Léa était retournée dans le laboratoire de physique. Elle avait beau retourner les choses dans sa tête, elle n'avait vraiment pas envie d'une psychothérapie. Elle se demandait toujours si elle avait pris la bonne décision en acceptant cette promotion. Tant qu'elle s'occupait de sciences, son état psychologique n'était pas à l'ordre du jour, mais maintenant qu'elle était capitaine, les standards devenaient plus élevés.

Elle démarra certains des appareils de mesure et s'installa à un terminal. Elle importa ses notes sur un travail de recherche personnel qu'elle avait entrepris avant d'obtenir cette promotion. Elle n'aurait sans doute jamais le temps de le finir, mais y travailler apaisait son esprit. Elle y entrait une série d'équations quand elle entendit le bruit de la porte coulissante. Quelqu'un entrait dans le laboratoire. Elle se tourna vers l'intruse. C'était le commandeur White.

- Désolée de vous déranger, capitaine. Je voulais vous aviser que le docteur Sermak a demandé à retourner sur la planète pour tester un traitement. Apparemment, il aurait trouvé la solution. Je le lui ai permis.

- Voilà une bonne nouvelle, dit-elle avec lassitude.

Myriam lui lança un drôle de regard.

- Est-ce que ça va, capitaine?

- Oui, juste un peu de fatigue.

- J'imagine que ce n'est pas le bon moment pour un petit tête à tête.

- Vous venez pour votre demande de transfert, dit brusquement Léa. Désolée, je n'ai pas encore eu le temps de l'envoyer à Starfleet.

Myriam parut confuse.

- J'avais complètement oublié cette demande, s'exclama-t-elle! Je vous prierais de ne pas l'envoyer. J'ai changé d'idée.

Léa pivota sur son tabouret et regarda son premier officier dans les yeux.

- Si je dois vous garder comme premier officier, j'aimerais bien être sure que vous voulez réellement ce poste.

- Permission de parler librement, capitaine.

- Accordée.

- J'ai été le premier officier d'un capitaine qui, selon moi, n'en avait pas l'étoffe.

- Vous voulez parler du capitaine Blake.

- Exactement. Il était très à cheval sur les règles et la discipline, mais n'avait aucun esprit d'initiative. Je ne sais pas comment il a pu atteindre ce poste. Je crois qu'il y a des moments, dans le feu de l'action, où il faut se fier à son instinct et à son jugement et pas seulement aux règles.

Léa hocha la tête sans répondre, l'invitant à continuer.

- Je devais pallier pour ses carences et prendre des risques pour régler certaines situations; et pour ces actions, il recevait des éloges pour avoir réglé la situation et moi des blâmes pour ne pas avoir suivi ses règles à la lettre.

- Que ça reste entre nous, commandeur White, j'ai aussi servi avec Ryan Blake avant qu'il soit capitaine et je partage votre opinion à son sujet. C'est pour ça que j'ai demandé à vous avoir comme premier officier.

Myriam se montra surprise.

- C'est vous qui m'avez demandée !

- Je savais que le premier officier d'un tel capitaine n'aurait pas le choix de dépasser ses propres limites et c'est ce que je veux comme second. Ça ne m'explique pas votre demande de transfert.

- Puis-je m'asseoir?

Léa hocha la tête et Myriam alla prendre le tabouret juste au côté.

- J'ai demandé à être sur un vaisseau d'exploration parce qu'ils ne prennent que la crème des capitaines et je savais que je n'y retrouverais pas un autre capitaine Blake. Alors, quand j'ai été assigné à un vaisseau scientifique, et bien, j'ai cru que…

- Que je ne serais pas à la hauteur, comprit Léa avec dépits. C'est sûr que les missions scientifiques sont moins prestigieuses.

- C'est ce que je croyais au début, mais je me trompais. Dès que nous nous sommes retrouvés en situation de crise, vous avez mis la main à la pâte et vous vous êtes impliquées personnellement dans chaque étape du sauvetage. Vous avez même dirigé, sur place, l'équipe d'intervention et vous avez réussi à nous sauver.

- Il faudrait dire ça à l'enseigne Tremblay, murmura Léa pour elle-même.

Myriam avait entendu.

- L'enseigne Tremblay est mort en faisant son devoir. Vous n'y êtes pour rien. Il y a toujours une part de risque dans ce métier.

- Je lui ai permis de rester.

- Et c'est pour cette raison que vous faites un bon capitaine, à mon avis. Le capitaine Blake n'aurait jamais eu ce genre d'arrières pensés. Puis-je vous dire le fond de ma pensée, capitaine?

- Je croyais que vous l'aviez déjà fait, commandeur, mais allez-y.

- Je crois que le capitaine n'est pas la personne qui doit être capable de prendre les meilleures décisions, mais les plus difficiles et ensuite d'en accepter les conséquences.

Cette remarque l'amena à réfléchir et elle comprit le sens de ce qu'elle tentait de lui expliquer. Elle avait raison. Léa n'avait fait que porter le sort du monde sur ses épaules depuis sa promotion et ce n'était pas son rôle. Elle se tourna alors vers son premier officier et la regarda dans les yeux.

- Considérez que votre demande de transfert a été rejetée.

- Merci, capitaine.

- Alors, si vous n'êtes pas venues pour ça, pourquoi vouliez-vous me parler, au départ?

- Parce que lors de notre sauvetage, vous vous êtes téléportées deux fois sur la planète au péril de votre vie. En tant que premier officier, je dois formuler une protestation formelle. La place du capitaine est sur la passerelle et non en train de jouer les héroïnes dans des lieux hostiles.

Léa sourit.

- Vous venez de me dire que vous aimiez cette attitude.

- Oui, capitaine, mais je suis votre premier officier et je fais mon devoir.

- Travailler avec vous risque de devenir trépidant, commandeur. Si vous voulez m'éviter ces écarts de conduite, arrangez-vous, à l'avenir, pour ne plus vous retrouver en danger.

- Je ne peux rien promettre là-dessus, capitaine, dit-elle en souriant.

- Alors, je ne peux rien promettre non plus. Vous pouvez disposer.

White acquiesça et sortit.

Léa se sentait mieux. Sa conversation avec son second lui avait remis les idées en place, et il était temps.

Elle n'avait pas accepté cette promotion pour rien. Elle aimait ce qu'elle faisait, elle aimait commander un vaisseau et elle était douée, presque autant qu'en science. Sa carrière scientifique avait connu une belle envolée, mais dans les derniers temps, ça l'ennuyait. Il lui fallait de nouveaux défis et ce poste était parfait pour ça. Elle réalisait maintenant qu'elle s'était laissée emportée par un lot de sentiments négatifs et une dose d'insécurité qui ne lui ressemblaient pas. Elle devait maintenant se ressaisir et profiter de cette occasion. Elle pouvait supporter la pression et les responsabilités d'un tel poste, mais il lui faudrait donner à ce vaisseau et à cet équipage un capitaine digne d'eux, un capitaine en bonne santé physique et mentale.

Pour ça, elle devrait affronter son passé et ouvrir sa boîte de pandore. Elle appuya sur son communicateur.

- Ordinateur, localise le conseiller Riyax.

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Alma était étendue sur une table d'examen qui avait été téléportée avec les équipements médicaux du docteur Sermak. Ce dernier avait installé un appareil au-dessus du ventre de la jeune femme et l'appareil émettait une faible vibration. Elle regardait l'appareil avec une certaine crainte. Le Vulcain décida alors de lui réexpliquer ce que faisait cette machine.

- Cet appareil est expérimental, mais il est certain qu'il ne peut pas vous faire de mal. Il envoie une grande variété et quantité d'ultra-son dans votre corps. Ces ultrasons devraient neutraliser les nano-robots qui à s'attaquent aux gênes de votre enfant.

- J'avais compris la première fois, dit-elle brusquement.

- Alors pourquoi semblez-vous effrayées?

Elle leva sur lui un regard interrogatoire.

- Si vous n'avez pas d'émotion comment pouvez-vous lire la peur chez les autres?

- On vous a mal informées, les Vulcains connaissent les émotions. Nous utilisons des techniques qui nous permettent de les réprimer.

- J'aurais bien besoin de ces techniques présentement, soupira-t-elle.

- Ce n'est pas la machine qui vous effraie.

- Non, admit-elle. C'est que… je réalise que si votre machine fonctionne, mon enfant vivra. Jusqu'à maintenant, je voyais cette grossesse comme une maladie passagère, mais s'il vit, alors je deviendrai une mère et franchement, je ne suis pas préparée à ça.

Le Vulcain releva un sourcil. Ce n'était pas logique, il sauvait son enfant et elle le voyait comme un préjudice.

- Voulez-vous que j'arrête la procédure?

- Vous me donneriez le choix!

- Bien sûr.

- Mais comment prouverez-vous votre théorie? Comment sauverez-vous la colonie?

- Je trouverai une autre solution.

Elle prit une profonde inspiration et expira lentement. Elle se détendit.

- Non, dit-elle un bon moment de réflexion, poursuivez la procédure.

- Vous êtes sures?

- Il faut seulement que je me fasse à l'idée. Vous n'avez pas idée du nombre de mères que j'ai vues pleurer devant un enfant mort depuis ces dernières années. Je n'ai pas le droit de leur faire ça. Je n'ai pas le droit de refuser cette chance quand elles ne l'ont pas eue. Si votre procédure fonctionne, tout rentrera dans l'ordre. Elles pourront aussi avoir des enfants vivants.

- Et vous?

- Vous allez sauver cet enfant, ensuite, vous me montrerai comment fonctionne la machine et je l'utiliserai sur les autres.

- C'est logique, je dois montrer comment faire fonctionner la machine à quelqu'un de la colonie. Vous me semblez assez intelligente pour comprendre.

- Merci, dit-elle en se demandant si c'était vraiment un compliment.

La machine s'arrêta brusquement. Le Vulcain prit une seringue et préleva un peu de liquide amniotique. Il alla vers son microscope et regarda longuement les résultats.

- Et alors, demanda la jeune femme avec nervosité?

- La procédure a fonctionné. Il n'y a aucune trace de nano-robots dans l'organisme de l'enfant.

- Alors, il est sauvé, demanda-t-elle avec un sourire nerveux?

- Je dois d'abord étudier son ADN pour analyser l'état des dommages, mais les pronostics sont bons.