Léa était dans le laboratoire d'exo-ingénierie et observait les ingénieurs étudier le robot arachnide. Ils étudiaient à la fois le spécimen « vivant » qui avait été téléporté et les débris des deux autres robots qui avaient attaqués l'enseigne Tremblay. Elle avait décidé de suivre l'opération de près. Elle pouvait laisser la passerelle au conseiller pour l'instant.
Alors que le petit groupe de scientifiques s'acharnait sur ces petits robots, Riyax l'avait appelée pour lui parler de la découverte de l'équipe au sol. Léa avait ordonné que ces nano-robots soient emmenés au laboratoire d'exo-ingénierie. Ils avaient vites découvert la similitude entre les deux types de robots. Leur forme arachnide était identique, ils étaient aussi rapides et se montraient aussi agressif. Les nano-robots semblaient s'attaquer directement à l'ADN, jouaient avec elle et causaient les multiples mutations observés chez les colons.
Les ingénieurs et scientifiques avaient émis la théorie qu'avec les générations, la concentration des robots dans le corps de leur hôte avait augmenté considérablement, ce qui fait que les mutations n'avaient jamais cessées d'empirer. Étrangement dans le sang des colons, il n'y en avait pas. Ce qui veut dire que peu de temps après la naissance de l'enfant, les nanos robots mourraient et étaient éliminés par l'organisme, mais les dommages qu'ils avaient faits restaient irréparables.
- Si nous trouvons la cause, fit remarquer un des biologistes qui travaillaient maintenant de concert avec les ingénieurs, non seulement nous pourrons prévenir les mutations dans la population, mais nous saurons comment neutraliser leurs grands frères.
Cependant, ils avaient beau chercher, ils ne trouvaient rien et le temps s'égrainait. Léa commençait à se demander si elle n'avait pas pris la mauvaise décision. Une équipe d'assaut aurait peut-être été une meilleure solution. Se rappelant alors la vitesse à laquelle, ils s'étaient jetés sur l'enseigne Tremblay, elle en conclu que les risques seraient trop élevés.
- Je ne comprends pas, dit un biologiste. Les créatures de l'échantillon que nous possédons semblent avoir pris de la vigueur depuis que nous sommes revenus sur le vaisseau.
- Pourtant, elles en avaient perdues après que j'aie extrait le liquide amniotique, dit alors une voix derrière elle.
Elle se retourna. Le docteur Sermak venait d'entrer et il se tenait devant la porte.
- Docteur, dit-elle, je croyais que vous étiez en train d'opérer l'enseigne Tremblay.
- Il n'a pas survécu, dit-il, les dommages à ses organes vitaux étaient trop importants.
Cette nouvelle lui fit l'effet d'un coup de poing dans le ventre. Ce jeune homme, qu'elle connaissait à peine, était mort parce qu'elle lui avait donné la permission de rester, tout simplement. Elle aimait commander un vaisseau, mais envoyer quelqu'un à sa mort : personne ne devrait avoir ce pouvoir. Elle repensa aux six officiers coincés sur la planète. Leur sort était aussi entre ses mains.
- Merci docteur, dit-elle enfin, votre aide nous sera utile.
Il alla rejoindre les biologistes et commença à examiner les échantillons.
- Je disais que j'ai remarqué une baisse constante du nombre de ces créatures que je n'arrivais pas à isoler alors, dans l'échantillon, quand nous étions sur la planète.
- Et là, ça remonte, poursuivit le biologiste.
- Il doit y avoir quelque chose sur la planète qui les affecte, dit Léa.
- C'est possible, capitaine, reprit un des ingénieurs. Notre spécimen vivant était faible en arrivant ici et il a pris rapidement de la vigueur.
- C'est donc à la surface de la planète, reprit-elle.
- Peut-être des radiations provenant du soleil, ajouta le biologiste. C'est pour ça qu'ils vivent sous la surface.
- Et les embryons seraient protégés par ces radiations, expliqua le Vulcain, du moins pendant une partie de la grossesse. Le liquide amniotique les protège comme il protège l'embryon.
- Mais comment?
- C'est comme quand on est dans le fond d'une piscine, reprit le biologiste. Certain type de radiation ne traverseront pas l'eau.
- Le corps humain contient beaucoup d'eau, pourtant, dit Léa. Après la naissance les nano-robots meurent.
- Le corps du bébé est moins protégé que celui d'un adulte : moins d'eau. C'est ce qui fait que les nano-robots disparaissent après la naissance.
- Attendez, coupa Léa. Tout ça est bien intéressant, mais pour l'instant, notre priorité est l'équipe d'exploration. La raison pourquoi les nano-robots sont présent chez le fœtus seulement devra être déterminé plus tard. Concentrez-vous sur leurs points faibles : quelles radiations l'étoile d'Irizia émet-elle?
Une des ingénieurs alla vers une console.
- Voyons voir : rayon UVA, UVB, gamma, électromagnétique, …
- Essayez-les toutes à tour de rôle sur notre spécimen, ordonna un autre ingénieur.
Elle était tout près de la solution; elle le sentait. Elle vit le petit robot dans la cage derrière un champ de force se faire bombarder successivement par plusieurs types de rayons puis tout à coup, il tomba, complètement désactivé. Elle se retint de lâcher un cri de joie.
- Qui est le gagnant, demanda-t-elle?
- Rayonnement infra-rouge, dit l'ingénieur surpris.
- Pouvons-nous créer un appareil qui en émettrait de grande quantité?
- Nous pourrions adapter des lampes, capitaine.
- En combien de temps?
- Je peux reprogrammer le réplicateur pour nous en fabriquer. Ça prendra entre cinq et dix minutes.
- Faites-le, ordonna-t-elle. Et emmenez-en le plus possible dans la salle de téléportation 1. Dès que ce sera fait.
Elle tapa sur son communicateur.
- Roberge à passerelle. Envoyez-moi une dizaine d'officiers de sécurité en salle de téléportation.
- Capitaine, demanda Riyax?
- Aussi étrange que ça puisse paraître, nous allons attaquer ces créatures à coup de lampe de poche.
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« Journal du bord du capitaine, 4 septembre 2185. Il y a plusieurs mois que nous sommes ici et la colonie est bien installée. Nous avons construits un village à plusieurs heures de marche d'ici. Nous voulions que ce village soit loin de toute la technologie qui se trouve sur cette planète. La principale raison est que les civils ne sont pas au courant. Nous souhaitons éviter de les mêler à ces recherches. La technologie que nous avons trouvée jusqu'à maintenant est principalement à vocation militaire et je commence à trouver ça inquiétant. Mon officier aux opérations est d'un avis différent. Ayant étudié en génétique, il croit que nous pourrions utiliser les nano-robots qui semblent avoir été créés dans le but d'attaquer insidieusement en contaminant un corps, tel un virus. Il croit qu'on pourrait les reprogrammer pour soigner les maladies, rendre le système immunitaire plus fort et peut-être même modifier les gênes des bébés en gestation pour en faire des êtres surhumains. J'ai mes réserves là-dessus. »
- C'est ce qui a contaminé les colons, s'exclama Myriam. Il faudrait contacter le Hawking pour leur remettre cette information.
- Plus nous communiquons et plus nos réserves d'énergies diminuent, maugréa Parksan.
Elle soupira.
- Il y a plus de quatre heures que nous sommes là-dedans sans eau et sans nourriture. Nous nous affaiblissons. Bientôt, nous ne serons plus en mesure de remonter même si les créatures cessaient soudainement leur attaque. Je suis sure que le capitaine Roberge a vraiment tout fait pour nous aider, mais il faut tenter le coup…
Une console bipa. Jamar se précipita.
- Le Hawking nous appelle.
White se précipita.
- Ici l'équipe au sol.
- Ici le conseiller Riyax. Préparez-vous, commandeur White, une équipe est en route pour vous libérer.
- Mais… comment? Où est le capitaine Roberge?
- Le capitaine est à leur tête. Je ne suis pas le premier officier, je n'avais pas l'autorité pour l'en empêcher.
- Vous auriez pu au moins essayer, dit-elle. White terminé.
Quand elle serait sortie de là, il faudrait vraiment qu'elle fasse comprendre à son nouveau capitaine qu'elle ne devait pas se mettre en danger par ce genre d'action. La chose ne serait sans doute pas facile.
- Monsieur Jamar, dit-elle enfin, downloadez les bases de données dans votre tricordeur, en particulier les journaux de bords.
- Oui commandeur.
- Sortez tous vos phaseurs et réglez-les au maximum avec une large bande. Tenez-vous prêts.
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Le capitaine Roberge entra la dernière dans le trou pratiqué dans la coque du Valkyrie. Elle avait beau diriger l'équipe, elle n'avait pas suffisamment d'entraînement pour ce genre de situation. Il lui fallait se fier à l'expertise de ses officiers. Ils étaient tous équipés de phaseurs et dans l'autre main, ils tenaient la lampe à infrarouge. Cette lampe de les éclairait pas. C'était la lampe situé sur leur phaseur qui leur fournissait l'éclairage nécessaire pour se promener dans l'épave. Léa portait un sac qui contenait cinq grenades à infra-rouge, une idée de dernière minute d'un des ingénieurs du laboratoire d'exo-ingénierie. Il n'avait eu le temps que d'en fabriquer cinq. L'objet était sans danger pour un humain, mais dès qu'il serait détonné, le spectre à infra-rouge exploserait dans tous les sens momentanément et serait vingt fois plus puissant que la lampe.
Un des officiers sondait les alentours avec un tricordeur.
- Capitaine, dit-il, l'équipe d'exploration se trouve cinq niveaux plus bas dans cette direction. Je détecte beaucoup de mouvement autour d'eux, mais nous sommes trop loin pour en avoir une idée précise.
- Sans doute les robots, dit-elle.
- Quels sont vos ordres?
Elle croyait toujours qu'une attaque de face n'avait aucune chance de réussir. Il fallait une diversion. Elle avait demandé à un des officiers d'emmener la génératrice qui était restée à la surface après la capture du robot. Elle était intacte et pouvait être réactivée. Elle approcha l'officier avec le tricorteur et regarda la petite carte qui s'affichait sur l'écran.
- Il y a une vaste pièce dans la direction opposée, dit-elle.
- Sans doute un entrepôt, répondit l'officier.
- Nous allons par là.
- Capitaine?
Il semblait sur le point de protester, ne comprenant pas pourquoi il faudrait s'éloigner de leur cible.
- N'oubliez pas d'emmener la génératrice, ajouta-t-elle.
Il comprit.
- À vos ordres, capitaine, dit-il avec enthousiasme.
