Holà à vous !
Alors, ces vacances, vous avez bien profité j'espère ? Car pour ma part, ô que oui !
ENFIN, je livre la suite avec ce fameux chapitre 9 qui m'a demandé huit mois d'écriture avant d'être plié. Je l'ai terminé vers la mi-mai je crois mais ne le poste qu'aujourd'hui (oui, vous pouvez m'injurier comme des excité(e)s du verbe et me huer pour ça) car c'était avant tout pour me donner un peu d'avance dans la rédaction des prochains chapitres — au final, ça a servi à que dalle si ce n'est de me faire écrire des conneries jubiatiques et de me faire prendre une vraie pause. Aussi, pour continuer sur ma lancée du blabla merdique à propos du chapitre, ce dernier est l'un de mes préférés tout comme je le trouve bourré de défauts. J'appréhende comment vous allez le percevoir car je sens que ça va être partagé tout ça — mais c'est le jeu, dans l'écriture (plaire, ou ne pas plaire ; se planter, ou illuminer de mille feux ! Oui oui, soyons fous et utopiques !).
Sinon, petite annonce comme ça et parce que je suis qu'une grosse groupiste : je poste également en ce jour du 7 septembre car, voyez-vous, cela fait pile un an que L(M)A perle gruviatique a été publiée et je voulais m'arrêter deux minutes pour faire de la lèche à Achrome et à sa pépite, L'obsession n'est jamais bien loin de la passion. Un an que les (grosses) perverses du gruvia se régalent à parcourir ce bijou et je me suis dit que pour fêter tout autant que pour te remercier de ces un an de pur régale — si ce n'est de fanatisme et de jouissance absolue —, ben je te livrerai cette suite qui s'est trop faite attendre en cette date sacrée. Qu'Obs nous transporte à jamais !
A part ça, je vous souhaite une bonne lecture (je vais brûler un cierge pour que ce soit un tant soit peu le cas) !
9
L'eau tombait.
Chute interminable, implacable et fracassante. La grisaille tapissait le Monde. Un flot inondant — rideau mouillé suspendu autour du globe. Pure cascade du ciel opaque, celui déversant des sauts entiers de larmes. À la chaîne les gouttes s'alignaient ; tout asperger, tout éclabousser.
Un sol malmené. Un air atrophié.
Lourde humidité qui hurlait. Non par le vent, juste par ces litres, bombardés. Y détonnait la fureur libérée. Ce n'était pas seulement pleuvoir : ça rugissait, ça frappait l'éther sans plus aucun contrôle. En ligne droite la saucée s'écroulait, inflexible face au grief infligé à la Terre. Nulle écoute ; elle s'écrasait. Toujours aussi brutale. Si criante de l'humeur. Son averse parlait de maux ; sang de l'âme qui se mêlait à ce liquide incolore. Une sensation, dure, coupante — des lames se plantant. Le dard de Dame Nature ? Peut-être, oui. Aujourd'hui, la peau se faisait trouer.
Flic.
Giboulée de la plaie ; l'eau ne rinçait, elle infestait.
Flac.
Une claque, infernale ; l'agression de l'environ. Et foudre de l'affliction.
Floc.
La pendaison du cœur.
Ici, maintenant ; la sienne. Son hémorragie, celle qui la vidait, la saignait comme jamais auparavant. Non pas des gouttes s'écroulant mais des bouts de l'être s'émiettant. Chacun fusait dans l'air puis se fracturait sur ce sable imbibé de calice. Dépouillés de féerie, ces fragments se noyaient sous la pluie hurlante. Pas d'orage mais un interminable écoulement. Encore, encore, et sans fin le liquide des nuées abreuvait de sa triste noirceur.
L'eau criait.
Les couleurs n'existaient plus. Seule place au gris maudit et rembruni, l'éternel revenant. Que de nuages éblouis par la pâleur lunaire. Une épaisse, presque lourde couche de bile enveloppait l'alentour. Pas même l'écho des pas précipités ou des voix enraillées pour forer l'atmosphère. Tournait en boucle le silence incisif, comme si l'Homme jamais ne grava son empreinte fétide sur la vie.
Ne gémit que la marée, l'unique à danser et à jaillir de ce climat torturé ; empoisonnement de l'averse.
Puis demeurait ce corps, figé dans son affect, qui ne bougeait pas. Il n'y avait plus quelconque vitalité, dans l'enveloppe humaine. Dévorée, la joie. Démantelée, la foi. Faisandé, l'émoi. Juste des crachas acides du haut, brûlant la peau. Juste une toxine, pénétrant l'hémoglobine. Juste la pourriture du chagrin.
Car l'âme se casse.
En deux, en trois ; en morceaux. Un krach du sentiment qui, tel un oiseau mort, s'éclata en une giclée. L'émotion se déchira comme une simple feuille de papier — aussi simplement et rapidement qu'un coup de couteau. Pas de protection ou de temps pour comprendre.
Un impact, dévastateur.
Un temps, paralysé.
Un déluge, s'abattant.
Car plus rien n'exista, à ce moment.
Cet instant où le Monde tout à coup sembla destitué, arrêté et comme vidé de tout. Une mort de l'envie, car plus rien n'était à désirer. Une mort de l'entrain, car l'énergie du vivre tirait sa révérence. Une mort de la pousse fleurissante, car tranchée en un coup sec et violent. Ne demeurait que cette crevaison de l'être. Seulement cette vérité si cruelle, car enfin dite, car il n'y avait qu'elle — dans la tête, dans la chair. Il n'y avait plus que ça.
Ces mots.
« Je suis désolé…»
Terribles, dans leur honnêteté.
« … mais j'peux pas. »
Malsains, pour leur réalité.
« Cette relation, c'est pas pour moi. »
Tyranniques, par leur signifié.
« Je…Je ne veux pas être amoureux de toi. »
Et qui terrassèrent.
Comme autrefois.
Seule.
Comme toujours.
Repoussée.
Comme aujourd'hui.
Sans amour.
Et tailladée, l'ire du ciel effroyablement abondante. Magnifique ravage du pot affectif où guère plus de floraison n'adviendra. Pourtant l'eau coulait à flot — elle débordait, voire s'exhalait sans retenue ou pudeur.
Oui, partout s'abattait la plainte, folle déchirée qui ne s'arrêterait qu'une fois totalement épuisée.
Elle n'entendait plus.
Ne sentait plus.
Ne voyait plus.
Ne touchait plus.
Ne goûtait plus.
Plus à rien.
Plus qu'à ça.
Sens détraqués, bouchés par ce débordement des globes oculaires. Des heures durant que les perles défraîchies inondaient la sphère terrestre ; tristesse maladive se renversant sur les roches incassables du présent. Passé et futur semblaient si loin, si perdus dans ce tourbillon intempestif de l'émotion. Comment l'avenir pourrait-il se pavaner ? Alors que seule la morsure du maintenant jouissait avec force et présence. Or l'histoire d'avant revenait au galop. Course effrénée du souvenir qui vint perforer puis déchiqueter la mémoire. Les gangréneuses retombées d'antan rejouaient leur même collision, comme si en fin de compte ces deux temps se rejoignaient en une même et foudroyante fissure.
Toujours cette scène.
Toujours cette ritournelle.
Toujours cette fin.
Où elle gisait, là, sous la pluie battante ; son spleen trempé qui anéantissait toute éruption ensoleillée.
Où elle ne faisait que pleurer, pleurer et s'étioler pour mieux tout ébranler : sa désolation, sa putréfaction, sa désillusion.
Où elle tombait, s'enfonçait et s'écroulait dans ce puits familier et tant redouté de la fatalité ; gouffre de sa solitude inchangée.
Sauf que, cette fois-ci, ce fut sa capacité à aimer qui fut arraché.
Ses rêves, qui furent dépecés.
L'espoir, qui fut bousillé.
Pour ne jamais plus germer.
Non, plus de ce demain au possible sentiments noués. C'était terminé, la romance. La porte où s'échappait le rayon chaud et lumineux du lien amoureux venait de claquer — bruit sourd et torturé de la naïveté démantelée.
Il l'avait rejetée.
Lui ; sa flamme de vie, son oxygène, sa raison d'être.
Qui venait de l'éventrer.
Elle et sa fougue passionnelle.
Tout près ce corps lascivement convoité s'était approché. Rare et étourdissante proximité qui avait été endurée. Le souffle, léger, était même venu glisser sur ses lèvres en appétit, l'aiguillon de l'excitation s'introduisant dans l'échine. Alors l'autour s'était effacé des sens telle la craie essuyée. Quelques ondes oscillantes avaient parasité l'ouïe durant des miettes de secondes ; des stimuli perçus mais ne s'éternisant, comme cette tendresse de la brise qui, dans sa farandole, avait remué les cheveux turquin et en rouleau, comme ce linge de nuit drapant le dôme où dessus furent brodés des boutons scintillants.
Tous deux étaient restés ainsi, sans lettres partagées jusqu'à ce que cette phrase, à la note trop grave, pervertisse l'exaltation du moment. Auprès de cette annonce rigoriste s'était baladée la mauvaise augure ; cette impression dérangeante que les prochaines paroles flirteraient aux côtés de l'imparable et inéluctable franchise. Fini, la fuite. Évanoui, cette manie de se dérober ou de feinter. Dans les yeux séduisant d'abîme s'était lovée la résolution ; enfin ouvrir la boîte aux multiples verrous des sentiments, lui qui depuis une éternité ne l'avait désenchaînée.
Le pouls tout à coup avait joué d'un rythme prestissimo tandis que les orbes féminins, et à l'étincelle érotique, avaient observé chaque trait de ce visage viril. Une expression sévère, glacée par son authenticité. Un regard suscitant à la fois appréhension et adulation. Il l'avait scrutée, engloutie dans cette lueur où le désagréable pressentiment avait fusionné avec l'intarissable étourdissement.
Puis ces mots il avait vomis.
De battre, le cœur s'était alors arrêté.
Aucune dureté, tout en vile sincérité. À chaque lancés de haches, propulsés par l'oral, l'halo affriolant s'était tout à coup terni ; dans la pupille n'avait plus résidé que le déplorable. Entre deux jets de poignards s'était allongé un silence asphyxiant. Pas une seconde ils n'avaient délié leur attache, nocive, des yeux ; l'écorchure alors encore plus atrocement étirée.
Dès lors où cette voix assassine avait franchi la barrière labiale, le métabolisme n'avait plus cillé le moindre mouvement ; pétrification tout entière de l'être. Même la respiration avait été avalée par la boule grandissante de la marée, celle qui peu à peu avait remonté la gorge. Les lettres dévoreuses de bien-être avaient repris pour définitivement agoniser en un ultime assaut destructeur ; cette dernière phrase qui l'avait transpercée. À nouveau avait déambulé l'exécrable insonorité, si cinglante qu'elle fut.
Une goutte ; juste ce trépas du son.
Deux gouttes ; juste lui, la fixant, la morcelant.
Trois gouttes ; l'humidité au bord des billes à l'encre ardoisée.
Quatre gouttes ; sentir cette lésion fendre l'illusion.
Cinq gouttes ; ce réel, paralysant et insensé, qui décimait.
Six gouttes ; il l'avait quittée.
Sep gouttes ; pas de regard en arrière.
Huit gouttes ; rien d'autre que cette balafre.
Neuf gouttes ; le cadavre de la pétulance.
Dix gouttes.
Et une douche, glaciale et torrentielle.
Rayonnant des yeux.
S'expulsant des cieux.
En tout lieu et sur toute sa chair l'eau défraîchie avait afflué. Durant un temps non senti ni même mesuré elle avait demeuré la figée, imprégnée par ce fleuve à la goutte de sang — car c'était bien sa pulsion d'éros qui venait d'être égorgée, qui se tarissait de toute sa glorieuse ferveur. Le visage s'était levé vers cette obscurité diluvienne. Ces perles à la moiteur naturelle avaient alors rejoint dans une même glissade les larmes ; des retrouvailles.
Douleur et pluie.
L'indémodable duo, celui qui, depuis son enfance, l'accompagnait, la berçait. De nouveau, elle y était. De nouveau, elle s'y engluait, dans l'exil du lien affectueux. Doucereux bagne qui se perpétuait malgré tous les efforts et les déroutants chemins sillonnés ; retour à la case départ.
Aujourd'hui, l'avenir flamboyant de promesses venait de crever.
Douleur et pluie, seulement.
Et ces joyaux humides, ceux débordant des pupilles. Sanglots infatigables, toujours et pitoyablement là. Combien en furent versés ? Trop. Combien de fois le temps s'effrita sans qu'un pas ne soit fait hors de cette place ? Beaucoup trop. Son cœur était-il un vase ? Si simple à briser et pourtant si éprouvant à réparer. En réalité, elle ne cessait au fur des saisons essoufflées d'en recoller les morceaux. Oui, auparavant, un tel manège malfaisant se répétait ; mais plus maintenant. Les pièces ne se rassembleront plus, non.
La cassure était définitive.
Sa pose de statue s'abolit après d'interminables minutes ; une marche de l'aveugle ou plutôt du fantôme qui ne savait où aller. Elle avançait sans plus aucun entrain ni pensées et la tête résonnait d'un vide suffocant. Le déluge atténua enfin sa fanatique précipitation en resserrant ses gouttes ; pluie bruine qui à présent se répandait. Les larmes, taries, finirent par ne plus participer à la crue de ce torrent. À force, la sempiternelle cascade du coquillard assécha l'âme. Ces pleurs au demeurant drainèrent d'une rapidité monstrueuse son énergie psychique. À la place s'installa tout à son aise la fatigue. Lancinante, celle-ci assomma comme un coup de massue l'organisme.
Pourtant, la jeune femme ne prit route vers l'auberge — celle qui de son lit sec l'aurait en une étreinte engouffrée dans le sommeil ; profonde et anesthésiante torpeur, la retirant de cette nauséabonde réalité. Non pas tant le repos qui la repoussait à entrer dans la taverne — au contraire, celui-ci la harcelait quant à baigner tout entière en lui — mais bien la présence des autres. D'aucune façon que ce soit la mage ne souhaitait exhiber pareille vulnérabilité, et encore moins devoir la justifier. Se montrer aussi pathétique outre que sous cette pluie, sa pluie, ne s'envisageait pas ; jamais. Il n'y avait qu'auprès de l'averse que l'experte des marées pouvait s'écrouler avec autant de facilité et de fragilité. Ceci n'était réservé qu'à elles seules ; leur bulle des maux.
Alors celle orchestrant la saucée marcha, marcha et marcha. Juste ça, cette action où nulle autre chose ne venait s'y greffer. Le rebond d'un appel chatouilla cependant l'ouïe ; dommage pour lui, l'ignoré dont son bruit n'accapara guère l'attention toute évanouie de la fée. Les frappes sonores du dehors ne cajolaient ses tympans. Une extraction de la sensation de l'ici, voilà vers quoi s'aiguillait l'ancienne partisane d'une guilde noire. Ne plus résider ni même se sentir vivre, dans ce réel putride ; un désenchantement pour lequel elle voulait tant s'en guérir ou s'en affranchir. Quoi de mieux donc que d'annihiler tout, absolument tout du champ temporel et matériel ? Très certainement que la magicienne y serait parvenue, à s'emmitonner dans l'exil du goût d'être et d'agir mais ça n'arriva pas — du moins, pas pour tout de suite.
« Jubia ! »
La sourdine, pourtant délibérément posée sur les sens s'ôta aussi furieusement que l'éruption de cette apostrophe. Son pronom hélé elle entendit, rompant ainsi sa désertion du vivant pour la raccommoder aux mouvements du cosmos.
Malgré son farouche désir à ne pas se laisser capturer par les stimulations alentours, la mage aux corps aqueux se retourna : un Happy déboulait de l'élysée embué, sa fourrure aplatie tant celle-ci absorbait les fines égouttures. Le félin fonçait dans sa direction, ses moustaches maculées par la tache du tourment. Sa préoccupation muta toutefois en une grimace plissée. La mère de l'océan put encore mieux percevoir cette expression confuse une fois le matou arrivé tout près, juste au-dessus d'elle.
Cet air de l'interrogé, celui confectionné par les cils fripés il affichait. Quoi de plus normal ? Elle devait avoir une mine affreuse, avec ces yeux autant rougis que gonflés et ce lugubre visage ; maquillage d'antan qu'en l'instant l'ex-Phantom appliquait. Cette grimace, propre à la frigide femme pluie revenait peindre sur les traits la morosité tant damnée et bannie. Pour sûr qu'il y avait de quoi être interpellé mais l'amoureuse de l'azur ne laissa pas l'occasion à l'animal ailé de l'exprimer. Son état, d'aucune justification il n'aura ; son estime était assez piétinée comme ça.
Alors, avant même que le féru de pêche n'accouche par l'oral son questionnement, Jubia le devança.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Ton brut et dur, de quoi le dissuader de se renseigner de trop près. La froideur du regard également signifiait la non curiosité à adopter. Cette attitude pour le moins austère eut l'effet escompté : après une chétive réticence de la voix, cette dernière déchargea ses lettres explicatives.
« Natsu et moi avons capturé un mage qui tentait d'enlever un enfant. Erza a débarqué juste après et m'a demandé d'aller chercher le reste du groupe. »
L'aigu de sa tonalité l'agressa. Cette résonance n'allait de paire avec le martèlement excédant du dôme pleureur ; agaçante fusion des sons. D'autre part, les paroles se gobèrent d'une trop nette compréhension et direct l'amoureuse déchue sut l'impératif à le suivre — les rejoindre. Qui disait les retrouver disait indubitablement le voir ; lui, l'unique individu de cette trompeusement grande planète pour lequel elle aurait remué ciel et terre afin de ne pas le croiser.
« J'ai prévenu tout le monde. Il reste que toi. »
Que moi…
La jeune femme le scruta, une leur mortifiée imprimée dans son coquillard. Si seulement, pour de vrai, il n'y aurait eu qu'elle, ici et là. Sans eux, sans tous ces autres en train de frapper comme des enragés sa coque individuelle, la brisant. Plus d'exclusion. À mort, l'espérance. Que s'étripe cette vie au soleil trop désespérément attendue. Qu'il n'y ait plus que pour l'éternité sa tendre et loyale grisaille. Ou n'aurait-il pas pu l'oublier ? L'effacer aussi sommairement qu'on supprimait la tache sur le beau. Pas même ça, elle n'avait droit.
Quelle sournoise ironie, n'est-ce pas ? Hier, le mal absolu nichait en cette perpétuelle ignorance jetée à son encontre. Aujourd'hui, plus que tout l'invocatrice des flots marins voulait s'en abreuvait. L'isoler ; juste elle et ses plaies. La laisser sous sa cataracte, se confondre et n'être plus que ce fléau des eaux. Rien de tout ça ne fut autorisé, accordé. Obliger à retenir, voire à ravaler cette affliction éperdue. Contrainte de se faire ronger de l'intérieur, sans crier. Soumise à la mécanique du Monde tournant. Qu'importait que le sien demeurait glacé et pétrifié ; la vie continuait à chalouper dans son fringuant ballet coutumier, la percutant au passage.
Sur un plateau d'argent plusieurs options s'offraient pourtant à son comportement : celle de lui tourner le dos, celle d'arguer son indisponibilité mentale, ou encore celle de lui vomir son désintérêt total envers ce gamin et envers cette mission dont elle n'attendait plus rien. Guère de forces physiques ne l'empêcheraient de mimer ces conduites. Suffisait juste de taire ou plutôt d'absoudre ses valeurs morales, acte impossible à commettre pour la récente fée. Et ô combien cela l'affligea, cette conscience des plus indésirables. Par conséquent, celle maîtrisant l'un des quatre éléments terrestres obtempéra sous le joug triomphal de sa raison.
« Je te suis. »
L'affirmation se décora de la même rudesses, dans les vocables. L'usage de la première personne manifesta sans faux-semblant la sombre humeur qui en l'instant infestait la mage. Nulle autre déclaration il n'y avait à dérouler ; juste la guider là où il se devait de l'emmener, point. Happy le comprit d'ailleurs très bien et même s'il grignota quelques piètres secondes avant de se remuer, ce dernier se conforma à l'ordre sous-tendu.
Le chemin fut pris ; lui, volant dans les hauteurs et elle, arpentant ce sol saturé d'une eau en lambeau.
Moins forcenée, la rincée du firmament n'en finissait pas pour autant de saccager aussi bien l'anatomie que l'esprit ; impérissable et assourdissante cascatelle. En prime, l'épaisse couverture du silence vint les dorloter. À travers ce climat violenté ne se propageait que le son physique, sans chaleur ou émotion humaine ; une froide et morne atmosphère, la même qu'autrefois. À cause d'elle, toujours elle qui pourrissait et mouillait l'ambiance ; les gouttelettes salées grimpèrent jusqu'à la rétine.
« Si j'avais su que ce serait aussi chiant, j'rais resté à la guilde. »
Une, deux, trois perles roulèrent. Quelle corvée, que de supporter l'ennui duquel l'orpheline s'ornait. Le matou devait à son tour enduire ses pensées de cette blessante réalité : elle, la mère des océans qui non-stop et à tout âge contrariait autant le climat que les Hommes. Normal que le sculpteur du givre ne voulait chérir quelqu'un d'aussi incommodant, quelqu'un d'aussi insipide.
« Je ne veux pas tomber amoureux de toi. »
Un faible ruisseau coula des yeux ; les poings se crispèrent à s'en pressurer la chair. Quel plan ! Un échec magistral, celui jamais envisagé ou pensé mais qui survint et écharpa. La sourde et l'aveugle, elle aurait tant aimé être. Ainsi la jeune femme ne goûterait plus à cette vérité si avariée, à ces mots dont le rabâchage à lui seul entaillait plus profondément encore les veines du cœur. Les mains d'ailleurs se salirent à étancher le sillon humide ; ne pas exposer ni évacuer à l'air libre cette déchéance sentimentale. Dans la tête, ça pouvait y séjourner, mais pas dans les iris ; quel piètre spectacle ce serait alors, pour eux et surtout pour elle. Pas question — la muselière sur son spleen l'orpheline veillera et ce même au prix de d'autres contusions au pot affectif.
Quelques minutes, dix tout au plus, à cheminer avant que la destination ne soit atteinte. Dès lors, le champ visuel fut capté en premier par ce modique attroupement composé d'une dizaine d'œils impudiquement trop curieux. La magicienne ne largua sur eux qu'une œillade fugace, juste de quoi distinguer la prise de parapluie chez certains, et pas chez d'autres. L'attention fut accaparée presque dans l'immédiateté par la tenue de ses coéquipiers.
D'abord Lucy, située au plus proche de son flanc droit. Celle-ci, accroupie, serrait dans ses bras une loupiotte à la crinière rousse. La petite s'engouffrait dans cette bienfaisance féminine, ses gémissements s'y lovant ; des soubresauts dont la blonde tenta d'apaiser par la tendresse des mots et des gestes. Durant un instant, ridicule et malgré tout saisissant, la mage d'eau s'agrippa à cette douceur d'être et d'agir, une image retirée frappant avec brusquerie la toile mémorielle. Un instant, Jubia se revit, comme cette gamine, en train de vidanger sa souffrance dans l'embrassade si bienfaitrice et indispensable donnée par une femme — cette femme, l'unique personne à avoir infusé un peu de bonté et de couleur, dans cette époque noircie de gris. Un souvenir qui s'effondra aussi abruptement que sa résurgence car l'heure n'était au vagabondage des pensées, surtout si ces dernières s'amputaient au contact de ces épines d'antan.
L'optique la sutura à la mouvance du présent et plus particulièrement à celle agitée du Salamander. Ce dernier en effet tenait par le col le captif, son coquillard infesté par cette soif ingouvernable d'en découvre ; lueur de la pugnacité. Une risible distance séparait leur visage, le souffle lourd du fils d'Igneel s'étalant tout à son aise sur les traits hermétiques et cabossés de l'otage. L'indigo jetait son encre violacée sur les joues, signe évident du défoulement antérieur des phalanges. Et tandis que Titania dissuadait la foule de se disperser, le dragon slayer crispait la mâchoire ; le plus difficilement du monde il se retenait à déformer plus encore le portrait de l'antagoniste.
Son regard de femme inamicale, natif de l'ère des Phantoms Lords, pointait droit devant ; sur la scène de l'interrogatoire musclé sa prunelle se logeait. À gauche sa vue ne devait sous aucun prétexte s'aventurer, elle s'y brûlerait. La dépouille de son mythe enchanté y gisait ; tout lui, cet amour dépiauté qui incarnait cette exactitude de sa solitude. Fidèle à jamais, pas vrai ? Une fois de plus la régente des ondées dut se faire violence pour ne pas expulser en véritable misérable sa déchirure émotive. Pas besoin de le voir pour être ainsi attaquée, gangrenée. Le savoir là, juste à côté d'elle, juste ça suffisait à la tirailler, à ouvrir et nourrir la plaie. Après tout, sa passion de groupie représentait non plus le symbole rutilant de la pulsion d'éros mais bien celui du tombeau astral.
Ce ciel immaculé, si beau d'existence et tant fantasmé qui ne paradera plus sous sa chimère ; son investigateur ne lui offrira plus ce spectacle de bonheur pour l'âme… car elle était la pluie, et lui le soleil ; ce soleil qu'elle ne toucha et ne touchera jamais.
« Tu vas cracher l'morceau !? fulmina la tête brûlée en resserrant sa prise. Où sont les gosses !? Et qu'est-ce tu comptais faire de la gamine !? »
Son diktat, bien que des plus farouches, ne récolta qu'un mutisme pourvu d'un sourire à l'outrecuidance spectaculaire. Ceci n'arrangea en rien la moutarde déjà bien trop forte qui infestait les narines ; celles-ci fumèrent une vapeur dense, palpable et bouillonnante.
Jubia voyait, entendait mais n'écoutait. Les stimuli résonnaient, la bousculaient certes mais nuls ne l'accrochèrent.
Elle s'en foutait, éperdument.
« PARLE ! »
Et une autre secousse pour la route, une ! Le prenait-il pour un prunier ? Ça en avait tout l'air. La technique ne demeura pourtant guère fleurissante malgré sa teneur expansive et frénétique. Même les prunes oculaires y allèrent de leur exaltation, ainsi rouges de haine.
De tout ça, rien ne l'atteignait. Tout ce qui se passait, elle n'y touchait plus, ne le ressentait plus.
Guère d'explication ne découpa le fil cousu sur les lippes ennemies. Seulement cette purulente satisfaction.
Alors le poing enragé se leva.
« Natsu. »
Pour se figer dans l'espace, son auréole de mille feux s'estompant.
Derrière l'appellation campait en réalité l'injonction, celle qui indiquait la conduite à adopter. Il n'y avait que cette mère des corrections pour ainsi superviser ce survolté de l'émoi. L'œil aux aguets, la reine fée perçut le débordement, celui qui ne devait advenir. Nulle nécessité à user des mots pour faire comprendre le message ; son ton et sa prestance à eux seuls dictèrent l'attitude.
Ça ne comptait pas, cette mission, cette enfant, cette situation. Le goût s'était perdu. Juste qu'une envie : fuir à toute enjambée, comme si détaler en toute impétuosité demeurait le dernier moyen de survivre, dans cette bulle renfermée sur sa déception. Que le globe terrestre s'écroule, se calcine, hurle — qu'importe. Le sien était si décoloré et aride, à présent… alors pourquoi s'échiner à lustrer celui des autres ? Qu'ils aillent tous au diable. Elle en avait marre ; tellement mare…
Qu'on la laisse s'en aller et s'étioler, seule et sans plus rien pour la retenir.
« Laisse-le moi. »
Cette fois, le sourire mutin s'amarra au coin des lèvres du cogneur.
« Crois-moi, ce coup-ci, tu vas causer. », susurra-t-il avec une réelle délectation au creux de l'ouïe.
Tel un vieux chiffon, le prisonnier fut balancé à madame, la complainte étouffée dans la trachée. Erza le traîna à plusieurs mètres de la troupe, à l'abri de l'indiscrétion où quiconque ne saura les drastiques moyens employés pour faire avouer.
Une fois cette dernière partie, un silence tendu encercla la bande jusqu'à ce que le trouble de l'héritière Heartfilia ne se profère par l'oral.
« Qu'est-ce qui s'est passé Natsu ? »
Sur les traits de l'écrivain en herbe se manifestait l'inquiétude, celle-là même répandue par les reniflements incessants de la fillette. L'intrépide enfant dragon tourna son regard vers sa comparse féminine, cette étincelle d'aigreur réfugiée dans ses globes oculaires.
« Happy et moi on était en train de grailler quand soudain on a entendu un hurlement. On a alors tout laissé en plan pour s'diriger vers la source du cri.
— Puis là on a vu des gens volés dans les airs, comme des oiseaux, précisa l'originaire d'Édolas, voletant aux côtés de son partenaire des mille saisons.
— Des gens volés ? répéta confondue la stellaire, les cils plissés.
— Ouais, ils étaient éjectés par d'énormes plantes qui sortaient j'ne sais d'où, éclaira le malade des transports.
— T'es sûr que c'était des plantes ? voulut confirmer le porteur de l'hiver, sa voix beaucoup trop rude faisant quelques peu tressaillir la femme pluie.
— Puisque j'te le dis l'esquimeau ! répliqua du tac au tac le remis en cause, piqué au vif. Qu'est-ce que tu voudrais que ce soit d'autre !? Des pâquerettes p't'être ? se déroula le sarcasme tout satisfait d'être canonné.
— Putain mais t'es vraiment exaspérant quand tu t'y mets. », gronda l'hostilité tout autant que le ton sec et mordant du rival incontesté.
La répartie sifflait un réel agacement, non celui du coutumier mais plutôt celui de la bile jaune de l'humeur. Dans la lucarne aux scintillements réglisses patinait cette hargne qui en un mot — énoncé de trop — pouvait exploser telle la déferlante du typhon. La colère, vive et d'un grenat pétant, se crachait pour attiser plus fort encore celle déjà échauffée du premier courroucé. Il n'était guère question de ces railleries routinières ; une volonté d'agresser se sentait.
Ainsi la tension sortit, monta d'un cran lorsque le gobeur de flammes, le faciès contracté d'animosité, traça en direction du fomenteur en quête de lui rouler quelques coups.
« Ça suffit ! »
La sommation stoppa l'élan impulsif, l'intonation rigoriste absorbée par la kyrielle du ciel.
« C'est pas le moment pour ce genre de simagrées, réprimanda avec sévérité la maîtresse des clés, la petite toujours tenue dans ses bras et enfin calmée. Je vous rappelle qu'y a des enfants qui sont en jeu dans cette mission ; on a pas de temps à perdre. »
La véracité des propos eut le don d'atténuer la lourdeur atmosphérique ; Natsu desserra molaires et poings. La raideur également se retira ; place au relâchement de la discorde. Lucy lui demanda de poursuivre son résumé, le timbre certes plus doux mais non dépouillé de son sérieux. Son coéquipier déballa donc l'autre bout du récit en ne se privant guère de sécréter son ire, les noms graveleux pour qualifier le détenu proliférant.
L'eau descendait ici bas — fines billes humides qui roulaient sur elle. Non plus des javelots à l'impact tortueux mais la caresse du bain pour lequel les sens s'ouvraient. Du bien cette rincée réfrigérée lui faisait. Les brûlures fumaient moins tandis que les pensées se lavaient. Le remous alentour peu à peu s'embourbait dans l'insonorité. Une sorte de flou se posait, comme si en réalité c'était Jubia qui reculait ; s'enlever du décor et ne boire que les gouttes. La blessure s'endormait quelques secondes, redonnant un certain souffle à l'affect, lui qui faiblissait, se décomposait. Son narcotique : ces flots d'en haut, car l'échappée ils lui permettaient. Un instant pour ne plus se sentir là, comme ça, et redevenir cette femme anodine, non vue ni entendue. Il n'y avait plus qu'à fermer son être, le temps d'une pluie ; mais ça n'arriva pas, une fois encore.
Erza réapparut ; de suite et tel un aimant la pupille cobalt se cloua sur cet air grave. En arrière, l'homme déblayait le sable, son épiderme encore plus malmené. En effet, d'inédites ecchymoses tapissaient cette peau bleuie. Ce qui épingla l'oeil fut toutefois l'expression fermée de la légendaire escrimeuse. Le visage demeurait comme le portrait d'une émotion tourmentée (une fresque de l'affect guère aussi prononcée il y avait de cela quelques minutes). D'ailleurs, la troupe ou du moins ceux discourant jugulèrent la mouvance du son. Tous en revanche assénèrent sur Titania leur propre regard d'inquiétude, d'impatience, d'attente, d'âpreté, d'indifférence.
Cependant, avant qu'une quelconque parole ne fore à nouveau la stratosphère hydratée, le disciple d'Ul traça, d'un pas expéditif, vers l'écroué et, sous la stupeur de la cohorte, souleva le forçat en enfonçant ses orbes fulminants dans les siens.
« C'est toi qui a enlevé les gamins y a d'ça deux mois à l'orphelinat !? écuma le modeleur du givre sous le coup de la fébrilité.
— Si je te réponds oui, tu vas me tabasser comme l'a fait ta copine ? reconnut-t-il sans repentance, l'articulation éraillée. Fais-toi plaisir si ça te chante, mais ça ne les fera pas revenir. »
Aucun ver rongeur, dans cette réponse irrévérencieuse ; imbuvable calomnie ! La rage de la poigne comprima le tissu entaché. Plus encore : la pupille se garnit de cette ombrageuse inimitié, le poing droit tout aussi pressé que la mâchoire. Pourtant, ce besoin presque compulsif d'étriller fut refoulé ; Grey lâcha tel un sac d'immondices l'impénitent, son iris assidûment glaciale. Il s'écarta et l'armistice sonore persista quelques secondes jusqu'à ce que les premières infos tombent.
« Leur repère se trouve à trente kilomètre d'ici, révéla la fanatique des fraisiers.
— Et les gamins, il t'a dit pourquoi ils les enlèvent ? sollicita Lucy, l'appréhension brodée main à la voix.
— Pour faire des expériences. »
L'aveu, enroulé d'une intonation sentencieuse, alourdit le malaise ambiant. Même la contremaître des flots marins ne put s'arracher à cette sensation nocive de par cet auspice menaçant. Se propageait l'odeur fétide du redouté, la pensée badigeonnée de cette huile grasse, incommode et imbibant le sentiment.
« De quel genre ? se risqua la sévère curiosité de Natsu.
— Des mutations génétiques. »
L'air satura, tendu en une corde raide. Une sorte de claque, celle qu'on ne voyait guère venir et qui pourtant sanglait la couenne — rouge écrevisse que celle-ci devenait alors, comme si cette empreinte s'incrustait jusque dans les racines incorporelles de l'âme. Ces mots furent la gifle, et leur résultante cette trace inextinguible dont chaque mage s'orna, à sa façon du moins.
La cloche ordurière sonna ses douze coups de fureur : le dragon slayer tempêta avec la même éloquence que l'orage grondant. Dans la même trempe suprasensible déboula l'incompréhension de la constellationniste, l'angoisse implantée au fond de sa gorge. Happy également s'agita avec certes moins de démonstration mais avec malgré tout le sceau de la malepeur tamponné sur ses traits. Seuls le tailleur de glace, Titania et la mage d'eau parvinrent à domestiquer la pulsion émotive, bien que pour Jubia cette annonce délétère provoqua un sursaut de l'affect — la désintoxiquant de son je-m'en-foutisme. À nouveau elle fut raccommodée à ce microcosmos, celui pour lequel une tentative d'excision fut hasardée et profondément désirée. Un instant éphémère, durant lequel l'écharde de son désamour la persécuta un peu moins. Mieux que ça : l'intérêt bondit de nouveau, sa coque déphasée rallumée.
« Et les nœuds sur la nuque, qu'est-ce que ça symbolise ? questionna la récente fée, le timbre tout autant que le visage imprégnaient de sévérité.
— Que ceux possédant ce tatouage ont subi ces expériences. »
Une réponse qui accéléra la cadence cardiaque.
Une réponse qui transforma le trouble en un soufflé gonflant et obsédant toujours plus.
Une réponse qui raviva chez l'amoureuse déchue une peur enfouie.
Instantanément la pensée se cloua à une vision.
Sa main. Sa nuque.
Ce tatouage…
Les battements, véritables baguettes à tambour, frappèrent avec turbulence ; le pouls pulsait un peu plus. Une angoisse ressurgissant, celle non pas désertée mais réprimée. Inconsistante et quelconque, à l'époque ; mais plus maintenant. Plus moyen de s'en dépêtrer, nulle envie d'ailleurs il n'y avait à cela.
Le jeu des non-dits s'achevait.
L'inexpliqué tanguait.
Place à la possible et touchable réponse.
Et à ce spectre du passé, ses trous jamais complètement bouchés. Est-ce qu'enfin certains d'entre eux auront leur vide tortueux définitivement comblé ? Oui et non, qu'elle le voulait. Après tout, si la terre ombragée de son histoire n'avait jusqu'à ce jour guère été soulevée tout entière, c'était qu'il y avait bien une raison à cela, n'est-ce pas ? Ou alors n'était-ce là que le fruit perverti de sa lâcheté ? Dont le venin, secrété en douce, s'éprouvait dès lors au grand jour de la conscience, comme pour se venger d'avoir été tout ce temps inconsidéré et emmuré dans cette ignorance infernale.
Fuir ou entériner demeuraient des voies sans issues, à présent. Les pas retranchés ne se feraient plus, cette limite venait d'être franchie. Depuis le début, et en dépit de tout cet arsenal inconscient où la censure opéra, ça parasitait l'existence — cette vérité coursée dans le vent qui aujourd'hui pourtant paraissait à portée de main. Pour la première fois cette chance, bien qu'hasardeuse et épineuse, s'offrait à elle telles les promesses livrées sur un plateau d'argent. Suffisait de tendre les doigts, juste un peu plus loin encore, et d'y saisir une fois pour toutes les premières écritures de son cahier biographique ; son tracé exacte. L'obscurantisme se tronquait contre le besoin despotique de savoir, de comprendre et de détenir ce qui immanquablement manquait : cette signifiance sur elle-même. Et ô combien cela l'effrayait.
La lourdeur du non vivre sonore perdura un moment, flirtant avec la cascatelle geignarde jusqu'à l'éclosion de la poussée orale : malgré son remous, Lucy se risqua à demander la livraison des autres informations détenues ; un communiqué qui n'eut lieu pour non possession de nouveaux renseignements — et peut-être en valait-il mieux ainsi. Toujours emmailloté dans son ouragan, le cracheur de feu décréta l'assaut destructeur : leur exploser la gueule sur-le-champ qu'il invectiva. Une exigence que ne partagea pas l'écrivaine en herbe mais qui à l'étonnement de tous fut agréé par la manieuse d'armes blanches ; garantie serait l'effet de surprise, d'autant plus que le temps avait suffisamment été déplumé.
L'approbation générale prima donc et les ordres s'énoncèrent : Lucy ramenant la petite à sa chaumière, le reste du cortège l'attendant à l'entrée de la cité là où leurs GidBikes siégeaient. Dans l'empressement et le tambourinement sanguin de la fièvre, les casques demeurèrent incognitos, ceux oubliés dans leurs chambres douillettes. Quelqu'un n'eut en revanche droit à pareil luxe : Erza remorqua le captif jusqu'aux deux-roues, celui-ci exhalant un souffle lourd et quelques complaintes sourdes aux oreilles de la rousse. Cinq minutes après le commandement de sa tâche, la blonde rejoignit le troupeau et tandis qu'ils enfourchaient les bécanes, la commandante du groupe entra les coordonnées, celles livrées presque gracieusement par l'ennemi — lui qu'elle ficela tel un saucisson à l'arrière de son véhicule.
Le défouloir mécanique perfora alors la dominance auditive de l'abat d'eau ; l'écoulement de la rincée n'houspillait plus les tympans. À vrai dire, la saucée paraissait à mesure du grignotement de l'horloge inhiber son déluge. Bientôt le sec de l'élysée repeuplera son domaine ; un preux conquérant qu'il sera ! Pour le moment cependant son règne ne s'assouvit, pas plus que celui de l'intempérie. Une tout autre sensation fourrait l'éther autant que titillait les récepteurs sensoriels : la piqûre du vent. Non plus une chute d'atomes humides mais une greffe, dans la pulpe corporelle : la vitesse, mêlée à cette lavasse, enfantait la désagréable impression d'être mitraillé(e) par de pointus et véloces aiguillons.
En dépit de cette implantation, le tracas veillait au grain ; les questions pullulaient, voire infestaient la lucidité. La raison se craquelait face au poids, immodéré pour certains, de l'émoi. Comment par ailleurs pouvaient-ils laisser place à une roche marmoréenne et imperméable, eux les dévoreurs de joie ? La montée volcanique du cœur ils subirent. Aucun n'y échappa ; tous y succombèrent, à cet embrasement de leurs flammes humaines.
Dans un coco de nuit, ils roulaient. L'autour affichait une carte de l'obscur paysage avec pour unique guide nitescent les phares du bolide. Ainsi donc se découvrait la nudité du chemin, l'au-devant seulement éclairé par cette pâleur physique. Les flancs de dune à l'inverse se lovaient dans le duvet soyeux mais un brin humecté de la pénombre. La lampe de chevée, suspendue dans le vague, diffusait une pauvreté lunaire, cette dernière à moitié dégarnie de sa couverture invisible. Un bout de l'astre persistait à ne pas se montrer ou du moins s'entêtait à rester au chaud dans sa soie ténébreuse. Pas même les quelques badges étoilés ne s'épinglèrent sur la toile du baldaquin.
Et ce fut à la fois dans le repos de l'environ et dans la bousculade des pensées que les fées arrivèrent à destination. Le moteur cessa son rugissement de ténor alors que l'immobilité posséda les engins ; les mages descendirent des montures, abandonnant ces dernières en face du vaste orifice. De loin, il n'y avait lieu à une quelconque distinction or une fois à portée de vue, cette niche crevait les yeux ; encore fallait-il savoir sa localisation, dans cet inépuisable désert. Sacré gain d'énergie et de temps qu'ils gagnèrent à ainsi faire moucharder. D'ailleurs, le cafardeur écopa d'un nouveau cordage : les mains ligotées, il devint la boussole — sommation impériale d'Erza.
Dès qu'ils pénétrèrent dans cette trouée, un halo criard et artificiel flamba en un craquement d'allumette un bout de la pleine pénombre. Une fois les iris s'étant accommodées à pareille flash agressif, le groupe s'enfonça et alors la caverne n'en fut plus vraiment une.
En effet, l'unique stéréotype de la grotte souterraine et défraîchie demeurait ces murs à la roche poreuse. Juste cette couleur cendreuse du granit, en guise de banalité. Le reste tapait dans l'œil ; comme ce profond espace qui prenait ses aises, ainsi étendu jusqu'à l'invisible extrémité ; comme cette autre zone fuyant au-devant, dont son gouffre noir injectait la défiance ; comme ces câbles en cuivre disposés le long des parois et sur le sol ; comme cette amplitude de lumière répandue par des néons d'application murale, par des spots de chantier sur pied ou encore par des lampes à l'allure de projecteurs ; comme cet attirail chimique avec ces tubes à essai vides ou au liquide renversé, ces pipettes négligemment échouées sur la pâleur des tables métalliques, une balance numérique ainsi que quelques piteux becs bunsen ; comme ces caisses dont la contenance demeurait tapie dans son bois entaillé ; comme ces tournevis, ces seringues, ces ciseaux, ces chalumeaux, cette clé plate et autres outils avachis de part en part ; comme cette poussière et ces torchons imprégnés de sillons vermeils — ce sang séché, brillant de sa signifiance horrifique.
Puis il y avait ces espèces de grands containers verticaux, ceux-là même toisés avec aversion par les intrus.
Reliés au courant électrique, ces appareils pourtant dépourvus de captifs projetaient une image mentale des plus oppressantes : en parfaites couveuses, ces machines incubaient le corps dans sa cage de verre sans guère plus permettre à son interné(e) de bouger un muscle, pieds et mains cinglés. Il n'y avait dès lors plus que la vue, en mouvement ; la rétine en panique, à la recherche d'un quelconque recours ou de n'importe quoi pouvant faire chuter ce mont vertigineux d'effroi. Accourait sur-le-champ les complaintes aiguës, cette voix désespérée du bambin qui se brisait sur la froideur de sa geôle — les cris inentendus de survivance et d'épouvante. La buée ne cessait alors plus de s'étendre tant le souffle se convulsait. Une folle furieuse débâcle que ça devenait, le monstre de la peur alimentant sa frénésie.
Des expériences.
Des enfants, arrachés à leur normal développement ; et confinés dans ces tubes à traumas.
Une génétique trafiquée.
Des vies dépiautées.
L'utilitarisme humain.
L'innommable réalité.
Ils s'étaient arrêtés, et scrutaient. Se calcinaient de pareil réel détraqué. Non plus seulement des mots ou des idées sur le comment et le quoi mais bien ces engins, physiques, à l'exhibition détestable. Les voir, juste là, si sérieusement vides, si matériellement concrets, ça polissait ou forgeait (au choix) l'intolérable. La compréhension, véritable feuille déchiquetée, s'éparpillait dans l'absence. Ne fleurissait que des plantes empoisonnées, faisandées par cette vérité désarticulée. Chacun y cultivait sa graine de l'affect avarié : malaise suffocant pour Happy et Lucy, haine sibérienne chez Grey mais tyrannique chez Erza, puis fureur incompressible pour Natsu.
L'âme prit feu.
« ENFOIRÉS ! »
Hors de soi, le chasseur dragon propulsa son poing à la flamme immodérée sur l'injurié qui s'écroula à terre. Les globules rouges pissèrent par-delà la bouche, un râle étiré en guise de fond sonore.
Face à ce crochet explosif, l'écrivain en herbe voulut refreiner, voire stopper son compagnon. Ainsi elle amorça un pas vers lui mais fut arrêtée net par la mage chevalière, le bras droit de cette dernière l'empêchant d'avancer et de s'interposer. Interloquée, la maîtresse des clés s'apprêta à verbaliser son désaccord pour finalement endiguer la parole. Dès qu'elle vit ce regard, braqué sur le prisonnier, l'héritière Heartfilia comprit ; Lucy se tut, resta sagement à sa place au moment même où elle perçut dans les yeux d'Erza cette douleur purulente entremêlée à cette animosité agitée.
Jubia, à l'inverse de ses coéquipiers, ne glissa son attention vers cette attaque fulgurante.
Non.
Autre chose, quelque chose de beaucoup plus frappant — vif — l'accaparait tout entière.
Ces tuyaux en verre, eux qui la fouettaient de flashs spasmodiques.
Les contours, pliés et imprécis d'un visage.
Des sons, désarticulés.
De l'agitation, morcelée et catapultée.
Des objets, difformes.
Des couleurs, enténébrées et diffuses.
Des cris, arrêtés dans leur chant.
Des pleurs, entendus puis passés sous silence.
Le méli-mélo, et sa déroute.
Un chaos mémoriel, propre à une crise d'épilepsie. Nulle commande ou maîtrise : ça déboulait en cet éclair impérieux, tonnait de son caractère insensé et décousu puis s'éclipsait tel un tour de passe-passe pour laisser ces autres souvenirs foudroyer à leur tour. Avec eux se rameutait une vesse familière et tout à la fois archaïque ; une frayeur se délogeant de sa tombe de terre inconsciente pour mordre tout entier la mine, l'esprit, les iris.
La pompe cardiaque prit à nouveau quelques ampleurs rythmiques, le sang pulsé à cent à l'heure pour abreuver la soif impitoyable des organes. Les coups semblaient comme rugir, dans la cage thoracique ; ça bourdonnait, voire estropiait les tympans. Elle sentait son métabolisme s'affoler ; ses pensées, émiettées en une poudre évanescente, se livraient en pâture au choc nerveux. Peu à peu la liaison avec la valetaille sociale rapetissait ; vernir l'alentour d'une laque sibylline et imperceptible. Et se fourrer, bien au chaud, dans ce mémento bousculé, jadis étranglé qui en l'instant rugissait tel un forcené — comme pour mieux s'implanter dans l'anamnèse sans plus jamais vêtir la nippe des laissés-pour-compte.
À peine l'insulté tomba au sol que son assaillant revint à la charge, courroucé au plus haut point : Natsu le souleva non sans une farouche brutalité. Il l'accula ensuite de cette même délicatesse contre l'architecture rupestre, celle à la lisière du champ profondément sombre et inconnu du repaire. Le geste provoqua une quinte de toux de la part du martyre ; poussière avilissante, les bronches tout autant que la physionomie encombrées. Se joignit en prime l'indémodable fagotage de prunes qui, selon l'humeur sanguine ou jaune du puncheur, décorait en une fresque arc-en-ciel ce visage confondu avec un punching-ball. Les beignes ne faisaient de chichi quant à élire domicile sur ces traits fatigués ; elles passaient le mot et rameutaient leurs bonnes vieilles copines les torgnoles. L'une d'entre elle prenait d'ailleurs une place de choix au sein de l'organisme sensoriel, les nerfs persécutés par cette dernière.
Chanceux aurait-il pu s'estimer, si la maltraitance sensitive s'en serait tenue là ; mais non, la quatrième feuille ne poussait sur son trèfle individuel. Le regard dément d'exécration que larguait sur lui son oppresseur en disait long, très long, sur le fracas douloureux qui torturerait longtemps durant sa fibre cellulaire ; aïe…
« J'vais te casser la gueule ! », déclama le fauteur de trouble, la voix cracheuse de lave volcanique.
L'affirmation convoqua à la surprise générale l'oxymore de la réaction escomptée : guère un faciès contorsionné en une grimace alarmée mais un sourire détestable. Presque un rire, cette désinvolture des plus malvenues fit doubler de volume le fiel.
« Ça t'amuse connard !? cracha le survolté en pressurisant le chandail maculé, l'œil vindicatif.
— Vous me refaites le portrait toutes les dix minutes alors si tu crois qu'une fois de plus ou de moins, ça va me faire quelque chose… formula-t-il en parfait blasé. Et puis de toute façon, ça n'a plus aucune importance maintenant. Vous êtes là où on voulait que vous soyez. »
L'annonce claqua, sa franchise déconcertant l'assemblée.
La couardise ne saccageait la placidité, pas plus que l'œil s'humectait de contrariété, bien au contraire. Ne paradait qu'une sorte de satisfaction — serpent silencieux oeuvrant en douce et en toute mesquinerie. Le bon moment elle avait attendu avant de jaillir, pour mieux nuire. Son coup d'ailleurs elle réussit, puisque quelques secondes durant la surprise se projeta sur ces sombres visages.
Très vite cependant le courroux reprit les reines chez l'interrogateur qui expressément exigea des explications. Celles-ci lui furent données mais pas de la façon dont Natsu ni le reste du groupe ne s'y attendaient.
« Vous êtes le dindon de la farce. »
Cette phrase bondit de l'obscurité, tout comme son orateur. À peine la verbalisation surgit qu'une lumière aveuglante réduit à néant l'unique zone d'ombre de la grotte, mais pas seulement. Une brochette d'individus, huit précisément, apparut dans cet espace auparavant choyé par les ténèbres. À présent s'y manifestaient les dessous et les tenants de ce réel vérolé, ceux-là qui aussitôt révélés accaparèrent l'entière attention des intrus.
Une poussée d'adrénaline remonta le long de l'échine.
« Et lents ; vous aimez vous faire désirer. »
La même voix parla, son propriétaire placé au centre de la lignée ennemie. Six hommes et deux femmes, l'une — la brune — étant celle en train de les titiller. La vue des mages ne s'attarda qu'un piètre moment sur l'apparence somme toute normale ; des bruns et des blonds, la crinière taillée en divers coupes seyant ou pas aux traits, l'iris à la couleur disparate qui sans détour les ciblait, une taille tout aussi discordante que le reste, l'âge non pas uniforme mais difficilement donné pour la plupart, un accoutrement propre mais dépourvu d'extravagance avec ces pantalons et ces hauts à manche longue ou courte, la corpulence se distinguant en revanche de part ses différences chez les uns tandis que chez les autres c'était l'expression qui flirtait avec l'altérité.
Un melting pot du genre humain avec plusieurs ados par-ci, un ou trois adultes par-là. De tous ces détails, ils ne prirent compte ; l'œil prit garde à la posture, aux gestes, à l'atmosphère chargée ou vidée. Dès la venue pour le moins impromptue de ces gens, le métabolisme activa son arsenal instinctif ; les sens guettaient, se concentraient et ressentaient car chacun savait, des deux côtés, comment le tout allait tout aussi bien commencer que finir.
Ainsi, la position du qui-vive fut instantanée, presque logique au vu de ce qui avait été vu, et dit. L'évidente tranquillité dans laquelle se moulait l'adversaire démontrait la méfiance à éprouver. Le calme duquel s'attifaient les paroles ne fit que gratter les nerfs ; les voir ainsi posés, dans pareil lieu et contexte, ça corroborait tout autant qu'amplifiait le sérieux de la situation. Il ne s'agissait pas d'un de ces unièmes gigolos, ceux-là se prônant tout-puissant et usant de pouvoirs cornus dans leur triviale mélopée de domination du monde ; Non, c'était plus pernicieux et fétide. Un mal de proximité, s'attaquant en toute furtivité aux sphères banales du quotidien ; des rouages de tous les jours, si communs à tous, pour mieux griser le vice humain. Ainsi l'amorale ne demeurait plus à ce point intelligible, palpable et reconnaissable ; il préférait se tapir dans les couches intimes du vivre journalier.
En face d'eux trônaient des individus prêts à tout pour parvenir à leurs fins. La question étant, quelles fins étaient les leur ? Mystère dont Lucy somma sa résolution.
« Pourquoi votre guilde fait ça !? s'outragea cette dernière, la rage dans les yeux et dans la psyché — la même dédalle d'incompréhension et d'apprêté expérimentée par ses compères.
— Une guilde ? répéta la femme brune, son intonation bêcheuse traduisant l'absurdité de la chose. Qu'est-ce qui vous fait croire qu'on en est une ? Parce qu'on agit en bande et avons un insigne ? Quel esprit étriqué ; pas étonnant que notre guet-apens ait aussi bien fonctionné.
— Te fais pas d'illusion la mégère, proféra le Salamander en enfonçant la flamme de son coquillard dans celui de la vétilleuse. Toi et ta bande de bouffons ont beau nous avoir fait venir, on aurait de toute façon rappliqué et vous aurait défoncés. Tu nous as juste fait gagner du temps. », certifia l'animosité toute bouillonnante du fils Igneel.
Un sourire fleurit, au coin des lippes de la charogne ; sourire toujours aussi malsonnant et amplificateur de l'aversion au cœur.
« Faire ces mutations, ça vous sert à quoi ? embraya la meneuse des fées avant que l'inévitable et proche rixe ne la prive d'infos éclairantes.
— Eh bien, ça nous apporte deux choses : l'oseille, et pour le reste… »
La vigilance, d'abord suscitée par la suspension du discours, doubla lorsque l'apparente leader sortit de son jean une fiole. La fiasque levée, elle trinqua et but cul sec tandis que les subalternes demeuraient à leur place, immobiles et aussi calmes qu'une image — de quoi attiser encore plus l'état de vigilance de la troupe. Une fois le liquide englouti en sa totalité, son récipient fut jeté sans ménagement ; puis…
«… voyez par vous-même ! »
À peine la phrase compléta sa moitié que la ruée sauvage se fit.
Sans crier gare.
Ils attaquèrent.
Chacun prit sa cible respective, le tout en parfaite synchronisation. Fulgurante vitesse, aussi redoutable que la soudaineté de l'assaut. L'affront tomba telle une avalanche sur des mages pris au dépourvus qui, de justesse, eurent le reflex de s'écarter ou de parer. Dispersé, le groupe vit sa soudure se briser ; des combats en solo, à un contre un ou un contre deux pour Erza, voire un contre trois du côté du flamant rose et de son acolyte volant. Chaque membre de la guilde occupa un pan de la caverne, s'isolant des autres d'une part et se calfeutrant dans son propre cocon de pugilat d'autre part. Un capharnaüm de tous les diables rugit alors, un arc-en-ciel de sorts prenant dominance dans toute la surface du refuge.
Ainsi, la manieuse d'armes blanches se fit aspirer en avant par la chef de file ; en deux secondes Titania fut amenée pile en face de son antagoniste. Un fracassant crochet du droit s'esquiva in extremis mais à peine l'escrimeuse de renom eut-elle évitée ce premier attentat qu'un deuxième s'enclencha : de multiples bouts de verres, l'aiguisage brillant de sa pointe, fusèrent comme les flèches du prince des bois pour se planter dans l'épine dorsale — perforation qui n'eut lieu. En effet, l'ancienne esclave invoqua illico une de ses épées magiques puis se retourna tout aussi furieusement ; du hachis que devint le cristallin face à pareil tranchoir. La riposte s'exécuta en un tour de main : télékinésie activée, les armes d'Erza se propulsèrent en toute promptitude sur ses assaillants pendant qu'elle enfilait, fissa, son armure de la nature. Et ne voilà-t-il pas qu'elle plana avec cette majestueuse férocité ? Une petite touche de barbarie en plus, avec les projections de ses précieux instruments tranchants.
Tandis que la gourmande des fraisiers se faisait une partie de fléchettes, la stellaire investissait le champ arrière en quête de couper du bois. En guide d'ouverture offensive, son ennemi fit apparaître un énorme tronc au-dessus de sa crinière. La fille Heartfilia se déplaça alors d'une vélocité admirable sur un de ses flancs, l'écorce boisée se crashant d'abord à la verticale pour ensuite maltraiter le sol de son fracas assourdissant ; nuage sablonneux qui s'éleva, dans cet air fouetté à coup de pouvoirs destructeurs. Au moment même où la mage fit appel au Don Juan de ces étoiles, Loki dit le Lion, l'agresseur tenta de neutraliser l'action : son bras droit se métamorphosa en une branche d'arbre pour le moins épaisse et longue, de quoi envoyer une sacrée claque à la maîtresse des clés. Seulement, la mandale écolo rencontra non pas un métabolisme en chair et en os mais plutôt un coup de poing auréolé d'une puissante lueur jaune — technique du foudroyant Poing de Regulus. Conséquence ? Une pétante ecchymose sur le membre reprenant sa forme originelle, en plus d'un juron malfamé canonné par le mauvais perdant. D'ailleurs, ce dernier ne put tout juste que pester tel un poivrot puisque le duo contre-attaqua direct avec l'Explosion de Regulus : les mains formèrent un mouvement circulaire, se collèrent paume contre paume pour ensuite bombarder une vague meurtrière de magie, laquelle propulsa à plusieurs mètres l'apprenti menuisier.
Quant aux mâles du cortège, chacun distribua dans son coin du ring des oeils aux beurres noirs : Natsu à l'angle droit, administrant une volée de castagnes à trois sacs de boxe humain. Avant cela, il y eut cependant l'attaque initiale à savoir l'envoi explosif d'un flash lumineux. Devenu l'aveugle, le malade des transports ne put bloquer la sournoise frappe dans son dos ; un des assaillants, celui ayant auparavant goûté aux marrons made in Fairy Tail, muta son avant-bras en tige végétale pour en faire usage de fouet. Non plus cracheur de feu mais véritable poulet volant, cela compter sans l'intervention à point nommée du pro de la réception au vol ; ce cher Happy dont l'extrême habilité au pilotage leur fit éviter un dangereux jet d'ondes sonores. Aussitôt le survolté du bulbe entre les pattes du félin, Natsu cracha une slave infernale de feu jusqu'à ce qu'une autre racine interfère sur le planeur. Le passager chuta certes mais une fois le pied à terre, ce dernier entoura sa poigne de flammes, celles à faire cramer n'importe quelle couenne, pour a posteriori propulser son Poing d'Acier sur l'horticulteur à moitié déjà dégommé. Les copains eux non plus ne furent guère épargner : place au Poing du Lotus Pourpre ! Soit à une dévastatrice rafale de coup de poings dont les phalanges brûlèrent d'une ardeur incommensurable.
En ce qui concernait Grey, ce dernier envahissait l'espace gauche tout en affrontant un ennemi déjà connu, le mage de sable au tatouage farfelu. La revanche — qui promettait d'être salée — s'amorça en outre par l'Ice Make Freeze du maître réfrigéré ; vaine tentative de geler l'ennemi car comme lors de leur premier duel, le muet s'évapora pour ne laisser place qu'à une silhouette de sable. Et une fois n'étant pas coutume, le disciple d'Ul ne put préparer l'offensive, juste dévier l'éminente contre-attaque adverse : il modélisa d'une rapidité ahurissante un escalier de glace et s'y précipita juste à temps pour échapper au tourbillon impétueux. Les représailles toutefois jaillirent dans l'instantané avec l'invocation d'un canon démentiel d'où furent tirés des boulets de glace. L'Ice Make Cannon opéra des dégâts chez l'agresseur, celui-ci étant malencontreusement redevenu un état organique ; le coup, d'une violence assurée, l'encastra dans un mur. Pour autant, Grey ne s'arrêta pas là : il embraya séance tenante une seconde attaque en projetant via la paume rugueuse de ses mains un vent polaire — pour sûr que l'Ice Make Fishnet (ne) laissait de glace…
Puis enfin venait Jubia, celle qui de tout son groupe fut la plus mise à l'écart, non pas de son propre chef mais bien à cause de son offenseur ; lui qui dès son apparition ne la quitta des yeux un instant. Quel troublant et profond regard il posa sur son gabarit de femme. Ces perles onyx la transpercèrent comme peu l'avait rarement fait. Un message, une signifiance, un quelque chose d'intraduisible y nichait, dans cette lueur inexplicablement magnétique. Une forte résonance s'était propagée tel un virus en son métabolisme. Un mur sensoriel les avait alors entourés, tous deux écartés du reste environnant pour mieux s'enfoncer dans leur cloître dyadique. À son tour le psychisme fut interné dans cette cage, ses pensées garrottées à cet homme à la barbe hirsute et d'un gris souris. Elle aurait voulu attraper sa réflexion, la débusquer car l'orpheline savait, sentait que ça la concernait de près. Cet adulte à la tignasse brou de noix avait une façon de la scruter… comme s'il essayait de s'immiscer dans les catacombes de son âme pour y crocheter le cadenas qu'elle-même n'avait jamais osé toucher.
Impossible de s'extraire ni de crever cette bulle dans laquelle il la plaça ; un véritable aimant que c'était et à vrai dire, l'experte des flots n'éprouva aucun désir à abattre leur échange, à stopper cette attraction incomprise et pourtant lénifiante. Aussi étrange que cela pouvait paraître, la régente des ondées peu à peu avait glissé dans l'abysse de son puit obstrué et n'en avait pas été effrayée.
Longtemps encore elle aurait pu demeurer cette envoûtée apathique si son ensorceleur ne l'avait battue en brèche.
Et quel assaut !
Un exact électrochoc : Jubia ne vit venir sur elle la fulminante décharge électrique, sa défense complètement annihilée par l'hibernation de son état d'alerte. Son esprit n'eut pas plus le temps de réactiver le réseau de neurones en charge de la sauvegarde : l'opposant, coureur fou, la saisit par la tignasse et la souleva, lui arrachant au passage un cri lancinant. Elle sentit ses cheveux être soulevés et des doigts effleurer sa nuque, un contact qui de suite la fit réagir — en plus de lui soulever un haut-le-cœur.
L'ancienne partisane d'une guilde noire changea ses bras en fouet aquatique, ce qui eut don de la dégager prestissimo de cette prise malaisée et déstabilisante.
Revenue à une distance potable, l'ex-Phantom fixa l'assaillant, sa respiration battant au rythme des tambours. Lui aussi, il ne bougeait pas, l'observait avec cette même prunelle insondable, quoique cette fois-ci le message parut plus transparent ; ce geste, ce touché, ces yeux… Il… Il savait, pas vrai ? Simple hypothèse, juste formulée comme ça. Pourtant, cela suffit à la pompe cardiaque de battre la chamade. Juste cette idée, pour étuver l'hémoglobine. Bientôt cette croyance bifurqua en une espèce d'évangile infondée, muselée et à la fois alarmante ; non pas envisager l'incorrect mais bien la réalité, sa réalité — ce qui ne fit qu'exaltait le désarroi.
L'angoisse, à présent de retour parmi les flâneurs, croqua bout par bout. Celle-ci d'ailleurs ne s'adoucit le moins du monde lorsque le senior — au vu des traits tirés et de ces mèches d'un vif argent dispersées sur la chevelure — ouvrit la bouche et y déversa ces syllabes :
« Tout ceci, tout ce que tu vois et a vu n'est qu'une copie informe de ce qu'il s'est passé il y a maintenant de nombreuses années, s'énonça le laïus à la note de conte. Plus de trente ans que j'expérimente, fais des recherches et parcours les pays en quête de trouver un substitue pour combler l'équation. Ce n'est qu'un prototype, affirma-t-il, un désenchantement lucide dans la voix tandis que la même fiole montrée auparavant fut tenue entre les doigts. Un produit limité, défaillant sous de nombreux points mais qui à l'heure actuelle se rapproche le plus de ce que j'ai pu voir et de ce que je sais de la première expérience. Mais il a toujours manqué un élément, celui qu'on ne peut remplacer ou ignorer et que je croyais à jamais perdu. Jusqu'à aujourd'hui. »
Timbre et rétine se chargèrent en signifiance, dans cette dernière phrase ; le sous-entendu roucoulait et ne rendit le remous intérieur que plus fort, pour la bleutée.
Une gêne, sécrétée au compte-goutte.
Un pouls, irrégulier.
Un mental, secoué par la collision de ses auto-tamponneuses raison et affect.
Indocile agitation, celle tambourinant avec détermination et au contrôle glissant. De même il en allait pour cette curiosité irrésistible ; avide de détenir ce ruban qu'il lui tendait mais dont couleur et matière ne se révélaient en leur intégralité.
« Qu'est-ce que vous essayez de dire ? s'exprima la brume épaisse drapant la maîtresse pluviale.
— Cette potion que j'ai fabriquée permet à celui qui la boit d'acquérir durant un temps limité des pouvoirs, mais pas n'importe lesquels. Regarde bien. »
De sa tête il indiqua à la membrane arc-en-ciel où se poser : sur le champ de bataille, derrière eux. Se présenta alors à la vision une sorte d'arène en foutoir, dont les gladiateurs avaient des allures de titans ; avec une Erza endimanchée en armure de l'étoile du matin, et jouant de la dynamite au moyen de ses deux épées jumelles ; avec un Natsu, devenu feu de braise in extenso, en train de carboniser des plantes carnivores géantes ; avec une Lucy faisant face à un arbre vivant digne de Goliath ; avec un Grey se prenant pour un elfe de la Terre du Milieu, à tirer ses flèches frigorifiées sur un mastodonte de sable. Des combats de branques, orchestrés dans la traditionnelle extravagance. Des injures narcissiques et à la gravelure pour le moins pléthorique. Des invocations hurlées, à s'en déchirer les cordes vocales. Des sons expéditifs, physiques, barbares, oraux, en écho, organiques, chaotiques. Un bastringue sur tous les plans ; tout ce qui avait toujours existé, tout ce qui avait toujours été aperçu et vécu — à quelques exceptions près.
« Il n'y a rien, rétorqua la femme pluie en ramenant son attention sur son interlocuteur, son propos entaché de conviction.
— Es-tu à ce point bornée à ne pas voir ? Ni à comprendre ce que tu es vraiment. »
Instantané fut le froncement des sourcils, expression non verbale de la montée inexorable du trouble.
L'incompréhension, cuisante, étirait le visage féminin en une grimace tordue ; les sentiments du dedans remontaient à la surface, exhibant leur effusion à travers ses différents canaux ; ces pupilles, ce souffle, cette moiteur, ce faciès — tous à être instrumentés par la douce mais certaine nervosité.
Le blâme, la déconvenue ni même la colère ne siégeait parmi les dires du doyen. Au contraire, Jubia y percevait comme une sorte d'invitation ; la livraison d'un ridicule bout de son puzzle — rien moins que ça, pour agiter le shaker cardiaque.
D'ailleurs, ce tumulte intra-muros n'alla pas en s'arrangeant lorsque son ennemi s'avança ; pas mesurés la faisant reculer à la même allure.
Elle aurait pu — dû, indéniablement — couper court à ce manège mais ça bloquait. À dire vrai, la soif quant à la levée de son mythe demeurait plus forte que tout. Pas même la norme attitude de mise en garde ne rivalisa. Après tout, entre son écrasante désillusion amoureuse, son éros éventré et la jetée dans de les dessous de son existence, à coup sûr que les automatismes défensifs n'étaient plus de mise et ce depuis un moment déjà ; Jubia ne demeurait plus réactive, seulement absorbée, rongée par son tourment interne et par cet homme semblant tout connaître de ce qu'elle n'avait jamais su ou plutôt, de ce qu'elle n'avait jamais voulu exhumé sur l'absolue de son histoire. Or à présent, c'était ça, sa nouvelle obsession ; l'unique chose ici bas et qui en cet instant la poussait en avant, ou vers l'arrière…
« Ne t'es-tu jamais demandée pourquoi tu étais la seule à pouvoir transformer l'intégralité de ton corps en ton élément magique ? Comme si, finalement, c'était toi, cet élément, cette eau. »
Un pas, un recul ; un pouls qui s'empresse un peu plus.
« J'ai fait de nous, mes subordonnés et moi, ce que tu es sauf que dans notre cas, c'est du trafiqué et ça ne dure pas. Les nœuds, défaits et marqués sur nos nuques, l'attestent. Alors que toi… c'est inné ; c'est éternel. »
Un second pas, un second recul ; un sang qui s'échauffe un peu plus.
« Si je vous ai fait venir ici, c'est à cause de toi. Il fallait que je te rencontre ; que je vérifie. »
Un autre pas, un autre recul ; un regard qui s'affole un peu plus.
« Ce matin, on me parle d'une mage ayant la faculté de changer à volonté, sans aucune limite, son organisme en eau. Et alors tout à coup, l'impossible n'était plus et ce que je croyais irrémédiable ne l'était peut-être pas. Peut-être y avait-il encore une chance que cette composante, indispensable à la résolution complète de la formule, existait toujours. »
Un dernier pas, un dernier recul ; un malaise qui s'accroît un peu plus.
« Mais je ne fus sûr de ça que lorsque je vis ton motif sur ta nuque ; ce nœud… si singulier et différent du notre. »
Pas arrêtés, dos acculé ; et un cœur qui, pour la deuxième fois en cette même journée, rata un battement.
Paralysée, la jeune femme se contenta d'enfoncer sa rétine dans celle masculine et beaucoup trop pesante ; vaine tentative à transplanter un brin de son branle-bas émotionnel.
Un délai certain s'égrenait, tandis qu'ils restaient là, cloués telles des statues de pierre. Une tension palpable batifolait, tandis que la chair et la tête se consumaient dans l'effervescence.
Des éboulements minimes et fugaces débarquèrent ; ils ne bougèrent pas.
Un affolement général germa dans la toile du fond ; ils n'entendirent pas.
Des directives mitraillèrent de partout ; ils n'écoutèrent pas.
Le tremblement sonna le glas du repaire ; ils s'en moquèrent.
Il n'y avait plus qu'eux.
Leur regard.
Cette vérité.
Ces mémoires.
Leur nœud.
Ce heurt.
Ces mots.
Et sa main, posée sur son épine dorsale.
Son tatouage.
« Les réponses se trouvent dans la ville de Kanta, au pays de Bosco, là où tout a commencé. Là-bas y vit un dénommé Kimura Akito, le premier à avoir réalisé l'expérimentation génétique. »
Une piste, susurrée au creux de l'ouïe
Une confession, gravée au fer rouge dans l'esprit.
Une flamme, reprenant vie dans l'âme.
« Haïko ! »
L'apostrophé ainsi que la contremaître de la nielle se tournèrent vers l'arrivant ou plus exactement, vers l'un des compères du présent hélé. Le nouveau venu apparut du reste des plus amochés avec son coquard à l'œil droit, sa lèvre entaillée et ses nombreuses contusions constellées sur son écorce désormais bleuie ; de quoi se demander comment il faisait pour tenir encore debout.
Le souffle court, celui-ci parvient à leur niveau après une course véloce puis s'adressa à son leader.
« La grotte s'effondre. On doit partir. »
Effectivement, la roche se désagrégeait de tous les côtés ; la rugosité des parois devenait miette, son granit muté en une lavanche poussiéreuse. L'impression que la caverne remuait, se déplaçait tel un bipède tirailla l'arsenal sensitif. La vue s'agrafa à ces objets qui basculaient, à leur chute stridente et au morcellement du rempart protecteur. L'ouïe également fut embrochée en toute bestialité par ce tohu-bohu retentissant ; ces phonèmes tonnant de toute part, à des degrés d'intensité si différents qu'il n'y avait pas moyen de tous les identifier. À tout va et en tout sens le bruit caractéristique des sons physiques s'entrechoquaient avec le mezzo-soprano, tous deux popularisant une chorale tout à fait fracassante. L'odorat lui non plus n'échappa à cet ouragan aux stimulations aussi exubérantes qu'exacerbées ; les narines furent inondées de particules poudreuses, celles-là qui une fois humées engendraient un besoin irrépressible de tousser, à défaut d'éternuer.
Aucun doute possible, le terrier tombait en ruine ; sous peu ce ne sera plus qu'un tombeau, s'ils ne se carapataient pas vite fait bien fait de là. Haiko et son comparse le comprirent d'ailleurs sans délai ; et alors que le vétéran amorçait le pas de sortie, la mage aux boucles pastelles le retint par le bras — inoculant par là sa confusion dans ces iris ourlés d'obscurité.
« Pourquoi… Pourquoi avoir dit tout ça à Jubia ? »
Silence camus, scandé par la fanfare de l'éboulis.
« Parce que tu es à l'origine de tout, Jubia ; tu es la clé. », murmura-t-il à son oreille.
L'ultime regard, entrelaçant leur membrane arc-en-ciel.
« Et qu'on se reverra. »
Puis ils partirent pour de bon ; la chaîne des iris se brisa.
Figée ; l'éboulement vrombit.
Déconnectée ; son nom siffle plusieurs fois.
Médusée ; les vocables s'enracinent, tintent, tournent encore et encore dans la tête.
Une mage d'eau ranimée, sa psyché flambée par un nouvel et incandescent horizon.
« JUBIA ! »
L'interpellée toucha derechef terre, le carillon infernal éclatant tel un obus dans son esprit.
Elle se retourna avec tout autant d'immédiateté vers le crieur ; Grey… Mais pas le temps de sentir à nouveau le poignard perforé, ni même de se noyer en véritable masochiste dans ces pupilles affolées ; le maître des flocons enchaîna abruptement avec une autre de ses oukases survoltés.
« Bouge-toi bon sang ! »
Pas besoin de lui dire deux fois ; elle fila à la suite du brun sans plus s'ébrouer à l'engourdie. Mieux que ça, le corps enfin exerça ses fonctions avec sa mécanique réactive ; esquiver tout autant qu'user de pirouettes pour se prévenir des collisions létales du galet, en prime de subir les larmes de pruine du plafond. Aucun siège de roi pour la réflexion. Un marathon effréné qu'ils menaient ; juste détaler en parfait lièvre zélé pour s'en sortir entier et avec toutes ses dents, si possible.
Au moment de leur sortie diligente, l'entrée s'écroula dans un tintamarre aussi grondant que le rugissement affamé d'un fauve. Une vague de sable déboula alors sur les rescapés, les obligeant simultanément à cracher leur poumon et à reculer en arrière, bras au devant des yeux.
Une fois la nappe poussiéreuse passée et la vue de nouveau dégagée, Jubia constata que tous ses partenaires de guilde étaient indemnes, certes dans un sale état pour quelques-uns à l'instar des indécrottables rivaux mais en un seul morceau malgré tout. C'était également le cas des ravisseurs, à la différence que ces derniers demeuraient entassés les uns sur les autres ; des détenus. Tous pourtant et ce aussi bien la troupe des fées que celle des détracteurs voyaient leur peau écharpée, encrassée, violacée, avec par-ci par-là des panachures écarlates étalées un peu partout sur l'anatomie. À l'unanimité ils respiraient en saccade, le dard du surmenage planté à la racine de leurs articulations ; les nerfs tiraient la corde de la douleur. Plusieurs captifs eurent en outre toute la peine du monde à se relever pendant que les autres poussaient des doléances sous la bonne garde d'Erza.
Après un bref temps de récupération, la flicarde de Fairy Tail fit un état des lieux : sept des neuf adversaires avaient été choppés ou plus exactement vaincus puis extirpés ric-rac de l'antre en démolition. Parmi eux se trouvait le leader ; ce fut du moins ce que présuma l'assemblée jusqu'à ce que l'ex-Phantom ne témoigne le contraire et qu'Haiko, l'unique maestro dans cette affaire, ne se soit enfui en compagnie d'un de ses sbires. La révélation eut en guise de justification le récit de la mère pluviale ; un compte rendu de sa conversation avec l'instigateur, en somme. Pour autant, la jeune femme n'omit guère de passer sous silence les percutantes informations émises à son propos ; d'une rigueur exemplaire elle veilla à ce que rien ne filtre. De cette façon ils surent la finalité de ces expériences, bien qu'ils ne comprenaient toujours pas l'absolue nécessité à enlever des enfants ; pas même Jubia ne savait.
Lessivés et encore pantelants vis-à-vis de cette histoire tout aussi filandreuse que lugubre, le groupe se résolut à rentrer, non sans au préalable livrer leur paquetage de prisonniers aux autorités de Kinsa. D'emblée cette décision fut proscrite par le dragon slayer qui rétorqua, de sa virulence notoire, l'irréfutable exigence à poursuivre « ce gros fumier ! », comme il fulminait à le dire. Happy eut beau être de son côté, l'approuver bec et ongles, la résolution de l'équipe demeura intraitable : ils retournaient au bercail, feraient leur rapport à Makarof puis ensuite seulement aviseraient de la suite à suivre. Mais pour l'instant, ils avaient autant besoin de repos que de remettre leurs idées au clair ; une réalité indéniable, celle assénée par Erza et qui clôtura toute discussion. Natsu lui-même se trouvait dans cet état, emmailloté dans l'aven décousu de ses émotions, tenant à peine sur ses jambes et harassé au plus haut point ; en dépit de sa farouche flamme d'action, il dut admettre que la meilleur des options était le repli.
Chacun prit donc un des captifs, l'attacha sur sa GidBike — ces dernières restées intactes bien que renversées à plusieurs mètres de là. Ainsi ils détalèrent, le vrombissement insalubre conjugué aux pensées lézardées, celles-là qui se perdirent dans ce linceul étoilé et souffreteux. Et alors que les membres de la guilde la plus tordue de Fiore roulaient, cheveux au vent, un des leurs dérivait autre part, dans son tourbillon biographique ; tournait en boucle des mots, ces mots vecteurs d'une destiné bouleversante.
Des mutations génétiques.
Le nœud.
Unique détentrice de cette magie.
Kimura Akito.
Bosco.
La cause de tout.
La clé…
Jubia savait ce qu'il lui restait à faire.
Le chapitre 10 sera peut-être posté vers décembre — je vais essayer de l'écrire (car il n'est pas encore écrit, ha ha) et de le poster pour les fêtes d'hiver mais je ne promets absolument rien. Cette année, je sens que je vais avoir infiniment peu de temps pour écrire et c'est loin d'être un euphémisme donc je ne sais pas quand précisément la suite va arriver. En aucun cas cette histoire sera abandonnée, j'y tiens et en beaucoup trop chier pour ça, mais c'est juste que je vais mettre beaucoup de temps à la terminer. C'est chiant, très mais c'est comme ça…
En tout cas, je remercie énormément tous ceux qui ont mis en favoris cette histoire ! Un grand merci à vous et aussi à ceux qui suivent toujours cette fic car sincèrement, si je ne vous avez pas, ça serait triplement plus dur à écrire et surtout, ça serait tellement moins goûteux à partager, cette histoire.
J'espère que la rentrée, pour ceux qui l'ont eu, s'est bien passée et pour les autres qui comme moi vont se l'enquiller demain, bon courage à nous ! J'vous embrasse cocos et cocottes de la lecture !
Bonne lecture et écriture à vous !
