L'Enfer De Tyll Celwie O Agar Myrn 1 / 5

Acte 1 : Descente aux Enfers

Théo

Le paysage qui défile loin en dessous de nous, change à vitesse incroyable. Campagnes, forêts, déserts, montagnes, lacs immenses, se succèdent sans transition…

Un autre jour, j'apprécierai ce vol, au-dessus de la Celtycie. Mais là, je ne peux pas. A chaque seconde qui passe, la lourdeur de la tâche qui m'incombe, me tombe sur les épaules.

Au plus je mettrai de temps pour libérer Megildur, au plus la vie de mes Compagnons ne tiendra qu'à un fil. Je n'avais pas besoin de la parole de Bayamaë pour le savoir. Et si le destin doit changer, j'espère du fond du cœur, que ce ne sera pas en pire…

Trois morts… C'est bien trop déjà…

Un seul serait déjà trop…

Je voudrais pouvoir espérer qu'il n'y en ait aucun, même si je sais que ça ne peut pas se passer comme ça. C'est bien trop utopique. Il faut rester lucide…

Mais je dois arrêter de penser à ça. Je dois penser seulement à Ma Ginny qui attend mon retour. Je dois penser à ma Mission et à préserver mes fesses. Je dois penser à garder les idées claires, quoiqu'il arrive, pour accomplir mes épreuves au plus vite et qu'on puisse foutre le camp, le plus nombreux possible en vie…

Le ciel s'assombrit d'un seul coup. Et les Lunes remplacent les Soleils.

De doré, le Phterydron et son attelage passent à l'argenté. C'est très joli.

« Ça ne va pas Rem ? Qu'est-ce qu'il y a mon ami ? » demande soudainement Sirius, d'un ton inquiet…

Je me tourne brusquement vers eux. Sirius a saisi la main de Remus qui s'accroche à elle. Il est d'une pâleur à faire peur et, à la lueur des Lunes blafardes, son regard est traversé d'ondes désespérées, sa respiration est haletante et il transpire à grosses gouttes…

« Non. Non ça ne va pas, Sirius. Nous n'avons pas encore mis un pied sur l'Île et je sens déjà les effets des Lunes, qui ne sont pourtant pas pleines dans notre ciel. Et bien pire, je sens sa présence à lui. Si noire. Si terriblement noire... » répond Remus, qui déglutit difficilement, avant d'ajouter, le ton tremblant : « Vása. L'Alpha. Le Père de tous. Je le sens. Son Esprit est très puissant. Sa volonté redoutablement impérieuse. Et il est enragé. Frénétiquement enragé…. »

« Reprends-toi, mon ami. Ne te laisse pas envahir, ne le laisse pas atteindre ton esprit. Tu es très fort. Plus fort que lui, j'en suis certain. Tu peux lui résister. Oppose-lui ton inflexible volonté. Oppose-lui ta lumière, Remus. Tu peux y parvenir ! Repousse-le, Rem ! » l'encourage Sirius, sa main littéralement broyée par celle de Remus et pressant son autre main sur son bras…

Et tandis qu'il lui parle et que notre chariot se stabilise dans le ciel, Remus lutte visiblement de toutes ses forces. Haletant et suant à ruisseler…

« Respire à fond, Rem. Respire à fond et concentre-toi sur ma voix. Je vais t'aider à résister. Tu vas faire tout ce que je dis et tu vas voir, ça va aller. Allez, respire, Rem. C'est ça, respire bien, respire bien. Bon. Et maintenant, ferme les yeux et pense à Tonks. Pense à ton amour pour elle, mon ami. Laisse-le exploser dans ton cœur et t'habiter tout entier. Bats-toi pour elle, pour votre couple ! Pour votre avenir à tous les deux ! Souviens-toi de ce que tu ressens quand tu la tiens dans tes bras. Ouvre tes sens et laisse-toi envahir par elle, par son amour pour toi et ton amour pour elle. Elle est là, avec toi, dans ton cœur, mon ami. Elle est là, dans tes bras. Et rien d'autre ne compte. La chaleur de sa peau, s'insinue en toi. Sens son cœur battre pour toi dans sa poitrine ! Laisse son odeur envahir tes narines ! Sens le goût de miel de sa bouche, la douceur de ses baisers ! Sens comme tu frémis au contact de sa peau si veloutée ! Sens à quel point tu vibres tout entier pour elle ! Sens la force, l'énergie infinie que son amour te procure ! Sens la volonté que tu as de la rejoindre ! Et bats-toi pour rester toi ! Pour rester le Remus qu'elle aime ! Oui, c'est ça, mon ami. C'est ça ! Bats-toi pour la retrouver ! Pour pouvoir encore ressentir tous tes sens bouleversés par sa présence à tes côtés ! Te sentir enivré par son parfum ! Et frémir de plaisir et d'amour sous ses caresses. Elle est ton cœur ! Elle est ton Âme ! Elle est ta vie ! Elle est ton phare dans la nuit ! Sa lumière rayonne pour toi ! Et elle t'appelle de tous ses vœux ! Alors accroche-toi à sa lumière, mon ami ! Accroche-toi à sa lumière ! Parce que c'est la tienne aussi ! Et que cette lumière que vous avez tous deux en vous, ne peut que repousser les ombres au plus loin ! Et illuminer le Monde tout entier ! » encourage encore Sirius, tandis que la main de Remus, se décrispe un chouia autour de la sienne…

« Sirius… » murmure soudain Remus, dans un souffle…

« Oui, mon ami. C'est moi, Sirius… » répond Sirius, serrant et desserrant sa main sur le bras de Remus…

« Oui. Oui, c'est toi. J'ai reconnu ta mélodieuse voix, mon ami…Mais écoute à ton tour, Sirius… il faut que je te dise… » commence Remus, d'un ton haché, avant de s'interrompre, pour reprendre son souffle…

« Oui ? Je t'écoute mon ami, vas y dis-moi ce que tu veux me dire… » l'encourage à nouveau Sirius…

« Je veux te dire que… Que si tu as l'intention… de te lancer encore dans… des envolées lyriques… il faudra que tu prennes des cours de littérature théâtrale, mon ami… Parce que tu n'es pas très doué… ce que tu as déclamé, c'est de l'eau de rose à bon marché… Et je te demanderai aussi… de choisir un autre sujet que ma femme, sinon je crains… de finir par avoir des doutes sérieux et de te demander de me rendre quelques comptes… » déclare Remus, avant d'ouvrir les yeux sur Sirius et de lui sourire…

Et Sirius éclate de rire, tandis que j'échange des regards souriant avec Blaise, Draco et Greg. Tout va bien. Remus a retrouvé son sens de l'humour. Et même si son regard n'est pas encore celui qu'on lui connait habituellement, il est nettement plus apaisé…

« Là, je te retrouve, Rem !… » déclare maintenant Sirius, le regard pétillant et soulagé, avant de demander : « Et sérieux, comment tu te sens maintenant ? »

« Mieux. Bien mieux. Et je pense sincèrement que lorsque j'aurais mis pied à terre et que ma transformation sera effectuée, j'arriverai à me contrôler avec ton aide et celles de Blaise et Gwenvael… » répond Remus, avec assurance, avant d'ajouter, le ton plus grave : « Mais sérieusement, il faudra terriblement se méfier de Vása. Son esprit est retors. Et vraiment très puissant. Sa meute lui obéit sans qu'aucun ne rechigne jamais. Il va vouloir à toute fin m'imposer sa volonté et au plus je résisterai, plus il sera féroce. Car plus je résisterai et plus il se sentira discrédité aux yeux de sa meute et craindra qu'un autre se risque à essayer de prendre sa place de chef. Alors oui, il reculera face à notre défense farouche. Mais ses assauts seront de plus en plus violents, de plus en plus sauvages, de plus en plus féroces. »

Mes poils sont dressés partout sur mon corps. Je savais déjà tout cela. Nous en avions parlé. Mais cette fois, nous sommes à pied d'œuvre et ça prend une autre dimension. Parce que jusqu'ici, ce n'était qu'extrapolation. Maintenant, c'est une certitude. Remus a senti la présence de l'Alpha et ce qu'il dit, a beaucoup plus de poids encore, que ce qu'il nous avait dit déjà…

Et personne ne s'y trompe. Cette fois nous y sommes bien. C'est en Enfer, l'Enfer des Loups Garous primaires, que nous allons descendre et la mort va roder autour de nous pour se saisir de nos vies.

« Est-ce qu'il t'a repéré ? » demande Severus, haussant un sourcil un peu inquiet…

« Oui. Mais les vents tournent beaucoup trop vite dans la partie supérieure du Dôme de Protection et il ne parvient pas à me localiser. Ce qui ne lui plait pas du tout, bien sûr… » répond Remus, appuyant sa réponse d'un hochement de tête…

« Très bien. Dans ce cas, nous faisons exactement ce qui est prévu dans le plan. Tu descends le dernier, avec moi Remus. Et toi, Théo, tu tâches de t'éloigner le plus vite possible du point d'atterrissage, dès que tu le peux. Et si possible, avant l'arrivée de Remus. Et n'oublie pas avant de descendre, de te débarrasser de toutes les odeurs que tu traînes.… » décide Severus, ajoutant sur un regard à la ronde : « Et ce dernier point vaut pour tout le monde. Et comme convenu, Aldaron, tu t'occupes de celles de Marek et Collen… »

Hochement de tête de chacun et Draco se lève. Il va sécuriser la descente du premier groupe, composé de Blaise, Gwenvael et Sirius, qui prendront leur forme Animagus aussitôt qu'ils sentiront la meute venir… Et si elle ne vient pas tout de suite, ils attendront l'arrivée de Remus…

Draco jette son Sortilège et quasi aussitôt, des Sylphes et Sylphides se pressent autour de lui. Le chariot tangue sous la force du vent provoqué par l'arrivée des Nymphes et nous devons nous accrocher avec fermeté et compenser d'un côté, puis d'autre, pour ne pas basculer dans le vide. Et soudainement, je suis horrifié de voir Draco s'élever et dériver au-dessus du vide total. Il flotte ainsi, durant quelques interminables secondes, avant de revenir doucement se poser dans le chariot. Et le vent cesse de souffler autour de nous…

« Tout va bien. Ils se mettent en place. Ils nous aideront également en bas et éparpilleront au plus possible nos odeurs, au plus loin des Loups Garous, pour tâcher de nous faire gagner du temps. » déclare-t-il, satisfait, avant de me fixer des yeux et d'ajouter : « Quelques-uns d'entre eux vont s'attacher à tes pas, Théo. Ils vont te toucher d'abord, sonder ton esprit. Laisse-les faire, ouvre-toi à eux. Ils savent que le temps presse et ne feront pas durer. Et plus tard, sur le chemin, s'ils veulent attirer ton attention sur quelque chose, ils t'effleureront du côté où ça se passe. »

« Ok. Mais pourquoi vont-ils m'aider ainsi ? Je n'ai aucune aptitude pour communiquer avec eux. Je ne suis pas doué avec l'air… » fais-je remarquer…

« La Reine des Nymphes leur a demandé de le faire. Elle leur a demandé de tous nous aider… » répond Draco, sur un sourire…

« D'accord. Faudra qu'on pense à aller la remercier dès que possible, alors… » déclare-je, prenant note de ne pas l'oublier…

Draco hoche la tête pour acquiescer et dans la foulée, il tend l'oreille en penchant un peu la tête sur le côté. Ses cheveux volètent au-dessus de son oreille et je devine qu'un Sylphe ou une Sylphide lui chuchote dedans…

« La descente est sécurisée, Pa… » dit-il ensuite, en se tournant vers Severus.

Et sur un geste très fluide de la main de Severus, une corde jaillit, se déroulant dans le vide à l'infini, puis une autre et encore une autre et encore une…

Alors Blaise, Gwenvael et Sirius se lèvent et ils se jettent à eux-mêmes un Sortilège pour se débarrasser de leurs odeurs. Il tiendra le temps qu'il tiendra. Et nous savons bien que ce sera plutôt moins longtemps que plus. Mais le peu qui est gagné est gagné et nous sommes tous bien décidés à ne rien négliger…

Voilà, ils sont prêts, accrochés à la corde. Et sur un signe de tête vers nous, Blaise est le premier à se laisser glisser vers le vide. Vers l'Enfer. Puis Gwenvael. Puis Sirius. Mon cœur bat la chamade. Je dois le calmer. Les Elfes Loups Garou pourraient l'entendre battre de très loin. Je dois me faire le plus silencieux, le plus discret possible, dès maintenant…

Le temps s'égrène, il me parait infiniment long, avant que le second groupe se prépare. Amdir, Narmacil, Collen et Marek… Leurs armures sont très alourdies par la multitude de filets qu'ils emportent. Et ils sont armés de plusieurs bâtons dont les extrémités sont munies de griffes, qui ne sont pas destinées à tuer les Loups Garous, mais pourraient les blesser assez sérieusement pour qu'ils renoncent à Attaquer. Ils sont également armés d'un arc, pour tirer des flèches enflammées et de torches aux longs manches, afin de tâcher de tenir les Loups éloignés le plus longtemps possible, grâce au feu…

Et je croise les doigts, pour que ça marche longtemps…

C'est à moi, maintenant. Je vais descendre en compagnie de Draco, Aldaron et Greg. Je crains cette descente vers l'Enfer. Car avec ma pauvre capacité et résistance respiratoire, si elle dure trop longtemps, mes muscles seront vite tétanisés, par le manque d'oxygène et les réactions chimiques qui s'en suivent…

Mais au moment où je me lève, je me sens pressé de tous côtés. C'est un peu oppressant et je retiens mon souffle, au bord de la panique, quand une caresse sur ma joue, me rappelle ce que Draco m'a dit. Les Sylphes et Sylphides vont m'aider. Mais je dois auparavant leur ouvrir mon esprit et les laisser me toucher. Alors je me laisse faire. Des souffles tièdes, des caresses, le vent dans mes cheveux, font remonter des souvenirs en vrac dans ma tête. Je les laisse défiler, sans les retenir et soudain tout s'arrête…

« C'est bon, Théo. Tu peux ouvrir les yeux… » me glisse Draco, pressant mon épaule et j'ouvre les yeux sur son sourire…

Et puis Severus me remet une carte, qu'il a hâtivement dessinée dès que nous sommes arrivés ici et il précise où se trouve la meute actuellement. Très loin et quasi à l'opposé de la direction que je dois prendre. La chance est avec nous.

Et nous y allons. J'entame la descente vers l'Enfer, le geste régulier, en douceur et sans à-coup, régulant mon souffle au mieux. Greg et Draco ont calqué leur rythme sur le mien, attentifs et prêts à intervenir s'il le faut. Nous descendons longtemps, vraiment longtemps, suspendus entre le sol que nous ne voyons pas et le ciel que nous ne voyons bientôt plus. Il ne reste plus que les Lunes en vue. Et cela me fait penser à Luna…

Luna, dont le père est mort ici, en Celtycie. Parce qu'il avait eu le malheur de trouver le Livre des Origines. Comment Balegarian a-t-elle su que c'était lui qui l'avait trouvé ?

Mon pied dérape soudain sur la corde et je serai tombé dans le vide, si la main preste de Greg ne m'avait pas retenu. Mon cœur bat la chamade. Je dois arrêter de laisser mon esprit dériver. Je dois rester à ce que je fais ou je tomberai dans le vide.

Je remercie Greg d'un signe de tête, puis d'un autre, je lui signifie qu'il peut me lâcher. Je reprends ma descente. Mais la peur que je viens d'avoir, a tétanisé mes muscles. Je ne parviens pas à retrouver mon rythme et mes bras s'alourdissent très vite, mon corps pèse de plus en plus sur eux et sur mes jambes. Mon souffle se fait plus court et peu à peu douloureux. Je transpire et je crains bientôt de devoir m'arrêter là, sans même savoir à quel niveau j'en suis de cette interminable descente…

Et brusquement, la tempête fait rage. Je suis ballotté dans tous les sens, soulevé et relâché subitement par les rafales. Mes mains glissent sur la corde et si je n'avais des gants en peau de Dragon, ma peau serait toute arrachée j'en suis certain. Je dois faire des efforts immenses, pour garder la corde enroulée autour de ma jambe et resserrer l'autre autour. Mon cœur est affolé dans ma poitrine, qui ne peut plus aspirer l'air tournoyant si vite autour de moi. Je tangue tellement dans les vents violents, que j'en ai le mal de mer. Et je m'affole davantage encore, lorsque je vois Draco et Greg ballotés si loin de moi…

Mais soudain on se presse autour de moi et je me sens plus léger, porté par des bras solides et vigoureux. J'ai le sentiment que si je lâche la corde, je serai emporté en douceur jusqu'au sol. Les Sylphes et Sylphides vont m'aider à le faire. Ils vont amortir la chute…

« Ne lâche surtout pas, Théo ! C'est le Bragol Sûl Bregol qui cherche à te tromper ! Ne lâche pas ! » entends-je Draco crier.

Sa voix me semble très lointaine, dispersée, éparpillée. Je ne le vois plus. La clarté des Lunes s'est presque éteinte. Je n'y vois pas goutte. J'ai de plus en plus envie de lâcher la corde. De me laisser porter par ces bras vigoureux, doux et tièdes qui m'invitent à leur faire confiance. Mais j'obéis à mon frère. Je ne lâche pas la corde. Je ne sens plus mes bras, ni mes jambes, mais je ne lâche pas la corde. Je ne la lâcherai jamais. Je descends, je descends encore et encore. C'est de plus en plus dur. Mais je tiens bon. Et je descends, je descends vers l'Enfer des Loups Garous, qui m'attend en bas.

Bientôt cependant, mes oreilles bourdonnent, des mouches lumineuses me brûlent les yeux. Et soudain un brasier de douleur explose dans ma poitrine, dans mes bras et mes jambes. Et je m'agrippe à la corde. Je ne peux plus bouger. Mais j'entends quelqu'un pleurer, quelque part dans le vent. Quelqu'un appelle au secours. Je dois aller l'aider. Alors malgré la douleur du brasier qui me brûle tout entier, je recommence à descendre, à gestes lents, précautionneux, avec opiniâtreté.

C'est dur, si dur. Mais on a besoin de mon aide quelque part. Alors je descends, je descends…

« Je suis avec toi, Théo. J'ai réussi à te rejoindre et je te tiens maintenant. Tu ne tomberas pas. Laisse-moi, faire. Je t'emmène avec moi, mon pote… »

Est-ce que c'est bien Greg ? Ou est-ce que c'est encore le Bragol Sûl Bregol ?

« Quelqu'un a besoin d'aide, Greg. Il faut aller l'aider. Va l'aider. Moi, je ne peux pas y aller. Je ne peux plus. Vas y, je ne lâcherai pas la corde. Ne t'inquiète pas pour moi, je ne lâcherai pas. Je vais reprendre mon souffle, récupérer un peu, puis descendre doucement. Ecoute, il pleure, il appelle au secours. Alors va l'aider, il en a besoin. Fais le pour moi. Va l'aider à ma place, s'il te plait… » réponds-je, me disant que si c'est le Bragol Sûl Bregol qui fait des siennes, il me laissera peut-être tranquille, en voyant que je ne suis pas décidé à lâcher la corde et que si c'est bien Greg, alors il va pouvoir aller aider celui qui en a besoin et je pourrai continuer ma descente, sans avoir à m'en faire pour cette personne…

« C'est toi qui a besoin d'aide Théo. Personne ne pleure, ni n'appelle à l'aide. C'est toi qui en a besoin. Et je t'ai rejoint pour le faire, pour t'aider. Je te tiens, maintenant. Je vais t'aider, comme tu l'as fait pour moi quand j'en avais besoin. Alors laisse-moi faire, Théo. Tu ne risques plus rien. Les Sylphes et Sylphides ont renforcé leur présence, ils repoussent le Bragol Sûl Bregol au plus loin. Alors lâche la corde, Théo. Tu es attaché à moi. Tu ne peux plus tomber… » me dit Greg d'une voix patiente, douce, amicale…

Et je le crois. Je sais que c'est bien lui. Alors je lâche un peu la corde. Je la laisse filer sous ma main, prêt à m'agripper s'il le faut. Mais je n'ai pas besoin de le faire. Parce que Greg est là, qu'il me porte et me fait descendre, encore et encore…

Jusqu'à ce qu'enfin, nos pieds touchent terre et que la sueur sur nos fronts soit asséchée par le vent…

OoOoOoO

Draco

L'Enfer.

C'est ce que Harry a dit, que ce serait. L'Enfer…

Il ne savait pas si bien dire…

Nous n'avions pas posé pied à terre que ça l'était déjà.

Putain de descente ! C'était vraiment une descente aux Enfers.

J'ai cru ne jamais y arriver. Et si Greg n'avait pas été là, jamais Théo n'aurait touché terre en vie. Et nous voilà maintenant coincés sur la fameuse pointe du Carag Celeg Thül et cette fois les Lunes sont pleines dans le ciel.

Le Pic du Vif Souffle, porte bien son nom, je vous l'assure. D'abord, je pense qu'il n'y a pas plus Pic que cette pointe rocheuse. La marge de manœuvre pour poser le pied sans se casser la gueule est très étroite. Et ceux qui ont fait pied déjà, doivent descendre en s'accrochant au flanc, pour laisser la place aux autres…

Ensuite, le Vif Souffle, parlons-en aussi de celui-là. Un sale vent tournoyant dans un sens puis dans l'autre et qui vous arrive par le haut ou par le bas sans crier gare, tantôt vous plaquant à la roche, tantôt menaçant de vous soulever comme un fétu de paille. Et je vous jure que vous avez intérêt de vous accrocher sacrément. Parce que tomber c'est la mort assurée. Car ce qui vous attend un peu plus bas, ce sont les fameuses Gampie de Guruthros. Et même si on ne les voit pas clairement d'ici, on en voit assez pour deviner ce que c'est et ne pas avoir envie de s'en approcher plus près.

Des roches déchiquetées, façonnées comme des milliers et des milliers de lames bien coupantes, tendues vers vous comme une terrible menace. Vraiment, ce n'est pas les Serres de l'Ombre de la Mort que les Elfes auraient dû les appeler, mais les Rasoirs de l'Ombre de la Mort…

Mais bon, c'est vrai. Les Elfes sont imberbes, le rasoir, ils ne connaissent pas. Cependant, c'est de ça, que ça a l'air. Des milliers et des milliers de rasoirs bien aiguisés, tous prêts à vous lacérer la peau et découper vos chairs. De quoi être réduit en steak haché menu et tout sanguinolent, bien avant d'avoir fini de rouler dessus sous la force du vent…

« Comment ça va, Théo ? » demande-je, avec inquiétude, lorsque Greg et mon frangin arrivent à ma hauteur…

Mon pote tient fermement Théo, qui a l'air complètement à bout de forces…

« Ça va aller. Je vais tenir. Un peu de repos et j'irai mieux. Je pourrai aller faire mon job… » répond Théo, en s'accrochant mollement à la main que je lui ai tendue…

Ça ne va pas du tout. Il est plus blafard que les Lunes, les yeux cernés d'ombres plus sombres que les noires Gampie de Guruthros qui tendent leur rasoirs menaçants vers nous, là en bas. Il ne pourra jamais endosser son Caméléon dans ces conditions. Il ne pourrait pas même faire trois pas sans s'effondrer je suis sûr…

J'échange un regard bien significatif avec Greg et Aldaron, venu voir comment va Théo, lui aussi. On est mal barrés et il va falloir changer nos plans. Théo ne pourra pas remplir sa part tout seul, comme c'était prévu…

Mais la descente ne s'est pas passée comme prévu non plus, malgré l'aide précieuse des Sylphes et Sylphides. Elle a été beaucoup, beaucoup plus longue que celles que nous avons expérimentées durant nos Entraînements. Et le Bragol Sûl Bregol nous a sacrément malmenés…

Quelque chose me frôle à ma gauche et je me retourne pour voir Blaise reprendre forme humaine…

« Il y a une petite plateforme sur laquelle nous serons mieux installés et plus à l'abri du vent. Elle n'est pas loin, cachée dans l'ombre et le chemin n'est pas trop difficile. Suivez-moi, je vous y mène… » dit-il, jetant un coup d'œil vers Théo avant d'ajouter : « Si Théo le peut… »

« Je pourrai… » répond Théo, avec le plus de fermeté qu'il lui est possible…

Il a une volonté de fer, mon frère. Mais ses forces ne sont pas forgées dans la même matière malheureusement et je doute sérieusement qu'il puisse même ramper sur trente centimètres.

« Blaise va prendre mon équipement. Je vais t'attacher sur mon dos, Théo et t'emmener là-bas. » décrète Greg, en débouclant déjà son harnachement…

Théo a l'air un peu mortifié d'être en aussi mauvaise forme physique, mais il acquiesce. Et tandis que Blaise s'équipe du harnachement de Greg, j'aide mon frère à prendre place sur le dos de mon ami. Ce n'est pas facile à faire, plaqué sur le flanc de la montagne comme nous le sommes. Mais nous y arrivons et bientôt tout le monde suit Blaise, progressant avec lenteur sur la roche, dans les tourbillonnements furieux du vent, vers cette plateforme repérée par Blaise.

Elle n'existait pas, sur la reproduction du terrain que Nally a faite au regard des souvenirs de Merzhin. Mais lui-même avait dit de toute façon, qu'il n'avait pas pris le temps de détailler le paysage et que ses souvenirs ne seraient donc pas parfaitement fidèles. Et puis il a également précisé, que certaines choses avaient changé un peu de forme, voire même de place, entre ses deux incursions sur Tyll Celwie o Agar Myrn…

Il avait raison. Les Lunes sont claires et nous permettent de voir assez loin, pour constater que le terrain sur lequel nous avons posé pied, n'a plus grand-chose en commun avec celui que nous avons expérimenté…

Il est plus accidenté, plus foisonnant de buissons et d'arbres aussi. Il semble que des roches se dressent, comme surgies du sol sous la très forte pression sur les rives déchiquetées, exercée par les chutes d'eaux furieuses, coincées entre les très hautes falaises d'où elles tombent et l'Île elle-même…

Nous arrivons enfin sur la plate-forme. Blaise avait raison, elle est un peu mieux à l'abri du vent. Nous installons Théo contre la paroi et l'entourons pour le protéger. Puis j'entreprends de lui masser une jambe, avec de l'huile qui se trouve parmi d'autres choses dans ma Pochette de Secours et Greg s'occupe d'en faire autant sur l'autre…

« Va falloir qu'on t'accompagne, mon p'tit gars. T'es pas assez solide pour partir tout seul à l'aventure.. » déclare Marek, dès qu'il a un œil posé sur mon frère…

« Non. Tous les effectifs seront nécessaires pour combattre la Gaurhoth, il ne faut pas changer les plans pour moi… » répond Théo, dont le regard s'anime d'une brève lueur affolée, avant qu'il se détende et ajoute : « Je vais essayer une Potion Revitalisante. On ne sait jamais… »

« Inutile. Elle ne va pas marcher. J'ai déjà essayé pour voir. Mais j'ai autre chose qui va te donner un bon coup de fouet. » déclare Blaise, en sortant sa Pochette sans fond.

Et il en sort un gros pack de trente canettes métallisées : du coca cola.

« De la bonne Potion de Force, garantie cent pour cent Moldue… » dit-il, avec un sourire goguenard, en tendant l'une des canettes à Théo…

Ce n'est pas de mon frère dont il se moque. Mais bel et bien de Latton, qui doit plancher sec sur la recette de la soi-disant Potion de Force, que Nally lui a remise dimanche…

Blaise sort ensuite des barres de céréales. Et du chocolat aussi. Cent pour cent noir. Et un deuxième pack de trente canettes de coca…

« On ne peut pas dire que tu voyages léger, toi… » fais-je remarquer…

« Non. Je sais que Nally nous a recommandé de n'emporter que le strict nécessaire, mais tu me connais. Il a fallu que j'essaye. » répond-il avec le sourire, avant de grimacer et d'ajouter : « Mais faut me faire une raison. La Pochette est toujours sans fond, puisque c'est basé sur un Sort de Métamorphose, mais le Sortilège d'Allègement s'est envolé. Alors à moins qu'on se répartisse les canettes, va falloir que je les laisse ici. Ça pèse beaucoup trop sur mon dos et ça serait très handicapant pour mon Tigre, ça.… »

« Je vais encore en boire une. Ce n'est pas que j'aime ça, mais ça m'a fait du bien. Et je vais en emporter quatre ou cinq. » déclare Théo, avant de croquer dans une barre de céréales vitaminée et énergétique Moldue, qu'il a sortie de sa propre poche.

« Manges-en plusieurs des barres et après, tu mangeras ça aussi. » intervient alors Sirius, en montrant deux kiwis sortis de son sac…

« J'en ai plusieurs. Alors garde les tiens, Sirius. Tu en auras besoin aussi à un moment ou l'autre. » sourit mon frère, qui commence à reprendre des couleurs…

Ça me rassure. Et je me concentre dès lors exclusivement sur le massage de sa jambe. Elle était en bois, lorsque j'ai commencé et je sens que les muscles se détendent bien sous mes mains…

« Ok. Dans ce cas, je retourne à la pointe. Blaise, il faudra que tu viennes bientôt aussi. Remus et Sev ne devraient pas tarder… » déclare alors Sirius, prenant immédiatement route…

« J'arrive dans trois ou quatre minutes… Enfin, si on peut appeler ça des minutes. Parce que le temps ici… Pas facile à évaluer… » répond Blaise, qui demande ensuite à Théo s'il a suffisamment de barres de céréales et de chocolat avec lui, tout en fourrant des cannettes de coca dans son sac.

Théo assure qu'il a assez de barres, de fruits et de chocolat pour ouvrir une épicerie, puis il se déclare prêt à se mettre en route. Il a l'air mieux, c'est vrai. Mais je ne suis pas rassuré quand même. Et je redoute qu'il tombe en descendant de la montagne, qu'il se fracasse sur les rasoirs du Gampie de Guruthros. Mais Aldaron se propose de l'accompagner avec Narmacil, jusqu'au pied du Pic rocheux et les Sylphes et Sylphides me chuchotent à l'oreille, qu'ils vont veiller sur mon frère et empêcher le Bragol Sûl Bregol de l'emporter…

Et je décide de leur faire confiance.

Aldaron et Narmacil ont repéré disent-ils, le chemin le plus sécuritaire et il l'explique à Théo qui les écoute attentivement. Puis Aldaron sort une corde Elfique de sa poche et il encorde mon frère avec lui-même et Narmacil. Théo sera entouré des deux Elfes, dans la descente. Je suis donc beaucoup plus confiant maintenant…

« Gaffe à tes fesses, frangin. Et ne fais rien de stupide surtout… » me dit-il, son regard ancré dans le mien, avant de se mettre en route…

« Promis. Et gaffe à tes fesses aussi… » réponds-je, lui retournant son regard, avec toute la profonde affection fraternelle que j'éprouve pour lui.

Il acquiesce et nous nous donnons l'accolade, nous embrassant sur la joue. Et Théo s'en va. Je l'accompagne jusqu'à ce que nous soyons revenus auprès de Blaise et Sirius. Puis je le regarde descendre le flanc de la montagne, tremblant lorsqu'il dérape sur les petites pierres qui roulent sous ses pas, relâchant dans un soupir de soulagement la respiration que j'avais suspendue, lorsqu'il est bien rétabli sur ses pieds…

Et mon cœur s'étreint d'une sourde angoisse, lorsqu'il arrive en bas et que je vois sa petite silhouette disparaitre à mes yeux…

Voilà, Théo a endossé son Caméléon. Et il s'en va seul à la recherche de Megildur, tandis qu'Aldaron et Narmacil reviennent vers nous…

« Que s'est-il passé ? Vous avez mis au moins vingt fois plus de temps pour descendre que nous… » déclare alors Blaise, en se tournant vers moi…

« Quoi ? » demande-je, vivement étonné…

« Nous sommes descendu beaucoup plus vite que vous, la descente était courte et tout s'est passé comme sur des roulettes. Que vous est-il arrivé à vous ? » demande Blaise, haussant un sourcil…

« Putain, mais qu'est-ce que tu racontes ? Cette descente, c'était un Enfer. Elle n'en finissait pas et nous nous sommes retrouvés ballottés comme pas possible. Les Sylphes et Sylphides n'arrivaient plus à contrôler le Bragol Sûl Bregol tant il était furieux et ils ont dû eux-mêmes faire appel à leurs frères et sœurs pour nous aider. Le Bragol Sûl Bregol nous attirait vers lui. Il nous tentait, nous invitait à lâcher la corde. Je ne sais pas comment Greg est parvenu à rejoindre Théo et à l'aider à descendre, mais je te jure qu'on les a eues sacrément sec les chtouilles ! » réponds-je, Greg m'appuyant d'un hochement de tête

Les autres échangent des regards étonnés et interrogateurs…

« Il s'agissait de la première épreuve d'Arafinwë… » murmure soudainement Amdir, tandis que mes cheveux se hérissent sur ma tête…

« Putain… Tu as raison… C'était sa première épreuve… » murmure-je, le cœur étreint d'angoisse…

Théo ne s'en sortira jamais, si les autres épreuves sont du même acabit. Il n'est pas suffisamment en bonne condition physique…

« Si c'était bien la première épreuve, alors on est mal barré. Parce qu'il a échoué. Il a pas pu aller au bout. Il a fallu finir de le faire descendre… » déclare Collen, d'un ton lourd…

« Non ! Théo n'a pas échoué ! J'suis sûr ! Ce n'est pas son physique qui a été éprouvé ! C'est sa volonté ! J'suis sûr de ça ! Tout le monde sait que Théo n'est pas taillé pour les épreuves physiques ! Et Megildur doit le savoir ! Ça n'aurait pas été juste de l'éprouver là-dessus ! Et je ne peux pas croire qu'elle ne l'est pas ! C'est ce qu'il a dans le cœur qu'elle va éprouver ! Et dans son cœur, Théo n'a pas lâché ! Pas une seule fois ! Il était à bout de forces, mais il a cru entendre quelqu'un appeler à l'aide et il voulait que je le laisse se débrouiller seul, que j'aille porter secours à cette personne ! C'était ça son épreuve et il l'a réussie ! En étant généreux ! En pensant à quelqu'un d'autre avant de penser à lui ! Il ne savait même pas qui c'était, mais il voulait que cette personne soit secourue, alors qu'il était à bout et qu'il n'avait plus de forces lui-même ! C'était ça, son épreuve ! Et il a réussi ! » s'exclame Greg, avec une fièvre que je ne lui ai jamais vue et une conviction inébranlable…

Mon cœur le remercie de toutes ses forces, pour cette Foi dont il fait preuve à l'égard de mon frère. Et j'ouvre la bouche, pour le soutenir, mais je n'en ai pas le temps, devancé par Blaise…

« Ouais ! Je suis d'accord à cent pour cent avec Greg ! Nous sommes ses Compagnons, c'est notre rôle de l'aider à atteindre le Torech du Bauglir sans encombre et c'est ce que nous allons faire en empêchant les Loups de s'en prendre à lui. Alors, qu'il n'ait pas fini de descendre tout seul à la corde, ça ne compte pas. C'est son état d'esprit qui comptait. Et sur ce plan là, Théo n'a pas failli… » renchérit mon pote, avec fermeté et la même confiance que Greg…

Et lui aussi, mon cœur le remercie de toutes ses forces…

« Je suis on ne peut plus d'accord avec vous deux ! » approuve-je, en prenant mes deux amis par l'épaule, pour la serrer avec gratitude et marquer mon adhésion à leur club des supporters de Théo…

« Très bien. Vu comme ça, je suis entièrement d'accord avec vous. Et je déclare la première épreuve de notre champion réussi ! » s'exclame Collen, tendant la main vers nous…

Et non seulement nos mains viennent se poser sur la sienne dans un sourire, mais celles des deux autres Rebelles, de Sirius et d'Amdir aussi…

« Nom de Zeus, les v'la ! » sursaute cependant Sirius, en se retournant vivement vers la vallée

« Tu es sûr ? » demande Marek, en plissant les yeux…

« Ouais. L'odeur du Loup Garou ça me connait et je viens d'en sentir les effluves… » répond Sirius tandis que mon regard fouille l'obscurité lointaine, à la recherche de tout mouvement suspect…

« Une ombre se meut à l'horizon dans cette direction… » annonce soudainement Amdir, l'Elfe dont les yeux sont les plus pointus, son doigt désignant la direction de l'Est…

La direction opposée à celle vers laquelle se dirige Théo. Cela me soulage infiniment…

Et comme pour lui donner raison, le long hurlement à la mort d'un Loup Garou retentit au loin, se répercutant en écho, sur les hautes falaises qui cernent Tyll Celwie o Agar Myrn. Et tandis qu'un frisson remonte le long de mon échine, plusieurs dizaines de hurlements lui répondent presque aussitôt…

Et j'ai l'horrible sentiment, qu'ils ont ainsi uni leurs voix, pour nous souhaiter la bienvenue, dans l'Enfer de Tyll Celwie o Agar Myrn…

OoOoOoO

Severus

Roherdiron je suis. En conséquence, contrairement aux autres, je peux voir Tyll Celwie o Agar Myrn depuis le ciel…

Si la descente des deux premiers groupes s'est passée sans aucune anicroche, celle de Draco, Théodore et Gregory a été interminable et chaotique. Heureusement que j'avais prévu que cela pouvait se produire et que j'avais mis à leur disposition une longueur de corde beaucoup, beaucoup, beaucoup plus longue que nécessaire.

Car je ne sais pas si les garçons s'en sont rendu compte, mais à mi-parcours, ils ont fait du surplace, la corde remontant inexorablement vers le chariot, tandis qu'ils essayaient de descendre, durant un temps terriblement long. Puis, ils ont été tout aussi terriblement ballotés par le Bragol Sûl Bregol, qui s'est cabré avec une fureur quadruplée, les jetant en tous sens avec brusquerie…

Il a bien fallu que j'explique cela à Remus, qui voyait la corde remonter et se demandait pourquoi nous ne pouvions descendre à notre tour. Et nous avons été terriblement inquiets tous les deux, jusqu'à ce que dans des efforts surhumains, Gregory soit parvenu à accrocher la corde de Théo et s'est attaché à lui, pour le faire descendre enfin sur l'Île…

Et j'ai décidé de retarder notre descente, à Remus et moi-même, pour laisser un peu de temps de récupération à Théo. J'ai même attendu qu'il soit arrivé au pied du Pic et qu'il endosse son Caméléon, afin qu'il puisse s'éloigner suffisamment, avant l'arrivée vers nous des Loups Garous…

Depuis le ciel, j'ai une très bonne vue sur quasiment toute l'Île et la nuit étant très claire, malgré le terrain excessivement accidenté, j'ai pu repérer la meute au loin, vers le Nord Est. Ce ne sont que des ombres, à peine visibles bien sûrs, mouvantes et éparpillées sur quelques hectares dans un vallon. D'après Remus, pour calmer un peu sa nervosité, Vása s'est lancé en chasse, avec toute sa meute. Mais mon ami sent qu'il hume souvent l'air, à sa recherche et que sa rage de ne pouvoir le repérer, augmente à tout instant…

Voilà, le moment est venu de nous mettre en train, Remus et moi-même. Mais avant de descendre, j'ai une chose à faire encore. Et j'incite Remus à regarder la carte que j'ai grossièrement dessinée, afin que nous puissions nous déplacer sur Tyll Celwie o Agar Myrn, grâce à quelques points de repères particuliers…

« Théo a pris un peu d'avance. Les loups sont assez loin du Carag Celeg Thül, nous les attendrons à son pied. Cela permettra à Théo d'avancer encore. Puis comme prévu, nous reculerons lentement jusqu'au Torech de Bauglir, pour protéger son retour. Il faudra cependant, faire attention de ne pas se retrouver séparés, quand nous serons au tiers des abords de la Vallée Etroite. A ce moment, le chemin se coupe en deux sentiers, pour se rejoindre un peu plus loin, certes, mais les deux sentiers, sont séparés par une masse de hauts rochers. Ce sont des positions très difficiles à tenir, d'un côté comme de l'autre… » explique-je à Remus, qui acquiesce pour signifier qu'il prend bien note de tout ce que je lui explique et qu'il tâchera de s'en souvenir, lorsqu'il sera sous sa forme Lycanthrope…

« D'accord. Maintenant, à toi de m'écouter, Sev. Il va falloir que tu me parles, tout au long de la descente, nous sommes bien d'accord là-dessus. Mais ne le fait pas comme nous nous y sommes préparés. Ça ne marchera pas. La volonté de Vása est plus forte encore, que ce que je pensais. Alors, j'ai charrié Sirius tout à l'heure, mais fais comme lui, parle-moi de Nymph, accroche ma pensée à elle. Parce que ça fonctionne vraiment très bien son truc des envolées lyriques, à l'eau de rose à bon marché… » déclare Remus, le regard très sérieux…

« Ok. Mais je te préviens, Remus, Nymph est une très jolie femme, je n'en disconviens pas, cependant pour m'inspirer cette envolée lyrique à l'eau rose à bon marché que tu souhaites m'entendre te déclamer, moi, c'est à Nally que je vais penser. Je te rappelle en outre, que je ne suis pas le petit Chaperon Rouge. Ma viande est bien plus coriace et tu risquerais de te casser les crocs dessus. Alors épargne moi une crise de jalousie quand nous arriverons à pied d'œuvre… » réponds-je, sur un clin d'œil, dans le petit éclat de rire de mon ami…

« Pas d'inquiétude, je ne te ferai pas de crise de jalousie, ni ne te dévorerai tout cru. Je réserve mes crocs pour Vása… » assure Remus le regard pétillant, avant d'ajouter, beaucoup plus sérieusement : « Et merci. Cette plaisanterie va me permettre de commencer la descente vers l'Enfer, dans d'excellentes conditions… »

Je lui presse l'épaule, manière pour moi de lui signifier qu'il n'a pas à me remercier pour cela. Il s'agit là de mon rôle d'ami, de l'aider à effectuer la descente dans les meilleures conditions. Ça me fait assez mal de savoir qu'il aura à peine mis pied à terre, qu'il va devoir subir l'Enfer d'une très douloureuse transformation et que son esprit, son cœur, sa volonté vont être mis terriblement à mal aussi…

« Allez, il faut y aller. Plus nous tardons, maintenant et plus Théo risque d'être repéré. Il ne faudrait pas que les Loups Garous s'élancent après lui. Et les autres attendent, pour descendre à pied de montagne. Alors allons-y… » encourage-je mon ami, qui hoche la tête pour acquiescer.

Avant de me laisser glisser de la corde cependant, je jette un dernier coup d'œil sur la vue d'ensemble de l'Île, m'attardant un peu plus sur la meute de Loups Garous. J'espère pouvoir la garder le plus longtemps possible dans ma ligne de mire, pour savoir exactement quand elle va faire mouvement vers nous…

Et tandis que nous descendons, je parle à mon ami. Je songe à Nally. Et je transpose pour Remus, toutes les sensations, les émotions, les sentiments qu'elle m'a inspirés ce matin, tandis que nous faisions l'amour. Et Remus s'accroche à cela, de toutes ses forces, refoulant la volonté que Vása veut lui imposer. Son visage pâlit, des cernes sombres se dessinent sous ses yeux, la sueur perle sur son front et son souffle se fait court. Mais il lutte, inlassablement, des sons sourds roulant parfois dans sa gorge, comme s'il grognait dans sa rébellion contre l'Alpha.

Il s'arrête cependant à mi-parcours, la gorge renversée vers le ciel, les yeux rivés sur les Lunes, quand un hurlement à la mort retentit dans le lointain et que de nombreux autres lui répondent aussitôt. Une détresse insoutenable anime son regard, traversé d'éclats sombres, tandis qu'il lutte contre l'envie de répondre à l'appel de Vása.

Je m'arrête aussi et je presse ma main sur son épaule. Lui parlant, encore et encore. Guettant les expressions sur son visage crispé, jetant des coups d'œil furtifs en direction du Nord Est, où les Loups hurlent à la mort encore…

« Non ! Non, je ne te rejoindrai pas ! Jamais ! Jamais ! Et je protègerai ma meute de toi, Vása ! Tu ne prendras aucun des miens ! » gronde soudainement Remus, appuyant ses paroles d'un mouvement de tête déterminé.

Et il recommence à descendre, au moment même où, dans le lointain, la meute s'élance vers nous. Remus accélère dès lors considérablement sa descente, glissant quasiment de la corde. Je le laisse prendre de l'avance, cessant de lui parler. Sa volonté est tournée vers l'intérieur de lui-même maintenant et il ne m'entendrait donc plus.

En revanche, je lance un appel vers mes autres Compagnons, pour qu'ils se préparent à l'arrivée de mon ami et à sa transformation qui sera immédiate. Sirius est le premier à réagir, prenant sa forme Animagus et venant se placer quasiment au pied de la corde, pour accueillir Remus. Blaise et Gwenvael le suivent aussitôt, tandis que les autres reculent prudemment…

Remus s'arrête, juste avant de toucher terre. Il rive son regard vers le Nord Est, restant ainsi figé durant quelques instants…

« Jamais, Vása, jamais ! Je sais que tu viens me chercher, mais tu vas repartir bredouille et la queue entre les jambes ! Car jamais je ne t'obéirai. Et tu ne prendras aucun des miens ! La lumière est en moi et il faudra t'y faire, parce qu'elle y restera et brûlera éternellement ! » dit-il soudainement, avec une détermination inflexible…

Et il saute à terre, hurlant à peine ses pieds ont-ils touché le sol et au loin, la meute bondit plus vite encore en avant, tandis que mon ami subit sa douloureuse transformation. Et quand elle est effective, il hurle à la mort, cerné par un gros Chien, un Puma et un Tigre, qui grondent dans sa direction. Au loin, un Loup lui répond. Vása. Il appelle Remus, le somme de venir à lui. Cela ne fait aucun doute dans mon esprit.

Mais Remus reste sur place. Il hurle encore une fois, dans un temps plus court, puis il s'ébroue un peu, avant de se diriger lentement, calmement vers Sirius. Et le Chien lui fait la fête, se frottant à lui, dans un jeu joyeux mêlé de glapissements et d'aboiements. Alors le Tigre et le Puma s'approchent prudemment, avec des grondements sourds de la gorge, qui n'ont cependant rien de menaçant. Et comme le Chien le fait, le Loup Garou vient à leur rencontre. Et dès lors, tous les quatre se frôlent, frottent leur pelage respectif les uns contre les autres, s'imprégnant des mêmes odeurs, pour bien marquer qu'ils sont frères et appartiennent à la même meute…

Et je mets pied à terre. Dans l'attente de ce qui doit suivre. Le Chien est le premier à venir à moi, comme convenu. Il se frotte contre ma jambe et je me baisse un peu, pour caresser son pelage. Puis il se retourne et jappe en direction des autres, courant vers le Loup, se frottant à lui pour lui apporter mon odeur, puis l'incitant du museau à avancer vers moi. Le Chien jappe, revient à mes pieds et repart vers le Loup, tandis que le Tigre et le Puma viennent auprès de moi. Je caresse leur pelage également et ils se postent à mes pieds. Leur attitude m'indique qu'ils sont prêts à intervenir si cela venait à mal tourner.

Et le Chien amène le Loup à moi. Je lui présente ma main à plat, avec toute la confiance que j'ai en mon ami. Elle porte non seulement mon odeur, mais également celles du Chien, du Tigre et du Puma et le Loup vient la renifler prudemment, avant d'avancer la tête, signe qu'il m'autorise à le toucher…

Je fais partie de sa meute désormais. Il ne me m'attaquera pas.

Comme il n'attaquera aucun des autres non plus, qui se laissent tour à tour approcher, à l'initiative du Chien et sous la Protection du Tigre et du Puma.

Et bientôt, nous faisons tous partie de sa meute et il le dit à Vása, dans un long hurlement qui se répercute en écho dans la vallée. Il est le Chef de notre meute et ne permettra pas à Vása et aux siens, de nous faire du mal, semble-t-il dire dans ce long hurlement. Puis il donne le signal de la descente du Pic du Vif Souffle, que nous descendons derrière lui, protégés des assauts du Bregol Sûl Bregol, par les Sylphes et Sylphides…

Et lorsque nous sommes en bas, nous nous mettons en position, allumant des torches et des petits feux, nous armant de nos arcs, nos bâtons griffus et nos filets à portée de mains, dans l'attente de la meute et du déchainement de notre premier Combat dans l'Enfer de Tyll Celwie o Agar Myrn…

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