Disclaimer : cf chapitre 1

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Grand merci à Mistycal !

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Désolée, d'avoir raté le jour de publication !

Hier, je suis rentrée trop tard et trop harassée, pour penser qu'on était mardi !

Bonne lecture!

Bisous!

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L'Enfer De Tyll Celwie O Agar Myrn 2 / 5

Acte 2 : Première Confrontation

Draco

Le souffle du vent me renseigne sur l'avancée de la meute qui arrive inexorablement vers nous.

Pa nous a dit que Vása avait lancé une chasse, pour calmer sa nervosité, quand nous sommes arrivés dans le ciel de Tyll Celwie o Agar Myrn. Elle a dû être fructueuse. Car l'odeur de la meute apportée par le vent, est très forte. Urine et sang mêlés.

Je n'avais jamais pensé jusqu'ici, qu'il y avait autre chose que des loups Garous sur Tyll Celwie o Agar Myrn. C'est pourtant logique qu'ils doivent se nourrir. Il y a donc de pauvres animaux coincés ici avec eux, sans espoir de voir d'autres horizons et dont le destin est tout tracé : gibier de Vása et des siens…

Je trouve cela moche et triste pour ces pauvres bêtes, qui n'ont aucune chance d'échapper au carnage de leurs chasses. Tout juste ont-ils le temps de se reproduire certainement, pour que leurs petits soient à leur tour dévorés impitoyablement un jour ou l'autre…

Mais ce n'est pas le moment de penser à cela. La meute va arriver d'un instant à l'autre et il vaut mieux que je sois bien attentif, si je ne veux pas me faire dévorer moi aussi. Mon regard parcourt à nouveau la vallée devant moi. Je peux maintenant voir des ombres courir vers nous, bondissant parfois au-dessus d'un rocher ou d'un buisson. Des branches de bois mort craquent de temps en temps, des glapissements de douleurs retentissent lorsqu'un Loup se reçoit mal après avoir bondi. Trébuchant pour avoir les pattes prises dans des ronces peut-être ou du lierre rampant, que les Sylphes et Sylphides auront soulevé à leur passage, pour ralentir leur avancée.

Je me sens fébrile. Nerveux. Il faut que je calme cela. C'est n'est pas bon.

Coup d'œil vers Remus. Tout comme Sirius, il est positionné en chien d'arrêt, le poil hérissé et grondant de temps en temps .en direction de la meute qui arrive à fond de train vers nous. Et soudainement une idée stupide me traverse l'esprit. Je me souviens de cette histoire que Sirius nous a racontée, quand Ron et lui se sont retrouvés devant le fusil du Colonel et que ce dernier a voulu les rassurer en leur disant de ne pas s'en faire, que le chien n'était pas armé…

Alors sans pouvoir m'en empêcher, je glousse, à l'idée que j'ai là non loin de moi, un Chien bien armé quant à lui, puisque la tenue de Sirius, que nous ne pouvons voir pour l'heure, comporte également au moins trois bâtons griffus, quelques filets et deux ou trois torches aussi…

« J'ignore ce qui te donne envie de rire, mais ce n'est pas le moment, Draco ! » me reprend Pa, d'un ton sévère…

J'acquiesce, envie de rire coupée nette. Nervosité coupée tout aussi nette. Car cette fois j'ai vu l'éclat des Lunes se refléter dans l'œil d'un Loup. Et maintenant, ce ne sont plus des ombres qui courent et bondissent vers moi. Mais des silhouettes massives et hargneuses, qui grondent déjà dans des sons de gorge sourds et menaçants …

Malgré les efforts des Sylphes et Sylphides pour les contrer et les retarder dans leur avancée, les Loups Garous seront sur nous dans quelques secondes au plus.

« Flèches ! » ordonne Pa et aussitôt, Elfes et Hommes lâchent leurs flèches enflammées, qui embrassent des buissons, le feu s'étalant rapidement sous l'action des Sylphes et Sylphides, pour former une barrière entre la meute et nous-mêmes…

Hurlements à la mort. Les Loups sont arrêtés par notre petite barrière de feu. Mais nous tirons encore plusieurs flèches chacun, élargissant et allongeant le rempart, pour les dissuader d'essayer de nous contourner…

J'espère seulement que cela ne va pas foutre le feu à toute la végétation de l'Île, ni gêner notre retour…

« Ça ne va pas les arrêter longtemps alors tenez-vous prêts !… » ordonne Pa, inutilement.

Car nous avons tous remisé nos arcs déjà et saisit l'un de nos bâtons d'une main et une torche de l'autre…

Le Tigre et le Puma se tiennent prêts à créer la surprise, tapis derrière un rocher. Ils bondiront devant nous, se postant en rugissant et feulant, auprès de Remus et de Sirius, dès que la meute s'approchera trop près.

Nous espérons que cela arrêtera Vása et les siens de surprise, que cela fera même reculer certains Loups et qu'ils hésiteront à attaquer. Tout comme nous espérons que la force de caractère et la volonté de Remus, aideront ceux qui ont été contaminés à leur corps défendant, à trouver aux tréfonds d'eux-mêmes, l'énergie et le courage de résister eux aussi, à la Magie Noire qui empoisonne leur esprit depuis si longtemps…

Espoir vain, fort probablement. Mais que nous sommes décidés à conserver à tout prix. Et celui d'entre nous qui le souhaite le plus, est sans doute Aldaron, dont l'Arrière-Grand-père fait partie de la Gaurhoth. Alors bien sûr, si des Loups doivent résister à Vása, il espère de surcroît, qu'il soit parmi eux…

Au-delà des flammes de la barrière de feu, il y a des aboiements furieux, des gémissements geignards, des grondements enragés, des grognements hargneux et des hurlements à la mort, mêlés dans une cacophonie infernale. Certains Loups Garous vont et viennent, s'approchant et reculant tour à tour. Soudainement, la silhouette massive de l'un d'entre eux, se met à courir de long en large, s'arrêtant parfois pour hurler à la mort ou gronder, grogner avec menace devant l'un des siens.

Et je devine qu'il s'agit de Vása, qui galvanise sa meute.

Et brusquement, il change de direction, s'élançant à grande vitesse vers nous, entraînant sa Gaurhoth derrière lui et il saute par-dessus les flammes, suivi des siens, pour s'arrêter tout aussi brusquement, lorsque Blaise et Gwenvael surgissent en rugissant et feulant…

Vása est surpris et son premier mouvement est de reculer, en gardant un œil sur Blaise et Gwenvael, dont les rugissements et feulements, n'en peuvent plus de rouler dans l'écho, portés par les Sylphes et Sylphides, pour tournoyer autour des Loups Garous. Blaise et Gwenvael accompagnent leurs menaces de coups de pattes dans l'air, toutes griffes dehors, dans la direction de nos ennemis et la meute s'est arrêtée toute aussi surprise que son Chef, par ces animaux inconnus et étonnants, visiblement puissants et dangereux.

Mais un coup d'œil sur sa meute et Vása, qui partait peu à peu à reculons, se ravise. Il doit faire face à l'ennemi inconnu, s'il ne veut pas perdre crédit aux yeux des siens. Alors il s'avance de nouveau, contre les rafales que lui opposent les Nymphes de l'air. Mais Remus s'avance aussi de deux pas, pour faire face à Vása, tandis que Sirius, Blaise et Gwenvael aboient, rugissent ou feulent en direction des autres Loups Garous, pour les dissuader de s'approcher plus près…

A quelques pas à gauche du plus gros de la meute, un Loup Garou s'est couché, la tête entre les pattes, pleurant et gémissant et quatre autres viennent le rejoindre, avant d'en faire autant…

Mais concernant tous les autres, c'est une autre chanson. Ils se rassemblent derrière leur Chef, luttant contre les bourrasques, pattes fermement plantées dans le sol.

Attitude très menaçante, poils hérissés, grondements et grognements qui découvrent les crocs. Le duel de volonté de Remus et Vása est impressionnant. L'un et l'autre sont tellement ramassés sur eux-mêmes, que parfois l'une de leurs pattes dérape sur le sol rocheux. Et aussitôt l'autre réagit, en grondant plus fort, comme pour prévenir qu'il ne faut rien tenter ou ce sera le combat à mort…

Cela dure et dure encore. Et derrière Vása la meute devient nerveuse. Nombreux Loups Garous vont et viennent maintenant, esquissant parfois une avancée, dans une tentative de nous encercler sans doute, mais reculant aussitôt sous les rugissements et feulements de Blaise et Gwenvael, ainsi que sous la menace de nos torches et les rafales de vents de mes amis Sylphes et Sylphides…

Cependant, nous devons aussi de plus en plus souvent jeter des Sortilèges de Métamorphose, pour dresser des petits murs de roche enflammées devant eux, afin de les faire reculer…

Sirius quant à lui, vient de reprendre forme humaine. Et cela surprend les Loups de nouveau. Jamais ils n'ont vu d'Animagus. Et certains regardent vers nous maintenant, l'œil méfiant, se demandant sans doute, si nous aussi nous sommes capables de nous transformer ainsi. Et si oui, quel étrange animal agressif et dangereux nous pouvons être…

Assaut soudain. Vása se jette vers Remus. Mais la réaction de ce dernier est vive et il fonce tous crocs dehors vers l'Alpha, bondissant brusquement en l'air, en effectuant un retourné pour attraper la nuque de Vása entre ses mâchoires. Les autres Loups, qui se préparaient à bondir vers nous, sont surpris et ils reculent. Regardant leur Alpha cloué au sol par le poids de Remus, la nuque prise dans sa gueule. Certains d'entre eux gémissent, d'autres hurlent à la mort…

Vása se débat dans des grognements furieux. Dans ses efforts, il parvient à relever son train et tente de se cabrer. Mais Remus a assuré sa prise au sol et le chef de la Gaurhoth ne parvient pas à décoller ses pattes avant. Alors il secoue la tête, furieusement. Donnant des coups de pattes pour se dégager en repoussant Remus, qui tient un bon moment mais finit par déraper sur la roche et perd sa prise.

Il s'en suit un combat terrible, dans des glapissements et des jappements aigus, des grondements sourds et enragés. Remus a le dessus visiblement. Et la meute est de plus en plus nerveuse. Blaise et Gwenvael sont obligés d'aller et venir en menaçant les Loups Garous de leurs puissants crocs.

Mais ce n'est pas eux, que je regarde maintenant. Ni même Vása et Remus.

Je regarde les Loups Garous couchés. L'un d'entre eux rampe lentement vers nous. Et j'ai le sentiment qu'il cherche à nous rejoindre. Mais soudainement l'un de ses congénères bondit vers lui et le mord furieusement à la cuisse. Et le Loup Garou mordu glapit de douleur, avant de se tasser sur lui-même et de ne plus bouger.

Mon regard le fixe. Et le sien se tourne vers moi. Je vois soudain de la douleur et de la détresse dans ses yeux. Alors je sais, que celui-là pourrait être sauvé. Son Âme, son cœur, son esprit sont prisonniers de la Magie Noire, mais il ne s'est pas laissé totalement contaminer…

Il y a encore de la Lumière en lui.

Il n'appartient pas à la Magie Noire.

Il n'appartient pas à Vása.

Cependant brusquement le silence se fait du côté de Remus et Vása. Alors je reporte mon attention de ce côté. Ils se font face, se jaugent de nouveau, reprenant leur souffle, durant quelques instants. Puis Remus grogne méchamment, avançant vers Vása par petits à-coups menaçant…

Et Vása, le poil sanguinolent sur la nuque et l'un de ses flancs, recule. Il abandonne la lutte, bondissant soudainement vers la barrière de feu qui s'éteint lentement, mais s'arrêtant après trois bonds, pour hurler à la mort, avant de repartir. Et sa meute se décide à le suivre…

Hormis les cinq Loups Garous couchés sur le sol, la tête entre les pattes…

Le quasi inespéré, l'impensable s'est produit. Cinq Loups Garous se sont désolidarisés de Vása…

Il va être furieux c'est sûr. Et au prochain assaut, nous aurons tous à nous battre…

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Théo

Marcher vers le Sud-Ouest. Au plus vite, au plus loin, laissant mes Compagnons derrière moi, faire face à la Gaurhoth. Suivre le chemin tracé à la hâte sur le Parchemin que m'a remis Severus, avant ma descente vers l'Enfer de Tyll Celwie o Agar Myrn.

Marcher seul, dissimulé par mon Caméléon, sous les Lunes qui éclairent ces terres inconnues et hostiles…

Un frôlement comme une caresse sur mon visage. Non, je ne suis pas seul. Des Sylphes et Sylphides m'accompagnent dans le silence de la nuit. Ils sont là pour m'avertir des dangers. Et l'idée seule de leur présence à mes côtés me réconforte…

« Merci… Je suis heureux que vous soyez avec moi… » murmure-je en Elfique, sans même savoir s'ils me comprendront…

Mais peu importe qu'ils aient compris ou non. Le murmure de ma voix m'a fait du bien. Et le petit vent tiède qui me caresse la joue aussi…

Alors je marche et je marche. Comme tout à l'heure je descendais inlassablement à la corde. Trébuchant parfois sur des petites pierres ou des branches de bois mort. Un Bâton griffu à la main, au cas où je ferai une mauvaise rencontre…

Les Loups sont loin au Nord Est, m'a dit Severus. Mais on ne sait jamais. D'autres bêtes rodent je le sais. Inoffensives certainement. Mais on ne sait jamais. Il y a des bosquets dans les environs et je vais devoir traverser un petit bois. Il peut y avoir des daims dedans. Des chevreuils. Des cerfs. Il faut bien que les Loups Garous mangent, n'est-ce pas. Et étant donné leur nombre, quelques lapins ne suffiraient pas à apaiser leur féroce appétit…

Si je leur fais peur (et ils doivent avoir continuellement peur avec la mort qui rode en permanence sur Tyll Celwie o Agar Myrn), les cerfs et les daims pourraient vouloir se défendre et m'attaquer bois en avant.

Je ne veux pas leur faire du mal. Juste les éviter. Qu'ils s'éloignent. S'en aillent loin d'ici, afin que les loups ne s'en prennent pas à eux, lorsqu'ils viendront par ici. Car ils le feront à un moment ou l'autre. Oui, ils le feront. Ne serait-ce que lorsque Draco et les autres viendront me rejoindre, me chercher au Torech de Bauglir…

Je marche et je sursaute. Les Loups Garous hurlent à la mort. Ils ont senti que Remus est arrivé. Ils l'appellent à les rejoindre. Il ne le fera pas. Et la Gaurhoth va venir le chercher et s'attaquer à mes Compagnons…

Courir. Pour m'éloigner le plus vite possible d'ici. Ils ne doivent pas me rattraper. Ils ne doivent pas m'empêcher d'atteindre le Torech du Bauglir…

Un hurlement plus près. Remus s'est transformé. J'ai confiance, je sais qu'il ne va pas répondre à l'appel de Vása. Cette fois c'est sûr, la Gaurhoth va se précipiter au-devant de Remus et de mes autres Compagnons. Elle va vouloir les déchiqueter, les dévorer tous…

Je dois courir. Arriver plus rapidement à destination et accomplir très vite ma Mission pour le salut de mes Compagnons. Pour le salut de mon frère. Au plus je ferai vite, au plus vite nous repartirons.

Au plus de vies seront épargnées…

Alors courir. Courir en petites foulées en prenant garde où je mets les pieds. Courir quand les bienfaits du massage se sont déjà dissipés, que mes jambes sont de nouveau lourdes. Mais je ne dois pas traîner les pieds. Je ne dois pas tomber. Je ne dois pas me fouler une cheville.

Cela mettrait ma Mission en danger. Cela mettrait mes Compagnons en danger…

Courir. Même si je ne parviens pas à tenir le rythme. Les Loups sont loin derrière moi. Lâcher mon Caméléon pour gagner de l'énergie. Je le remettrai plus tard, pour passer devant le Cerbère. J'arrive bientôt dans le petit bois où je serai masqué aux regards…

Je lâche. Et je cours. Le vent m'accompagne. Une tape sur mon épaule, je tourne mes yeux à droite. Un faon me regarde passer. Et mon cœur se pince à l'idée que les Loups Garous traverseront bientôt le petit bois eux aussi et que le faon pourrait se faire déchiqueter par leurs crocs.

Dévier de ma route, pour aller vers lui. Pour lui faire peur et qu'il file loin d'ici…

« Va-t-en ! Pars vite d'ici ! Va prévenir les tiens que vous devez fuire très loin ! Dis leur que les Loups Garous vont arriver dans le bois ! Partez tous avant qu'ils arrivent ! Dépêche-toi et va te mettre à l'abri ! Fuis loin d'ici ! »

Le faon s'en va, il file très loin, très vite. Revenir en arrière et reprendre le chemin que je dois suivre. Sortir du bois, passer la rivière et bifurquer à gauche, longer la rivière jusqu'à une roche dressée et reprendre à droite…

Mes poumons sont en feu. Je ralentis. Je dois reprendre mon souffle, de l'énergie. Marcher. Pour que mes muscles restent chauds. Pour que le sang circule et leur amène de l'oxygène. Boire pour m'hydrater. Manger pour me sustenter.

Le coca cola est tiédi. Je n'aime pas déjà quand il est frais. Mais je bois quand même, c'est de l'eau, du sucre et donc de l'Energie immédiate. Trois barres de céréales et deux belles tranches de pain pour les sucres lents, un kiwi pour les vitamines, un peu de chocolat pour le réconfort. Et de l'eau maintenant pour achever de bien m'hydrater.

Mon souffle va mieux. Mais il faut l'économiser encore pour tenir, aller toujours plus loin. Alors, marcher encore. Mais marcher vite tout de même.

Des hurlements dans le silence. Cette fois l'assaut est donné. Coup d'œil par-dessus mon épaule. De la fumée s'élève vers le ciel, emmenant avec elle des étincelles et des flammèches de feu vif. Les Loups Garous sont furieux, je l'entends d'ici.

Courir. Courir pour arriver plus vite.

Un rugissement, un feulement. Mes Compagnons font face aux Loups Garous.

Courir dans les larmes qui coulent sur mes joues, en priant le ciel pour que mes Compagnons soient tous en vie, quand l'assaut prendra fin…

Hurlements, rugissements, feulements, aboiements. Mes oreilles bourdonnent. Le sang bat dedans. Les larmes m'aveuglent et je trébuche. Je tombe et m'étale de tout mon long. Mon Bâton roule hors du sentier. Il s'arrête devant un lapereau affolé, tétanisé et tremblant…

Où sont tes parents petits ? Va vite te terrer dans ton terrier avec eux…

Je me lève doucement, pour ne pas lui faire peur. Des mouches bourdonnent et s'envolent un peu plus loin. Trois oreilles, une patte de lapin et du sang en bordure du sentier. Mon regard suit sa trace. Un terrier dévasté et le lapereau qui tremble tétanisé juste à côté. Il sursaute au hurlement des Loups Garous. Aux rugissements de Blaise. Aux aboiements de Sirius. Aux feulements de Gwenvael. Mais il ne bouge pas, il ne s'en va pas. Il a trop peur. Il est trop petit. Il ne sait pas où aller. Où se réfugier dans cet environnement hostile.

Je ramasse mon bâton. Courir. Courir loin d'ici. Viens petit, ne reste pas ici. Je t'emmène avec moi et tu pourras grandir, sur une autre terre plus hospitalière.

Courir. Le lapereau à l'abri dans le creux de mon bras. Courir en compagnie du vent qui sautille autour de moi. Qui assèche la sueur coulant sur mon front.

Courir jusqu'à épuisement s'il le faut.

Mais courir toujours. Pour la vie. Pour le salut de mes Compagnons.

Hurlement à la mort. Et enfin le silence loin derrière moi.

Pourvu que mes Compagnons soient tous en vie…

« Allez demander à Draco, s'il vous plaît, allez lui demander si tous mes compagnons sont encore en vie. Et revenez me le dire. Si c'est oui, effleurez mon épaule gauche. Si c'est non, ne me le dites pas… S'il vous plaît. Allez voir s'il vous plaît.. » murmure-je dans le vent…

Le silence. Mes pas qui résonnent sur le sentier. Je suis seul. Sylphes et Sylphides sont partis. Ils m'ont compris. Et ils vont revenir.

Le silence. Des branches qui craquent dans un bosquet. Je n'aurais peut-être pas dû demander aux Nymphes de retourner en arrière. Elles auraient pu m'avertir s'il y un danger. Ralentir, pour faire moins de bruit, me faire plus discret dans le silence. Remiser mon bâton dans ma ceinture et marcher, marcher en protégeant de mes deux mains, le petit lapin qui tremble.

Craquement de branche encore. Des oiseaux s'envolent. Le lapin tremble plus encore. Ce n'est rien. Tout va bien. On peut recommencer à courir. Pour partir loin des Loups Garous. Pour arriver plus vite où je dois aller. Et plus vite pouvoir t'emmener loin d'ici.

Le vent tourbillonne autour de moi. Un effleurement sur l'épaule gauche.

Et je m'effondre à genou sur le sol en pleurant…

Soulagé. Le premier assaut est passé et tous mes Compagnons sont en vie…

En vie, ils sont en vie…

Alors cesse de pleurer Théo. Relève-toi vite. Et cours, cours encore. Pour que leur vie à tous soit sauve…

OoOoOoO

Blaise

Putain !

Putain, c'est bon, Remus a gagné ! Il a pris le pas sur Vása !

Oh bordel ! C'est bon, c'est incroyable !

Remus a gagné et maintenant je peux bien avouer que je ne croyais pas possible qu'il y arrive tout seul. Pas dès la première fois.

Vása a abandonné. Il est parti la queue entre les jambes.

Vása et la Gaurhoth sont partis.

Mais cinq des siens sont restés ici ! Putain, c'est impensable, incroyable !

Sirius court vers Remus. Comme moi il a senti l'odeur du sang sur lui.

« Bouge pas, Rem ! Tu iras voir ces cinq-là après. Tu as du sang sur ta fourrure. Je dois t'examiner d'abord ! » s'exclame-t-il, une main sur la nuque de Remus, qui cesse quasi aussitôt de bouger.

Sirius soulève les poils sur les plages de pelages ensanglantées.

« C'est bon, mon vieux. Ce n'est pas ton sang… » déclare Sirius, vivement soulagé…

Et Remus se dirige aussitôt vers le plus proche des cinq Loups Garous restés avec nous. Celui-là gémit. Il se fait tout petit devant Remus, qui grogne et jappe devant lui tour à tour. Puis il vient lui mordiller la nuque. Et le Loup Garou reste tranquille, se contentant de gémir et geindre, de pousser des petits jappements plaintifs. Remus le renifle ensuite de la tête au cul, et enfin vient lui lécher le museau. L'autre se laisse d'abord lécher sans réagir, puis il se risque lui aussi à lécher le museau de Remus qui l'accepte. Mais lorsqu'il fait mine de se mettre sur ses pattes, Remus gronde en montrant bien les crocs et le Loup se tasse à ses pieds…

Et le manège recommence avec les autres. Remus les accepte un à un dans sa meute, mais leur signifie bien qui est le Chef aussi. Puis il vient vers Sirius. Il saisit sa manche entre ses fortes mâchoires et le tire vers celui des Loups Garous qui est blessé. Et j'ai le sentiment que Remus demande à Sirius de le soigner…

« Nom de Zeus, Lunard ! Tu crois que c'est raisonnable ? Il n'a pas pris de Tue-Loup celui-là et il ne me connaît pas. Il pourrait bien me mordre, nom de Zeus ! » fait remarquer Sirius, qui marche un peu à reculons…

Je le comprends largement. Je n'ai pas trop envie de me frotter à cet animal là non plus…

Mais Remus gronde un peu, secouant la tête et tirant sur la manche de Sirius, l'air de lui dire d'arrêter de faire sa chochotte, qu'il sait ce qu'il fait. Du moins c'est comme ça que mon Tigre l'interprète…

« Bon, ben, puisque tu sembles y tenir et si sûr de toi. Mais je te préviens Rem. Si jamais je me fais mordre et que je me transforme illico en Loup Garou, je t'interdis formellement de me mordiller la nuque, de me renifler le cul et de me léchouiller le museau, comme tu l'as fait avec les autres ! » s'exclame Sirius, d'un ton qu'il affermit au mieux qu'il peut…

Et je ne peux pas plus m'empêcher de ricaner que les autres à sa plaisanterie. A part Aldaron, Amdir et Narmacil, qui se sont avancés un peu là-bas devant nous et font le guet, suivant de près l'évolution de la meute. Car il serait étonnant que Vása s'éloigne très loin d'ici. Il doit l'avoir mauvaise, très fortement mauvaise même. Et nous savons bien qu'il reviendra pour nous tomber sur le poil, très sévèrement…

Cependant d'abord, il va falloir qu'il réaffirme sa place auprès des autres, après la branlée maison que lui a mise Remus. Pourtant, il est sacrément fort le Vása, moi je le dis. J'ai bien senti sa rage et sa haine plusieurs fois millénaires, remonter du fond des âges et se déchaîner dans son affrontement avec Remus, décuplant ses forces par au moins dix…

Mais il est sacrément costaud aussi, Remus. Et gonflé à bloc du côté Lumineux. Je crois que Vása aurait pu être deux fois plus grand et fort qu'il l'est déjà, que ça n'aurait pas fait la différence en sa faveur. Parce que Remus est fermement résolu à lui faire magistralement démonstration de la suprématie de la Lumière sur l'Ombre.

Et ça me file une sacrée confiance pour la suite des opérations, ça, même si ça hurle à la mort de nouveau plus loin au Nord …

Sirius arrive à hauteur du Loup Garou avec Remus, qui lui lâche la manche et gronde en direction du nouveau membre de sa meute. Le Loup Garou grogne en retour. Mais d'un petit coup de patte sur le museau, Remus le fait taire et il lui saute sur le poil, pour encore une fois lui mordiller la nuque et lui montrer qui est le maître. Le Loup gémit et pleure. Et Remus le lâche, puis grogne. Et cette fois le Loup Garou obéit. Il se lève et baisse la tête devant Sirius.

Alors Sirius inspire un bon coup, puis s'agenouille auprès du Loup Garou, posant une main sur sa nuque et lui parlant à voix basse, sous le regard de Remus, qui suit chacun de ses gestes et écoute attentivement chacune de ses paroles. Puis Sirius examine la cuisse arrière. Le Loup Garou gronde, quand son poil est soulevé, mais il ne bouge pas d'une oreille…

« Ce n'est pas grave. Juste une morsure. Il a dû en voir bien d'autres. Mais si tu y tiens, je peux lui mettre un peu de Baume Antiseptique et Cicatrisant dessus. » déclare ensuite Sirius, en direction de Remus, qui lui répond oui de la tête

Et Sirius s'attelle à la tâche. Faisant très vite, tandis que le Loup Garou se laisse faire. Et après ça, Remus entreprend de présenter le reste d'entre nous, aux nouveaux membres de sa meute…

« Putain. C'est incroyable. Remus est en train de civiliser des Loups Garous millénaires, qui ne le connaissaient pas il y a quelques minutes seulement et qui en plus, n'ont pas pris de Potion Tue-Loup… » murmure Draco à mes côtés…

« Ouais. C'est un faiseur de miracles, notre Remus… » réponds-je, assez soufflé aussi je dois l'avouer…

« En parlant de Tue-Loup, je vais lui en redonner un peu. Et je ferai bien aussi d'en donner aux autres. Cela ne fonctionnera pas à cent pour cent, mais ça pourrait les aider à résister à Vása et à rester avec Remus… » déclare alors Severus, en sortant sa Pochette de soins de sa poche…

« Tu en auras assez pour tous ? » demande-je, en haussant un sourcil vers lui…

« Et toi, tu auras assez de Potion de Force cent pour cent Moldue ? » me retourne-t-il, sur un clin d'œil…

Et je me marre…

Tout en sortant une boite de coca de mon sac, parce qu'avec tout ça, j'ai une soif d'Enfer. Et puis une boisson sucrée me fera aussi le plein d'énergie, dont je vais prendre soin qu'elle soit durable, en la complétant avec des sucres lents, tant qu'à faire…

« Vása rassemble sa meute autour de lui. Si nous voulons nous éloigner et gagner une autre position aussi favorable avant qu'il attaque de nouveau, il faut partir tout de suite… » nous crie soudainement Aldaron, qui revient vers nous en petites foulées, tandis que Remus oblige ses cinq nouveaux congénères, à boire la Tue-Loup que Severus leur présente dans une gamelle en fer blanc…

« Ça va. On a un peu plus de temps que tu crois, Aldaron. Remus a été plus qu'excellent face à Vása et il a beaucoup impressionné le reste de la meute. Alors Vása va devoir d'abord tous les convaincre, qu'il est encore digne d'être le chef… » répond Sirius, avec assurance..

Je l'approuve d'un hochement de tête et Gwenvael aussi. La meute n'a pas tout de suite suivi Vása. Il a dû hurler à la mort, pour qu'elle le suive et cinq des siens sont restés ici, avec l'intention de se soumettre à son vainqueur. Ses Loups vont donc hésiter à le suivre et il va devoir affirmer son autorité auprès d'eux. Ce qui signifie mettre une petite branlée à un de ses congénères ou deux, avant que la meute se soumette à nouveau pleinement à sa volonté. Et ça va le fatiguer. Il va donc se reposer un peu, avant de relancer ses Loups à l'assaut…

Mais soudainement à mes côtés, Draco sursaute. Et il se met en position d'écoute, tandis que ses cheveux volètent dans tous les sens et qu'il s'élève à cinq centimètres au-dessus du sol. Il reste comme ça pendant quelques instants, avant de poser de nouveau pieds sur terre…

« Deux nouvelles. D'abord Théo. Il a lâché son Caméléon et il a beaucoup couru. Il a donc déjà franchi la rivière et dépassé la première pierre levée… » déclare-t-il, le front soucieux…

« Déjà ? Mais il doit s'être épuisé, à mener ce train-là… » réagis-je, tout aussi soucieux que Draco…

Merde. Théo n'est pas taillé pour tenir un tel rythme. Il va s'effondrer bien avant d'arriver à destination…

« Ouais. Les Sylphes et Sylphides vont tâcher de le retenir et de le forcer à se reposer un peu. » répond Draco, tandis que je me dis que ça ne va pas être facile, pour les Sylphes et Sylphides de réussir ça.

D'abord parce que Théo n'a pas le don de communiquer avec eux. Et ensuite parce que je connais assez Théo, pour savoir qu'il est sacrément pugnace, quand il s'y met. Et lorsqu'il s'est ancré une idée en tête, comme je suis sûr que c'est le cas maintenant, ce n'est pas facile de le faire lâcher.

« Et la deuxième nouvelle ? » demande Severus, qui a grimacé à la première, comme la plupart d'entre nous…

« Des Ondins et Ondines sont arrivés sur Tyll Celwie o Agar Myrn, en empruntant des sources souterraines. Ils vont attendre qu'on passe la rivière, puis ils vont faire gonfler son volume d'eau et accélérer sa course, pour forcer les Loups Garous à faire un long détour, et ainsi nous faire gagner du temps. Si on fait vite nous-même, ça peut nous éviter au moins une bagarre contre la Gaurhoth, avant que nous arrivions à notre tour au Torech du Bauglir. » annonce Draco, avec un sourire satisfait que je partage aussi…

Une attaque en moins c'est rien que du très bon à prendre.

« La Reine des Nymphes est donc décidée à apporter toute l'aide qu'elle peut pour la réussite de notre quête… » commente Severus, tout aussi satisfait que Draco…

« De mémoire d'Elfes, cela ne s'est jamais produit. Jamais elle n'est intervenue, dans la libération de Megildur… » murmure Aldaron, affichant un petit air surpris…

« Oui. Mais cette quête est totalement différente des autres. Jamais Elfes et Humains n'ont été unis pour l'accomplir, ni les conditions aussi rudes et difficiles. » répond Severus, avant de nous engager à nous mettre en chemin, afin que nous tâchions de franchir la rivière, avant que Vása ne se décide à se lancer à nouveau à l'assaut…

Nous éteignons donc les feux que nous avons allumés, puis partons en petites foulées, suivant les traces de Théo. Les Loups Garous nous suivent. Restant à distance respectueuse de Remus, mais sans se retourner une seule fois en direction du Nord…

Le Tigre en moi, sent que la Potion Tue-Loup fait son effet sur eux. Ce qui est normal, puisqu'elle est composée d'ingrédients et de Sortilèges en lien avec la Métamorphose. Ceci dit, l'effet n'est pas aussi flagrant que s'ils en avaient pris déjà les jours précédant la Pleine Lune. Mais ça, ce n'était pas possible et c'est bien obligé de faire avec. Et puis, on peut déjà s'estimer heureux de ce qu'on a. Ces cinq Loups avec nous, c'est cinq Loups en moins à combattre. Et même dix, puisque chacun va se battre contre l'un au moins de ses anciens congénères de la Gaurhoth Originelle…

Nous faisons un bon bout de parcours, avant que Draco apprenne par les Sylphes et Sylphides, que Vása a envoyé l'un de ses Loups sur nos traces. Ce qui explique qu'un instant plus tôt, Remus se soit retourné pour grogner en direction du Nord. Un autre Loup tente également de nous contourner, comme pour nous prendre à revers. A moins qu'il ne soit lancé à la poursuite de Théo. Je croise les doigts pour que ce ne soit pas ça…

Alors nous forçons l'allure. Et à force de courir, nous franchissons la rivière, avant que notre poursuivant nous ait rattrapés. Et aussitôt sommes-nous passés, que la rivière enfle et accélère considérablement sa course.

Severus décide donc de faire une petite pause. Il ne faut pas que nous reprenions trop de terrain sur Théo. Il ne faudrait pas qu'il soit pris dans un assaut de la meute, ni que Vása le sente, isolé de tous, et qu'il décide d'envoyer quelques-uns de ses Loups l'attaquer. Or Draco nous a appris juste avant que nous passions la rivière, que les Sylphes et Sylphides, sont parvenus à faire ralentir un peu son train à Théo. Il a cessé de s'obstiner à courir et marche en traînant la patte, aussi vite qu'il le peut…

Et ça m'a foutu les boules, d'entendre ça. Parce que putain, ça doit être sacrément dur pour mon pote, de faire ce long chemin tout seul, voulant aller au plus rapide, pour nous épargner des Combats, tout en se sachant limité dans ses possibilités de le faire.

Ouais, ça doit être dur. Plus dur en fin de compte, que d'avoir à combattre ces putains de Loups Garous je pense. Parce que le pauvre Théo doit se mettre une pression monstrueuse, pour arriver au plus rapidement possible et vite finir ses épreuves. Et quand il sera arrivé à destination, il va devoir aussi s'exhorter et se mettre la pression en sens contraire de ce qu'il voudrait, pour être certain de réussir ces fameuses épreuves…

Et il va s'en vouloir en même temps de prendre du temps…

La pause se termine. Le Loup Garou poursuivant, a hurlé à la mort et son chef de meute a répondu. Alors nous reprenons notre course, désireux de tendre un piège à Vása, avant le défilé qui aboutit au croisement du sentier du Nord et du chemin menant vers la Vallée étroite…

Mais quand nous arrivons là-bas, Draco est de nouveau soulevé dans les airs par les Sylphes et Sylphides. Et nous attendons avec anxiété ce qu'il aura à nous dire après…

« Putain ! Ce n'est pas possible, ça ! Je n'arrive pas à y croire ! Je ne sais pas comment il a fait, mais Théo est débarrassé d'un Loup qui était à ses trousses et il est déjà arrivé aux deux tiers du chemin ! Il arrivera bientôt à l'escalier permettant de descendre dans la Vallée Etroite ! » s'exclame-t-il, lorsqu'il pose de nouveau pied au sol…

« Pourquoi tu n'as pas demandé comment il a fait, aux Sylphes et Sylphides, puisqu'ils te l'ont pas dit ? » demande Gwenvael, en haussant un sourcil…

« Pas eu le temps, figure-toi. Un Sylphe m'a délivré le message et ils sont tous repartis tout de suite après… » répond Draco, toujours l'air sidéré de la nouvelle…

Qui nous sidère tous en fait. Et nous pose fichtrement question…

« Il a dû recevoir de l'aide, c'est pas possible autrement… » murmure Marek, sourcils froncés…

« Ouais, ça c'est une évidence, ce que tu dis là. La question, c'est de savoir de qui… » répond Collen, tout aussi interrogatif dans son expression, que pas mal d'entre nous…

Mais nous haussons finalement tous les épaules. Théo a reçu de l'aide et c'est tant mieux pour lui. Et c'est tant mieux pour nous aussi. Car plus vite il atteint le Torech du Bauglir et plus vite sa mission sera remplie.

Et la nôtre sera à mi-parcours, car nous n'aurons plus alors, qu'à le ramener sain et sauf jusqu'à Harry, afin qu'il lui remettre Megildur en mains propres…

Alors la Gaurhoth étant encore loin, Severus décide qu'on se rende au plus proche possible de la Vallée Etroite, avant de se préparer à la recevoir. Et nous courons. En petites foulées. Pour économiser notre énergie. Pour avoir encore bien des forces, pour combattre la Gaurhoth de Vása quand le moment sera venu…

Nous dépassons le défilé, puis le croisement, nous engageant sur le chemin, en direction de la Vallée Etroite…

OoOoOoO

Théo

Mes Compagnons sont saufs.

Cesser de pleurer et reprendre ma route.

Courir au plus loin, pour qu'ils puissent également parcourir davantage de chemin, avant la prochaine attaque des Loups. Oui. Ils se battent pour protéger mon avancée. Je dois me battre pour réduire le nombre de leurs Combats…

Serrer les poings, pour me donner du cœur, de la volonté. Et courir. Courir…

Courir sous le sourire des Lunes. Comment peuvent-elles sourire, quand la Mort rode et plane sur nos têtes et qu'un lapereau tremble de peur dans mes bras ? A moins qu'elles sourient parce que mes Compagnons ont remporté la victoire ?

Oui, penser comme cela. Les Lunes sont heureuses, parce que nous sommes tous en vie. Et parce que le lapereau ne sera bientôt plus prisonnier de l'Enfer de Tyll Celwie o Agar Myrn, qu'il aura alors une chance, d'avoir une belle vie, paisible et tranquille. Elles sourient pour me faire penser au beau sourire de Ma Ginny, à sa force qui m'encourage à poursuivre mes efforts, à me dépasser pour lui revenir au plus vite…

Feu brûlant dans mes poumons. Souffle trop court. Marcher, pour récupérer. Pour que le feu s'apaise et me laisse de nouveau courir. Souffle de vent, pour assécher la sueur sur mon front. Et me rappeler que je ne suis pas seul sur ce long chemin. Boire pour m'hydrater. Et que le sucre nourrisse mes cellules de leur énergie. Espérer qu'il fasse cesser le tremblement des muscles de mes jambes trop lourdes et lasses de me porter…

Frôlement dans les herbes hautes, frôlement sur mon côté droit. Tourner mon regard de ce côté et voir l'ombre qui me suit au loin, se cachant de buisson en buisson. Poussée dans mon dos, pour me faire comprendre la menace, m'inciter à courir.

Courir. Pour échapper à cette menace, qui bondit aussitôt vers moi. Espérer atteindre le bosquet à cent cinquante pas environ devant moi et pouvoir grimper dans un arbre avant que l'ombre soit sur moi. Courir en remerciant le vent de m'aider à courir plus vite en me poussant dans le dos. L'ombre me gagne. Eclat des rayons de Lunes dans ses yeux. Elle arrive de plus en plus vite sur moi. Pousser l'effort, jusqu'au bout. Ne pas trébucher surtout. Garder mon élan pour sauter sur l'arbre le plus proche et attraper la plus basse branche de ma main libre. Pousser sur mes jambes contre le tronc, avec l'aide des Sylphes et Sylphides. Assurer ma prise d'une clef de mon bras sur la branche et me hisser, sans lâcher le lapereau.

Le Loup est là dans un grognement…

Rangers accrochée par sa mâchoire grondante. Secouer ma jambe très fortement pour lui faire lâcher prise. Une violente rafale de vent qui le repousse et un coup de pied sur sa truffe quand il saute vers moi. Me hisser plus haut. Glisser le lapereau dans ma poche et prendre mon Bâton. Griffer le Loup, qui saute vers moi. Qui s'accroche de ses griffes sur l'écorce en montrant ses crocs. Le griffer encore, pour le blesser. Espérer qu'ainsi il va s'en aller. Glapissement de douleur, ses griffes lâchent sur l'écorce et il glisse. Mais ne s'en va pas.

Il grogne, il gronde. Il rode sous la branche, il rode autour de l'arbre. Il cherche un moyen de m'atteindre. Je cherche un moyen de lui échapper. Je fixe le chemin désespéré, espérant voir l'un de mes Compagnons arriver…

Et soudain quelque chose bondit hors du bosquet. Un animal plus gros que le loup. Il jette ses sabots vers lui et le repousse d'un coup de sabot sur son flanc. Un autre arrive et un autre et un autre encore. Ils sont une douzaine à venir, encerclant le Loup. Le frappent de leurs sabots, le menacent de leurs grands bois. Le Loup glapit sous les coups. Il prend peur, mais il gronde et grogne avec menace, cherchant une faille dans le cercle, qui lui permettrait de fuir. Il bondit soudain en avant vers un cerf. Mais celui-ci s'écarte, comme pour le laisser passer. Puis il tourne brusquement la tête et cueille le Loup au passage. Cuisse encornée, chair déchirée, le Loup est soulevé et rejeté plus loin. Et tous les cerfs s'élancent vers lui…

Le Loup s'enfuit, glapissant de douleur et de peur, poursuivi par la harde…

Un seul cerf est resté. Il regarde un peu les siens poursuivre le Loup. Puis il tourne la tête et la lève vers moi, plonge son regard dans le mien…

Pensée saugrenue : Cornedrue, le père de mon frère…

Lunard et Patmol ne sont pas seuls à être ici, dans l'Enfer de Tyll Celwie o Agar Myrn. Cornedrue est aussi venu pour m'aider…

C'est stupide, je le sais. Cornedrue est au Paradis. Mais je veux y croire. Jamais je n'oublierai ce cerf et dans mon cœur, il sera toujours Cornedrue…

Descendre de l'arbre et lui parler. Le remercier de m'avoir secouru…

Tendre la main vers lui, doucement pour ne pas l'effrayer. Le laisser me renifler la main, avant de tenter de le caresser. Laisser ma main remonter vers ses bois et les toucher. Sentir leur force sous mes doigts, m'en imprégner.

« Merci, Cornedrue. Sans toi et les tiens, j'aurais dû attendre l'arrivée de mes Compagnons, avant de pouvoir reprendre ma route. Grâce à toi, tout ce temps ne sera pas perdu et des vies seront épargnées. Alors merci. Et remercie bien ta harde pour moi, veux-tu ?..» murmure-je, appuyant ma joue sur celle du cerf, avant d'ajouter : « Est-ce pour me remercier d'avoir tout à l'heure, prévenu un faon de l'arrivée prochaine des Loups, que ta harde et toi m'avez aidé ? »

Le cerf frotte un peu sa joue sur la mienne, de haut en bas. Et mon cœur sourit. Puis s'étreint dans une poigne serrée et une larme glisse de mes yeux.

« J'aimerai pouvoir faire davantage pour toi et les tiens. J'aimerai pouvoir vous emmener tous très loin de cet Enfer quotidien que vous avez à vivre sur Tyll Celwie o Agar Myrn. Pour que vous ayez tous la chance d'avoir une longue et heureuse vie dans de belles forêts et des plaines fleuries. Pour que vous puissiez enfin voir les Soleils, jouir de ses bienfaits et vous réchauffer sous leurs rayons. » murmure-je encore, relevant la tête et regardant le cerf dans les yeux, en tenant sa tête entre mes deux mains, avant d'ajouter : « C'est pour cela que je me bats, tu sais. Pour vaincre la Magie Noire et que nos deux Mondes puissent vivre en paix. Avoir une vie douce et heureuse. Et c'est pour cela, que je dois partir et te laisser maintenant, Cornedrue. Pour aller chercher Megildur et que nous ayons toutes les chances de gagner la guerre, dans nos deux Mondes, pour que la Magie ne disparaisse pas à jamais et que la Celtycie ne s'effondre pas… »

Dernière caresse, entre les bois du cerf, tandis que j'entends ses compagnons revenir dans mon dos. Mon cœur est lourd d'avoir à le quitter, mais je le dois. Je dois reprendre ma route, je dois courir. Même si mes jambes sont lourdes et que l'adrénaline de ma terrible peur du Loup retombée, j'ai du mal à rester debout sur mes jambes flageolantes…

Sortir le lapereau de ma poche pour qu'il puisse respirer et me remettre en chemin. Mais le cerf se met en travers du sentier et quand je tente de le contourner, il m'empêche de le faire. Et je me sens poussé vers lui par le vent, tandis que le cerf tourne la tête, regardant son flanc, avant de relever les yeux vers moi…

« Tu veux que je monte sur ton dos ? » demande-je, n'osant y croire, tout en voulant le faire de toutes mes forces…

Et pour toute réponse, le cerf effectue un pas de côté, ramenant ainsi son flanc vers moi. Alors doucement, je grimpe sur son dos.

Et lorsque je suis bien assis, me couchant sur son échine pour m'accrocher à son cou d'une main, protégeant le lapereau contre ma poitrine de l'autre, Cornedrue bondit en avant et toute sa harde, à laquelle se sont maintenant joints biches et faons, nous suit…

Et le vent tiède nous accompagne, tandis que dans ma poitrine, mon cœur bondit au rythme du bruit des sabots sur le sol, au rythme de la course menée grand train par Cornedrue. Et chaque bond qui nous rapproche de la Vallée Etroite, qui nous rapproche du Torech du Bauglir, ravive mes forces et augmente mon espoir, que la Prédiction de Bayamaë ne se réalise pas…

Je ne saurais évaluer le temps de notre course, mais le paysage défile sous les Lunes et Cornedrue ralentit finalement le pas, pour s'arrêter en bordure d'une falaise. Et la Vallée étroite s'étend sous mes yeux…

C'est ici, que je dois descendre. C'est ici, que je dois reprendre mon chemin seul. Je me laisse donc glisser sur le flanc de Cornedrue et je le remercie de m'avoir rapproché si près de ma destination. Mais il me coupe dans mes remerciements, me poussant du museau vers l'escalier taillé par la main des Géants. Et je comprends alors que ce n'est pas ici, que se séparent nos chemins. Il va m'accompagner plus loin encore. Il ne peut juste descendre avec moi sur son dos. Ce serait trop dangereux pour lui et pour moi.

Alors je souris, heureux. Je n'aurai pas à traverser seul cette Vallée à peine éclairée par les rayons de Lunes, parce que les falaises presque en à-pic jettent leurs hautes ombres dedans…

Et je m'allonge au sol, laissant mes jambes pendre dans le vide, puis me laissant glisser sur le flanc de la haute première marche, jusqu'au bout des doigts, avant de sauter. Et je recommence ainsi, pour chacune des marches, trente-neuf au total, prenant garde de ne pas me tordre une cheville. Et Cornedrue me suit avec sa harde. Sautant avec élégance et aisance, chaque marche derrière moi, dès que je l'ai quittée. Les petits soutenus par deux adultes.

Et lorsque nous arrivons en bas, Cornedrue m'invite de nouveau à prendre place sur son dos et avant qu'il entame la traversée, je remets en place mon Caméléon. Et mon cœur bondit de nouveau, à chaque bond qui me rapproche du Torech de Bauglir. Mais alors que nous arrivons en vue de sa sombre entrée, mon cœur s'étreint et je frémis avec la harde toute entière…

Car loin, très loin derrière moi, le hurlement à la mort des Loups Garous, vient d'annoncer que Vása a lancé une nouvelle attaque. Et je devine qu'elle sera plus violente, plus rageuse, plus haineuse encore que la première…

« Vite, Cornedrue. Vite, je t'en prie. Pour le salut de mes Compagnons… » murmure-je, des larmes dans la voix…

Et Cornedrue bondit plus vite, laissant derrière nous sa harde dont les petits ne peuvent suivre son train effréné, ne ralentissant, que lorsque nous arrivons à quelques pas de l'entrée de la caverne…

Je lui glisse alors un merci à l'oreille, avant de descendre de son dos. Et je prends une grande inspiration, serrant le lapereau doucement contre moi, hésitant à l'emmener dans l'Antre du Tyran avec moi…

Mais une fois de plus, Cornedrue me pousse dans le dos, en même temps que les Sylphes et Sylphides. Et je comprends. Oui, le lapereau sera bien plus en sécurité dans la caverne. Et je comprends aussi, que Cornedrue va y mettre également les petits et les femelles de sa harde à l'abri…

Alors j'avance, sans plus hésiter. Me demandant soudainement si mon Caméléon est vraiment nécessaire, pour passer devant le Cerbère qui garde le Gorthad Nirnaethie, le Tombeau des Lamentations… Harry pense que la tombe elle-même est le Cerbère…

Et j'ai confiance en Harry. Oui, j'ai confiance en lui et je pense maintenant qu'il a raison. Pourquoi devrais-je me cacher, pour me présenter devant Megildur, afin qu'elle me soumette les épreuves que je devrais accomplir, pour mériter le droit de la libérer de sa prison de verre ?

Me voilà maintenant devant l'entrée. Plus qu'un seul pas et je la franchirai. C'est maintenant, que je dois me décider…

Alors je lâche mon Caméléon. Puis j'avance d'un pas. Et la clameur de la Bataille farouche, que mes Compagnons livrent aux Loups Garous en ce moment même, dont le vent m'apportait les échos lointains, ne me parvient plus, tandis que l'ombre de l'Antre du Tyran m'avale…

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