Disclaimer : cf chapitre 1

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Grand merci à Mistycal !

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Réponses aux commentaires anonymes sur mon forum : - Yzeute – Lion - Huguette -

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Retour A La Maison 2 / 3

Acte 3 : Les Soudaryons

En Celtycie

Ron

Ce matin, notre course nous a menés à la rencontre d'une caravane commerciale. Elle est composée de chariots, transportant des marchandises de tout poil et d'hommes à cheval, censés la protéger. Ils ont été bien heureux, que nous leur proposions de faire route ensemble un bout de chemin. Cinq Guerriers de plus, dans les contrées de plus en plus dangereuses de Celtycie, c'est toujours bon à prendre…

En échange, ils nous ont prêté des canassons et ça nous repose un peu les guibolles. Le seul truc qui m'ennuie, c'est que finalement nous n'avançons pas si vite que ça, car les chariots sont lourds et la caravane se déplace au pas.

« Soudaryons en vue … » déclare soudainement, Olórin, vers le milieu de l'après-midi, en pointant son doigt en direction de l'Est …

Sirius tique aussi sec et sa mâchoire se crispe. Il est visiblement contrarié… Non affecté plutôt et je me demande soudainement ce qu'il a eu à vivre, lorsqu'il a été prisonnier des Soudaryons. C'est le seul épisode de ses mésaventures dont il ne nous a pas parlé encore…

Et je ne l'ai pas interrogé à ce propos. Je n'y ai pas songé. Il lui est arrivé tellement de trucs…

Et je m'aperçois finalement que je ne sais pas grand-chose des Soudaryons. Juste ce que Nally et Aldaron en ont dit, lorsque ce dernier nous a révélé ce qu'il savait du Valeureux…

« Combien sont-ils et dans combien de temps vont-ils nous tomber dessus ? » demande Sirius, d'un ton un peu brusque, qui me rappelle au présent…

« Ils sont une trentaine au moins et ils se trouvent à deux jours au plus… » répond Olórin, en plissant les yeux vers l'horizon où naturellement je ne vois rien en ce qui me concerne…

« Bon. Ça laisse le temps à la caravane de se mettre à l'abri, non ? » fais-je remarquer, arquant un sourcil interrogatif…

« Peut-être. Mais je pense qu'il faut se porter au-devant de l'ennemi et lui tendre un piège à Falch Lelf… » déclare Olórin, qui a adopté son regard Guerrier…

Et un regard d'Elfe Guerrier, ça paye, je vous assure. Sans blague, ça fout les chtouilles, je vous jure !

« Falch Lelf, c'est la Faille des Ormes… » ajoute Olórin, à mon haussement de sourcil plus arqué encore qu'auparavant

« Merci du renseignement, mais ce n'est pas vraiment ça qui m'intéresse. En fait, je me demande surtout si tu crois vraiment qu'à nous cinq seulement on pourra les avoir… » réponds-je, d'un ton quelque peu dubitatif…

Du peu de ce que je sais, les Soudaryons sont très dangereux…

« Tu as bien vaincu trois douzaines et demie de Servylans à toi seul, n'est-ce pas ? Alors oui, je pense que nous les vaincrons… » réplique aussi sec Olórin, en pressant son cheval vers Nally, qui voyage en queue de caravane, pour lui indiquer la situation…

« Les Soudaryons, ce n'est pas des Servylans affamés qui se bouffent entre eux pendant le Combat… » maugrèe-je, un peu de mauvaise humeur…

Non mais je vous jure ! Depuis qu'ils ont décidé de faire Alliance avec les Humains, Aldaron et Olórin sont prêts à faire n'importe quoi pour en découdre avec l'ennemi. Putain ! Nous ne sommes plus qu'à une journée de voyage de la Porte ! Et voilà qu'Olórin veut nous détourner de notre route, juste pour aller foutre la pâtée à une trentaine de Soudaryons !

Bon, d'accord, je suis de mauvaise foi. Moi non plus, je ne laisserai pas cette caravane se faire attaquer et je l'escorterai volontiers jusqu'à destination s'il le faut vraiment. Mais ce n'est pas le cas en l'occurrence. Et puis merde alors, se porter devant l'ennemi à cinq contre trente, c'est sacrément risqué ! D'autant plus avec un Sirius La Poisse Chevillée Au Corps, avec nous…

Faudrait pas que ces salopards aillent nous le tuer alors que nous sommes si près de rentrer à la maison, bordel !

Coup d'œil vers lui. Il a les yeux fixés sur l'Est. Fermé à toute expression et sombre…

« Olórin a raison, il faut aller au-devant des Soudaryons. Nous allons faire deux bonds dans l'espace et nous poster sur la corniche de la Faille des Ormes… » déclare Nally, en sautant de cheval, lorsqu'elle nous a rejoints avec Aldaron et Olórin…

Elle a ce regard déterminé que je lui connais trop bien et ce n'est pas la peine de discuter. Alors je soupire et je descends de ma monture moi aussi. Nous disons adieu à nos tout récents compagnons de voyage et hop, c'est reparti pour la course à pieds…

Quelques heures de course et deux bonds dans l'espace plus tard, nous voilà aux abords de la fameuse Faille. Olórin et Aldaron s'empressent d'aller vider leurs intestins et de prendre une Potion pour les remettre à l'endroit. Puis nous nous approchons avec précaution de la ravine, rampant dans la broussaille, pour être certains de n'être pas vus de loin. La faille est étroite et profonde. On peut cependant y accéder facilement, grâce à un escalier aux marches inégales, ménagé dans la roche …

« Etant donnée la route qu'ils ont choisie, les Soudaryons sont obligés de passer par ici pour remonter sur le plateau. Nous les cueillerons à l'arc, quand ils arriveront. En nous disposant correctement, aucun d'entre eux ne nous échappera… » déclare Olórin, l'air satisfait de sa stratégie…

« Ce n'est pas de la Bataille, ça. C'est un guet-apens. Cela ne me plait pas ce genre de chose… » maugrée-je encore, vivement contrarié…

J'ai l'impression de virer moi-même Soudaryon tout à coup. Et j'avoue que je suis déçu, que ni Nally, ni Sirius ne proteste. Car enfin, piéger des Créatures Maléfiques du genre Krôdhyons et Foërlicks, ok, ça passe. Et même très bien. Mais des Humains…

« Tu ne lui as donc pas dit ? » demande cependant Nally, en haussant un sourcil vers Olórin

« Quoi ? » questionne-je, interrogeant Nally du regard…

« Les Soudaryons ne sont pas seuls… » déclare-t-elle, tandis que mes cheveux se dressent sur mon crâne…

Que peut-il y avoir en plus des Soudaryons ? Des Krôdhyons ou des Foërlicks justement ?

« Nous sommes en Mission de sauvetage, Ron. Les Soudaryons ont des esclaves avec eux et nous allons les délivrer. » souffle Nally, en réponse à ma demande…

« Je croyais qu'ils ne laissaient plus que des morts dans leur sillage, depuis six mois… » m'étonne-je, fronçant les sourcils…

« Effectivement, quand ils s'en prennent aux caravanes commerciales, c'est ce qu'ils font. Mais là, ils se sont attaqués à un village, comme ils le font de plus en plus souvent depuis quelques semaines. Ils emmènent les jeunes filles nubiles et les enfants. Tu devines sans doute quel sera le sort des jeunes filles, lorsqu'elles arriveront à Myrn Echoriath, où sont rassemblés les troupes de Balegarian, Hommes, Soudaryons et Créatures Maléfiques mêlés… » explique Sirius, le regard traversé d'une lueur noire profondément furieuse, tandis que mes poils se hérissent et que je sens une bouffée de colère me monter au pif…

« Ouais, j'imagine qu'il faut calmer les ardeurs de tout ça… » gronde-je entre mes dents serrées, avant de demander ce qu'ils font des enfants…

« Les plus jeunes devront travailler dans les petites galeries de mines de fer auxquelles seuls des enfants peuvent accéder. Cela, pour produire des armes en quantité, car Balegarian recrute des hommes qui arrivent sans épée. Il est donc nécessaire de leur en fournir. Les plus grands des garçons qu'ils ont emmenés aujourd'hui, seront dressés à devenir des Soudaryons. Et d'après Morvran, le plan de ces salopards c'est que plus tard, si les petits ne sont pas morts d'épuisement avant d'avoir atteint l'âge, les filles prendront la place de leurs aînées dans leur lit et les gamins viendront grossir leurs rangs… Bref… C'est pour empêcher ces enlèvements, que les Rebelles Moldus de Gaspard sillonnent les routes sans arrêt. Pour tâcher de sauver le maximum de ces jeunes filles et de ces gosses enlevés. Jusqu'à présent, nous n'avons pas pu en libérer un seul cependant. Nous arrivions toujours trop tard, ou n'interceptions que des caravanes de marchandises volées… » soupire Sirius, tandis que mes cheveux se hérissent sur ma tête et qu'une sourde colère gronde en moi…

Foi de Ron, ces salopards ne verront pas les Lunes se lever ce soir, où je ne m'appelle plus Weasley. Ce que font ces salauds de Soudaryons, c'est la pire abjection qui soit. Il faut les empêcher de continuer et je n'aurai aucune pitié pour eux, décide-je aussi sec…

« Ok… Dis-moi où je dois me placer… » siffle-je, vers Nally, entre mes dents serrées…

Et durant les deux heures qui suivent, je me prépare mentalement à éradiquer le groupe de Soudaryons, de la surface de la Celtycie, m'efforçant de ne penser qu'aux gosses et aux jeunes filles que nous allons sauver, pour étouffer mes petits scrupules.

C'est Olórin, qui nous donnera le signal d'Attaque. Et pendant que Nally, Aldaron, Olórin et moi nous canarderons les salopards de nos flèches, Sirius tâchera de mettre les jeunes filles et les gosses à l'abri le plus loin possible de la Faille…

Bon, ce n'est sûrement pas le meilleur des plans. Et il aurait sans doute mieux valu que ce soit Nally, qui s'occupe des jeunes filles et des enfants. Elle aurait pu leur faire faire un bond pour les éloigner plus vite. Mais Sirius n'est pas le meilleur d'entre nous au tir à l'arc. Alors il reste juste à espérer que sa bonne étoile veillera sur lui cette fois-ci encore, et qu'il s'en sorte indemne …

Ceci dit, il est prévu que je ne le quitte pas du coin de l'œil et que j'aille me porter à ses côtés, s'il doit ferrailler à l'épée. Et à nous deux, on leur coupera la tête à tous ces salauds !

« Pourquoi ne m'as-tu pas dit tout à l'heure que les Soudaryons avaient enlevés des jeunes filles et des enfants ? » demande-je soudainement à Olórin, alors que nous montons la garde au bout du défilé…

« Les hommes de la caravane se seraient sentis coupables de ne pas nous accompagner. Mais ils ne pouvaient pas mettre en danger d'autres villages, en ne leur apportant pas les marchandises nécessaires à leur survie. Les culpabiliser n'aurait servi à rien d'autre, que de leur faire baisser la garde et les mettre en danger, s'ils doivent se battre à leur tour plus loin. » répond Olórin, d'un ton neutre…

« Ok… Et ils vont devoir le faire ? » demande-je, en le regardant du coin de l'œil…

« Peut-être oui. Demain matin ils rencontreront sûrement des Trolls de Delweth, à moins que ces derniers ne se détournent de leur route, … » répond-il, avant d'ajouter, en tournant son regard vers moi : « Les Trolls sont nettement moins nombreux et dangereux que les Soudaryons. Les hommes de la caravane s'en sortiront aisément… »

« Ouais… Et j'espère bien que nous aussi, nous allons nous en sortir aisément…» déclare-je, en lui filant une claque dans le dos…

Il hoche la tête avec assurance, les yeux de nouveau rivés en direction des Soudaryons qui approchent inexorablement de la Faille. Je peux les distinguer maintenant. Ils sont bien une trentaine et ils sont montés sur des chevaux, tandis que leurs esclaves sont attachés à des cordes et doivent marcher. Presque courir même, concernant les plus jeunes. Et d'après leur taille, je dirais que les plus petits n'ont certainement pas plus de quatre ou cinq ans…

Et bien sûr, mon cœur se pince horriblement. J'imagine mon petit bonhomme, Jérémy et Jodie, à la place de ces gosses. Et lorsque je vois l'une de ces grosses brutes filer un coup de fouet à un gamin tombé après avoir trébuché sur une pierre, mon sang ne fait qu'un tour dans mes veines… Ce fumier ne perd rien pour attendre…

Tous les Soudaryons sont vêtus de la même façon, d'une espèce de robe ample qui arrive à mi- mollet, de couleur marron foncé, sur un pantalon vert bouteille. Leur visage est caché par une espèce de bonnet de tissu noir, qui ne laisse voir que le bout de leur nez et leurs yeux. Ils portent des gants aussi…

Et bien sûr, ils sont armés jusqu'aux dents…

« Je vais me mettre en position… » souffle-je, avant de ramper à reculons, lorsque le groupe n'est plus qu'à trois ou quatre centaines de pas…

La poigne d'Olórin me retient cependant…

« Lorsque je donnerai le signal, tue tout de suite les deux Soudaryons de tête. Ce sont les Chefs. En l'absence d'ordre de leur part, les autres seront désorganisés durant quelques secondes et cela nous donnera un sérieux avantage. Nous pouvons espérer alors éliminer la moitié de nos ennemis, avant qu'ils ne ripostent… » souffle-t-il, attendant que j'ai hoché la tête pour ajouter : « Comme tu le sais, les Soudaryons sont très dangereux, Althibalys. Ils sont très forts et véloces. Ce que tu ignores en revanche, c'est qu'ils sont devenus ainsi car ils ont choisi de faire ce qu'il faut pour cela et ils ne sont plus des hommes, maintenant. Ils sont également tout aussi perfides, hypocrites et faux que cruels et sans âme. On ne peut leur faire confiance. Alors, si l'un d'eux te supplie d'épargner sa vie, tu ne dois rien croire de ce qu'il dira. Et n'hésite pas, tue-le ou c'est lui qui te tuera… »

Ses paroles m'intriguent, bien sûr. Mais l'arrivée imminente des Soudaryons me dissuade de demander des précisions maintenant et j'acquiesce avant de gagner mon poste…

J'ai à peine rejoint ma position, que les premiers pirates s'arrêtent à quelques pas de l'entrée du défilé. Ils scrutent les alentours, fouillent les hauteurs de leur regard et semblent même humer l'air.

Ils ne risquent cependant ni de nous sentir, ni de nous voir. Nous avons pris soin de couvrir notre odeur, en nous enduisant de jus de baies sauvages et Nally a changé la couleur de nos vêtements, afin que nous nous fondions dans le paysage…

Enfin, les Soudaryons se décident à pénétrer dans la ravine.

Mon arc est prêt, corde bien tendue et je respire avec calme, attendant l'ordre d'Attaque d'Olórin. Il n'y a rien d'autre dans ma tête que la perspective de sauver les gosses et les jeunes filles, du sort terrible qui les attend à destination.

Et dès qu'Olórin donne le signal, je tire, directement en plein cœur de ma cible, qui s'effondre de son cheval. Et le deuxième Chef n'a pas le temps de réagir que ma seconde flèche le cueille également en plein cœur. Et il tombe, comme nombre de ses hommes, sous les traits qui fusent de toutes parts. Aldaron, Olórin et Nally sont vraiment très rapides. Ils tirent deux flèches quand j'en lâche une. Et nous éliminons près de la moitié des Soudaryons, avant qu'ils ripostent.

C'est la panique en bas, dans les cris des jeunes filles et des gosses qui se protègent comme ils le peuvent, les ruades et hennissements des chevaux désarçonnés. Et du coin de l'œil, je veille attentivement sur la progression de Sirius, armé de ses épées et qui se faufile entre les rochers. Il coupe la corde d'un groupe de gamins. Juste à temps. Le cheval à la selle duquel ils étaient attachés vient de bondir en avant dans un galop effréné…

Les pauvres gosses auraient été entraînés dans son sillage et combien parmi eux seraient morts, la tête éclatée sur les rochers ?

Sirius parvient à mettre les petits à l'abri, avant d'être repéré. Et il se bat bientôt comme un lion contre deux Soudaryons, tandis que je dégringole l'escalier vers lui, sous le couvert actif de Nally.

Et j'entre à mon tour dans un combat âpre à l'épée.

Putain de nom de Merlin ! Ils ferraillent vraiment vite et fort les enfoirés !

Je me débarrasse cependant assez rapidement de mon adversaire, avant de libérer à mon tour un groupe de petits esclaves, les exhortant à aller se mettre à l'abri en haut de la ravine, avant de me porter de nouveau aux côtés de Sirius.

Et je remercie le ciel d'avoir une bonne armure en peau de Foërlick, lorsque je suis touché par la pointe d'une épée, à hauteur du ventre. Comme d'habitude, j'use autant de mes pieds que de mes épées, pour combattre mes ennemis, Nally me sauve cependant la mise à deux reprises, avant que je ne sauve celle de Sirius, qui a bien failli se prendre un sale coup en traitre dans le dos.

Nous libérons encore un groupe de jeunes filles et de gamins, puis nous courons aussi sec à la rencontre des trois derniers salauds encore debout. Ils sont à couvert des flèches et l'un d'entre eux a saisi une gamine dont il se sert comme bouclier.

Sirius et moi-même venons difficilement à bout des deux autres, tandis que Nally, Aldaron et Olórin continuent de décocher des flèches, coupant ainsi les cordes, pour libérer les esclaves encore attachés aux chevaux, mais aussi pour dissuader le salopard qui a pris la gosse en otage, de s'échapper en douce du défilé…

Il se colle à la paroi de pierre maintenant, un couteau sur la gorge de la gamine. Dans ses yeux, brille une flamme vacillante. Il semble avoir une trouille d'enfer et j'ai presque pitié de lui.

Mais les paroles d'Olórin tournent en boucle dans ma tête et je ne le quitte pas du regard, tandis que Sirius qui lui tourne le dos, l'air d'avoir du mal à reprendre son souffle, me retient par le bras. Le clin d'œil qu'il m'adresse dément sa difficulté et je dresse l'oreille à ce qu'il veut de toute évidence me dire…

« Laisse-moi faire et, tout en restant hyper vigilant, prends l'air décontracté, comme si tu ne t'intéressais plus à ce type... » murmure-t-il à peine, avant de lâcher mon bras et de se tourner vers le Soudaryon…

Il s'approche de lui d'un pas, l'épée menaçante…

« C'est fini. Tous tes complices sont morts. Alors laisse cette gosse et rends-toi… » déclare Sirius, en faisant toujours mine d'être essoufflé…

« Laissez-moi partir et je la laisse vivre… » répond en retour le Soudaryon, d'une voix rauque, un peu sifflante et étouffée, mais vivement déterminée…

« Allons, tu sais bien que ce n'est pas possible, mon gars… » soupire Sirius, l'air las et presque désolé…

Je me demande à quoi il joue. Mais je lui fais confiance. Il sait ce qu'il fait, j'en suis bien certain. Après tout, il a déjà eu affaire à ces salauds à plusieurs reprises…

« Je vous en supplie, je ne veux pas lui faire du mal. Moi aussi j'ai été enlevé il y a quelques mois, alors que j'étais en visite chez des proches. Je vous jure que je ne retournerai jamais avec les autres. J'ai été obligé de jouer leur jeu pour avoir un espoir de leur échapper. Mais ils se méfiaient encore de moi et je n'avais pas réussi encore à le faire. Maintenant je peux retourner dans mon village, retrouver mes parents, ma famille. C'est tout ce que je veux, je vous le jure… » supplie le Soudaryon, d'une voix tremblante, laissant des grosses larmes s'échapper de ses yeux…

Il a l'air très jeune, me dis-je. A sa voix et aux petites parcelles de peau que laisse apparaitre son bonnet, je pense qu'il ne doit pas être plus âgé que moi. Plus jeune même peut-être. Et sa main qui tient le couteau tremble autant que sa voix…

« Tu as l'air sincère et je te crois, mon gars. Mais nous ne pouvons pas te laisser partir comme ça. S'ils te retrouvent, tu vas le payer très cher et tu seras torturé, tu le sais. Le mieux, c'est que tu viennes avec nous. On va t'aider à te cacher et quelqu'un ira prévenir ta famille que tu vas bien… » répond Sirius, en rengainant son épée, avant de tendre une main engageante vers le Soudaryon et d'ajouter : « Allez, laisse la petite. Tu lui fais peur et ce n'est pas ce que tu veux, n'est-ce pas ? Tu comprends ce qu'elle peut ressentir, tu l'as vécu toi-même. Et puis, tu n'as rien à craindre de nous. Nous ne sommes pas des assassins et nous ne te ferons pas de mal… »

Le Soudaryon hoche la tête pour acquiescer et il baisse son couteau, le laissant même tomber sur le sol, avant de pousser la petite vers Sirius. Celui-ci accueille la gosse qui se jette dans ses bras et il invite le pirate à le suivre, avant de lui tourner le dos, amorçant un pas vers moi et m'adressant un clin d'œil qui me dit que c'est à moi de prendre la relève…

Quasi aussi sec, le Soudaryon se précipite en avant, un couteau dans chaque main. Il jette l'un d'eux vers moi, à vitesse fulgurante et menace le dos de Sirius de l'autre. Mais, tandis que je détourne l'arme qui vient vers moi de mon épée gauche, Sirius se laisse vivement tomber en avant puis roule sur le sol en tenant fermement la gosse contre lui. Le couteau passe au-dessus de lui et je cueille le Soudaryon, avec mon épée droite, tranchant net sa tête…

« Ça marche toujours, ce truc… » lâche alors Sirius, en se relevant avec la gamine, qui le serre de toutes ses forces qui doivent être bien maigres, à voir sa mine pâle et ses yeux cernés d'ombre.

« Tu as donc eu déjà à faire cela… » constate-je, plus que je ne demande, en essuyant soigneusement mes épées avant de les rengainer…

« Ouais. Il y en a toujours un pour prendre un otage et tenter d'amadouer le monde, avec ses larmes de crocodile et ses suppliques. Ils nous prennent vraiment pour des pauvres billes imbéciles, ces immondes salopards et il n'y en a pas un pour racheter l'autre. Ils pleurent sur commande ces salauds et j'ai bien failli me faire avoir la première fois. Si Gawain n'avait pas été là, je serais mort… » répond Sirius, en caressant doucement le dos de la gamine, pour l'apaiser…

« Ok… Ceci dit, maintenant, il est peut-être temps que je sache enfin ce que sont vraiment les Soudaryons, non ? » déclare-je, en regardant plus spécialement Olórin et Aldaron, qui sont descendus pour vérifier que tous les Soudaryons ont bien été mortellement blessés et viennent de nous rejoindre …

Aldaron propose aussitôt d'emmener la petite fille là-haut, avec les autres esclaves libérés et à peine est-il parti avec elle, Olórin se penche vers l'un des cadavres. Il ôte son bonnet, révélant un visage marqué de cicatrices qui dessinent des symboles sur chaque joue et sur le front. Puis il arrache ses vêtements d'un geste sec, pour mettre le torse et le ventre à nu.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » demande-je, horrifié, en fixant des yeux de vilaines écailles vertes qui forment des petites plaques sur le corps du jeune Soudaryon …

« Autrefois un être humain. Les Soudaryons se sont révélés il y a trois cent vingt ans environ. Un peu plus peut-être. Il est clair cependant qu'ils existent depuis environ cinq cent cinquante ans. Ils se font volontairement et régulièrement instiller du venin de Vaïlorgh dans le sang, au cours d'un rituel très complexe. Le Vaïlorgh est une espèce de grand lézard venimeux à trois têtes, dont le venin a des propriétés Magiques. Il prolonge leur vie de quelques décennies et leur apporte plus de vélocité et de vigueur. Cependant, cela a aussi pour conséquence de leur ôter toute humanité et progressivement ils subissent une mutation, leur corps se couvrant d'écailles. Celui-là est jeune encore, sa mutation commence à peine. Certains n'ont plus un centimètre carré de peau saine. Mais ils s'en fichent. Grâce à ce venin, ils allongent considérablement leur espérance de vie et c'est tout ce qui compte à leurs yeux. » répond Sirius sur un soupir…

« Y a-t-il des femmes dans leurs rangs ? » demande-je, sourcils froncés…

« Ce sont des pirates, alors pas de femmes dans leurs rangs, non. Et quelle femme voudrait volontairement coucher avec un mutant au corps couvert d'écailles vertes ? Alors ils ont toujours enlevé des jeunes filles de temps en temps ici ou là, pour assouvir leurs besoins sexuels et se reproduire, avant de ne plus pouvoir le faire, à cause de leur mutation, qui finit par les rendre stériles. Et ils ont également toujours tué les petites filles à la naissance, car elles coûtent trop cher à nourrir avant d'être en âge de procréer, tu comprends. » répond Sirius, en se détournant brusquement du Soudaryon étendu à nos pieds, pour repartir vers l'escalier de pierre…

Je lui emboîte aussitôt le pas, laissant Olórin et Aldaron, déjà revenu dans la Faille, s'occuper des cadavres, comme ils le font toujours, après une bagarre avec des Créatures…

« Et la Communauté de Celtycie a laissé faire ça depuis toujours ? » demande-je encore, écœuré que personne n'ait jamais mis fin à cette horreur…

« Il y a toujours eu des salauds sur terre et il y en aura toujours. Il ne faut pas se leurrer, Ron. Et c'est la même chose en Celtycie. Mais les Soudaryons étaient moins nombreux auparavant, m'a appris Gaspard. A peine deux centaines en tout et ils veillaient eux-mêmes à ne pas dépasser ce nombre, pour éviter les luttes internes, en régulant les naissances. Par ailleurs ils vivaient loin des villages, dans un lieu inaccessible à tout autre qu'eux, hormis les Elfes qui peuvent aller partout en Celtycie. Or, les Elfes s'en fichaient, puisque les Soudaryons ne s'attaquent jamais à eux. Alors aller les débusquer aurait coûté beaucoup trop de vies, bien plus qu'ils n'en prenaient. Tu comprends, avant ils attaquaient des caravanes deux ou trois fois l'an seulement, pour voler le ravitaillement quand leurs propres récoltes ne suffisaient plus et ils emmenaient quelques prisonniers pour les faire travailler à leur service. Même choses pour les jeunes filles, ils n'en enlevaient qu'une ou deux tous les quatre ou cinq ans, lorsque c'était nécessaire de remplacer une femme trop âgée pour procréer. » explique Sirius, qui s'arrête à mi-chemin de la montée, pour se tourner vers moi et poursuivre : « En fait, la donne a changé, depuis leur Alliance ouverte avec Balegarian, il y a un peu plus d'un an d'ici. Depuis six mois, les Attaques se sont intensifiées et ils ne laissent que des morts derrière eux. Par ailleurs, ça doit faire sept ou huit semaines maintenant, qu'ils enlèvent des jeunes filles et des gosses en masse. C'est une vraie salope cette Balegarian… Selon Morvran, elle leur a promis un grand territoire et la suprématie sur les hommes de toute la Celtycie, alors qu'en réalité, elle envisage de les tuer jusqu'au dernier, au jour même de sa victoire... »

« Comme Voldemort avec les Loups Garou… » fais-je remarquer, tandis que Sirius hoche la tête…

« Ouais, exactement… » répond-il, reprenant la montée de l'escalier, avant d'ajouter : « Et Malédiction sur moi ou non, j'ai eu une belle étoile au-dessus de ma tête, lorsque j'ai rencontré les Soudaryons pour la première fois et qu'ils m'ont fait prisonnier ces salauds. Je peux remercier le ciel qu'il y ait eu cet orage qui m'a permis de m'évader, avant que nous atteignions leur territoire. C'est juste con que les deux autres types qui avaient été fait prisonniers deux jours après moi, aient eu la trouille de me suivre, dans cette entreprise, risquée c'est vrai, mais qui a payé en ce qui me concerne. D'autant que j'ai appris depuis par Morvran, que finalement, après leur Alliance avec Balegarian, les esclaves des Soudaryons n'ont eu d'autres choix que d'être tués ou de grossir les rangs des mutants. Et crois-moi sur parole, le processus de mutation est très rapide… Tu devines le choix que j'aurais fait, bien sûr… »

« Mourir plutôt que devenir une de ces choses immondes, c'est évident… » murmure-je, alors que nous mettons le pied sur la corniche…

C'est vraiment moche tout ça, me dis-je, en jetant un coup d'œil dans la Faille. Comment peut-on accepter de perdre son humanité et faire subir des mutations à son corps, juste pour vivre un peu plus longtemps ? Et comment peut-on perdre son humanité au point d'enlever des gosses pour les faire durement travailler dans des mines de fer ? Et des jeunes filles, pour les violer ?

Je ne comprends pas qu'on puisse faire souffrir les autres, sans se sentir coupable et terriblement mal dans sa peau. Je ne comprendrai jamais cela…

Même si je viens de tuer sans état d'âme un bon nombre de ces salopards et que ces hommes n'étaient plus vraiment des hommes, je ne l'ai pas fait de gaité de cœur. Je l'ai fait pour sauver des innocentes victimes. Uniquement pour cela… Et cela me laisse quand même un goût amer dans la bouche. J'en ferai des cauchemars, je le sais.

Je me secoue. Ce n'est pas le moment de penser à cela. Il y a bien d'autres choses à faire…

Lorsque nous la rejoignons Sirius et moi-même, Nally s'est déjà occupée d'hydrater les enfants et de leur donner un peu de viande froide et des fruits à manger. Elle leur dispense maintenant quelques soins et je l'aide avec Sirius, à désinfecter les petites plaies, à administrer des Potions qui vont les aider à retrouver quelques forces…

« Que va-t-on faire avec eux ? » demande-je dans un souffle à Nally, lorsque nous avons terminé…

« Tout le monde a été tué dans leur village. Il nous faut donc les emmener avec nous. Aldaron va les accueillir à Finrod Aranarth. Olórin a déjà envoyé un message à Merzhin, il ne devrait pas tarder à arriver. Il nous aidera à les emmener là-bas…» répond Nally dans le même souffle, en regardant l'un des gosses dormir à l'ombre d'un arbre

Il doit avoir environ cinq ans et il est recroquevillé contre une fillette, sa sœur probablement, qui ne doit pas avoir plus de huit ou neuf ans…

Une fois de plus, mon cœur se pince. Que vont devenir ces pauvres gosses maintenant ?

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Acte 4 : Une Excellente Nouvelle

Au Terrier

Narcissa

Cela fait maintenant une heure environ que je consulte des catalogues d'aménagement d'intérieur, afin de nourrir mes idées de décoration pour notre future demeure à Richard et moi-même…

Et j'avoue que je commence à m'ennuyer profondément. J'ai besoin d'action, de sentir la vie tourbillonner autour de moi.

Mais Ievguenia fait la sieste avec les enfants, Annabelle est en visite chez une amie à Londres où Alicia l'a conduite en voiture, Augusta est en garde à la Base, Rita écrit fiévreusement son prochain ouvrage et Molly a décidé d'entreprendre de faire le ménage de la cave au grenier, toute seule, afin d'être divertie le plus longtemps possible de ses pensées…

Elle a besoin de s'occuper l'esprit, pour trouver le temps moins long en attendant le retour de Ron. Mais également pour oublier toutes ces fadaises qui circulent sur son époux, depuis que la nouvelle de la mort de son fils a été ébruitée…

Bref, tout le monde est occupé. Sauf moi. Et il me tarde qu'il soit l'heure pour Molly et moi-même, de rejoindre le Chemin de Traverse, où nous allons aider à la fabrication de Gadgets Défensifs…

Décidemment je ne suis pas faite pour avoir une vie oiseuse et il faudra que je trouve un travail après la guerre, c'est décidé ! Je ne pourrai pas me contenter de tenir notre intérieur à Richard et moi-même. Même si nous avons plusieurs enfants, comme nous le souhaitons…

Non. Je ne suis pas faite pour être juste une Maman au foyer. A peine une heure que je suis désœuvrée et je m'ennuie à mourir !

Si seulement Molly voulait bien que je l'aide au ménage !

Je comprends mon amie bien sûr. Tout comme elle je ressentirais le besoin de hurler la vérité. Mais il est impossible de le faire. Il faut attendre le retour de son fils et de Nally, avant d'annoncer publiquement ce qu'il s'est produit en réalité au Département des Mystères…

Enfin… En réalité…

Pas vraiment…

Juste que Ronald et Nally ne sont pas morts. Car le secret sur la Celtycie devra être maintenu, bien sûr. Severus a consenti à nous le dire également il y a quelques jours, à Richard, Kingsley, Maugrey, Tonks et moi-même, uniquement car nous sommes très proches de lui et des Membres Décideurs. Tous les autres Membres de l'Ordre, savent seulement que l'Arcade était un Artefact Magique et non une Arcade de la Mort. Ils pensent qu'il était du même genre que les Armoires à Disparaître et que nous cherchons toujours à le remettre en état, afin d'en libérer Ron et Nally…

Ils ne savent pas non plus, que Sirius va certainement nous revenir également …

Merlin Sirius… Comme je serai heureuse de le revoir ! D'apprendre à le connaître à nouveau ! Qu'il me connaisse aussi sous mon vrai jour. La femme que je suis devenue depuis Halloween…

Andromeda aussi sera heureuse. Elle a toujours eu beaucoup d'affection pour lui…

Ah ! Que j'ai hâte de son retour et de l'entendre nous raconter ses aventures en Celtycie ! Ce sera passionnant, j'en suis certaine !

« Tante Narcissa ? » s'exclame-t-on soudainement, depuis le hall…

« Oui ! Ici ! » m'exclame-je en retour, bondissant de mon siège pour aller ouvrir la porte et accueillir Annabelle, trop heureuse d'être enfin distraite de mon ennui…

« Tante Narcissa ! J'ai d'excellentes nouvelles ! » m'annonce Annabelle, en se précipitant vers moi…

Ses yeux brillent d'excitation fiévreuse et elle me repousse vers le salon, dont elle ferme la porte derrière nous, avant de m'entraîner vers le sofa…

« Dépêche-toi donc de me révéler ce qui te rend si joyeuse… » souris-je, en prenant place à ses côtés…

« Ievguenia n'aura pas à partir loin de nous ! J'ai une solution qui l'intéressera sûrement ! Mais il faut que tu sois d'accord, car tu auras un rôle important à jouer ! » déclare Annabelle, maintenant partagée entre l'excitation et une légère inquiétude…

« Explique-moi donc… » l'invite-je, en faisant venir un plateau de thé…

Merlin ! Je serai si heureuse, que Ievguenia ne parte pas loin de nous, lorsqu'elle aura accouché !

Annabelle se précipite aussitôt pour nous servir et je soupire un peu… Pourquoi cherche-t-elle à retarder le moment de ses révélations, si ce sont d'aussi excellentes nouvelles qu'elle a à annoncer ?

« Voilà, Tante Narcissa… » dit-elle, en me donnant une tasse, avant de se caler à son tour sur le sofa avec la sienne.

Elle trempe à peine ses lèvres dans sa tasse, puis lève ses yeux sur moi…

« Je sais que l'avortement est une solution qu'Ievguenia a rejeté, en raison des dangers que cela représente dans votre Monde. Mais il existe chez les Moldus, des méthodes nettement moins dangereuses. Et je me suis renseignée, par l'intermédiaire de mon amie Jennifer, car je savais sa marraine gynécologue-obstétricienne… C'est-à-dire médecin spécialisé pour les problèmes féminins et les grossesses. Ievguenia pourrait sans souci se faire avorter dans sa clinique, à la condition que tu l'accompagnes, parce qu'il faudra qu'elle se fasse passer pour moi, à cause des papiers Moldus et que je suis mineure… J'y ai réfléchis tu sais, il suffira de remplacer la photographie de ma carte d'identité et… » explique Annabelle, d'une seule traite et avec nervosité, avant que je ne l'interrompe…

« Du calme, Annabelle, une seule chose à la fois… » demande-je, en posant ma main sur son bras pour l'apaiser…

Annabelle me regarde aussitôt avec un regard anxieux…

« Tu le voudras, n'est-ce pas, qu'elle se fasse avorter si c'est ce qu'elle souhaite ? » demande-t-elle, avec inquiétude…

« Pourquoi ne voudrais-je pas, si c'est son choix ? » demande-je, avec étonnement…

Nous avons toujours précisé à Ievguenia que nous respecterions ses choix. Aurait-elle eu un doute sur notre parole et en aurait-elle fait part à Annabelle ?

« Eh bien… Euh… » commence Annabelle, un peu embarrassée, avant de demander : « Tu ne m'en voudras pas si je te dis ce que je pense de la question ? »

« Non, bien sûr. S'il y a un quelconque malentendu, je souhaite plus que tout le dissiper… » réponds-je, pleine d'interrogations…

Que se passe-t-il donc ?

« D'accord… Alors voilà.. Tante Molly et toi, vous donnez vraiment l'impression parfois, d'être contre l'avortement, mais aussi contre l'abandon du bébé d'Ievguenia. Vous dîtes toujours que vous allez le garder avec vous et que vous élèverez cet enfant. Même Draco le dit. Mais Ievguenia, dans tout ça ? Tu crois vraiment qu'elle pourrait vivre auprès de cet enfant, alors qu'il lui rappellerait sans cesse tant de mauvais souvenirs ? Je sais bien que toi tu aimes Draco de tout ton cœur. Mais Ievguenia n'est pas toi. Et même si tu as beaucoup souffert aussi de ton mariage avec Lucius, ce qu'il lui a fait avec ce Voldemort, est pire que ce qu'il t'a fait. Et puis c'est horrible pour Ievguenia de se demander sans cesse si son bébé sera normal, s'il ne deviendra pas un Monstre comme son père. Et même si ça part d'un bon sentiment, tout ce que vous lui dites ne l'aide pas. Au contraire, elle a l'impression d'être horrible de ne pas vouloir ce bébé. Et à sa place je me sentirais très mal et je me sentirais même rejetée, j'aurais l'impression que vous préférez garder le bébé et pas moi. Alors je comprends qu'elle veuille partir loin de nous, j'en ferais autant à sa place et… » explique Annabelle, avec autant de nervosité qu'il y a un instant, tandis que je reste ébahie durant quelques secondes…

« Stop, Annabelle… Un instant veux-tu… Il faut que je réfléchisse à ce que tu viens de dire… » l'interromps-je vivement, lorsque je retrouve ma voix…

Oh ! Merlin ! Merlin ! Merlin !

Avons-nous vraiment donné toutes ces terribles impressions à Ievguenia ? L'avons-nous mise en position de se sentir horrible, rejetée et de vouloir nous quitter ?

Je me lève, nerveuse soudainement. Et je fais les cent pas dans le salon, sous le regard anxieux d'Annabelle…

Merlin ! C'est insensé…

Oh, bien sûr, Molly et moi appartenons à une génération qui n'a jamais envisagé l'avortement ou l'abandon d'enfant. D'autant que nous sommes nées dans des familles traditionnelles et à cheval sur les règles de bienséance. Cela ne se fait pas chez nous… On ne se pose même pas ce genre de question… Sans doute parce qu'il n'y a pas à se la poser… Ou plutôt il n'y avait pas… Dans nos familles, pas de rapport sexuel hors mariage, pour les jeunes filles… Et puis, nous recueillons les enfants de nos proches s'ils viennent à mourir prématurément…

Oh, oui… Bien sûr… Certains Sang pur n'hésitent pas à abandonner leurs enfants Cracmol. Et les petits handicapés… Mais bon sang de bois ! Ni Molly, ni moi-même, n'avons jamais envisagé de faire une telle chose ! Et nous sommes modernes que diable !

Enfin, plus que la plupart des Sorciers. Car je dois bien admettre, que j'ai découvert au contact des Nés-Moldus, qu'en général le mode de vie des Sorciers est désuet et que nos meurs sont quelque peu vieillottes… Oui, dans notre Société, il n'y a guère d'ouverture d'esprit à propos de sexualité, même si la jeune génération actuelle semble plus libre à ce propos… Et j'ai moi-même jeté la bienséance aux orties, vivant librement mon amour avec Richard… Sans que cela ne choque Molly, ni même Augusta finalement…

Aurions-nous cependant tenu auprès d'Ievguenia des propos dignes de vieilles rombières arriérées, à l'esprit étriqué, alors que nous nous targuons d'être modernes ?

Je me passe et repasse sans cesse nos conversations à propos du bébé d'Ievguenia. Qu'avons-nous pu dire, Molly et moi-même, qui ait pu lui laisser croire que nous sommes contre l'avortement ou l'abandon de son enfant ?

Bien sûr que nous ne le sommes pas !

Bien que j'avoue que l'idée d'abandonner cet enfant me fait froid dans le dos…

Que deviendrait-il, dans un orphelinat, sans l'amour d'une famille, sans chaleur maternelle ?

L'image de Voldemort me traverse brusquement l'esprit et je frissonne longuement…

Et brusquement, tout devient limpide dans mon cerveau…

Oh Merlin !

Annabelle a raison… Nous avons été terriblement insistantes avec Ievguenia. Nous n'avons cessé de lui dire, que cet enfant ne serait pas abandonné, que nous lui apporterions notre amour…

Oh bien sûr, c'est vrai qu'elle-même nous a demandé si nous l'adopterions, sachant qui est son père et nous l'avons rassurée à ce propos, elle semblait si inquiète ! Mais je me rends compte maintenant…

Oh Merlin !

Quelle terrible maladresse de notre part !

Moi qui m'étais juré, après ma conversation avec Harry, le jour où j'ai appris que Ievguenia était enceinte, que je ne me laisserais plus influencer par la crainte que j'avais exprimé alors, que le bébé de la pauvrette ne devienne un Monstre, s'il vivait sans l'amour de sa mère, je n'ai cessé inconsciemment de faire le contraire…

Pis que cela ! Je n'ai pas envisagé une seule seconde qu'il puisse trouver l'amour en dehors de notre foyer, de notre famille. Quel orgueil de ma part !

Merlin ! Quelle terrible, terrible erreur !

« Que se passe-t-il, Narcissa ? » me demande soudainement la voix inquiète de Molly, tandis que sa main se pose sur mon bras…

J'étais si profondément enfermée dans ma stupeur, que je ne l'ai pas vu arriver…

« Nous avons commis une terrible erreur, Molly… » souffle-je, la voix étranglée…

Une expression à la fois surprise et anxieuse prend aussitôt place sur le visage de mon amie, dont les yeux m'interrogent vivement…

« A quoi pensez-vous, lorsque l'on parle d'un enfant abandonné ? » demande-je, tandis qu'elle fronce les sourcils…

« Pauvre petit, quel malheur de ne pas avoir une bonne famille aimante, voilà ce à quoi je songe, mais pour… » répond Molly, que j'interromps avant qu'elle ne m'interroge sur les raisons de cette question…

« Oui, bien sûr. Mais après, qu'est-ce qui vous vient à l'esprit ? Quelle image vous vient en tête ? » demande-je encore, avec insistance…

Malgré sa surprise, Molly se penche sur la question. Et je la vois frissonner, comme je l'ai fait tantôt…

« Voldemort… » souffle-t-elle, en relevant vivement les yeux sur moi…

« Oui. Exactement. Je m'en doutais bien… Voldemort… J'étais sûre que c'est également ce qui vous venait en tête. Et je crois bien qu'inconsciemment, nous nous sommes laissées influencer par cette image, lorsque nous parlions du bébé avec Ievguenia et que nous n'avons pas été vraiment à son écoute à cause de cela… Souvenez-vous, Molly, elle nous a demandé si nous adopterions son enfant, sachant qui est son père, le jour où nous lui avons annoncé sa grossesse et nous avons affirmé que oui, que nous donnerions tout notre amour à ce bébé. Par la suite, combien de fois lui avons-nous réaffirmé cela, sans qu'elle nous le demande, lorsqu'elle souhaitait nous parler de sa grossesse et de la décision qu'elle devait prendre ? Je crois en toute sincérité le lui avoir dit en pensant la rassurer encore, mais était-ce ce dont elle, elle souhaitait parler ? Avons-nous réellement écouté ses inquiétudes ? Son questionnement ? Ou avons-nous laissé cette image parasiter notre attention et n'avons-nous été finalement qu'à l'écoute de nos propres craintes ? Celles concernant l'avenir de ce bébé. Notre désir d'éviter qu'il devienne plus tard un autre Voldemort, car il n'aurait pas été désiré, aimé et choyé ?... Et finalement, nous n'avons pas cherché de véritable solution satisfaisante pour tout le monde. Et surtout pas pour Ievguenia… Car effectivement… Comment pourrait-elle accepter de vivre dans le souvenir constant de son horrible nuit de noce, dont cet enfant serait un rappel vivant pour elle ? » déclare-je, les larmes me venant aux yeux…

Merlin… J'ai juré sur ma vie que je ferai tout pour protégé Ievguenia, pour qu'elle trouve le bonheur. Et tout ce que j'ai pu lui dire en croyant la rassurer, avait effet contraire. Car j'étais plus centrée sur mes propres craintes, que sur son vécu à elle de cette situation, de ses propres peurs, de son désarroi…

« Oh Merlin… Vous avez raison, Narcissa… Quelle idiotie de notre part… Merlin, la pauvre enfant… » commente aussitôt Molly, l'air catastrophée, en se laissant tomber sur un fauteuil…

« Alors c'est pour cela aussi, que Draco n'arrêtait pas de dire qu'il élèverait l'enfant d'Ievguenia comme le sien ? C'est à cause de Voldemort ? Pas seulement parce qu'il serait son demi-frère ou sa demi-sœur… » intervient Annabelle, depuis le sofa…

« Oh, je ne crois pas, non… Bien sûr, Draco sait que Voldemort a été un enfant élevé à l'orphelinat, car sa mère est morte à peine est-il né et que son père ne l'a pas reconnu comme sien. Il sait également que Lucius n'a jamais reçu d'amour non plus de la part de ses parents et qu'il a été brutalisé lui aussi, par Abraxas. Mais je doute que ce soit la crainte de voir l'enfant devenir un Monstre à cause d'un manque d'amour, qui a influencé sa réaction… Et même si Draco est tout à fait prêt à élever cet enfant car il a le sens du devoir, je suis sûr également qu'il aimerait sincèrement son demi-frère ou sa demi-sœur. Et je crois aussi qu'il s'agit pour lui, d'un désir profond de réparer les fautes de Lucius et d'offrir à cet enfant le meilleur des pères, celui qu'il aurait souhaité avoir et n'a pas eu… » réponds-je, en venant reprendre place aux côtés d'Annabelle, qui m'indique sa compréhension d'un hochement de tête, avant d'ajouter : « Mais il n'a pas besoin de l'enfant d'Ievguenia, pour être un bon père ! Il remplira parfaitement son rôle avec ses propres enfants… »

« Nos enfants, j'espère bien ! » s'exclame alors Annabelle, avec un grand sourire…

« Oui, vos enfants. C'est tout le bonheur que je te souhaite, ma chère Annabelle… » souris-je en retour, avant de la serrer brièvement sur mon cœur…

J'aime beaucoup cette jeune fille. Et je comprends l'attachement profond que Draco éprouve pour elle. Je la sais également très amoureuse de lui. J'espère que cela perdurera. Ils sont si jeunes encore, pour se sentir déjà engagés pour toute leur vie…

« Il nous faut réparer notre bêtise, expliquer à Ievguenia ce que nous venons de comprendre et que nous allons trouver la meilleure solution pour elle… » déclare maintenant Molly, avec une certaine impatience…

« Annabelle a une proposition à ce sujet… » réponds-je, en invitant Annabelle d'un signe de tête encourageant, à exposer son idée à Molly…

Et tandis qu'elle répète à mon amie ce qu'elle m'a révélé tantôt, je nous sers une bonne tasse de thé.

« Alors, vous seriez d'accord, tante Narcissa ? » termine Annabelle, en haussant un sourcil empli d'espoir vers moi…

« Bien sûr que je suis d'accord pour accompagner Ievguenia aux consultations chez ce Medi…Médecin spécialisé dont tu as parlé. Richard voudra sans doute venir également, afin de poser toutes les questions techniques… » acquiesce-je, en posant ma tasse de thé vide sur la table basse

« Même s'il faut faire quelque chose d'illégal ?... Enfin, je veux dire s'il faut faire passer Ievguenia pour moi et trafiquer mes papiers ? » insiste Annabelle, le regard de nouveau anxieux

« Oui, Annabelle. Je suis fermement décidée à faire ce qu'il faut pour le bien-être d'Ievguenia. Je vais juste voir s'il y a moyen d'éviter d'impliquer ton nom dans cette affaire. Andy pourra peut-être nous procurer des papiers en bonne et due forme, si nous lui exposons la situation. Enfin, bref… Quoi qu'il en soit, c'est d'abord à Ievguenia de décider ce qu'elle veut faire. Alors va sans tarder en parler avec elle… » réponds-je, au sourire lumineux d'Annabelle, qui bondit aussitôt sur ses pieds pour aller retrouver ma protégée…

Son pas court bientôt dans l'escalier, joyeux et énergique…

Et je plonge aussitôt dans mes pensées…

Ainsi, l'image de Voldemort semble avoir eu une influence certaine, sur notre façon d'aborder la situation de ma protégée… Mais est-ce seulement cela ? Suis-je vraiment aussi moderne que je le pense ? Mon éducation traditionnelle serait-elle aussi en cause ? Ne m'imprègne-t-elle pas encore bien plus profondément que je le pense ?

J'ai un gros doute soudainement…

Peut-être oui, ai-je encore des convictions d'un autre siècle… Et c'est peut-être cela qui m'a influencée, non ?

« Sommes-nous si arriérées, que nous n'ayons pas envisagé la question sous un autre point de vue que celui basé sur les traditions de nos familles, avant de donner nos réponses à notre chère Ievguenia, sans l'avoir réellement écoutée dans ses craintes et inquiétudes ? » demande-je à Molly, au bout de quelques instants de silence…

« Oh, nos valeurs traditionnelles ont peut-être effectivement quelque peu dicté notre approche du problème, Narcissa et bien sûr, les questions d'avortement et d'abandon d'enfant ne sont pas des solutions que nous envisageons dans nos familles. Notre génération n'a même jamais eu à se poser cette question n'est-ce pas… Au moins pour nous et les familles de notre connaissance. Merlin nous a préservées de cela… Ceci dit, je pense résolument que nous sommes beaucoup plus évoluées et ouvertes d'esprit que nombre de Sorciers de nos âges, ma chère amie. Et au regard de tout cela, je pense donc plutôt que nous étions finalement aussi désarmées que notre chère Ievguenia. Et notre esprit protecteur englobait son enfant, cette part d'elle qu'elle lui aurait transmise et que nous souhaitions à toute force développer au détriment de la part de Lucius, dans l'espoir que l'avenir de ce petit soit heureux. Et bien sûr, il y avait également l'influence de notre connaissance du passé de Voldemort. C'est tout cela, qui nous a amenées à oublier ce point essentiel : écouter plus attentivement Ievguenia. » répond Molly, avec une certaine tristesse…

« Oui… Heureusement, Annabelle nous a permis d'ouvrir les yeux… Et nous allons pouvoir réparer cette terrible erreur… » murmure-je, sur un soupir…

« Oui. Et ce sera une très bonne chose. Car ses épaules délestées du fardeau qui pèse dessus, je pense que notre chère Ievguenia décidera probablement de rester parmi nous. Et finalement un jour peut-être envisagera-t-elle d'avoir des enfants qu'elle aura pleinement désirés… Et elle pourra alors se laisser aller à cet instinct maternel que je lui observe toujours, lorsqu'elle s'occupe de Brian.» déclare Molly, tandis que je prie Merlin pour qu'elle ait raison…

Je ne veux pas que Ievguenia nous quitte…

Des pas cavalcadent de nouveau dans les escaliers et je me tourne vivement vers la porte, qui s'ouvre bientôt à la volée…

« C'est vrai, tante Narcissa, c'est bien vrai ? Vous voulez bien m'accompagner chez la Marraine de l'amie d'Annabelle ? » s'exclame Ievguenia, en se jetant dans mes bras…

« Si c'est ce que tu souhaites, alors oui, bien sûr que je le veux… » lui souris-je, avant de la serrer brièvement contre moi…

« Oh oui ! Oui, c'est ce que je veux ! Et grâce à cela, je n'aurai pas à vous quitter pour toujours ! » s'exclame encore Ievguenia, des larmes débordant de ses yeux…

Des larmes soulagées…

« Moi non plus, je ne veux pas que tu nous quittes pour toujours. Moi non plus. Je t'aime beaucoup trop, Ievguenia, pour le souhaiter. Tu es comme une fille pour moi… » réponds-je, en appuyant ma joue sur la sienne

Et je la berce contre moi, accueillant ses larmes sur ma joue, comme les miennes…

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