Bien le Holà à vous !

Le chap' 7 est livré sous trois semaines, non quatre ; chanceux et chanceuses que vous êtes ! De toute façon, que ce soit aujourd'hui ou dans deux semaines, ça change pas grand-chose à vrai dire vu que l'inspiration se carapate vite fait bien fait loin de ma carcasse blonde. Pourquoi donc alors vous priverais-je d'une lecture "génialissime" (c'est beau de rêver) ? Je ne suis pas si cruelle… Enfin, ça dépend :)

Pas de piaillement merdique et à rallonge, pour cette fois — y a pas à dire, vous êtes de sacrés veinard(e)s !

Passez une bien bonne lecture !


7

L'alentour défilait.

En ligne droite le panorama courrait. Pas de retour en arrière. Seul le devant côtoyait la vue. L'œil se saisissait de ce qui venait en une espèce de coup de vent. Paysage se déroulant. Nul temps pour s'arrêter ou même contempler. Percevoir dans le moment. Attraper le surgissant. Pour autant, la couleur vive et unique de l'au-dehors s'imprimait dans la bille clinquante du voir, l'auréole du matin déposant sa lueur consolante. Une sorte de charme indompté sa teinte saharienne diffusait. Comme un flash ininterrompu, ça passait puis s'allongeait, encore ; toujours. Étendu jusqu'à l'impossible délimité. Une circulation traînante et agrippante du dehors. Il y avait là de quoi se noyer dans cet extérieur asséché d'humanité ; brut de vie ; cru de simplicité. Juste des grains, entassés. Juste un Monde découvert de parures artificielles et soporifiques. L'Homme ne posait sa marque empirique d'urbanisme. L'environ demeurait le solitaire de l'existant. Rien d'autre ; un désert, retiré.

Le regard s'enfonçait dans ce décor empressé, suivant le même axe accéléré du mouvement. Cet espace coloré de l'alentour démonta un à un les soubassements de la raison. À mesure que la prunelle s'agrafait à ce réel prisonnier du verre, les sens se décrochaient des stimulations de l'instant pour s'emmitoufler dans l'indivisible toile de fond. Un pouvoir à la teneur inexplicable duquel s'habillait cet au-dehors intouché : celui d'arrêter les palpitations infernales du vivre. Ne plus réfléchir. Ne plus savoir. Ne plus haleter dans le couloir du temps. Tomber, se déporter puis plonger, juste et seulement s'en aller dans la vue, cette vue d'ailleurs. Ainsi tout s'effritait. Ainsi tout pointait en une seule et même direction : celle du repos de la chair et du coeur.

Mais pas pour elle.

Non, pas de percée du devenir ; elle qui observait sans voir. Non, pas de vide intérieur ; elle dont l'esprit s'acharnait à retourner la pensée.

Qu'importait la vénusté imprenable du milieu environnant ; le charme ne la parcourait de baisers conquis ; une insensible. Le contraire s'invitait : la réflexion nichait en son être, rongeant, empoisonnant. L'habituelle toxine qui coulait à n'en jamais s'arrêter. Nul vaccin ne fut trouvé ou appliqué. L'infection perdurait, mieux, grandissait au fil de la temporalité dépouillée. Une préoccupation depuis quelques heures déjà. À vrai dire, le parasite nommé inquiétude fit son entrée en à peine quelques syllabes. Des lettres, emboîtées les une derrière les autres, qui avaient tout à coup distillé ce poison ; celui-là même qui en l'instant la pourrissait ; celui-là même qui jouait sa rythmique de l'infini. Et tout cela par le déploiement des mots, des dires à la note inflexible et paralysante.

Ceux de Makarof Draer.

Leur venue s'accompagna d'un froid étranglant. Bien avant l'écho vénéneux des paroles, le trident de l'appréhension transperça Titania. La simple sobriété, dessinée sur le visage du Master, suffit à ce que le souci l'eut mordue or le maquillage de l'imperturbable elle appliqua ; une pointe marquée de sévérité vint toutefois nuancer. L'attention d'un coup confectionna en deux nœuds serrés l'écoute appliquée et l'analyse rigoriste. Puis enfin l'oral masculin sortit ; intenable qu'il fut. Non par le ton mais par le sens. Y dégoulinait une réalité fracassée. Plus qu'inconfortable, injustifiable ; c'était indigeste. D'un calme roi, presque dérangeant sa voix féminine parla. Un sang-froid extrême dont s'orna l'extérieur de son être ; pour mieux se dessaisir, pour mieux s'extirper et glisser des doigts crochus du passé ; ce noir passé d'enfermée. Aux faits révélés par le Maître se joignit en toute brutalité l'éclosion corrosive des souvenirs : ceux des pleures salés d'incompréhension et d'attente, ceux de la mort nouvelle et soudaine, ceux de la lutte interminable et gangréneuse ; la Tour du Paradis, un cumul d'écorchures où l'enfant valsa trop prématurément avec la cruauté humaine. Elle ne comprit pas, ce jumelage. Ça se passa, s'enroula. Effrayant fut la facilité avec laquelle ces deux lointains vinrent s'unir dans un tout si proche et si fort. Cela la remua, beaucoup. Cette remontée du conscient souterrain l'étouffa plus que de normal. Comment prévoir ? Ce retour insoupçonné de l'histoire confinée. Qui donc aurait envisagé que de pareils verbes réanimeraient la douleur engloutie dans la tombe du refoulement ? Personne, et surtout pas elle. Pourtant, il fallait faire avec. Pourtant ça demeura, là, présent ; cognant, sifflant. Pourtant elle sut s'en dépêtrer par une apparence lisse, nue d'une quelconque expression ayant trait à son tumulte intérieur.

Ses cordes vocales fardèrent l'espace de sons en quête de détour, de fuite. Au devant de la scène la mage chevalière afficha sa norme comportementale où le sentiment n'embrochait tout entier. Autoritaire, placide, rigoureuse, patiente ; Erza de Rosemary décora son apparat de maîtrise tout au long et ce même lors de l'après ; cet après où l'excité du feu bougea au gré de sa furie gonflée alors que la maîtresse des clés traîna sa coque d'individualité, la mine parfumée d'anxiété. Deux atteints, l'un piqué au vif par la vague déferlante des émotions et l'autre enveloppait dans un cocon d'apathie. Ce fut elle et seulement elle qui rameuta le tempéré dans les têtes et dans l'agir. Une posture et l'excès fila à travers le corridor de l'inexistant. Un geste, une voix, un regard ; et le raisonnable redevint. Même pour lui, l'homme dragon qui semblait comme possédé par son absolue gourmandise de haine. Il fallut trancher par l'autoritarisme, casser cette faim immodérée par cette attitude si puissante de calme. Une fois l'esprit délaissé de cette violence affective, la mage guerrière décréta leur départ pour le lendemain ; une décision où le désaccord pullula mais qui demeura l'unique avalée. Ainsi et pas autrement ; un ordre sans aucune possibilité pour s'y contourner. Ainsi elle décréta pour que le drap dormeur adoucisse, voire gobe l'outrance de l'émoi et de l'action. Quelle naïve croyance, pauvre espérance : l'embrassade du soir n'apporta que trop peu de douceur, pour elle. La pensée resta enchaînée à la mémoire, celle dansant et pirouettant dans cet autrefois malsain. Et le sourire crépusculaire jouit, se délecta du tourment toujours plus corsé dans lequel ce dernier imbiba sa pulpe émotionnelle.

« À quoi tu penses ? »

L'interrogation, inattendue, eut pour effet d'arracher la rousse à ses chaînes d'introspection. Cette dernière décolla sa vision de la vitre pour la faire accourir près de l'accostant, celui se trouvant en face d'elle. À la voix cintrée de prévenance s'étala tout près sur les traits l'attention.

« Pourquoi tu me demandes ça ? demanda la fanatique des fraisiers, intriguée.

— Tu as l'air préoccupé. »

Une sollicitude reconnue transpirait. Autant dans le timbre que dans le regard la brute bienfaisance de Lucy Heartfilia perlait ; toujours percevoir, palper le trouble insidieux qui cousait. Inutile d'édifier le mensonge : le parfum nauséabond du tracas infectait tant et si bien l'air qu'il suffisait à la blonde d'humer pour de suite sentir ce mal infecter la pensée. Plus qu'un sens aigu du soin porté à autrui, une véritable lecture qui épluchait à la louche les fragments du noyau affectif. Une fois cette odeur anormalement présente respirée, la constellationniste demeurait la glue, celle s'évertuant à plaquer sur la victime sa force de bienveillance. Aussi fascinant qu'intimidant. D'ailleurs, celle se changeant en un éclair ne fut guère parcourue par le galop vif de la surprise. Dans le tilleul cotonneux de ses yeux y tournoyait plutôt une certaine reconnaissance ; une gratitude quant à ce don d'insuffler avec pareille spontanéité une telle sensibilité humaine. Ça réchauffait, refermait durant un chétif mais précieux instant les trous du cœur.

« Cette mission me travaille. Elle ne me plaît pas, avoua d'un sérieux contenu la manieuse d'armes blanches.

— Comme nous tous je suppose. »

La tonalité composait l'air collant du tourment. À ses côtés paradait une étrange évidence. Pas besoin de le dire ; ça se voyait, se sentait, se savait. Tous y étaient englués, en particulier celui à l'intrépidité acérée. Dès la sortie de sa réplique, les prunelles de l'écrivain en herbe abandonnèrent la rousse pour se fixer sur le Salamander. Aucune n'enterra dans sa bobine du souvenir la fièvre maladive dont fut porteur le mangeur de flammes. La débandade des émotions l'avait fait tempêter. Une frénésie telle que celle maîtrisant l'art du rééquipement dut jouer de la boxe pour le « tranquilliser » — ou plus justement pour le dégommer en moins de deux. Or dans ce train il était complètement anémié, comme vidangé de toute énergie excessive ; un vrai légume où ne ressortait du gosier que des gémissements incessants.

« Dit Lucy, intervint le chat ailé assis à côtés de Titania, pourquoi hier t'as déboulé comme une enragée ? T'avais encore tes trucs de nanas, c'est ça ? »

Effarante, cette question formulée le plus naturellement du monde ; comme si le normal, la pure banalité de tous les jours s'y déployait. Un silence coulant plana. La pensée prit forme dans la glace, figée dans l'espace. Celle-ci bloqua un instant, juste le temps de comprendre. Ça parlait sans savoir avec exactitude ce qui se discourait, n'est-ce pas ? Ou bien y avait-il là un symptôme phénoménal de crétinerie ? De l'un des deux venait l'explication. C'était obligé, forcé que la cohérence soit dans ce goût-là car sinon comment justifier cette franche inconscience d'oser égoutter pareil mots qui, pour sûr, chatouillerait la vipérine colère de l'interrogée ?

Erza vêtit le rôle de la spectatrice, témoin de la prochaine irruption affective. Aucun doute sur le déroulement de la scène à venir, notamment à cause de cette crème ô combien parfumée d'une fraîche hostilité qui s'étalait sur les traits de la concernée. Instable était la tenue de ce courroux qui — l'impératrices des interdits de rixe le flairait d'ici — éclabousserait à tout va au moindre écart d'arguments satisfaisants.

Oui, ça allait tonner.

« C'est quoi cette histoire de trucs de nanas ? »

Le ton pinçait l'alphabet d'austérité. Air grave se baladant ; fuite totale de la douceur. Lucy ne riait pas, du tout. La question n'était d'ailleurs que mascarade ; un travestissement pour camoufler l'injonction quant à déplier le rideau de clarté. Un sérieux des plus palpables qui en vint à coincer les lettres dans la gorge du questionné. Ce portrait si dépeint de mansuétude l'arrosait d'angoisse. Il ne voulait plus cracher la moindre goutte de vocable. Trop risqué. Dans les yeux une trop forte agressivité tourbillonnait pour éprouver le risque de son explosion. Alors la bouche se cousait du fil silencieux. Alors l'indécision distillait l'attente.

« Réponds-moi. »

Ton rehaussé ; poil hérissé.

Œil noir ; sueur en pleuvoir.

Ton implacable ; frousse véritable.

Œil de menace ; crevasse d'audace.

« De suite. »

Ultime sommation. Pas de possible retour : entier ou lapidé.

Nulle réflexion ; l'instinct.

Le choix du respirer encore qui, d'un coup, dégrafa les lèvres pour y déverser la voie de subsistance.

« C'est Natsu ! écria haut le cœur l'animal en pointant son disgracieux doigt vers l'accusé. C'est lui qu'a dit ça, j'le jure ! rajouta de plus belle celui-ci pour mieux fortifier sa sauvegarde.

— Et quoi d'autre ? ordonna, insatiable, l'héritière Heartfilia avec cette même rutilante animosité.

— Ben j'sais pas moi… geignit l'exceed, dépossédé d'un quelconque et potable éclaircissement.

— Il vaut mieux pour toi que tu saches, Happy. »

L'avertissement rayonnait de limpidité ; ça coulait de source, tant et si bien que la peur eut définitivement raison du félin : le sac fut déballé à vitesse grand V ! Plus de cadenas et tant pis si l'écoulé des faits demeurait pur bricolage. Ne comptait que la pérennité entière de l'être. Au diable l'amitié. À bat les principes et valeurs morales ! L'agir bougeait au gré du marionnettiste baptisé individualisme, règle d'or du chacun pour soi en cas de danger imminent, chose se jouant ici et maintenant. Il ne faisait qu'appliquer à la lettre le guide de survie ; rien de plus, rien de moins.

« Je me souviens ! exclama dans le cri de la révélation divine le moustachu. Il a sorti cette expression après que t'aies déboulé chez toi en mode « pitbull » — c'est Natsu qui l'a dit — pour ensuite nous éjecter comme une folle furieuse — c'est encore Nastu qui l'a dit. C'est là où il m'a expliqué que c'était à cause de tes trucs de nanas que t'avais autant braillé dans tous les sens — c'est pas moi qui l'ait dit, c'est…

— Ça va j'ai compris ! coupa la blonde, l'exaspération montée à ébullition. Alors il a dit ça… »

Au ton posé de malveillance s'amena des pousses magnifiques de veines bedonnantes, celles écloses sur le front. Quelle vision frémissante. L'aura du mal fut telle que durant un versatile mais prégnant instant la respiration du matou s'interrompit. Impressionnés étaient les deux observateurs face à la malfaisance toute montrée de la stellaire. Cela avait de quoi faire cavaler en toute hâte un irrépressible frisson d'effroi.

Calme du diable. Calme insondable. Calme périssable.

Le calme avant la tempête ; expression on ne peut plus appropriée à la situation.

Car le silence disparut, mastiqué tout entier : l'unique progéniture Heartfilia bondit d'une prodigieuse barbarie sur sa proie. Une lionne indomptée dont les griffes et autres crocs se déchaînaient avec la plus grande des passions. Cette voracité à rugir s'érigea par l'usage, ô combien tonifiant, de la technique du prunier – recette consistant à secouer tel un pétillant orangina le ballotté pour en extraire toute la pulpe énergique et neurologique. Un vrai shaker que devint le malade des transports. Et pour parfaire un peu plus cette méthode, la persécutrice saupoudra le tout de jurons avec parfois l'envoie de gifles. Son illustre partenaire ne réagissait cependant pas ; une simple poupée de chiffon qui en l'état actuel se faisait littéralement agiter et houspiller d'une remarquable démesure. De quoi éberluer, voire terroriser ceux assistant à la scène. Happy d'ailleurs ne regretta pas une seule seconde d'avoir vendu son frère de coeur. Du tout. Au contraire, il était plus que jamais heureux, soulagé d'avoir échappé à ça. L'invocatrice d'artillerie quant à elle trouva en la jeune femme une égale impitoyable dans l'art majestueux du joug. Les femmes de Fairy Tail étaient souvent aussi redoutables que n'importe quel titan de l'Olympe ; de vrais monstres tyranniques pour les mâles de la guilde. Paix à leur âme, et surtout à celle de Natsu Dragneel.

« Tu perds ton temps Lucy, avisa la mage à la touffe écarlate. Rien ne l'atteint quand il est dans cet état. »

Une dernière secousse d'élan animal et enfin le corps retomba dans l'immobilité. La tortionnaire dévisagea ce métabolisme geindre et s'avachir d'une manière bien pitoyable avant de cracher sa verve.

« Ouais je sais mais ça me fait du bien. »

À cette répartie empalée d'une profonde sincérité, l'ancienne esclave déboutonna ses lèvres.

« Pourquoi cherchais-tu Jubia hier après-midi ? se dévoila sa curiosité sans craindre quelconque réprobation ou fulmination.

— Ah oui, Jubia… murmura-t-elle d'une tonalité pernicieuse.

— C'est à cause d'elle que t'étais enragée, pas vrai ? voulut certifier l'adorateur du poisson.

— Pour ta gouverne, persifla, mauvaise, la mage céleste, je n'étais pas enragée mais juste contrariée. »

Une rectification tout à fait litigieuse ; la moue du septique afficha l'originaire d'Edolas et cela, la constellationniste le perçut d'une transparence criante, trop criante.

« C'était parfaitement justifié ! se défendit en toute virulence la blonde sous l'air peu convaincu du félin. Elle m'a droguée, sous mon nez et sans que je vois venir la chose ! En toute sympathie elle m'invite chez elle ; on discute de tout et de rien puis tout à coup me voilà en train de tomber dans les choux ! Mais le pire dans tout ça c'est que tout a été prémédité : depuis le début elle projetait de me droguer ! Non mais tu y crois à ça !? plaida-t-elle à la pourfendre. Et tout ça pour quoi ? Je te le donne en mille : pour m'empêcher de la nuire dans je ne sais quoi concernant Grey ! Y a de quoi réellement péter un fusible et si ça c'est pas une sacrée bonne raison pour vouloir l'étriper, c'est que t'es encore plus marteau qu'elle ! »

Plus qu'un défouloir oral, une vérité irrévocable. Créchendo avait été le débit des dires, comme si l'acolyte du cracheur du feu était éprise d'un incontrôlable empressement à expier cette frustration trop longtemps matée. Plusieurs grains de la durée tombèrent avant que la réaction ne fore l'air de son inertie. Une mort du son coulant, des regards s'enchevêtrant. Puis le surgissement de l'évident.

« Ah bah tu vois que j'avais raison, attesta le féru de pêche sous l'incrédulité de la furie calmée. T'étais bien enragée. »

Goutte de trop.

Place au second craquage de nerf.

Et à une autre ruée d'aliénée.

Tandis qu'Happy poussait les cris de l'éclopé, la reine fée déroba ses orbes du spectacle pour les glisser dans la monotonie du dôme bleu. Trompeuse contemplation de laquelle elle s'ornait. Les yeux s'égaraient pour mieux s'inonder de pensées. Réflexion de la relation ; autre tourment, plus incisif. À travers la course environnante s'égouttait dans l'esprit le fiel de l'inaction. Jamais elle ne retira sa coque du retenir. Aucune force dans l'aveu. Non, tout restait sous-clé. Peut-être, oui, que celle manipulant les flots transpirait d'outrance et de folie. Mais d'audace, la pure, la vraie, cette dernière s'habillait. Audace à se découvrir. Plus d'armure ni de rempart ; une nudité totale des sentiments. Sa témérité empalait la crainte. Peur du non retour. Peur de la perte. Peur à dire, tout dire de ce deux tant désiré. Jubia Loxar croquait la frayeur du cœur. Et elle, dont le titre de la femme la plus forte de Fairy Tail roulait sous toutes les lèvres de Fiore, l'enviait. Elle, ce monstre de combat. Elle, une magicienne à la grandeur fascinante. Elle, Erza Scarlett qui resplendissait de force et de caractère demeurait l'incapable ; faible face à l'enfermement si fort et incessant du ressenti. Vide de courage quant à s'exhiber tout entière à lui, cet homme au passé écrit avec la même encre que la sienne. L'émotion restait la muette, celle terrée dans la gorge du redouté. Or de conseils la mage guerrière se para auprès de certains compagnons, comme l'aimé de la bleue. Elle qui fuyait ses propres ardeurs prônait à la confidence. En quoi l'autre devait-il ouvrir sa boîte affective alors qu'elle-même ne cessait de scruter son verrou ? C'était pathétique. Pourquoi cela semblait-il si difficile pour elle ? De sortir de sa tombe de terre émotionnelle.

Un risque de douleur.
S'enfoncer dans l'inconnu.
Rejet.
Des repères écroulés.
Abandonner le familier si sécurisant et maîtrisé.
La blessure.

Les souches de la peur.

D'aucune façon le cran du révélé ne la couvait ; elle était juste femme, femme figée dans ses appréhensions quant à tout faire basculer. Une fois le parlé délivré, plus rien de l'avant ne reviendrait. Pas de fuite ni de possibles détournements. Juste éprouver la réponse. Un face à face avec le bouleversement qui en quelques lettres et secondes précipiterait l'être dans deux extrêmes : bonheur ou malheur ; terrifiant. Et rien ne pourrait être fait pour inverser la donne car tout dépendait de lui ; une soumission. Qu'importait la volonté ou le caractère, ça cassera ou comblera. Un des deux la poignardera. Réalité implacable, sans aucune échappatoire. Jouir ou souffrir. Quitte ou double. Un danger de l'affect qu'elle n'était pas encore prête à subir.

À mesure que la pensée se mêlait au dépôt de l'orbe dans l'infini paysage, la sensation déserta le rythme expéditif du mouvement ; l'au-dehors prit un air ralenti. Vitesse vendue contre la lenteur. Un changement d'allure qui fit sens pour celle vêtue d'une armure Heart Kreuz.

« On est arrivés. »

Fait évident qui vint la saisir, voire l'embrasser goulûment pour mieux l'arracher à sa plongée trop profonde du soi. Des mots machinaux, la pupille incessamment harponnée par l'halo rutilant du sable. Dans le creux de l'ouïe cet alphabet encastré chuta ; les deux survoltés de la lutte se mirent en pause, leur pupille pointée vers cet extérieur à la soudaine immobilité. Étrange qu'ils aient pu capter ce grain oral malgré leur vacarme tumultueux. Reconnaissants se devaient-ils d'être logés dans une cabine dotée de pareille isolation acoustique. Pour sûr que sans un tel dispositif, ces fous de l'humeur auraient très vite fait de les mener à l'expulsion irrémédiable du transport ferroviaire. Combien de fois le fouet de la dictature dut-elle claquer pour ramener l'ordre civilisé lors de leur voyage ? La mage de rang S ne comptait même plus.

Le train paralysé pour de bon, Erza s'extirpa du confort de la banquette puis sortit. En même temps qu'elle s'échappa de l'isoloir, cette dernière expédia la demande de prendre en charge le zombie ambulant, requête que l'écrivain en herbe assouvit avec la plue pourrie des malices — le visage laid de sadisme. Dehors, une intrépide fraîcheur vint se casser de plein fouet sur la docilité des traits. Pensées confinées dans le lointain, il n'y eut que perception. La peau, brossée par le souffle pétulant de l'environ, titilla les nerfs : un message à l'enveloppe sensorielle se diffusa dans tout le métabolisme, une irrépressible sueur de tiédeur dégringolant de l'épiderme. L'encre solitaire du ciel inonda à nouveau les prunelles ; un sourire échoua sur les lippes de la femme guerrière. Une coulée de chaleur nappa ses joues. Dans sa voltige légère, le vent balaya un grand coup les pointes écarlates. Pirouette à l'air. Le mouvement chevelu s'élança, une fois, deux fois. Un ballet en désordre. Douceur du temps, celui de l'instant.

Surgit alors un écroulement de corps ; sur lui se déposa la vue. De tout son long le mage à l'haleine de souffre gisait au sol. Sa lourde et bourrue descente indiqua à Titania l'infime délicatesse dont fit preuve la constellationniste à l'égard du dragon slayer. La descendance Heartfilia empestait d'ailleurs le contentement du fait d'avoir envoyé bouler, tel un sac de pomme de terre défraîchi, le gémisseur. De courte durée fut toutefois son ravissement perverti puisque dès que l'anatomie toucha terre, l'état de larve disparut aussitôt. D'un bond la tête brûlée renoua avec la vitalité si intenable de sa croûte d'individualité.

« Putain c'que ça fait du bien d'être sur la terre ferme, affirma des plus bienheureux celui-ci en s'étirant. J'ai cru qu'ça n'allait jamais s'arrêter.

— T'es une vraie petite nature mon pauvre Natsu, lança d'une pique désabusée la stellaire. Ça fait même pas deux heures qu'on est partis.

— Qu'ce soit une minute ou plusieurs heures c'est du pareil au même : les transports, ça m'fout la gerbe. C'est comme ça donc fais-toi une raison. Puis t'es pas mieux, voire pire, quand t'es dans ta période de trucs de nanas où dès qu'on te dit un truc tu deviens hystérique. Alors avant de critiquer les autres, critique-toi d'abord, après on verra. »

Le convoi siffla alors son départ, seul à mugir la moindre note de vie ; personne ne versa un germe d'intonation. L'œil dérouté dévisagea le porteur d'une telle dureté. De dos, le tilleul du Salamander ne leur était accessible. La riposte perla à travers la voix, cette voix qui les cloua. Une acidité auparavant guère goûtée et pourtant enroulée de puissance suintait de ces paroles. Cassant. Agressif. Du jamais entendu, chez lui. Souvent l'excité du feu plantait à l'intérieur de l'ennemi l'aiguille de l'animosité. Sauf que cette fois, c'était à eux, ses amis, sa famille à qui il injectait pareille hostilité. Déconcertant. L'incompréhension démangeait, empestait. De l'habit du vexé, de l'amer l'enflammé se couvrait ; comme s'il crachait un venin. Faire mal ; pour se délester. Jouer le dédain ; pour froisser. Le groupe en resta décontenancé, surtout la visée. Ses yeux firent jaillir son entière surprise par leur forme exagérément arrondie ; elle n'en revenait pas, de ce ton austère composé à son adresse, de ces mots de fer largués sur elle, de ce ressentiment assigné rien que pour elle.

Un silence dérangeant croqua. Pas même Erza ne creva cette atmosphère inhabituelle de tension ; nul ne savait quel agir ou dire produire. Alors, avec une impressionnante car rare et insoupçonnée lenteur, le fils d'Igneel tourna sa tête en direction de celle s'étant reçue toute sa loquacité bienfaisante.

Il la fixa ; deux secondes.

Il resta là, planté ; deux secondes de plus.

Juste à la scruter ; deux autres secondes.

Puis il craqua.

« MWAHAHAHAHAH ! »

Explosion de rire.

« Tu… Tu devrais voir ta… ta tronche Luce ! fut hachée menu sa réplique sous l'effet de son hilarité disproportionnée. Pète un coup, ça ira mieux ! »

Sa pitrerie dégorgée, l'allumette surpattes la scruta de nouveau.

La grimace de l'ahurie qu'arbora la contemplée, celle qui donnait cet air terriblement con — avec ces yeux et cette bouche si immodérément ouverts.

Seconde crise de rire.

Larmes au bord des orbes, Natsu se bidonna à un point qu'il dut se plier en deux pour ne pas s'effondrer par terre. Cette réaction à l'excessivité monstrueuse hébéta tout autant que désarçonna ceux qui juste avant s'engluaient dans l'inquiétude. Très vite – pour ne pas dire sur-le-champ –, le félin s'embarqua à son tour dans cette jouissive manœuvre à chiner la mage céleste ; il pouffa. Non plus un mais bien deux à se foutre de la blonde. Il y eut un certain délai écoulé avant que cette dernière n'en prenne pleinement conscience ; normal. Par diverses teintes émotionnelles l'humeur passa. D'abord cette couleur prononcée dans deux tons, l'anxiété et la surprise ; anxieuse face à cette colère nouvelle, surprise de cet enfoncement dans l'aigreur. Puis ensuite gicla d'une soudaineté fracassante l'effarement, coloris imbibé de confusion. Dans un état propre à celui d'un bug son esprit se retrouva. En quelques secondes l'atmosphère passa du grave à l'exultation absolue. Le tout sans quelconque logique. Non, pas de raison ni même d'anticipation. De l'authentique impétuosité. De l'émotion, brute et volcanique. Sur le coup, il n'y avait rien à y comprendre. Ainsi était le rose ; juste comme ça. Seulement, une fois le cerveau raccroché au réel, la maître des clés éprouva cette infernale dérision de sa personne. Et en fin de compte, la cause ou l'explication d'un tel comportement demeura véritable inutilité. L'intérêt voguait ailleurs ; la vengeance, salée. Ô que oui ce gros crevard allait payer cher, très cher, de l'avoir à ce point manipulée et moquée. Plus qu'un dessein, un serment qui transpirait par-delà la pensée : à l'air libre ce dernier s'ouvrait. Le Monde l'accueillait ; ça débordait jusqu'à l'au-dehors puisque Erza perçut pareille intention meurtrière : la constellationniste fut en proie à une totale coloration en rouge cerise. Et comme si la fulmination n'était guère assez brandie, la sourde enragée compressait poings et molaires tandis que les pupilles grésillaient d'une puissance de plus de quatre cent volts.

Un tableau comique. Face droite, une Lucy fraîchement pivoine bouillonnant sur place. Face gauche, un Natsu hilare et bavant toujours plus de railleries à l'aide d'un Happy aussi écroulé que lui. Et puis il y avait elle, la mature de l'équipe, admirant cette toile singulière de fougue humaine signée Fairy Tail. D'ordinaire son caractère de despote aurait cassé d'un coup de latte ou de gueulante cette peinture tant et tant dessinée. Or l'inhabituel trôna ; le rien se fit. Nulle envie de les arrêter. Du bien ça faisait, cette image rayonnante de personnalité. À travers s'y dévoilait le lien, leur lien si fort et propre. Elle aimait, les voir, les distinguer avec une telle clarté et normalité ; comme si à jamais cela fut et sera. L'illusion du continu. Pour toujours, sans mort ni fracture et ce avec la même vigueur d'existence. Une foi inexplicable qu'aucun mot ne traduisait. Un ressenti unique qui ne pouvait être éprouvé que par ceux ayant déjà goûté ou confectionné ces attaches nouées de vie et de bien-être.

Encore et encore elle aurait pu rester ainsi, à contempler ce portrait d'elle ; ce portrait d'eux qui lui prodiguait un agréable sentiment de quiétude. Oui, elle aurait pu, si la fresque aurait persisté. Mais celle-ci s'effaça ; par des paroles ; par cette arrivée, impromptue.

Par lui.

Et ses lettres, infestées de vilenie.

« Toujours aussi cancre à c'que j'vois. »

Mort du gloussement. Mieux, un corps de glace, figé dans l'espace. La joie si abusive partit à la dérive ; au revoir. Ce fut délectable, moment inoubliable ; mais c'était terminé. Rôle inversé : à lui d'être la victime du fiel moqueur. Plus maître du plaisir badin mais emblème même de la balourdise. En une phrase le gai du cœur fut encorné ; quel mal, foutu mal qui résonnait non à cause du coup porté mais en raison de l'identité dépliée.

Lui, tout lui. Ce dégivré, cet enculé fini, gros connard qui osait l'ouvrir pour l'enfoncer de la plus salopard des façons.

Insupportable individu qui en rajouta une couche.

« Tu sais pas te tenir franchement. À cinq kilomètres on t'entend rire d'cette manière si profondément débile.

— MAIS VA TE FAIRE F… », eut-il tout juste le temps de vomir à plein poumons en se retournant avant que le vide ne morde sa douce injure.

Un mouvement de la part du monstre humain et la chicane fut décapitée.

« Encore une parole mal placée de ce genre et je vous castre tous les deux, c'est clair ? »

Redoutable dissuasion jouissant de sa parfaite réussite : les prévenus de suite abdiquèrent. Pour l'un cependant les armes ne furent guère rendues dans la docilité toute spontanée. Contrairement à l'autre congelé, Natsu serra les gencives, pinça son visage dans la grimace du mauvais et colora ses prunelles avec le pinceau de la pulsion assassine. Véritable violence qu'il dut se faire pour retenir la pétarade de son sentiment – ce qui réjouit au plus haut point l'écrivain en herbe. Cette dernière déballait à outrance, par ce sourire gargantuesque, son irrépressible satisfaction à voir le flamant rose aussi fumeux.

Sans qu'une autre goutte de durée ne s'évapore dans la nature, Erza se tourna vers les premiers arrivés pour y requérir leurs informations. Le conte, libéré par Jubia, n'omit guère de détails, en particulier sur l'attaque toute proche que venait d'essuyer le duo. Une agression qui aussitôt amena l'éminente épéiste à dégorger à son tour les maigres renseignements concernant la mission. De suite le binôme eau-glace comprit leur venue ; ils étaient le renfort et cela ne semblait guère de trop au vu de ce que tous deux avaient subi quelques minutes plus tôt. En outre, ces révélations vinrent affirmer leurs suspicions quant à cette quête dont la tension, au départ couvée dans l'ombre, tout à coup se mit à nue pour mieux grossir et résonner de présence.

Une fois la masse d'informations rassemblée, l'héritière potentielle de Fairy Tail jugea bon de se rendre au camp Akisa dans le but similaire à celui des récents agressés. D'ailleurs, ces derniers émirent une certaine réserve quant à l'utilité de cette décision. En effet, le coursier de l'hiver expliqua ce qu'il c'était passé et malgré ses dires plus que convainquant, Titania ne démordit pas. Bien qu'il y avait de maigres chances à ce que le groupe puisse s'entretenir avec les parents, la reine fée s'obstinait bec et ongles. « Qui ne tente rien n'a rien », affirma celle-ci d'une conviction tout aussi bornée qu'intransigeante. Mais avant cela, un besoin ultime s'éleva : casser la croûte. Les grognements intempestifs et répétés des deux gloutons signèrent l'appel de la faim ; personne ne fit la sourde oreille car même si la fringale ne rugissait que de l'estomac du couple félin-chalumeau, le reste de la troupe avait elle aussi les crocs.

Ils se mirent donc en route avec, au devant, les mâles du troupeau tandis qu'à l'arrière les piaillements propres à la gente féminine ondulaient dans l'air. Tel l'ingrédient pris entre deux tranches de pain, la mage guerrière entendait chaque pôle s'animer. Face à elle l'enfant dragon, épaulé de son fidèle compagnon poilu, déjà se remettait à l'œuvre : de sa tonalité et gestuelle enflammée il brandissait poings, provocations et autres diatribes à l'égard de son éternel rival. Guère de fatigue ou d'ennui dans cette ritournelle de titiller le maître du givre. Rien de bien surprenant, ce qui n'était guère le cas de l'attitude du presque strip-teaseur ; le passif celui-ci demeurait. Peu de retour, de combativité renvoyée. La virulence pourtant si tapageuse lorsque la tête brûlée le querellait n'exclamait pas. D'un calme royal il suait ; comportement inhabituel, voire pour le moins étrange. Était-ce le fruit de sa menace ? Nulle évidence. De tout temps à jamais la fanatique du fraisier renversa sur lui des trombes d'ultimatums or pas plus d'une minute après l'expert en nudisme violait en totale impunité ses prohibitions. Pourquoi, sans raison apparente, l'insurgé se plierait aussi radicalement ? Trop exceptionnel, trop facile pour être l'unique explication. Cela appâtait sa réflexion mais la pensée ne chercha guère à décrocher le bandeau de l'élucidation.

Erza déposa plutôt son attention sur la vague auditive qui naviguait dans son dos. Amusant était le contraste entre la voix pinaillant de vivacité et celle un tantinet lisse de neutralité. Les diverses fuites de tons et de syllabes lui signalèrent l'intention plus qu'insistante de la blonde à arracher à la bleutée une potable justification quant à son geste hué scandaleux. L'incriminée se pavanait d'un masque en marbre, pas plus touchée ou expressive vis-à-vis de l'état quelque peu remonté de la stellaire. Au contraire, l'invocatrice des pluies déroulait ses raisons d'une façon tout à fait lymphatique alors que leur teneur s'apparentait à l'outrage — pour la partenaire du furibond malabar. L'écoute très vite cependant se noya dans la lassitude ; l'impératrice des interdits de rixes exila son intérêt ailleurs : la vue. La structuration de la cité la déconcerta, notamment par cette ergonomie très spéciale qui à n'en pas douter donner un certain cachet à cette cité. Alors qu'en dehors de l'écharpe de pierre un horizon interminable de dunes s'allongeait, l'intérieur de l'agglomération exhalait d'animation. En quelques pas l'être faisait une passe entre un désert de vie et une bulle luxuriante de stimulations.

L'entrée passée, la maîtresse des eaux se proposa d'aller acheter les vivres pendant que les quatre mages dénichaient le lieu adéquat pour déguster leur déjeuner. L'endroit préféré, trouvé en quelques pittoresques secondes s'écartait de la cohue harassante. Exclu de la foule bourdonnante, l'emplacement toutefois ne prenait racine dans le lointain. Aisé il était de les localiser ; peu d'habitations poussait à l'alentour. Un recoin isolé avec pour compagnie une majestueuse et non des moins rouillée machine de fer. Plusieurs gouttes d'une audition croassée se perdaient jusqu'ici mais ne martelaient guère le tympan d'agression. Une place propice à la quiétude de l'air et de la chair, en somme. L'indécrottable trio se regroupa, rires et tonalité s'enchevêtrant ensemble pour mieux perforer le vent de leur vitalité retroussée. Quant au roi du nu, le retrait fut choisi. La même expression troublée enluminait le faciès ; évasif, pensif. Ça ne lui ressemblait guère, cette distance vernie d'une couleur grave. Quelque chose l'engluait.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? », se soucia la gourmande des fraises en s'asseyant à ses côtés.

À la question répandue dans le plus confortable des flegmes se fit l'écho élancé du silence. Guère de pupilles déclouées de ce vide regardé. La réaction était fantasque ; juste une réponse cloisonnée. Les nombreux grains de la durée qui coulèrent encore et encore de leur sablier firent croire à la mage chevalière qu'aucune réplique n'allait voir le jour ; chose qui ne se passa pas.

« Jubia s'est déclarée. »

Direct ; brut. À travers la neutralité apparente résonnait en réalité le sifflement aigu d'une gifle. Erza le perçut avec autant de force que de visibilité : l'apprenti des glaces avait pris un coup, un sacré coup qui eut un mal de chien à être encaissé. Malgré l'habit de l'imperturbable dans lequel l'exhibitionniste s'évertuait à paraître, la jeune femme voyait le remous impétueux que déclencha ce présent avoué. D'ailleurs, la spécialiste en armes blanches s'enlisa dans une certaine incompréhension quant à cette attitude. Jamais le disciple d'Ul ne réagit de la sorte lors des innombrables aveux de la femme pluie.

« À nombre reprises elle l'a déjà fait sans que cela te préoccupe plus que ça. Pourquoi aujourd'hui ce serait différent ?

— Parce que cette fois elle est plus que sérieuse. »

Tête penchée en arrière, la réglisse des prunelles s'inonda du bleuet de l'éther. La cascade orale chutait ; l'œil se perdit en haut, dans le coton effilé. Titania le fixa, interloquée ; dérangée par cette attraction soudaine pour la cime intouchée, comme si s'y égarer rompait les chaînes du réel et de la sensation de l'ici ; confuse de ces mots au cœur musical pondéré mais dont l'émoi pinçait la corde de l'indigeste fatalité ; embrouillée par le sens non éclairant des vocables qui ne jetèrent qu'un peu plus de confusion. Un état dissolu que le brun vint plus ou moins atténuer par une conscience mise à nue.

« Il ne s'agit plus d'excentricité ou de fougue sentimentale. Elle m'a mise face à la vérité, une vérité que j'ai voulu reniée et effacée. Ce n'était qu'une lubie passagère, sans aucune importance ; un amour superficiel. Des excuses de merde pour ne pas voir la réalité en face, affirma-t-il d'un timbre où s'y crachaient le fiel et la rigidité de l'affect. Je savais pourtant qu'un jour ça arriverait mais en véritable buté j'ai préféré faire comme si de rien n'était. Et voilà qu'aujourd'hui ces mêmes sentiments, ceux que j'ai fait mine d'ignorer, m'explosent à la gueule. »

Des dires taillés dans la froideur hivernale. Durs, intraitables ; ils claquaient. Le visage également se faisait marquer par cette gangrène : la colère. Sourde et acide, celle-ci coulait des yeux. La rousse y devinait, par cette suffisance à s'ouvrir à l'air, la fibre émotionnelle pourrie par cette dernière. Mal vrombissant ; trop fort, trop gros pour être tu. Le boomerang qui longtemps durant parti loin, si loin, revint tout à coup et percuta de plein fouet. Collision foudroyante. Il n'était pas préparé à ça, à ces faits si influant de désordre. D'une rigueur inflexible le comportement se stabilisa dans le travestissement. Or, cinq mots suffirent à faire éclater d'une violence sans pareille la bulle de chimères dans laquelle l'âme se séquestra. Encore maintenant il y avait une profonde difficulté à digérer, voire à supporter cette égratignure.

« J'aime pas ces sentiments, j'n'en veux pas. Ça implique trop d'choses et puis cette attache n'est pas faite pour moi ; j'ai pas envie d'ça. »

L'aigreur permutait avec une agressivité indomptée, relâchée sous l'ordre sanctifié de la pulsion. S'y apparentait une sorte de coque défensive, de protection du ressenti. Une clameur de la véracité, l'unique à exister. Néanmoins, dans cette certitude à se dire et à se penser dessaisie de tout partage ou désir de lien passionnel, la mage de rang S n'y distingua qu'une forme de préservation. Se protéger pour mieux se déresponsabiliser. Ne dévoiler qu'un seul revers pour mieux se préserver. D'aucune façon l'ancienne esclave ne le jugea ; elle-même, à sa manière tout du moins, mimait cette conduite. À l'inverse, elle choisit plutôt de lui donner accès à une porte de sortie.

« Alors dit-lui. »

Cette soudaine réponse, exposée avec tranquillité alors que sa résultante incitait le bouleversement, arracha les prunelles masculines à leur contemplation pastelle ; s'enfoncer dans les billes clinquantes d'Erza. Éclat vif et conciliant qui serpenta le long de leur regard. Pas de morale, de blâme ou autre étiquette émotionnelle. L'oreille dépliait une écoute, profonde, respectueuse. Mieux que cela : y suintait de cet agir la compréhension, celle qui en fond disait savoir ce qui s'éprouvait. Une sérénité juste dosée en découlait ; comment faisait-elle ? Pour en quelques termes éparpiller un certain repos au psyché mouliné. Pas seulement une tentative de rendre l'humeur plus fleurissante ; une manière d'être, brute de franchise et de caractère. C'était tout, mais c'était amplement suffisant pour semer les graines fécondes de l'apaisement.

Ce fut à ce moment que l'amoureuse du ténébreux apollon revint, les bras garnis de fruits et de légumes exotiques. La distribution coula en toute tranquillité jusqu'à ce que l'œil affûté de goinfrerie du fils d'Igneel ne remarque le si « pauvre » contenu sélectionné par la mage. Happy vint d'ailleurs en rajouter une couche avec la trop claire absence de la poiscaille, aliment de prédilection. À ces caprices soporifiques Jubia rétorqua en exemplaire stoïcienne la si pauvre bourse dont elle disposait ; justification rejetée de la part des contestataires pour cause « d'argument bidon ». Leur désaccord haut et fort ils signifièrent à une fée d'eau sourde d'oreille. Cette dernière s'installa comme si de rien n'était puis entama sa pitance. Une ignorance totale qui ne plut décidemment pas au deux grognards ; la chicane tira avec plus d'insistance le ténor des cordes vocales. Grossière erreur : ni une ni deux, la stellaire dégaina son spécial « Lucy Kick » qui aussitôt goba les exécrables plaintes, la figure décalquée par cet envoi magistral de coup de pied. Le repas se termina donc dans la paix, chacun savourant la fraîcheur du suc. Seuls les corrigés tirèrent la gueule, la joue endolorie et meurtrie.

Repu, le groupe quitta la place en quête de trouver le commerçant dont avait parlé l'invocatrice des giboulées : le vendeur des Gidbikes. Ne connaissant la position de ce dernier, ils larguèrent à plusieurs reprises leur instance à la populace ; une foule des plus mouvantes et agitées dont le fracas harassait la pensée. Les visages défilaient à la chaîne, semblables à ces compartiments du train qui fusaient dans un mouvement de folie. Aux premiers coups d'œil, l'attention ne se focalisait guère sur cette marée d'Homme. Or, à présent sanglés par celle-ci, les yeux ne savaient même plus où tremper leur lueur tant devant eux un océan abyssal du genre humain s'étendait ; c'était à s'en atrophier la vue.

La marche écoula son écho du pas un certain moment avant que ne soit saisie l'information requise. Chanceuse, la troupe ne balaya la poussière de sable que de maigres mètres avant d'enfin trouver l'échoppe. Seule Erza entra. Lors de son résumé, l'amoureuse de l'azur (1) aborda le « léger » problème survenu quant à la « casse » des véhicules fournis. Un détail qui de suite fut happé par la si fine anticipation de Titania. D'ici elle vit comment cela allait partir et surtout finir : en pure baston made in Fairy Tail — c'est-à-dire un génocide partiel ou intégral du bâtiment. Nul doute qu'une fois que le propriétaire aurait pris connaissance de l'état « détérioré » de ces biens, ce dernier péterait une durite aussi violente et éclatante que l'explosion d'un feu d'artifice. La voix braillerait à l'esclandre tandis qu'avanies et autres vilenies orales seraient crachées sur leur chère et tendre guilde. Conséquence ? Le déclenchement de la furie destructrice de Natsu Dragneel, véritable expert en démolition. Pour sûr qu'il ne resterait rien, outre des décombres ou un bout de construction (avec de la chance) de la boutique. Ô combien il n'avait guère besoin de cela. Ainsi il fut décidé qu'il n'y aurait que celle possédant plus d'une centaine d'armures qui « négocierait » le nouveau prêt des deux-roues.

Accueillie par le responsable, la légendaire épéiste délivra sa demande telle une vulgaire cliente de tous les jours. La requête, inhabituelle quant à la quantité sollicitée, suscita l'interrogation.

« Et puis-je vous demander pour quoi vous avez besoin d'autant de GidBikes ?

— Tout simplement parce que nous sommes un groupe de cinq vacanciers qui souhaitent se balader dans la région. », répliqua le plus naturellement du monde la mage guerrière.

Malgré la sincérité apparente des propos, la suspicion du gérant ne déguerpit guère du faciès. Pour autant cela ne dégonfla d'aucune façon la droiture falsifiée. Au contraire, Erza en rajouta de plus belle, excellant dans son rôle de touriste mythomane.

« Y a-t-il un problème à ce que nous empruntions cinq motos ? s'inquiéta-t-elle, l'amabilité tissée aux lettres.

— Pas vraiment non. C'est juste que je suis surpris qu'il y ait autant de GidBikes qui soient louées le même jour. On a pas franchement l'habitude de ça, avoua le marchant.

— Vous savez, le désert entourant Kinsa fait parler de lui jusque dans Fiore. C'est d'ailleurs à cause de toutes les éloges dites à son sujet que nous avons voulu l'explorer. »

Le numéro exacerbé du simulacre fut fructueux puisque le grossiste indiqua, après un bref silence de dernière indécision, les recommandations à suivre ainsi que les modalités d'emprunt. La paperasse signée et achevée, les clés furent remises tandis que la jeune femme se faisait informer d'aller récupérer le tas de ferrailles dans le garage situé à l'arrière du magasin. Saluant en guise d'adieu le vendeur, Erza sortit, le sourire infesté d'une fierté qu'elle se régalait à exhiber. Son allure de paonne suscita chez ses camardes l'air interdit, celui traduisant la mécompréhension du comportement. Alors, toujours les plumes de l'orgueil déployées, celle maîtrisant l'art du rééquipement secoua le fruit de son génie perfide. Cela eut pour effet de générer pour certains des exclamations plombées d'admiration ; pour les autres — à savoir l'allumé et le réfrigéré —, la moue du renfrogné et de l'impassible ils affichèrent.

Une fois rendu au dépôt, les réactions quant à l'aspect plus qu'atypique des deux-roues ne se firent guère attendre : Natsu se trouva dans ce même état d'hypnose — l'iris irradiant d'une insatiable fascination —, l'enchantement tout autant que la vigilance peupla l'apprentie de la plume, Happy y tourna autour en parfait gamin surexcité, et la reine fée fut en proie à une attirance avérée qui parada toutefois dans la modération. Ceux ayant déjà monté le bolide n'eurent leur intérêt et encore moins leur curiosité attisés. Non, ces deux-là préféraient s'envelopper dans l'épaisse couverture du silence ; la conversation se terrait au fond de la gorge. Peu de jours purent se vanter d'avoir été à ce point dépouillé d'un quelconque échange entre le nudiste et son authentique groupie. Toujours un troc de lettres circulait entre eux, et ce même si la plupart du temps c'était la femme de l'Océan qui composait pour deux la mélodie de la discussion. Aujourd'hui la sonate labiale ne s'assemblait. À la place y flottait une distance, tendue, étirée jusqu'à la limite de l'élastique.

Les engins et casques en main, le troupeau quitta la cité — non sans une excessive pointe d'enthousiasme pour le cracheur de feu. Enflammé comme à son habitude, le dragon slayer voulut conjuguer l'utile à l'agréable : battre à plate couture cette burne au cerveau pourri et ce par une folle course de mécanique. Le tabloïd splendide : lui chevauchant tel le canasson sauvage ce panorama d'une autre existence, ses cheveux batifolant avec le vent, son rire forant la stratosphère d'une vitalité trop dosée, la fourchette du bien-être piquant sa viande corporelle. Magnifique rêve, à l'espoir scintillant, à l'envie dévorante. Là demeurait néanmoins tout son poison : le fantasme. Pas de déprime ou d'écrasante défaite du rival. Que dalle ; la cru et désillusionnée réalité avec un Grey qui l'ignora de sa désinvolture si exaspérante et une Titania lui ruinant son idylle : la bécane roulait en autopilotage sans aucune possibilité de jouer sur la vitesse ou sur la conduite. « De la grosse merde » oui que c'était. La fébrilité pourtant exubérante du flamant rose chuta à pic. Pire, il y eut un réel désamour pour l'appareil qui au final fut considéré comme l'objet caduque, banal et saoulant — à avoir ainsi aviver pareille flamme pour en à peine quelques secondes l'asphyxier tout entière.

Ils enfourchèrent leur monture, tête couverte et prirent la route en direction du camp. En dix minutes ils se trouvèrent sur les lieux et durent encore solliciter les habitants pour leur signaler la position du bâtiment. Une fois devant le logis, la gastronome des fraisiers rejoua l'exacte scène que celle interprétée par la femme des flots le matin même. Bien entendu, le résultat n'en fut guère plus différent, ce qui fractura l'apathie du semi-nudiste : soupir de grand blasé, sourcils froncés, fatigue des traits, oeil agacé, l'Ice Maker ne se fit guère prier pour rendre des plus palpables sa contrariété : « J't'avais prévenu mais t'a pas voulu m'écouter. Non, madame n'en a fait qu'à sa tête et voilà le résultat… », maugréa-t-il en guise de premier râle. Premier car d'autres suivirent, un deuxième puis un troisième qui à chaque fois dénouait un peu plus la boucle serrée de patience et de contenue d'Erza. Inévitable empoignade qui aurait détonnée sans l'acte déroutant du dragon slayer : celui-ci marcha jusqu'à la porte et s'immobilisa sur son seuil, le visage parfumé d'une grave sobriété. Ce mouvement — ce regard — étouffa à lui seul le tourbillon du son ; ses compères le scrutèrent, aussi bien étonnés que curieux de son intention à venir.

« J'peux pas comprendre ni savoir c'que vous ressentez mais y a une chose dont j'suis sûr : c'est qu'cette douleur que vous avez doit pas s'propager. Ces fumiers vont continuer à la répandre si on fait rien. C'est pour ça qu'on est là, pour les dégommer mais on a besoin d'votre aide pour ça. »

Stupéfiant, ce trait net des mots. Pas de tremblement ou d'emportement ; ça coulait d'une ligne et avec fermeté. Les dires, tout autant que la lueur vive de l'iris, distillaient l'effluve entêtant et fascinant de la volonté. Féroce volonté qui marquait au fer rouge l'alphabet, la voix, les pensées, le cœur. Tous subissaient la frappe rugissante ; sa force d'assurance. Il n'était guère question d'accord ou d'écoute de ces paroles ; celles-ci s'invitaient d'elles-mêmes sans appel ou autorisation dans l'antre de l'âme. Une pénétration, au même titre qu'un coup de poignard. Puis venait leur propagation effrénée et incontrôlable ; virus contaminant la rivière des sentiments.

« J'les défoncerai, un par un. Plus jamais ils ne briseront de famille. Même s'il faut qu'je crève pour ça, j'les arrêterai ; tous. »

Claqua la rage apprivoisée. Brûlante, sa lave se déversa sur la parole. Couler pour moins déborder. En laisser un peu, juste un peu, s'échapper. Ça soulageait, oui, mais son averse tombait pour incendier la réalité. Calciner le réel de pareilles missives incrustait l'existence de l'agir annoncé. Ainsi il dit, ainsi cela se passera. Aucun démentir ; de cette vérité le futur sera imprégné. Ce volcan d'émotion ne perdait sa retenue malgré son halo aveuglant. À la goutte près le casse-cou déversait ce jus ébouillanté ; un contrôle qui ne parfaisait qu'un peu plus cette singulière puissance à sculpter l'avenir dans l'unique faïence de ses exigences.

« Et vous aussi, vous pouvez l'faire. Aidez-nous, et jamais plus cette douleur ne touchera d'autres parents. »

L'évidence, simple mais si profondément pensée. Persuader ? Du tout. C'était une foi increvable, gravée dans la roche de l'action. Chacune de ces vagues orales infusait la sincérité, celle blanche comme neige. Pour la dernière cependant autre chose s'y dispersait : la dépendance, comme s'ils étaient pris en otage par la divulgations ou non d'informations de ces individus. En suspens ils demeuraient, l'attente ligotée à un espoir de coopération. À travers l'assemblage et le ton du message y suintait une conviction : les laisser ou non entrer serait un élément déterminant quant à l'arrestation des meurtriers.

La bourrasque vint souffler sa tiédeur de l'après-midi ; personne ne la sentit. La touffeur de l'astre arrondi rôtit l'épiderme ; personne ne le ressentit. Les sens bouchaient leurs stimulations en provenance de l'environ alors l'attention pointait en une seule direction : la suite à venir. Leur esprit s'entortillait autour d'une tension, étouffante, pernicieuse qui se délectait à entailler ou recoudre la confiance et la déception à chaque seconde envolée.

Silence pesant, parti en fumée lorsque l'entrée se découvrit. Un homme, la quarantaine passée, fit face au chalumeau humain. De suite la vision du mage se vrilla dans celle éteinte de l'inconnu. L'écorchure du cœur siégeait sur le visage, morne et creusé. Ces yeux de pers pleuraient une fatigue intarissable. L'épuisement posa son empire de l'affliction sur l'intégralité du faciès : un teint flétri, des joues pâles, une crinière grasse et emmêlée, la barbe non entretenue, une expression vitreuse. Doucement mais sûrement l'éclat de vie désertait l'âme ; âme brisée résidant dans une enveloppe de chair morte.

« Entrez. »

Même sa corde vocale puait la plaie, celle propre à la déchirure du bien-être. Tandis que plus grand s'ouvrait la porte, Natsu jeta un coup d'oeil à ses compagnons puis pénétra dans la demeure, suivi de près par les récents muets. Guère longtemps l'attention fut accaparée par l'intérieur du domicile malgré son habillage extérieur plus qu'insolite. La banalité transpirait des murs, du mobilier, de l'agencement. Bien sûr la touche personnelle luisait à chaque coin des pièces mais cela les importait peu. L'œil s'aimanta presque aussitôt sur l'hôte, celui-ci les invitant à s'installer dans le canapé — ce que fit le groupe hormis le brun qui préféra la posture debout.

Assis en face, le propriétaire décadenassa le verbe.

« Je suis désolé, je n'ai rien à vous proposer. Ma femme n'est pas là et pour tout dire nous n'attendions aucune visite. Depuis la mort de Gakuun, nous ne sortons pratiquement plus et ne voyons que peu de monde, expliqua le maître des lieux d'une tonalité fanée et tout à la fois honnête.

— Vous n'avez pas à vous excuser, monsieur ? rassura la rivale d'amour, le timbre doux.

— Hiroshi. Et comment pourrais-je vous aider alors que la seule chose dont je sais est que mon fils a été tué ? »

L'agressivité ne noyait guère la tonalité ; cruelle vérité. L'interrogation était infestée de franchise et ne visait guère à cracher le venin du meurtri, trop empoisonné pour seulement s'éprouver dans le cri réprimé. Un mal, brut et éternel qu'il vomissait et dont la réverbération secouait leur marmite émotive. De la pitié ? Sensibilité. Cette souffrance se propageait jusqu'à eux et aucun ne la refusait ; ils l'écoutaient et la laissaient s'infiltrer. Non pas pour la subir ou la connaître mais simplement parce qu'ils étaient ainsi, empathiques, vulnérables à la fêlure de l'âme.

Toutefois, le crayon de l'interpellation traça ses lignes sur l'un des portraits du clan.

« Comment savez-vous que votre garçon est mort ? demanda la mage au corps aqueux en s'attirant toutes les oeillades de l'assistance. Les enfants enlevés dans la ville de Kinsa n'ont pas encore été retrouvés. Personne ne sait s'ils sont vivants ou pas.

— Des voisins l'ont retrouvé il y a plus d'un mois, à quelques kilomètres d'ici. Nous n'avons pas pris la peine de prévenir le maire car c'était trop difficile. On avait pas la force de le faire savoir, raconta-t-il, la blessure affective toujours imprégnée dans sa voix alors que les orbes fuyaient en bas, comme si derrière les raisons dévoilées y retentissaient faiblesse et honte.

— Ne vous justifiez pas. Jubia se posait juste la question et elle n'avait aucune intention de vous juger, clarifia-t-elle, se sentant responsable de l'apparente et subite culpabilité du parent.

— Merci de votre sollicitude Jubia, avança celui-ci d'un maigre mais vrai sourire. Mais nous avons eu tord. Nous aurions dû faire les choses comme elles se devaient d'être faites car il n'est pas seulement question de mon fils : cela concerne tous les enfants de Kinsa, aussi bien ceux qui ont été enlevés que ceux qui sont encore là. Vous m'avez fait prendre conscience de cela, confessa-t-il en désignant du regard l'intrépide malabar, que si rien n'était fait ils continueront. Même si c'est dur, très dur, de parler de ça, il faut le faire. C'est indispensable si on veut que ça ne se reproduise plus. »

Un imposant sérieux englobait le son. L'empreinte rougeoyante du chagrin s'estompa pendant quelques paroles ; juste une durée frivole sans aucune percussion de la fossoyeuse. Les prunelles rejetaient une profonde sincérité. La saignée du sentiment ne demeurait plus l'exclusive dominatrice puisque dans le fleuve des mots cascadait également une certaine gratitude. Leur attitude si cru d'authenticité déblaya cette poussière aveugle, extirpant la vérité de son cache du refoulé. Pas facile à endurer mais nécessaire ; pour avancer un peu plus, pour saigner un peu moins. Reconnaissance aussi envers une telle spontanéité, complètement fraîche et saine du cœur. Ça ne guérissait pas ; qu'importait. C'était là, c'était humain ; c'était bon.

« Pour une fois que c'que déblatère le micro-onde roussi est utile, affirma soudain et le plus naturellement du monde le pro de l'air glacière. Ça relèverait presque du miracle, compléta-t-il comme si son dire relevait de l'évidence même.

— Na mais tu veux mon poing dans ta gueule face de pet !? pesta au quart de tour l'insulté en faisant volte-face à l'effronté, l'hideuse grimace du courroucé exposée.

— Vous arrêtez de sui-

— Réplique typique du bouffon… riposta en toute commodité le brun en coupant court à l'avertissement incomplet de la renommée escrimeuse.

— Va plutôt enculer les mouches, 'spèce de raie cong'lée ! surenchérit la tête à flamme, son front cognant contre celui parsemé de veines rondouillardes du nudiste.

— Un mot de plus et c'en est fi-

— J't'emmerde la salamèche ! Pauvre bougie de merde qui cramerait même pas un p'vre tissu !

— Et toi, l'bouseux des banquises, ta connerie congénitale est tellement grosse que tu pourrais pas la g'ler même si tu l'voulais !

— MAIS BORDEL VOUS ALLEZ LA FERMER ! »

Le plomb péta ; furie éléphantesque explosant. Les mandales quant à elles pulvérisèrent en intégrité les sacres, leur créateur passé à tabac par une harpie complètement hors de contrôle. Se joignit à cette tempête, semblable à celle d'une attaque nucléaire — tant et sur tous les fronts cette dernière ravageait —, un Happy se gaussant à en avoir les larmes aux yeux, tout ceci sous l'œil ébahi d'Hiroshi. Devant lui paraissait se dérouler la scène du carnage avec ces incessantes jérémiades, cette frénésie à tatouer la peau de bleus, ce feu terrible de pugnacité qui irradiait des orbes et cette majestueuse déculottée prodiguée.

« Ça vous voyez, c'est du Fairy Tail tout craché : deux incurables masochistes qui se font massacrer par une furie. Ils ont beau constamment se disputer, je suis toujours impressionnée du sommet de débilité profonde que ces deux-là peuvent atteindre… C'est effrayant, vous ne trouvez pas ? confia la constellationniste, désabusée au plus haut point.

— Un peu oui mais Gakuun se comportait de la même façon avec son cousin. Ce n'était pas aussi extrême mais la verve et les coups allaient bon train. », déclara le locuteur, un brin de nostalgie douloureuse emmitouflé dans sa confession.

Le châtiment ultime rendu, le bourreau aux attraits traîtreusement féminins revint, comme de normal, s'asseoir à sa place. À nouveau la placidité endurcie de la mère des corrections aromatisa sa trogne ; un revirement d'humeur tout aussi mirobolant que dangereux. Cela avait de quoi étonné, voire effaré quelque peu l'informateur qui se demanda si cette fameuse guilde n'était pas en fin de compte un refuge pour les détraqués.

« Si j'ai bien compris, vous avez pu voir le corps de votre fils, n'est-ce pas ? voulut confirmer la manieuse de sabre.

— Oui, pourquoi ? réclama l'interrogé, intrigué.

— Apparemment les meurtriers laissent sur chacune de leur victime un symbole, élucida Titania dont la réponse entraîna la devanture immédiate de l'étonnement chez le père du défunt.

— En effet y a un tatouage sur sa nuque.

— À quoi ressemble-t-il ? questionna à son tour la maîtresse des eaux, sa lucarne cristallisée dans celle du propriétaire.

— À pas grand-chose, une sorte de nœud défait. », indiqua-t-il lui-même confus.

Piètre éclaircissement qui engendra l'absolu contraire de l'effet convoité : les mages ne furent qu'un peu plus emmitonner dans le drap cotonneux du trouble. Des lettres accouplées, à la sonorité creuse, vide d'une concrète signification. Rien de déchiffrer ; du flou, toujours du flou. Au moins à présent ils détenaient une mince mais première idée quant à son aspect. C'était déjà ça de pris.

« Y a un truc que j'me demande, émergea des tréfonds de la castagne Mister Freeze en se remettant laborieusement sur pied. Votre fils pratiquait-il la magie ?

— En quoi cela vous serez utile de le savoir ? se manifesta l'entière perplexité du quarantenaire.

— Je ne sais pas mais p't'être que ça peut en partie expliquer son enlèvement. »

La révélation — qui en était bien une au vu des réactions plus que déconcertées de l'auditoire — fut à peine épanchée que cette dernière écopa d'un étayage appliqué.

« Hier j'ai parlé avec le père Justin, celui qui dirige l'orphelinat. Il m'a dit que tous les orphelins kidnappés ne possédaient aucun pouvoir. De plus, Beedle a précisé qu'à un moment c'était des enfants issus d'une famille qui subitement disparaissaient. Et c'la pourrait s'interpréter par le fait qu'votre fils était un mage. Est-ce le cas ?

— Oui, on l'a découvert il y a peu. On l'avait même inscrit à une école spécialisée, la même dans laquelle a été scolarisée Fuyuko — l'autre enfant enlevé. Donc si je vous suis bien, les meurtriers s'attaqueraient aujourd'hui aux enfants usant de magie ? traduit-t-il, confondu.

— C'est une supposition ouais. »

Hypothèse loin du farfelue ou de l'absurde qui laissa pantois la bande. À vrai dire, aucun d'entre eux ne s'attendait à ce que le roi du nu apporte une quelconque lumière. Certes cela restait à l'état de simple éventualité mais toujours est-il que celle-ci demeurait foncièrement plausible, à un point tel qu'Erza spécula la trouvaille d'un élément clé de l'affaire. Tout cela grâce à la perspicacité inouïe — et pour le moins exceptionnel qu'on se le dise — de l'expert polaire. Pour sûr que la surprise était de mise.

D'autres renseignements furent sollicités avant que la cohorte ne lève le camp. Leur sortie se maria avec un salut et un regard exprimant le bienfait engendré par leur illustre échange. Sans perdre de temps, le peloton de toqués grimpa sur les bécanes, le crâne protégé, puis se sauva en une myriade de pruine sableuse. Ils parvinrent en ville à l'amorce du déclin, les véhicules garés à l'entrée de la cité tandis que les casques furent déposés dans les chambres.

À la sortie de leur hôtel, l'incorrigible binôme homme-chat traça en parfaite fusée vers quelconque bâtisse pouvant satisfaire à leur incurable rapacité — une Lucy gueularde sur les talons. Pour un peu, Erza se serait crue chez eux, à Magnolia, en voyant à quel point ces trois-là rejouaient constamment la même routine. Ne manquait plus que l'armada humaine ainsi qu'une sacrée retouche en terme d'ergonomie pour qu'en effet la métropole soit la copie conforme de leur contrée. D'ailleurs, la mage de rang S éprouva cette familière envie à flâner telles les brindilles fugaces qui, sans se voir ou se chiper, chaloupaient avec la fraîcheur câline du calme crépusculaire. La tranquillité de l'alentour était comme une invitation au repos de l'âme. Une offre que ne refusa pas la jeune femme, surtout pas quand dans l'air commençait à se propager les premiers fumets. À trop les humer, les narines en venaient presque à suffoquer de désir et d'appétit tant ces senteurs ensorcelées les sens. Enveloppée dans ce cocon serein et bien odorant, la jeune femme engagea son pas de farandole solitaire. Une maigre foulée qu'elle fit car son attention s'agriffa à la vision de son flanc droit : Grey se tenait face à la mère des eaux.

Une lueur, fatale et retentissante dans sa résolution, logeait dans la pupille du tailleur de glace.

L'encre de l'épilogue suintait, dans ce regard.

Et il n'en fallut pas plus.

Pour qu'elle sache, comprenne.

Le devenir.

Pour lui, pour elle ; pour eux.

Inéluctables mots.

« Jubia, j'ai quelque chose à te dire. »


(1) : ça mes ami(e)s c'est ce qu'on appelle un magnifique plagiat ! Eh ouais, cet emboîtement de mot n'est pas de mon génie neuronale mais bien de celui de la très chère dépravée Achrome. Tu m'excuseras de t'avoir chouré tes mots mais ils sont tellement bons que ce serait une connerie finie que de t'en laisser l'unique usage, tu crois pas ? Ouais bon ok, c'est une excuse de merde — comme j'en sors si souvent. Mais au moins j'ai eu l'obligeance — na mais comment je parle bourgeoise — de te citer, ce qui n'est pas rien quoi ! Donc j'suis pardonnable… n'est-ce pas ? :)


Ouais, je vous plante-là, avec cette réplique de merde de c'tte burne au cerveau congelé ; qu'est-ce donc cette chose à dire !? OH MON DIEU ! C'EST ULTRA-TROP-MÉGA INSOUTENABLE ! J'dis ça mais en fait, au fond de vous, vous avez la réponse… non ? Qu'importe de toute façon car ce qui compte, c'est que moi je l'ai — dans vos faces, ha ha ! :)

Trêve de connerie neuronale. J'espère que ça vous a plu car pour ma part j'aime beaucoup ce chapitre même s'il a été chaud du bouillon à terminer, normal au vue du POV adopté ; miss l'hystérique du fraisier n'est pas si aisée à manier ou à construire. M'enfin, ça a été pour le moins plaisant que de se mettre dans sa peau le temps d'un chapitre.

Place à la mauvaise nouvelle (ou comment finir en beauté) : le chapitre 8 sera publié dans le courant du 16-18 mai et ce à cause de ces tendres aimés examens.

Merci encore à ceux qui lisent et suivent cette histoire. Mais surtout, un profond merci à cette chère Satanas pour ses commentaires réguliers ainsi qu'à ceux qui ont favoris ! Vous êtes comme des M&M's, trop bon et me rendez folle dingo de vous — malheur à vous mes cocos :)

À dans un mois (ou comment remuer le couteau dans la plaie, juste par pur sadisme) !