Disclaimer : cf chapitre 1
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Grand merci à Mistycal !
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Réponse sur mon forum, aux commentaires de : - Yzeute -
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L'Enfer De Tyll Celwie O Agar Myrn 4 / 5
Acte 5 : Les Chevaliers
Théo
Je frissonne tant l'air est glacé et il fait si sombre, qu'après trois pas je ne vois plus rien. Alors j'allume une torche, regardant de tous côtés. La Caverne est très haute. Sans doute très profonde aussi. Je ne distingue même pas le Tombeau de cette pauvre famille dont Merzhin nous a raconté la terrible fin. Je m'enfonce donc dans la nuit, à la lueur de la torche, prenant garde où je mets les pieds, sur le sol très inégal et accidenté…
Quelques dizaines de pas. Le tombeau est là. Simple coffre de pierre, recouvert d'une dalle taillée dans la roche. Je m'en approche. Une épaisse couche de poussière s'est déposée dessus. Et je me dis que ce n'est pas bien. Cette tombe ne doit pas être négligée ainsi.
Il y a tant d'innocence, tant d'amour dans cette tombe, dans laquelle reposent trois enfants et leurs parents morts du chagrin de leur perte.
Alors je regarde autour de moi, je cherche des yeux et je vois où planter ma torche. Puis je niche le lapereau dans ma poche, avant d'ouvrir ma Pochette sans fond, plongeant ma main dedans, pour en sortir un tee-shirt. Je balaye ensuite la poussière du tombeau, aussi vite et autant que je le peux, me promettant de faire mieux plus tard, lorsque j'aurai terminé mes épreuves…
Mes épreuves. Le temps presse. Mes Compagnons se battent contre la Gaurhoth, au risque de perdre leur vie. Je dois me dépêcher maintenant.
Je ne peux m'empêcher cependant, de prendre le temps de me recueillir un bref instant, afin d'honorer le souvenir de cette famille dont le destin a été si cruel, puis de Métamorphoser une poignée de très vieilles cendres, récupérées dans un foyer froid depuis des milliers d'années, pour en faire un bouquet de fleurs, que je dépose sur la pierre du tombeau…
Je fourre ensuite rapidement mon tee-shirt sale dans mon sac, plonge ma main dans ma poche pour reprendre le lapereau dans ma main, saisis ma torche et explore toute la Caverne, à la recherche de Megildur…
La Caverne est immense. Mais il n'y a rien d'autre dedans que la Tombe et le sol est creusé de gros trous, au fond desquels gisent des ossements…
Réfléchis, Théo. Il y a peut-être un mécanisme quelque part, dans ces trous par exemple, permettant d'accéder à la Prison de verre…
Alors j'explore chaque trou. Demandant pardon quand je dérange les ossements. Ce sont les restes des pauvres bébés Géants tués par Klyrmath le féroce, dont certains tombent en poussière lorsque je les touche. Et avant de passer d'un trou à l'autre, je Métamorphose la poussière en fleurs, car avant d'être des squelettes plusieurs fois millénaires, ils étaient d'innocents bébés, dont la mort a été injuste et atroce…
Aucun mécanisme dans les trous. J'explore donc les parois. Et je finis par trouver une fissure masquée dans l'ombre des replis de la roche. Elle est à peine assez large pour laisser passer un homme, mais lorsque je tends la lumière de ma torche au plus loin, elle révèle un boyau qui monte en pente assez raide.
Je ne sais où il aboutit, mais je m'engouffre dedans sans hésiter. Et après avoir remis le lapereau dans ma poche, je grimpe, m'appuyant à la roche de ma main libre, assurant au mieux la prise de mes pieds. Et mes efforts sont récompensés, lorsque j'arrive enfin en haut de cette courte pente abrupte, débouchant sur une petite grotte, au milieu de laquelle trône un globe de verre oblongue, posé comme un œuf à la coque, sur un socle d'argent ciselé…
Et dans le globe de verre, Megildur. Etincelante et magnifique…
Mon cœur bat la chamade et je reste figé durant quelques instants. Je me sens très attiré par Megildur. J'ai le sentiment qu'elle chante dans ma tête, pour m'appeler à elle. Mais je n'ose m'approcher encore de cette si belle Epée, qui renferme en elle la Magie des Gardiennes, Ancêtres de Nally, et celles des Roherdirons, qui ont voué leur vie à la protection de Magie Mère…
Alors je jette un coup d'œil tout autour de moi et avisant des torches éteintes, glissées dans des torchères taillées dans la roche, je décide de les allumer, pour illuminer autant que je peux la grotte. Et lorsque c'est fait, je coince ma propre torche dans une aspérité du sol puis, reprenant le lapereau tout contre moi, j'ose enfin m'avancer devant Megildur, m'agenouillant face au globe et levant les yeux vers elle…
« Honneur à toi, Megildur. Je suis Arafinwë, Sorcier du Monde des Hommes. J'ai été désigné pour te libérer de ta prison, dans l'espoir que tu puisses être remise aux mains de Nyween Faelynaë par mon frère Elrond, sur le champ de bataille qui opposera l'armée de l'Alliance à celle de Balegarian. Je fais vœu solennel, de mériter l'honneur et la confiance qui m'ont été accordés et la promesse sur ma vie et sur mon Âme, d'accomplir les épreuves qui me seront soumises, avec cœur, humilité et courage. Que ta volonté soit exprimée et accomplie, pour la sauvegarde de Mère Magie… » déclare-je en Elfique, le cœur battant à tout rompre et empli d'espoir, tandis que je récite ces mots, depuis longtemps soigneusement préparés
Mais nulle voix ne me répond, nul parchemin n'apparaît, comme je l'avais imaginé, pour me soumettre aux épreuves que je dois accomplir. Et à mesure que le temps s'égrène, mon cœur s'étreint de douleur. Le doute me gagne et m'envahit tout entier et je sens monter des larmes brûlantes dans mes yeux…
J'ai échoué…
J'ai raté quelque chose sur le chemin menant jusqu'ici.
Est-ce le Loup ? Aurais-je dû vaincre le Loup moi-même ?
Oui. Oui c'est sûrement cela…
Je me suis enfui comme un lâche devant le danger. Et ce faisant, j'ai échoué…
Mais j'étais si épuisé de ma course. Je n'avais plus la force de combattre….
Non. Non ce n'est pas une excuse. J'aurais dû faire front, jusqu'à puiser dans mes dernières ressources. J'aurais dû me surpasser. Mais j'ai été lâche. Je n'ai même pas essayé de me battre. Je me suis réfugié dans un arbre. J'ai cherché des yeux mes Compagnons. J'ai compté sur eux pour venir m'aider. Et j'ai laissé Cornedrue et les cerfs accomplir cette épreuve à ma place, au risque de se faire blesser, tuer par le Loup…
J'ai échoué. Merlin me pardonne, j'ai échoué.
A cause de moi, la Magie va mourir et disparaitre à jamais des deux Mondes. Il n'y aura plus de Sorciers, plus d'Elfes. La Celtycie va s'effondrer et le Monde Moldu aura aussi à en payer le prix…
J'ai échoué. Merlin me pardonne, j'ai échoué, me répète-je en boucle, désespéré et réfugiant mon visage contre la fourrure du lapereau. Pleurant, sanglotant comme un enfant…
J'ai échoué. J'ai fait preuve de lâcheté et j'ai échoué…
C'est impardonnable. J'ai démérité. J'ai failli. Je n'ai pas fait honneur à ma promesse, à la confiance que Magie Mère a placée en moi. Aux espoirs de l'Alliance. A la foi de mes Compagnons…
« Pourquoi pleures-tu, Théo ? » me demande-t-on soudain, avec une infinie douceur…
« Greg ? » sursaute-je, cherchant mon ami des yeux, au travers de mes larmes…
Il est là, juste à ma droite, agenouillé sur le sol et me regardant en penchant la tête sur le côté, l'air inquiet et malheureux pour moi. Je pleure tellement, que son visage m'apparait tout flou, cerné d'un halo vaporeux et lumineux, comme une Aura de Magie pure.
« Greg, oui, tu peux m'appeler ainsi… » répond-il, avec un sourire un peu mélancolique…
Et ma respiration se bloque, ma gorge se noue si fort, la douleur monte comme une vague, pour me submerger, tout autant que je suis atterré, horrifié par ce que je pense subitement comprendre et que je refuse à toutes forces de croire…
Ce n'est pas Greg, qui se tient à côté de moi. C'est sa Magie. Or, si c'est la Magie de Greg qui se tient à mes côtés, alors cela signifie…
Non. Non, je ne veux pas, non, ce n'est pas vrai !
Ce ne peut pas être vrai ! Je le refuse !
Non ! Tu n'es pas mort, Greg ! Tu n'es pas mort ! Je ne veux pas ! Je ne veux pas ! Non ! s'écrie muettement mon cœur désespéré, tandis que je secoue négativement la tête, mon regard brûlant fixé sur la Magie de Greg…
« Ne pleure, pas, Théo. Tu ne dois pas pleurer. Certes, la Flamme de mon hôte s'est éteinte, mais il est mort heureux. Et sa Lumière si vive, si belle, brillera à jamais en moi… » sourit tristement la Magie de Greg, son regard bienveillant posé sur moi…
Greg est mort. Et une insupportable pensée m'assaille, m'engloutit tout entier,
« C'est ma faute ! Si Greg est mort c'est ma faute ! C'est parce que j'ai été lâche ! Sa mort est le prix de ma lâcheté ! » m'écrie-je en réponse, ressentant chaque mot puissamment, douloureusement dans mon cœur et dans mon Âme.
La culpabilité m'étouffe, me broie d'une douleur atroce, insupportable…
Greg est mort par ma faute ! Par ma faute !
Parce que j'ai failli ! Parce que j'ai lamentablement échoué ! Parce que je n'ai pas fait honneur à ma promesse de me battre avec cœur et bravoure !
« Non, Théo. Mon hôte n'est pas mort par ta faute. Et il ne serait pas content que tu dises cela, que tu te sentes coupable pour quelque chose dont tu n'es pas responsable… » répond la Magie de Greg, avec ce même regard que mon ami aurait…
Doux, chagriné de me voir malheureux…
« Si, c'est ma faute ! » m'écrie-je encore…
Et je lui crie combien j'ai été lâche quand le Loup est venu à moi. Comment j'ai fui, au lieu de faire front et de me battre…
« Tu te trompes, Théo. Tu n'as pas été lâche et tu n'as pas échoué. » insiste pourtant la Magie de Greg, avec l'œil convaincu de mon ami…
« Si j'ai échoué ! C'était une épreuve et j'ai échoué ! » m'écrie-je encore, essuyant mes larmes d'un revers de manche rageur
Je suis si en colère contre moi-même ! Si dégouté de moi-même ! Si honteux ! Si affreusement honteux de ma lâcheté !
C'est moi qui aurais dû mourir, pas Greg ! Je ne mérite pas du tout la confiance et les espoirs que l'on a placés en moi. Je ne suis qu'un lâche ! Et dans ma lâcheté, j'ai trahi mes Compagnons ! J'ai trahi Magie Mère !
J'ai trahi Greg !
Greg qui m'a aidé à descendre la corde, qui m'a courageusement secouru ! Se battant de toutes ses forces contre le Bragol Sûl Bregol pour m'aider et prendre soin de moi. Parce que je n'ai pas été fichu de me débrouiller tout seul pour descendre le long d'une simple corde ! Et maintenant par ma faute, parce que j'ai été lâche, il est mort !
Greg est mort par ma faute ! Et par ma faute, tous mes autres Compagnons risquent de mourir tour à tour !
Merlin ! Je voudrais tellement empêcher que cela arrive ! Je le voudrais tellement !
Je voudrais tellement pouvoir revenir en arrière ! Tout recommencer et que Greg soit sauf !
Cela fait tellement mal ! Tellement mal ! Merlin, faites que je puisse revenir en arrière et tout recommencer ! Faites que je puisse sauver Greg !
Eclair de conscience douloureux. On ne peut pas retourner en arrière ici. Même si j'avais le Retourneur de Temps de Nally, je ne pourrais pas m'en servir. Car le temps n'existe plus ici. Il est suspendu à jamais…
Il est impossible de changer ce qui est fait. Je vais devoir vivre toute ma vie, hanté par la mort de Greg. Ce sera ma punition pour avoir failli. Pour avoir été lâche…
D'accord… D'accord… C'est normal que je sois puni. Je le mérite… Je resterai ici jusqu'à la fin des temps s'il le faut, mais je vous en prie, je vous en supplie, Merlin ! Faites que je puisse au moins sauver mes autres Compagnons ! Ce n'est pas leur faute si Greg est mort ! C'est la mienne ! Ils n'ont pas à payer de leur vie, pour une faute que j'ai commise !
Tourbillonnement de vent autour de moi. Les Sylphides et Sylphes se pressent contre moi. Tourbillonnement de souvenirs dans ma tête, se figeant soudainement sur un souvenir précis, une petite scène qui s'est passée lors d'un entraînement…
Greg, qui me regarde avec confiance…
« On est là pour t'aider, Théo. Et je suis sûr que tu vas y arriver. Parce que tu n'es pas le gars à baisser les bras et que t'as autant de couilles dans le cœur que dans la tête… » dit-il, en pressant mon épaule, les yeux résolument, authentiquement sincères et convaincus…
« Greg a raison et j'ai aussi Foi en toi que lui. Alors, allez Théo, ce n'est plus temps de ruminer tout ça, simplement parce que tu as fait une petite chute. Ça arrive à tout le monde de tomber. Nous en avons tous fait l'expérience. Il suffit de se relever et de se remettre en train. Allez, viens. On va s'y remettre et se battre ensemble, pour changer le destin et éviter le pire… » déclare à son tour Draco, tendant en souriant une main vers moi, pour m'aider à me lever du sol, sur lequel je m'étais affalé, épuisé par mes efforts physiques
Ce souvenir me remue profondément les tripes. Il me brûle les yeux et le cœur…
J'ai failli, Greg, j'ai failli. Parce que je n'ai pas eu autant de couilles que tu le pensais, pense-je amèrement, des larmes brûlant davantage mes yeux, nouant ma gorge d'un nœud serré qui m'empêche de respirer…
« Draco a raison…» résonne une voix dans ma tête, qui appartient à un autre souvenir…
La voix de Harry… Il ne parlait pas de moi alors.
Mais oui, Draco a raison… Pas d'avoir Foi en moi, mais m'appesantir sur mes regrets, sur ma culpabilité ne permettra pas de changer le destin. Si je veux éviter le pire, je dois réagir. Me relever avec front et me battre, faire tout ce qu'il est possible de faire maintenant, pour tâcher d'obtenir une ultime chance, de limiter les conséquences de ma terrible erreur…
Alors j'essuie mes larmes, habité d'une nouvelle détermination. Je dois obtenir une chance auprès de Megildur, je dois la supplier de me donner une chance…
« Laissez-moi une chance, je vous en supplie, laissez-moi une chance… » murmure-je, avec supplique, appelant une réponse positive de tous mes vœux, mon regard rivé sur Megildur magnifiquement dressée dans le dôme de verre qui l'emprisonne…
Mais il n'y a aucune illumination, aucun chœur de chant divin pour m'accorder cette chance si désespérément souhaitée. Et je baisse la tête, fermant très fort mes yeux, sur le désespoir qui remonte en flèche dans ma poitrine et ma gorge…
« Je sais que je ne suis pas mon hôte. Mais je suis à son image, tel qu'il m'a fait. Je pense donc comme lui. Et j'ai tout autant Foi en toi qu'il avait Foi en toi, Théo… » déclare subitement la voix ferme et confiante de la Magie de Greg
« Eh bien, Greg a eu tort d'avoir Foi en moi. Et tu as tort aussi… » réponds-je, dans un murmure désespéré et impuissant, dans les larmes qui débordent à nouveau sur mes joues…
« Si mon hôte était là, à ma place, tu écouterais ce qu'il veut te dire, n'est-ce pas, Théo ? » me demande alors la Magie de Greg, avec une douceur qui me fait mal…
Je ne mérite pas qu'on soit aussi gentil et compatissant…
Mais je lève mon regard vers elle, car j'ai besoin de sa gentillesse, de sa compassion. Elle est tellement Greg, dans ses attitudes, ses expressions et ses regards, que j'ai vraiment le sentiment que c'est réellement mon ami qui est là, assis à mes côtés et qui m'apporte sa présence réconfortante.
Et elle a raison. Oui, j'écouterai ce que Greg me dirait. Parce que Greg ne parlait pas souvent, mais lorsqu'il le faisait, j'ai toujours trouvé que c'était avec bon sens et pragmatisme…
Alors j'acquiesce d'un hochement de tête à la question de sa Magie…
« Alors s'il te plait, écoute-moi comme tu l'écouterais lui, car je vais te dire ce que lui-même pensait du fond de son cœur, ce qu'il te dirait s'il était maintenant auprès de toi.… » demande la Magie de Greg, avec ce regard grave et profond, qui m'a toujours impressionné chez mon ami…
Ce regard qu'il avait, lorsqu'il donnait son avis sur des sujets sérieux…
Et j'acquiesce encore d'un hochement de tête…
« Tout le monde sait, que tu n'es pas fort physiquement, que tu fatigues très vite, parce que tu as été torturé et que tes poumons n'ont pas pu être complètement guéris. Alors ce ne serait pas juste, qu'on te demande d'accomplir des épreuves physiques. Megildur le sait et elle ne peut pas être injuste, j'en suis aussi convaincu que mon hôte l'était. Alors je suis également sûr, comme il l'était lui-même, que seuls ta volonté et ton cœur, sont mis à l'épreuve, non ta force et tes capacités physiques. Et là-dessus, tu n'as pas failli jusqu'à présent, Théo. J'en suis certain, profondément certain… » m'affirme la Magie de Greg, avec une conviction très ferme…
Cela me trouble…
J'ai envie de la croire…
Car si elle a raison, ça me donnerait de l'espoir …
Parce qu'alors j'aurais encore une chance de réussir. Oui, je pourrais réussir des épreuves basées sur la volonté et le cœur. Je suis convaincu de réussir ça, parce que de la volonté j'en ai à revendre et que je me sais généreux…
Mais n'ai-je pas envie de la croire, pour étouffer ma culpabilité dans l'œuf ? Pour me dédouaner de la responsabilité de la mort de Greg ? Pour ne plus en porter le poids si lourd dans mon cœur ?
« Ce n'est plus temps de ruminer tout ça. » murmure à nouveau la voix de Draco, dans le petit vent qui tourbillonne brièvement autour de ma tête…
Non, ce n'est pas le moment de me poser toutes ces questions. De ruminer la culpabilité qui me ronge et de m'appesantir sur les remords de ma lâcheté, sur moi-même…
Mais que dois-je faire alors maintenant ? Comment suis-je censé accomplir ma tâche, si la Magie de Greg a raison ? Que suis-je supposé faire, alors que Megildur reste muette, que je n'aie aucune indication de ce que je dois faire ?
« Pourquoi es-tu ici ? » demande-je soudainement, en relevant mon regard vers la Magie de Greg
Pas la Magie de Greg, mais l'ancienne Magie de Greg, me souffle mon cœur.
Greg est mort. Il n'est plus l'hôte de cette Magie. C'est donc un enfant de Magie Mère, qui est l'écho de ce que Greg était, qui se tient devant moi, me souffle cette fois la petite voix de ma conscience, dans un horrible pincement de mon cœur…
« Je suis ici, pour veiller sur toi et t'apporter mon aide. Comme mon hôte l'a toujours fait… » répond l'ancienne Magie de Greg, avec le même air volontaire, déterminé que mon ami affichait si souvent ces derniers mois au Paradis…
Il est vraiment au Paradis maintenant. C'est de là haut qu'il veillera désormais sur nous, me dis-je, tâchant de réprimer la douleur qui étreint de nouveau ma poitrine d'une poigne de fer. Je ne dois pas me laisser submerger par mon chagrin, mais me concentrer sur le présent. Répondre à sa Magie…
« Oui, Greg veillait sur les autres et il les aidait toujours quand il le pouvait, c'est vrai. » acquiesce-je donc, éprouvant une fois de plus un gros pincement au cœur…
Je taquinais parfois mon ami, en l'appelant Greg le Veilleur. Et de penser à cela, fait remonter à la surface des tonnes de souvenirs. Mais je les repousse. Je ne veux, ni ne peux penser à cela maintenant. Cela fait trop mal. Et je dois me centrer sur le présent.
Réfléchir à ce que je dois faire maintenant. Chercher dans la grotte, s'il n'y a pas un Parchemin avec des instructions, dissimulé sous une pierre, ou un message gravé sur les parois…
Oui, c'est ce que je dois faire.
C'est une quête que j'accomplis. Je ne dois pas attendre qu'on me donne des instructions, comme si je m'étais inscrit à une simple compétition ou au Tournoi des trois Sorciers. Je dois trouver moi-même, quelles sont les épreuves à accomplir…
Alors j'inspire profondément et je me lève, avec détermination.
Et l'ancienne Magie de Greg se lève aussi, me demandant si elle peut faire quelque chose pour m'aider…
J'aimerai qu'elle reste avec moi. J'apprécie sa présente à mes côtés. Certes, elle me fait mal, car elle est un rappel que Greg est mort. Mais elle m'apporte aussi du réconfort. Le réconfort de la vigilance discrète et bienveillante, de l'amitié de Greg qu'elle porte en elle…
Oui, j'aimerai qu'elle reste ici. Qu'elle veille sur moi et m'aide comme le ferait mon ami. Mais il m'apparait que ce désir est égoïste. Elle porte en elle toute la Lumière de Greg et je ne peux pas risquer que cette Lumière se perde, en restant trop longtemps auprès de moi. Ce ne serait juste ni pour elle, ni pour Greg, qui mérite que sa Lumière perdure et nourrisse Magie Mère, avant d'être offerte à d'autres enfants. Elle mérite de revivre dans le sein d'autres petits Sorciers, qui auront la chance de vivre plus longtemps que mon ami, décédé bien trop jeune, parce qu'il s'est battu avec cœur et courage, dans l'espoir de sauver Magie Mère et notre Monde…
Je dois donc accepter de me séparer d'elle et de sa présence bienveillante, l'encourager à rejoindre Mère Magie. Et je pense soudainement, qu'il se pourrait que ce soit là, la première de mes épreuves. Faire mes adieux à mon ami. A sa Magie qui le représente si bien. Accepter de me séparer d'elle, pour que sa bienveillance et sa Lumière puissent perdurer à jamais…
« Je te remercie d'être venue ici pour veiller sur moi. Mais tu devrais me laisser maintenant et retourner vers Magie Mère. Elle a besoin que tous ses Enfants Lumineux reviennent en elle, pour avoir la force de repousser la Magie Noire. Elle a besoin de la Lumière dont Greg t'a nourrie, pour lutter et survivre… » déclare-je donc, en la regardant dans les yeux, les tripes abominablement remuées, à l'idée de perdre bientôt à jamais sa chaleureuse présence…
Mais c'est ce qu'il fallait faire. C'est ce que je devais dire, je le sens au plus profond de moi…
« Je sais que Mère a besoin de la Lumière et de la force de ses Enfants. Tes amis et toi-même, l'avez très bien expliqué à mon hôte. Mais ma place est ici, Théo. Auprès de toi et de Megildur. C'est ici, que Mère a besoin que je sois. Je le sais. Je dois rester ici. Telle est la volonté de Mère. Je dois t'aider dans ta quête et la réalisation de ce que tu devras accomplir, Théo. » répond-elle, me rendant mon regard, avec les yeux de Greg…
Sa volonté inflexible. Sa conviction. Elle est tellement inébranlable, tellement solide et résolue, que je me sens gagné par sa certitude. Comment aurait-elle trouvé son chemin jusqu'à moi, si une force ne l'avait pas guidée vers moi ?
« Compagnons, dans la vie, dans la mort… » murmure-je soudainement, la gorge nouée par une vive émotion…
« Compagnons, dans la vie, dans la mort. C'est exactement cela, oui. » répète l'ancienne Magie de Greg, en tendant une main vers moi, avec le sourire de mon ami…
Et je tends la main vers elle, un peu électrisé à son contact tiède et doux, dans le petit vent qui tourbillonne soudainement autour de nous, soulevant mes cheveux et asséchant mes joues…
Puis nous cherchons dans la grotte un indice de ce que je dois accomplir, pour libérer Megildur. Mais nous ne trouvons rien et je me sens un peu découragé. Cependant je ne baisserai pas les bras pour autant. Non, je ne baisserai pas les bras. La Magie de Greg a raison. Greg avait raison. C'est ma volonté qui est éprouvée. Et mon cœur avec elle. Je détiens la réponse au problème qui se pose à moi. Je ne serais pas ici si tel n'était pas le cas. Magie Mère, Megildur n'auraient pas permis que je parvienne jusqu'ici, si je ne détenais pas toutes les cartes nécessaires en main.
Alors je m'assois sur le sol pour réfléchir à ce que je dois faire maintenant, pour libérer Megildur. Caressant distraitement le lapereau que je tiens toujours dans le creux de mon bras, parce qu'il m'apporte du réconfort et de la force, lui aussi. C'est un être fragile et innocent. Et c'est pour protéger tous les êtres fragiles et innocents que je me bats. Sa présence me le rappelle. Elle me donne la volonté et la force de me surpasser.
« Pourquoi gardes-tu ce petit lapin avec toi ? Où l'as-tu trouvé ? Pourquoi l'avoir emmené avec toi ? » me demande soudainement l'ancienne Magie de Greg…
Elle s'est assise face à moi et fixe le lapereau, affichant l'expression interrogative et curieuse de mon ami. Et il y a également une lueur attendrie dans son regard, qui me rappelle l'expression de Greg, un jour où il regardait Vincent soigner un animal blessé…
Et j'éprouve soudainement, profondément, le besoin de lui rapporter tout ce qu'il s'est passé, depuis que j'ai laissé mes Compagnons derrière moi. Alors je lui raconte mon chemin depuis le Pic du Vif Souffle. Marcher, courir en alternance encore et toujours, en compagnie des Sylphes et Sylphides. Ma volonté d'aller au plus vite, pour épargner la vie de mes Compagnons. Ma rencontre avec le faon, puis le lapereau qui renforce ma volonté et la force de me surpasser. Je lui raconte le Loup Garou et ma rencontre avec Cornedrue. Mon sentiment puissant qu'à travers lui, c'est le père de Harry qui est venu se battre aux côtés de Patmol et Lunard. Et ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé et ressenti dans la Caverne, face au Tombeau de cette pauvre famille si durement éprouvée, puis quand les ossements des bébés Géants, tombaient en poussière au contact de ma main. Je lui révèle toutes les émotions que j'ai éprouvées, mon profond regret de ne pouvoir emmener la harde, dans un lieu bien plus hospitalier et sécuritaire, que cette Île maudite…
Et l'ancienne Magie de Greg m'écoute attentivement, avec ce regard profond de mon ami, parfois traversé d'éclairs attendris et de compréhension. Je la sens touchée par mon récit et mes confidences. Et je vois en elle l'Âme de Veilleur de Greg, sa bienveillance attentionnée, qui souffre tout comme moi, que de pauvres animaux ne voient jamais le Soleil se lever et vivant dans la terreur constante, de se faire dévorer par une horde de Loups Garous enragés…
Elle m'écoute sans m'interrompre et lorsque je me tais, elle réfléchit, la tête un peu penchée sur le côté, comme le faisait mon ami. Et une fois de plus, je me demande comment Greg est mort. Mais je n'ose encore le demander. Pas plus que je n'ose demander si quelqu'un d'autre est mort, en même temps que lui…
Un Elfe ? Un Rebelle ? La Prédiction de Bayamaë s'est-elle réalisée ?
Mais non, je n'ose pas. Pas maintenant. J'ai besoin de garder ma tête à ce que je dois faire…
Alors je décide de me concentrer à nouveau sur ma quête et comme la Magie de Greg, je réfléchis. La réponse est en moi. Je dois la trouver maintenant. Car plus je tarde et plus mes compagnons sont en danger de mourir…
« Ta quête est terminée, Théo. Tu as fait ce qu'il fallait, tout au long de ton chemin et tu as mérité de libérer Megildur dès à présent… » murmure subitement l'ancienne Magie de Greg, rompant le silence de nos réflexions respectives
Et je relève vivement les yeux vers elle, plongeant à nouveau dans cette conviction inébranlable de ses yeux…
Mais je ne peux y croire cette fois…
Elle se trompe. Ce serait trop beau, trop facile. Même si j'ai eu à souffrir des efforts physiques à fournir pour arriver ici au plus vite, je n'ai rien fait qui ressemble à l'accomplissement d'une quête, dont l'aboutissement victorieux dépend de la réussite de dures épreuves …
Preuve en est, que Megildur est toujours dans sa prison de verre…
« Non, tu te trompes. Ma quête n'est pas terminée. Le globe de verre est intact, cela signifie que je n'ai pas mérité encore de libérer Megildur. Et je n'ai aucune idée de ce que je dois faire, pour le mériter… » réponds-je le cœur trop serré, pour parvenir à respirer confortablement…
L'ancienne Magie de Greg quitte mon regard, levant ses yeux vers l'Epée…
« Je me souviens qu'un jour, Tonton Sev a dit à mon hôte, que plus une situation semble très compliquée, plus on a tendance à chercher des solutions tout aussi compliquées, alors que celle-ci est pourtant souvent évidente et simple… » dit-elle, sourcils froncés, laissant son regard revenir vers moi et penchant la tête de côté, avant de suggérer : « Alors peut-être que maintenant, pour la libérer, il faut simplement dire à Megildur pourquoi tu es venu jusqu'ici et enlever ou casser le globe de verre… »
« J'aimerai bien que tu aies raison et que ce soit aussi simple, tu sais. Mais je l'ai fait, je me suis présenté à elle, je lui ai dit pourquoi je suis venu et le globe de verre est toujours là. Et ça m'étonnerait qu'il puisse être ôté ou cassé si facilement. C'est un globe Magique. Il y a de solides Protections dessus… » réponds-je, avec douleur…
« Ah… » commente simplement l'ancienne Magie de Greg, hésitant un peu, avant de demander avec une curiosité un peu enfantine : « Quand tu t'es présenté, est-ce que tu as fait comme les Chevaliers du moyen-âge, du livre que mon hôte a lu, il y a quelques jours ?… »
Je souris tristement. Greg m'a emprunté le livre dont elle parle. Il trainait sur la table de salon de ma Yourte et son œil avait été d'abord attiré par la couverture qu'il a trouvée jolie. Puis il a feuilleté le livre, à la recherche d'autres illustrations, avant de lire quelques lignes, accrochant aussitôt à l'histoire…
« Oui. J'ai procédé comme dans ce livre… » réponds-je, et notant son regard interrogateur et curieux de savoir ce que j'ai dit, je lui récite la présentation que j'ai soigneusement écrite et apprise par cœur…
« Ouais, c'est bien comme dans le Livre sur les Chevaliers….» sourit alors la Magie de Greg, son regard se faisant toutefois attristé, lorsqu'elle ajoute : « Mon hôte regrettait de ne pas savoir dire de jolies phrases comme les Chevaliers d'antan et il s'en voulait parfois, de ne pas savoir bien écrire, ni parler, comme dans les livres… »
Mon cœur se pince pour la énième fois…
« C'est vrai, Greg ne savait pas faire de jolies phrases, comme dans les livres. Mais il n'avait pas à le regretter, ni se le reprocher. C'était ainsi, à cause de cette saloperie de Bracelet d'Esclavage qui lui a été imposé, lorsqu'il était tout petit. Il a empêché son intelligence de se développer normalement. Greg aurait beaucoup mieux appris sans ce Bracelet et il a rattrapé beaucoup de son retard, autant qu'il le pouvait compte tenu des dommages irréversibles subis par son cerveau. Et en ce qui me concerne, j'aimais bien parler avec lui et cela va me manquer de ne plus pouvoir le faire. Parce que Greg ne faisait peut-être pas de beaux discours, longuement et mûrement réfléchis pour trouver les mots justes, mais il parlait toujours avec son cœur et ce qu'il disait avait du bon sens. Et ça, ça compte plus que tout… » réponds-je, des larmes brûlant brusquement mes yeux…
Non, Greg ne faisait pas de beaux discours, longuement et mûrement réfléchis pour trouver les mots justes, mais il parlait toujours avec son cœur et ce qu'il disait avait du bon sens. Et c'est ce qui compte plus que tout. Oui c'est ça qui compte plus que tout, me répète-je pour moi-même, en portant le lapereau jusqu'à mon cou, pour me réconforter à la douceur soyeuse et chaleureuse de sa fourrure…
Mais j'interromps subitement mon geste, une pensée me sautant à la figure…
« Un beau discours, longuement et mûrement réfléchi. Voilà ce que j'ai fait. Je n'ai pas parlé avec mon cœur. Il n'y avait rien de spontané, rien qui exprime mon état d'esprit, mes émotions présentes… » murmure-je, relevant les yeux vers la Magie de Greg, qui me regarde avec des interrogations dans les yeux…
Et je lui souris, je la remercie de son aide. Elle m'a parlé avec le cœur, le pragmatisme, le bon sens de Greg et cela m'a aidé à réaliser l'erreur que j'ai faite. Et je crois maintenant, qu'elle a raison sur toute la ligne. Mes épreuves sont accomplies. J'ai fait ce qu'il fallait sur le chemin qui m'a mené jusqu'ici. Et pas seulement depuis que j'ai posé pied sur Tyll Celwie o Agar Myrn. J'ai fait ce qu'il fallait depuis toujours. C'est pour cela, que j'ai été désigné pour libérer Megildur aujourd'hui.
Et fort de cette croyance, je me présente de nouveau devant Megildur. Mais je ne m'agenouille pas cette fois. Je reste debout, le lapereau lové contre mon cœur. Je ne parlerai pas en Elfique non plus. Ce n'est pas un autre que moi, qui doit parler. C'est moi, dans ma langue, avec mon cœur, tel que je suis depuis toujours…
« Je t'en supplie Megildur, laisse-moi te libérer de ta prison de verre. Non pour mon mérite personnel, non pour mon honneur, ni pour la gloire, car je ne veux rien de cela. Non, je ne veux rien de tout cela. Mon seul et unique désir, c'est que la vie de mes Compagnons soit épargnée, c'est la sauvegarde de Magie Mère, de la Celtycie et du Monde des Hommes… » murmure-je, le cœur battant à tout rompre de sincérité, avant d'avancer ma main, avec tout l'espoir qui anime mon cœur, ma farouche volonté de vaincre la Magie Noire, que je combats depuis toujours, refusant qu'elle souille ma Magie, mon Âme et mon cœur, comme elle a souillé autrefois la Magie, l'Âme et le cœur de mon père.
Et le globe de verre se dissout à peine mes doigts l'ont-ils effleuré. Tout simplement. Sans lumière éclatante, ni chœur de chant divin.
Mon cœur. C'était pourtant si évident, si simple. Je devais seulement laisser parler mon cœur et non réciter un discours mûrement et longuement réfléchi. Et je ne saurais maintenant dire exactement ce que j'éprouve, tant mes émotions et sentiments sont forts.
Le soulagement de ne pas avoir échoué comme je l'ai pensé si fort et de savoir que bientôt mes Compagnons n'auront plus à se battre. Je suis terriblement intimidé également, à la pensée que je vais bientôt toucher cette précieuse Epée qui porte en elle la Magie des Gardiennes et des Roherdirons, qui ont donné leur vie en protégeant Magie Mère. Qui porte en elle tous nos espoirs de victoire sur la Magie Noire…
L'espoir brûle également en moi. J'ai le sentiment, la sensation puissante, que je pourrai décrocher les Lunes du ciel de Tyll Celwie o Agar Myrn, lorsque je tiendrai Megildur en main. Et cette sensation, me grise et me fait peur en même temps. Car je réalise à quel point il serait bien plus dangereux encore pour Magie Mère, que je le pensais déjà, que Voldemort ou Balegarian s'empare d'un Artefact, renfermant en lui autant de puissance…
« Vas y, Théo, prends là. Tu l'as mérité… » m'encourage l'ancienne Magie de Greg, dans un petit tourbillonnement des Sylphes et Sylphides qui, en me poussant dans le dos, m'encouragent également à oser prendre Megildur en main …
Et j'ose enfin l'avancer...
« Merci, Megildur. Merci pour Magie Mère. Merci pour mes Compagnons. Merci pour toutes les vies qui seront épargnées dans les trois Mondes, grâce à toi. … » murmure-je, le souffle suspendu par toutes les émotions qui se bousculent et se mêlent dans mon cœur, en refermant mes doigts sur la poignée de Megildur.
Je sens aussitôt sa Magie fourmiller dans mon bras, l'armer de puissance et d'une volonté farouche de vaincre la Magie Noire. Et c'est le regard fixé sur sa longue lame d'Ithilmar, brillant d'un bel éclat argenté, que je ramène l'Epée Magique vers moi…
« Tu vois, je te l'avais dit ! Tu n'as pas failli, Théo ! A aucun moment ! Tu as mis toute la force de ta volonté pour te surpasser, afin d'arriver ici très vite et éviter au plus possible à tes Compagnons, d'avoir à combattre les Loups Garous ! Et dans le même temps, tu as pris à cœur la sécurité les animaux, que tu as rencontrés sur ton chemin. Tu as dit au faon de prévenir sa famille, que les Loups allaient arriver et qu'ils devaient tous se mettre à l'abri ! Tu as sauvé le petit lapin ! Et ensuite tu as souhaité de tout ton cœur pouvoir emmener les animaux loin d'ici, pour qu'ils aient une chance d'avoir une belle vie ! Et puis tu t'es recueilli sur le Tombeau dans lequel repose l'amour et l'innocence ! Tu as fleuri les ossements des bébés Géants, pour honorer leur mémoire ! C'était ça, ton épreuve ! J'en étais sûr ! C'est comme dans le livre sur les Chevaliers ! Je le savais, que ce n'était pas les épreuves physiques qui comptaient, mais la volonté, la générosité, le cœur ! Comme dans les livres ! Et pour ça, je savais que tu ne pouvais pas avoir failli ! Je savais que tu avais réussi, Théo ! Je le savais ! Comme mon hôte ! Je le savais ! On avait raison, d'avoir Foi en toi ! Parce que tu es un Chevalier, Théo ! Un vrai de vrai Chevalier ! Tu as toujours été un Chevalier ! » s'exclame joyeusement la Magie de Greg, dans le vent qui tournoie tout aussi joyeusement autour de nous, comme pour l'approuver et fêter la libération de Megildur…
Je suis profondément ému par cette exclamation de joie de la Magie de Greg. Non pour les éloges qu'elle me destine, mais pour le cœur, la sincérité qu'elle exprime lorsqu'elle affirme sa Foi en moi. Cependant, même si je suis fabuleusement heureux, d'être parvenu à libérer Megildur, je sais que le mérite de l'avoir fait, n'appartient pas qu'à moi, comme elle-même semble le penser…
Et tout en étant fabuleusement heureux, je ressens une indicible et infinie tristesse…
« Ce que tu dis, me touche beaucoup, tu sais et je t'en remercie du fond du cœur. Je ne suis cependant pas le seul Chevalier, dans cette quête, ni dans cette guerre qui nous oppose à la Magie Noire, Greg. En réalité, je pense sincèrement que le mérite d'avoir libéré Megildur appartient davantage à mes Compagnons qu'à moi-même. Jamais je ne serais pas parvenu ici sans leur aide. Je ne serais pas parvenu non plus, à libérer Megildur sans la tienne… » réponds-je, la gorge étreinte d'émotion, fixant la voûte du plafond de mon regard troublé de larmes, avant d'ajouter : « Je n'y serais pas arrivé sans toi, Greg. Et je voudrais tellement que tu ne sois pas mort. Que tu sois auprès de moi en ce moment même, pour ressentir cette joie, cet espoir qui nous est permis de vaincre la Magie Noire Originelle. Tu vas me manquer, mon ami. Tu vas tellement me manquer. »
Les larmes roulent sur mes joues. Mon cœur est plus bouleversé encore qu'il l'était jusqu'à présent, par la mort de mon ami. Je savais qu'il avait de l'amitié pour moi, mais j'ignorais la profondeur de la Foi qu'il a éprouvée et placée en moi. Et je regrette de ne pouvoir partager ce moment d'indicible émotion avec lui.
Je regrette surtout profondément, de n'avoir pas passé davantage de temps avec lui. Et d'être ainsi passé à côté d'admirables aspects, de sa lumineuse personne.
Une main tiède et un peu électrisante effleure ma joue. Et mon regard revient se poser sur la Magie de Greg, qui essuie mes larmes de ses doigts, avec un sourire attristé…
« Greg savait que tu l'aimais bien. Il savait que tu avais de l'amitié et de l'affection pour lui. Tes amis également. Mais il savait aussi, que vous étiez très occupés et que vous ne pouviez pas passer davantage de temps avec lui, comme il aurait pourtant aimé que cela soit possible. Et puis, il aurait également aimé pouvoir vous aider davantage, effectuer des recherches, élaborer des Potions et tout le reste de ce que vous faîtes. Mais il ne le pouvait pas. Il n'avait pas assez de capacités pour le faire. Alors il a fait ce qu'il savait faire le mieux : veiller sur vous et ce qu'il pouvait pour vous décharger un peu, afin que vous puissiez vous reposer de temps en temps. Et il se disait qu'un jour, quand la guerre serait terminée ou que vous seriez tous réunis au Paradis, vous pourriez passer beaucoup de temps ensemble et vous parler autant que vous le voudriez. Et tout cela suffisait à le rendre heureux. Alors tu vois, tu ne dois pas regretter, ni te sentir coupable de ne pas lui avoir consacré plus de temps, Théo. Comme tu ne dois pas non plus te sentir responsable de sa mort. Car Greg est mort en faisant ce qu'il savait faire de mieux : veiller sur ses amis et les protéger. » dit-elle, avec une douceur qui me submerge de tendresse pour mon ami…
Car elle est la voix de Greg. Elle est, ce qu'était mon ami…
Alors j'étreins sa présence vaporeuse, qui referme ses bras sur moi, surpris de la sentir solide dans les miens…
« Comment… Comment puis-je te sentir, comme si c'était vraiment Greg que j'étreignais ? » demande-je, dans un murmure, craignant que la Magie de cet instant vole en éclat et que je ne puisse plus ressentir l'étreinte de Greg…
Il y a tant d'amitié chaleureuse et de réconfort dans cette étreinte !
« Tu l'as souhaité, comme une étreinte d'au revoir à Greg et la Magie de Megildur l'a permis… » répond-elle, se détachant de moi comme avec regret, avant d'ajouter : « Mais cela ne peut durer plus longuement. Car nous avons maintenant une tâche à accomplir, Théo et que nous aurons besoin de toute notre énergie pour la réussir… »
« Quelle tâche ? » demande-je, profondément surpris, car je pensais ma quête terminée…
Mais ce n'est pas la Magie de Greg, qui me répond.
« Il va falloir repousser les Loups Garous, afin que vous puissiez partir de Tyll Celwie o Agar Myrn, Arafinwë…» le fait une voix grave et chaleureuse, que je ne connais pas…
Elle vient de ma droite, un peu en retrait derrière moi. Je me tourne vers elle et j'ai la surprise de voir un Elfe que je ne connais pas…
Non, pas un Elfe, la Magie d'un Elfe, rectifie-je aussitôt…
« Qui es-tu ? » demande-je, des tonnes de questions se bousculant dans ma tête, avant de me souvenir que la Magie n'a pas de nom lui appartenant et de rectifier : « Quel était le nom de ton hôte ? »
« Mon hôte était Inglorion, ancien Roi des Elfes de Celtycie… » répond la Magie de l'Elfe, en effectuant un salut de tête vers moi…
Ma surprise est grande une fois encore. Et d'autres questions se bousculent dans ma tête. Car la Magie qui se tient devant moi, n'a rien de sombre du tout. En fait, elle est presque aussi lumineuse que celle de Greg. Pas tout à fait aussi éclatante, mais je ne vois pas d'ombre dedans.
« Mais… Ce roi, Inglorion, c'était un Loup Garou de la Gaurhoth. Alors vous ne devriez pas… Enfin, vous êtes sa Magie alors… Vous ne devriez pas être lumineux comme ça. La Magie Noire… » commence-je, me sentant un peu gêné de parler ainsi à la Magie d'un ancien Roi…
Le père de Cuthalion. L'ancêtre de Nally et Aldaron…
« Mon hôte a été contaminé traitreusement par Vása, au lever des pleines Lunes de la nuit qui a vu la capture de la Gaurhoth, Arafinwë. Et à la pointe du jour, lorsqu'il a retrouvé son corps Elfique, il était ignorant de qui l'avait mordu et de ce qu'il avait exactement fait sous la forme Lycanthrope. Mais il était souillé de sang et il a su avoir tué, massacré des innocents durant plusieurs heures. Il en a alors été rongé de remords et a éprouvé le sentiment que c'était justice, d'être emprisonné sous sa forme Lycanthrope pour l'éternité, sur Tyll Celwie o Agar Myrn. Puis, lorsque Vása a rejoint la meute prisonnière, mon hôte a perçu la vérité. Car alors, la puissance de la Magie Noire de l'Alpha, a permis à ce dernier de connecter son Esprit à celui de tous les Loups Garous présents, pour leur imposer sa si puissante et si haineuse volonté. Il leur a rappelé qu'il était le père de tous, que sa morsure les avait tous créés et il a été révélé à Inglorion, le Noir secret de la Lycanthropie. Et durant des milliers d'années, Inglorion a été torturé par le profond regret de n'avoir pas suffisamment de force et de volonté, pour résister à son créateur. Il aurait voulu pouvoir vaincre Vása et briser cette terrible Malédiction, cet immonde poison qu'est la Magie Noire. Mais il ignorait comment faire. Et celle-ci obscurcissait son esprit, son cœur, son Âme. Chaque instant il a dû lutter et moi avec lui, pour conserver assez de lucidité et d'espoir, de pouvoir saisir sa chance, si se présentait un jour l'occasion de racheter l'erreur qu'il avait commise, en accordant sa confiance à Argawaen, le monstrueux créateur de la Potion et du Maléfice, qui ont permis à Vása de prendre forme d'un Loup et de contaminer d'autres Elfes gagnés ou non à sa cause. » explique la Magie d'Inglorion
« Et aujourd'hui il a réussi… Mais il en est mort… » murmure-je, sincèrement attristé…
Tant et tant de temps suspendu à souffrir dans une nuit éternelle de Pleines Lunes, avec l'espoir dans le cœur, d'un jour être libéré de la Magie Noire. Et lorsque ce moment vient, c'est pour trouver la mort…
« Oui, mon hôte est parvenu à se libérer. Grâce à la Lumière de Gaur Indcôl, il a pu triompher de l'ombre, trouvant en lui la force de résister à la volonté de Vása et il s'est joint à tes Compagnons, luttant à leurs côtés, contre la Gaurhoth et son créateur. » explique la Magie d'Inglorion, ajoutant en me fixant dans les yeux, avec un regard bienveillant, qui n'est pas sans me rappeler celui de Nally : « La flamme de mon hôte s'est éteinte, Arafinwë, mais ton généreux cœur, ne doit pas en concevoir de peine. Car Inglorion a vu sa mort venir sans regret, avec la satisfaction d'avoir accompli son devoir de Roi et le bonheur, de pouvoir emporter avec lui, le souvenir du visage d'un vaillant descendant. »
Je hoche la tête, pour lui signifier que je comprends. Et je me dis que j'aurais bien des questions à lui poser encore, mais je sais aussi, que ce n'est pas le moment de le faire.
Il va falloir repousser les Loups Garous, afin que nous puissions partir de Tyll Celwie o Agar Myrn, a dit la Magie d'Inglorion. Et ce n'est certainement pas seulement pour me dire cela, qu'elle est venue jusqu'ici, au lieu de retourner vers Magie Mère…
Et puis, je ressens également une sorte d'urgence que je ne comprends pas, mais qui s'affirme de plus en plus…
« Tu es venu toi aussi, pour apporter ton aide, n'est-ce pas ? » questionne-je, pour la forme, attendant tout de même que la Magie d'Inglorion le confirme d'un hochement de tête, avant de demander encore, en m'adressant autant à elle, qu'à la Magie de Greg : « Qu'est-ce que nous devons faire exactement ? »
« Nous devons aider à repousser les Loups Garous, Arafinwë. J'ignore cependant quel rôle exact, Mère souhaite nous voir jouer, au cours de cette difficile tâche… » répond la Magie d'Inglorion, sous le hochement de tête approbateur de celle de Greg
« Honnêtement, moi non plus. Mes Compagnons et moi-même, nous avons bien quelques plans en réserve pour parvenir à regagner le Pic du Vif Souffle, mais il n'est pas du tout certain que l'un de ces plans, convienne vraiment. Et de toute façon, ils n'incluaient pas votre participation… » soupire-je, espérant que mes Compagnons, aient des idées lorsqu'ils arriveront…
J'espère de tout cœur, qu'ils arriveront jusqu'ici et qu'ils auront le temps de se reposer, avant d'avoir à affronter encore une fois les Loups Garous…
« Bah… Ce n'est pas grave. Comme le dit ton frère Harry : Nous avons de très beaux plans et c'est très bien. Mais n'oubliez pas que ce ne sera toujours qu'au moment de le faire, que nous saurons exactement ce qu'il faut faire. Alors… » déclare la Magie de Greg, avec un sourire, avant de s'interrompre en m'encourageant d'un regard à dire la suite…
« Alors soyez sur vos gardes, ouvrez bien l'œil et tenez-vous prêts à changer même le plus beaux de nos plans, si vous estimez que la situation l'exige… » complète-je donc, en lui rendant son sourire…
« Voilà de très sages paroles et de très avisés conseils, dignes d'un grand Chef de Guerre… » commente la Magie d'Inglorion, avec un signe de tête appréciateur…
« Harry est un grand Chef de Guerre. Un vrai Chevalier, tout comme Théo, Draco et tous leurs amis. Mon hôte était très heureux de combattre à ses côtés et très reconnaissant de la confiance qu'il lui a accordée en permettant qu'il vienne ici. » déclare alors la Magie de Greg, ajoutant à mon intention : « Lui non plus, ne devra pas concevoir de culpabilité pour avoir porté son choix sur mon hôte. Et aucun de tes Compagnons ne devra porter le poids de sa mort non plus. Greg en serait malheureux. Car il estimait avoir fait ce qu'il devait faire. Et il en était heureux… »
Son regard est intense et je devine dedans comme dans ses paroles, que Greg a sciemment sacrifié sa vie, pour sauver celle d'un autre de nos Compagnons. Et cet acte de bravoure, cet acte héroïque entre tous, me remue profondément les tripes et je comprends davantage encore, l'éclatante luminosité de la Magie qu'il portait en lui…
Elle recèle non seulement son courage, mais également son amour immense pour les autres et son don de soi, de sa vie…
« Greg était un vrai Chevalier, lui aussi. Un très grand Chevalier. Brave, valeureux, héroïque. Et le Chevalier le plus attentionné avec ses amis, le plus modeste d'entre tous aussi… » parviens-je à murmurer, la gorge nouée…
Et la Magie de Greg sourit, avec de la reconnaissance dans le regard. De l'émotion aussi. Je la devine aussi touchée et heureuse, que Greg aurait été touché et heureux, à l'entente de mes paroles. Et cela ajoute encore à toutes les émotions bouleversées que j'éprouve déjà…
Les Sylphes et Sylphides, cependant, ne me permettent pas de m'attarder davantage à éprouver toutes ces bouleversantes émotions, se pressant soudainement avec urgence autour de moi. Et cela m'alerte vivement…
Mes Compagnons arrivent. Les loups Garous de la Gaurhoth à leurs trousses. Et ils n'auront pas le temps de venir tous se mettre à l'abri de la caverne ! devine-je, mon cœur s'affolant vivement dans ma poitrine…
« Venez, vite ! » m'exclame-je alors, me ruant vers le boyau étroit, sans même songer à prendre une torche
Seule la douce luminosité de Megildur guide mes pas. Je dégringole la pente, quasiment sur les fesses, tant je souhaite aller vite. Et ne pouvant me retenir à la paroi, puisque je tiens fermement Megildur d'une main et que de l'autre, je porte toujours le lapereau lové contre moi…
Et à peine ai-je surgi dans la caverne, que j'entends tout près les grondements et grognements hargneux de la Gaurhoth. Je ressens aussi la terreur des biches et des faons frémissants, qui se sont pressés au fond de la caverne et s'écartent à mon passage. Je ne puis rien voir cependant, de ce qu'il se passe dehors, malgré l'éclat des Pleines Lunes, car Cornedrue et d'autres grands cerfs de sa harde, montent une garde attentive et tendue sur le pas de l'entrée…
Et soudainement, un hurlement à la mort me fait frémir de la tête au pied…
Mes Compagnons, les vaillants Chevaliers de Tyll Celwie o Agar Myrn, sont attaqués et le Combat va commencer sous peu. Je dois les aider, tous les Chevaliers doivent combattre côte à côte, me dis-je, me jetant en avant dans un bond éperdu pour les rejoindre dans leur lutte, quand la rangée de cerfs s'écarte en son milieu, pour laisser passer Draco et Collen portant un brancard…
Greg, c'est le corps de Greg qui est allongé sur ce brancard, je le sais au plus profond de mon cœur…
« Draco ! » m'écrie-je, courant vers mon frère, qui s'arrête déjà, pour poser le brancard sur le sol…
« Théo ! Où es-tu Théo ! » s'exclame mon frère, venant à ma rencontre en trébuchant, quand cette fois c'est Marek et Aldaron qui pénètrent dans la grotte avec un second brancard…
La dépouille d'Inglorion, devine-je…
« Je suis là ! Je suis là, Draco ! » réponds-je, me jetant dans les bras de mon frère, prenant toutefois garde à ne pas écraser le lapereau entre nous et notant que Collen, Aldaron et Marek, ressortent déjà de la caverne en courant…
Ils vont rejoindre les autres. Ils vont combattre la Gaurhoth…
Je dois y aller moi aussi. Je dois les aider, me dis-je en m'élançant à leur suite…
« Théo ! Non Théo ! Reste ici ! C'est moi qui dois y aller ! Toi, tu dois rester ici, avec Megildur ! » s'écrie Draco, lorsque je m'arrache de ses bras, pour courir hors de la caverne…
Il me rattrape et me retient par le bras, tirant vers lui à toutes forces pour m'empêcher de sortir, de rejoindre les autres…
« Non. Non, je dois y aller, Draco. Tous les Chevaliers doivent combattre côte à côte…» réponds-je dans sa direction, cherchant à me dégager de sa prise
« Non, Théo ! Greg est mort pour me sauver la vie ! Il a changé le destin ! Et on ne sait pas ce qui peut arriver maintenant ! Alors reste ici ! Je ne veux pas risquer de te perdre toi aussi ! » s'écrie Draco, en m'empoignant par les deux bras pour me retenir…
Il y a tellement de détresse dans son regard, que je me sens profondément malheureux pour lui. Et dans le même temps, une compréhension soudaine me frappe l'esprit. J'ignore d'où elle me vient. Mais j'éprouve la conviction absolue, qu'il s'agit là de la plus pure des vérités…
« Le sacrifice de Greg a changé le destin, c'est vrai, Draco. Mais ce n'est pas en pire. Crois-moi, Draco, ce n'est pas en pire. Bien au contraire. Ce que je vais te dire va te paraître complètement fou sûrement et je ne saurais expliquer d'où me vient cette certitude, mais s'il te plait crois-moi. S'il te plait, promets-moi de me croire sur parole, Draco. Et promets-moi aussi de ne plus chercher à me retenir, mais de m'aider au contraire à atteindre mon but… » déclare-je très rapidement, en fixant mon frère, avec toute l'inébranlable conviction que je ressens à cet instant…
Je vois la bataille que se livrent en Draco, sa détresse, le doute, la confiance et sa volonté de me croire.
« Je sais que tu as eu Foi en moi jusqu'ici Draco, alors s'il te plait, continue à me faire confiance…» ajoute-je alors, dans un souffle, mon regard toujours rivé dans le sien …
Et le souffle tendu de mon frère se relâche instantanément…
« Oui… Oui, j'ai Foi en toi, Théo… Et j'aurai toujours Foi en toi… » déclare-t-il, avec une vive émotion et un sincère accent de vérité.
Et ses mains sur mes bras, ne cherchent plus à me retenir. Elles me communiquent tout simplement sa confiance et sa sincérité…
« Alors écoute bien, Draco. Cela me fait très mal, que Greg soit mort. Je viens cependant de comprendre, que le sacrifice de sa vie, était nécessaire. La mort d'Inglorion également. Et cela, pour que leur Magie et moi-même, nous puissions accomplir, sous la protection des autres Chevaliers de Tyll Celwie o Agar Myrn, une tâche qui va bien au-delà de la libération de Megildur. Et je sais, je ressens profondément, éperdument, que ce que nous allons accomplir, sera une importante victoire sur la Magie Noire et que cela va sérieusement augmenter nos chances, de vaincre Voldemort et Balegarian… » explique-je, avec la ferveur de ma profonde conviction…
« La Magie de Greg et Inglorion ? » demande Draco, surpris…
« Oui, elles sont auprès de moi. Je peux les voir et leur parler. » réponds-je, dans un sourire heureux…
Car je suis heureux, vraiment. Heureux qu'elles m'accompagnent. Heureux de ce que nous allons partager. De ce que nous allons accomplir ensemble, avec l'aide des autres Chevaliers. J'ai compris maintenant quel est leur rôle et le mien. J'ai compris ce que Magie Mère souhaite et pourquoi Megildur a choisi de venir sur Tyll Celwie o Agar Myrn. Et je sais, je ressens aussi, que les Magies de Greg et Inglorion ont compris également maintenant…
« Ok, alors allons-y. Allons nous battre auprès de nos Compagnons. Mais avant, tu devrais laisser ce petit lapin, dans un coin où il sera à l'abri… » déclare Draco, qui semble s'apercevoir seulement maintenant, que je tiens un lapereau dans ma main…
« Non. Je le prends avec moi. Il ne risque rien avec moi. Et j'ai besoin de lui. Autant qu'il a besoin de moi. » réponds-je, avant de m'élancer vers la Vallée…
Draco s'élance aussitôt à mon côté et je surgis de la caverne, Megildur fermement tenue en main, frappé de plein fouet par le vacarme rageur de la Gaurhoth, auquel se mêlent les rugissements de Blaise, les feulements de Gwenvael, les ahanements des efforts fournis par mes Compagnons…
Et le bruit des sabots de Cornedrue et de ses cerfs, qui se sont élancés à ma suite.
D'un seul regard, j'embrasse la situation, repérant très vite ce que je cherche…
Vása… Le salopard s'est associé avec deux des siens, pour attaquer le pauvre Remus. Et tous trois manœuvrent, pour l'entraîner à l'écart, tandis que les autres Loups de la meute, empêchent les Chevaliers de venir en aide à Remus…
Alors je fonce vers lui, en toute confiance. Ne me préoccupant pas des Loups qui viennent vers moi. Je sais que Draco, Cornedrue et les autres cerfs, vont les intercepter, les empêcher de se mettre en travers de mon chemin.
Et je cours, je cours. Au plus vite que je le peux. Accompagné des Sylphes et Sylphides, de la Magie de Greg et la Magie d'Inglorion.
Je cours, pour la sauvegarde de Magie Mère et celle de mes Compagnons, les vaillants Chevaliers de Tyll Celwie o Agar Myrn. Je cours, pour offrir une chance au Monde Magique et à la Celtycie, de goûter bientôt à la tranquillité de la paix. Je cours pour offrir aux animaux qui ont eu la malchance de naitre dans l'Enfer de Tyll Celwie o Agar Myrn, une chance de bénéficier bientôt des bienfaits des Soleils et de n'avoir plus à vivre dans la terreur constante, d'être impitoyablement massacrés et dévorés par la Gaurhoth …
Je cours, sans hésiter, sans ralentir, même lorsque Vása, qui sent soudainement la menace venir vers lui, fait volteface et me montre ses crocs, se ramassant sur lui-même pour me bondir à la gorge. Et lorsqu'il bondit, mon bras armé de Megildur s'élance en avant, fourmillant de Magie et de puissance, pour transpercer sa poitrine, en direction de son cœur noirci de haine…
Et je n'attends pas que Vása, qui pousse son ultime hurlement de Loup Garou haineux et douloureux à la fois, soit percé de part en part, ni qu'il soit tombé au sol pour retirer mon bras et ramener Megildur vers moi, la Magie épaisse et d'une noirceur absolue de Alpha, accrochée à sa lame d'Ithilmar…
Et sous les yeux profondément haineux de Vása, qui a repris déjà forme Elfique et sait que sa fin est venue, je brandis Megildur vers le ciel, tandis que la Gaurhoth hurle à la mort, pour son chef vaincu…
« Pour Magie Mère ! A la gloire de Greg et Inglorion ! » m'écrie-je, dans le silence profond qui s'est subitement abattu sur nous, mon regard rivé sur les Magies de Greg et Inglorion, le lapereau niché contre mon cœur, avant de laisser ma Magie filer et rejoindre celle de Megildur…
Les Magies de Greg et Inglorion me sourient et inclinent la tête dans un salut respectueux que je leur rends. Mon Âme et mon cœur totalement voués à l'affection et l'infinie tendresse que j'éprouve pour Greg, mêlées d'une profonde amitié et de respect pour ce Roi que je n'ai pas connu…
Les Magies de Greg et d'Inglorion tendent une main l'une vers l'autre, se souriant et se saluant avec amitié et respect, avant d'entrelacer leurs doigts. Et je vois dans leurs mains enlacées, le symbole de la réconciliation et de l'union des Elfes et des Hommes, qu'ils soient ou non Sorciers….
« Pour Magie Mère ! A la gloire de Greg et Inglorion ! » s'exclament-elles en chœur, en levant leurs mains enlacées vers le ciel…
Et leurs lumières fusionnent, en une flamme éclatante de vie et d'amour, qui vient s'enrouler autour de la Magie Noire de Vása, qui a forme de Loup Garou et tente de se décrocher de Megildur, dans les ruades furieuses et des grondements haineux, se tendant vers moi, pour essayer de me mordre. La Magie Noire hurle de douleur, sa forme se délayant, pour s'enrouler autour de Megildur. Les Lumières conjuguées de Greg et Inglorion, absorbant peu à peu sa noirceur, tandis que Vása exhale son dernier souffle de haine, dans un long cri de douleur et de rage mêlés.
Il me fait mal, de voir l'Eclatante Lumière de Greg et Inglorion, se teinter progressivement d'un gris de plus en plus sombre. Mais la confiance habite mon cœur. Je sais que c'est une étape obligée, sur le chemin de notre victoire. Et je garde mon bras tendu, offrant ma Magie sans restriction, pour les aider à lutter. Et peu à peu, le processus s'inverse. Le gris s'éclaircit. Et quand les Magies fusionnées de Greg et Inglorion ont retrouvé leur éclat, elles pulsent autour de la longue lame d'Ithilmar, tandis que la Magie de Vása se dilue dans le néant, à jamais perdue, à jamais diluée dans les Limbes de l'oubli…
Et lorsqu'elle n'est plus, les Magies fusionnées de Greg et Inglorion, brillent d'un bref éclat d'une pureté absolue, avant de se fondre en Megildur, dans l'explosion du coup de tonnerre qui fait frémir la roche de Tyll Celwie o Agar Myrn et l'air environnant …
Et je tombe à genou. Epuisé, mais infiniment heureux, car la Magie de Greg et l'éclatante Lumière de mon ami à travers elle, vivra à jamais. Et à jamais, elle veillera au bien-être et à la sécurité de Magie Mère.
Comme Greg, le plus modeste et bienveillant des Chevaliers, a toujours veillé au bien-être et la sécurité de ses amis…
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