Léa entra enfin dans le laboratoire de physique numéro un. Il n'y avait personne : tant mieux. Elle y serait tranquille. Lentement, elle explora le laboratoire, examinant chacun des équipements avec un petit pincement au cœur. L'époque où elle utilisait ces équipements régulièrement, cherchant à percer les secrets de l'espace-temps était révolue. Elle aurait sans doute quelques temps de libre pour s'y adonner et peut-être que son expertise serait nécessaire à certaine mission, mais ce n'était pas pareil.
Elle n'avait jamais rejoint Starfleet dans le but de devenir capitaine, mais ses supérieurs lui avait découvert très tôt un leadership naturel qu'ils avaient exploité et développé. Elle avait elle-même découvert qu'elle aimait être aux commandes et qu'elle s'y sentait à son aise.
Cependant, elle adorait les sciences et elle était très douée dans son domaine. Devenir le capitaine d'un vaisseau scientifique lui avait semblé un compromis acceptable.
Elle n'en était plus si sure.
Elle se demandait toujours si elle serait vraiment à la hauteur, tout comme elle se l'était demandé, il y deux ans, sur la passerelle du Stardust quand un groupe de terroristes breens avait fait prisonnier des colons et des officiers de Starfleet présents sur la planète. Le capitaine avait été blessé et avait pu être ramené sur le Stardust. Elle était alors le premier officier. Elle devenait tout à coup responsable de toutes ces vies, et parmi elles, des gens qu'elle connaissait, avec qui elle travaillait, avec qui elle vivait.
- Pour vous montrer que nous sommes sérieux, nous allons exécuter un otage, avait dit Yatzo, leur chef.
- Ce n'est pas nécessaire, dit-elle, nous sommes prêts à écouter vos revendications avec beaucoup de sérieux.
- Alors pourquoi est-ce vous et non votre capitaine qui négocie?
- Le capitaine a été blessé, il n'est pas en état de négocier.
- Je ne vous crois pas. C'est une ruse et ça ne marchera pas avec moi.
Il se tourna et donna des ordres en breen. Deux terroriste ramassèrent un officier de sécurité et l'amenèrent devant la caméra. Quand elle le vit, elle faillait défaillir, : c'était Nathan.
- Non, murmura-t-elle. Pas lui.
- Nous allons exécuter un otage à toutes les heures en commençant par celui-là.
- Ce n'est pas nécessaire, insista Léa. Dites-nous ce que vous voulez et je promets que je ferai tout ce que je peux.
- Je veux parler à votre capitaine!
Il donna des ordres en breen. Quatre terroristes approchèrent avec ce qu'ils appelaient des bâtons de douleur, arme utilisée pour punir des prisonniers. Quand ils frappaient avec, ça touchait tout le système nerveux. La victime ressentait une douleur intense. Un coup n'était pas mortel, mais plusieurs coups à répétition feraient le travail. Le premier frappa dans les côtes. Nathan lâcha un hurlement.
- Arrêtez, s'écria-t-elle! Je suis habilitée à négocier à la place du capitaine! Arrêtez, je veux négocier!
Mais ils ne l'écoutaient pas, ils le frappaient encore et encore et Nathan criait de plus belle.
- Par pitié! Arrêtez, supplia-t-il d'une voix faible entre deux frappes!
- Je vous donnerez ce que vous voulez, insista Léa. Ce n'est pas une ruse!
L'un des Breens le frappa dans le dos, il se crispa, mais se retint d'hurler, l'autre le frappa dans le ventre.
- LÉA, hurla alors Nathan avant de s'effondrer!
Un des terroristes approcha et vérifia le pouls, il fit un signe de tête à son chef.
- Prochaine exécution dans une heure, dit-il avec froideur avant de couper la communication.
Elle était restée prostrée devant l'écran pendant une bonne minute, n'arrivant pas à croire ce qu'elle venait de voir. Nathan était… Non! Pas lui! Ce n'était pas réel. C'était un cauchemar. Il fallait qu'elle se réveille, quelle le retrouve à ses côtés. Elle lui raconterait son cauchemar et il en rirait, ils en riraient ensemble. Il serait vivant, comme toujours. Il serait là pour elle, comme il l'avait toujours été. Non, ça ne pouvait être la réalité!
Et pourtant, ça l'était.
- Commandeur, demanda un des officiers sur la passerelle ?
Ils la regardaient tous, ils savaient qui elle venait de perdre, mais c'était sur elle qu'ils comptaient. La plupart des officiers d'expériences, à part elle et le capitaine, étaient prisonniers des Breens. Si elle abandonnait et laissait libre court à son chagrin, personne ne pourrait la remplacer pour gérer cette situation de crise et les otages seraient tous exécutés.
Elle prit alors la plus étrange décision de sa vie. Elle créa une boîte dans son esprit et y enferma son chagrin et son désespoir, le temps de régler la situation. Quarante-six personnes étaient toujours vivantes et attendaient d'être sauvées. Elle devait agir. Une liste d'actions s'imposa alors à elle. Elle reprenait vie.
- Nous ne pourrons pas négocier avec eux, dit-elle gravement, alors, il faudra prendre les choses en main pour ramener les otages. Je veux six équipes d'intervention de cinq officiers chacune dans les salles de téléportation. Nous allons l'attaquer sur plusieurs fronts et libérer les otages.
Elle avait mémorisé les plans de la colonie, elle savait par où les atteindre. Rapidement, elle avait mis sur pieds une stratégie qui s'était avérée gagnante sans aucunes pertes de vie autant chez les otages que du côté des équipes d'assauts. Elle s'était ainsi faite remarquer par l'amirauté.
Dès lors, on chercha à lui donner une promotion. Elle refusa une promotion de premier officier sur un vaisseau plus prestigieux et de capitaine sur un vaisseau de patrouille avant d'accepter finalement de commander le Hawking.
Dans le laboratoire, toujours à examiner les instruments, elle prenait conscience pour la première fois qu'elle n'avait jamais vraiment rouvert la boîte dans laquelle elle avait enfermée son chagrin. Bien en sûr elle l'avait entrouverte un peu au début, puis elle avait décidée de la laisser fermée.
La voix de l'enseigne Douze la fit sursauter.
- Passerelle au capitaine.
- Ici Roberge.
- L'équipe d'exploration est maintenant entrée dans la ville, vous vouliez en être informée.
- J'arrive.
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Quand ils eurent contourné l'immeuble, ils arrivèrent devant une brèche étroite par laquelle ils pouvaient passer.
- On dirait que ça a été découpé au chalumeau, fit remarquer Jamar.
- Peut-être que les colons y sont passés, dit White.
- Ça pourrait être les officiers du Valkyrie, dit l'archéologue. C'est peut-être ici qu'ils ont découverts comment programmer les robots.
Le Vulcain releva un sourcil.
- C'est hautement improbable, dit-il. Cette ville est vaste et le fait qu'ils soient tombés sur le même immeuble que nous est mathématiquement quasi impossible.
- Mais ils ont eu du temps, argumenta l'archéologue, cet immeuble n'est surement pas le seul qu'ils ont visités.
- Effectivement, admit le Vulcain, mais ça ne signifie pas que c'est ici qu'ils ont trouvés les moyens de reprogrammer les nano robots.
- Quoi qu'il en soit, c'est seulement en entrant que nous allons trouver des indices, coupa White. J'y vais en premier.
Elle se glissa dans la brèche pour se retrouver dans une vaste pièce. Encore là, les ravages du temps étaient imperceptibles, il n'y avait aucune trace de rouille, même pas de poussière. La pièce semblait luxueuse, bien décorée. Il y avait des fauteuils, des consoles informatiques. Des tableaux représentant la nature étaient accrochés au mur.
- C'est magnifique, dit Parksan qui venait d'entrer.
- Pouvez-vous faire fonctionner les ordinateurs?
- S'ils sont une source d'énergie toujours intacte, oui.
Cette fois, ils n'avaient pas pris de risques : ils n'avaient pas emmenés de génératrices : pas question d'attirer encore une horde de robots. Donc, il fallait que le chef ingénieur recherche la source d'énergie principale de l'ordinateur étrangère et essaie d'en tirer quelque chose.
Parksan scanna l'ordinateur avec son tricordeur, sortit un outil et ouvrit un panneau. À l'intérieur, il y avait ce qui ressemblait visiblement à des circuits, mais sous forme cristalline. Ça ressemblait à une sculpture abstraite très belle à regarder. Parksan, commença à déplacer des cristaux et à les replacer ailleurs.
- Que faites-vous, demanda White?
- J'improvise, dit-il. Voyez-vous les cristaux sombres?
- Ceux-là?
- Exactement. Ça me fait penser à des connections grillées. J'essaie d'agencer le circuit avec les connections encore bonnes pour le faire fonctionner.
Les trois autres officiers avaient passé la brèche et exploraient la pièce, sauf Sermak qui avait décidé d'observer comment Parksan réparait la console.
- Je crois que ça devrait fonctionner, dit alors Parksan. En tout cas, croisez-vous les doigts.
- En quoi consiste cette technique de croisement de doigt, quelle en est l'utilité, demanda le médecin?
- À accroître les chances de réussite, répondit l'ingénieur en appuyant sur un gros bouton rouge, sur le dessus de la console. Les cristaux se colorèrent des couleurs de l'arc-en-ciel alors que la console s'alluma.
- Commandeur, dit White en souriant, vous êtes dorénavant mon deuxième meilleur ami.
- Qui est le premier?
La question resta en suspens.
- Pourquoi y a-t-il un bouton qui clignote sur la console, demanda Sermak?
Parksan se tourna vers la console.
- Je n'arrive pas à lire ces symboles.
- Lieutenant Lakos!
L'archéologue abandonna la contemplation d'une structure métallique occupant le milieu de la pièce pour revenir vers la console.
- Ces symboles vous disent-ils quelque chose?
- Cela ressemble à de l'Arkanien ancien, mais ce n'est pas vraiment ça. Ça pourrait être aussi de l'Ekosien.
- Et si c'était l'un ou l'autre, nous recommanderiez-vous d'appuyer sur le bouton qui clignote?
Il observa attentivement le symbole présent sur le bouton.
- En Arkanien, ça pourrait vouloir dire « ancien ». En Ekosien, ça se rapproche beaucoup du symbole voulant dire « message ».
- D'une façon ou d'une autre, conclut White, ça ne me semble pas bien dangereux. Allez-y, ordonna-t-elle à Parksan qui était installé à la console.
Il obéit et une lueur verte quitta la console pour voler jusqu'au milieu de la pièce. Elle prit alors la forme d'un extraterrestre tridimentionnel. Son teint était vert. Il avait quatre doigts par main et des yeux très noirs sans pupille. Il n'avait pas de cheveux et ses vêtements gris faisaient penser à un uniforme.
- On dirait un hologramme, dit l'ingénieur.
- Visiblement le type Ekosien, commandeur, commenta l'archéologue. Il y a quelques petites différences morphologiques au niveau du visage, surement une ancienne colonie ekosienne.
- C'est donc un message, conclus White.
L'image se mit à parler dans une langue inconnue.
- C'est la première fois qu'on entend la langue Ekosienne, s'émerveilla l'archéologue.
- Pourquoi le traducteur universel ne fonctionne-t-il pas?
- Je crois qu'il fonctionne, commandeur, la complexité de la langue écrite ekosienne est telle qu'il n'est pas surprenant que le traducteur universel prenne du temps à traduire le langage verbal.
Pour appuyer les dires de Lakos, l'Ekosien se mit à utiliser des articles et des verbes en langue standard. Puis tranquillement, de plus en plus de mots furent compréhensibles.
« … que le conseil des cités de Métosa ont décidé d'un commun accord de bannir les Komedos. Tous ceux qui fabriquent ou utilisent des Komedos ont ordre de les désactiver et de les amener à l'édifice Fédéral. Passé le délai de 40 cycles, tout ceux qui n'auront pas obéit à cette loi seront considéré comme hors-la-loi… »
- On dirait un avertissement concernant les robots. Ils ont dû aussi perdre le contrôle.
- Dommage que ce ne soit pas un hologramme interactif, dit Parksan. Nous pourrions le questionner d'avantage.
L'hologramme cessa tout-à-coup son discours.
- Paramètre d'interactivité activé, dit-il.
Myriam s'avança.
- Pourquoi les Komedos doivent-ils être désactivés?
- Les Komedos ont été créés pour évoluer et apprendre. Ils le font de façon collective et sont liés les uns aux autres comme les synapses d'un cerveau. Ils sont devenus trop intelligents et certain groupes nous considèrent, nous, leurs créateurs, comme une menace. Voilà pourquoi nous devons les désactiver.
- C'est peut-être ce qui a causé la disparition de cette société, dit Lakos.
L'hologramme se tourna vers Lakos.
- Que voulez-vous dire? Quelle est la date?
Lakos réfléchit.
- Hé bien, nous avons passé l'âge de Mectar et l'âge de Soros, nous devons être à l'âge de Sheptar, près de l'année 2400.
L'hologramme enregistra l'information sans montrer de surprise.
- Qui êtes-vous?
Myriam allait répondre quand Lakos, lui fit signe. Elle se tourna vers lui et approuva d'un signe de tête.
- Nous sommes des représentants de la Fédération des planètes unis, laquelle est très semblable au Consortium ekosien de l'époque d'où vous venez. Nous sommes des explorateurs, mais nous sommes aussi ici pour aider.
- Aider qui?
Lakos allait répondre quand White s'interposa. Elle ne voulait pas qu'il sache qu'une colonie humaine se trouvait sur la même planète, ne sachant s'il la verrait comme intrusive.
- Aider tous ceux qui demandent notre aide. C'est notre travail. Pouvons-nous vous poser d'autres questions?
- Je suis programmé pour répondre.
- Peut-on reprogrammer les Komedos?
- Les Komedos ont dorénavant leur volonté propre. Il est impossible de les reprogrammer. Il serait risqué de tenter de les utiliser peu importe la justesse vos intentions.
Elle devait reformuler pour comprendre.
- Si quelqu'un tentait de les reprogrammer, comment les Komedos réagiraient?
- Cela dépend de leurs intentions. Ils pourraient refuser toute programmation ou simuler la réussite de cette reprogrammation pour ensuite se retourner contre le programmeur.
- C'est peut-être ce qui s'est passé, murmura Parksan. Puis-je poser une question commandeur, reprit-il tout haut?
- Allez-y.
- Les Komedos se sont montrés sensibles aux infra-rouges, savez-vous pourquoi?
- Nous les avons créés ainsi pour qu'ils ne soient pas capables de rester en surface, c'était une mesure de sécurité qui s'est avéré inutile.
- Ont-ils une autre faiblesse que nous pourrions exploiter si nous devons les affronter?
- Ce qui les lie est leur faiblesse, dit-il en s'éteignant.
- Ramenez-le, s'écria White!
Parksan se précipita vers la console.
- Il n'y a plus d'énergie, dit-il nous avons sans doute épuisé les dernières réserves.
- Les informations que pourrait nous donner cet hologramme n'ont pas de prix, il faudra utiliser une génératrice.
- Nous allons attirer les robots, s'exclama Jamar!
- Je ne crois pas que ce soit nécessaire, coupa le Vulcain, cet hologramme nous a dit exactement ce que nous avions besoin de savoir.
