Tout le monde était réuni dans la salle de conférence quand Léa entra. Elle pouvait voir la fatigue dans les yeux de l'équipe d'exploration. Ils étaient tous vivants et personne n'avait été tué ou blessé lors de l'opération. Elle en était particulièrement satisfaite. Elle s'installa sur son siège et commença le briefing.

- Je vous ai réuni ici pour faire le point sur la situation, commença Léa. Nous avons réglé la crise, mais reste le problème rencontré par la colonie. Quelque chose me dit que la source du problème n'est pas aussi simple que nous ne l'aurions cru.

- En effet, capitaine, répondit le docteur Sermak. Bien qu'il y ait beaucoup de similitudes entre les robots rencontrés par l'équipe d'exploration et les nanorobots présents dans le liquide amniotique. Nous n'arrivons toujours à déterminer pourquoi ils sont seulement présents dans le liquide amniotique et non dans le corps des colons.

- C'est parce qu'ils ont été programmés comme ça, coupa White.

- Que voulez-vous dire, commandeur?

- Sur le Valkyrie, nous avons écouté les journaux de bord. Il y est question d'expérience génétique avec des nano-robots. Apparemment, les premiers colons ont cherché à créer une race supérieure en se servant des technologies qu'ils ont trouvées sur la planète et qu'ils ne connaissaient pas bien.

- Ça s'est retourné contre eux, répondit Léa.

- Plutôt contre leurs descendants, renchérit le Vulcain.

- Peut-on déprogrammer ces nano-robots, demanda-t-elle?

- Il faudrait d'abord savoir comment ils ont été programmés, répondit Sermak.

- Nous avons downloadé les bases de données du Valkyrie sur mon tricordeur, dit Jamar. Nous pourrions les étudier. Il y a peut-être plus d'informations sur ces robots.

- Je laisse ça entre vos mains, lieutenant.

Elle se tourna vers l'archéologue.

- Lieutenant Lakos, vous avez étudié les données de la cartographie stellaire. Si nous voulons trouvez plus d'information sur ces robots, nous devrions nous tourner vers les anciens habitants de cette planète. Quel serait le meilleur endroit?

- Dans les villes qu'ils ont détectées, il y a une agglomération beaucoup plus vaste que les autres à une centaine de kilomètre de la colonie. Je l'ai surnommée la capitale. C'est là que nous devrions chercher. Sur images que j'ai vues, il semble même en rester des vestiges à la surface.

- Très bien, vous y irai avec une équipe d'exploration dans six heures. Ce qui devrait donner le temps à tout le monde de se reposer. Commandeur White, vous vous occuperez d'organiser cette recherche.

- D'accord, capitaine. Je vais avoir besoin du docteur Sermak, du lieutenant Jamar et du lieutenant-commandeur Parksan.

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En sortant la salle de conférence, Léa alla rejoindre le conseiller Riyax.

- Conseiller, dit-elle, puis-je vous parler un instant?

- Bien sûr, capitaine.

Elle l'accompagna dans le corridor.

- Avez-vous des enfants?

- J'en ai trois.

- Est-ce indiscrets de vous demander pourquoi ils ne sont pas sur le vaisseau avec vous?

- Ils sont avec leurs mères et le groupe familial. Sur Dénobula, la famille est quelque chose de plutôt complexe.

- J'aimerais bien que vous me racontiez tout ça un jour.

- Mais pas maintenant.

Elle soupira.

- Désolée, j'ai autre chose en tête.

- Il s'agit de votre fils.

- Comment avez-vous deviné?

- Vous vouliez savoir si j'avais des enfants, mais sans aller trop loin sur le sujet.

Elle réfléchit un moment à ce qu'elle voulait dire, puis elle parla.

- Je ne sais plus quoi faire avec lui. Tout à l'heure, nous nous sommes disputés.

- C'est un normal pour un jeune de son âge de remettre en question l'autorité.

- Non, ce n'est pas ça. Il y avait de la douleur dans sa voix. Je lui ai fait du mal sans le vouloir et je ne sais pas comment me rattraper.

- Qu'avez-vous fait exactement?

- J'ai cessé de le regarder.

Il y eut un silence. Riyax la regardait fixement comme s'il tentait de comprendre.

- Je n'en étais pas consciente au début, puis, j'en ai fait une habitude. Quand, je lui parle, je fixe un point derrière lui pour ne pas avoir à fixer son visage. Je croyais qu'il ne s'en rendait pas compte.

- C'est une étrange habitude, capitaine, dit alors Riyax. Dans ce cas précis, c'est au psychologue que vous devriez parler et non à l'ami.

- Pourquoi pas aux deux?

- Très bien, alors, savez-vous pourquoi vous avez cessé de le regarder?

- Je n'en suis pas sure.

Il réfléchit un moment, l'air grave.

- Arrêtez ici, capitaine.

Ils étaient toujours dans le corridor. Elle arrêta et regarda le conseiller, intriguée.

- Je sais que l'endroit n'est pas approprié, mais ça ne sera pas long. Fermez les yeux et visualisez le visage de votre fils.

Elle prit une profonde inspiration et ferma les yeux. Son visage se crispa.

- Quand vous voyez son visage, dites-moi spontanément ce qui vous vient à l'esprit.

- Nathan, mon mari.

- Il ressemble donc à son père.

- Son portrait tout craché.

- Quand vous pensez à votre mari, quel souvenir revient spontanément?

Elle ouvrit les yeux et parla avec tristesse.

- Chaque fois que je pense à mon mari, je revois sa mort. Je le vois suppliant, je le vois humilié, je le vois souffrant!

- Pas surprenant que vous ne soyez plus capable de regarder votre fils.

- Est-ce que je devrais le lui dire? Est-ce qu'il comprendrait?

- Que sait-il sur la mort de son père?

Le visage de Léa s'assombrit.

- Je lui ai dit que ça avait été rapide et sans douleur.

- Voulez-vous vraiment lui dire la vérité?

- Non, dit-elle dans un souffle.

- Alors, la solution est simple. Il faut que vous recommenciez à le regarder.

- Mais… je ne sais pas si je le pourrai.

- C'est un travail de l'esprit, capitaine. Vous devez cesser d'associer le fils au père. Vous devez changer le mauvais souvenir par un bon. Ça pourrait être un long processus. Bien sûr, je pourrais vous accompagner dans cette épreuve.

L'idée seule d'essayer la terrorisait, même si elle réalisait qu'il avait raison.

- Merci conseiller, je vais y penser, dit-elle brusquement avant de s'éloigner vers la section des laboratoires.

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La ville dormait depuis si longtemps. Elle était à demi enterrée sous les sables du désert, mais ses plus belle structures, ses monuments les plus impressionnants brillaient encoure sous le soleil. Elle attendait. Le vent caressait ses tours penchées que le sable ne pouvait éroder. Le métal de structures tordues, difformes, mais ahurissantes, brillait sous le soleil. La ville se faisait belle, bientôt, qui sait, la vie allait peut-être y revenir.

Cinq personnes se matérialisèrent au milieu de la ville, près de la plus grosse tour. Dès qu'elles apparurent, elles regardèrent le paysage époustouflé. L'une d'entre elle prit son tricodeur et scanna les alentours.

- Quelque chose d'intéressant, demanda Myriam?

- C'est incroyable, dit l'archéologue. La ville semble abandonnée depuis des millénaires, et pourtant, je ne vois aucuns signes de dégradation. Sûrement une société post-spatiale et très avancée. Nous ne voyons que la pointe de l'iceberg. Sous terre se trouve une mégapole vraiment vaste.

- Croyez-vous que nous puissions accéder à un de ces buildings?

Il continua de scanner la zone.

- La tour penchée, devant nous. Je détecte un accès, de l'autre côté.