Hello hello ! J'espère que vous allez bieng, malgré la rentrée imminente (ça va bien se passer). Étant moi-même encore dans les études, ça risque d'impacter mon rythme de publication (tant est que j'en possède un). Mais promis, j'essayerai de finir la fic, j'ai toujours ma trame en tête et ça me tient à cœur, ne serait-ce pour enfin écrire un peu de Dramione, parce que là on est encore pas mal dans le background. Mais ça ne devrait plus trop tarder ;)
Merci encore et toujours à ceux qui prennent le temps de me laisser leurs reviews, j'vous adore et vous me motivez !
Mais fi de tout cela, en route pour le chapitre !
Oochoo


VII

-Putain !

Le juron lui avait échappé. Il contempla sa main. Une large entaille était apparue, le sang pourpre coulait abondamment, et gouttait sur le précieux parquet de la chambre. Putain de Nott, y'a que toi pour placer des sorts de protection aussi cons, marmonnait Drago en cherchant de quoi soigner sa main.

Il plongea la main dans sa poche, tâtonnant par habitude, s'attendant à rencontrer le bois poli de sa baguette. Il lui fallut quelques secondes avant de se remettre à insulter mentalement Nott. Alors comme ça tu me fous un sortilège qui m'éclate la main quand j'essaie de sortir de ma chambre, mais en plus je dois me démerder comme un moldu ?

Faisant demi-tour, Drago tempêtait et s'employa à mettre la chambre sens dessus-dessous. Depuis qu'il avait posé le pied sur le parquet sans ressentir le besoin de retapisser le plancher, il était intenable. Ses heures d'hallucination l'avaient laissé déshydraté, affamé, transpirant, et surtout, enragé. Comme un lion en cage, la crinière ébouriffée, il s'était levé et arraché quelques livres des étagères par simple envie de détruire, et ses pieds l'avaient naturellement mené vers la porte pour s'extraire de la chambre suffocante.

A présent, il se retrouvait avec un parquet rougi, une douleur lancinante dans la paume et une rage décuplée. Il fouilla brutalement la magistrale armoire de bois sombre ornée de détails d'argent, et en extrayait une chemise raffinée. D'un mouvement de poignet il en arracha une manche, et l'enroula autour de sa main, badigeonnant le tissu de rouge.

Se retournant vers sa porte, il approcha lentement sa main indemne du panneau de bois, guettant les effets d'un autre sort. Ses doigts effleurèrent les gravures sophistiquées de la porte, sans que rien ne se passe. Rassemblant ses doigts en un poing, il frappa alors le bois, la faisant chanceler dans ses gonds.

-Nott ! hurla-t-il alors, frappant à nouveau mais n'osant toucher à la poignée.

-Monsieur Drago, c'est un plaisir de vous revoir enfin.

Sursautant à l'écoute de la voix, il se retourna d'un bond, cherchant l'origine du son. Ce n'est qu'en baissant les yeux à mi-hauteur d'homme qu'il comprit. La petite créature était vêtue d'un vieux drap cousu à gros points pour tenir sur ses maigres épaules, et marchait pieds nus. Bien que tous les elfes aient un visage légèrement rabougri avec de grands yeux exorbités, celui-ci présentait des rides, une peau parcheminée et des tâches de vieillesse qui laissaient présumer son âge avancé.

-Pipsy ! s'exclama-t-il, partagé entre la surprise et l'apitoiement ; il pensait la bête morte depuis des années.

-Pipsy est à votre service Monsieur Drago. Monsieur est blessé ? s'inquiéta l'elfe en posant les yeux sur le bandage improvisé qui ornait sa main.

En un battement de paupière l'elfe s'était rapproché et ôtait la manche de chemise souillée de la blessure, qui se remit à saigner.

-Pipsy… Tu es resté ici toutes ces années ? demanda-t-il alors que l'elfe s'affairait sur sa main.

-Oui Monsieur Drago, Pipsy n'a pas bougé depuis qu'il est né. Pipsy a toujours été très fier de servir la famille Malefoy, Monsieur.

-Mais le Manoir était vide, pendant des années, souleva Drago.

L'elfe prit une courte pause dans ses soins, ses doigts tremblant légèrement, ses grands yeux teintés de tristesse levés vers son ancien maître.

-Oui… souffla-t-il. C'était très dur pour nous, Monsieur Drago. Mais heureusement, un monsieur du Ministère est arrivé, et tout s'est rallumé ici. Et Monsieur Lucius est rentré, ajouta-t-il, éclatant de joie à ce souvenir.

Une brique du poids d'un hippogriffe tomba dans son estomac. Son souffle se bloqua dans sa poitrine, et son poing se referma sans qu'il ne s'en rende compte, manquant d'écraser les maigres doigts de Pipsy qui s'occupaient de sa paume. Lui aussi s'est échappé. Evidemment. Dans sa réflexion fiévreuse, il n'avait considéré que les Mangemorts de sa génération, ceux avec qui il avait partagé ses bancs d'école, et en avait oublié ceux de la génération de ses parents, si tant est qu'il en existait encore.

-Il est ici ?

Sa voix était descendue dans les graves, son visage durci, et ses yeux d'ordinaire clairs s'étaient voilés, leur teinte tirant désormais sur le charbon. Pipsy, sentant la colère de son patient, tentait de se faire encore plus petit qu'il ne l'était déjà, ses pupilles dilatées par la crainte.

-Oui Monsieur, Monsieur Lucius a repris possession de ses appartements depuis longtemps déjà. Pipsy et les autres elfes du Manoir ont préparé un grand banquet en son honneur. Il avait l'air très fatigué, il avait fait un long voyage.

-Appelle-le immédiatement, Pipsy. Dis-lui de venir m'ouvrir sur-le-champ.

L'elfe se mit à se balancer d'avant en arrière, la gêne clairement visible sur son visage.

-C'est que Monsieur ne sort pas de ses appartements… Il refuse d'être dérangé. Il a déjà Stupéfixé plusieurs autres elfes qui lui portaient son repas, il n'est jamais de très bonne humeur.

-Dis-lui que c'est moi qui t'envoie, que cet abruti de Nott m'a enfermé ici.

L'elfe continuait à se balancer en se pinçant les lèvres, puis il releva les yeux et croisa le regard incendiaire de Drago, il lâcha alors un petit cri de terreur, avant de transplaner dans un 'plop' discret.

Les secondes s'égrainaient, et se transformèrent en minutes. Drago n'entendait que le battement rapide du sang dans son crâne, bloquant toute pensée élaborée. Un pourquoi général résonnait en lui, sans qu'il ne sache clairement à qui ou à quoi celui-ci s'adressait. Le temps s'écoulait au ralenti, interminablement. Sans qu'il ne s'en rende compte, il avait repris sa marche en rond, faisant les mille pas sur le parquet ancien. Les portraits sur les murs quant à eux se gardaient bien d'intervenir, faisant semblant de dormir ou sortant tout bonnement du cadre.

La porte se mit à briller pendant un bref instant, et Drago se mit face à celle-ci, rageant une nouvelle fois d'être dépourvu de baguette. La sensation de nudité face à l'adversité ou du moins l'inconnu le mettait particulièrement mal à l'aise. Le halo disparut aussi vite qu'il était apparu, et la porte cliqueta, avant de s'ouvrir en grand, heurtant le mur dans un grand bruit qui résonna dans le couloir. Sur le pas de la porte se tenait Lucius Malefoy, et à ses côtés, Théodore Nott.

Tous deux drapés d'habits noirs brillants brodés de fils d'argent, ils ne se ressemblaient pourtant en rien. Celui de Lucius était vieux de plusieurs dizaines d'années, et l'éclat de sa robe était fade, les fils décousus par endroits, le vieillissant plus que l'anoblissant. Nott en revanche paraissait sortir de l'école avec son col brodé de lauriers d'argent, un sourire ineffaçable au visage, les yeux pétillants. Ce dernier rangea sa baguette non sans s'octroyer le luxe de la faire tournoyer entre ses doigts, sentant le regard de Drago sur celle-ci.

Le Mangemort fit alors un pas sur le côté, laissant Lucius entrer dans la chambre. Malgré son port de tête altier et son air naturellement supérieur, les années ne l'avaient pas laissé indemne. Des ridules aux coins de ses yeux au bleu délavé, associées à sa peau tombante sur ses joues creusées le faisait paraître pour bien plus vieux qu'il n'était. La prison à répétition, les privations, le décès de Narcissa, tout cela l'avait marqué, et son état physique en témoignait. Ses cheveux platine, attachés dans son habituelle queue de cheval, s'étaient rapprochés de la paille, et une barbe poivre et sel rejoignait ses tempes grisonnantes.

-Tu n'es pas venu aux funérailles.

Drago fut presque surpris d'entendre sa voix inchangée, hautaine et méprisante, qui ne collait désormais plus au personnage qui se tenait devant lui. Deux visions de son père se superposèrent, celui de son enfance, immense et splendide, maniant avec finesse sa canne au pommeau travaillé, laissant derrière chacun de ses passages un arome subtil de musc blanc et de fleurs sauvages, et celui qui se tenait devant lui, aux yeux cernés de violet, au front ridé de contrariété et aux mains négligées.

-Vous savez très bien pourquoi.

Malgré tout, il ne pouvait se défaire de cette vieille habitude. Il sentait bien qu'il était désormais plus grand, et en bien meilleur état que lui, mais il ne pouvait pas s'empêcher de le vouvoyer en dépit de la toute la rancœur et la rage qu'il pouvait ressentir contre cet homme qu'il persistait à appeler Père.

-Tu l'as insultée. Ne l'as-tu donc jamais aimée ? Tout ce que nous t'avons donné ne veut donc rien dire pour toi ? demanda-t-il de sa voix cassante, les lèvres pincées.

Déjà la rage refaisait surface en Drago, la surprise à peine dissipée. C'est vraiment ce qu'il veut, une querelle de famille ?

-J'aimais Mère au moins autant que vous.

La lettre annonçant sa disparition était arrivée un jour de printemps, plusieurs années après le début de son exil. Elle avait été expédiée d'Azkaban, et son père l'y conviait à s'y rendre pour assister à la mise en terre, qui devait prendre place au pied de la forteresse, dans une fosse commune où pourrissaient les centaines de détenus qui avaient fini leurs jours dans leurs cellules. La simple idée de voir sa mère enterrée aux côtés des pires raclures du monde magique lui avait retourné l'estomac, et lorsque son courrier au Ministère demandant le retour de la dépouille au caveau familial avait été laissé sans réponse, il était rentré dans une rage sans précédents, qui avait requis toute la patience d'Astoria et quelques potions fortes pour le calmer. Il s'était par la suite plongé dans son atelier des journées durant, ignorant le monde, ignorant son père, ignorant son impuissance.

-Pas une seule fois, tu n'es venu. J'ai dû attendre d'être évacué pour être mis au courant de ta … décision.

Il lâcha le dernier mot avec un mépris tangible. Ses yeux durs transperçaient son fils, et son ressentiment le rajeunissait, lui rendant un semblant de sa prestance d'antan.

-J'imagine que ta vie était douce à la campagne, loin des tracas de tes amis et de tes parents, susurrait-il…

Drago sentait l'énervement grimper dans son échine. Son père avait toujours maitrisé le mépris et l'indifférence, mais la provocation ? Cela avait dû lui venir sur le tard.

-Je ne suis plus un petit garçon, Père. Je suis libre de faire ma vie comme il m'entend, rétorqua-t-il, restant le plus neutre possible bien que la colère commençait à teinter sa voix.

-Oh bien sûr, mon cher fils, continua-t-il d'un ton doucereux. Cela aurait été indélicat de ma part de faire peser sur tes épaules le moindre fardeau familial. J'imagine que cela aurait fait trop pour toi, de te soucier de ta famille, de notre patrimoine ? Mais dis-moi Drago, si tu n'es plus un petit garçon craintif, pourquoi te comporter comme tel ? J'avoue ne plus te comprendre, toi qui me rendait pourtant si fier autrefois…

-Je ne suis pas vous, Père, se força-t-il à ajouter, la mâchoire crispée. Et il était hors de question que je reste votre propriété, votre jouet.

-Evidemment. Je ne pensais simplement pas que la descendance de la noble lignée des Malefoy s'enfuirait de la sorte.

Le sang de Drago se mit à bouillir dans ses veines. Non, ne lui fais pas ce plaisir, il n'attend que ça... Ça doit faire des années qu'il attend ce moment, m'insulter en face, vouloir me remettre à ma place, que je me soumette à nouveau, que je lui obéisse. Il déglutit, serra la mâchoire jusqu'à ce qu'elle lui fasse mal. Il refusait de replonger dans cette logique dont il ne pourrait de toute manière pas ressortir vainqueur.

-Vous me faites pitié, Père. Avez-vous donc sombré aussi bas ?

Il aurait aimé être, en cet instant, un modèle de neutralité et de prestance. Cependant, ses cheveux négligés, sa chemise froissée, sa main encore tachée de sang et ses yeux sombres de colère ne l'aidaient pas à dépeindre un tel portrait. Sa rancœur palpitait encore dans ses veines, alimentant tout son corps en rage, et il prenait sur lui pour ne pas recourir à la solution qui clignotait violemment dans son esprit : la violence bête et simple.

Les lèvres minces de Lucius formèrent un O de surprise, et rapidement ses sourcils se froncèrent, plissant les rides de son front. Peut-être était-ce la première fois que son fils lui répondait de la sorte. Il se doutait bien que treize ans d'isolement n'était pas un très bon signe, mais il espérait sincèrement le faire revenir à la raison, tout d'abord en le faisant revenir au Manoir. Il occupait lui-même le Manoir en toute discrétion depuis des années, couvert par Berkings qui gérait officiellement la demeure depuis la fin de la guerre.

-Ne me parle pas sur ce ton arrogant, Drago. N'oublie pas d'où tu viens. Tu ne peux pas prétendre que tout ceci n'existe pas, dit-il alors, la voix tremblante de colère, esquissant un geste du bras, désignant la chambre, eux-mêmes, le Manoir.

Cette fois Drago ne prit pas le temps de réfléchir, et s'élança en avant, emporté par sa colère. Avant même que son père n'ait eu le temps de lever sa baguette, celui-ci se retrouva lourdement plaqué contre le mur recouvert de tapisserie, l'avant-bras de son fils contre sa gorge. Drago fulminait, et approchait son visage de celui de son père. D'aussi près, il voyait le teint d'albâtre de son père se colorer peu à peu, et prenait satisfaction à le voir chercher son souffle. Il constatait aussi qu'il n'avait plus ce parfum entêtant qui avait hanté son enfance. Désormais, il sentait plus modestement le porridge, le tabac froid, la poussière.

-Je ne vous appartiens plus, murmura-t-il alors entre ses dents, à quelques centimètres de l'oreille de son père. J'ai vendu le Manoir, il ne veut plus rien dire pour moi, en effet. Et vos numéros d'intimidation sont pitoyables. Vous vivez dans le passé, Père. Vous ne m'atteignez pas.

Dégustant le moment, il écrasa encore un peu plus son avant-bras contre la trachée de Lucius, quand il sentit soudain l'extrémité de sa baguette s'enfoncer contre sa carotide. Les yeux de son père hurlaient les mots qui restaient coincés dans sa gorge. Mais le teint violacé de son géniteur le fascinait, et Drago voulait voir quand celui-ci tournerait au noir.

Nott, qui était resté à l'extérieur de la chambre durant l'échange, toussota bruyamment en toute indélicatesse. Le visage de Drago fouetta l'air en direction de l'intrus, et relâcha sa prise sur le cou de son père un court instant. Instant suffisamment long pour son père, qui glapit, aspira une petite gorgée d'air, et toussa un sortilège en direction de son fils. Celui-ci fut expulsé à travers la pièce, et alla s'écraser trois mètres plus loin contre une armoire.

Lucius esquissa un mouvement pour remettre sa robe en place, tout en respirant bruyamment. Il rengaina sa baguette, et sans un regard pour son fils, sortit de la pièce en un tourbillon de cape et de cheveux blonds. Nott s'approcha quant à lui de l'armoire où s'était échoué un Drago avec un léger sourire satisfait accroché au visage. Sourire qui s'effaça immédiatement quand Nott lui tendit une main pour se relever.

D'un bond, il se remit lui-même sur pied, et se dirigea vers la sortie, ignorant parfaitement le Mangemort. Il n'était plus qu'à deux pas du couloir quand un sortilège l'immobilisa, et le força à faire demi-tour, le replaçant face à Nott.

-Où tu crois aller comme ça, Drago… Il faut qu'on parle d'abord !

-Quand est-ce que ça t'est venu, ce besoin de discuter en permanence ? T'étais du genre taiseux au collège, et tout le monde s'en accommodait à merveille, Nott.

L'altercation avec son père avait laissé Drago dans un état de nerfs qu'il pensait avoir oublié. A la manière de voler sur un balai, la joute verbale lui était revenu sans qu'il n'y prenne gare. Nott remarqua, et eu un mince sourire.

-Très bien, t'as repris du poil de la bête. Désolé pour ton père, au fait. Il a pris un coup de vieux, mais il n'a pas tort, tu sais. On a besoin de toi pour diriger le Manoir, tu le sais. Il faut que tu acceptes que tout ait changé, il faut que tu prennes tes responsabilités.

-Tu as mon père non ? Fous-lui une couronne sur la tête, un sceptre dans une main et un fouet dans l'autre, tu feras de lui le plus heureux des sorciers. Il dirigera son petit monde, et je rentrerai chez moi, avec…

Sa voix se cassa dans sa gorge, et il déglutit. Nott, en face de lui, élargit son sourire.

-Asto ? Elle va rester ici je crois bien, avec Daphné. Et puis toi aussi, d'ailleurs. Ce n'est pas une suggestion, Drago.

Soupirant, il s'assit sur un fauteuil vert sapin aux broderies travaillées. Machinalement, ses doigts pianotaient contre sa jambe. Il passa une main dans ses cheveux jusque-là bien coiffés.

-Je ne vais pas pouvoir rester ici longtemps, il me faut quelqu'un sur qui compter, Drago. Comprends-moi, les choses se font pressantes ailleurs, il faut que j'aille négocier dans toute l'Europe…

-Tu crois que j'en ai quelque chose à foutre de tes opérations mafieuses en Biélorussie ?

-Ce ne sont pas de vagues manigances, Drago ! C'est le futur du monde sorcier que je décide, chaque jour !

Puis, excédé, il se leva, et força Drago à le suivre d'un coup de baguette. Ils sortirent de la chambre, et empruntèrent le couloir menant jusqu'à l'escalier central. Les pieds de Drago, bien que sous contrainte, connaissaient le chemin par cœur, et il l'aurait parcouru les yeux fermés. Le Mangemort entraîna Drago jusqu'en bas des marches, dans le grand Hall. Là, ils dépassèrent les grandes portes ouvragées pour sortir sur l'allée de graviers, traversèrent les jardins de la propriété, et descendirent jusqu'au portail de fer forgé, le tout sans que Nott ne prononce le moindre mot, Drago sur ses talons.

-Impossible de transplaner dans la propriété, lâcha-t-il enfin alors qu'ils débouchaient sur le chemin d'accès. Ça serait con que les Traîtres se barrent aussi facilement.

Il attrapa Drago par le bras, et ensemble ils tournoyèrent sur place.

oOo

Lorsque ses pieds touchèrent le sol, Drago manqua de trébucher, et se redressa tant bien que mal. Le transplanage avait été brutal, et il sentait encore les dernières toxines de son thé empoisonné faire leurs effets. Relevant la tête, il tenta de reconnaître les alentours, en vain. Ils étaient dans une ruelle lugubre, le sol souillé de détritus, les murs suintants l'humidité crasseuse. Sans observer de pause, Nott reparti de plus belle, tractant son ancien camarade par magie.

Ils débouchèrent sur une grande rue piétonne, étrangement vide malgré l'heure. Des affiches par dizaines tapissaient les vitrines des magasins d'artefacts magiques. En s'y attardant, Drago reconnut qu'elles étaient toutes rédigées en français, et imprimées dans des teintes alternant entre le rouge sombre et l'ardoise.

-Avenue des Mages, Paris, annonça Nott, confirmant l'impression de Drago. Le Ministère Français est tombé le lendemain du nôtre, grâce à nos envoyés qui ont travaillé le terrain pendant des mois.

La rue était désertée. Des prospectus jonchaient le sol, des capes traînaient çà et là, des vitres explosées n'ayant pas été réparées s'alignaient avec les magasins aux rideaux baissés. Des caisses de potions éclatées au sol avaient laissé leurs contenus se répandre sur les pavés, qui arboraient par endroits des oreilles, de la fourrure ou qui lâchaient des hurlements aigus. Des boutiques avaient visiblement été visitées par des chapardeurs, et exposaient tristement leurs rayonnages dévalisés.

Alors qu'il se penchait pour déchiffrer un des prospectus aux couleurs agressives, la main de Nott lui agrippa l'épaule, et de nouveau il se sentit aspiré dans un fin tuyau, et par reflexe, ferma les yeux.

Il les rouvrit sur une grande place circulaire, jalonnée de colonnes de marbre. Les boutiques, qui encerclaient le spacieux forum, présentaient le même air de désolation qu'à Paris. Verre brisé, portes en bois arrachées et pendant sur leurs gonds, trace de lutte et d'explosions aux murs. Dans un recoin, à la lisière d'une allée transverse, un petit groupe de sorciers discutaient en italien sous leurs larges robes noires à capuche. A peine eurent-ils le temps de se tourner en direction du duo de voyageurs, ceux-là s'en étaient déjà allés.

A une vitesse effrénée, Nott emmena Drago au Portugal, en Bulgarie, en Pologne, en Finlande, en Grèce. Le même spectacle de désolation s'étalait devant leurs yeux, à la variation près de la langue dans laquelle étaient rédigés les paragraphes d'incitation à la haine, à la traque des Traîtres et à la délation. Alors que la compréhension des évènements faisait son chemin dans l'esprit de Drago, Nott l'agrippa une énième fois, et ils atterrirent dans une allée que Drago connaissait fort bien, cette fois.

Le Chemin de Traverse était à l'image des places magiques qu'il venait de voir, peut-être plus vivante. Des patrouilles de robes noires allaient de boutiques en boutiques, rendant à la rue un aspect plus respectable, ou du moins, un peu moins saccagé. Les vitrines autrefois tenues par des Nés Moldus restaient cependant à l'abandon, des insultes gravées dans le bois de leurs devantures. Du coin de l'œil, Drago aperçut la boutique de Madame Guipure, toutes tentures noires tirées, et l'animalerie Jagger barricadée.

Derrière lui, la voix de Nott résonna.

-J'ai besoin que tu restes au Manoir. C'est le tien, Berkings s'écrasera devant toi si tu fais preuve d'un minimum d'autorité. Tu auras carte blanche, tu feras bien ce que tu veux avec les Traîtres, du moment qu'ils ne foutent pas le camp. Tu retrouveras ta position, tes responsabilités. C'était bien sympa ta crise d'ado, mais là il faut rentrer, et affronter le monde.

Alors que les pensées s'agitaient dans le crâne de Drago et qu'il voyait toutes ses portes de sortie se fermer les unes après les autres, Nott se saisit une dernière fois de son épaule, et avant de transplaner, il se mit devant lui, le regard perçant les prunelles grises de Drago.

-Ne me déçois pas. Et n'essaye pas de t'en aller. Je n'hésiterais pas à te tuer, tu t'en doutes bien.


Alley, à la prochaine les copains ! Si vous avez aimé, si vous avez des trucs à dire, pensez à la review, ça fait toujours plaisir ;)
La bise, Oochoo