Disclaimer : cf chapitre 1

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Grand merci à Mistycal !

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Message de remerciement sur mon forum : - Archange Dechu –

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Tempête 1 /1

Paradis, durant la Période d'Evaluation

Draco

L'Assemblée a décidé que la Mission Belles Aux Bois Dormant est une priorité absolue et souhaite vivement qu'elle soit remplie avec succès avant la fin de notre séjour. Je bosse donc comme un fou du matin au soir depuis cinq jours, pour améliorer mes performances et parvenir à entrer en contact avec les Sylphes et Sylphides…

Cet Entraînement intensif me coûte une énergie folle. J'ai fait tant d'efforts ces derniers jours, que je me sens épuisé. Et pourtant paradoxalement, je suis électrique et bouillant en même temps, ce soir. C'est une sensation bizarre. Des fourmillements d'Ondes Magiques me parcourent de la tête au pied. C'est comme si mon corps épuisé absorbait la Magie qui m'environne pour se ressourcer…

Je pense qu'une bonne nuit de sommeil devrait arranger ça et je vais profiter que mon Annabelle est, durant quelques jours, en Mission d'Entraînement dans la forêt, pour me coucher tôt et récupérer un max. Je reviens donc vers le village, pour mettre mon projet à exécution, ne croisant personne en chemin. C'est normal. A cette heure, le plus gros des troupes est encore en corvée ou à l'Entraînement sur les terrains dispersés un peu partout. Quant aux plus petits, ils sont en train de dîner dans les Yourtes, avec les personnes âgées qui les gardent en journée…

« Nom d'une pipe de nom d'une pipe, Gween ! Mille fois on t'a dit de pas quitter ce môme des yeux, bon sang d'bonsoir ! Tu sais bien qu'il faut le surveiller comme le lait sur le feu nom d'une pipe ! Au pilori que je vais finir par te clouer, pour t'apprendre à faire ton boulot correctement, bougre d'ânesse ! » s'exclame soudainement Gaspard, alors que je longe les grottes où il est de corvée ce soir, avec un petit groupe de ses hommes…

Je me tourne vers sa voix. Il est visiblement furieux et fait face à Gween, la seule adolescente ayant obstinément refusé de participer à l'Entraînement. Celle-ci essuie des larmes sur son visage rougeaud en reniflant et il soupire d'agacement.

« Siam s'est encore fait la belle ? » demande-je, pour la forme, en m'approchant du Chef des Rebelles, qui enjoint abruptement Gween à retourner auprès des autres petits, après avoir précisé qu'il s'occuperait de sa punition plus tard…

Siam, conçu dix ans après sa sœur, est un aventurier. Il ne se passe pas une journée, sans que Gween perde son petit frère de vue durant quelques instants et que le môme en profite pour se carapater. Généralement elle le retrouve très vite, mais il arrive parfois qu'elle mette un bon moment avant de s'apercevoir que le gamin a disparu…

D'après ce que je sais, Gween a toujours été d'une nature distraite, encline à la rêvasserie et cela s'est empiré, depuis la mort de sa mère, à la naissance de Siam, puis de son père, qui a été tué par les Soudaryons il y a quelques mois, alors qu'il protégeait une caravane de ravitaillement. Pourtant, et bien qu'il soit en rogne et la punit sévèrement à chaque fois que le gamin s'aventure seul dans les environs, Gaspard ne décharge pas pour autant Gween, de la responsabilité de veiller sur son petit frère. Ce que je ne comprends pas.

Mais ce n'est certainement pas le moment d'entreprendre un débat à ce propos avec le Chef des Rebelles. Il y a plus urgent. Il faut retrouver Siam…

« Comme d'habitude, cette idiote de Gween a rêvassé au lieu de surveiller Siam pendant leur promenade quotidienne ! Le mioche s'est perdu depuis au moins une heure dans la forêt et c'est seulement maintenant qu'elle s'en aperçoit cette gourdasse ! » répond Gaspard, maintenant plus visiblement inquiet qu'en colère et passant une main nerveuse dans ses cheveux, tandis que les miens se dressent sur ma tête…

Une heure ! Siam est perdu dans la forêt depuis une heure ! Merlin ! Il a pu lui arriver n'importe quoi durant tout ce temps ! Et le Soleil qui va bientôt se coucher !

« On dépiautera le gibier plus tard et tant pis pour le dîner des troupes, ça attendra. Je vais faire une battue avec mes gars. Siam ne doit pas être allé si loin que ça, avec ses petites jambes. Tu viens avec nous ?… » poursuit Gaspard, en jetant un rapide coup d'œil inquiet vers la forêt…

« Naturellement. Mais il faut aussi Vincent sur ce coup. Il pourra interroger les animaux, les alerter tous et ils nous aideront à trouver le môme ! Il doit être rentré de sa tournée en forêt à cette heure ! Je vais le chercher ! Ne vous mettez pas en route sans nous ! Rendez-vous sur le sentier de la clairière, dans cinq minutes ! » m'exclame-je, partant en courant vers le village.

Je suis tout aussi inquiet que Gaspard…

Mais je ne trouve pas Vincent au village, où il ne reste que Gween et les personnes âgées qui gardent les mômes. Je me dis alors que Tatie pourra sans doute repérer le gamin, grâce à son don d'Empathie, mais lorsque j'arrive à la Yourte d'Etat-Major, elle est vide. Et je me souviens soudainement qu'elle-même, Pa, Harry, Ron et Hermione sont en tournée d'évaluation des différents groupes de Survie des enfants, des ados et des femmes…

Merde ! C'est bien notre veine !

Je me précipite vers la maquette, l'examinant attentivement. Mais la forêt est trop dense et il n'y a pas moyen de repérer la petite figurine qui représente Siam, sous l'épais couvert des arbres. Alors je repars en courant au plus vite…

« Désolé, Vincent n'est pas là ! Il va falloir faire sans lui ! » m'exclame-je, lorsque j'arrive à portée de voix de Gaspard …

Il n'y a que huit de ses hommes avec lui. Les seuls à être au camp à cette heure. Tout simplement parce qu'ils étaient de corvée. Tous les autres sont encore à l'Entraînement…

« Ah, zut de zut ! On sera pas bien nombreux pour la battue ! Et le temps d'aller chercher des gars à droite et à gauche, il peut arriver n'importe quoi à Siam ! » s'exclame Gaspard, le regard sombre d'inquiétude, soupirant avant d'ajouter : « Tant pis, on y va. On commence par refaire le parcours, que cette idiote de Gween fait habituellement avec le gosse, depuis qu'on est ici… »

Nous partons aussitôt en courant. Gween longe toujours le Campement, avant de s'enfoncer un peu dans la forêt. Nous surgissons dans la clairière comme des diables hors d'une boite et mon œil parcourt machinalement les allées de tentes au passage, au cas où le gamin se baladerait parmi elles.

« Une seconde, Gaspard. Ils vont nous aider, eux… » déclare-je, en arrêtant Gaspard d'une poigne ferme…

Un groupe d'une douzaine d'Elfes médite à l'autre bout de l'allée devant laquelle je me suis brusquement arrêté. Je me demande naturellement ce qu'ils font là, au lieu d'être avec les autres. Mais ce n'est pas ce qui importe pour l'instant de toute façon…

« D'accord. Mais je te laisse leur demander de nous rendre ce service… » grimace Gaspard, son regard effleurant le groupe d'Elfes, sur un pincement de lèvres…

Ouais, bien sûr. L'entente est encore loin d'être franchement cordiale entre les Rebelles et les Elfes. Ces derniers pourraient donc se faire prier un peu, avant d'accepter de mauvaise grâce, de participer aux recherches. Perte de temps inutile qui pourrait bien coûter cher à Siam, car la lumière décline bon train sous les arbres et dans moins d'une heure il fera nuit noire dans la forêt…

Et j'imagine brièvement Siam, recroquevillé sur lui-même contre le tronc d'un arbre, pleurant à grosses larmes, la peur au ventre…

Il ne faut pas que le pauvre gosse vive ça, me dis-je, en serrant convulsivement les poings, une sourde angoisse montant au triple galop dans ma gorge…

« Bon gré ou mal gré, ils viendront avec nous, je peux te le garantir…» réponds-je à Gaspard, d'un ton ferme et décidé, avant de courir vers les Elfes…

Ils sont profondément enfoncés dans leur méditation, lorsque je m'arrête auprès d'eux. Je les invite à revenir vers le présent, parlant d'un ton moelleux et paisible, pour les ramener en douceur.

« Désolé d'avoir interrompu votre méditation, mais nous avons besoin de vous, pour une urgence. » déclare-je précipitamment, lorsqu'ils ouvrent les yeux

« Tu n'es pas l'un de nos Entraîneurs. Nous n'avons donc pas à t'obéir… » répond aussi sec l'un d'entre eux, avec une moue dédaigneuse, tandis que ses compagnons se lèvent avec plus ou moins de zèle…

« C'est pourtant ce que tu vas faire. Un enfant âgé de quatre ans est perdu dans la forêt. Alors Entraîneur ou pas, je te réquisitionne pour aller à son secours. » réplique-je avec sécheresse, en le dardant d'un œil noir…

Mais l'Elfe récalcitrant ne bouge pas d'un iota, son regard dédaigneux et défiant à la fois, me hérissant un peu plus le poil à chaque micro seconde passant…

« Il s'agit d'un enfant perdu, Orodreth et tu sais que… » insiste l'un des autres, avec une pointe de mise en garde dans le ton de sa voix

« C'est l'affaire des Hommes de veiller sur leur progéniture, pas la nôtre… » le coupe Orodreth sous le silence de ses compagnons, qui affichent maintenant leur petit air scandalisé typiquement Elfique…

Quant à moi, je vois carrément rouge cette fois…

Brusquement. Dans une bouffée de colère noire abrupte, sauvage, qui semble remonter des tréfonds de mon Âme et me donne le vertige.

Et sans crier gare, ma Magie se met en train. Sans même que j'y aie pensé, un Sortilège fuse de ma main. Fulgurant et farouche. Et une violente tempête tourbillonne à pleine vitesse autour de l'Elfe, le soulevant du sol, l'emprisonnant plus sûrement qu'une Mine Caméléon, les bras plaqués au corps et les jambes serrées. Sur sa tête, ses longs cheveux blonds sont hérissés et s'enroulent en une torsade compacte, qui se dresse vers le ciel, tirant cruellement sur son cuir chevelu. Le vent est lourd, terriblement dense. Il virevolte avec une vivacité féroce, enserrant impitoyablement l'Elfe qui suffoque sous son poids…

La tempête va le vriller, le tordre et le broyer… me dis-je, effaré, effrayé par toute cette puissance que je déploie, que je ne contrôle pas, tandis que les autres Elfes reculent, pâles et visiblement apeurés…

Alors je ferme les yeux. M'exhortant au calme, m'efforçant de rompre cette terrible tempête déferlante et dévastatrice. Et dans un effort surhumain qui me broie les tripes, j'astreins ma Magie à refréner ses ardeurs belliqueuses…

Et le vent s'éparpille dans la nature. Orodreth retombe à genou sur le sol, avalant avec gourmandise l'air qui lui a manqué durant quelques secondes, tandis que je fonce vers lui. Et je lui flanque un magistral coup de poing dans la gueule, avant de l'attraper par le col et de pencher mon visage à deux doigts du sien…

« Putain ! Ne me mets plus jamais dans une telle colère, Orodreth ! Ne m'inspire plus jamais une telle haine ! Plus jamais, tu m'entends ! Plus jamais ! » explose-je, avant de rejeter l'Elfe avec brusquerie…

Il s'effondre en arrière, tandis que je tremble de tous mes membres maintenant.

Comment ai-je pu déployer autant de puissance, alors que j'étais déjà épuisé par toute une journée d'exercices ? Comment ai-je pu perdre ainsi le contrôle de mes réactions ? Et surtout, pourquoi cette bouffée de rage sauvage et de haine pure ?

« Ça va pas mon gars ? » demande soudainement Gaspard, en surgissant à mes côtés…

« Non, ça ne va pas, Gaspard. A cause de ce connard j'ai eu la trouille de ma vie. Putain ! Je ne suis pas un pétochard et j'en ai vu des vertes et des pas mûres ces derniers mois. Je me suis retrouvé face à la mort à plusieurs reprises et même si à chaque fois j'ai eu une trouille bleue, j'ai résisté et je me suis battu vaille que vaille ! Rien ne m'a flanqué autant la frousse que ce que j'ai vécu là bordel ! Alors, non, ça ne va pas…» réponds-je, en me relevant du sol sur lequel je suis tombé à genoux, sans même m'en rendre compte, avant d'ajouter : « Non, ça ne va pas. Mais il y a plus urgent. Nous devons secourir un môme sûrement très effrayé, perdu en forêt. Alors nous reparlerons de ça plus tard. Faut se mettre en route… »

Mes jambes flageolent et mes mains tremblent toujours autant…

L'adrénaline…

J'ai besoin de pisser de toute urgence, pour l'évacuer et faire passer mon état de choc…

Alors je pars à grandes enjambées vers le premier arbre venu, avant de me raviser. Je ne peux pas pisser là, aux abords du Campement. Ça ne se fait pas…

Je me vide donc la vessie d'un Sortilège, avant de me retourner vers Gaspard, ses hommes et les Elfes auxquels je venais de tourner le dos. Ils me regardent tous avec un air bizarre. Perplexe c'est sûr. Incertain également. Un drôle de mélange quoi…

« Qu'est-ce que vous attendez ! Siam est en danger ! Seul et effrayé ! Alors bougez votre cul au lieu de me regarder comme ça ! » m'exclame-je, me sentant de nouveau au bord de l'explosion…

J'en suis hébété, le cerveau cotonneux, perdu, égaré dans des émotions qui montent dans ma poitrine par vagues opposées et qui s'entrechoquent avec fureur. Et ça fourmille à qui mieux mieux sur ma peau. Mes oreilles sifflent, je bous de nouveau de l'intérieur.

Et j'angoisse terriblement aussi. Ma poitrine est trop étroite. Il me faut ravaler des larmes et une nouvelle bouffée de colère, mêlée de haine, qui menace d'exploser encore une fois…

Mais putain, qu'est-ce qui m'arrive ?

« Partez, Gaspard ! Emmène tout le monde ! Allez tous secourir Siam, vite !… » souffle-je, en fixant Gaspard, d'un regard aussi suppliant que le ton de ma voix, tandis que je tombe de nouveau à genoux et que tout mon sang se retire au creux de mon ventre…

Putain de putain… Mais qu'est-ce qui m'arrive ? me demande-je encore…

« Sûr que t'as pas l'air d'aller mon gars. Vaudrait peut-être mieux que l'un d'entre nous reste avec toi et t'emmène à l'infirmerie, pendant que les autres vont chercher Siam… » répond le Chef des Rebelles avec inquiétude

Il hésite visiblement sur la conduite à tenir, tandis que dans mon bide, mes entrailles se tordent brusquement. Je me sens suffoquer maintenant. Les Ondes Magiques qui parcourent mon corps se font plus impérieuses encore qu'il y a quelques minutes et j'ai grand peine à les contenir…

« Non ! Laissez-moi ! Il n'y a personne à l'infirmerie de toute façon ! Et je vous en prie, allez secourir Siam bordel ! Il est tout seul et perdu dans la forêt ! Il a terriblement peur ! Alors allez vite le chercher ! Ne le laissez pas vivre une nuit de terreur dans la forêt ! Vite, dépêchez-vous ! Laissez-moi ! Allez le secourir ! » m'exclame-je, terriblement angoissé…

Ma Magie déborde de plus en plus dangereusement et une trouille monumentale de tuer quelqu'un me noue horriblement la gorge.

« Partez vite ! Tous ! Je vais exploser ! Foutez le camp, putain ! Foutez le camp ! Allez chercher Siam ! » crie-je encore avec urgence

Et cette fois, c'est la débandade. Gaspard, ses Rebelles et les Elfes filent en direction du sentier, jetant un coup d'œil de temps en temps par-dessus leur épaule, tandis qu'autour de moi, le vent tourbillonne de plus en plus vite…

Les feuilles des arbres les plus proches bruissent avec fièvre et certaines sont arrachées, s'envolant dans une danse effrénée, tandis que les branches des arbres ploient en gémissant de plus en plus fort, sous les assauts de la tempête qui enfle inexorablement…

Je ne dois pas rester ici ou je vais finir par me prendre un arbre sur la tête, me dis-je…

Mais mes jambes refusent de se lever. Alors je me traîne à quatre pattes, m'éloignant de la forêt, le plus rapidement possible. Et les toiles des tentes parmi lesquelles je me faufile pour gagner le centre du Campement, claquent avec vigueur, ajoutant à la cacophonie des feuilles et des branches…

Et j'ai peur putain de bordel ! Peur comme jamais je n'ai eu peur ! Je suis même carrément épouvanté.

Car plus je cherche à retenir la tempête, plus une colère effroyable me vrille les tripes. Elle se précipite à boulets rouges contre les barrières que je lui oppose. Me broyant le cœur à chaque coup. Et tous mes pires cauchemars se réveillent, déferlant dans ma cervelle comme un raz de marée. Les images défilent à toute vitesse sans que je puisse les retenir, ni les voir vraiment. Elles me filent néanmoins une angoisse et une trouille épouvantables, qui alimentent ma colère d'une puissance de plus en plus intolérable. De plus en plus haineuse…

Les larmes ruissellent sur mes joues. Cette terrible rage que je ne comprends pas, me fait littéralement bouillir le sang et mes tempes battent sourdement, mes oreilles bourdonnent furieusement. Ma tête va exploser. Je ne peux plus avancer. Je me noie dans la douleur qui comprime ma poitrine. Je m'effondre, le nez sur une grosse touffe d'herbe et il me faut faire des efforts surhumains, pour me tourner sur le dos.

Mais que m'arrive-t-il bordel ? D'où vient cette colère ? A qui appartient-elle ?

La tempête fait rage autour de moi. Le ciel est noir, traversé d'éclairs aveuglants et le souffle brûlant du vent tourbillonne si rapidement qu'il arrache les tentes. Elles s'envolent comme des volées de moineaux, dans les trombes d'eau qui se déversent subitement des nuages, en cataractes d'eaux qui détrempent tout en quelques secondes. Et soudainement submergé de douleur, mon corps s'arque boute dans la boue qui l'aspire et je hurle toute cette souffrance coléreuse qui crépite de haine dans mon cœur et dans mon âme, priant avec ferveur que personne d'autre que moi n'ait à en souffrir…

J'ai terriblement peur de tuer quelqu'un dans cette colère si effroyable et impérieuse qui me dévore, qui engloutit toute ma volonté, tout mon courage de lutter pour reprendre le contrôle de ma Magie.

J'ai horriblement peur de devenir fou. De devenir un meurtrier comme Lucius. Alors aidez-moi, s'il vous plaît. Aidez-moi, quelqu'un, n'importe qui.

Je vous en supplie, arrêtez cela !

Je crie encore et encore. Je hurle si fort que mon cœur et mes poumons sont au bord de lâcher, de se rompre…

Et soudainement, la tempête cesse tout aussi subitement qu'elle a débuté. Et mon cri s'éteint dans un silence assourdissant. Je reprends mon souffle durant quelques secondes, puis j'ouvre les yeux. Des étoiles et la lune brillent au-dessus de ma tête. Je me redresse péniblement sur mes coudes et je jette un regard circulaire dans la clairière.

Tout le Campement est dévasté et je frissonne longuement, hagard, épouvanté, mes cheveux se dressant sur ma tête. Car contrairement à ce que je pensais, la tempête n'est pas apaisée. D'énormes nuages noirs tourbillonnent aux abords de la clairière, emportant des arbres au firmament.

Merlin ! Je suis dans l'œil d'un cyclone !

Jusqu'où s'étend-il ?

A-t-il emporté Gaspard, ses hommes et les Elfes ?

A-t-il emporté Siam ?

A-t-il emporté le village, les enfants et les vieillards qui les gardaient ?

Merlin, non ! Je vous en prie !

Un sanglot m'étouffe…

Je tente péniblement de me lever, pour aller m'assurer que personne n'a eu à souffrir de cette effroyable colère que je ne parviens pas encore à contrôler, lorsqu'une silhouette familière traverse le rideau de tempête et vient vers moi…

Tatie Nally…

Elle s'agenouille dans la boue, me prenant tout contre elle. Et je sanglote contre sa poitrine…

« Siam, Jonas, Jordan, Brian… Tous les enfants, tous les bébés… Jamais je ne pourrai me pardonner de leur avoir fait du mal… Jamais… » souffle-je, en hoquetant de douleur…

« Tu ne leur as pas fait de mal. Tu n'as fait de mal à personne, Draco… » me rassure Tatie, d'un ton calme et apaisant…

Je sanglote davantage pourtant. Et Tatie m'apaise de caresses dans le dos. Son souffle me parle à l'oreille. Personne n'a été touché par la tempête. Personne n'a été blessé. Tout le monde est sain et sauf…

« Mais qu'est-ce qui m'arrive, Tatie ? Qu'est-ce qui fait ça ? Pourquoi cela ne s'arrête-t-il pas ? D'où vient cette effrayante colère ? Toute cette haine furieuse ? Et comment puis-je produire une telle tempête ? Pourquoi ne s'épuise-t-elle pas ? » demande-je, me détachant de Tatie pour regarder le rideau d'arbres arrachés qui tourbillonne toujours autour nous, dans les nuages noirs et les trombes d'eau…

« Cela vient de toi, Draco. Cette colère chargée de rancœur et de haine, vient de très loin dans ton enfance. Elle a été réveillée par Orodreth lorsqu'il a refusé de se porter au secours de Siam. C'est une colère que tu as étouffée, bridée il y a très longtemps, sans aucun doute pour échapper à celle de Lucius. Et c'est bien, que tu t'en libères aujourd'hui, Draco. » répond Tatie, en serrant ses mains sur les miennes avec affection…

« Tu trouves ça bien, toi ? Mais regarde ce que j'ai fait ! Et ce que je fais encore, Merlin ! Le Campement et la forêt sont complètement ravagés ! Et putain, j'ai failli tuer Orodreth ! Ce n'est pas bien ça ! Ce n'est pas bien ! » m'exclame-je, effaré par la tranquillité de Tatie, qu'elle puisse penser que c'est bien si j'ai perdu ainsi le contrôle de ma Magie et de mes réactions…

Que c'est bien, que j'exprime une telle colère haineuse, dans cette tempête dévastatrice…

« Contrairement à ce que tu penses, tu as su te contrôler, Draco et tu le fais admirablement encore. Ta colère fait bien davantage de ravages en toi qu'à l'extérieur de toi. Ta Magie n'a pas débordé autant que tu le crois. Tu n'as fait aucun mal à personne, pas même à Orodreth. Et le Campement n'est en rien ravagé. Tu as expulsé une grande partie de ta colère dans un cri. Juste dans un cri. Puis tu as perdu brièvement connaissance, Draco. Et en ce moment, tu navigues encore entre conscience et inconscience. J'arrive juste à t'atteindre avec ma voix et tout ce que tu vois, se passe dans ta tête. Uniquement dans ta tête, Draco… En réalité, tu exprimes et concrétises ta colère, dans ton esprit. Toute cette tempête que tu vois autour de toi, est imaginaire, liée à un effrayant souvenir de ton enfance... » m'explique Tatie dans un sourire attristé…

« Attends, je ne comprends pas. Si tout se passe dans mon imagination, comment se fait-il que tu paraisses si réelle ? Serais-tu venue me rejoindre dans mon esprit ? Est-ce une Communion Magique ? » demande-je encore, nettement dubitatif…

« Oui, je suis bien réelle, mais non, je ne suis pas dans ta tête et il n'y a pas de Communion Magique. Je suis assise à côté de toi, je ne fais que te tenir dans mes bras et te parler. Tu m'entends seulement. Si tu me vois, c'est parce que tu m'imagines. Mais si tu ouvres les yeux, alors oui, tu me verras vraiment… » répond Tatie, avec douceur…

Une bouffée d'angoisse m'étreint encore une fois. Et si j'étais devenu fou ? Si la tempête avait réellement eu lieu et qu'elle a tué Gaspard, ses hommes et les Elfes. Des enfants ? Et si je l'avais ensuite constaté de visu et que je me m'étais réfugié dans mon esprit, pour échapper à cette terrible réalité ? Si Tatie n'était pas là, que toute cette conversation, était seulement le fruit de mon imagination, que je cherchais uniquement à me rassurer ?

« Je suis bien à tes côtés, Draco. Et je crois que tu pourras reprendre tout à fait conscience, lorsque tu auras reconnu, le véritable objet de ta colère… » déclare Tatie, avec une infinie douceur…

« Je ne sais pas, d'où elle vient… Elle est juste là et elle me fait souffrir. Mais j'en ignore la cause… » réponds-je, dans un murmure…

« Oh, si, tu sais Draco. La cause de ta colère se trouve dans cette ombre épaisse, cette nuit noire qui tourbillonne dans ton esprit. Ne laisse plus ce souvenir si profondément enfoui, se cacher là et te faire souffrir ainsi, ne le laisse pas filer, se dérober à ta conscience. Retiens-le et examine-le attentivement… » m'encourage Tatie, en caressant mon front d'une main aérienne, apaisante et chaleureuse…

Et je tourne les yeux vers le rideau de tempête, scrutant l'ombre qui tourbillonne avec fureur, frissonnant et tremblant de la tête aux pieds…

Mon cœur cogne durement dans ma poitrine, mes cheveux se hérissent sur ma nuque. J'ai mal. J'ai terriblement peur de découvrir ce qui se cache là-dedans. Mais Tatie a raison. Je dois affronter cela, ou je ne serai jamais totalement libéré de cette colère et elle pourrait de nouveau surgir à l'improviste. Tuer réellement quelqu'un…

Alors j'inspire profondément et j'exhorte la tempête à se calmer, les nuages noirs à me laisser voir ce qu'ils cachent et peu à peu, le rideau se déchire sur un souvenir de mon enfance, depuis très longtemps profondément enfoui dans les méandres brumeux de ma mémoire…

Je suis un petit garçon de cinq ans et demi, seul et perdu dans une forêt. Il fait nuit noire et Lucius m'a abandonné là, pour me forger le caractère a-t-il dit. Dans l'ombre épaisse, les arbres prennent des aspects fantasmagoriques, difformes et hideux, qui me terrifient. Et chaque bruit, chaque son, chaque hululement de Chouette ou de Hibou est une menace de mort à mes oreilles. Je voudrais appeler à l'aide, mais je crains plus encore la colère de Lucius que cet environnement hostile. Or, je sais, dans le fond de mon cœur, qu'il est là, tout près, sournoisement tapi dans l'ombre, qu'il se réjouit de me voir apeuré et que sa colère fondra sur moi, si je fais preuve de faiblesse. Alors je retiens mes cris, je retiens mes larmes. Je me recroqueville sur ma peur.

Mais la nuit se fait de plus en plus noire, des nuages voilent la Lune, puis le vent se lève et les branches des arbres craquent, gémissent de plus en plus fort. Soudainement, un éclair aveuglant déchire la nuit et un coup de tonnerre claque si fort que je sursaute. La pluie tombe presque aussitôt, en cataractes d'eau qui me trempent jusqu'aux os en un instant. Et dans la tempête, la forêt parait plus hostile et menaçante encore. J'ai de plus en plus peur, de plus en plus envie de crier à l'aide. Mais le visage et la voix de Lucius me hantent. Ses yeux gris, froids et méprisants, brillent d'une lueur de colère glacée, tandis qu'il me promet mille souffrances si je ne me tais pas…

Et petit à petit, à mesure que les minutes s'égrènent dans cette nuit terrifiante, une sourde colère et de la haine pour Lucius, prennent racine dans mon cœur et je brûle de les hurler. Mais je les enfouis, profondément. Jamais il ne doit savoir ce que je ressens à son encontre, jamais il ne doit deviner que je voudrais qu'il meure, qu'il soit tué comme il a tué Thilda, ou ma punition sera horrible. Il me fera très mal. Je souffrirai longtemps. Je le sais. C'est une certitude profonde et douloureuse. Alors je bride ma colère et ma haine, je me tais. Je me réfugie sous les fougères, me recroqueville contre un tronc d'arbre et je ferme les yeux pour ne plus voir les formes hideuses et fantasmagoriques qui s'agitent dans les éclairs et la pluie. J'applique fort mes mains sur mes oreilles, pour ne plus entendre le frémissement frénétique des feuilles dans les arbres, les branches qui craquent et gémissent dans le vent, les coups de tonnerre qui grondent longuement…

Et j'appelle le sommeil de tous mes vœux, pour ne plus ressentir cette colère et cette haine, qui font tant de mal à mon cœur de petit garçon, trop effrayé, pour l'appeler à l'aide, par celui qui devrait le protéger et l'aimer de tout son amour...

Mais le sommeil ne vient pas. Je subis cette terrible nuit de tempête, seul, trempé jusqu'aux os, effrayé et tremblant, plus terriblement apeuré encore, par la colère et la haine que j'éprouve pour celui que j'aurais dû adorer, mais que je hais si fort. Et je sais que je ne dois pas laisser cette colère et cette haine me dominer.

Mon cœur de petit garçon comprend déjà, que si je laisse cette colère et cette haine s'épanouir, je deviendrai comme lui.

Et malgré ma douleur, je me promets que cela n'arrivera jamais…

Je ne deviendrai pas comme lui. Je ne ferai jamais de mal à un enfant. Je ne ferai jamais de mal à personne. Je ne deviendrai pas un monstre comme lui. Jamais. Non, jamais je ne le laisserai me faire devenir comme lui. Je le refuse. Je ne deviendrai pas comme lui…

Je ne serai jamais un monstre…

Et cette promesse, c'est la seule chose qui parvient à apaiser un peu ma peur…

Une larme glisse maintenant sur ma joue. Les ombres épaisses se sont éparpillées. Il n'y a plus de tempête, plus d'arbres déracinés. Juste une forêt, aux arbres majestueux et une infinie tristesse dans mon cœur…

Jamais je n'ai eu de père à aimer. Et je n'en aurai jamais. Je l'ai compris durant cette terrible nuit de tempête dans la forêt, au cours de laquelle tous mes espoirs que Lucius éprouve un jour pour moi de l'amour, de la tendresse et de la fierté, ont été anéantis, balayés par les vents violents.

J'ai compris, qu'il ne serait jamais un héros protecteur et aimant.

J'ai compris, qu'il serait toujours mon bourreau. Un monstre.

Un monstre qui m'a inspiré de la haine pure, une terrible envie de le tuer.

Et c'est sans doute aucun, le plus lourd des griefs que j'ai jamais conçu envers lui…

Un grief qui s'est réveillé aujourd'hui, qui a surgi des tréfonds de mon cœur, lorsqu'Orodreth a refusé de se porter au secours de Siam.

Une nouvelle bouffée d'angoisse m'étreint.

Siam… L'a-t-on retrouvé ou est-il toujours perdu dans la forêt ?

« A-t-on retrouvé Siam ? » demande-je avec urgence, en ouvrant les yeux sur Tatie, une prière hurlant dans mon cœur…

« Oui. Et Siam va très bien. Un Iragan (1) a prévenu Vincent qu'un enfant s'était égaré et Vincent était presque revenu dans la clairière avec Siam, lorsque tu en as chassé Gaspard et les autres. Siam n'a pas eu à souffrir de sa petite escapade. Tout au contraire il était ravi et il faudra plus que jamais le surveiller, car nul doute qu'il réitérera l'expérience, si nous lui en laissons l'occasion. Gaspard l'a bien compris et désormais, il ne laissera plus Gween porter cette responsabilité toute seule… » sourit Tatie, tandis que le poids sur ma poitrine s'envole

Siam va bien. Tout va bien…

« Combien de temps suis-je resté dans les vapes ? » demande-je, en jetant un coup d'œil vers la Lune

Elle est presque ronde et très lumineuse…

Et je sais que cette fois, ce n'est pas dans mon imagination. Je suis bien revenu à l'instant présent, je suis bien conscient…

« Environ trois-quarts d'heure. Ta douleur était si forte, qu'elle est parvenue jusqu'à moi et je suis arrivée très vite dans la clairière. Mais j'ai rencontré quelques difficultés pour t'atteindre. Tu étais très profondément enfoncé dans ta terreur et tu ne m'entendais pas… » répond Tatie, en m'aidant à me redresser sur mon séant…

Dès que je suis assis, je regarde à la ronde. Certes, quelques tentes sont un peu de guingois, mais le Campement est loin d'être aussi ravagé que je l'ai cru. Et la forêt n'a absolument pas souffert.

« Si je n'ai pas provoqué une furieuse tempête, que s'est-il réellement passé, Tatie ? Ai-je vraiment jeté un Sortilège ou non à Orodreth ? Lui ai-je fichu un coup de poing sur la figure ? Ou ai-je également fait cela seulement dans mon imagination ? » demande-je, en me relevant avec lenteur…

J'ai encore un peu le vertige et je vacille sur mes jambes. Mais Tatie me soutient vivement et je reste sur mes deux pieds…

« Gaspard m'a raconté que tes Ondes Magiques ont débordé, mais que tu les as rassemblées avant qu'elles n'atteignent Orodreth. Ensuite, tu as empoigné son col et tu as crié qu'il ne devait plus jamais te mettre en colère. Tu as semblé hagard durant quelques secondes, puis tu as chassé tout le monde de la clairière, car tu allais exploser as-tu dis… » explique Tatie, qui hésite un quart de poil avant d'ajouter d'une voix très douce : « Mais avant de chasser Gaspard et les autres, tu les as suppliés d'aller te secourir dans la forêt…»

« Quoi ? Non, je leur ai dit d'aller secourir Siam ! » réponds-je, avec quelque hébétude…

« Non, c'est de toi, dont tu as parlé Draco. Tu as supplié qu'on ne te laisse pas seul et perdu, qu'on ne te laisse pas vivre une nuit de terreur dans la forêt… » insiste doucement Tatie, en me serrant doucement l'épaule

Merlin… Je ne me souviens absolument pas de cela… J'étais vraiment dans un état second…

« Gaspard et les autres doivent maintenant penser que je suis fou… » murmure-je, une grosse boule dans la gorge…

« Certainement pas, Draco. Ils sont alarmés et inquiets, c'est certain. Mais aucun d'entre eux ne pense que tu es fou. En vérité, ils ont tous compris, que tu as vécu une expérience horriblement effrayante et traumatisante, lorsque tu étais un tout petit garçon et qu'elle remontait aujourd'hui à la surface. Et ils ont compris également, que c'est Lucius, qui t'as fait vivre cette expérience terriblement effrayante … » explique encore Tatie, son regard attristé plongé dans le mien…

« Que… Quoi ?... Je… Comment ont-ils pu comprendre pour Lucius ? Ai-je aussi parlé de lui ? Qu'est-ce que j'ai dit, Tatie ? » demande-je, dans un murmure, complètement atterré…

Putain de bordel ! Pourquoi ne me souviens-je pas de ça ?

« Tu n'as pas vraiment parlé de Lucius, Draco. Mais lorsque tu as empoigné Orodreth, tu as textuellement dit : « Ne me mets plus jamais dans une telle colère, Lucius ! Ne m'inspire plus jamais une telle haine ! Gaspard sait qui est Lucius, puisque nous avons parlé de Voldemort et de ses lieutenants, à la fin de la Réunion d'Assemblée il y a quelques jours. Il sait qu'il s'agit de ton géniteur. Il l'a dit aux autres et leur a brièvement expliqué quel horrible monstre il est… » révèle Tatie, tandis que mes cheveux se dressent sur ma tête…

« Putain… J'étais vraiment dans un état second. Et j'aurais pu faire n'importe quoi, sans même me rendre compte de ce que je faisais… » murmure-je, frissonnant et tremblant…

« Certes, tu étais effectivement déconnecté de la réalité. Tu as vécu en quelque sorte une petite régression, une très forte réminiscence de ton souvenir, lorsqu'il a brusquement effleuré ta conscience. Mais tu as gardé le contrôle de tes réactions et de ta Magie, Draco. Tu ne t'es pas laissé totalement submerger par ton angoisse, ni par cette colère brutale et haineuse. Tu as gardé suffisamment de lucidité pour penser à la sécurité des autres, leur dire de s'éloigner de toi avant que tu n'exploses. Et toute cette colère, toute cette haine pour Lucius, que tu avais gardé enfouies en toi si profondément durant toutes ces années, sont aujourd'hui libérées. Tu vas pouvoir les dépasser maintenant et vivre avec bien plus de sérénité… » déclare Tatie Nally, en me caressant la joue…

Ses paroles font leur chemin dans ma tête durant quelques temps. Je ne saurais dire combien. Mais j'en conclus qu'elle a raison. Ma colère est partie. Ma haine pour Lucius aussi. Je ne dirai pas que penser à lui me laisse indifférent, ce n'est pas cela. Je dirai simplement que mes sentiments pour lui, sont maintenant totalement libres de liens familiaux. Le dernier fil ténu a été rompu maintenant.

Je n'ai vraiment absolument plus rien à voir avec Lucius aujourd'hui.

Et je sens que quoi qu'il arrive désormais, il ne pourra plus avoir aucune emprise sur moi. Aucune peur de lui ne hante plus mon inconscient. Il n'y a plus de petit garçon effrayé, terrifié par lui, qui se terre dans les tréfonds de mon âme et de mon cœur…

Lucius ne me fait plus peur…

Je suis plus fort que lui. Je l'ai prouvé durant cette terrible nuit de tempête, alors que je n'étais qu'un tout petit garçon et que j'ai refusé de toutes mes forces, de devenir comme lui, un être animé par la colère et par la haine. Et je l'ai prouvé plus encore en respectant avec ferveur cette promesse …

J'ai résisté à la haine. J'ai résisté au Monstre. Je ne suis pas devenu comme lui. J'ai tenu la promesse que je me suis faite au cours de cette terrible nuit de tempête…

Je la tiendrai toujours…

Et je me sens plus serein que je ne l'ai jamais été…

Épuisé aussi.

Mais on le serait à moins, après une journée d'exercices intensifs et de telles émotions, n'est-ce pas ?

Toujours est-il, que j'aspire maintenant à prendre une douche et aller me coucher…

« Rentrons au village, Nally… » murmure-je donc, en passant mon bras sous le sien…

« Nally ? Où est donc passé le Tatie qui l'accompagne habituellement ? » demande-t-elle, haussant un sourcil, un fin sourire aux lèvres…

Ses yeux pétillent. Elle a compris ce qu'il se passe en moi, bien sûr. Mais comme d'habitude, elle souhaite que je l'exprime de vive voix…

« Ouais. Nally. Tout simplement Nally. Je n'ai plus rien d'un petit garçon, maintenant. Je suis un adulte désormais. Alors fini les Taties et les Tontons. Et de toute façon, il y en a cinquante au bas mot, qui se retournent, quand on vous appelle sans préciser le prénom qui va avec. Simplement vous appeler par vos prénoms, me facilitera donc amplement la tâche… » réponds-je, en l'entraînant vers le village, ajoutant toutefois après une vague réflexion : « Mais il y aura toujours professeur devant les noms des profs. Je suis toujours scolarisé et McGo n'apprécierait pas que je lui donne du Minerva en classe… »

Nally sourit pour toute réponse et sur notre passage, les tentes qui étaient un peu de guingois se redressent. Les traces de la petite tempête qui a agité la clairière sont vite effacées et tout est aussi calme dans le Campement, que je le suis maintenant…

Oui, je suis vraiment apaisé. Corps et esprit. Et j'ai le sentiment que cette sérénité va me permettre de progresser et de réussir mon entreprise. Je vais parvenir à contacter les Sylphides et les Sylphes très bientôt. Ils sont là, comme à fleur de peau, j'en suis certain….

Et cette pensée me renvoie brusquement à ce que je ressentais, tandis que je revenais vers le village …

« Tout à l'heure, après mon Entraînement, j'étais épuisé, mais je me sentais en même temps bouillant et électrique. Ça fourmillait, comme si des Ondes Magiques me parcouraient et que ma peau les absorbait, pour me ressourcer un peu… Comment expliques-tu cela ? » demande-je, en tournant mon visage vers Nally…

Elle s'arrête et plonge son regard dans le mien…

« Cela signifie je crois, que des Sylphides et Sylphes ont entendu ton appel et t'effleuraient, Draco. Et si c'est cela, alors je pense que tu ne devrais pas tarder à les voir et les entendre, mais aussi qu'il serait dangereux que tu poursuives ton Entraînement tout seul. Ces Nymphes sont très aidantes, très protectrices, mais leur enthousiasme est parfois débordant. Et comme elles doivent également être très curieuses, car c'est la première fois qu'un Sorcier les convoque, elles risquent d'être exaltées, trop fougueuses et te faire accidentellement du mal. Il faut désormais, quelqu'un capable de les temporiser à tes côtés. Mais je ne serai pas libre avant quelques jours, pour t'aider… » explique Nally, avec une certaine gravité…

Sa réponse me réjouit et me déçoit à la fois. Mes efforts ont payé et je suis proche du but, mais il va falloir attendre quelques jours, avant de poursuivre mon Entraînement et parvenir enfin à parler aux Sylphides et Sylphes…

« N'y a-t-il personne d'autres qui pourrait m'aider ? L'un ou l'autre des Elfes, par exemple ? Cuthalion doit bien être capable de te remplacer, non ? » questionne-je, avec espoir…

« Anda Atar pourra aider Luna lorsque le moment sera venu, mais pas toi, non. Cependant, tu as raison, parmi les Elfes présents, il y en a quatre qui sont doués pour communiquer avec les Sylphes et Sylphides et le faisaient sans peine autrefois … » répond Nally, les yeux un peu plissés sur la réflexion…

« Lequel d'entre eux est le plus doué ? » demande-je, avec précipitation…

Je suis fermement décidé à prier cet Elfe de m'aider, même si je dois me mettre à genou et ramper pour qu'il accepte. Bien que je doute qu'il faille que j'en arrive là. Après tout, la Mission Belles aux Bois Dormant, est une priorité n'est-ce pas ?

« Orodreth… » répond Nally, sur une légère grimace…

« Ah… » réagis-je, m'arrêtant avant de poursuivre : « Tu n'as pas répondu tout à l'heure, l'ai-je frappé ? »

Nally se contente de hocher la tête, sur un petit haussement d'épaule, l'air un peu fataliste…

« Bon, ok… Il me faudra donc lui présenter des excuses, avant de lui demander de me rendre service… » réponds-je, avant d'entrainer de nouveau Nally sur le chemin du village…

« Est-ce à dire que tu ne lui en aurais pas présentées si tu n'avais rien à lui demander ? » questionne Nally, avec un rien de malice…

« Tu sais bien que si. Et s'il souhaite que nous nous battions en Duel, en réparation de cette offense, je lui accorderai cela volontiers. Mais pour ça, il devra attendre demain, car ce soir je suis vidé…» réponds-je, avec non moins de malice…

Et bien déterminé quoi qu'il arrive, à obtenir l'aide d'Orodreth.

Nally ouvre la bouche pour me répondre, mais elle n'en a pas loisir. Car alors que nous sortons du couvert des arbres, Orodreth surgit soudainement devant nous…

« Tu n'as pas à me présenter d'excuses, Elendur. Je suis seul fautif et à devoir réparation… » déclare-t-il, en fixant le lointain, par-dessus mon épaule…

Je suis surpris bien sûr. A la fois par son arrivée inopinée et par son propos. Mais je n'ai pas le temps de répondre quoi que ce soit, car Nally me devance…

« Bien. Puisque vous avez à parler, je vous laisse. » dit-elle, en lâchant mon bras.

Et elle s'en va aussi sec, en petites foulées…

Le regard de l'Elfe se déplace aussitôt sur moi, me fixant un bref instant. Puis Orodreth incline la tête, yeux baissés cette fois…

« Je suis désolé d'avoir été cause de ton terrible tourment, en réveillant en toi de douloureux souvenirs. » déclare-t-il, d'un ton humble…

Et je soupire…

« Tu ne pouvais pas savoir et… » commence-je, avant d'être interrompu…

« Ne t'excuse pas, je te prie. » me coupe Orodreth, les yeux toujours baissés, ajoutant avec douceur : « Ta réaction a été provoquée par mon attitude. Et la mienne par mon orgueil. Je me suis opposé à toi, car j'étais vexé que tu aies été choisi pour contacter les Nymphes de l'air et demander leur aide, quand cette prérogative a toujours été mienne antan… »

Et je soupire encore… Fichu orgueil des Elfes !

« Ok… Je comprends maintenant que tu aies bravé les ordres de Cuthalion, en refusant de venir en aide à un enfant. Ceci dit, encore une fois, tu ne pouvais pas savoir que cela provoquerait une telle réaction de ma part. Et dans le fond, si on y réfléchit bien, on peut dire aussi que d'une certaine façon, tu m'as rendu service. Au moins maintenant, je suis libéré de ce souvenir et de cette lointaine colère. Libéré de toute la peur que m'inspirait mon salopard de géniteur. » déclare-je, sur un troisième soupir…

« Tu me pardonnes donc ? » demande Orodreth, un rien insistant…

« Ouais, excuses acceptées… » réponds-je, en lui tendant la main…

Orodreth relève aussitôt la tête et les yeux.

« Tu n'exiges pas réparation ? » s'étonne-t-il, me fixant de son regard ouvertement surpris…

« Non. Chez nous, on se sert plus volontiers la pince et ça efface l'ardoise, d'un côté comme de l'autre. Et je suis désolé quant à moi, de t'avoir frappé. » réponds-je, sur un sourire contrit…

Orodreth penche la tête sur le côté et il me serre la main, me fixant toujours de son regard clair qui brille sous l'éclat de la Lune. Je crois pouvoir affirmer qu'il apprécie la manière dont ça se déroule. Tant mieux. Ça m'aurait fait chier qu'il insiste pour que nous nous battions en Duel…

« Ce n'est pas moi, que tu as frappé. Tu m'as appelé Lucius… » dit-il, avant de lâcher ma main…

Et je crois deviner qu'il est curieux d'en savoir davantage à propos de Lucius et de ce que j'ai vécu, quel terrible souvenir est remonté à ma mémoire, mais qu'il ne posera aucune question directe …

« Ouais. Raideur du dos, regard fier et hautain nous considérant comme de la merde, menton levé. A chaque fois qu'un Elfe a adopté cette attitude devant moi, il m'a invariablement fait penser à Lucius. Et tout à l'heure, avec tes cheveux blonds, tes yeux gris, le ton que tu as employé et ton refus d'aider Siam en prime, tu as tiré le jackpot, mon pote… » réponds-je, sur un haussement d'épaule…

« Jackpot ? » demande Orodreth, arquant à peine un sourcil…

« Le gros lot. Mon poing sur ta gueule si tu préfères… » explique-je, avant de réprimer un bâillement, derrière une main polie…

Je suis terriblement las et j'ai vraiment besoin d'aller me coucher maintenant…

Orodreth hoche la tête, pour signifier qu'il a compris. Mais il n'a pas l'air pour autant prêt à me lâcher la grappe…

« Ecoute, je te parlerai plus longuement de Lucius et de ce qu'il m'a fait pour que je réagisse comme ça tout à l'heure, si c'est ce que tu veux. Mais ce sera pour un autre jour, car là, je suis crevé et je sais que mes frères, Maman et Pa vont vouloir s'assurer en personne que je vais bien, avant de me laisser aller me pieuter. » déclare-je, et comme Orodreth hoche la tête pour signifier qu'il comprend, j'ajoute tout aussi vite : « Ceci dit, j'ai quelque chose à te demander avant d'y aller. Nally m'a dit que je suis tout près de parvenir à entrer en contact avec les Sylphes et Sylphides, mais elle ne pourra pas m'aider à temporiser leurs ardeurs avant quelques jours. Elle m'a dit aussi que tu es le plus apte à le faire à sa place. Alors je te serai très reconnaissant si tu acceptais de m'aider… »

Et Orodreth sourit, à la manière Elfique. Lèvres à peine étirées…

« J'ai entendu la fin de ta conversation avec Nyween et j'ai cru durant un instant que tu avais oublié ton intention de formuler cette demande. » dit-il, avant d'incliner la tête et de poursuivre : « Je serai honoré de t'apporter mon aide, Elendur. Et je me tiendrai à ta disposition quand tu le souhaiteras. Que la nuit te soit douce et reposante… »

Puis sans que je puisse répondre quoi que ce soit, il tourne les talons et s'en va au petit trot du côté du Terrain d'Entraînement…

Et je me sens un peu con tout à coup. Je croyais qu'Orodreth me retenait par curiosité d'en savoir davantage sur Lucius, alors qu'il attendait en fait que je lui demande son aide…

Il est vraiment temps que j'aille me coucher, moi…

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Un Iragan = un oiseau gardien de la forêt. Créaturesortie de mon imagination, que j'ai évoquée dans le LIII, dans le premier volet du chapitre : Secrets Dévoilés…

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