Yo yo camarades, voici pour votre plus grand plaisir le second chapitre, donc sans plus de blabla, place à l'histoire !
Oochoo
II
La pointe de la plume tremblait au-dessus du parchemin, une goutte d'encre menaçant de s'écraser sur la fibre. « Cher Monsieur Drago Malfoy » traça enfin la main d'Hermione Granger, pour la troisième fois du mois. Elle ne savait même plus pourquoi elle s'acharnait à envoyer tant de hiboux puisque depuis la fin de la guerre, aucun d'entre eux n'étaient revenu avec la moindre réponse. Sauf si, bien sûr, une Beuglante remplie d'insultes remarquablement inventives puisse être considérée comme réponse.
Mais par habitude plus que par conviction, la Ministre de la Magie rédigea le courrier qui ressemblait à tous ceux qu'elle avait déjà envoyé. «besoin pressant de vos connaissances des membres dissidents et des forces obscures », «mouvements inquiétants de petits groupes organisés », «trop peu d'Aurors compétents ayant connu la réalité de la guerre », «devoir envers la communauté magique d'Angleterre ». Les expressions variaient avec les jours, mais le message demeurait le même. Treize ans après la chute de Voldemort, les groupuscules réfractaires n'avaient toujours pas disparus, et les sorciers du gouvernement ne luttaient plus efficacement contre les derniers adhérents des Ténèbres.
Dans les premières années suivant la guerre, un grand élan s'était emparé de la population sorcière. Aguerris, ils avaient traqué, jugé, reconstruit. Des centaines d'individus étaient passés devant le Magenmagot, des convois entiers étaient partis pour Azkaban. Un sentiment de satisfaction emplissant les cœurs, et la sensation de la tâche accomplie planant, les actions se calmèrent, les traques prirent fin, les enquêtes aussi. Mais pour ceux qui savaient voir derrière l'autocongratulation, il était clair que rien n'était résolu. Nombreux sorciers et sorcières s'étaient enfuis à l'étranger, dans d'obscures montagnes des Balkan ou dans de grouillantes villes d'Asie de l'Est.
Avec le temps les Aurors se reposèrent sur leurs lauriers, se félicitant encore et toujours des mêmes arrestations mémorables de certaines familles il y a des années de cela. Et à présent, Hermione Granger, élue Ministre à l'âge incroyable de 21 ans, se battait contre la lourdeur et l'inaction de ses employés. La plupart ne voyait pas l'intérêt de persister dans d'épuisantes missions, puisque « la menace avait disparue ». Sa popularité, éclatante lors de son ascension au poste le plus important de l'Angleterre magique, s'était amenuisée, doucement, et désormais les journaux n'hésitaient plus à parler de sa paranoïa, d'une fixette sur le passé, de troubles post-traumatiques. Certains consacraient même des pages entières à de potentiels remplaçants pour le poste, plus à même de diriger la communauté.
« Dans l'attente d'une réponse favorable de votre part, Hermione Granger, Ministre de la Magie. »
Elle reposa sa plume. Bien sûr que le Ministère avait besoin d'éléments compétents comme Malefoy, pensait-elle. Mais la guerre avait eu toute sorte d'effets sur ses combattants, et lui avait choisi, après son jugement en Cour Suprême, de se retirer du monde magique. Le Ministère, n'ayant pu le condamner, s'était octroyé une part de lion dans la fortune familiale des Malefoy, sans que cela ne semble véritablement le déranger. Il avait de lui-même mis le Manoir à la vente, que le Ministère s'empressa d'acheter à un prix risible. Mais l'unique chose qu'il n'avait pas librement donnée fut sa collaboration. Dès la fin des tractations, il s'était retiré Merlin seul sait où, sur une côte orageuse du pays qu'il n'a plus quitté depuis une décennie.
-Abruti de Malefoy, maugréa Hermione en scellant son énième lettre, sans trop d'espoir. Toujours aussi immature, infoutu d'aider les autres, égoïste…
Elle se leva pour attacher la missive à la patte de son hibou personnel, portant la main à son ventre. Sept mois que celui-ci enflait sans pitié, et il commençait à peser sévèrement sur ses lombaires. Une grossesse en été, je te retiens Ron avec ta spontanéité, le prochain c'est toi qui le portera, je te préviens, se plaisait-elle à penser.
Le hibou mordilla gentiment la main de sa maîtresse, prit son envol, et disparu lentement derrière les bâtiments londoniens.
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-Herm', tu veux quoi comme thé ? Ceylan ou Ceylan ?
Hermione leva les yeux au ciel.
-Dilemme cornélien… Mais le Ceylan me tente bien.
Ron revint de la cuisine et déposa la tasse fumante et odorante devant son épouse.
-Cornéquoi ? demanda-t-il, haussant un sourcil.
-Cornélien. C'est … français.
Les tentatives d'apprentissage de culture moldue à son mari se résumaient généralement en une incompréhension de l'élève, elle préférait ainsi couper court à la question et s'abstenir d'évoquer des notions de dramaturgie française du XVIIème siècle.
-Rose est enfin endormie ? s'enquit-elle, attrapant avec une certaine difficulté de la liasse d'archives déposée sur la table basse devant elle.
-Je lui ai lu trois pages de ton pavé préféré, « Histoire de la magie médiévale en Europe Centrale ». C'est redoutable. J'ai même dû lutter pour ne pas m'endormir la tête dans la veilleuse, confia-t-il, mimant un bâillement démesuré.
-Ça aurait été regrettable en effet, répondit-elle, déjà à moitié plongée dans ses rapports.
Elle feuilleta rapidement le dossier, ses yeux scannant les pages.
-Par Merlin… Si je demande des rapports de missions aux Aurors, c'est pour avoir une idée de l'état actuel des dissidents, pas pour qu'ils me sortent des copier-coller des missions d'il y a huit ans ! s'exclama-t-elle, balançant la liasse sur la table basse qui n'avait pourtant rien demandé.
-Des copier quoi ? dit Ron, ramassant les feuilles qui s'étaient échappées.
-Je suis sûre qu'ils ne sont même pas allés sur le terrain, ces abrutis, clama-t-elle, ignorant Ron. Je devrais tous les renvoyer, les renvoyer dans le passé même, les foutre devant les Lestrange, les Carrow, Avery… Ils verraient peut-être enfin l'intérêt de traquer les Mangemorts avant qu'ils ne se réveillent vraiment !
-La plupart de tes Aurors sont jeunes, Hermione… Ils sortent à peine de l'école, plus deux ans d'entrainement, ils n'ont pas connus la guerre, hormis à travers leurs parents. Ils ne peuvent pas vraiment réaliser.
-Mais même au temps de Fudge et de ses mensonges ridicules, on était plus suspicieux que ces espèces de pantoufles à baguette qui me servent d'employés et de remparts contre les Ténèbres ! dit-elle, passant la main dans ses cheveux.
-Ça, c'était juste nous, rappelle-toi Herm'. Bois ton thé, il va refroidir, conseilla-t-il, espérant détourner la conversation.
Hermione lui jeta un regard par-dessus sa tasse.
-Tu es quand même conscient que les quelques rapports convenables qui me parviennent font état de factions organisées plus nombreuses que jamais ? Et que c'est vraisemblablement la partie émergée de l'iceberg ? Je ne me bats pas contre des moulins, Ron ! Pourtant crois-moi que j'aimerais, j'aimerais que la Gazette ait raison, que ça ne soit que des fantasmes pour « briller à nouveau » ou je ne sais quelle stupidité qui fait vendre, lança-t-elle, bouillonnante.
Ron expira, et reposa sa propre tasse.
-Je bosse pour le Ministère, Herm'. Pour toi. Le mois dernier j'étais en Hongrie à courir les bois à la recherche d'une trace de Mangemorts… J'y suis resté des jours, à manger du pain sec, pour rien. Tu peux regarder, ça doit être écrit quelque part là-dedans, dit-il, pointant du menton la pile de rapports. Moi, ça ne me démotive pas, j'en ai vu d'autres, mais les nouveaux... Quand tu n'as pas connu la terreur, l'adversité, les attentats, c'est dur d'y croire encore et encore… Notre génération et celle de nos parents, enfin, les miens au moins, nous voulons préserver les jeunes j'imagine.
-Les préserver ce n'est pas leur faire croire que le monde est gentil et cotonneux ! s'exclama la sorcière. Si on veut éviter une prochaine guerre, il faut se battre aujourd'hui, pas quand un nouveau mage Noir aura exécuté la moitié de la population… Il faut leur montrer nos cicatrices, nos morts, leur expliquer la complexité et l'intelligence de l'ennemi, la fourberie et l'étendue de leur magie, celle qu'on n'apprend pas à l'école…
-Tu veux envoyer les vieux Aurors à Poudlard, faire la classe en racontant les tortures psychologiques aux petits première année ? demanda Ron, dubitatif.
Le souvenir de Maugrey Fol-Œil planait dans la pièce.
-Non, de toute manière McGonagall ne me laisserait pas faire, admit Hermione. Elle aussi elle devient molle d'ailleurs non ?
-Elle a tout juste 75 ans, et a vu un certain nombre de ses élèves mourir sous les foudres des Mangemorts… Ne sois pas trop dure avec elle, souffla Ron.
Hermione ne répondit rien. Elle souffla sur sa tasse, en but une gorgée. Ils tournaient en rond. La situation était compliquée depuis des années, et ils n'avaient rien pour avancer. Aucune nouvelle piste, aucun nouvel allié. Et pire, aucune urgence apparente. Rien qui ne pousse à s'engager, au final. Jour après jour elle se convainquait d'être dans le juste, mais par moment une grande lassitude l'envahissait. Ron avait suggéré la piste des « hormones maternelles », mais Hermione savait bien que ça n'avait rien à voir. Après tout, se disait-elle dans de tels moments, nous avons surement encore de longues années de calme devant nous, pourquoi s'acharner à voir le mal là où il n'y a rien... Les supporters des Ténèbres ont toujours existé, alors faisons de notre mieux pour les contenir... Je ne peux pas porter tout le poids de l'Angleterre sur mes épaules.
Ron se leva de son fauteuil, embrassa Hermione sur le front, et se pencha pour embrasser son enfant à venir.
-Au fait, cette histoire de guérisseur moldu qui peut montrer le bébé avant qu'il naisse… Ça peut aussi dire le sexe ? demanda-t-il, en relevant la tête vers Hermione, incertain.
Celle-ci esquissa un sourire, et posa doucement sa main sur la joue de Ron. La magie permettait parfaitement de le savoir, mais son intérêt pour la médecine était touchant. Il n'était pas foncièrement réfractaire au monde moldu, il fallait juste trouver la bonne entrée en matière.
-Bien sûr. On peut même en imprimer l'image, mais elle ne bougera pas. Quoique, je pourrais peut-être ensorceler l'échographie, songea-t-elle. Mais de toute manière, je croyais que tu ne voulais pas savoir ?
-Je ne sais pas… J'ai juste envie de me préparer psychologiquement cette fois je crois, affirma-t-il, un sourire en coin, caressant gentiment le ventre d'Hermione.
Il se leva et se dirigea vers la chambre, la Gazette du Sorcier à la main. Il s'était habitué à lire les rubriques de Quidditch rédigées par sa sœur, et était étonnement souvent d'accord avec l'analyse sportive de cette dernière. Hermione quant à elle se saisit à nouveau de ses liasses, sur lesquelles elle porta un regard de dégoût. « Rapport de mission du 20 juin 2009, traque du Lincolnshire, ordre de mission n°23671 ». Elle tourna la première page, et lu le nom de l'Auror en charge. « Harry Potter ».
Une légère gêne colora ses joues. Elle avait complétement oublié avoir envoyé son meilleur ami dans une telle mission. Une lecture en diagonale du rapport lui appris que la mission avait été amplement vaine. Harry avait même daigné préciser dans une marge que la mission lui avait coûtée un rhume et des piqures de moustiques.
Hermione reposa le dossier, fatiguée. Il était tard, et elle n'arrivait plus à former une pensée cohérente. En son époque flamboyante de Poudlard, elle aurait certainement persisté toute la nuit s'il le fallait, s'acharnant à trouver une preuve d'activité maléfique, mais aujourd'hui, Ministre et enceinte, elle n'avait plus qu'une envie, s'écrouler dans un lit aux côtés de Ron, pour trouver l'énergie d'affronter la journée de demain.
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Plumement votre, Oochoo
