Pendant ce temps, sous la surface, se trouvait Myriam et son équipe, toujours coincées sur la passerelle du vaisseau alors que les portes se faisaient marteler par les robots. Elle était inquiète pour les siens et plus le temps passait et moins elle croyait son capitaine capable de les sortir de là. S'ils voulaient s'en sortir, ce serait par leurs propres moyens, mais les options étaient minces. Ils étaient encerclés et leurs assaillants étaient si rapides et si nombreux qu'ils ne pourraient les tenir à l'écart avec des phaseurs, mais il n'y avait aucune autre façon de sortir. Parksan et Jamar surveillaient les portes avec des tricordeurs en silence.
Parksan avait laissé l'ordinateur débiter le journal de bord qu'elle écoutait d'une oreille discrète. Le capitaine du Valkyrie y parlait de tous les petits tracas du voyage. Rien d'intéressant en soit.
- Des changements, demanda White?
- On dirait qu'ils sont toujours plus nombreux, se frustra Jamar.
- Et que disent les tricordeurs sur nos petits amis?
- Ils sont petits et ne dégagent aucune chaleur, ils émettent un champ magnétique qui semble les relier entre eux. Ce sont des robots mais leur forme fait penser à des insectes. Ils ont six pattes.
- Vous parlez d'un champ magnétique, se pourrait-il que nous puissions utiliser ça?
- Pour l'instant, je ne vois pas comment, répondit l'ingénieur après une bonne réflexion.
Ce qu'il nous faudrait, c'est un officier scientifique, pensa Myriam. Il était ironique que venant d'un vaisseau qui en est truffé, elle n'en ait pas un seul dans son équipe.
- Commandeur, dit alors Jamar. Ils sont arrivés après que nous ayons allumé la génératrice; si nous l'éteignons, peut-être qu'ils s'en iront.
- C'est risqué, reprit Tomal Parksan. Les portes sont renforcées par un système hydraulique connecté sur un courant électrique. C'est un système de défense archaïque, mais efficace. Si nous coupons le courant et que ça ne les éloigne pas, ils n'auront pas de difficulté à forcer les portes.
- Je vois ce que vous voulez dire, mais si ne faisons rien, nous resterons coincés ici. Si c'est notre seule option, il faudra bien tenter le coup.
- L'idée n'est pas de sortir, expliqua le Proxien, mais de tenir assez longtemps pour permettre aux secours d'arriver.
Myriam comprit qu'elle avait fait une erreur, elle venait de montrer son manque de confiance envers son capitaine. Elle voulait bien lui donner sa chance, mais elle le faisait avec sa vie et celle de son équipe. Mais d'un autre côté, la confiance était importante quand on était dans Starfleet et pour établir une bonne chaîne de commande. Il fallait la baser sur une confiance mutuelle. Elle devait faire preuve d'un peu plus de patience.
- Vous avez raison, dit-elle, mais nous devons garder toutes les options ouvertes.
- Alors que faisons-nous?
- Pour l'instant, nous attendons.
Le silence se fit parmi les officiers ce qui permit à tout le monde d'entendre le journal de bord qui continuait d'être diffusé par l'ordinateur.
« Journal du bord du capitaine, 30 juin 2185. Nous sommes revenus aux vaisseaux plus confiants qu'au départ. Cette planète est inhabitée. Ce qui nous a attaqués est sans doute un système automatique de défense. Nous avons trouvé les ruines d'une cité et avons désactivé ce système. Nous allons étudier avec plus d'attention la technologie de cette planète. Il semble qu'il s'y trouve beaucoup de technologies intéressantes. À défaut de pouvoir repartir, nous avons de quoi démarrer la colonie dont nous avons toujours rêvée. »
- Ils ont désactivé le système de sécurité, mon œil, dit Jamar avec hargne.
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Un peu plus haut, au-dessus de l'équipe d'exploration, les activateurs étaient installés autour du trou. La génératrice se trouvait aussi tout près, prête à être activée. Léa était plutôt fière de son équipe. Ils avaient agi rapidement et efficacement.
- Il ne reste qu'à activer la génératrice, expliqua l'ingénieure, une jeune Andorienne. Elle est programmée pour fonctionner pendant cinq minutes et s'éteindre d'elle-même. Elle peut être démarrée à distance.
- Je ne crois pas. Quelqu'un doit rester pour s'assurer que la téléportation se fasse au bon moment.
Léa se pencha vers l'appareil.
- Est-ce bien ce bouton-là?
- Oui, mais je peux m'en occuper, capitaine.
- Non, vous retournez sur le vaisseau.
Elle se tourna vers les autres officiers.
- Vous retournez tous sur le vaisseau. Je reste pour activer la génératrice.
- Capitaine, reprit le même officier qu'elle avait précédemment remis à sa place, quand vous activerez ça, ils arriveront par centaine, vous aurez besoin de quelqu'un pour les tenir à l'écart.
- Quel est votre nom, enseigne?
- Enseigne Tremblay, capitaine.
- Enseigne Tremblay, je veux que vous retourniez tous sur le vaisseau. Je compte me faire téléporter avant que ces créatures me tombent dessus, mais il n'est pas question que je risque la vie d'un autre officier.
- Mais…
- C'est un ordre.
- Permettez-moi d'insister. Je suis volontaire pour rester. Nous nous ferons téléporter ensemble.
Elle fixa le jeune homme dans les yeux et elle n'y vit qu'une profonde détermination, ce quelle aima.
- Très bien vous pouvez rester, mais je ne veux plus de protestations. Vous faites exactement ce que je dis sans poser de questions.
- Oui, capitaine.
L'enseigne Giona activa son communicateur et demanda une téléportation pour elle et les autres officiers. Léa alla se placer au côté de la génératrice. L'enseigne Tremblay se plaça de l'autre côté du trou, face à Léa, le phaseur à la main.
- Tenez-vous prêt, lui dit-elle.
Elle activa la génératrice. Il y eut un long moment de silence où seule la respiration du jeune homme se faisait entendre. Puis sans prévenir, un petit robot surgit du trou. Il ressemblait à une araignée avec de multiples pattes. Elles étaient souples et se courbaient dans tous les sens. Le centre de la créature était sombre et rectangulaire. Il y avait une lumière clignotante en son milieu et une antenne microscopiques à une extrémité. La créature était presque dans le secteur triangulé par les activateurs quand une autre créature surgit et renversa l'activateur, ce qui brisa le triangle et rendait la téléportation de la créature impossible.
L'enseigne tira la deuxième créature et se précipita vers l'activateur.
- Non, s'écria Léa!
Mais il avait déjà plongé pour remettre l'activateur en marche, la créature était à nouveau encerclée. Léa appuya sur son communicateur.
- Roberge à Hawking, énergie.
Juste avant que le faisceau de téléportation ne les prenne, elle vit une dizaine de robots sortir du trou et se jeter sur l'enseigne. Le paysage se volatilisa alors, remplacé graduellement par le décor de la sale de téléportation. Dès que le cycle fut complété, elle sortit son phaseur et se tourna vers l'enseigne Tremblay. Deux créatures avaient été téléportées avec l'officier et s'acharnaient sur lui. Il s'effondra. Elle visa et tira un robot une pendant que le technicien aux téléporteurs tirait sur l'autre. Les créatures tombèrent.
Léa se pencha alors sur le jeune homme. Il était couvert de sang et de coupures profondes. Les créatures robotiques se servaient visiblement de leurs multiples pattes comme d'armes blanches. Elle appuya sur son communicateur.
- Urgence médicale en salle de téléportation.
En attendant l'arrivée du personnel médical, elle fit pression sur la blessure qui saignait le plus abondamment, tentant d'endiguer le flot de sang.
C'était de sa faute, elle lui avait permis de rester. Elle réalisait que chaque décision qu'elle prenait, chaque ordre qu'elle donnait pouvait avoir des conséquences funestes. Elle était responsable de la vie de ce jeune homme. Et en même temps, elle réalisait que s'il n'était pas resté, ils auraient échoué et la vie de six autres personnes étaient en jeu.
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Le docteur Sermak travaillait avec acharnement pour trouver la réponse et il se rapprochait. Il avait découvert quelque chose d'anormal dans le liquide amniotique, mais il n'arrivait pas à l'isoler. Ça bougeait trop vite. Il avait tout essayé pour le ralentir et arriver ainsi à le voir au microscope et il croyait avoir trouvé le bon additif qui augmenterait la viscosité de l'échantillon l'obligerait le parasite à ralentir. Il s'apprêtait à regarder à nouveau quand son communicateur bipa.
- Infirmerie au docteur Sermak.
- Ici Sermak, que se passe-t-il?
- Docteur, ici le docteur Hull, votre assistant. Nous avons un blessé.
- Ne pouvez-vous pas vous en charger vous-même docteur, je suis occupé, coupa froidement le Vulcain.
- Multiples blessures par perforation, plusieurs organes vitaux sont atteints. Il faut l'opérer immédiatement. Votre assistance serait grandement appréciée.
- J'arrive.
Il ferma son communicateur et se tourna vers un de ses assistants pour lui donner des instructions, puis, il demanda une téléportation directement à l'infirmerie. Alors qu'il commençait à se dématérialiser, l'assistant se rendit vers le microscope et regarda l'échantillon. Il releva les yeux, étonné, consulta les notes de Sermak et appuya sur son communicateur.
- Équipe au sol à Hawking.
- Ici le Hawking, répondit la voix du conseiller Rillax.
- Nous avons découvert ce qui cause les mutations chez les colons.
- De quoi s'agit-il?
- Des nano-robots d'une taille et d'un niveau de perfectionnement encore jamais vus.
