
Passez une bonne lecture !
5
Il restait là, en place.
Par vague délicate il respirait. La lenteur agençait le mouvement thoracique. Il prenait le temps, pour sentir son corps. Les bouffées d'air se glissaient dans son antre pulmonaire puis se brisaient, inhalées. Une attention inhabituelle il y portait. Ainsi plusieurs sensations remontaient à la surface, comme pour habiller le Monde de leur existence. Il y avait d'abord l'exubérance toute montrée de l'oxygène. À chacune de ses entrées et sorties celle-ci injectait sa fraîcheur pour le moins délassante. Venait lui courir après l'éphémère mais palpable frisson de l'échine. Loin d'être l'éternel, ce dernier toutefois revenait plusieurs fois au galop. Puis enfin s'amenait pour une durée impérissable la tranquillité intérieure, trace prégnante qui marquait chaque fibre de sa chair.
Il était bien.
L'azur, immaculé, fourrait le ciel. Seuls quelques nuages vagabondaient à travers ce haut intouchable. La pureté de leur blanc cotonneux cassait l'apanage trop uniforme du bleu. Deux tons, un accord ; unique, parfait ; qui gobait sa vue dont nul désordre ou lourdeur ne campait. Juste aimanté, noyé dans l'invariable animation du dôme céleste. Là résidait sa toute dominance, sa respectueuse beauté : son immobilité. Il la contemplait, presque fasciné. Autour la ronde déstructurée du vent le fauchait. Sur son être y était soufflé la caresse de la brise, gracile et impétueuse. En plus du touché, l'arc du son s'entendait. Un son dispersé, distinct ; l'ouïe s'y laissait bercer. Note claire et éternelle flottant dans l'air.
Il se revigorait, pleinement.
Allongé dans le verdâtre de Dame Nature, Natsu se vidait ; de tout. Il ne demeurait que dans l'ici où un repos certain le couvait. Étrange cela paraissait d'être à ce point posé. Pas d'énergie explosive ni d'acte volcanique. Les sens cessaient de tourner à vive allure comme en arrêt. La perception se faisait pour l'intime du corps. S'écouter vivre ; c'était inhabituel pour lui qui déchirait le silence, qui frappait avec son entier du cœur la vie. Par-delà la manière coutumière d'agir et d'être se construisait l'image d'un impulsif. Fougueux mage dont la vigueur jaillissait de tous les pores du corps. Or ici il jouait la pause du présent et du mouvement.
Il aimait ça.
Une sérénité rarement touchée l'enveloppait. Il ne pensait pas cela si bon. Comment pouvait-on autant se sentir exister dans l'inactif ? Il n'y avait là que le rien. Pas de but. Aucune ardeur. Seulement un déploiement des sensations. Un silence puis une écoute de soi et du Monde. Trop bizarre. L'inconnu total. Pourtant ce plat de l'action il expérimentait. D'un naturel encore incompris il vint à se laisser tomber dedans.
Et il ne regrettait pas.
Ce moment pur d'existence. Cet instant où n'était perçu et vécu que son être. Ainsi tout le reste demeurait l'artifice du maintenant ; ça ne comptait plus vraiment. Cependant, il n'oubliait pas, du tout. Même si cela se joua en fin du levé matinal, l'après-midi du maintenant ne s'en extirpait guère. Comment effacer de toute manière ? Ces coups, sauvages. Ce sang, miroitant. Ces cris, bourdonnants. Pourquoi ensevelir ? Les blessures, multiformes. La douleur, étincelante. La frénésie, obsédante. C'était là, toujours là ; frappant la mémoire. Un plaisir badin la ritournelle prenait à dérouler la bobine. Il ne la retenait pas ; qu'elle défile, dévale les pentes du souvenir ! Fuir ou réprimer ce genre de choses ne faisait guère partie de la composante du caractère. Quel intérêt par ailleurs ? Une volonté réelle il y avait à préserver, presque à polir ces images, ces affects ; cette vision. Celle-là même où l'hémoglobine giclait avec une prodigieuse violence de sa bouche. Celle-là même où les nerfs sensitifs décryptaient l'écorchure anatomique cousue sur sa peau. Celle-là même où son pouls tambourinait aussi puissamment que le tintamarre des fanfares. Celle-là même où son œil s'enrobait d'une indescriptible émotion. Celle-là même où tout fut joué, achevé.
Il n'oubliait pas ; jamais.
« Pourquoi tu souris ? »
La question éleva plus haut les lèvres. Il tourna la tête, la lueur vivace de son regard se répandant dans celui de son compagnon.
« Car j'revois ce bouffeur de plomb s'faire carboniser le cul par mes flammes. La gueule de constipé qu'il a tiré, HAHA ! s'esclaffa l'ado à la coupe rosie dans une grimace complètement laide.
— Il a carrément pété rouge ! »
Tous deux éclatèrent d'un rire grotesque, larme à l'œil. Ça avait cogné. Ça avait juré. Ça avait beuglé. Des animaux, suant, hurlant à la castagne. Le contact des corps rugit aux alentours. Leur sang endossa le rôle de l'averse qui chute et qui lave ; les décrasser de toute clémence, de toute pitié, frein absolu de la brutalité. Entiers ils se donnèrent. Aucun n'aurait accepté la mollesse de l'autre. Toujours planter dans le muscle et l'esprit de l'ennemi la fougue. Ainsi il fonctionnait, lui le fils d'Igneel. Chaque combat l'enivrait. Une soif excessive de vie émergeait de son organisme. Il y avait là comme un besoin vital d'exploser tout entier face au Monde, face à l'Autre. Inexplicable, ce sentiment le perçait jusque dans son âme. C'était si vivifiant, si indispensable. Pour lui, cela dépassait le registre grossier et premier de la lutte. Autre chose cela demeurait, quelque chose de beaucoup plus expressif, de plus singulier : par elle son individualité se déployait puis édifiait son construit identitaire. La joute était partie intégrante de son être ; il vivait par elle.
L'hilarité tomba peu à peu dans l'indélébile silence. Une bourrasque rafraîchit la quiétude de l'instant. L'haleine expia au rythme alangui des battements. Une lenteur, projetée et ingérée, modela l'environ. Tout fut calme pour la pensée vagabonde.
Dans l'air et la chair le bien être planait.
« Yosh ! exclama d'un coup abrupt le dragon slayer en bondissant du sol. J'pète le feu là, allons chez Luce ! »
Son entrain si enflammé ne se transmit pas. Une moue dubitative relevait les moustaches du félin.
« Et si elle nous jette dehors comme la dernière fois ? J'ai pas envie de me reprendre un arbre moi… révéla l'animal peu enclin à l'idée d'à nouveau faire un splendide roulé-boulé. En plus, elle a tellement braillé que j'en ai eu mal au crâne !
— Ouais c'est vrai que ce jour-là c'était une folle furieuse, sûrement qu'elle avait ses trucs de nanas mais t'inquiète ! assura-t-il, sa motivation pas un pète fracturée. Ça va l'faire cette fois, j'le sens bien ! »
Malgré la confiance des plus naturelles et toniques qui suintait, Happy resta sur la réserve. Fallait dire aussi qu'ils avaient pris cher. D'une netteté encore palpable la voix féminine et à la corde distordue colorait le rappel de cette journée ; elle rugissait, tel le fauve enragé. L'oral creva tympans et poumons tandis que le geste attrapa puis balança avec toute la barbarie du cœur une flopée d'objets à portée. Ce souvenir, l'intrépide mage ne l'épongea pas. Ça restait, gravé ; sur la peau, dans la tête. L'esquive qu'il usa souvent lui apporta plus de collisions que de feintes. Ses paroles à but d'adoucir le piquant de la verve apportèrent à l'inverse plus de piment qu'autre chose. Quant à la fin, ils finirent le cul par terre, le pic douloureux de la rouste les dardant.
Ils s'en étaient pris plein la tronche et le cracheur de feu s'en foutait, royalement ; de cette colère, de ces coups, de cette crise de nerf.
La ferveur pulsait ; incontrôlable exaltation qui le possédait.
Bondir. Courir. Rire.
Là. Maintenant. Tout de suite.
Il ne voulait que ça ne goûtait qu'à ça.
« On s'en fout de c'qui se passera ! Faut pas s'prendre l'chou pour des trucs aussi nases. T'as envie d'y aller ?
— Aye ! acquiesça l'exceed pris par l'engouement plus que bouillonnant de l'exalté.
— Ben t'y vas ! Tu réfléchis pas, tu fonces !
— AYE ! », vociféra ce dernier, gorgé d'ardeur.
Quelque dires, truffés d'une vitalité hors norme. Un signifié et signifiant qui injectèrent en seulement quelques lettres toute sa vitalité humaine. Il n'y avait que lui, lui et seulement lui ; pour diffuser, transférer une telle passion à l'âme. Quel don souverain. Impossible d'y échapper ou même d'y résister ; l'absolue possession. Ça agrippait l'être, l'avalant d'une bouchée. La flamme de l'action alors surgissait du volcan souterrain de l'émotion puis s'implantait en toute impératrice dans l'agir et l'être. Ça dévorait partout, tout ; tout était absorbé par elle, sa foi de vie. Lui seul gonflait à bloc n'importe qui pour n'importe quoi. Lui seul détenait cette faculté totale de puissance. Pure transmission de sa fougue d'être.
Du Natsu Dragneel.
Ils se sourirent ; sourire excentrique et bombé d'entrain. Leur coquillard pétillait d'un même éclat rutilant. Nul besoin d'autres vocables pour s'unir dans l'identique volonté du désir.
Ils fusèrent à travers la paix ambiante. Un écrasait la brindille terrestre, l'autre entaillait la brise solaire. Tous deux cavalaient, comme des aliénés. Les pas frappaient le sol ; l'empreinte grossière du travail musculaire ils y apposaient. Les nerfs dansaient, chaloupaient à s'en déchirer le tissu cellulaire. En constante abondance un jus pur sang les inondait. Au tour de la respiration de composer son air irrégulier. Le ton était donné : agressif et frénétique ; tout ce qu'il voulait ; du vif, de l'ivresse. Il empalait la douleur organique. Mieux, la convertissait en adrénaline. Que de stimulations dans cette lacération du vent. Que de vivacité dans l'étirement floué de l'alentour. La cavalcade, rien de plus jouissif pour expulser la démesure du caractère.
Leur course effrénée ne grignota que de maigres minutes. À l'aveuglette le parcours pouvait être fait. Parc cœur il connaissait ce chemin tant de fois sillonné. Incessamment pourtant un plaisir certain l'imbibait à chaque ruée chez l'écrivain en herbe. Presque une seconde résidence, le chez soi de Lucy Heartfilia l'apaisait sans qu'il n'en saisisse la mécanique. Là-bas une ambiance propre s'y dégageait. Guère d'explication ne capturait l'esprit, encore moins une quelconque raison à cet inséparable sentiment de juste place. Qu'importait. Une chose il savait : il s'y sentait bien, chez lui. Cela seul suffisait. Chiant au possible c'était que d'essayer d'expliquer l'agir. Se comprendre, il n'y avait là que du rêve, que de l'utopie pure et dure. Loin, très loin demeurait ce jour où il se triturerait le ciboulot pour des choses aussi fastidieuses et emmerdantes que celle de lire en soi. Lui, il carburait à l'instinct. Lui, il marchait à la pulsion ; l'émotion, y avait que ça de vrai. La raison ? Au diable. Au placard. D'aucune écoute elle ne disposait. Qu'elle déroule son tapis brodé de sagesse et de dictâtes, il ne l'entendait pas ; il lui riait au nez !
La maison apparut dans leur champ de vision ; ils ne ralentirent pas. L'effet tout à fait contraire germa : chacun doubla d'énergie, comme si une urgence à débouler dans ce dedans les oppressait. Lancé à toute allure, un boulet de canon nommé Natsu Dragneel défonça littéralement la porte ; à sa manière le flamant rose entra.
« YO !
— AYE ! »
Dans l'éclat et la destruction ils s'annoncèrent. L'écho du vide leur répondit ; il signala l'absence. Suspicieux du silence d'ordinaire introuvable en ce lieu, chacun plissa les cils. Leur pupille, ourlée d'une rare luisance d'attention, scruta l'espace à la recherche d'une touffe blonde. Celle-ci jamais n'émergea. Peut-être que sa présence se trouvait dans l'ailleurs d'ici – les pièces d'à côté. L'oreille alors déplia à son tour l'écoute chérie du sens auditif. Une fois n'étant pas coutume, le temps s'émietta ; il passa, chuta mais rien n'arriva.
Elle n'était pas là.
Ils partagèrent un regard.
Le sourire pondit.
Un même sentiment naquit.
« La maison est à nous, YA HA ! »
La jubilation égosillée, tous deux foncèrent telles les flèches de la vélocité vers le lit puis s'y propulsèrent comme de gros sauvages. À leur façon chacun s'appropria le gardien du sommeil : le moustachu testa sa souplesse en prenant ce dernier pour un trampoline, tandis que le modeleur de feu ramena, quant à lui, tous les cousins pour une tendresse de bonheur. Des soupirs béats déboutonnèrent les lippes.
« Ça sent le propre… minauda celui-ci.
— Et c'est moelleux ! »
Rien à voir avec leur pathétique duvet. Faire une quelconque comparaison relevait même de l'outrance vis-à-vis du matelas de la stellaire. Celui-ci caressait l'échine. Celle-ci une fois effleurée par la matière s'y lovait tout entière. Nulle résistance. Un aimant ; mais pas seulement. Un parfum saint y transpirait. De la bonne odeur, celle non possédée. À pleins poumons ils la respiraient, chose infaisable avec l'effluve de leur étoffe. La sueur du mâle combatif et crasseux imprégnait le tissu. Ça sentait, fort. Rien de délicat ni d'enivrant n'en ressortait. Tout autre il en était pour les draps de la mage céleste qui enveloppaient les narines d'une vague embaumée de fraîcheur. Pourquoi se priver ? D'être son prisonnier. Pourquoi ne pas y revenir ? À cette douceur câline. C'était trop agréable ; ça rendait addicte.
Happy cessa d'être la sauterelle ; il réalisa l'ultime saut du ravi avant de le rejoindre dans sa position de l'ange. Tous deux allongés, sourire surélevé, la fourche de la félicité les embrocha. Du peu ils se contentaient. Juste être là, à deux, dans ce bien abusif.
Il ne manquait qu'une chose. Une chose dont aujourd'hui aucun ne pouvait plus se passer. À leur première rencontre ce fut l'explosion d'émotions. Un éclat, brut de vie. Le sang avait bouilli, tant frémi qu'il en aurait jailli tel le geyser trop furieusement réprimé. Son contact injecta la brûlure des sensations. C'était une déflagration des sens ; si violente de jouissance. Tant elle représentait à présent. Son apport demeurait le besoin, organique et psychologique. Une dépendance ; ils le savaient, le voulaient. D'une richesse démentielle celle-ci les gavait. Sans son existence, il n'y aurait plus que l'insipide, l'interminable. Pas de couleur ni de saveur. Plus de goût, que du rien. Sa perte restait impensable. À jamais elle demeurait – et demeurera – cet essentiel de leur vie, de leur être et de leur chair.
La bouffe.
Bienfait absolu. Bienfait qu'ils allaient de suite assouvir.
Le parlé n'eut guère besoin d'éclore. Au contraire, ce dernier demeurait l'artifice, l'inutile. Ils se comprenaient par la parole du corps : un sourire, une oeillade, une lueur. Par là et par nuls autres canaux le dessein se distribuait puis s'unissait dans l'acte unique. Ainsi ils bougèrent dans un même temps et mouvement : tous deux se jetèrent sur leur proie, le réfrigérateur. Avec tout autant de passion l'homme briquet ouvrit l'antre aux mille trésors gustatifs.
Ils contemplèrent, émerveillés.
« Que c'est beau, en pleura presque d'émoi l'enflammé.
— J'y crois pas… mâchonna le chat bleu, abasourdi. Y A DU POISSON ! hurla-t-il à la faim.
— ET DU RÔTI ! renchérit le furibond mage, complètement (sur)excité.
— DU THON !
— DU CANARD LAQUÉ !
— DU SAUMON !
— DES NOUILLES SAUTÉES !
— UN GÂTEAU !
— D'LA SALADE DE TOMATES !
— DES ONIGIRIS !
— DU RIZ !
Face à ce véritable festin de rois la bave coulait par-delà l'orbe, l'appétence y scintillant de mille feux. Plus que de l'enthousiasme, de la fièvre. L'exultation toute seule ne demeurait : la surprise également s'invitait. Ahuris devant cette ribambelle de fumets. La maîtresse des clés n'avait guère l'habitude de cuisiner aussi goulûment et autant. À croire qu'elle s'y préparait, à leur venue. Elle était parée – comme cela se devait de l'être pour deux ogres tels qu'eux – à les recevoir. Quelle perle d'attention. La bénissant elle et son frigo, les goulus attaquèrent de front les premiers mets. La dent alors rongea, déchiqueta, taillada tous aliments. La mâchoire devenait l'instrument terrible de l'avidité. Leurs joues prenaient forme de montgolfière. Toujours plus dans la bouche, tels des affamés. Il n'y avait plus la moindre pause ; l'arrêt n'était guère pensé ni appliqué. À quoi bon ralentir le temps en quête d'apprécier ? Leur plaisir premier résidait dans la gloutonnerie. S'en mettre plein la panse. S'éclater le gosier. Ils ne dégustaient pas : ils engloutissaient.
« Qu'est-ce que vous faites ici ? »
Tout mouvement se figea. Bouche pleine, un lent geste se fit ; l'oeil se tourna là-bas. Un regard passif les reçut ; celui-ci les considérait sans agacement. Bizarre, venant d'elle, surtout d'elle. Le Salamander s'en ficha. La voix ni la prunelle n'exhortaient à la pourfende. Nulle menace. Nul danger. Tout roulait.
« On mrange, hacha ce dernier.
— T'en veux ? C'est trop booon ! s'extasia l'animal ailé en toute conviction.
— Y a du fraisier ? »
À la demande loin de l'inaccoutumé les yeux examinèrent à nouveau la caverne d'Alibaba. Des miettes de secondes s'évanouirent avant que la réponse attendue avec gourmandise ne se diffuse.
« Nop. »
Malgré sa réplique, le flamant rose incarné ne reporta guère son intérêt sur la nouvelle venue. Ainsi sa vue ne put admirer cette moue contrariée parader sur les traits. Il était à nouveau immergé dans sa quête du tout dévorer.
« Où est Lucy ?
— Pas là, répondit le chat qui finissait d'ingurgiter un poisson entier.
— Dans ce cas c'est vous qui allez venir avec moi. Le Maître nous demande. », affirma-t-elle, le timbre balançant entre sobriété et impartialité.
L'annonce cassa net la gloutonnerie ; l'attention revint sur l'arrivante.
« Mais on a pas fini de manger ! protesta l'originaire d'Édolas, outré qu'on le prive ainsi de sa goinfrerie.
— Et puis d'abord rien nous oblige à te suivre. On fait c'qu'on veut, quand on veut ! clama la torche vivante avec son aplomb légendaire et tout aussi inconscient.
— Eh toc ! pensa bon de surajouter le moustachu.
— Vous osez me contredire ? »
Le ton ne fut guère haussé. D'un contrôle royal ce dernier faisait preuve. La différence ? L'étincelle du mal qui brillait de toute sa splendeur dans la prunelle. Au-delà de l'aura filtrait l'intimidation. À la goutte près celle-ci crachait ce venin nommé paralysie. Il serpentait le long du fleuve sanguin, glaçant la veine au passage. Ce poison en venait à planter ses crocs dans le courage pourtant bâti par une foi pensée increvable. Quelle désillusion. La réalité rattrapait puis lacérait. Pas même eux ne parvinrent à s'extirper des griffes aliénantes de la peur. Cependant, le plus vaillant – le plus fou oui – émettait la résistance. Il n'allait pas se plier ; pas cette fois. En lui survivait la flammèche de l'assurance. Il allait lui montrer sa force.
Alors que le mage à l'haleine de souffre s'apprêtait à dérouler par l'oral son insoumission, la voix tranchante d'une lame le coupa.
« Mesure bien tes paroles Natsu car ça pourrait être tes dernières en tant qu'homme. »
Sur le bout de la langue il devrait connaître cet air annonciateur de l'orage assassin ; mais non. À chaque fois ça recommençait, inlassable qu' était ce dernier à marcher contre vent et marée et ce même lorsque cet ouragan destructeur avait pour nom Erza Scarlett.
Une sacrée tête brûlée, kamikaze sur les bords.
« Alors ?
— O-on te suit. »
L'abdication. L'ultime menace tordit le peu de rébellion qui vivota en lui. Quoi de plus logique ? Jamais encore l'avertissement brandi à son encontre ne fut à ce point aussi porteur d'un destin funeste. La reine fées avait été cinglante, terrifiante même ; c'était à se pisser dessus.
« À la bonne heure ! », se ravit la jeune femme, le faux sourire de l'ange plaqué sur ses lèvres.
La rousse sortit la première. Eux prirent quelques secondes avant de retourner à l'extérieur. Les adieux avec le frigo pesaient. Tant de régal ils avaient encore à partager. Une impression d'abandon les imprégnait. Une rare bénédiction l'objet leur avait procuré et pourtant ils le laissaient là, seul avec ce nirvana alimentaire dont la consommation à jamais restera inachevée. Triste destin. Tous deux déposèrent sur lui le dernier regard, celui nimbé de mélancolie et de fin ; ils le quittèrent.
Une coulée de chaleur nappa les joues. Un pas dans l'au-dehors et le jour embrassait l'épiderme de baisers lumineux. C'était chaud, agréable ; comme une caresse. La marche se faisait calme. Natsu et Happy rattrapèrent en peu de mouvement l'experte de l'épée. L'esprit bien que rongé par le gris très vite reprit des couleurs. Les fuites du soleil baignaient l'être dans la quiétude du ressenti. Quelques rayons et la vitalité de nouveau rappliquait, comme si, à travers son rideau d'énergie, l'astre de l'après-midi ravivait tout l'entrain du cœur.
« Hé Erza, interpella le félin en volant à sa hauteur. Pourquoi Papy veut nous voir ?
— Je ne sais pas. C'est Mirajane qui m'a informée qu'il nous convoquait.
— T'entends quoi par « nous » ? souligna la tête à flammes dont la voix trahissait l'appréhension. Ji-san veut juste voir Lucy, Happy, toi et moi pas vrai ? Il s'en fout total de l'autre abruti surgelé, hein dit ? »
Presque une supplication, les paroles du mage figèrent la promenade. L'ancienne prisonnière de la Tour du Paradis se tourna vers lui ; l'œil de l'austérité luit.
« Combien de fois faudra que je le répète : Grey est ton ami, c'est clair ? s'exprima l'ordre plus que la recommande.
— Même pas en rêve… marmonna l'insensé, la grimace mauvaise.
— Qu'est-ce que tu dis ? Je t'entends mal. », exigea-t-elle en le saisissant par l'écharpe.
Ce soudain « collage » lui fit entrevoir l'intensité du sentiment qu'éprouvait la jeune femme quant à son – immédiate ? – défiguration. Englué dans cet orbe sauvage, le dragon slayer y vit et y lut tout du devenir : son traumatisme, physique et psychique. Prégnante vision qui le dissuada dans l'instant de laisser pareil avenir s'écrire.
« Ami, oui, bien sûr ami ; toujours ami, aujourd'hui et demain, du matin jusqu'au soir est l'ami ; ami pour l'année, ami pour la vie, ami du jour puis ami du soi… »
Les mots n'inscrivirent pas le complet de la tirade. La poigne qui d'un coup resserra son emprise signait la sortie prochaine de l'impatience mais pas seulement. La pupille elle aussi dilata un peu plus cette pulsion meurtrière. La sueur fit pleuvoir sur son visage d'homme l'anxiété. Un rictus tordu paressait ; il était mal, impuissant, apeuré. Un asservi.
Fini de jouer. Plus de fuite ni de pirouettes.
Il devait le dire. Admettre ; de ses lettres.
Maintenant ou jamais.
Elle le pressa une dernière fois, ultime geste signalant deux proches fatalités : corps entier ou corps fracturé. Sa réponse vint dans le cri de la survie.
« OUI C'EST MON AMI !
— Qui ? intima l'ancienne esclave du bout des lippes en l'étranglant un peu plus.
— GREY, GREY FULLBUSTER EST MON AMI ! s'égosilla celui-ci, l'air fendillé par son ténor cassant.
— Ben tu vois quand tu veux. »
La prise se défit tandis qu'un sourire déplia la bouche ; Erza reprit le chemin. Happy fixa son confrère non sans terrer au fond de la gorge sa raillerie. Du mieux possible la chat bleu faisait de son hilarité la muette. Quant au dragon slayer, ce dernier exulta de son souffle cette insidieuse pression qui n'avait cessé de nouer ses nerfs. Quelle merde de mots ! Infâme. Dégueulasse ; de quoi sentir un frisson d'horreur lui tordre l'échine. Le palé s'en trouvait par ailleurs sali jusqu'au bout de la langue. À peine ces termes étaient-ils crachés qu'une envie subite de les ravaler prenait.
Il soupira.
« Tu montreras à Grey comment il est ton ami, hein Natsu ? »
Celui-ci releva les yeux et les étendit dans ceux narquois de l'exceed. Les bons et jutes mots le matou lui adressa ; moyen parfait pour aiguiser son appétit bagarreur.
Il sourit.
« Jusque dans ses tripes il le sentira ouais. »
À travers cette malice enjouée et partagée y nichait le nœud serré de leur complicité. Deux amis pour et jusqu'à l'infini.
Sans plus traîner ils suivirent au pas la flicarde de Fairy Tail. Aucun ne se risqua à titiller d'une quelconque façon l'impératrice ; dans le doux silence de la marche les esprits flânèrent. La ballade forcée n'accapara qu'une dizaine de minutes au temps. Le trio entra dans la guilde dont une étrange tranquillité s'en échappait. L'alcool débordait des verres, parfois même de certaines gorges mais les saoulards (dé)cuvaient dans leur coin. Une vague déferlante de parlottes ondulait également. La pièce entière piaillait. Rien d'inhabituel, que de l'ordinaire. Une chose cependant interpella l'excité du feu : l'absence criarde de bastons. Ce fut d'ailleurs la première, voire l'unique chose qui harponna son attention. Ô combien tout le reste demeura l'insignifiant, l'effacé.
Le groupe fraîchement arrivé se dissocia : la mage à l'armure chevaleresque se pointa au bar, le moustachu s'envola à toute allure auprès de la bien aimée Carla tandis que la torche humaine arpenta de son regard affûté les visages. La pupille ne restait accrochée aux faciès qu'une fraction de secondes, juste de quoi reconnaître l'identité. Ce manège dura plusieurs minutes avant que le constat, pour le moins frustrant, n'enlace l'esprit : le distributeur de glaçons ne se trouvait là. Cela l'aurait au final laissait de marbre si l'autre cloué de la peau avait fait acte de présence mais il n'eut pas même droit à cette maigre consolation ; que dalle. Ces enfoirés se trouvaient dans un ailleurs, loin de pouvoir assouvir ses besoins irrépressibles de mêlées. Il tira la gueule, agacé au plus haut point. Même dans l'absence ils l'irritaient. Des putains d'plaies ces mecs ! Quelle envie, furieuse, que de leur foutre un pain en pleine poire. Ne résulterait de cette impétuosité primitive qu'un sentiment profondément exaltant. Rien qu'imaginer la chose, l'action et surtout la résultante, ça l'avivait tout entier.
La moue froissée, le mangeur de flammes rejoignit son frère de cœur à une table. Ce dernier affichait une tête abattue, mine qui n'inquiéta pas outre mesure le rosé. Enième rejet, toujours aussi froid et catégorique que son compagnon avait dû essuyer de la part de la féline au caractère rigide. Trop souvent cette bizarrerie désignée amour grignotait le moral d'Happy. Pourquoi se prendre la tête pour des choses pareilles ? Et en quoi un tel affect valait-il qu'on tire une tronche d'enterrement ? Il ne comprenait pas. Tant pis. Aucune importance. Ce qui comptait avant tout était l'état de son ami qui, bien qu'écorché pendant un instant, recouvrait tout aussi brusquement sa débordante ardeur. Que le flirt l'attrape, l'enveloppe ! Il laissait faire, ne s'en souciait pas du moment que la jovialité de son partenaire ailé à laquelle il tenait ne soit atteinte trop durablement et continuellement.
« Le congelé du bulbe est pas là, informa ennuyé l'allumette en s'étalant de tout son long sur la matière boisée. Il a dû sentir que j'allais l'éclater alors il a pris la tangente. M'étonne pas de lui, un vrai pétochard c'type.
— Et Gajeel ? questionna le féru de pêche dont la tristesse des traits s'effaçait.
— Cette tête de clou s'est barrée aussi, révéla-t-il non sans aigreur. À croire qu'ils se sont passés le mot pour m'faire chier ! argua le râleur, la grimace mauvaise.
— Bah ça change pas de d'habitude non ? glissa l'animal d'humeur à nouveau mutine.
— C'est pas une raison ! Comment j'fais moi maintenant sans mes punching-balls pour m'défouler !?
— Comme si t'avais besoin d'eux pour ça Natsu... »
La réplique, intrusive, attira deux paires d'œil sur son orateur. Tout à son aise, Macao s'avança vers eux puis s'installa, l'air de rien, à leur table. La chope remplie, le trentenaire leva cette dernière en signe de beuverie avant d'ingurgiter l'effluve suave et corsé du rhum. Ses yeux pétillaient. Ses joues, en proie à la rougeur, chauffaient. Nulle ivresse, juste pompette. Passée la surprise quant à son intervention dans la conversation, le Salamander s'arrêta une seconde sur le sens sarcastique des dires ; il couina.
« T'insinues quoi là l'vieux rabougri !? Tu veux t'battre p't'être !? exclama l'impétueux en se levant d'un bond du banc, poings et orbes menaçants.
— Qu'est-ce que je disais… Tu t'excites tout seul mon pauvre, se lassa-t-il avec un flegme remarquable, une nouvelle gorgée de l'élixir absorbée.
— Ok tu l'auras cherché ; j't'emplafonne direct ! »
Pas le temps de bouger, d'anticiper et encore moins d'assimiler en totalité l'acte à venir : le fils d'Igneel se jeta tel l'hystérique sur le mage âgé. La vigueur de l'embrassade fut telle qu'ils tombèrent tous deux dans un fracas tonitruant sur le sol. Un jouissif combat aurait pu s'en suivre si l'ouverture fracassante, voire terrifiante, des portes de la guilde n'avait pas dans l'instant fait cesser toutes activités, y compris la leur. Chacun orienta sa prunelle vers l'entrée. Un silence de plomb, celui qui pressait la gorge pour mieux en extraire le jus de la nervosité, plana tout à coup. L'arrivant(e) lança la marche du lent. Chaque pas résonna, déplaisant écho qui resserra l'étau. Juste fixer, suivre ces mouvements. Un malaise s'étala dans ce vide angoissant du son. Personne ne sourcilla ou remua. Des statues, muettes et prisonnières. L'aura malfaisante planta dans les muscles les piques de la sauvegarde. D'une lucidité absolue les sens percevaient le message : un mouvement, un seul, et le coup tombait. Dans les yeux cette lueur dangereuse et féroce irradiait. Le mal se profilait : il avançait, toujours plus ; il étranglait, encore plus.
La marche se tut. Un temps coula ; long, insidieux.
« Où est-elle ? »
Une question, impérieuse. Le calme de son élocution n'en était que plus effrayant. Ses syllabes résonnèrent avec médiocrité avant de s'éteindre, avalées par un mutisme machinal. La réponse ne se déroba de l'invisible. Cette tension menottait l'oral et le geste. Autre chose figeait : le flou épinglé à l'alphabet. Comment dès lors présenter l'éclaircissement ? Et puis même si l'explication se détenait, celle-ci ne retirerait guère le fil cousu des lippes. Qu'importait la réplique apportée ou non. Derrière l'attitude reposait des intentions déjà déterminées qui de toute manière s'appliqueraient. Autant, dans ce cas, se préservait un maximum. La folie ne gagnait pas encore, pas pour tous du moins.
« Où est Jubia Loxar ? »
Une note soulignée de mésestime perlait. Les traits tout comme la voix prenaient un teint plus froid ; l'autorité s'exhibait. Quant au regard, il fourchait. L'atmosphère se requinqua de lourdeur, chacun tapi dans son trou d'omerta. Personne ne voulait dérouler le verbe, pas même le casse-cou attitré. Devant lui se jouait une Erza Scarlett parfaitement doublée. Une maîtrise de l'imitation si bien conduite que l'original en devenait presque désuet. Il fallait avoir un sacré pète au casque pour oser faire quoi que ce soit. Natsu Dragneel était ce genre d'individu, casse-gueule, bourrin, impulsif ; un suicidaire ambulant, en somme. Une situation comme celle-ci, il en gérait ou plus justement en vivait à la pelle. Seulement, il avait eu sa dose pour la journée ; il en avait assez chié comme ça. Demain, aucun problème. Mais pas aujourd'hui ; pas maintenant. Il passait son tour. La raison avait eu raison de lui et pour une fois, cela lui convint parfaitement.
« Lucy. »
La nommée – qui en quelques sommations rameuta sur elle l'entière attention des membres – déplaça l'œil vers l'appelante ; Titania la scrutait, sévère.
« Le Maître nous convoque. »
Bien qu'érigée dans l'injonction, la réplique radoucit l'animosité peinte sur le visage de l'héritière Heartfilia. Sa pupille cependant garda cet éclat vif de résolution. Elle se dirigea, lenteur traînante, à l'endroit respectif. La rouquine en revanche déposa son exigence sur deux autres personnalités.
« Il en va de même pour vous deux. », décréta-t-elle en direction des inséparables acolytes.
Son commandement claironné, la manieuse d'armes blanches quitta à son tour le hall. Plusieurs secondes s'écroulèrent avant que les moulins à paroles ainsi que la détente n'envahissent à nouveau la salle. Une fois la furieuse blonde déportée, le normal redevint ; sauf pour les désignés. Une expression dessinée par l'anxiété traînait sur leur minois. L'envie de fuir à toute enjambée vers un horizon où nul ne les rattraperait se fit sentir avec une grande démesure. Qui diable désirait se retrouver dans une pièce close en compagnie de ces deux monstres humains ? Nul être et surtout pas eux. Jour de merde…Que de contrariétés. Mais à quoi bon ? C'était subir ou périr. Et l'intrépide mage n'avait plus l'âme à la révolte.
« Bon courage mec, tu vas en avoir sacrément besoin, épaula avec une sincère compassion le mal rasé, sa main posée sur l'épaule du malheureux.
— À qui l'dis-tu… »
D'un soupir accablé, le jeune à la coupe rosie se releva puis prit la direction tant de fois sillonnée, le virtuose du vol à ses côtés. Dès son entrée, une toute autre ambiance l'accueillit ; plus taciturne, plus préoccupante. À la dérobée sa vue passa sur les visages. Sur chacun un sentiment nuancé dans le grave se dévoilait. Makarof exposait le portrait le plus recourbé. Assis, ce dernier enfonçait le souci de son ressenti à l'intérieur de leurs prunelles. Cet état peu coutumier du Master fit plisser front et sourcils du chalumeau.
« Il y a de cela trois jours une mission d'apparence anodine nous est parvenue. D'ordinaire, je lis chaque requête avant qu'elles ne soient affichées au tableau, m'assurant ainsi de leur conformité et de leur provenance. Or cette fois-ci la quête en question a été placardée sans mon accord. »
Le ton traduisait le trouble. À travers ce parlé l'enflammé y perçut l'anormal du fait. L'essentiel n'était pas même encore divulgué que déjà ça sonnait mal à ses oreilles. Des détails certes mais non superflus ; ils annonçaient la couleur.
« Quand je pris connaissance de la mission, je me renseigna à son sujet. Et c'est là que je compris sa trompeuse banalité. »
À la dernière phrase se joint un poids dans les mots ; désagréable, beaucoup trop caverneux. Ces lettres portaient en elle la mauvaise augure ; le mage au tempérament de feu n'aima pas ça, cette odeur malsaine grignotant l'air.
« J'ai appris que les mages ayant commencé la quête sont morts ; tous. Mais ce n'est pas tout : des enfants ont également été tués. »
Les paroles coulaient avec une teneur incroyablement maîtrisée. L'émotion toutefois ne demeura pas manquante. Au contraire, celle-ci débordait par ce langage du corps et du verbal : le faciès, étiré en une grimace raide. La pupille, maquillant une sourde hostilité. Et la voix, entortillée dans un entre-deux opposé : retenue et transparence du ressenti ; fascinante maturité. Un impressionnant équilibre de l'être et de l'agir que ne possédait pas l'enfant dragon. Non ; nulle contenue, pour lui. Seulement une colère, noire. Il crispait les poings ; ses muscles enflaient. Il serrait les dents ; son sang bouillait.
Son regard se fit porteur de haine et de vengeance. Il insupportait ; cette cruauté.
« Il semblerait que ce soit l'œuvre d'un groupe et non d'un seul Homme. Il y a très peu d'informations sur eux : la totalité des victimes, leur but, leur nombre exacte, l'utilisation ou non de magie. La seule chose que l'on sait est qu'ils perpétuent ces meurtres depuis maintenant plusieurs années. Ils ne tuent pas en masse et se déplacent continuellement, se rendant ainsi intraçables.
— Comment le lien a-t-il été fait entre ces différents assassinats ? souleva la femme la plus forte de Fairy Tail.
— Sur le corps de chaque enfant un même symbole est présent. Je ne sais pas quelle forme il a ni à quoi il ressemble mais c'est pour l'instant le seul élément commun à tous ces gamins morts.
— Et en ce qui concerne les mages ? Ils ne possèdent pas cette marque ? poursuivit cette dernière.
— Non. »
Au fur et à mesure des précisions délivrées, l'atmosphère se chargeait. L'oxygène devenait lourd, presque difficile à inhaler. Un sentiment incommode se tassait. Quelque chose restait en travers de la gorge. Aversion. Incompréhension. Désolation. Ça ne descendait pas ; ça gonflait. Tout se mélangeait, se percutait ; véritable tourbillon d'affects qui perçait leur âme. L'émoi de chacun transpirait et s'étendait jusque sur la chair des autres.
« Je vous ai convoqués car en fin de matinée j'ai appris que cette mission avait été prise par deux de nos membres.
— Qui ? demanda la stellaire d'une évidente inquiétude.
— Grey et Jubia. »
Aussitôt l'alphabet déployé, Natsu monta à ébullition sa fureur décousue ; tension souveraine qui pressa entière son anatomie.
« Je veux que vous les rejoignez sur-le-champ et que vous dénouez toute cette histoire.
— Sois en sûr le vieux, je les ferai payer. »
La voix frappait avec la dureté de l'acier. Plus qu'une colère, de la rage. Plus qu'une parole, un serment.
Son regard transperçait ; il brûlait d'un feu vif et dangereux.
La vendetta sonnait.
Sans pitié(e).
Sans humanité(e).
Il les massacrerait.
Jusqu'au dernier.
On finit avec une touche beaucoup plus sérieuse que le début… Na mais qu'est-ce donc que cette foutue mission de merde, je vous l'demande !? Moi je sais, hi hi – ouais c'est très con mon attitude mais j'aime ça et vous le savez, qu'on ne se refait pas. En tout cas, pour une fois, ça a été relativement « simple » à écrire, ce chapitre. Se mettre dans la peau de Natsu est assez plaisant ; c'était fun.
Le prochain chapitre vous sera livré dans le week-end du 28-30 mars – oui oui, vous lisez parfaitement bien : il y a trois semaines d'attente mais je peux vous assurer que vous allez pas attendre pour rien, ô que non !
Encore merci à vous, cocos et cocottes que vous êtes pour avoir parcouru ce cinquième bout du récit ! J'espère que ça ne vous a pas trop ennuyé et que le tout a demeuré plaisant.
Bonnes semaines et lecture, voire écriture pour certain(e)s !
