CHAPITRE 3
Une semaine... Cela faisait une semaine que Kate n'avait plus de nouvelles de son mari. Elle avait tenté de le joindre plusieurs fois, lui laissant des messages de plus en plus désespérés mais Rick n'avait jamais répondu ou donné signe de vie.
Une semaine où Kate n'était que l'ombre d'elle-même. Elle avait tenu parole et avait cessé toutes ses investigations sur Loksat, ce qui n'avait pas plu à Vikram mais Kate s'en moquait, tout ce qu'elle désirait était de sauver son mariage et retrouver son mari.
- Tu ne peux pas laisser ton mari choisir pour toi, tenta l'analyste.
- Mon mari, Vikram…..il s'agit de mon mari, et il a le droit de donner son avis sur mes choix.
- Un avis, pas un ultimatum.
- Je te signale que je ne lui ai pas non plus laissé le choix ! Je suis partie sans une explication ! De toute manière, c'est ma vie, ça ne te regarde en rien. Ton poste à la NYPD n'est pas remis en question mais l'enquête sur Loksat s'arrête ici et maintenant, trancha-t-elle d'un ton catégorique et sec en sortant de ce club de strip-tease.
Une semaine, qu'elle était à bout de forces. Kate se sentait fatiguée, mais vu le peu de sommeil qu'elle s'octroyait c'était tout à fait normal. Ces journées ressemblaient toutes les unes aux autres, elle se levait tous les matins sur le canapé, elle n'avait pas pu retourner se coucher dans leur lit, ce lit où autrefois elle se sentait aimée et en sécurité. Kate ne pensait pas pouvoir y retourner sans Castle, sans ses bras autour d'elle, sans son souffle dans son cou, sans ses « bonne nuit ».
Tous les matins, elle partait directement pour le commissariat sans pause petit-déjeuner et se noyait dans son boulot pour oublier sa peine, son chagrin. Les seuls moments , où elle faisait une pause étaient pour l'appeler lui…tenter de s'expliquer encore, de s'excuser.
Une semaine, qu'elle évitait tout contact avec ses amis dans le cadre personnel. Elle avait demandé à Lanie de la laisser tranquille, de lui laisser de l'espace et du temps mais malgré ces propos, la légiste revenait régulièrement à la charge car elle était vraiment inquiète pour elle. Kate avait perdu du poids, elle se laissait totalement aller. Ne sachant plus quoi faire, elle avait,elle aussi, tenté de joindre Rick mais seul le répondeur saturé de celui-ci l'avait accueilli.
Ce matin, Kate était dans son bureau, plongée dans ses documents juridiques quand deux petits coups sur sa porte la sortirent de sa lecture :
- Oui ?
- Hey, comment vas-tu mon ange ?
Son père. Jim Beckett aussi était inquiet, il n'avait plus vu sa fille aussi malheureuse depuis longtemps. Le dernier souvenir en date était lors de la mort de sa femme. Il n'en voulait pas vraiment à son gendre mais il ne comprenait pas son silence.
Kate, elle, avait refusé les premiers temps de répondre aux appels de son père, mais quand il était venu la confronter au loft, elle n'avait pas eu d'autre choix que d'expliquer la situation à son père. Il ne lui avait jamais dit le fond de sa pensée, mais elle voyait bien dans ses yeux qu'il comprenait les raisons du départ de Rick. Que pour lui, rien ne justifiait le départ du domicile conjugal sans une explication. Mais depuis de ce soir-là, il était tout de même présent pour elle, il venait la voir une fois par jour au commissariat pour prendre de ses nouvelles et voir, malgré lui, sa fille sombrer un peu plus chaque jour sans son mari.
Tous les jours, il venait avec un beignet et un café, il avait remarqué sa perte de poids qu'elle tentait de dissimuler sous des vêtements amples, Jim avait tenté de la faire manger sans succès. Sa petite fille était une femme désormais et lui faire entendre raison devenait de plus en plus difficile.
Embrassant sa fille, il attendait sa réponse tout en lui tendant son nectar et son chausson aux pommes.
- Je vais bien, mentit-elle en lui souriant tout en déposant les mets de son père sur son bureau.
Une semaine, qu'elle n'avait plus bu une seule goutte de café, ou mangé ce chausson aux pommes que son père s'affairait à ramener chaque jour. C'était trop douloureux pour elle. C'était Rick qui faisait ça pour elle depuis sept ans maintenant et voir ce café de Starbucks tous les matins devenait un véritable supplice. Elle sentait son estomac se vriller sous ce gobelet fumant de café.
- Tu as eu des nouvelles de Richard? espéra son père
- Non…..il m'a dit qu'il souhaitait du temps papa et ça ne fait qu'une semaine, dit-elle d'un ton peu convaincu et triste.
- Une semaine, soupira-t-il de plus en plus inquiet.
Il avait tenté, lui aussi de joindre son gendre, mais comme tous les autres, il avait été redirigé vers sa boîte vocale.
- Je vais bien, je t'assure, reprit-elle pour le rassurer des trémolos dans la voix. Je suis désolée mais j'ai énormément de travail aujourd'hui.
- Oui, je comprends. La nouvelle détective arrive aujourd'hui?
- Oui.
Callie Rogriguez, nouvelle recrue au sein de l'équipe. Depuis la promotion de Kate, il manquait un membre dans son ancienne équipe. Elle avait décidé de donner son ancien poste à Esposito comme ce dernier avait réussi haut la main son concours de sergent. Callie Rodriguez serait donc la nouvelle coéquipière des bros. Elle venait de Chicago et avait demandé sa mutation sur New York pour des raisons familiales, ses notes étaient excellentes et Kate se faisait une joie de l'accueillir au sein du douzième.
Voyant que sa fille la mettait gentiment à la porte, il l'embrassa et lui murmura :
- À demain.
Kate était ensuite partie se réinstaller dans son bureau pour se replonger dans sa paperasse . Quand l'heure du déjeuner arriva, c'est Kévin qui se colla à la lourde tâche de faire avaler quelque chose à Beckett.
Depuis une semaine, les bros se relayaient pour tenter de la faire manger et à chaque fois, c'était un regard noir qui les accueillait et les faisait fuir. Elle ne voulait pas qu'on la materne, elle était assez grande pour prendre soin d'elle.
Ce jour-là, Ryan tenta une nouvelle approche avec une boule d'angoisse dans l'estomac car il avait peur de pousser le bouchon un peu trop loin:
- Beckett ?
- Hum, répondit-elle sans lever les yeux de son rapport alors que Kévin rentrait pour y déposer de la nourriture : une salade composée.
Rien qui ne pouvait lui rappeler Castle, s'était dit le lieutenant.
- Je ne te l'ai jamais dit mais pendant sa grossesse, Jenny m'a quitté, confia-t-il d'une voix peu sûre de lui en attendant le verdict.
Kate releva les yeux de son manuscrit comme interdite. À quoi jouait-il ? Kévin, lui s'assit comme si de rien n'était et la regardait. Le fusillant du regard, elle lui asséna d'une voix sec pour mettre de la distance entre eux et surtout ne pas craquer :
- Je ne suis pas assistante sociale lieutenant Ryan mais votre capitaine !
- Whaou..on aurait vraiment dit Gates! lança-t-il en souriant en se levant, ce qui fit réagir Kate.
Elle se trouvait vraiment odieuse. Rien ne justifiait qu'elle remballe comme ceci ses amis. Amis, qui s'étaient battus plus d'une fois pour elle.
- Tout ça pour te dire, continua-t-il, que tu peux en vouloir à la terre entière, ce n'est pas ce qui fera revenir ton mari. Et te cloîtrer comme tu le fais, en t'éloignant de tous tes amis n'est certainement pas la solution, je ne te parle même pas de ton appétit. Quand Jenny est partie, j'avais l'impression de suffoquer et de marcher au ralenti, à côté de l'ombre de moi-même….je ne mangeais plus, et me noyais dans le boulot. Tu sais ce qui m'a aidé à réagir?
- ….
- Ce n'est pas Jenny. Elle n'est revenue à la maison que deux semaines plus tard après que j'aie ramé comme un forcené pour la récupérer.
- Ryan, je vais bien, tenta-t-elle plus douce désormais, alors que les larmes n'étaient pas loin.
- Ce qui m'a sorti de cet enfer, c'est une phrase que tu m'as dite Kate, un soir au poste quand nous étions tous les deux, c'est toi qui m'a fait réagir.
À sa confession, elle tentait de retrouver dans sa mémoire de quelle phrase Ryan pouvait bien parler, qu'avait-elle dit pour le faire réagir. Elle n'avait jamais rien su du départ de Jenny alors qu'avait-elle pu avoir dit pour remonter le moral de son ami sans le savoir.
- Ce soir-là, j'étais au bord du gouffre, tu t'es approchée de moi et tu m'as soufflé :" ma mère avait pour habitude de dire, que la vie ne donnait rien qu'on ne pouvait encaisser ".
- La loi immuable de l'univers de Johanna, murmura Kate les yeux baignés de larmes.
- Je ne sais pas ce qui se passe, Kate, mais il s'agit de Castle. Je sais que c'est difficile mais ton mari n'est pas mort, il est juste parti. A toi de te battre pour lui comme je l'ai fait avec Jenny, souffla-t-il en sortant.
- Kévin ?
- Oui ?
- Merci.
Cela faisait une semaine, que Rick avait quitté sa femme. Une semaine qu'il avait fait sa valise et était parti sans se retourner malgré les sanglots déchirants de Kate.
Une semaine qu'il ne dormait plus, réveillé sans cesse par le souvenir de ses pleurs.
Une semaine, qu'il évitait ses appels et ceux des autres. Il avait besoin de se retrouver pour y voir plus clair.
Avec plus de recul, il comprenait les raisons de Kate à vouloir enquêter sur cette affaire mais il n'arrivait pas à accepter la manière qu'elle avait choisi de le faire. Il se sentait mis à l'écart et avait du mal à le digérer. Seul dans cette chambre d'hôtel, il ressassait son histoire depuis une semaine.
Comment son mariage avait pu en arriver là? Comment avait-il pu laisser ça arriver ?Comment avait-il pu être aussi aveugle ?
Cela faisait, une semaine que Rick ne se rasait plus , qu'il n'était que l'ombre de lui-même. Lui aussi avait arrêté de manger, il se nourrissait qu'au whisky .
Les seuls appels qu'il prenait venaient de sa fille et de sa mère; et à chaque fois , il restait succinct dans ses réponses. Quand ces dernières avaient découvert qu'il avait quitté sa femme, après avoir trouvé Kate en pleurs sur le sol de salle de bain, elles avaient tenté de le raisonner mais rien n'y faisait, à chaque fois, qu'elles amorçaient la discussion Rick raccrochait.
Castle ne souhaitait pas entendre sa mère lui rappeler que ce n'était pas comme ça qu'on sauve un mariage ou qu'on traite sa femme.
Allongé sur son lit, il tentait de se rappeler les moments heureux avec Kate, ceux ou elle ne lui mentait pas, où ils s'aimaient sincèrement. Il avait l'impression d'avoir été berné et ça le rongeait de l'intérieur. Quand on frappa à sa porte, il se leva pour ouvrir et tomba sur sa mère :
- Richard, souffla-t-elle dépitée devant la mine affreuse de son fils en face de lui
- Mère, que fais-tu ici? demanda-t-il d'une voix lasse et pâteuse en la laissant entrer.
- Une semaine, Richard, il serait temps que tu arrêtes cette mascarade !
-….
- Si tu veux perdre ta femme, tu t'y prends très bien, ajouta-t-elle pour le faire réagir alors qu'il se dirigeait vers un nouveau verre
- …..
- Richard, Katherine t'a menti mais elle s'est excusée, tu pourrais au moins tenter le dialogue avec elle.
- Elle m'a berné pendant plus d'un mois ! cracha-t-il en déposant violemment son verre sur la table.
- Elle a fait une erreur, tout le monde en fait.
- Une erreur? Elle m'a quitté mère!
- Non, elle voulait simplement te protéger, c'est toi qui la quittes en agissant ainsi! s'énerva Martha. Katherine ne dort plus, ne mange plus.
-….
- C'est moi qui l'ai retrouvée sur le sol de votre salon en larmes, le lendemain de votre rupture ! Et sur le sol de la salle de bain, il y a deux jours. Richard, je sais que tu l'aimes plus que ta propre vie et…
- Je veux qu'elle comprenne !
- Quoi donc, Kiddo ?
- Que dans un mariage on est deux! Qu'elle ne me traite plus comme acquis !
- Parle-lui dans ce cas, au lieu de te réfugier dans la bouteille!
-…
- Elle va quitter le loft.
- Pour retourner dans ce club, pesta-t-il, de nouveau énervé.
- Non, elle cherche un appartement . Elle ne m'en n'a rien dit, mais je l'ai vue entourer des annonces, ce matin, confia-t-elle devant son air surpris. Richard, elle s'endort tous les soirs sur votre canapé en pleurs et se lève chaque matin, les yeux baignés de larmes. Parle-lui, si tu veux divorcer alors…
- Je ne veux pas divorcer ! Je veux juste…je ne sais pas, soupira-t-il en se laissant choir sur son lit.
- Kiddo, je ne t'ai jamais vu si heureux auprès d'une autre femme. Katherine est la femme que tu recherches depuis toujours….alors essayez de régler vos problèmes. C'est votre première grosse dispute, chéri, tenta-t-elle de le raisonner
- Elle a cassé quelque chose entre nous…..ce lien qui nous unissait.
- Tout lien se reconstruit. Elle ne t'a pas trompé, ou volé, elle a juste commis une erreur …ta femme est humaine.
- Je ne sais plus quoi faire.
- Lave-toi déjà ce sera une bonne chose, sourit Martha devant son grand dadais de fils. Et rentre chez toi, auprès de ta femme.
- Hum, dit-il peu convaincu
- Si tu ne retournes pas la voir et qu'elle s'en va..ton mariage sera fini et tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même. Katherine a compris la leçon, crois-moi, je n'ai jamais vu personne aussi désespérée de toute ma vie et malgré tout, elle tente de faire bonne figure. Vous êtes des adultes alors agissez en tant que tels. Et si tu ne souhaites pas rejoindre le cocon familial, appelle la, ce n'est pas une étrangère, c'est ta femme! finit-elle par dire, exaspérée, en repartant comme elle était venue, tel un courant d'air.
Les paroles de sa mère avaient fait mouche. Elle avait raison, cela faisait une semaine qu'il n'avait donné aucun signe de vie à sa femme et ce n'était pas tolérable. Car même si Kate avait fait le mauvais choix, elle n'avait jamais refusé un de ses appels. Elle l'aimait, il le savait mais il avait l'impression que quelque chose avait changé désormais et il lui en voulait pour ça.
C'est l'arrivée de la nouvelle recrue au sein du commissariat qui sortit Kate de sa paperasse en ce début d'après-midi. Elle n'avait picoré que la salade apportée par Kévin et n'avait que très peu avancé dans ses dossiers tant les révélations de Ryan l'avaient bouleversée.
Assise en face de cette jolie brune aux grands yeux bleus avec une taille de mannequin, Kate était fascinée tant par sa beauté que par son CV.
- Je dois dire, que votre capitaine ne fait que des éloges sur vous
- Je vous remercie Capitaine.
- Puis-je savoir pourquoi vous avez demandé votre mutation? demanda Kate curieuse.
Son CV était plus qu'accompli et il ne faisait aucun doute que dans très peu de temps, elle serait passée chef de brigade. Venir sur New York ne ferait que la rétrograder à terme.
- Mon père est souffrant et je souhaitais me rapprocher de lui, avoua péniblement son nouveau lieutenant
- Je suis désolée.
- Vous n'y êtes pour rien, sourit Callie
- Hum…eh bien, soyez la bienvenue au sein de l'équipe, déclara Kate en lui serrant la main. Je crois que vous avez déjà fait connaissance avec les lieutenants Ryan et Esposito ?
- Oui, Capitaine.
- Je vous laisse donc les rejoindre. Le lieutenant Esposito vous expliquera en quoi consiste le job à ses côtés.
- Merci capitaine, acquiesça Callie
Kate aurait pu lui présenter le travail et rester avec elle plus longtemps, mais elle préférait déléguer ça à Javier et lui laisser plus de responsabilités désormais.
Fatiguée, elle se rassit en tentant de joindre une nouvelle fois Rick, mais cette fois-ci, il répondit à la deuxième sonnerie ce qui la surprit tellement qu'elle ne dit plus rien.
- Castle
-…..
- Kate ? tu m'entends ?
-Oui, je ne m'attendais pas à t'avoir, répondit-elle confuse
-…
- Je …..Rick, j'aimerais qu'on se voie, il faut qu'on se parle
- Je suis d'accord, dit-il d'un ton las et fatigué. Je suis au loft.
- Tu es rentré ?
- Hum
- Je…..j'arrive, murmura-t-elle désormais encore plus confuse
Elle n'avait pas eu de ses nouvelles pendant plus d'une semaine et là , d'un seul coup , il était entré sans lui le dire. Elle se sentait complètement perdue.
- Tu n'es pas obligée, si tu dois terminer ta journée au precint, je comprends.
- J'arrive, Castle, réitéra-t-elle alors qu'il raccrochait à la fin de sa phrase sans rien ajouter.
Après une semaine…son mari était rentré.
Après une semaine, il était revenu au loft. Quand il était rentré, tout lui semblait familier et étranger en même temps. Le loft était rangé à souhait, seuls quelques mouchoirs traînaient près du canapé avec le plaid qui recouvrait le pull de Rick et leur album photo.
Prenant sa valise pour ranger ses affaires, il vit que le lit n'avait pas été défait comme si elle n'y avait jamais dormi. S'asseyant dessus, il prit sa photo de mariage qui trônait sur la table de chevet et contempla sa femme. Kate agit l'air si radieuse et heureuse à ses côtés, comment,en une année, avaient-ils pu s'éloigner ainsi ? Pourquoi avait-il le sentiment étrange que malgré tout l'amour qu'il lui portait….quelque chose s'était brisé ?
