Sur la passerelle, Léa suivait les opérations de très près. Elle vivait son premier blues de capitaine : elle ne pouvait pas être sur place. L'époque où elle était le premier officier, dirigeant les équipes d'exploration, était révolue. Elle devait maintenant attendre et ça l'ennuyait terriblement. Comme il n'y avait aucun besoin pour son expertise dans cette mission, ça lui enlevait la chance d'en faire partie.

- Capitaine, les équipes au sol sont prêtes pour leur rapport.

Elle avait demandé un rapport à toutes les heures. Elle commença par les équipes scientifiques puis, elle garda l'équipe d'exploration pour la fin.

- Hawking à White, au rapport, dit Léa.

- Ici White. Nous avons découvert un immense et profond cratère, nous cherchons un moyen d'y descendre, il se pourrait que l'épave s'y trouve.

- OPS, dit le capitaine à la Bajorane, pouvez-vous localiser ce cratère?

Les doigts de la jeune femme couraient sur la console.

- Oui, capitaine. Je l'ai. Ça semble être un ancien cratère de météorite. Mais, étrangement, il n'y a aucune végétation dans le cratère.

- Je confirme, répondit Myriam par voie de communication. Le cratère est encerclé par la jungle. Mais, il ressemble à une cuvette de l'enfer. Le sol est d'un rouge surprenant.

- Scannez le cratère en profondeur, enseigne Giona.

- Je détecte une forte concentration de fer, de manganèse, d'iridium et de zinc. Les senseurs détectent aussi du titane, mais concentré à un seul endroit.

- C'est surement l'épave du Valkyrie, reprit Léa. Relayez les coordonnées à l'équipe au sol.

- À vos ordres.

- Coordonnées reçues. Nous y allons tout de suite, capitaine, White terminée.

Le silence revint sur la passerelle. Le capitaine réprima un bâillement. Une question ne cessait de trotter dans sa tête : avait-elle fait le bon choix en acceptant cette promotion? Toute sa vie, elle n'avait eu qu'une ambition : étudier et comprendre. Il s'était avéré qu'elle avait un talent naturel pour diriger et elle l'avait exploité, mais les sciences étaient sa passion et quand elle suivait les équipes de scientifiques au sol sans pouvoir participer, elle se sentait seule et abandonnée par ce qu'elle aimait le plus.

Le conseiller Dénobulien, assis à ses côtés, se pencha alors vers elle.

- Capitaine, vous devriez peut-être prendre une pause. Pour l'instant, tout est tranquille.

Elle faillit refuser, et réalisa qu'il avait raison, il n'y avait rien à faire de plus pour elle. Son second était sur la planète et elle n'avait pas encore nommé son troisième en commande, mais Riyax avait un grade de commandeur, il pouvait donc prendre la relève des opérations.

- Merci conseiller, je vais suivre votre conseil. Vous avez la passerelle. Avertissez-moi au moindre changement.

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Sur la planète, le docteur Sermak analysait les échantillons de sang quand une jeune femme l'interrompit. Contrairement aux autres, ses mutations n'étaient pas trop extrêmes. Elle avait encore l'air humaine, si ce n'est sa tête sans cheveux, recouverte d'écailles et ses yeux violets avec une pupille verticale. Elle portait une robe blanche et ample.

- Vous vouliez me voir, docteur?

Il leva les yeux de son microscope.

- Êtes-vous Alma, la nièce du gouverneur?

- Oui.

- Je suis le docteur Sermak, dit-il en prenant son tricordeur. À combien de mois en êtes-vous?

- Trois.

- Je vais vous examiner à l'aide de cet instrument. Il me permet de voir l'intérieur de votre corps. Ça ne sera pas douloureux.

- Vous pouvez y aller.

Il la scanna avec son tricordeur et resta plus longtemps au-dessus de son ventre. Il releva un sourcil. Elle le remarqua.

- Quelque chose ne va pas?

- Je dois vérifier quelque chose, dit-il en faisant une recherche sur la base de données de son tricordeur.

- Docteur, insista Alma. Si vous voulez ménager mes sentiments, c'est peine perdue. Je sais que mon enfant ne survivra pas.

Il releva les yeux de son tricordeur.

- Alors pourquoi poursuivez-vous cette grossesse?

- Comme si j'avais le choix!

- Que voulez-vous dire?

- L'avenir de notre monde est en danger. Plus aucun enfant ne survit. Alors, toutes les grossesses doit être menée à terme, juste au cas. C'est la loi.

- C'est logique, dit-il. Un humain se révolterait de cette situation, ajouta-t-il.

- Et pas vous?

- Je suis un Vulcain. Cependant, même si cette solution a son côté logique, elle comporte des failles. Les grossesses infructueuses à répétition ne feront qu'affaiblir la population et ça n'améliorera certainement pas la situation.

- Ce n'est pas moi qu'il faut convaincre, maugréa-t-elle. Dites-moi donc ce qui vous embête.

- Je ne suis pas embêté, ce mot fait référence à un sentiment. Le mot intrigué serait plus juste.

- Qu'est-ce qui vous intrigue, alors?

- Votre enfant est parfaitement humain, il n'a aucune trace visible de mutations.

Elle se rembrunit.

- Ne me donnez pas de faux espoir.

- Ce n'est pas mon but. Il faut faire d'autres recherches. Il est possible que les mutations n'apparaissent qu'à un stade plus avancé de la gestation. Je dois vous prélever un peu de liquide amniotique.

- C'est douloureux?

- Inconfortable.

- Dangereux?

- Il y a un faible risque pour l'enfant.

- Alors allez-y!

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Myriam White et son équipe marchaient maintenant dans le cratère. Ils avaient trouvé un endroit moins escarpés pour y descendre et il se trouvait maintenant dans une zone aride, ce qui contrastait avec la lourde humidité de la jungle qu'ils venaient de traverser. Les traces de titanes détectées par le Hawking n'étaient plus très loin, droit devant eux.

- Je crois que j'aperçois quelque chose, dit Jamar, le chef de la sécurité.

Ils pressèrent le pas pour apercevoir une surface métallique réfléchir sous l'étoile d'Irizia. Le Parksan sortit son tricordeur.

- C'est bien un vaisseau, il est enterré. Ceci est la coque extérieure, côté tribord, si je me fie à ces lectures.

Ils se rapprochèrent.

- Nous ne sommes pas équipés pour le déterrer, commença White. Pouvons-nous entrer en découpant la coque?

- Le titane n'est pas facile à couper, commandeur, mais le sable et le temps semble l'avoir érodé. On pourrait faire un essai.

White prit son phaseur suivit des deux officiers de sécurité.

- Réglez vos phaseurs au maximum, tir chirurgical.

Ils obéirent.

- Concentrez vos tirs sur le mien, ajouta-t-elle.

Elle entreprit de tailler un trou circulaire avec l'aide des deux officiers de sécurités. Lentement, le travail avançait et bientôt, le monceau de métal tomba avec fracas à l'intérieur de l'épave. Kirt alluma sa lampe torche et avança vers le trou.

- Le sol n'est pas trop bas, dit-il, nous pourrons y entrer sans difficulté.

- Vu le sens dans lequel se trouve le vaisseau, je dirais plutôt que c'est sur le mur que nous allons tomber, fit remarquer l'ingénieur.

Myriam alluma sa lampe.

- J'y vais d'abord.

Elle se glissa dans le trou et se laissa tomber. Les autres suivirent un à un.

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Le capitaine Roberge déambulait dans le vaisseau. Depuis qu'elle en avait pris le commandement, elle n'avait pas tellement pris le temps de le visiter, mis à part les secteurs névralgiques, comme la passerelle, l'infirmerie, l'ingénierie et le mess. Elle n'avait tout simplement pas eu le temps. Puisque tout était tranquille, le moment était bien choisi, mais par où commencer?

En bonne scientifique, elle choisit la section des laboratoires au niveau sept. Chaque vaisseau de Starfleet en était équipé, mais sur un vaisseau scientifique, les laboratoires étaient beaucoup plus nombreux et les équipements, plus perfectionnés. Son vaisseau était vraiment à la fine pointe de ce qui se faisait dans Starfleet.

Ça n'avait pas toujours été comme ça. On accordait plus d'importance à la défense et à l'exploration qu'à la recherche. Les premiers vaisseaux scientifiques étaient, en fait, de vieux vaisseaux mis au rebut auxquels on avait voulu donner un deuxième souffle. Ensuite, il y avait eu la classe Oberth qui était bien équipée scientifiquement mais dont le système de défense était plus qu'insuffisant. Après la tragédie du Grissom, détruit par des Klingons, les classes de vaisseaux scientifiques suivantes avaient été mieux armées, mais pas encore assez. La classe Nova en était un bon exemple, mais la disparition de l'Equinox, retrouvé dans le quadran Delta par le Voyager avait emmené des questionnements sur l'autonomie de ces vaisseaux sur des longues distances.

De ce débat, et à partir des plans du Nova, la classe Spitzer était née. C'était la première classe de vaisseau scientifique à la fine pointe de la technologie, mais parfaitement équipé pour se défendre et pouvant aller aussi vite qu'un vaisseau d'exploration. Il y en avait trois de construit jusqu'à maintenant : le Spitzer, le Hawking et le Nobel.

Quand l'ascenseur la déposa au niveau sept, elle se demanda par où commencer. Devant elle, il y avait un long corridor et chaque porte qui s'y trouvait s'ouvrait sur un laboratoire de recherche. En bonne physicienne, elle pensa d'abord aux laboratoires de physique, il y en avait deux. Comme la physique se séparait en de nombreuse branche, les deux étaient multidisciplinaires, mais les disciplines y étaient différentes. Juste à côté, se trouvait la salle de cartographie stellaire. Elle choisit cette dernière.

Elle entra dans la pièce et faillit passer au travers une planète. Si la plupart des salles de cartographie stellaire des vaisseaux de Starfleet se contentait d'utiliser des écrans, la cartographie stellaire du Hawking était un mini holodeck qui permettait de projeter l'espace en trois dimensions autour de ses opérateurs, ce qui leur donnait une vision plus juste.

Présentement, les trois officiers présents étudiaient le système d'Irizia et c'est pourquoi, il y avait des planètes tout autour d'eux.

Elle remarqua alors qu'ils avaient cessé leur travail et qu'ils la regardaient fixement sans dire un mot. Il lui fallut une fraction de seconde pour se rappeler qu'elle était le capitaine du vaisseau et qu'ils attendaient ses ordres. Elle n'était pas encore habituée à ce genre d'attention; même un premier officier ne recevait pas cet accueil.

- Ne vous occupez pas de moi, poursuivez votre travail.

- Oui, capitaine, répondit une femme avec le grade de lieutenant. Enseigne, dit-elle à son voisin, revenons au modelage d'Irizia 4. Est-ce que vous avez les résultats des sondes?

- Il en manque encore une, lieutenant. Les scanners du vaisseau n'ont pas détecté d'eau.

- Sans doute une planète de classe L, dans ce cas.

Léa se sentit tout à coup plus curieuse.

- Lieutenant, dit-elle. Avez-vous découvert des choses intéressantes sur ce système planétaire?

- Jusqu'à maintenant, ce système ressemble au système solaire et c'est quand même assez rare dans ce secteur de la galaxie.

- En quoi?

- Quatre planètes rocheuses, quatre géantes gazeuses, pas de ceintures d'astéroïdes, cependant, mais la seule planète habitable en est la troisième.

- À la différence que cette planète n'a pas développée de civilisation, répondit Léa, contrairement à la Terre.

- Je n'en serais pas si sure.

Elle avança vers la troisième planète. Elle mit ses mains autours et les écarta rapidement, la planète grossit jusqu'à avoir trois mètres de diamètre.

- Nous avons modélisé la surface d'Irizia 3, grâce aux relevés des scanners et voilà ce que nous y avons découvert.

Elle mit deux doigts sur un point précis à la surface de la planète et les écartas, un petit carré apparut sur le devant de la planète, tel un écran montrant un agrandissement de ce secteur. Elle répéta l'opération deux autre fois pour zoomer sur l'image.

- Est-ce que vous voyez ceci, capitaine?

- On dirait des lignes qui se croisent. Ça ressemble à une structure, s'étonna-t-elle!

- C'est une ville, ou plutôt ce qui en reste, enterrée depuis des siècles, peut-être plus. Jusqu'ici, nous en avons répertorié une centaine.

- Nous avons un archéologue sur ce vaisseau, l'avez-vous averti?

- Non capitaine. Nous voulions envoyer notre rapport avant.

- Dans les circonstances, vue l'importance de cette découverte, je crois qu'il faudrait l'avertir dès maintenant. Qu'il travaille de concert avec vous pour déterminer à quel niveau de société nous avons affaire.

- Je ne croyais pas qu'il y avait urgence, madame.

- Lieutenant, c'est un élément important dans la mission en court. Ça pourrait avoir un lien avec les problèmes rencontrés par les colons.

- Ce n'est pas certain.

- Rien n'est certain, mais nous devons explorer toutes les pistes.

- Désolée, capitaine, je vais faire le nécessaire.

- Ne soyez pas désolée, vous avez fait du très bon travail.