CHAPITRE 2
Le retour au loft avait été le plus long que Kate n'ait jamais vécu, elle avait tenté de joindre Rick plusieurs fois mais il ne répondait à aucun de ses coups de fil. Regardant l'heure, elle s'aperçut qu'il s'était écoulé plus de deux heures et demi entre le départ de Castle et son entrée dans le taxi.
Les mots de son mari résonnaient sans cesse dans sa tête. Il pensait qu'elle n'avait plus foi en lui, qu'elle avait balayé son mariage d'un revers de la main sans penser aux conséquences. Bien sûr qu'elle avait pensé aux conséquences mais jamais elle n'aurait pensé que ça prenne une telle ampleur, et en même temps elle ne pouvait pas le lui reprocher.
Kate s'en voulait tellement désormais d'avoir agi comme ceci, de l'avoir blessé au point qu'il puisse penser que son mariage avec lui n'avait aucune importance. Quand elle l'avait épousé , elle avait pensé chacun de ses mots …chacun de ses voeux.
Après avoir payé le chauffeur, elle avait salué le portier de l'immeuble, avant de monter dans l'ascenseur.
- Roger, murmura-t-elle
Madame Castle.
Ses pleurs s'étaient taris mais ses yeux étaient encore plus que gonflés et rouges, tentant de reprendre contenance, elle se retrouva bien vite devant la porte de l'appartement et là, elle se bloqua brusquement. Kate ne savait plus quoi faire, entrer comme ceci ou frapper et attendre ?
Toute cette situation était plus que frustrante ! Elle était chez elle bon Dieu ! alors pourquoi hésitait-elle ? Pourquoi ce simple geste de la vie quotidienne était-il devenu si difficile ? Face à cette porte , elle prit réellement conscience des dégâts qu'elle avait apportés à son mariage, jamais au grand jamais, elle n'aurait pensé hésiter à rentrer chez elle, ou de se sentir étrangère.
Soufflant un bon coup, elle décida d'entrer sans frapper mais en scrutant tout de même les alentours. Tout était éteint et aucun bruit ne filtrait. Éclairant la pièce centrale, elle se dévêtit en prenant soin de regarder si les affaires de Rick y étaient. N'apercevant ni son manteau, ni ses chaussures, elle l'appela en retirant ses chaussures :
- Castle ?
-…
- Rick, tu es là? demanda-t-elle hésitante
- Il n'est pas ici, répondit une voix de femme
-Je…pardon, mais qui est ici ? demanda Kate inquiète
- Lucy, mon nom est Lucy et vous, vous devez être Kate ?
Mon Dieu pensa-t-elle, Castle n'avait vraiment pas perdu de temps! Et en plus , il lui avait parlé de sa femme et ça n'avait en tout cas pas l'air de la déranger. Débarquant comme une furie dans la cuisine, pour mettre une balle entre les deux yeux de cette femme, elle ne découvrit personne.
- Où êtes-vous! s'énerva-t-elle prête à bondir sur la traînée qui s'était fait son mari
- Là…sur le plan de travail
Au propos donné par cette voix, Kate se retourna pour y découvrir une sorte de pyramide allumée en bleu.
- Je suis Lucy, la nouvelle amie de Rick
- Heu…..c'est une blague ? demanda-t-elle en s'approchant de l'objet avec qui elle faisait la conversation.
- Non, il a fait mon acquisition après votre départ madame
- Mon Dieu, soupira-t-elle en la prenant en main pour voir comment tout ceci fonctionnait.
- Rick n'est pas rentré, l'informa-t-elle
- Où est-il?
- Il est parti ce matin pour parler avec Hayley de votre départ
- Il n'est pas rentré depuis ? demanda Kate, trouvant la situation de plus en plus absurde.
Elle avait besoin de demander à un objet ou se trouvait son mari !
- Oui, je suis peut-être un objet mais je sais ce que je dis !
- Désolé, souffla-t-elle en la reposant pour partir s'asseoir sur une des chaises hautes de l'îlot central.
- Alors…..vous revenez pour un nouveau câlin furtif ou définitivement ? demanda Lucy d'une voix taquine.
- Pardon ?
- J'étais présente hier soir.
- C'est pas vrai ! manquait plus que ça! soupira Kate, dépitée.
- Je ne dirai rien à Martha ou à Alexis si ça vous inquiète, Rick m'a reprogrammée.
- Il t'a quoi ? mais pourquoi?
- Il se peut que j'ai dit à sa mère qu'il déprimait depuis votre départ , qu'il ne dormait plus et ne mangeait que des choses affreuses…..il l'a plutôt mal pris et m'a reprogrammée pour que je n'en divulgue pas trop
- Tu me le dis pourtant, rétorqua Kate en séchant de nouvelles larmes
- Il a juste mentionné sa mère et sa fille, pas sa femme.
- Hum...
Kate se sentait de plus en plus perdue. Elle se trouvait chez elle et discutait avec un objet. Il n'y avait que Castle pour lui faire faire des choses comme ça. Il n'avait pas reprogrammé Lucy à son sujet. Était-ce une bonne chose ou ne l'avait-il pas fait parce qu'il ne pensait pas la revoir au loft ?
Fermant les yeux, elle tenta de calmer la boule d'angoisse qui recommençait à faire surface. Il était désormais plus de 21 heures et son mari ne répondait pas à ses coups de fil. Kate avait l'impression de sombrer petit à petit, elle savait désormais qu'elle avait pris la mauvaise décision. Se levant, elle décida d'aller s'installer sur le sofa en attendant son mari. Elle n'abandonnerait pas son mariage.
Rick, lui, était parti du commissariat totalement dévasté, il venait de mettre Kate au pied du mur et ses révélations l'avaient anéanti. Elle avait choisi ce Loksat à leur mariage et ça le détruisait. Ne souhaitant pas rentrer chez lui pour s'y retrouver de nouveau seul avec les souvenirs de Kate partout, il était parti faire la tournée des bars pour terminer complètement ivre au Old Aunt.
Le bar était plein à craquer et Castle s'était installé sur un des tabourets du bar, enchaînant whisky sur whisky sous les yeux effarés de Bryan.
- Patron, vous devriez songer à y aller doucement, tenta-t-il en voyant Rick tituber.
- Brayan…Bruan…..tu es marié ? demanda-t-il difficilement
- Non Monsieur. Voulez-vous que j'appelle votre femme ?
- J'ai….plus…d'femme
- Je….heu….un ami alors ? demanda-t-il surpris
- Ne te marie jamais…..les femmes sont…..toutes…les mêmes!
- Je vais vous appeler un taxi, monsieur.
- Non merci, pesta Castle en buvant un nouveau verre cul sec.
Au moment, où il allait amorcer une nouvelle descente, une main bienveillante arrêta son geste pour lui retirer son verre des mains. Le regard hagard , Rick se tourna pour y découvrir le père de Kate.
- Jim ! s'exclama d'une voix pâteuse son gendre. Que…Qu'est-ce que tu….fais…..ici?
- Il a assez bu, déclara le patriarche à l'intention de Bryan. Donnez lui un café.
- Pas de café!
- Richard, autant dire que vu mon passé, je ne tolérerai pas ce genre de chose auprès de ma fille, s'excéda Jim
- Eh bien, ça ne devrait pas …être un souci! …..on… n'est ….plus …ensemble! s'écria énervé Castle en hachant sa phrase.
- Où est ma fille ? s'inquiéta-t-il
-…
- Je vais l'appeler, et reprenez-vous car si elle vous voit ainsi, elle va en avoir le cœur brisé.
- Eh bien on sera au même niveau dans ce cas!
Prenant son téléphone, il tenta de joindre sa fille mais tomba directement sur le répondeur. Jim Beckett n'avait jamais vu Richard Castle dans cet état-là, il semblait tellement triste et démuni malgré son taux d'alcool qu'il ne savait plus comment agir. Comment pouvait-il penser que son mariage état terminé ? Pourquoi faisait-il la tournée des bars ? Scrutant son gendre, comme s'il s'agissait de son propre fils, il passa de l'autre côté du bar pour attraper un seau d'eau glacée et le lui jeta à même la figure. À la sensation du froid glacial sur son visage, Rick en tomba de surprise à terre.
- Non mais ça ne va pas ! s'énerva-t-il en reprenant ses esprits à terre
- Vous m'avez demandé la main de ma fille , i peine un an…ce n'est pas une de vos ex-femmes ! Je ne sais pas quel est le problème avec Katie mais réglez ceci comme un homme et comme un mari au lieu de boire comme un ivrogne! s'énerva Jim pour le faire réagir. Votre femme n'est pas morte comme la mienne, alors tentez d'arranger les choses!
À la réplique de son beau-père, Rick se sentit totalement démuni et pris au dépourvu. Jim le regardait avec une telle hargne dans le regard, que Rick désaoula instantanément. Il se releva sans un mot puis prit le café que Bryan lui tendait. Le buvant d'une traite, il en redemanda un nouveau.
- Où est ma fille ?
- Au poste, répondit amèrement Castle en sentant la nausée le prendre
- Que se passe-t-il bon sang!
- Elle m'a quitté…..votre fille m'a quitté, répondit Rick brisé
- Non, je connais Katie, elle n'aurait jamais fait ça…à moins que….que lui avez-vous fait ?
- Rien! Elle est juste partie sans un mot pour sa nouvelle quête! pesta-t-il. Que faites-vous ici ?
- Je suis venu pour la comptabilité vous me l'aviez…..Attendez quelle quête ?
- Laissez tomber. Merci pour la compta, répondit Rick en sortant du bar dépité
- Richard, où allez-vous ?
- Chez moi! s'écria-t-il
Chez lui , pas chez eux…..cette nouvelle constatation le bouleversa de plus belle , il avait désormais la nausée et avait du mal à se mobiliser. Montant dans le premier taxi qu'il vit, il se remémora les mots de son beau-père. Non, sa femme n'était pas morte mais il n'avait plus confiance en elle. Rick n'aurait jamais cru ceci possible auparavant. Il se mit soudainement à craquer en frappant contre l'appui-tête devant lui comme une furie.
- Non , mais ça ne va pas Mec! s'écria le chauffeur
Castle frappait encore et encore comme pour extérioriser sa peine en hurlant:
- C'est pas vrai!….c'est pas vrai!
Quand le chauffeur comprit qu'il ne s'arrêterait pas, il l'arrêta et le fit descendre à deux pâtés de maisons du loft.
- Vous êtes complètement malade!
Seul…il se trouvait tellement seul….là sur ce trottoir , pris dans la foule New-Yorkaise, il avait l'impression d'être seul au monde. Du fait de son alcoolisation, le retour au loft se fit difficilement, quand Rick entra enfin chez lui , il tomba nez à nez avec sa femme qui était assise sur le sofa
- Rick, souffla Kate soulagée en le voyant arriver
- Mme Castle, vous ici ? cracha amèrement Rick en tentant de se défaire de son manteau.
- Castle..tu as bu ? demanda Kate inquiète en le voyant tituber devant elle
- Non !
- Ne me mens pas !
- Oh, oh, toi tu peux me mentir mais pas moi ? se mit-il à rire en s'approchant du frigo pour se servir une bière.
- Tu ne devrais pas..
- Tu sais ce que je ne devrais pas…c'est continuer de t'aimer..j'aimerais tellement arrêter de t'aimer Kate, de ne plus souffrir à chaque fois qu'une nouvelle vendetta apparaît, dit-il d'une voix brisée alors que les trémolos refaisaient surface au fond de sa gorge
- Je suis désolée , tellement désolée, pleura-t-elle devant l'étendue des dégâts
- Ouais…
- Tout ce que tu as dit….tu avais totalement raison
- C'est-à-dire ? demanda-t-il en descendant sa bière pour retenir ses pleurs
Quand il l'avait vue dans le loft, son coeur s'était gonflé d'amour devant elle, devant sa beauté, devant sa femme puis la réalité l'avait de nouveau frappé et il s'était renfermé pour ne pas souffrir, pour ne pas être pris pour le dindon de la farce encore une fois.
- Je n'aurais jamais dû mettre notre mariage sur pause pour cette vendetta. J'aurais dû nous choisir nous parce que tu es la personne la plus importante pour moi. Je t'aime tellement Rick. Je suis désolée.
- Hum
- Je n'aurais jamais dû te mentir, babe...
- J'aurais aimé que tu viennes m'en parler
- Eh bien…je suis là maintenant…je laisse tomber cette enquête, je veux revenir à la maison, avoua-t-elle en pleurs devant son mari blessé.
- Ce n'est pas si simple.
- Je pensais que tu voulais...
- Te reprendre ? Après tout ce que tu m'as fait subir ? cracha-t-il en posant sa bière tout en la fusillant du regard.
- Écoute, Castle, je suis désolée. Je déteste t'avoir blessé, ce n'était pas ce que je voulais.
- Mais tu m'as blessé, Kate, et ce qui est pire….tu as perdu foi en moi, foi en nous.
- Non, jamais. J'ai besoin de toi Rick. Je ne réalisais pas à quel point j'avais besoin de toi avant que ça arrive, tenta-t-elle en s'approchant de lui.
- J'ai disparu pendant deux mois…je pensais que tu savais à quel point j'aurais pu te manquer! A quel point, tu avais besoin de moi! s'énerva-t-il en la repoussant pour la seconde fois de la soirée
- Sil te plaît pardonne-moi, supplia Kate le visage ravagé par ses larmes
Ils se scrutèrent de longues minutes, Kate espérait que Rick prenne conscience combien elle se sentait coupable et désolée, et Castle, lui, n'arrivait pas à effacer la peine qu'elle lui avait infligée pendant plus d'un mois. S'il n'avait rien découvert, cette mascarade aurait continué encore et encore. Comment avait-il pu être aussi aveugle ?
La toisant du regard, il lui demanda :
- Où dors-tu ?
- Pardon? fit-elle surprise par cette question.
- Puis-je savoir où dort ma femme ?
- Dans….un club qui a été bouclé pour une affaire, avoua t-elle anxieuse
- Seule?
- Je ne te trompe pas! Comment peux-tu penser que...
- Que quoi? Je ne sais pas où dort ma femme, ce qu'elle fait de ses soirées et avec qui elle les passe ! Alors es-tu seule dans ce club? insista-t-il.
- Non, il y a Vikram mais je ne couche pas avec lui, je…
- Tu y retournes ce soir? la coupa-t-il sans préambule en sentant de nouveau ses larmes refaire surface.
- Non, je t'ai dit que j'abandonnais l'affaire que…
- N'abandonne pas, déclara-t-il sans la lâcher du regard d'un ton morne et lasse.
- Quoi?
- Tu m'as brisé le cœur Kate….et je peux pas revenir en arrière
- Rick, attends !
- Continue ce que tu veux…Si tu veux retourner dans ce club , tu peux y aller...
- Non, je veux être ici auprès de..
- Très bien, la coupa-t-elle en faisant le tour de l'îlot et en partant dans sa chambre sans un regard.
Elle ne comprenait pas ses mots, elle ne comprenait pas pourquoi il agissait ainsi, après quelques minutes , elle le vit ressortir de leur chambre avec une valise à la main et là…elle sut que sa vie ne serait plus jamais la même.
- Non, non , s'il te plaît, ne fais pas ça !
- Ça ne t'a pas empêché toi! mais à la différence de moi, tu sais pourquoi je pars!
- Non, Rick…je t'aime, on peut passer au-dessus…tu me l'as promis, dit-elle effondrée par la douleur. Tu m'as promis de ne jamais perdre espoir, dit-elle en s'accrochant à lui comme à une bouée de sauvetage.
Face à son élan, Castle n'avait pas pu la repousser. Il ressentait toute sa peine qui faisait écho à la sienne mais il lui en voulait tellement qu'il préférait partir pour faire le point ….pour pouvoir avaler la pilule de son mensonge.
- Je vais partir quelques jours, je t'appellerai à mon retour, avait-il déclaré en desserrant son étreinte et en repartant le cœur lourd, en entendant les sanglots de sa femme derrière lui.
Quand il avait refermé la porte, il avait laissé toute sa tristesse dévaler sur lui comme un tsunami, sa respiration se faisait saccadée, son ventre se retournait, se vrillait face à la douleur…il avait l'impression qu'on lui avait arraché le cœur mais il ne pouvait plus revenir et faire marche arrière. Il avait besoin de temps pour lui pardonner et aller de l'avant.
Kate, elle, s'était effondrée à même le sol. Elle avait juste envie de vomir ….ses pleurs s'intensifièrent et ne s'arrêtèrent que très tôt le lendemain matin, elle n'avait pas bougé du sol lorsqu'elle s'était endormie. La douleur qu'elle ressentait était pire que le jour ou sa mère l'avait quittée…..elle avait l'impression de mourir, de suffoquer sans lui.
