Holà !
Enfin, je poste ce fameux chapitre 6. Ça fait huit à neuf mois qu'il est écrit et que je n'ai cessé d'être impatiente de vous le montrer car il demeure l'un de mes chapitres préférés – et l'un de mes plus fastidieux, chieurs et longs chapitres à écrire, soit dit en passant…
Une fois encore, j'ai mis des liens (pour pas se prendre le choux, ou juste toujours un peu : cliquez sur mon profil, sur le lien vers fanfic-fr puis sur la fic et chapitre correspondants). Mais cette fois, je place ces derniers en haut et non en bas et ce pour une raison bien particulière que vous comprendrez à la fin de votre lecture.
Je ne m'attarde pas plus et vous laisse parcourir ce copieux chapitre ; bonne lecture !
(1) : http(deux points)/www(point)google(point)fr/imgres?hl=fr&sa=X&tbo=d&biw=1280&bih=861&tbm=isch&tbnid=pGJXptyo4kLMLM:&imgrefurl=http(deux points)/wow(point)mondespersistants(point)com/voyage-en-azeroth-un-road-trip-hors-du-temps-partie-2-:article-925,3/&docid=e_Ry_XEFCGJxbM&imgurl= images/screenshots/World_of_ &w=1336&h=835&ei=ZDf0ULKkEofB0gWmjoE4&zoom=1&iact=hc&vpx=12&vpy=536&dur=579&hovh=130&hovw=204&tx=102&ty=77&sig=106858229970991245692&page=2&tbnh=130&tbnw=204&start=30&ndsp=39&ved=1t:429,r:36,s:0,i:196 Un lien – encore, eh ouais on se refait pas – pour que vous voyez à quoi ressemble cette dite arène.
(2) : http(deux points)/www(point)google(point)fr/imgres?imgurl=http%3A%2F% %2Fka7aXOB0NnPQ1iCvv_ &imgrefurl=http%3A%2F% .com%2Fmontures-c283837%2F9&h=274&w=330&tbnid=yb_gDjcuvGmj9M%3A&zoom=1&docid=abcDxHpEmGKJVM&ei=jLA1U8bMBcGb0QXV2IHgCw&tbm=isch&iact=rc&dur=406&page=6&start=100&ndsp=16&ved=0CB4QrQMwCDhk J'peux pas m'en empêcher… En tout cas, là, vous êtes fixés sur mes sources d'inspirations environnementales. Pourquoi donc ma caboche de pauvre blondasse irait se casser le cul à imaginer des décors et autres objets alors que j'ai déjà tout ça à portée de main ? Na mais sans déconner ! Faut être opportuniste dans la vie et ce d'autant plus en écriture ! Faites comme moi, choisissez la facilité, ça n'a que du bon – j'vous assure.
(3) : http(deux points)/zupimages(point) ?id=14/13/b5r8(point)jpg J'ai tenté de dessiner le symbole mais rien à faire, j'suis une vraie brêle donc ben j'm'emmerde pas et vais chercher des images cent fois plus parlantes que mes pauvres esquisses toutes pourries. En revanche, le mélange du jaune avec le noir a été fait par mes soins et j'avoue que je me suis arrachée les cheveux à faire un truc assez propre. Ces teintes ne sont pas anodines, elles ont un sens particulier mais malheureusement pour vous va falloir attendre avant que vous ne compreniez leur symbolisme. Hé ouais je fais chier mais c'est tout moi ça.
6
« Tout va bien mon enfant ? »
La réplique, soucieuse, n'était pas à son adresse. Tout comme la vue qui se pointa à sa gauche. Il ne demeurait plus le point de fixation. Sa partenaire tira jusqu'à elle l'attention, celle du prêtre et la sienne. À peine les syllabes s'échappèrent de la gorge que l'œil se posa en parfait réflexe sur la mage d'eau. Sa prunelle courait après le vide ; elle ne regardait rien. Plus étrange encore : par-dessus le visage se collait un calque incolore. Les couleurs du ressenti n'apparaissaient pas, comme si tout émotion avait été aspirée. Dans un autre part inatteignable les sentiments filaient. La jeune femme n'était pas là, avec eux. La présence bougeait ailleurs, loin de l'ici, comme si l'âme s'était déplacée hors d'elle.
Il la scrutait, sourcils et front plissés en une expression intriguée. Le silence galopait tout autour. Toujours cet air d'égarée les traits l'orpheline composaient. La question jouait l'irréel ; elle ne la percevait pas, pas plus que leur existence d'homme. Aucun ne parvenait à dénouer cette attache invisible qui la retenait captive dans l'inaccessible.
« Jubia ? »
Sauf lui, éternellement lui ; qui provoquait en son être et en sa chair une réaction. Qu'importait l'acte ou l'oral déployait. Il l'atteignait, toujours.
L'appel dont l'inquiétude décorait les lettres fit réagir la prétendue rôdeuse : elle le fixa, lui et lui seul. Son masque du sentiment mort s'arracha. À la place s'y installèrent des fragments de l'émoi. Plusieurs passèrent puis s'en allèrent sans guère plus s'exhiber. Juste de passage ; des imperceptibles. L'un d'entre eux cependant resta l'immortel : la tristesse, si ancrée qu'elle paraissait ronger l'orbe de l'intérieur. Une sorte de marque au fer rouge ; trace impérissable à jamais présente et lancinante.
« Ça va ? demanda-t-il d'une réelle préoccupation, sa voix conjuguée au sérieux du regard.
— O-oui, formula celle-ci, la réponse oscillant entre incertitude et atonie.
— Vous êtes sûre ? renchérit l'homme d'église peu convaincu quant à l'affirmative du propos.
— Jubia va bien. Elle était juste trop plongée dans ses pensées, ne vous en faites pas. », assura-t-elle cette fois-ci avec plus de conviction.
Le modeleur de glace laissa vagabonder une dernière fois ses yeux sur l'amoureuse avant d'à nouveau scruter le premier interrogé.
« Merci pour les infos. Si on a quoi que ce soit sur les gosses, on vous préviendra.
— Entendu.
— Au revoir mon père, salua la mère des eaux.
— Que Dieu apporte sur vous son souffle divin de vie et de lumière. »
Ils le quittèrent et entamèrent la marche vers l'auberge. Le ballet formé par les gaietés enfantines ne répandait plus cet écho rieur. La meute de bambins ne balayait plus de son énergie volcanique le sable des rues. Plus de galop ni de tumulte d'existence. L'être ne courrait plus après la vie ; il dormait. Il n'y avait plus que les commerçants et autres adultes qui chantaient l'air du mouvement : certains habillaient leur atelier du manteau non fonctionnel du crépuscule, quelques uns à l'inverse veillaient à sauvegarder au plus près l'ordre spartiate de leur stand tandis que la plupart errait en toute normalité sans se montrer. Les bruits du vivre flottaient sans pour autant casser l'arc de quiétude. L'ouïe se complaisait du creux sonore des alentours.
Un vent flegme coulait sur sa peau dégarnie. Sa fraîcheur bien qu'éphémère le galvanisa. Il aimait ce froid ; froid du temps, froid environnant ; un froid de l'intime. Ce n'était pas juste et seulement l'un de ces éléments infinis de Mère Nature ; non. C'était une brique de son rempart identitaire. Tous deux se façonnaient, s'imprégnaient de l'autre. Plus qu'une singularité : une soudure. Ils s'appartenaient. Chacun demeurait libre et à la fois prisonnier de cette emprise unitaire ; ils se construisaient, ensemble.
Le pas lent, Grey enfonçait sa vision dans cet étendu haut perché. Le gris de l'après-midi permutait avec l'opacité du soir. Celui-ci habillait d'une lumière claire de nuit le paysage. L'obscurité toute gloutonne n'engloutissait pas encore l'horizon. La cité pourtant sortait sa tenue d'éclairage : les chemins dévoilaient leur contour alors que les habitations se retiraient dans la solitude de cette pénombre. Ce décor si peu remué lui rappela cette sensation de ville morte qui l'agrippa lors de leur arrivée. Le jour n'était pas même totalement noirci que déjà Kinsa plongeait dans un gouffre d'inactivité. C'est bien ce que j'disais, c'est une ville de paumés.
« Qu'est-ce que le prêtre a dit de plus ? »
Cette soudaine prise de parole retira les prunelles du ciel et guida ces dernières jusqu'à sa coéquipière. La question bien que banale ne suscita pas chez l'exhibitionniste d'indifférence. Au-delà de l'interrogation se dévoilait le trouble, véritable, dans lequel fut noyé l'invocatrice des mers ; bizarre. Elle qui d'ordinaire restait inflexiblement connectée à l'environ pour mieux saisir opportunités et confidences c'était tout à coup décrochée du réel ; ça l'interpellait. Il ne parvenait pas à classer l'attitude de la bleue dans la futilité ou la loufoquerie. Pas plus qu'il n'arrivait à considérer un tel comportement comme sans importance. Inexplicable, le maître des flocons avait cet étrange besoin à s'attarder sur un pareil agir dont habituellement il aurait ignoré l'origine.
« T'étais à c'point ailleurs ? »
Jubia était une mage à la personnalité plombée de folie et de surprise – pour ne pas dire autre chose. Aussi imprévisible que ce bouffon de Salamander. Il ne savait pas sur quel pied danser avec elle, ni même par quel bout la prendre. Une girouette, valsant au gré de ses affects. Lui fonctionnait à l'envers ; un terre-à-terre. Souvent l'incompréhension, mêlée à un certain recul, l'empoignait quant aux actes parfois si explicitement débridés de la fille pluviale. Il ne chercha pas à comprendre ou à percer cette coque d'individualité ; nulle utilité. Et à vrai dire, il n'aimait pas ça ; gratter, déterrer les choses, en particulier s'il était question d'elle ; d'eux. Nulle envie de lever le voile, or tout l'inverse de sa logique le roi du nu jouait : non plus le détachement mais l'investissement du pourquoi. Elle désarticulait sa mécanique du désintérêt. Aucune idée ne clignotait dans son esprit quant aux explications de sa propre conduite. Peut-être à cause du scintillement éteint de la prunelle. Peut-être à cause de cet état figé, flottant hors de l'ici et dans l'ailleurs. Peut-être à cause de sa méconnaissance, totale, sur elle et sa nature insolite. Un brouillard. L'unique chose qui demeurait certaine était cette soif irrépressible d'hisser le rideau où, derrière, paradaient les réponses à ses interrogations.
Cette fois-ci, il désirait savoir.
« Hm. »
Dans l'insensibilité elle affirmait. Une fuite de clarté serpentait le long du mot. À nouveau le regard s'isolait dans cette évasion du loin. Celle manipulant les flots n'avait guère l'intention de se découvrir du drap nébuleux qui enveloppait ses pensées. Elle se terrait, s'enfonçait dans son silence retiré. Bien que la curiosité restait insatiable, l'artiste des neiges la laissa l'écarter. À quoi bon forcer ? La reine des eaux ne souhaitait guère se livrer, même à lui. Soit. Il respectait ce choix. Inciter à dire ce qui ne voulait être dit ne l'intéressait pas. Tant pis. Pas grave. Une prochaine fois.
« L'enlèvement s'est passé au milieu d'la nuit, y a d'ça deux mois à peu près. Ce sont les cris du gamin qui ont alerté le prêtre ; il a eu tout juste le temps d'voir la silhouette du kidnappeur. Il affirme par contre que l'enfant était prisonnier par des espèces de ronces et que quand il a tenté de les poursuivre, y a un immense mur de plantes qui s'est tout à coup dressé devant lui.
— Un mur de plantes ? répéta l'ex-membre des Phantoms, interdite. Ça voudrait dire qu'on a affaire à un mage ?
— Va savoir. Mais pour sûr que c'était d'la magie car j'vois pas par quel autre moyen ce connard aurait pu faire pousser autant d'herbe en même pas cinq minutes. »
En même temps que le discours et la déambulation coulaient, l'œil du brun fut attiré par un drôle de « bâtiment ». À plusieurs mètres à droite trônait une imposante et excentrique arène. Cette dernière disposait en guise de contours d'une quantité notable de poutres boisées. Entre chacune d'elle un épais grillage s'imbriquait. Au-dessus de cette forteresse de sable se surplombait un toit percé d'ouvertures. En effet, son haut se constituait de ces mêmes charpentes et treillis qui se raccordaient aux bordures. La différence avec le bas ? Beaucoup moins de poutrelles, plus de grille de fer. Les trous étaient en masses, donnant ainsi une impression d'espace. Ironique paradoxe : c'était une cage (1) ; une prison qui une fois détenant l'affranchi dans son antre avalait tout entière cette précieuse liberté d'agir.
Face à cette vision qui l'absorbait, le maître glacier plissa les yeux. Nombreux habitants, femmes et hommes, s'attroupaient autour. La foule bien que ridicule se faisait remarquer ; doux euphémisme. Ses partisans rugissaient, endiablés. Le plus grand nombre s'agrippait sur le grillage puis s'y secouait tels des déments. Leurs agitations retentissaient d'une fougue consternante. Et tandis que le corps expulsait tout autant que composait la sauvagerie de l'émotion, la voix claquait, déchaînée. Leurs clameurs foudroyaient l'atmosphère ; un tonnerre de cris. L'œil une fois happé, une image bondissait de l'imaginaire : des fauves animés par la pulsion brute et vive de la lutte. Des branques ouais.
Un discret sourire fendit ses lèvres.
Il avait eu tord, encore. L'action défilait, hurlait juste là. Il suffisait d'ouvrir plus grand et plus loin ses mirettes. Facile ; sauf pour lui, si vif de jugement, si cantonné à l'impression première. Sale manie que de congeler l'esprit à un champ de vue aussi peu varié et étendu. À trop tourbillonner sur place, tout l'à côté disparaissait. C'était pourtant le plus surprenant, ce reste environnant. Fallait juste arrêter cette toupie d'égocentrisme. Ainsi des choses inattendues se révélaient ; comme cette arène, bestiale ; part attractive et dynamique de Kinsa.
De la baston, pure et dure.
« … -sama ! »
La proclamation, semblable à l'intonation de l'impatience, ramena son attention auprès de sa partenaire. Cet air quelque peu froissé lui intima que sa distraction lui avait fait zappé quelque chose.
« De quoi ? Tu m'parles ? demanda-t-il, paumé.
— Oui, attesta celle-ci avec une pointe de fatigue dans les vocables. Jubia était en train de proposer qu'on aille tous les deux se balader à travers la cité. »
La phrase cascadait en toute limpidité. Pas de cafouillages ; sa timidité ne transpirait pas. La rougeur cependant grignotait les fossettes féminines. Amusant c'était de voir les joues teintes en coquelicot alors que le timbre se bombait d'audace et d'ardeur. Une cuisante détermination nichant en son œil. Pourtant, le disciple d'Ul vêtit son masque de marbre ; pas tout à fait. La requête éveilla de ses bas-fonds émotionnels une remontée d'agitation. Être seuls, à deux, rien qu'eux. Une indescriptible gêne l'engluait quant à cette projection. Constituer un binôme pour une mission, aucun souci. L'incertitude ni même l'embarras ne le chatouillaient, du tout. Au contraire, il appréciait, dégustait cet avide partage de l'action ; un contexte chéri et usuel. Or, là, c'était tout autre chose. Un rendez-vous ; voilà de quoi il en retournait. Rien que le nom lui décrochait un frisson. Il ne voulait pas ; être tous les deux, dans ce contexte. Ça le dérangeait, comme si un malaise omnipotent l'étranglait. Plus troublant encore subsistait : pourquoi éprouver des sentiments aussi contraignants à l'égard d'un truc aussi niais et futile ? Là demeurait la réelle question.
L'intérieur remuait mais l'extérieur gelait ; le mage aux cheveux de jais ne laissait rien paraître. Le bouillon du ressenti jamais ne remonta par quelques pores que ce soit à la surface.
De glace il resta.
« Ce s'ra sans moi. »
Dans ces mots s'entortillait à la fois un ton dur et naturel ; une sorte de nonchalance maîtrisée. À l'annonce une ombre de regard il posa sur elle ; si brève, si volatile. Des miettes de secondes suintèrent avant que ne s'enchaîne un autre message ; pour mieux fuir ; pour mieux se dérober. Ainsi sa vue n'admirait ces traits féminins se tordre en une grimace laide de désillusion. Ainsi la culpabilité ne l'embrassait de ses baisers pourris.
« J'vais aller m'faire quelques mâchoires, indiqua le dénudé. J'te rejoindrai à l'auberge plus tard. »
Sa décision plantée, il s'éloigna. Seulement, la marche fut de courte durée. Quelques pas, à peine, que déjà ses jambes l'immobilisèrent : la jeune femme barrait la route. Celle-ci se dressait, droite, devant lui. Il fut décontenancé, non par le geste mais par son regard, abyssal ; il clouait. Un poignard qui transperçait jusque dans la profondeur du coeur. De ses pupilles irradiait cette flamme gloutonne et inoxydable de résolution. Aussi enfiévrée et démesurée que celle crachait par Natsu Dragneel.
Fascinant.
Il plongeait sans résistance ni conscience dans ce puit céruléen. Elle le tenait, l'écrouait dans ses filets.
Il se laissa faire ; un pantin. Il se laissa tomber ; un envoûté. Il se noya ; en elle.
Grisant.
« Si Grey-sama croit une seconde que Jubia va laisser passer l'occasion de le voir suer et se battre tel un vrai sauvage, c'est qu'il n'a rien compris à Jubia. Pour rien au monde ses yeux ne manqueraient une chose aussi excitante. »
Aucune hésitation. Tranchante tel un sabre. Les lettres érigeaient la crue des désirs. Complètement déconcertant(e). Une sensualité tout à fait intentionnelle glissait dans cet alphabet. Sur sa chair masculine cette dernière ondoyait ; le mordant, le piquant. Sa voix épicurienne, trempée à l'éclat animal de ses prunelles, injectait en ses veines de mâle en rut une chaleur terriblement agréable. Ça bouillait ; c'était incontrôlable. Impossible d'être hermétique, insensible à ça ; ces paroles, cette liberté ahurissante des pensées. Une bousculade insensée l'écrasait ; comme une ébullition. De partout accouraient des stimulations insoupçonnées. Effrayant ; mais surtout embrasant.
Il n'était plus ce miroir au reflet gelé.
Non.
Elle l'attisait, le consumait d'un feu nouveau et incommodant.
Un tourbillon intempestif envahissait âme et corps. Et il n'aimait pas ça, du tout ; être comme ça, vulnérable, réceptif à ce genre de choses. Sa tonalité, cousue de boutons sucrés. Son intrépidité, renversante. Son caractère passionné, dégrafé de l'inhibition morale. Tout elle qui réveillait en lui des pulsions enfouies dans la fosse du déni. Il n'y avait plus de camisole ; pour ensevelir ; pour (se) protéger.
Elle le détraquait.
Et ô combien ça le dérangeait.
« Fais comme tu veux. », lança-t-il d'un dédain voulu naturel et pourtant surfait.
À sa prétendue désinvolture se joignit la reprise du parcours. De nouveau il avança tandis qu'à l'arrière une empreinte souriante étirait un visage dans une expression de délice. Au fur et à mesure de leur avancée, une huée d'ovations et de chicanes crevait autant l'ouïe que l'oxygène. Les jurons fusaient puis pétaient en tout sens. Un véritable feu d'artifice des cordes vocales. Plus proche, l'Ice Maker put goûter à la gerbe d'hémoglobine. Aussi bien l'éther que les grains du sol furent maquillés de cette pétante craie ; mais ce n'était que du dérisoire comparé à ces souillures décorant l'anatomie. D'ailleurs, une prodigieuse teinte de sang maculait la peau de celui qui à l'instant venait d'être propulsé contre les barreaux de fer. Collision foudroyante qui fit s'écrouler le corps de tout son poids. À la vue de tous s'exposait la file indienne des hématomes – bleus, violets et marrons timides. Un arc-en-ciel de douleur. Autour séchaient plusieurs tâches dont le vermeil, flamboyant et âpre, se mixait à la terre pâteuse et sableuse. Quant au faciès, un cocard fraîchement coloré entourait l'œil droit. De la bouche détalaient les lamentations du physique, symbole sonore traduisant l'état laminé du vaincu.
Sacrée branlée.
« Et un de plus envoyé au tapis ! C'est la tournante des perdants ce soir ! »
Tout à son aise, un homme entra dans le terrier de la rixe. Bien que trapu et court sur pattes, son langage captait la masse. L'accent s'enduisait d'une intensité éclatante. Quelques mots, à la hauteur perçante, qui échauffaient les esprits. Ses prunelles lancées sur l'assemblée pétillaient d'ardeur. Il scandait, exalté. Et ça marchait. La foule écoutait, sage comme une image, ce bon parleur aviver leur ivresse des pugilats.
« Et pourtant je sais que parmi vous se trouve un farouche et passionné combattant ! Réveillez votre soif de coups, votre soif de vaincre ! Venez frapper, briser, massacrer ce tas de muscles ! tonna celui-ci en levant le bras du victorieux alors que le perdant se faisait jeter hors de l'arène. Qui sera notre prochain fou !? Qui donc a le sang assez chaud pour défier Le Colosse !? continua-t-il à versifier de cette émoustillante élocution.
— Moi. », proclama une voix dont l'assurance crépitait près d'une fébrilité juste dosée.
Grey s'avança, le public acclama.
« Voici donc notre fiévreux challenger ! ponctua l'orateur aussi enflammé que les spectateurs. Je rappelle que c'est un duel au corps à corps donc pas de magie. Si l'un d'entre de vous s'y essaye, bien mal lui en fera, avisa-t-il en pointant son doigt sur un appareil électronique situé au-dessus d'eux. Vous avez là un redoutable dispositif qui envoie de puissantes décharges électriques à quiconque usant de pouvoirs. »
Tandis que les règles flottaient jusqu'à son sens de l'audition, le créateur des glaces chemina vers le centre du terrain. L'œil parcoura la physionomie adverse. Seule la nudité du torse demeurait leur point commun. Des pieds à la tête la dissemblance débordait. Tout le contraire du gringalet, le guérillero façonnait sa morphologie en une plastique athlétique. Pectoraux, ventre, cou, bras et épaules sculptés dans du herculéen. Gros sans excès. Bien en chair. Une corpulence redoutable, aussi gonflée qu'une montgolfière. Sa carrure en imposait, voire intimidait. Celle-ci toutefois n'était guère l'unique à s'ériger en statue à la grandeur impressionnante. L'inflexibilité toute modelée accoutrait les traits. Deux ventrus et gras sourcils se pliaient avec une désagréable férocité. Le globe oculaire chatoyait d'une hostilité apprivoisée ; pupilles fixant sans détour. Une fois son coquillard cloué dans le regard, l'austérité bordait l'esprit, le provoquant, l'agressant. Un nez grossier trônait au milieu, l'air supérieur gravé sur la figure. La touche finale du crâne chauve enjolivait un peu plus cette moulure d'antipathique.
Le cliché même du gros tas de muscles ; il portait bien son nom.
« Nous voulons voir du poing et seulement du poing : pas de coup bas ni l'utilisation d'une quelconque arme que ce soit, avertit le rhéteur. Eh bien je crois que tout est dit ! Faites nous hurler, faites-nous vibrer ! »
Des cieux bondirent de nouveau une rafale monstrueuse de clameurs. Ces rugissements, animales, l'ébouillantaient. La pompe cardiaque battait d'un mouvement agité, une brûlante sensation grimpant l'échine ; l'adrénaline piquait. Il adorait ; ce sentiment vif, fougueux et superbement débordant empaler tout entière sa pulpe corporelle. Déjà ses membres montaient en excitation. Déjà le fleuve veineux transfusait en abondance la lave en fusion. Déjà la bille clinquante flamboyait d'un insoutenable appétit d'empoignades.
« Que le plus féroce gagne ! », proclama le discoureur en s'écartant des deux antagonistes.
Le signal donné, le féru du givre n'attendit guère d'invitation de la part de son rival : il envoya recta un direct du droit. Jamais ce dernier n'atteignit sa cible ; il fut bloqué avec tout autant de vélocité. Grey n'eut cependant guère le temps d'apprécier la maîtrise du geste puisque la contre-attaque surgit sur-le-champ. L'uppercut percuta de plein fouet sous le menton ; la douleur éclata. Furieuse frappe qui propulsa à quelques piteux mètres le naturiste. La boussole des sens désorientée, le brun ne se releva pas de suite mais orienta juste au bon moment son regard : sur lui fonçait un crochet déjanté. Juste un coup d'œil et son corps esquiva d'une rapidité sans nom sur le côté gauche. Tout aussi promptement les jambes le mirent sur pied et avant même que l'agresseur ne se retourne, l'homme caleçon envoya avec toute la rage du cœur un coup de poing dans les côtes. La riposte décrocha un râle perçant qui selon le parti pris de l'assistance fut reçut avec extase pour les uns et avec hargne pour les autres. Acclamations et récriassions pullulaient main dans la main. Entre ces mugissements antinomiques parvenaient malgré tout à se glisser des fanatiques et ô combien distincts « GREY-SAMA ! ». Bien qu'il ne pouvait la voir, le mage imaginait d'une netteté prodigieuse la passion gicler de ces yeux pastelles. Rien que dans sa tonalité scellée de mille feux il y ressentait toute la puissance de ses éloges. Elle le stimulait comme nul autre ne savait le faire. Elle lui prodiguait une faim irraisonnable d'exceller. Gagner pour l'ovation et pour l'ego. Gagner avec panache et avec éclat.
Gagner pour lui, mais surtout gagner pour elle ; pour qu'elle l'admire encore plus, toujours plus.
Un sourire, terriblement enjôleur, pondit du bout des lèvres.
Il gagnerait, à coup sûr.
Furibard, son opposant fit volte-face puis chargea tel le bœuf des plaines indomptées. L'émérite du froid joua son pas de côté et évita in extremis l'auréole d'agressivité qui ornait l'attaque. L'offenseur se trouva alors sans défense et le mâle dépourvu de tenues happa cette fleurissante occasion : il s'élança, la vitesse déployée à son maximum, en quête d'à nouveau infliger cette délirante ecchymose sur le dos ; bien mal lui en prit. Le Colosse fit briller son anticipation par l'exécution d'une parfaite parade. Ce dernier se retourna d'un coup, lui saisit l'avant bras puis projeta son captif en avant et ce d'une extrême virulence. Le choc, fracassant, fut tel que l'exhibitionniste expira un guttural gémissement ; de goûteux globules rouges envahirent son palé. Le mal résonna dans toute sa fibre cellulaire, la déchirant.
« Tu ne m'auras pas deux fois avec la même technique. Je ne suis pas si idiot... »
L'intonation sifflait le mépris. Qu'importait la lourdeur de sa morgue, elle demeurait la sourde ; celle non considérée. Les nerfs du cogné étaient tiraillés par bien d'autres stimulations. Comme cet amalgame profondément assourdissant des braillements courroucés et conquis. Comme ces exclamations effrénées et si porteuses d'inquiétude de l'amoureuse transie. Comme ce serpent de douleur dont le venin glanait la vigueur des organes de combat.
Il l'avait foutrement touché, le con.
« Toi par contre tu l'es. »
Guère de réaction n'éclos. Encore un cracha gobé par l'ignorance ; une attitude loin de l'appréciation attendue. Cette passivité complètement exaspérante gonfla dans l'instant l'intention d'en finir – pour de bon.
« Crève pauvre larve ! annonça hors de lui le géant en brandissant haut ses poings.
— GREY ! »
Ce cri, expulsé avec une violence ahurissante, voire inhumaine, du cratère volcanique des émotions figea pendant une seconde le mouvement. Une seconde durant laquelle la stupéfaction décomposa la frénésie du faciès. Une seconde pendant laquelle la surprise gangrena le mal rongeur en laissant place à l'instinctif.
Une seconde de trop.
Une seconde de bienvenue.
Le coup s'abattit. Sa victime ? Le sol salis du fluide grenat. Pas d'agonie. Une esquive, excessive, agile, gracile. L'Ice Maker roula d'une célérité à s'en lacérer les tissus sur son flanc droit. Dans la seconde suivante le corps perça l'air de son bond musculaire. Il ne réfléchit pas ; la sauvegarde imbibée par la furie commanda l'agir.
Il fondit comme jamais il n'avait fondis de toute sa vie.
« PREND ÇA ! »
Le crochet explosa la mâchoire. De l'hémoglobine s'éjecta. L'inconscience s'invita.
Le Colosse tomba.
Les beuglements se turent. Un silence enveloppant papillonna ; majestueuse et écrasante mort du son. Seule la saccade abusive d'une respiration trouait cette bulle inviolable du dénouement.
La finitude ; du sang, des coups.
Une victoire, une seule.
La sienne.
« VOICI NOTRE CONQUÉRANT ! », vociféra à pleins poumons l'orateur en soulevant fougueusement le bras du lauréat.
À ce geste se fit l'écho strident de la foule qui glorifiait. Cette tempête auditive le poignarda sans contrefaçon. Il demeura seul, enraciné dans le temps. L'émotion dansait ; et tournait, tournait violement. Ses mouvements, incoercibles, jaillissaient d'incandescence. Ça traversait, transperçait de partout ; tout, presque tout. Son rythme éclaboussait, survolté. Des battements déchaînés et lénifiants tambourinaient. Chacun y déversait son grain de sensation. Un torrent exquis, galvanisant se cassa en lui. Goutte à goutte, un délicat poison de fièvre longeait avec une certaine complaisance dans la rivière des globules rouges. Grey bouillonnait ; de ferveur, de conquête.
Il avait gagné ; lui et seulement lui.
Sa prunelle se perdit dans la cohue. À la dérive celle-ci fouilla. Quelqu'un il chercha. Ce quelqu'un dont les yeux rôtissaient de mille feux. Une fois calciné par cette rutilante lueur, il ne put s'y décoller. Aimanté. Aspiré ; par cette ronde fabuleuse et tant prisé d'émerveillement ; pour lui ; juste lui. L'autour s'effaçait. Il n'y avait plus qu'elle. Et lui ; eux. Un vide à deux. Prisonnier d'elle, de son emprise incomprise et permise.
L'excitation le mordait. Son cœur, déréglé, palpitait au gré de la démesure.
Il brisa cet échange obsédant. Fallait arrêter, de suite ; ce manège, cette capture beaucoup trop admise. Comme un rien elle l'attrapait. Pitoyable novice qui s'y laissait prendre.
Plusieurs autres combats suivirent ; des faciles, des futiles, des pénibles. La gagnante ne vint toutefois pas l'avaler à chaque fois ; qu'importait. Un plaisir démentiel il prenait ; à cogner, à exploser nombreuses dents. À la mi-nuitée le surmenage s'affala sur les épaules et marqua l'arrêt de la rouste. Sa sortie fut accompagnée d'une poussée d'applaudissements. Malgré que la masse s'était à mesure des mêlées morcelait, cette dernière toujours demeura endiablée pour ses champions et ses renversés. Il avait fait impression et ce pour nombre de spectateurs.
Éreinté, le cogneur se traîna tel l'indolent enchaîné à un boulet. Les coups déversés en cascade n'entaillèrent pas outre mesure les muscles. Bien sûr l'affliction jouait du tambour mais sa réverbération restait plus ou moins pondérée. Dans plusieurs heures ses graves et ses aigus égosilleront avec plus de stimulus leurs notes douloureuses – nul doute là-dessus. L'engourdissement signalera son action tyrannique mais pour l'instant, ça allait ; rien d'insurmontable. En revanche l'épuisement ne cessait de l'enrouler toujours plus dans son duvet. Il le bordait, lui murmurait des sommeils envieux. Comment repousser ? Après tant d'efforts et d'acharnement. Ce souffle du rêve lui berçait la tête. Plus il résistait, plus l'harassement l'embrassait ; chaudement, délicieusement.
« C'était fantastique ! »
Sur son flanc droit la mage élémentaire suivait le rythme alangui de sa marche. Sa pupille virile fixait le paysage du devant et ce au mépris de la parole que lui déversait l'invocatrice des giboulées. L'oral suffisait à lui faire sentir la joie explosée et couvée qui en l'instant croquait bout par bout celle chevauchant la marée. Depuis leur départ de l'arène une aura monstrueuse de gaieté nimbait son verbe et ses gestes. Une pile électrique dans toute sa splendeur. Alors que pour lui l'énergie s'égouttait à mesure de leur progression, elle au contraire dégoulinait de vitalité. C'était un tantinet épuisant. L'esprit partait dans le coin reculé de la somnolence. La perception des alentours se nichait sous la brume.
Dormir, voilà tout ce qui comptait. Se pieuter, ça et seulement ça ; qui résonnait ; qui étreignait les pensées dans la volupté. Tout le reste devenait une silhouette inconsistante, sans présence ni importance.
Même elle, surtout elle.
« Jubia s'est régalée les yeux ! poursuivit sur son envolée d'excitée la bleutée. Grey-sama se bat comme un dieu !
— Hm, lâcha d'un mot presque inaudible le félicité pas du tout connecté à la conversation.
— C'était que du plaisir. »
La dernière phrase nouait en son alphabet une sérieuse sincérité avec une timidité à demi dénudée. Le sentiment confiné dans l'âme (re)sortait. Plus de masque ou de déguisement. Juste la trace dessiné du vermillon sur les fossettes. Une nudité du cœur, une partie du moins. Or le mage au corps d'apollon n'y prêta aucune attention, comme si le rien avait toujours paradé. Pas de réaction ; sa déambulation continuait, traînante. Les sens l'oubliaient ou plutôt l'immergeaient dans l'inintérêt. Qu'était-elle face à la fatigue harcelante ? Qu'une loque transparente ; l'insignifiant(e).
« Grey-sama ? s'enquit la jeune femme soucieuse de l'absence totale du brun.
— Quoi encore ? geignit celui-ci sans démanteler l'ennui des lettres. J'suis complètement crevé donc si on pouvait s'grouiller ce s'rait bien. Sauf que pour ça faut qu'on s'bouge, et c'est pas en jactant qu'on va y arriver. »
Au travers des paroles zigzaguait la critique. Le ton plaintif déroulait les sous-entendus. Sa lassitude, désinvolte, ne se cachait pas. L'exhibitionniste montrait à quel point la sollicitude fuyait. Il ne prit d'ailleurs pas la peine de se tourner vers sa partenaire ou même d'apposer sur elle un quelconque regard ; vers son unique et ultime but il cheminait. L'attitude en tout cas eut l'effet escompté puisque l'enthousiasme tout autant que la parlante se pétrifièrent. Dans un froid et triste silence ils avancèrent jusqu'à l'auberge. Une fois arrivé, le maître des flocons sollicita une chambre et s'y engouffra sans attendre. Dès la porte franchie, le corps s'écroula de tout son poids sur le lit. Pas de déshabillage. L'esprit de suite succomba au délice du repos. Un somme sans rêve et profond dans lequel congelman plongea.
La nuit fut courte, quelques heures de torpeur mais cela suffit pour revitaliser les cellules. L'halo matinal de l'aube caressa. Sa duveteuse luminescence emmitoufla la chair, bousculant le drap dormeur. Le poids de l'être délicatement pesa à nouveau. Peu à peu la pensée se recomposa. D'un mouvement paresseux les prunelles se déplièrent puis s'imprégnèrent d'une luxueuse couche d'aurore. Plusieurs minutes s'effritèrent avant que les globes oculaires ne s'accoutument à l'agressivité du petit jour. Encore mou, Grey défit la fermeture de sa bouche d'un bâillement magnifique tandis que ses ligaments s'étirèrent. Son geste de suite ranima en toute cruauté les courbatures de la veille ; il grimaça.
« Argh, gémit celui-ci, ankylosé de partout. J'y suis pas allé d'main morte… »
Tout en se massant le cou, le mage remarqua les divers bleus tagués sur son buste.
« Bordel ! tonna le juron. J'me suis encore trimballé le torse à l'air ! Et je parie qu'j'sais même pas où j'ai mis cette foutue chemise à la con, comme d'hab'. », râla-t-il complètement désabusé de lui-même.
D'un soupir agacé, l'homme au poitrail dévêtu s'extirpa de sa couche et sortit. Il longea un vaste couloir, passa devant la pièce d'accueil – rendant au passage son salut à l'aubergiste – puis atterrit au dehors, un soleil de plomb lui aspergeant la vue. Une saine et grande bouffé d'air vint trouer de ses aiguillons revigorants la cage thoracique. Il faisait bon, frais. La bonne humeur déployée, le coursier de l'hiver parcoura du regard le panorama. Le tranquille dorlotait la cité. Les lèves tôt déjà brossaient le sable en quête de flânerie alors que quelques rares artisans finissaient d'installer leur commerce. Le bruit composait sa rythmique de l'harmonie où zéro clash du langage ne forait la stratosphère. Doucement Kinsa s'éveillait ; c'était plaisant, apaisant.
L'œil observant à la dérobée, un détail captura au lasso l'égard du mage créateur : plus en avant, à sa droite, sa coéquipière qui discutait avec l'anonyme était entourée par deux superbes bécanes (2). Situé à moins de deux mètres, l'artiste de la neige put contempler la bête : il y avait ce carénage intégralement manquant pour que soit prodiguer une jouissive sensation d'accélération et de maniabilité. Juste plus en dessous, de fins pots d'échappement, étirés jusqu'à l'arrière de l'engin et dont la multitude de trou accentuait la force sonore, gisaient. La position de conduite privilégiait le confort grâce à ces repose-pieds disposés en avant et à son siège qui calait le dos. Une colonne de direction, pour le moins surélevée, donnait une certaine hauteur au guidon. Il en était tout autre avec cette fourche cylindrée à la longueur raccourcie. Se pavanait également, fier de son exhibition toute nue, le moteur et ce chrome peu rutilant dont la dominance se faisait grappillée par les teintes du chaud. Une petite merveille comme on n'en faisait plus, en somme. Un pur bijou de mécanique qui pour la première fois s'offrait aux yeux enchantés de Grey. Ces machines à deux roues faisaient parler d'elles. À nombre reprise l'ouïe collecta des informations à leur propos, notamment sur leur apparition restée exceptionnelle. La différence avec ce maintenant ? La pupille contemplait en chair et en os, pour de vrai et ce pour l'unique fois. Il y avait là quelque chose d'infiniment palpitant. Une sorte d'invitation à la caresse, à la possession. Un joujou de technologie pour lequel nulle retenue de jouer ne subsistait. Tel le gamin fasciné, les sens voulaient palper, sentir, se saisir de l'instrument ; goûter tout entier.
Sans plus laisser le sablier du temps s'échapper, le distributeur de glaçons rejoignit l'amoureuse et l'inconnu.
« Bonjour Grey-sama, l'accueillit celle-ci, son intonation moins allègre qu'à l'habituel.
— Salut, lui répondit le nouveau venu, indifférent. C'est pour nous ces motos ? enchaîna-t-il fissa en prêtant soin au barbu.
— C'est ça. Beedle m'a chargé de vous les emmener mais ce ne sont pas de vulgaires motos comme vous dites, adressa le mécano avec dédain. Ce sont des GidBikes.
— Si vous voulez ouais. C'est quoi au juste ? sollicita le naturiste pas le moins du monde piqué par l'orgueil incompressible de l'habitant.
— Mais vous sortez d'où bon sang !? se déconcerta ce dernier en les dévisageant comme s'ils débarquaient d'une contrée aussi vieille et défraîchie que Mathusalem.
— De Fiore, répliqua la femme pluie d'une inappétence tout à fait exemplaire.
— Ah ok je vois le genre… »
Le sous-entendu que planta l'interlocuteur fit enfin réagir l'impassibilité du jeune homme. Cette dernière s'amputa ; le déplaisir la remplaça. Ça ne lui convenait pas, du tout, qu'une telle ombre de sentiments malvenus couve sa région. Qu'il continue ce nase et il va voir ce qu'il lui en coûte de mal penser sur ma terre natale…
« Bon ben je vous explique rapido : les GidBikes sont des véhicules conçus exprès pour le tourisme, c'est-à-dire qu'elles vous conduisent automatiquement à l'endroit sélectionné. Équipées d'un système de guidage ultra assisté et performant, vous n'avez rien à faire, juste à entrer le nom de votre destination. Les GidBikes s'occupent du reste. »
En totale commodité se pavanait la vanité. Ahurissant. C'était un libre accès à la fierté si bombée du soi ; il se sentait plus pisser oui ! Qu'est-ce qu'ils avaient tous ces habitants de Kinsa à jouir et à vomir pareil égocentrisme ? Hallucinant ça aussi. Faudra qu'il en jette deux mots à Gildarts tiens. Peut-être que c'était un fait inhérent au pays même de Seven, qui sait.
« Si Jubia comprend bien, on ne pourra pas conduire les motos mais… à quoi ça sert ? interrogea la mage éprise d'une réelle incompréhension quant à ce concept clamé – à tord ? – si ingénieux.
— Han, soupira d'un ennui profond le mécanicien. Faut tout leur dire à ces jeunes… »
Ça y est, la démangeaison fleurissait. Ça y est, il allait se le faire. Vil urticaire qui le prenait à désirer le décalquage en deux-deux de ce rachitique. Rabattre le caquet, que du bon. Mais il se retenait. Se contenir ; il le pouvait. Ses poings n'allaient pas composer leur frappante démonstration des coups à chaque fois qu'un connard l'ouvrait trop grand(e) – pour sûr que cela n'en finirait jamais. Fallait faire preuve d'un peu de (re)tenue, montrer qu'il était civilisé – à la différence de l'autre cerveau flambé. Pour tout ça et pour bien plus encore, Grey serra les molaires et laissa couler – pour cette fois du moins.
« Un tel véhicule, ça demande de la pratique. Tout le monde ne peut pas manier ce genre de bolide. D'autres modèles existent bien entendu mais ce sont des prototypes réservés pour les habitués et les qualifiés. Les GidBikes ont été créées spécialement pour les personnes qui ne sont pas aptes à manipuler une moto et qui tout à la fois désirent visiter en totale indépendance la ville. Vous voyez le principe ou faut que je vous fasse un dessin ?
— On se gardera bien d'une horreur pareille, affirma avec une fielleuse délectation le brun. Malgré tout ce charabia y a un truc qui cloche : si on a aucun moyen d'accélérer, de freiner ni de diriger le deux-roues, comment on fait s'il nous arrive un pépin ? On se laisse percuter p't'être ? Ou crever, tant qu'à faire, lança celui-ci d'un sarcasme bien senti.
— Vous croyez quoi ? Qu'on est aussi irresponsables et idiots que ça ? », rétorqua du tac au tac le citoyen, vexé.
Juste un peu trop ouais…
« Pour pallier ce risque nous avons disposé sur les véhicules deux boutons, clarifia-t-il en leur montrant où se trouver ces derniers. L'un pour freiner et l'autre pour immobiliser dans l'instant le véhicule.
— Mouais, marmonna peu convaincu l'esquimau. Ça reste quand même discutable, votre GidBike.
— Si ça vous convient pas, pas de problème. Je remballe et vous vous démerdez à parcourir trente kilomètres à pied en plein cagnas. À vous de voir. »
Ils se toisaient, l'œil mauvais. Chacun déversait dans l'orbe survolté de l'autre une décharge compulsive d'antipathie.
« Ces motos feront parfaitement l'affaire, n'est-ce pas, Grey-sama ? »
Une précision grossie, soulignée pour le dernier mot. De son expression orale en débordait une insistance loin de la docilité. Une obéissance maquillée qui fut confirmée lorsqu'il la fixa et qu'il y vit cet éclat rougeoyant de dissuasion. Elle l'avertissait de sa non soumission. Pas de collaboration, mal lui en fera. Le message était reçu cinq sur cinq.
« Ouais… », maugréa-t-il de sa mauvaise foi, le regard fuyard.
La réponse peinte à contrecoeur déclencha le soulèvement victorieux des lèvres féminines. La mère des flots remercia pour deux l'ingénieur qui lui remit clés et casques. Ce faisant, le disciple d'Ul s'empara de l'équipement puis commença à s'éloigner avec la bécane, sa partenaire toujours à l'arrière.
« Et vous avez tout intérêt à me les ramener dans l'état exact dans lequel vous les avez trouvées ! Sinon, je ne donne pas chair de votre peau ! », brailla le prêteur, ses traits ourlés d'austérité.
Cette mise en garde eut le don de figer net le brun tout en gonflant un peu plus sa doucereuse hostilité. Néanmoins, avant qu'un juron malfamé ne déchire l'air ambiant, sa partenaire vint temporiser.
« On avance Grey-sama. », lui soumit-elle, le doublant sans lui verser la moindre attention visuelle.
Il l'observa la dépasser mais ne la suivit guère. Dans l'esprit une pensée au dessein confirmé s'entêtait. Toi aussi mon coco, t'y manqueras pas… Durant quelques pittoresques secondes l'Ice Maker enracina ses jambes, le temps d'adoucir le bouillon fumeux. Puis il soupira, résigné et blasé ; le chemin reprit de plus belle. L'ancien membre des Phantoms l'attendait à l'extérieur de la cité, déjà en position de rouler. Arrivant à son niveau il enfourcha à son tour le véhicule, protégea son crâne et quémanda à l'invocatrice des pluies la destination à prendre. Le camp Fuusa, celui implanté à quinze kilomètres de là fut entré et leur circuit tracé. Vingt minutes de route. Raisonnable. L'ennui ne disposera pas assez de marge pour le mâchouiller. Il mit le contact et le moteur rugit. Une fumée réglisse détala des pots d'échappements tandis qu'un vrombissement martela. Ce dernier tondait l'air et s'élevait, haut, vers les nues avant d'être englouti d'une bouche tel le crapaud gobant sa mouche. Une pulsation magnifique, semblable à une berceuse.
Le porteur du froid s'élança à la suite de la mage pluviale. Une fraîcheur des plus voraces râpa alors sa peau. La vitesse bien que raisonnable brossait sa tignasse en arrière. Plus qu'une rafale, une claque glacée. L'embrassade sauvage du Globe, c'était la première chose que le touché ressentait. Ça n'avait rien à voir avec ces autres tas de ferraille qui isolaient l'organisme des impulsions du Monde ; non. Sur une moto, les sens faisaient corps avec l'au-dehors. Une perception nouvelle, presque renforcée pigmentait. Comme si l'être demeurait un composant intrinsèque du mouvement alentour. Comme si l'organisme se fondait dans ses propres perceptions pour mieux s'unir à celles de l'environnant. C'était bonifiant, exaltant. Le temps roulait doucement, avec et à côté de lui. Un temps d'arrêt. Un temps de vie. Il n'y avait que la sensation ; sentir, palper, vivre tout de cet extérieur qui fauchait et gambadait à jamais. À son niveau déjà les stimuli de partout l'empalaient. Que serait-ce alors si la vélocité plongeait dans le vertigineux ? Il n'imaginait même pas ou plutôt si, il pensait ces sensations décuplées, voire explosées. Un jour, oui, un jour ses nerfs s'essayeront à cet ultime stade de fougue mécanique.
La toile saharienne défilait d'une lenteur magnétique ; il avançait telle la célérité des fauves en chasse et contemplait le grain détaillé du paysage. Vue et touché agençaient une chorégraphie, tournant et croquant au gré du vent. À l'horizon pointaient des bouts de constructions. Plus les pneus glissaient, plus l'imprécis devenait clair. Un cantonnement, c'était bien ça au vu du peu d'habitations ensemencées. Quinze résidences au maximum. Contrairement à la métropole, les logis ne disposaient guère de protection murale. À nu le camp s'offrait à l'environ. Au fur et à mesure de leur approche, ils ralentirent. Le moteur se tut et les corps descendirent de la GidBike. Le binôme se découvrit, casque sous le bras, puis sillonnèrent le sable. Un silence, dépouillé de l'exubérance humaine et matérielle, haletait dans les allées. Les clapotis du vivre se recroquevillaient sous la croûte terrestre. Pas même le visible de l'Homme n'apparaissait, quelques uns tout au plus divulguaient leur existence. Lui qui étiquetait Kinsa comme une ville dépeuplée, là, c'était un cran au-dessus ; mort de chez mort. Et ce constat ne fit que parfaire un peu plus sa langueur.
Quand enfin ils trouvèrent âme qui vive, la femme de l'Océan demanda où résider les parents dont l'enfant fut enlevé. Ils se rendirent à l'emplacement indiqué en quelques minutes à peine. Sur place, l'expert en air glacière déposa son équipement de conduite puis tira de ses poches un paquet de cigarettes ; sa partenaire engagea le rapport : elle toqua, s'annonçant et expliquant leur venue. Aucune réponse ne vint. Le manège recommença. Une fois. Deux fois. Trois fois. Elle s'acharnait, lui s'horripilait. L'ennui, harassant, ne cessa de le poursuivre au travers d'un nuage cotonneux de toxines.
« Ça sert à rien d'insister, ils veulent pas nous voir ni nous parler ! certifia l'homme caleçon dont l'impatience craquelait. C'est une perte de temps, comme cette mission. », ajouta-t-il, l'intransigeance des paroles cousue à l'évidence.
L'obstination prit fin ; l'éther redevint l'endormi du bruit. Dos à la crinière outremer, Grey exhala sa nicotine en une nuée valseuse et délicieuse. Ses perles de cassis ricochèrent d'un cumulonimbus à l'autre, leur nature opaline l'arrosant.
« Si j'avais su que ce s'rait aussi chiant, j'rais resté à la guilde. »
Des mots balancés à la volée. Des mots puants le ressenti brut de pomme. Des mots noués à une profonde lassitude. Des mots dits juste comme ça.
Des mots pour lui.
« Peut-être que l'action et la baston sont tout ce qui importe. »
Mais un poignard pour elle.
« Peut-être que tout le reste n'a aucune importance. »
Qui cogne, cogne, cogne jusqu'à briser la coque.
« Peut-être que ça n'aurait pas été pareil avec quelqu'un d'autre de la guilde. »
Qui s'enfonce, s'enfonce, s'enfonce jusque dans la ronce du coeur.
« Peut-être que ce n'est pas seulement la mission qui est chiante. »
Et qui perfore.
« Peut-être que l'ennui, c'est moi. »
Dès la première élocution le mâle aux pouvoirs frigorifiés s'était retourné, frappé par l'acidité du ton. Au travers de la cascade orale coulait une fusion entre la voix, posée, et le ressenti, amer. Une pincée de rancœur s'y ajoutait. Ça le dérouta, cette blessure des sentiments qu'elle vomissait tout à coup. Des paroles écorchées et dont la sonorité grattait chez lui sa corde sensible. L'esprit s'y nouait avec déraison ; il ne pouvait en rester détaché. Ça le parasitait et cela se remarqua avec distinction par le froncement des cils masculins. La bleutée n'abandonna guère sur son être une œillade alors que lui accrocha sa vue sur cette dernière. Impossible de briser ce champ magnétique qui l'aspirait vers elle. Puis il y eut ce regard ; qui le posséda. Ce regard qu'elle lui injecta lors de sa dernière réplique. Seul ce verbe rattacha en ses lettres une aigreur aussi gangréneuse, comme si cet alphabet jouissait d'une plus grande force de douleur. L'emploi inopiné de la première personne vint d'ailleurs le confirmer.
Un temps, non senti et grignoté ils restèrent là, à se fixer. Il ne dit rien ; trop absorbé, trop prisonnier de ce regard lacéré.
Puis enfin elle cassa l'échange ; la reine des eaux partit en direction des véhicules.
Plusieurs bouffées cancérigènes l'encerclèrent. Jusqu'à la moelle le séduisant jeune homme fuma sa clope, ses orbes talonnant la trajectoire de l'amoureuse. Ses pensées se détachaient du fil ordonné de la sagacité. La raison pataugeait sans savoir où nager. Pourquoi cela vira de bord ? Il ne savait pas – ou juste un peu. Il avait merdé quelque chose. Quoi ? Quelque chose d'indistinct mais qui en tout cas avait froissé. Il soupira. Pour un rien ça s'excitait ou au contraire se fripait. Et puis d'abord, pourquoi exprima-elle de telles idées ? Qu'y avait-il eu dans ses mots ou dans son agir à lui pour valoir pareils dires ? Un sac de nœud, voilà tout ce que c'était et à vrai dire, nulle envie ne le tentait de trouver une quelconque explication. Tout ça demeurait las et fastidieux. À quoi bon se torturer le ciboulot ? Cette nana était juste insaisissable, point. Fallait pas chercher plus loin.
Une fois le mégot à point, le mage au cheveux de jais jeta ce dernier puis emprunta le chemin pris par sa compère. La bécane de cette dernière ne se trouvait plus auprès de la sienne ; Jubia traçait en solitaire. Il l'aperçut à moins de six mètres et, s'installant sur le deux-roues, il décolla à son tour. Pendant le trajet, une solitude tout à fait apaisante le becta. La pensée, creuse, voyageait au côté du paysage ; deux isolés qui effaçaient les parasites du vivre. Du balais, culpabilité. Tchao, prise de tête. Quant au pouvoir si despotique de raison de la conscience, l'abîme le gobait ; un vrai régal. Il respirait la brise de l'au dehors, la brise de l'ici et de la sensation.
Mais ça ne dura pas.
Le portrait tissé du désert se découpa tout à coup. Au devant un tas mouvant de sable s'enrobait. Vision pour le moins soupçonneuse qui fit plier les traits du brun. De suite cependant les cils lâchèrent le pli. Le flou devint dans l'instant pure et terrifiante clarté.
Ça arrivait sur eux. Ça fonçait à toute allure.
Il comprit ; trop tard.
Il ne cria pas ; il vit.
Il ne forma guère le geste de l'anticipation ; il ne sentit qu'une peur soudaine empoisonner et congeler ses membres.
La tornade les faucha de la terre ; ils virevoltèrent en une ronde fanatique dans les airs. Mages et GidBikes formèrent la danse déjantée du fou. Plusieurs secondes ces deux partenaires tourbillonnèrent en tous sens avant que chacun n'atterrisse d'une violence inouïe sur le sol ; la douleur bondit et mordit. Son roulé-boulé achevé, Grey toussa et releva la tête. L'ex-Phanthom Lord, tombée à dix mètres plus loin, faisait également cracher ses poumons tout en se remettant sur ses deux fers. Quant aux deux-roues, le mâle aux pouvoirs frigorifiés put à peine distinguer leur carcasse éparpillée en pièces détachées. Son attention fut en un claquement de doigt accaparé par tout autre chose, une chose considérablement plus alarmante : une vague ahurissante de sable fusait vers lui. Il ne réfléchit pas – l'instant ne s'étendait guère assez pour cela ; il déballa sa riposte de survie.
« Ice Make Excalibur ! »
Une monstrueuse épée de glace jaillit de l'inexistant. Dès son apparition, l'arme coupa de plein fouet cet assaut destructeur. La collision, furibonde, créa une bulle d'explosion qui propulsa haut et loin le compositeur du froid. Le mal musculaire redoubla de résonance tel l'écho exténuant du tambour mugissant. Atterri sur le dos, le glaçon surpatte dégrafa sa bouche d'un juron à la tonalité irascible et empressée ; son sang frétillait d'adrénaline. Enfin de l'action, de la vraie. Enfin il allait expulser avec sa fièvre incompressible ce givre qui le démangeait. À l'inverse de sa première dégringolade, le presque strip-teaseur se mit sur pied beaucoup plus vite, alerte et vif d'excitation. Sa vue sur l'au-devant lui signifia que sa coéquipière avait elle aussi subi le choc des deux forces de frappes. En effet cette dernière s'était un peu plus éloignée de lui et à nouveau son corps dépliait la posture du combat. Des détails sur lesquels l'apprenti d'Ul ne s'attarda pas. Sa préoccupation se porta directe sur leur adversaire qui enfin se couvrait de visibilité. Situé à une importante distance l'un de l'autre, le naturiste ne put discerner que la noisette des cheveux. À en juger par la taille, un adulte leur faisait face. Tout le reste se lovait sous la couette de l'imperceptible. Les yeux n'avaient en revanche guère besoin de percevoir au grain près les gestes pour les voir venir. Une illustre expérience des combats suffisait, ce que Grey Fullbuster possédait. Ce fut d'ailleurs par cette pratique tant chérie et polie qu'il comprit l'agencement de la nouvelle agression : les mains tout à coup se projetèrent en avant, des espèces de dards canonnés à une allure démentielle y sortant. Une attaque régressive, chétive. Trop facile ; l'orgueil d'un sourire galopa sur ses lèvres.
« Ice Make Shield ! »
La défense prit forme en un bouclier reluisant de glace. Les piques, semblables à des aiguillons d'abeille, se brisèrent dans un éclat mélodieux. Au contact implacable de la carapace, une bourrasque où rugissait la férocité insoupçonnée du vent frappa. Presque une gifle, ce souffle vint à faire reculer de quelques pas le modeleur malgré la protection avérée de l'écu. Une puissance à laquelle le porteur de neige ne s'attendit. La supériorité détala des lippes. À tord il le sous-estima. Sourire évaporé, Grey colora ses traits avec le pinceau du sérieux.
« Water slice ! »
À son tour Jubia clama la parade. Le terre-à-terre ne s'en soucia guère. Par ce cri aux lettres agressives il savait. Tant de fois la voix chanta cet air terrible. La sécurité s'assurait par cette transformation aqueuse des bras en deux lames aussi tranchantes et incassables qu'un glaive. Rien n'échappait à cette eau acérée ; elle tranchait. L'apollon préféra charger en bon taureau enragé sur sa cible, une touche de brutalité en plus :
« Ice Make Hammer ! », tonna celui-ci en crevant l'éther de son marteau givré.
Tandis qu'à la course s'était joint en toute hâte un maillet tenu en main et en l'air, le mage entendit l'invocatrice des pluies jouait l'une de ses partitions préférées.
« Water Lock ! »
Figée, la chevauchée.
La cage d'eau était vide.
Coupée, la respiration.
Le sort n'avait pas marché ; pas de prisonnier, pas d'enfermé.
Détraqué, le pouls.
Il avait disparu ; envolé en un furieux coup de vent.
Se dévia, le regard.
L'ennemi se trouvait tout à coup derrière elle.
Déconfit, le regard.
Une dague irradiait à la lueur immaculée du soleil.
Explosa, l'effroi.
Pas le temps de hurler. Pas le temps d'agir.
Juste le temps de prendre conscience.
Juste le temps de l'épouvante.
L'arme transperça sous l'œil horrifié de Grey le corps de sa compère. D'une lenteur exécrable la scène nargua son impotence. Or le jeu des vies s'exécuta en de pitoyables secondes.
Trois secondes d'entière paralysie.
Trois secondes d'oubli absolu de soi et du Monde.
Trois secondes de peur aliénante, celle-la même qui le déchiqueta par le passé.
Trois secondes où la vision d'horreur se juxtaposa à celle de son défunt maître.
Trois secondes de retour en arrière.
Trois secondes d'un cauchemar réincarné.
Une renaissance ; de mort, d'impuissance, de folie douloureuse.
Ces mêmes sentiments broient.
Morte.
Encore ; toujours.
Morte.
Rien ne change ; tout recommence.
Morte.
Comme avant ; comme maintenant.
MORTE !
Le crut-il durant trois secondes.
Aucun sang. Aucune chair. De l'eau, seulement de l'eau. Le corps devint sur-le-champ translucide, intouchable de toute attaque ; un immortel. Le tombeau n'enlaçait l'anatomie.
Elle était en vie, entière.
La terreur nocturne se brisa en multiples graines de poussière. Le passé fut arraché à son bien-aimé présent. Une séparation impitoyable, aussi brutale que l'union fugace entre l'ici d'aujourd'hui et le là-bas d'antan. Et quel gouffre de bien cela fut ; une libération, explosive et intempestive qui poignarda en toute férocité l'entier du coeur. En un instant l'être passa au rouleau compresseur des affres pour de suite se redresser d'un coup d'aiguille planté par le soulagement divin. À ce chaos sentimental accoura l'inattendu : la contre-attaque de celle ayant glissé entre les doigts étranglés de la Fatalité. D'une rapidité ahurissante la prétendue trépassée se retourna et métamorphosa ses bras en fouets – le claquement satanique de la préservation envoyant valdinguer sans commune mesure l'ennemi. Cette image tout à fait fulgurante déclencha une sorte d'électrochoc chez le naturiste qui eut pour effet de trouer son inertie. Alors que le dézingué chutait en pic vers le sol, Grey confectionna l'une de ses œuvres aux apparats frigorifiés : il lança à toute vitesse des poings de glace qui boxèrent à la chaîne jusqu'à l'écroulement du punching-ball humain. L'oeil ne cessa de fixer l'abattu à mesure que la poudre du temps s'échappait de son sablier. L'agresseur gisait, immobile. Nulle autre offensive ne sautilla. Toutefois le brun ne se donna guère à la victoire pourtant si tentatrice et bienvenue. La méfiance veillait au grain.
La respiration entrecoupée, le féru du givre grignota le reste de distance le séparant de leur opposant. Sa partenaire également s'avança pour tous deux arriver aux côtés du corps inanimé. Pour la première fois ils eurent accès à la vue intégrale du physique. Étendu sur le ventre, l'inconnu embourbait son visage dans le touché invisible. Peu d'intérêt l'expert polaire délivra à cette apparence prescrite par la normale de l'Homme. La prunelle fut capturée par un détail beaucoup plus unique : sur la nuque un tatouage à l'encre de chine fagotait la peau d'un nœud (3). Qu'est-ce que c'est qu'ce machin encore ? L'insolite du symbole étira le faciès en une grimace pincée. Pas très opulent, l'emblème unissait pour chacune de ses boucles une teinte jaune et noire. Curieux mariage qui parfit un peu plus l'expression froncée de suspicion. Langui de cette observation pour le moins pauvre, le mâle du binôme orienta ses pupilles vers la jeune femme. Postée à sa droite, celle-ci scrutait l'insigne d'une rigueur trop exagérée – pour ce qu'il y avait à regarder. Ses yeux ne s'y détachaient pas ; des envoûtés. Oui, elle semblait se perdre dans ces lignes de captivité. Une expression maquillée d'un teint inhabituel aromatisait ce visage laiteux. Il percevait ces sentiments dégoulinés par de-là les traits mais ne parvenait à ôter leur ombre identitaire. Ça restait dévêtu de connaissance. Cette contemplation emmena la bleue à se rapprocher du vaincu ; elle s'accroupit et, dans un geste démesurément lent, tendit la main en quête du contact.
Ce fut à ce moment précis que l'ennemi creva avec une époustouflante force son inaction : il disparut complètement. Ce vide si imprévu arracha des dires au sculpteur du froid où y patinait son outrancière consternation. Abasourdi, il le resta quelques secondes seulement. L'effarement tomba aussi brusquement qu'il retentit car à la place du prétendu dominé se forma une spirale géante de sable. Sa puissance, toujours grandissante, les força à se protéger la vue de leur avant-bras alors que les jambes régressaient en arrière pour éviter à l'organisme d'être emporté. Un tumulte enragé parasitait l'antre auditif qui subissait une véritable invasion de bourdonnements horripilants. Le vent n'était plus ce libertin cavalant selon son humeur : il obéissait à l'hostilité immodérée d'un individu. Lui, pourtant l'affranchi des Hommes, se mouvait comme l'instrument d'alliage pour leur malfaisance ; un pantin de la bestialité humaine.
« Bordel ! J'y vois que dalle ! »
La perception détraquée, Grey ne distinguait plus l'alentour mis à part cette toupie infernale. À cent à l'heure ça pirouettait ; la nausée avait de quoi remonter. Tous les côtés paraissaient n'être que des extravagants du mouvement. L'impression était telle que le disciple d'Ul ne savait même pas si cette saloperie de tourbillon le digérait dans son ventre ou s'il demeurait ce non interné. Malgré la pression assommante du vent pour générer la marche à reculons, le brun poussa sur ses mollets et s'engouffra vers l'avant pour débusquer cet enfoiré et le défoncer – comme les mages de Fairy Tail savaient si bien le faire. Au fil de sa progression l'idée de rejouer une nouvelle fois ses notes hivernales lui traversa l'esprit. Dans la minute suivante cette ritournelle de l'agir fut avalée toute crue par la lucidité. Le problème ? La position totalement inconnue de l'antagoniste. Frapper dans le trou de l'impalpable n'était qu'inutilité, une perte d'énergie et d'instants. Dans pareil désordre du dehors l'offensive pouvait d'une facilité à la dangerosité assurée se retournait contre lui. Avec les poings il fallait composer la rixe du conquérant.
Alors le roi du nu chemina, arpenta, s'enfonça les yeux couverts et pointés vers le bas. Combien de pas encore ? Combien de temps encore ? Combien aurait-il encore fallu ? Mystère. À jamais cela ne demeura que questions aux réponses chimériques.
Car tout s'arrêta ; la tornade, la cohue des sensations, l'ouïe sourde, la vue bouchée, l'esprit brouillé.
Car tout redevint ; l'autour dégagé, le calme environnant, la liberté du vent, l'acuité des sens.
« Ce symbole… D'où vient-il ? »
À trois mètres à peine devant lui s'enracinait l'assaillant. En face de la mère pluviale, ce dernier la dévisageait. Ses mots, aux lettres et à la venue percées d'imprévisibilité, enlacèrent l'éther d'une intonation qui dérouta le maître des flocons : celle de la stupéfaction. Le fait même que leur adversaire ait déversé des paroles – alors que pas une fois seulement la bouche ne frotta les cordes vocales – était déjà en soit quelque chose de surprenant mais, en plus, à travers cet alphabet presque tombé du ciel s'y répandait une fuite édifiante d'animosité. Même sur son visage pourtant austère perlait des gouttes d'émotion. Que penser de cette situation abandonnée par la réflexion ? Rien. Ce qu'il se passait, son pourquoi et son comment ne glanaient en définitif qu'un brin d'importance. Grey se foutait bien de ce tableau et de l'étonnement que cela pouvait attiser chez lui. Il s'accrocha à la branche qu'on lui tendait : cette ouverture faramineuse que l'ennemi lui offrait. Il n'y avait que cet autre écervelé surchauffé pour baisser ainsi sa garde. Cette imprudence, Mister Freeze ne prit pas dix plombes à la saisir.
Sa magie bouillonna. Muscles et organes s'abreuvèrent du froid coulé de l'hémoglobine. Certains en revanche récoltèrent l'once humide de l'au-dehors. Des fonctions divergentes pour un résultat indivisible : l'explosion grandiose du verglas.
« Ice Make Saucer ! »
Du désert panoramique gicla une soucoupe de glace qui aussitôt après son apparition fusa tel le hérisson détalant à la vitesse du son. Le visé ne put d'aucune manière que ce soit anticiper ou éviter le heurt. De front il se reçut l'invocation ; terrassant fut la rencontre du fou volant avec le précédent distrait puisque ce dernier fit un magnifique vol plané. Celui-ci s'écrasa avec tout autant de panache, un épais nuage de sable ceinturant la zone du crash. Le responsable fonça à son tour vers cet espace fracturé en ayant la ferme intention d'en découdre définitivement. Néanmoins, la cavalcade se figea dès que la brume laissa le paysage éclater de netteté.
« L'en… foiré… il… il s'est barré… », hachura ses dires l'exhibitionniste, le pouls déréglé.
À l'arrêt, l'essoufflé prit appuie sur ses rotules pour qu'à leur guise les poumons se gorgent d'oxygène.
« Tu sais de quoi il parlait à propos de ce symbole ? demanda l'esquimau à l'orpheline qui venait de le rejoindre, le souffle plus modéré.
— Je… », suspendit celle-ci, une étrange incertitude emboîtée dans sa voix.
Sa réplique resta en attente durant plusieurs secondes. De piètres secondes pendant lesquelles le modeleur distingua malgré l'écourté de l'hésitation un geste très bref : alors que le regard de la questionnée courrait après l'horizon, une des mains vint caresser du bout des doigts la nuque. Ça l'interpella même s'il ne pensait y trouver une concrète signification. Un détail rangé dans le tiroir des bagatelles.
« Jubia ne sait pas. », finit-elle par déclarer, la main revenue à sa position initiale.
Bien que l'amoureuse transie délivra le fin mot, l'orbe toujours partait vers ce lointain étendu. Lui au contraire la parcourait des yeux. Il n'avait pas oublié. Jamais le gommage ne s'accomplira. Pour l'infini c'était gravé ; cette scène où il crut la mort une seconde fois gagnante. Au-delà de la simple adrénaline du combat, l'enjeu de la survie enfouit dans les catacombes de l'esprit la terreur épinglée à cette vision. Sans un tel stratagème de sauvegarde – car cela en était bien un –, l'homme caleçon n'aurait pu en aucun cas lutter avec pareille vigueur et ténacité. La faucheuse loupa certes son coup mais l'image mentale, elle, bouscula, frappa, martyrisa la bobine de souvenir. Pas besoin que la croyance en ce destin destructeur se conjugue à la réalité pour que l'effroi du passé l'embroche tout entier. D'une effrayante instantanéité le prétendu trépas de sa partenaire se fondit avec celui, réel, d'Ul Milkovich. Fusion paralysante. La teneur terrifiante de cet amalgame tournait en rond dans l'esprit. À présent que la menace ne le bâillonnait plus, la mémoire conspirait pour raviver les émotions brodées à cette représentation. Vives et incontrôlables qu'elles furent. Un véritable remous intérieur. Il l'avait vue se faire transpercer le cœur, à un mètre, sous ses yeux, sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit. Trois secondes seulement, mais trois secondes où tout se détraqua en lui. Et c'était à cet instant, celui de la rediffusion en boucle, que Grey prit conscience de l'impact implacable qu'eut – et qu'aura – cette scène sur son être.
Une fois sorti de cette plongée sous-marine du soi, le monarque du déshabillage écoula sur sa camarade un regard minutieux. Le haut, un gilet à l'éclat marin et en daim, ne s'habillait de manches laissant ainsi les ecchymoses s'alignaient à la chaîne le long des bras. Pour apporter une touche légère de nuance aux hématomes, un rouge à lèvres de sang commençait à sécher sur la peau. Le nombril qui arborait sans pudeur cette pâleur croquante était sali de quelques écorchures. Juste au-dessus, l'un des boutons ne prenait plus part à la fermeture du devant puisqu'il avait tout bonnement déserté. Quant à la jupe prusse, son rideau de lin plus fendillé sur les côtés qu'à l'ordinaire dévoilait une à deux plaies au niveau des cuisses. Propre sur lui, le vêtement dominait jusqu'aux mollets. Seulement, à présent déchiré, celui-ci recouvrait à peine les genoux. Ces derniers heureusement se couvraient par les bottes couleur ardoise restées les seules intouchées. Même le visage décorait l'épiderme de contusions. Un état pour le moins malmené dans lequel se trouvait la mage élémentaire.
« Ça va ? », se soucia le coursier de l'hiver.
Son tracas harponna l'attention de la concernée qui jeta sur lui son incompréhension, celle-là même confectionnée par l'ourlet du front.
« Tes blessures, clarifia-t-il en montrant les siennes.
— Jubia n'a aucunement besoin que Maître Grey s'inquiète pour elle. », claqua sa froideur, le tilleul de ses globes oculaires enfoncé dans le sien.
Il n'y avait aucune gêne et encore moins d'hésitation à ficeler le timbre dans l'aigreur ; y revenait cette rancœur récente. Pauvre naïf qui crut l'amertume disloquée, dispersée. Elle vibrait, plus forte, plus acide. Mais une fois encore la fuite le pervertit. Une fois encore il creva son implication et devint ce non-voyant. Pire, l'attitude clama à la puérilité des propos. Les rôles s'inversèrent : elle la coupable, lui la victime. Coupable d'une sensibilité trop exagérée. Victime d'un ressentiment trop débordé. Mieux, il fut piqué par une sourde colère. Colère envers ce dard injustement venimeux qu'elle lui plantait. Colère devant cette irréfutable conviction quant à être l'unique fautif. Colère qui embauma ses traits et qui s'exprima à l'oral.
« Tu vas être comme ça jusqu'à quand !? demanda le brun où une pointe d'agacement folâtrait. Car j'sais même pas pourquoi tu m'en veux ni c'que j't'ai fait. J'te comprends pas Jubia. Qu'est-ce que t'attends d'moi au juste ? »
Un profond sérieux englobait sa voix.
Leur regard, perçant, s'enroulait l'un dans l'autre.
Aucun ne bougeait ; ils attendaient, se scrutaient sans pensées.
L'air passait en coup de vent.
Un silence dorlotant.
Puis elle s'avança.
« Que tu cesses d'être aveugle. »
Quelques pas ; et le cœur pilonna.
« Que tu cesses de faire comme si tu ne savais pas ou ne voyait pas. »
Quelques pas ; et le sang bouillonna.
« Que tu ouvres les yeux. »
Elle s'arrêta.
Un temps, suspendu.
Le cerveau, bloqué de toute réflexion.
Une proximité, brûlante et effrayante.
La peur, mêlée à l'effervescence.
Un frisson, électrisant.
La chair, dévorée de chaleur.
Un volcan, en irruption dans les veines.
La palpitation, effrénée.
Un souffle, tiède et empreint du parfum dangereux des sentiments.
Le cadenas, s'ouvrant.
« Car je suis amoureuse de toi, Grey. »
J'vous avais pas dit que ça allait swinguer, un de ces quatre ? Et pour l'explication des notes en haut de page, c'était pour cette phrase qui n'est pas une chute, du tout, mais qui ne doit être lue qu'après tout le reste car sinon, on perd de vue son effet je trouve. Ça n'a l'air de rien, cette phrase et pourtant, quand je l'ai écrite, Jubia à cette période du manga ne balançait pas aussi facilement et à tire-larigot si je peux dire toutes ces déclarations passionnées. Puis ici il est question d'une déclaration des plus sérieuses ; ce n'est plus un jeu de fuite, d'aveuglement, de course.
Pour le chapitre 7, ce dernier sera également posté dans 3 semaines pour le week-end du 18-20 avril avec peut-être un possible rallongement. Ouais je sais, c'est beaucoup un mois ou plus mais j'ai beaucoup de mal à écrire mes chapitres à cause d'un manque réel de temps – la fac ne fait pas de cadeau – et aussi parce que cette saloperie d'inspiration est foutrement en berne ces temps-ci. Donc je préfère vous prévenir pour que cette fois-ci le frisbee ne gicle pas d'on ne sait où.
Je vous remercie d'être passé(e) une nouvelles fois. J'espère que ce chapitre vous a plu autant qu'à moi.
Bonnes semaines, écritures et lectures à vous cocos et cocottes !
