Salut salut, vous êtes prêts ? *ay ay captain* Et bien voici le troisième chapitre, qui amène son lot de précision et de définition de personnages. On avance un peu dans l'intrigue, on voit quelque chose qui se profile à l'horizon... Enfin on avance quoi. *évitons l'auto-spoil, ça serait con*
Alley, bonne lecture à tous !
Oochoo
III
-Bonjour, fripon.
Drago sursauta. Tout obnubilé par l'étalage consciencieux de marmelade sur ton toast, il n'avait pas entendu Astoria entrer dans la cuisine. Celle-ci se saisit du brin d'herbe coincé entre deux mèches blondes et décoiffées de son mari.
-On a fait une nuit buissonnière ? souria-t-elle.
Effectivement, après avoir marché le long de la falaise pour écouter les vagues, Drago s'était allongé sur un talus herbeux particulièrement accueillant, et le sommeil s'était emparé de lui sans qu'il n'y prenne gare. La lumière du petit matin l'avait réveillé.
-J'avais envie d'air frais, répondit-il simplement, tentant un sourire.
Les détails de son rêve n'ayant pas eu l'amabilité de se faire oublier, il lui était difficile d'être léger ce matin. Il attrapa la théière, et se servit une grande rasade. Il allait croquer dans son toast quand un bruit sec en provenance de la fenêtre résonna dans la pièce. Un grand hibou blanc aux yeux noisette tapotait du bec contre la vitre. Drago se hâta, mais Astoria était plus proche. Elle ouvrit la fenêtre à guillotine, détacha le parchemin et donna un bout de son toast au hibou.
-Le Ministère ? lut-elle, un sourcil légèrement relevé, alors que l'oiseau s'envolait.
Drago parvint jusqu'à elle, et prit la lettre de ses mains avant qu'elle ne la décachette. Encore scellée par une cire d'un rouge riche montrant un double M travaillé, elle avait tout d'une missive officielle. Mais il savait pertinemment quelle main l'avait rédigée. Granger, tu continues à t'immiscer là où tu n'as rien à faire…
-Ça doit être un gratte-papier du Tribunal qui a mal classé ses dossiers, et qui m'a envoyé une vieille paperasse… Ça fait des années qu'ils ne m'ont rien envoyé, déclara-t-il en protégeant la lettre dans son poing.
Il réalisait bien que son attitude était des plus suspicieuses, mais il savait qu'Astoria respecterait sa vie privée, même après leurs dix ans de mariage. Elle n'était pas du genre à fouiner, pour son plus grand bonheur. Peut-être se doutait-elle de quelque chose, peut-être avait-elle remarqué les hiboux ministériels déposer leurs courriers hebdomadaires. En tout cas, elle n'avait pas jugé utile de confronter son époux à ce propos. Quant à lui, il n'avait jugé utile de lui parler de sa situation.
Il enfonça le parchemin dans la poche de son pantalon, signifiant à son épouse qu'il n'y avait rien à ajouter.
-Tu seras à la serre aujourd'hui ?
-A l'atelier, répondit Drago. J'ai une commande en cours, j'ai deux semaines pour l'envoyer.
Depuis leur retraite loin de la ville, le couple, s'étant retrouvé démuni après les colossales amendes ministérielles, avait dû trouver un moyen de subvenir à leurs besoins. La plupart des firmes sorcières ne voulant pas d'employés au passé tumultueux, le travail à distance leur convenait à merveille. Astoria ayant eu dans son enfance une éducation assurée à grands renforts de précepteurs, elle parlait couramment cinq langues, et traduisait une grande partie de la collection de Fleury & Botts depuis son bureau. Elle recevait et envoyait des manuscrits par hibou, depuis des années.
Son mari exerçait une activité des plus similaires, puisqu'il était confectionneur de potions. A quelques centaines de mètres de leur demeure, il avait installé une immense serre où il faisait pousser une grande variété d'ingrédients rares en recréant leurs environnements naturels. Attenant à la maison était son atelier, où il pouvait rester des journées entières. C'était son domaine, lui seul pouvait y entrer.
Leur couple fonctionnait de la sorte depuis leur mariage, et bien que leur union ait été grandement influencée par leurs parents, ils s'en accommodaient fort bien. Ils partageaient ce goût de l'isolement, du travail solitaire, du bonheur silencieux. S'ils n'avaient pas d'enfants, c'était certainement par envie de conserver leur cocon intact, neutre, et protégé du monde grouillant.
oOo
« Nos rapports font état de mouvements de sympathisants des Ténèbres dans des zones connues pour leur ancienne affiliation à Voldemort et ses fidèles. Nous sollicitons votre aide en matière de magie obscure ainsi que votre connaissance du milieu et du terrain afin de mener à bien des missions de neutralisation et d'interrogation. »
Drago ne prit pas la peine de finir la lecture du parchemin, et le plaça directement au-dessus de la bougie illuminant son plan de travail. En regardant les flammes consumer le message, diverses pensées traversèrent son esprit. Elle ne prend même plus de pincettes maintenant, le prochain elle l'adressera directement à 'Mr Drago Mangemort' … Est-ce qu'elle s'imagine que je vais me pointer devant son bureau un beau matin, que je lui tendrais la patte et qu'elle pourra m'envoyer chercher une balle avec une tête de Carrow dessus ?
Il s'empara d'un mortier et d'un pilon, et s'attela à réduire en poudre une racine granuleuse. Toujours à donner des ordres, à regarder son petit monde tourner autour d'elle… Mais qu'elle y aille dans ses missions foireuses, elle les connaît les 'sympathisants des Ténèbres', elle en a même descendu quelques-uns... Si elle continue à m'envoyer ses torchons, la situation doit vraiment être catastrophique au Ministère. Il prit une fiole et versa quatre gouttes d'une épaisse liqueur dans son mortier. Armé de son pilon, il écrasa rapidement la pâte violacée qui s'était mise à s'agiter. Amuse-toi bien avec tes Aurors en mousse et tes responsabilités de grande fille, c'est loin d'être mon problème, Granger.
La matinée s'étira, et Drago était loin d'avoir fini sa potion. Il plaça son chaudron sur un petit réchaud à bougie, et s'accorda une pause, ou plutôt un nettoyage. Un coup de baguette en direction de sa paillasse, un autre vers les rangées de flacons et de fioles. Il se saisit du seau près du plan de travail, et sortit de l'atelier. Même si il ne se l'avouait pas franchement, il éprouvait une certaine satisfaction à accomplir les tâches quotidiennes sans magie. Bien que n'ayant pas exactement été élevé dans une culture de travail manuel, il allait toujours remplir son seau au puits plutôt qu'à grands coups d'Aguamenti.
Les prochaines étapes de confection de son élixir en tête, il pénétra à nouveau dans son atelier. Une silhouette lui tournant le dos était devant sa paillasse, et feuilletait le grimoire d'instructions. Drago lâcha immédiatement son seau qui s'éclata au sol, et dégaina sa baguette. En un pas, il appliqua la pointe de celle-ci contre le crâne de l'intrus. La silhouette, dans l'ombre de la bougie, laissa échapper un léger rire. Drago saisit son épaule et le força à faire volte-face.
-Sympa, les cheveux longs. C'est Asto qui te l'a suggéré ?
-Théo, dit-il sans bouger sa baguette d'un millimètre.
Celui-ci, tout sourire, se saisit de la baguette de Drago entre deux doigts, et la décala loin de sa tempe.
-C'est bon, les mondanités sont terminées ? demanda-t-il, écartant les bras comme pour montrer son innocence.
-En effet. Dégage d'ici, Nott.
Ses yeux avaient tourné au gris sombre, et sa voix était inhabituellement grave.
-Je te trouve un peu sur la défensive, Drago. On peut discuter un peu non ? dit-il en esquissant quelques pas autour de la paillasse. Pas mal ton atelier. T'as bien mis ton temps à profit, ça fait vraiment pro. Je comprends que tu n'aies pas eu un moment de libre pour m'envoyer un hibou, mais ne t'en fais pas, tu es tout pardonné. C'est à ça que servent les potes, n'est-ce-pas ?
-Ça t'amuse de débarquer chez moi comme ça, de jouer aux vieux copains, de venir me faire chier jusque dans mon atelier ? cracha Drago, un air de mépris et de dégoût au visage, sa baguette suivant la trajectoire de Nott.
-Ça va, descends d'un ton, je suis venu te parler, pas voler ton fric ou violer ta femme, annonça-t-il en inspectant quelques bulbes qui traînaient sur une étagère.
La mâchoire du blond se contracta, manquant de faire crisser ses dents, et une veine se mit à palpiter sur sa tempe. Ses doigts se crispèrent sur sa baguette, ses jointures blanchirent.
-Tu te rends compte que ça fait bien une décennie qu'on travaille en secret, reprit Nott. Et on est enfin sur le point d'être prêts. Je sais bien que tu nous as fait comprendre que tu t'en foutais, mais là on va avoir besoin de toi. On sait que tu t'es cassé la gueule à cause du Ministère et de l'autre pute Sang-de-Bourbe, mais ne t'inquiète surtout pas, pendant que tu jouais à Heidi dans ta prairie, nous on a bossé.
-Nott, t'as raison, j'en ai vraiment rien à foutre de tes plans merdiques. Casse-toi. Je ne me répèterai pas.
Nott se tourna pour faire face à son ancien ami. Celui-ci semblait taillé dans le marbre, et de minces étincelles jaillissaient de l'extrémité de sa baguette. Son visage était figé dans une expression de haine pure. Le Mangemort soupira, et fixa la baguette de Drago, qui le visait entre les deux yeux. Celle-ci sauta subitement de la main de son propriétaire, s'envola en arc de cercle, et Nott tendit la main pour l'attraper en plein vol.
-Tu n'as vraiment aucun sens de l'hospitalité, Drago. Ça doit faire un moment que tu n'as reçu personne, pensa-t-il tout haut, en observant la baguette qu'il venait de s'accaparer. Désolé pour ça, mais tu me rendais nerveux, et ce que j'ai à te dire nécessite la plus grande attention.
D'un geste du menton en direction de l'entrée de la pièce, il claqua et verrouilla la porte, et d'un mouvement de la main il déplaça une chaise qui vint heurter Drago derrière les genoux, le forçant à s'asseoir. Ce dernier ne s'étonna pas de constater que ses mains étaient immobilisées contre les accoudoirs. Nott avait toujours manqué de délicatesse.
-Si Astoria descend… commença-t-il.
-Comme si tu laissais ta femme entrer dans ton petit jardin secret. Bon, assez perdu de temps, dit Nott fermement, en posant une fesse sur le plan de travail. Ça fait trop longtemps qu'on trime, j'ai dû faire des dizaines de milliers de kilomètres, j'ai passé des mois dans les souterrains à rallier les petits clans, à corrompre les pantins du Ministère, tout cela serait d'ailleurs allé beaucoup plus vite si tu nous avais filé un coup de main… Rien qu'avec ton nom, on aurait diminué par deux les temps de tractation avec les sympathisants. Mais je ne te blâme pas, encore une fois. Faire des lotions contre les ongles incarnés c'était vraiment primordial pour ton épanouissement personnel.
-Puisque tu as si bien réussi tout seul comme un grand avec tes potes des galeries, je peux savoir pourquoi tu t'es pointé chez moi ? articula Drago, fixant sombrement Nott.
-J'y viens, j'y viens… T'as as un truc à boire ici ? interrogea-t-il. Accio Whisky, formula-t-il sans attendre de réponse.
Une bouteille au contenu ambré jaillit d'un placard en hauteur, et atterrit sur le plan de travail.
-Allez, tu ne m'en voudras pas, à l'ancienne ! lâcha Nott avant de descendre trois longues gorgées de whisky directement au goulot. C'est du bon en plus, tu t'emmerdes pas ! s'exclama-t-il ensuite, en se léchant les lèvres.
Il reposa brutalement la bouteille, examina Drago assis devant lui, et effaça enfin son sourire arrogant qu'il abordait depuis son arrivée.
-C'est pour bientôt. Et tu ne vas plus pouvoir faire le mort dans ta campagne. Tu vas venir avec moi, et ensemble on va s'élever à notre ancien rang. Celui qui est digne de notre sang. Tu récupéreras ta situation, ton manoir familial, ta fortune, tu seras à nouveau respecté… On sera au sommet, et on se vengera des traîtres, des Sang-de-Bourbe, de toutes ces sales races qui ne méritent qu'un Avada Kedavra dans la gueule.
Il cracha par terre pour appuyer ses dires. Dans ses yeux dansaient une flamme passionnée. La baguette de Drago tournoyait entre ses doigts.
-Quand tu dis 'on'…
-Tous, Drago, tous ! La fine équipe ! Zabini, Parkinson, Boyle, sans parler de tous ceux recrutés en cours de route… Tu serais étonné devant le nombre d'anciens Serdaigles Sang-Purs qui se sont ralliés à nous, des anciens copains de la bande de Potter pour certains même. Ils ont bien compris l'importance de ce qu'on est en train d'accomplir. Et puis… ajouta-t-il, laissant un blanc théâtral avant de continuer. Daphné aussi nous a rejoints. Elle était dans les premières.
Le ventre de Drago fit un nœud. Lui qui avait voulu préserver Astoria, peut-être qu'elle était en correspondance depuis des années avec sa sœur. Elles avaient toujours été très proches. Peut-être qu'elle était parfaitement au courant des activités de Nott. Peut-être même l'avait-elle aidé ? Les idées fusaient.
-Tu ne discutes pas énormément avec ta femme, nan ? C'est con. On a beaucoup correspondu récemment, on est d'accord sur beaucoup de choses.
Drago sentit un poignard incandescent s'enfoncer dans ses entrailles. Pardon ?
-Bon, j'imagine que tu ne m'en voudras pas si je m'en vais. Pour le moment, reste tranquille, ça devrait plus tarder, au QG on est en train de finaliser. Je reviendrais en temps voulu, d'ici là sois sage.
Il se leva, s'étira sommairement, descendit une autre rasade de whisky, reposa la baguette de Drago et esquissa quelques pas en direction de la sortie. Il s'arrêta juste avant de passer le pas de la porte.
-Autre précision, Drago, informa-t-il sans se retourner. Ça fait un moment qu'on t'observe, et on a remarqué les petits hiboux du Ministère. Un seul mot qui leur parvient à propos de cette conversation, et tu ne verras plus jamais la lumière du jour. Cela va de soi, mais je préfère préciser.
Et sur ces mots, il s'éclipsa. Drago constata qu'il pouvait enfin se relever, attrapa prestement sa baguette et couru à la suite de Nott. En arrivant à l'extérieur, il était clair que celui-ci avait déjà transplané, laissant Drago seul avec ses pensées, tremblant de rage.
C'était un poil plus long, vous avez remarqué ? Nan ? Et bah comme ça vous le savez.
Si vous avez aimé, n'hésitez pas à me le dire par votre moyen préféré. Mais juste comme ça, les reviews c'est simple et rapide. Enfin je dis ça, si je reçois un hibou chez moi je me plaindrais pas.
Milles chocolats,
Oochoo
