France, Paris,
16 décembre
Jour 2
S'approchant du canapé deux places à pas feutrés, il réprima une grimace en tombant sur le cabinet bien rempli de son frère. L'Oméga vidait une bouteille de gin ou de vodka par jour. Le choix dépendait du niveau de désastre de la politique internationale ou de son mental plus qu'à jamais anéanti. Mais l'Homme de Glace, toujours fidèle à sa nature impassible, demeurait insensible aux yeux du commun des mortels.
Seul Sherlock Holmes pouvait reconnaître les signes d'un éthylisme profondément chronique. Son frère était de ceux qui subissaient la dépendance tout en restant parfaitement opérationnel. Ses discussions enflammées avec Daiyu Li le montraient bien. La princesse disparue avait toujours été au fait des problèmes de ses deux amis. Comme la plupart des agents de la SSA en position de stress soutenu et quotidien, ils noyaient leur désarroi dans ce qu'ils pouvaient trouver de facile et discret. Pour Kalyn, cela avait été l'alcool. Pour Mycroft, cela oscillait entre une haute tolérance aux traitements physiques inacceptables, le sexe et bien entendu, toujours l'alcool. En définitive, les deux agents avaient été sommés de se sevrer à maintes reprises. Ils avaient bien tenu le coup…
Jusqu'au terrible évènement.
Et depuis, la descente aux enfers recommençait. Mycroft ne s'arrêtait plus. Il travaillait constamment, s'engouffrant dans les méandres de la politique internationale, des affaires financières, de l'espionnage, du contre-espionnage, s'occupaient des détails mortuaires de sa meilleure amie devenue pour lui un simple dossier à traiter, considérait Gregory comme un objet de satisfaction physique et se cloîtrait le reste du temps dans sa suite du Ritz, à Paris. Et parfois, seul à l'abri des lourds rideaux en toiles centenaires rouges et dorées, il se laissait aller devant une des majestueuses fenêtres de sa suite, observant d'un oeil haggard les touristes de la Place de la Concorde, un verre d'alcool dans la main.
Ce jour-là, ses doigts avaient abandonné le cristal des verres à cognac pour une cigarette.
Sherlock Holmes avait juré à sa mère de s'occuper de son frère malgré leur déconvenue et éternelle querelle. Seul lui pouvait le comprendre.
— J'ai toujours pensé bien faire en agissant pour le bien d'un grand nombre de personnes plutôt que pour celui d'un groupe restreint… Je suis étonné de voir que peu de gens sont au courant de cet aspect de mes actes. Dis-moi, cher frère, à quoi donc je ressemble? murmura l'élégant A Oméga à la fine silhouette émaciée. Il tira une nouvelle fois sur sa cigarette et se retourna vers l'Alpha de sa famille.
Sherlock s'affala dans un fauteuil confortable. Il croisa les jambes et toisa son frère.
— Maman n'apprécie pas ton ermitage. Et je te trouve idiot de me prendre pour un imbécile. Bien sûr que tu agis pour le compte de tous. La contrepartie est à la hauteur de ta fainéantise. Tu es à l'origine de bien des meurtres et de révoltes, surtout à New-York.
— Je n'ai pas été à l'origine de cette cacophonie politique.
— Si tu penses vouloir bien faire en prenant la SSA et le Circus comme terrains d'expérimentation de tes thèses sur l'humanité, tu as bien réussi. Le Circus est infiltré, la SSA est une marionnette à ta disposition. Dimitrov est tombé dans ton piège, comme nous tous. Mais ce n'est pas tout…
Sherlock se pencha en avant. Il reposa le menton sur le bout de ses doigts, adoptant sa position favorite.
— Le développement de la Roseraie n'est pas une mince affaire. Tu espères trop des hommes, Mycroft. A ta place, je m'en ferais moins et me contenterai d'aller aider ceux qui le méritent.
L'aîné Holmes avait allumé une autre cigarette. Il demeurait muet.
— Tu ne peux pas supporter le poids de l'idiotie humaine sur tes épaules, seul. Tu en deviens toi-même une tare pour l'humanité. Regarde-toi, si sexy, si maigre et si élégant dans ton costume trois-pièces impeccable et tes cheveux plaqués. Mais tu ne vis plus.
— Je vais bien. Cela ne te ressemble pas de te faire du souci… surtout pour moi.
Sherlock esquissa un rictus.
— Je me trouve moi-même imbécile en te parlant. Je me rabaisse en venant à ta rencontre. Mais Gregory… je n'ai pas envie de le voir se faire laver le cerveau comme vous tous à la SSA, jeta l'A Alpha.
— Comment va-t-elle? demanda Mycroft.
— Aussi bien qu'un légume. Au moins, elle ne boit pas contrairement à toi. Ses cheveux ont été coupés. A force de ne pas aller chez le coiffeur, elle devient sauvage… Elle a perdu du poids, regarde devant elle sans rien dire. C'est une coquille vide. Au moins, tu restes actif… Surtout au regard de l'état de Gregory à chaque fois qu'il ressort d'ici.
— Heleen était comme une mère pour Kalyn. Et Mer… Sa Majesté impériale la princesse était l'amour de sa vie. Elle n'est pas comme nous, Sherlock. Elle éprouve des sentiments, prononça lentement l'aîné Holmes avant de jeter son mégot terminé dans un verre d'eau égaré.
—J'ai lu son dossier. Danseuse modern-jazz et hip-hop, hein? Très côte Est malgré son rêve d'aller en Californie. Je n'arrive toujours pas à croire que tu as réussi à transformer une orpheline sans éducation en une terrible milliardaire et agent triple… Mycroft… Je m'inquiète pour vous…
Sherlock esquissa une énième grimace avant de se renfrogner davantage.
— Non, oublie que j'ai dit cela… lâcha-t-il pour se rattraper, mais trop tard.
Mycroft s'était servi un verre de cognac. Mais il avait définitivement posé ses yeux sur son frère enfoncé dans le fauteuil. Il était bouche bée. Sherlock grogna avant de se relever et de reprendre son air d'arrogance insupportable.
— Je ne veux pas savoir ce que vous mijotez John, Aden, Gregory et toi. Mais si j'entends une énième plainte des services secrets français, je vous ferai extrader moi-même vers le Tchad. Je n'apprécie pas de recevoir un appel du ministre de l'intérieur au sujet d'un homme vivant retrouvé enterré à moitié sous terre à Vincennes, énonça Mycroft pour mettre un terme à cette minute d'inconfort. Les sentiments étaient définitivement un terrain miné entre les deux frères.
L'oméga brandit son verre vers Sherlock. Ce dernier ravala un rire désabusé avant de partir dans un jet de manteau.
— Appelle maman et ressaisie-toi, s'il te plaît. Je n'ai pas envie d'assister à un énième enterrement, Mycroft, souffla l'A Alpha avant de claquer la porte derrière lui.
*xXx*
France, Paris,
16 janvier
Jour 33
Gregory Lestrade jouait un air d'Adèle sur sa guitare sèche, assis au bord du lit, le regard en coin, tourné vers l'homme qui se tenait comme à son habitude face à la vitre. Il entonna quelques paroles par-ci, par-là. Il oubliait souvent quelques mots, mais se rattrapait en improvisant.
Leurs recherches ne les menaient pas loin. Aden, John, Sherlock et lui passaient leur temps à étudier toutes les possibilités, aidés par les services secrets privés d'Aden. Ce dernier se refusait à abandonner l'enquête tant que l'implication de ses parents ne fusse pas mise à jour. En effet, Aden Xander Banaart se sentait coupable d'avoir abandonné sa famille dix ans de cela en quittant la SSA pour faire fortune aux Etats-Unis et mener une vie de cow-boy des technologies et de l'industrie de pointe. Aujourd'hui, il utilisait ses ressources infinies pour découvrir les raisons derrière l'assassinat de Daiyu Li par Heleen Banaart.
Ils avaient interrogé Odval. Sans succès.
Ils avaient tenté de parler avec Kalyn Keller. Elle demeurait coquille vide.
Enfin, Gregory Lestrade passait le reste du temps avec Mycroft Holmes. L'amour impossible de sa vie, comme il aimait se l'appeler en secret, s'était cloîtré dans le travail, le travail, le travail. Parfois, il buvait. Sinon, il baisait. Gregory avait cessé de compter le nombre de fois qu'il avait enculé l'A Oméga contre un mur du Ritz, qu'il l'avait pris sur la moquette centenaire… Il était devenu son sex-toy.
Au moins, il est fidèle contrairement à mon ex.
Gregory connaissait les moindres centimètres de la peau laiteuse de l'oméga. Il savait que sur sa cuisse gauche était gravée une inscription latine en encre blanche. Elle était dédiée à la connaissance, la paix et l'amour. Trois mots qui décrivaient bien le caractère de Mycroft Alexander Holmes. Et ce tatouage révélait tout sur son tempérament, bien placé à l'intérieur de sa cuisse, non loin de sa zone secrète. Parfois, Greg se demandait combien de personnes avaient eu le temps d'étudier son corps comme il le faisait, et combien avaient vu ce tatouage dissimulé. Il espérait en être le seul. Idiot! Myc est sorti avec une quantité infinie de personnes. Tu n'es rien si ce n'est son sex-toy actuel…
Mais il l'aimait. Et comme il l'aimait avec sa chemise débraillée, au sortir du lit, buvant un verre de gin, une cigarette entre les doigts, les cheveux en fanfare, les lèvres encore gonflées par l'amour et la peau enflammée d'un rouge séducteur!
Je t'aime, je t'aime… Mais tu ne me regardes pas. Tu penses encore à elle, hein?
Il était aussi désespéré que Mycroft. En quelques mois, Merry était devenue comme une soeur pour lui, avec son tempérament de feu, son excentricité et sa détermination, hors-norme pour une princesse. Gregory avait appris à apprécier son langage épicé, ses tournures maladroites et sa passion pour les mythes et l'histoire. Il avait dévoré les quelques livres et essais qu'elle avait publié, s'était lancé dans la montagne de ses récits de voyages. Il avait écouté ses disques préférés, visité ses endroits adorés à Paris, découvert son histoire personnelle. L'héroïne tragique était en tout point complémentaire à Mycroft. Les deux meilleurs amis se complétaient comme deux parties d'un même être. Si le terme d'âme soeur existait, ils l'étaient. Mais non.
Ils se faisaient du mal à rester ensemble.
Ceci, Gregory l'avait vu très tôt. Les deux se détruisaient mutuellement. Mycroft par sa quête de la paix et Merry par celle de la vérité. Les deux ne pouvaient pas demeurer ensemble. C'était là qu'entraient en jeu Kalyn et les autres. Ils parvenaient à mettre un peu de réalisme dans le crâne de ces deux entêtés.
Mais maintenant, Mycroft Holmes était seul maître à bord. Et il se détruisait encore plus. C'était bien pire qu'imaginé. Gregory s'était attendu à le voir pleurer de chagrin, se déchirer les poumons et s'énerver contre le monde entier. Mais non. Encore une fois, l'aîné Holmes l'avait laissé bouchée bée. Alexander était devenu méconnaissable. Encore plus glacial qu'auparavant, il prenait les rênes du pouvoir du monde dans une vitesse folle, et ceci, sans quitter le Ritz.
Son seul amusement consistait en Gregory.
Quelle ironie! D'habitude, ce sont les omégas et surtout les A Omégas qui constituent les sex-toys pour alphas.
Greg lâcha sa guitare.
Mycroft s'était avancé vers lui et déboutonnait les quelques boutons qui restaient de sa chemise. L'A Alpha désirait juste un regard doux de l'oméga, une plaisanterie comme ils se les échangeaient en Chine, plus d'un an de cela. Mais Mycroft continuait de lui dévorer la nuque, les joues, la clavicule, les tétons de ses dents rageuses et insatiables, sans rien dire. Son visage ne trahissait rien d'autres qu'une impassibilité entrecoupée de désir sexuel. Greg ferma les yeux.
L'Alpha le plaqua contre lui avant de retomber dans le lit, continuant de subir les pleurs invisibles de l'oméga. Je t'aime, si tu le savais… Je suis prêt à tout pour toi.
Greg l'encula une nouvelle fois, le prenant par derrière, pistonnant le pénis oméga entre ses mains rudes et ses doigts abîmés par la cigarette et la guitare. Il hurla de peine et d'extase. Il déversa le flot de son amour dans le corps endolori et si désirable de Mycroft qui demeurait silencieux. Ils savaient qu'ils reprendraient dans quelques heures. C'était devenu une routine.
*xXx*
France, Paris,
20 janvier
Jour 37
Sherlock et Gregory se toisaient mutuellement. Le premier était emmitouflé dans son manteau signature, écharpe bleue nouée autour du cou. Il portait des gants en cuir fin, neufs. Il n'avait pas dormi depuis belle lurette au regard de ses cernes violacées. Le second avait abandonné les manteaux longs et désolants pour une parka bleue marine Canada Goose, la fourrure ornant une capuche défraichie par la pluie et le froid. Ses boots fétiches avaient souffert de la boue et de la pluie, tandis que son jeans noir finissait de mourir. Il avait besoin d'une bonne coupe de cheveux.
Les deux A Alphas se tenaient debout en plein milieu du salon de la suite au Ritz de Mycroft Alexander Holmes. Ce dernier terminait un verre de vodka. Il tenta de le remplir à nouveau, sans résultat. La bouteille était vide.
— Je n'irai pas t'en chercher une autre, cher frère, dit Sherlock dans un ton cinglant.
Mycroft soupira et se retourna une nouvelle fois vers la fenêtre donnant sur la Place de la Concorde.
— Qu'avez-vous à me dire de nouveau? demanda l'aîné Holmes, les cheveux coiffés à l'ancienne. Il portait un costume trois-pièces à connotation française, avec pantalon cintré et détails en soie imprimée. C'était du Berlutti sans conteste. Il était élégant et sexy, comme toujours.
— Sally et Ethan sont aux Etats-Unis. Ils collaborent avec les forces spéciales de la SSA sur place pour calmer cette maudite révolte civile. Raf Sullivan et Dimmock, qui aide aussi la SSA, restent au chevet d'Anna. Il semble que Raf est sur la piste d'un remède. Ethan l'aide un peu. Aden lui a fourni des moyens médicaux pour mener à bien ses recherches. Le reste, c'est habituel, dit Gregory en s'ébouriffant davantage les cheveux. Il se débarrassa de sa parka, découvrant une chemise Oxford bleu ciel et un blazer noir. Ce qui lui donna instantanément une allure distinguée pour un ex-flic du Met.
— Et comment va Bai Long? demanda Mycroft.
— Comme toujours, avec Chiara et les intendants. Maman est partie le rejoindre une nouvelle fois, en prenant Molly et Mrs. Hudson avec elle cette fois-ci. C'est un désastre. Il a barricadé toutes les frontières asiatiques de l'Occident, commença Sherlock.
— S'il continue dans cette voie, on aura une pénurie de produits électroniques importés et en échange, les expatriés, aussi rares qu'ils le sont en Asie, ne pourront plus profiter des mets anglais et français. La fortune de Kalyn en pâti un peu du côté de ses activités d'import-export. Mais comme elle marche surtout à la finance aujourd'hui… Bref, rien de neuf, maugréa Gregory avant de détourner le regard des yeux perçants de l'A Oméga.
Sherlock leva les bras aux cieux.
— Je vous laisse. Je n'ai pas envie d'assister à vos… échanges… grogna l'A Alpha. Il lança un regard accusateur et montra ses crocs à celui qui possédait régulièrement son frère oméga.
— Je pars à Hong Kong, interrompit l'aîné Holmes.
Les deux Alphas se tournèrent aussitôt vers l'oméga, bouche bée.
— Bien, tu te décides enfin à sortir de ta fainéantise. Mais ne prends pas Gregory dans tes bagages. J'ai besoin de lui pour divertir Aden. Sinon il m'empêche de travailler… rétorqua Sherlock avant de claquer la porte.
Ce qui laissa Mycroft et Gregory seuls dans le salon.
*xXx*
France, Paris,
23 janvier
Jour 40
— Je m'inquiète pour toi, Myc… dit Aden avant de se retenir de prendre le bel oméga dans ses bras.
Mycroft ne broncha pas un mot. Il continuait de fixer la place de la Concorde, la cigarette bien entamée tenue dans une main, tandis que l'autre était occupée à tenir une oreillette qui ne voulait pas rester en place. Il était inquiet pour son frère qui avait décidé d'interroger une énième fois la robotique Odval. C'était étrange comment les rôles s'étaient inversés dans la famille Holmes. Sherlock était l'Alpha de famille mais tout le monde pensait que le rôle incombait à Mycroft Holmes. Et en bon B Bêta public qu'il était, Mycroft encourageait ces rumeurs. Un A Oméga était maltraité en Europe. Et même si ses amis constituaient des exceptions, cela n'empêchait pas le reste du monde de penser comme jadis.
Il savait bien que tout le personnel du Ritz le considérait comme l'oméga de plaisir d'un certain A Alpha mature aux cheveux grisonnants. Il ne s'en offusquait pas. C'était une bonne couverture. Et puis, il l'était un peu… Gregory prenait du plaisir à le prendre tous les jours, plusieurs fois par nuit et le midi.
Malgré la fin de la Loi Internationale au Royaume-Uni, en France et dans quelques pays d'Europe du Nord, les omégas et alphas étaient toujours maltraités par la société en grande partie constituée de bêtas. A côté de cela, les préjugés traditionnels sur les omégas au foyer et les alphas dans des postes clés demeuraient.
— Je n'ai pas besoin d'un chaperon bêta ou alpha, répondit Mycroft en grognant. Il se tint droit et ignora le bêta qu'il avait aimé tant d'années auparavant.
Aden Xander Banaart avait changé avec les années. Sa façade enjouée cachait encore des blessures familiales irréparables. Il avait toujours eu du mal à s'intégrer dans le clan compliqué de son père. Il avait fui l'Europe pour les Etats-Unis pour se faire une carrière alors qu'il avait abandonné ses études à Londres. Là-bas, il avait trouvé l'anonymat et une vision basée sur la méritocratie. Mycroft était de ces gens-là, mais il savait que son génie en était imputable en grande partie. Aden, quoique d'une intelligence nettement supérieure à la moyenne, n'était pas un génie. Il avait juste une chance inouïe et un culot évident. C'était suffisant pour réussir dans les affaires aux Etats-Unis. Mais ce ne l'était pas pour réussir à garder la notoriété sociale, économique et politique de sa famille comme bêta mâle. Heureusement que sa soeur, Amelia Longburn née Banaart, possédait ces capacités. Aujourd'hui, Aden tentait de retrouver son manque de confiance en soi et réparer les conséquences de sa fuite aux Etats-Unis en se jetant à corps perdu dans les enquêtes avec Sherlock, John, et… Gregory.
*xXx*
France, Paris,
24 janvier
Jour 41
John Watson comprenait le problème que Mycroft Holmes avait. Ce dernier était désormais connu dans le Ritz comme l'oméga entretenu d'un riche anglais aux cheveux argentés et l'allure rockeuse. C'était une honte se disait le B Oméga médecin. S'ils savaient qui était véritablement Mycroft… Mais la vie est dure et nous nous battons pour notre idéal.
Mais l'urgence n'était pas là.
— Odval s'est échappée. Sherlock est en rage. Il voulait venir vous prévenir mais comme vous partez demain à Hong Kong… Je sais qu'il est très Alpha de famille parfois, alors je suis venu à sa place pour vous annoncer la nouvelle. Nous partons à sa recherche. Je ne peux pas rester malheureusement. Mais j'ai informé les intendants sur place ainsi que votre mère. Ils s'occuperont de vous, dit John avant de se couvrir la bouche.
Il venait de commettre une énorme erreur. Mycroft Holmes n'avait pas besoin de gens pour s'occuper de lui. Mais les préjugés restaient. Il était un oméga en détresse aux yeux de la société avec son isolement et son alcoolisme latent. John Watson était désolé pour lui.
— Je suis désolé, fit-il avant de se lécher les lèvres.
— Je suis déjà au courant. Il faut dire que je m'en doutais. Odval est une agent surentraînée de la Roseraie. Cela me rassure sur ses compétences. Elle est donc bien précieuse pour nous. Il vous faut la retrouver, les conséquences sont trop importantes. Compris? fit l'A Oméga dans un ton glacial.
John comprit l'allusion. Mycroft lui faisait payer son indiscrétion sur sa nature oméga. Il était très susceptible ces derniers jours. Seul Gregory avait le droit de le voir à présent. L'A Alpha avait juste eu l'intelligence de ne jamais lui parler sans permission, comme un parfait oméga soumis.
— Bon courage, Mycroft, dit John avant de refermer la porte derrière lui.
*xXx*
France, Paris,
24 janvier
Jour 41
Dix minutes plus tard
Gregory Lestrade avait quitté sa parka d'aventurier du grand nord. Elle était jetée sur un fauteuil du salon.
Mycroft l'observait.
Le froid hivernal lui donnait des joues roses, mettant en valeur ses yeux chocolatés. L'Oméga se retint de se jeter dans ses bras. Il avait tant besoin de lui et il en profitait. Sauf que ce n'était pas assez.
Il voulait… Il voulait l'embrasser tendrement, effleurer la joue rugueuse de l'alpha de ses lèvres, répandre sa senteur mielleuse et opiacée sur sa peau bronzée. Il désirait lui prendre la main et jouer avec ses cheveux argentés. Il voulait être dans ses bras, engouffré dans ses caresses, à l'ombre dans un parc, si possible à Londres. Il rêvait d'être l'élu du coeur de l'honorable Superintendant de la police d'Hong Kong et ancien DI du Met. Il l'aimait, il l'aimait tellement.
NON!
Il était perdu. Son cerveau lui criait des ordres dans tous les sens.
Non, non, non. Il devait absolument téléphoner à Eva avant de partir. Ses bagages étaient prêts et Bai Long avait besoin de lui tout de suite.
Et Kalyn? Que fait-elle? Comment va-t-elle? Je dois aller la voir!
Non, non… Il avait encore un dernier détail à régler concernant le testament de Merry. Elle lui crierait dessus si rien n'était fait selon ses désirs.
Mais où est donc son fichu testament? Pas en Italie j'espère!
Et puis, Odval avait pris la poudre d'escampette. Il sortit son téléphone portable et pianota quelques ordres.
— Cela devrait vous aider, fit-il en tendant une carte bleue à Lestrade.
Ce dernier avança vers lui.
Ce n'est pas vrai, j'ai oublié que Maman était à Hong Kong!
Il se détourna une nouvelle fois de l'A Alpha et alluma une dernière cigarette.
Je n'aurais pas dû toucher à ce fichu paquet de cigarettes! J'étais sobre pourtant.
Il chercha son verre de cognac et le remplit rapidement puis jeta le contenu dans sa trachée assoiffée. L'effet fut instantané. Il se sentit reprendre son calme.
Il croisa le regard de Gregory. Cher Gregory, tendre, magnifique Gregory. Tu sacrifies trop de choses pour un ignoble agent sale comme moi. Tu devrais être dans les bras d'un autre. Au lieu de cela, tu te sacrifies pour moi.
Gregory lui prit le verre des mains et termina de boire le liquide ambré, rejetant la tête en arrière. Il s'approcha davantage de Mycroft, lui prit le visage avant de l'embrasser avec une force nouvelle.
— Ce n'est qu'un au revoir, n'est-ce pas? murmura l'A Alpha avant de l'embrasser une dernière fois.
Lorsque Mycroft reprit ses esprits, il avait déjà disparu.
