— Deux —

France, Paris
24 janvier
Jour 4

— Non mais d'un sacrebleu! jura Gregory Lestrade en français.

Les trois hommes à ses côtés levèrent en coeur leurs sourcils en réaction aux jurons colorés de l'A Alpha. Leurs bras étaient trop occupés par leurs nombreux bagages. Aden Xander Banaart avait emmené une de ces valises sur-mesure qui n'étaient réalisées que par Louis Vuitton. C'était une drôle de malle de taille moyenne, avec roulettes, multiples poches, et surtout, le fameux monogramme avait perdu ses célèbres initiales L et V pour du AXB en puissance. Et elle était rose bonbon, en accord avec son hélicoptère. Sherlock Holmes ne s'embêtait pas non plus avec une Rimowa flambant neuve, tandis que Greg et John demeuraient lucides avec leurs sacs habituels: une valise à quatre roues noire taille cabine pour le premier et l'habituel sac de soldat pour le second. Il suffisait d'observer ces bagages pour tout apprendre sur leur propriétaire.

Mais ce qui les embêtait n'était pas tant la valise rose bonbon d'Aden, ni le trench Burberry drapé sur le bras de Sherlock pourtant emmitouflé dans son manteau fétiche. C'était le véhicule qui devait leur permettre de rattraper Odval partie en voiture qui détonnait. Ils devaient la retrouver au plus vite et elle se dirigeait vers le sud, dans une voiture immatriculée en Espagne.

— Putain de mille sabords! continua en français Greg, abasourdi.

— C'est mille millions de mille sabords. Tu dois relire Tintin avant de t'approprier son vocabulaire, remarqua Sherlock en levant les yeux aux cieux.

Le reste du groupe se retourna vers l'A Alpha, les bouches à nouveau ouvertes. Sherlock Holmes avait lu Tintin… c'était… improbable. Mais si Holmesien.

— N'empêche… c'est du joli travail, fit John en se léchant la lèvre inférieure. Sherlock se rapprocha instinctivement de son oméga et lui encercla la taille, jetant des regards possessifs sur son oméga lié.

— Disons que c'est mieux qu'avoir l'emblème du Saint-Siège… ajouta Greg incapable de décoller les yeux de la Maserati Granturismo qu'il avait appris à connaître et surtout, à conduire.

Une équipe de la SSA et des services privés d'Aden avait entreprit de modifier quelque peu le magnifique véhicule. Ce dernier portait désormais une élégante couleur bleu marine. Tout avait été allégé grâce au carbone en remplacement de la boiserie. Le cuir des sièges couleur bordeaux contrastait avec le bleu nuit du carbone intérieur. Les calandres, les phares, et le pot d'échappement avaient été teintés en noir par souci de discrétion. Enfin, l'intérieur était bien plus confortable et garni en rangements cachés qu'auparavant.

— Et vous n'avez rien vu! s'écria Aden en allumant le tableau de bord.

En effet, tout était connecté aux derniers systèmes GPS et autres traqueurs fournis par la SSA. Ils pouvaient à présent travailler dans le véhicule.

— Je pense qu'on a assez perdu du temps à rester bouche bée. Allons-y, intervint John Watson en prenant les devants. Il s'installa sur la banquette arrière, bientôt suivi par Sherlock qui ne voulait pas le laisser seul.

Et comme toujours, ce fut Gregory Lestrade qui servit de chauffeur. Tout le monde s'entendait sur ses talents de pilote. Et personne ne voulait laisser Aden et encore moins Sherlock derrière le volant. Ils tenaient à rester en vie.

Le groupe partit en trombe de la place de l'Etoile, bien motivé à rattraper Odval que les satellites sponsorisés par le Pape surveillaient.

*xXx*

France, Paris,
24 janvier
Jour 41

Odval avait volé une Lamborghini au niveau de la place de l'Etoile. Ces voitures étaient nombreuses à Paris. La capitale française était très souvent prise entre travaux et embouteillages. Les motos étaient plus pratiques. Elle devait absolument quitter la France. L'Espagne était un bon choix. La Roseraie possédait un bureau d'intelligence majeur dans la banlieue de Barcelone. Elle pouvait de cette manière se remettre rapidement au travail.

Elle démarra en trombe. Elle était rassurée d'avoir choisi un véhicule neutre et bien entretenu. Elle s'engagea sur le périphérique.

*xXx*

France, quelque part non loin de Toulouse,
24 janvier
Jour 41

— Tu sais quoi Sherlock? Je pense qu'on va éteindre cette fichue radio avant que tu ne la démontes et la jettes dehors! cria John en tirant sur la chemise de son Alpha penché sur la radio.

— John, Sherlock, s'il vous plaît. Certains essayent de bosser ici! cria Aden en retour, las de voir Sherlock jouer des coudes contre sa cuisse gauche.

— Tu aurais dû t'installer sur le siège passager à la place d'Aden. Tu nous déconcentres en étant impossible, maugréa Greg, les yeux toujours rivés sur la route. Il attrapa une chips d'une cachette de nourritures dissimulée dans sa portière.

— Arrête de parler la bouche pleine! riposta Sherlock en appuyant sur un autre bouton.

— Tant mieux si mes miettes tombent dans ta chevelure de macaque… commença Greg avant de se prendre une avalanche de boucles noires devant les yeux.

— SHERLOCK! gueulèrent Aden et John en le virant du champ de vision de Greg.

— Wouaaaahhhh! continua Aden en se couvrant les yeux.

— Hmfff! grogna Sherlock.

L'ex DI manoeuvra habillement et fut soulagé de constater qu'à l'exception de quelques klaxons, rien de grave ne leur était arrivé. Il soupira de soulagement et se décida à ignorer la bande de cinglés qui l'accompagnait. Il regrettait les silences impassibles de Mycroft, les questions incessantes de Raf et même Ethan et ses blagues salaces le rendaient nostalgique. Rien n'était pire que d'écouter les tons colorés et aigües d'Aden entre deux jets de papiers et stylos et se prendre les cheveux, les mains, les doigts, les postillons et les remarques de Sherlock Holmes.

— Mais tu es impossible, Sherlock! Arrête de gigoter et reviens sur ton siège. Greg, éteints la radio, j'en ai marre de ces changements de chaînes entre Voltage, Skyrock et ce truc bizarre… Nova. Et Aden, si tu peux arrêter de beugler au téléphone sur tes assistants et nous épargner tes stylos, cela nous ferait du bien, intervint John Watson d'un ton militaire sec.

Dieu merci John… Si tu n'étais pas lié à Sherlock, je t'aurais embrassé sur le champ!

Ce fut vain. Car Sherlock et Aden s'engagèrent bientôt dans une vive discussion en allemand sur les dernières innovations médicales en matière de dissimulation de dynamiques.

Et puis son téléphone sonna. Décrochant l'appareil intraçable asiatique de la dernière génération, il fut surpris de reconnaître la voix de Mycroft Holmes à l'autre bout du fil.

— J'espère que mon frère et Aden ne vous causent pas trop d'ennuis, dit Mycroft dans sa voix velouté, très oméga. Très très très A Oméga…

Mycroft Holmes, tout comme son frère, avait toujours eu cette capacité à disséquer les moindres ressentis et pensées de Greg. Et comme toujours, il venait de deviner le fond de sa pensée. C'était si...

"— Qui est-ce? demanda Sally Donovan à ses côtés. Elle venait tout juste de rejoindre son équipe. Nouvellement promu Detective Inspector, Gregory Lestrade se plaisait à constater qu'il avait enfin la liberté d'agir au gré de ses envies. Et cette Sally était plutôt bonne dactylographe. Il pouvait lui déverser son flot quotidien de dossiers à remplir.

Mais pour l'instant, les deux gardiens de la paix étaient focalisés sur un certain individu. Ce dernier avançait avec assurance dans leur direction, un parapluie attaché au bras. Tap, tap, tap faisait la pointe de l'instrument qu'il devinait être bien plus qu'il ne l'était. L'homme était grand, élégant, puissant. Gregory trembla. Chacune des apparitions de Mycroft Holmes lui glaçaient le sang. Et la jeune assistante collée à ses basques n'était pas mieux. Longs cheveux bruns tombant sur les épaules, la B Alpha claquait ses talons aiguilles sur le bitume de la scène de crime. Elle avait les yeux rivés sur son Blackberry. Elle était intelligente, vive et très sûre d'elle. Mais une douceur et grâce étrangères semblaient également tracer leur chemin dans son attitude droite. Une jeune femme comme elle était trop compétente pour n'être qu'une humble assistante. Cela révélait beaucoup sur la position de Mycroft Holmes dans le gouvernement.

Enfin, les deux intrus se plantèrent devant Lestrade et Donovan.

— J'ai ouïe dire que cette affaire est prise en charge par mon frère, susurra Mycroft Holmes en penchant légèrement la tête sur le côté.

Gregory Lestrade trembla d'effroi et de… il ne savait pas quoi. La voix et le regard pénétrant du Gouvernement personnifié lui glaçaient le sang. Mais il avait chaud, affreusement chaud. Il ne savait pas pourquoi."

… Si érotique. Sept ans plus tard, Gregory Lestrade parvenait enfin à décrire l'étrange sensation qui l'envahissait dès qu'il se retrouvait en présence physique ou non de l'aîné Holmes. Il était choqué de savoir que dès le début de leur soi-disant relation professionnelle, il était attiré physiquement par Mycroft Holmes. Aujourd'hui, cette attirance s'était muée en une relation purement physique. Les deux étaient très compatibles de ce point de vue.

Mais il désirait plus, autre chose, bien plus que Mycroft ne pouvait daigner lui offrir, il le savait.

— Ma priorité n'est plus de rattraper Odval, mais de rester en vie. Cela devrait suffire comme explication, n'est-ce pas? répondit-il dans un ton qu'il voulait professionnel.

— Merci… Bon courage… Sur ce, l'aîné Holmes raccrocha. Cela suffisait amplement à Gregory.

— Oi! Arrête de sourire comme ça, tu nous fout le pétard, Greg! s'exclama Aden en feignant un signe de dégoût.

— Il était au téléphone avec mon frère, jeta Sherlock, boudeur, bras croisés.

John soupira et leva les bras aux cieux pour la dixième fois depuis leur départ de Paris. Ils n'étaient même pas encore arrivés à Toulouse, et ils avaient déjà mal au crâne à cause de Sherlock et d'Aden.

— Tu n'as pas l'air bien jaloux, Aden, fit Sherlock par provocation.

Ce dernier feignit une grimace avant de croiser les bras. Il éteignit les nombreux appareils qui décoraient ses cuisses et rassembla ses dossiers et stylos dans un coin.

— Pour dire la vérité… nous sommes sortis ensemble pendant plusieurs années, mais c'était il y a longtemps. Cela ne pouvait pas marcher. Myc… il ne veut pas se lier. Sans doute jamais d'ailleurs. Et même si ce n'était pas un problème pour moi, cela ne suffisait plus après trois ans. Il a refusé ma demande en mariage. On s'est séparé pour cela… Vous voyez, je l'aimais. Je l'aime toujours d'ailleurs, comme un idiot, ha! Mais s'il ne voulait même pas se marier avec moi, alors que je n'ai rien demandé en retour… Au diable les contrats de mariage et tout… Je n'avais que lui dans ma tête. Ma fortune dépasse de loin la sienne et ma position dans la société… Sans offense, Sherlock, mais mon clan est très ancien et très respecté. Les Banaart et surtout, les Macmillan d'où descendait mon père, sont considérés comme faisant parti de la royauté. Je lui offrais tout. Mon amour, mon temps, ma carrière, ma position sociale, mon être et mon esprit tout entier. Mais il ne voulait pas ça de moi… Et pourtant, il assurait m'aimer. Mais il n'était pas prêt. Alors je me suis fâché, et on s'est quitté ainsi. La suite n'est pas très glorieuse. Qui ne veut pas de Mycroft Holmes? Cette créature est l'incarnation d'Aphrodite!

— Alors pourquoi ne pas tenter de le reconquérir? demanda timidement John, curieux du ton très solennel pris par leur ami pourtant si impertinent. Sherlock l'embrassa, attendrit par la bouille gênée du B Oméga.

— J'ai essayé. Dieu comme j'ai tout tenté pour espérer le reconquérir! Mais il trouvait constamment un prétexte. Entre toi Sherlock, puis toi John, enfin Moriarty, puis le retour de Daiyu, puis tout le reste… Je savais qu'il n'y avait plus d'espoir. Et ensuite, vous êtes entrés dans la SSA. Et on commençait à murmurer ton nom, Greg. Je savais que tu étais son nouveau… jouet. Sans vouloir t'offenser, désolé. Mais je l'ai aussi été, comme plein d'autres d'ailleurs. Je ne sais même pas s'il est capable d'aimer réellement…

Aden Banaart s'agrippait la cuisse, les yeux tournés vers Gregory Lestrade. Les deux hommes avaient au moins cela de commun. Ils étaient tous deux victimes du charme de Mycroft Holmes et le payaient en tombant éperdument amoureux de l'oméga.

— Et Daiyu? Je pensais que tu te précipiterais vers Heleen puis Sven. Mais non, tu as… abandonné tes parents pour elle alors que vous semblez vous détester. Vous ne vous adressiez même pas la parole! Pourquoi? continua Sherlock, avide de réponses comme toujours, yeux perçants et l'attention focalisée sur l'A Bêta.

— Nous étions fiancés.

— Pu…tain! cria John en se frappant la tête.

— Attends… je veux dire… Nous étions destinés à nous marier et nous lier ensemble. Cela avait été convenu par nos parents et donc clans respectifs. Elle était de la noblesse impériale. J'étais le fils Bêta d'Heleen Banaart, conseillère privilégiée de Bai Long et membre de son gouvernement, ainsi que descendante d'une des dernières familles pure-sang d'alphas et d'omégas traditionnels de l'histoire de la noblesse de sang, etc… C'est compliqué. Et on s'entendait bien. Dieu comme on s'adorait, enfants. Elle était… si drôle, espiègle et vive. Passionnée par tout. Et… je l'aimais, je l'aimais tellement, mais ce n'étais pas de l'amour. Et lorsqu'elle a rencontré les Rothschild, et surtout Myc, tout a commencé à changer. Elle a quitté le sillon du clan impérial Li. Puis il y a eu Kalyn. Puis, tout s'est enchaîné. Ma soeur, Amelia, était promise à Albert. Il était d'un clan américain. Pas aussi prestigieux que les Li ou le nôtre certes, mais un clan centenaire quand même. Un peu comme le tien, Sherlock. Les Holmes sont aussi réputés dans notre milieu, même si c'est surtout pour leur extravagance, intelligence et le risque d'une extinction imminente. Le clan Li est maintenant éteint. Avec la mort de Daiyu… il ne reste plus que Bai Long. Le nôtre vit grâce à Amelia et ses enfants. Et le vôtre… dieu comme Chiara est belle, raconta Aden d'une voix nostalgique.

— Je ne comprends pas pourquoi vous devez faire un aussi gros cas de ces clans, maugréa Lestrade. Il détestait ces histoires de clans, de familles, et autres problèmes liés à la haute société. Les feuilletons télévisés s'en donnaient à coeur joie pourtant. Et avec la nouvelle bouffée d'air pro-bêta qui régnait, tout l'occident crachait sur les traditionalistes issus de clans ancestraux.

— Moi non plus, mais étant né dedans… C'est pourquoi je suis parti aux Etats-Unis. Personne ne me connaît là-bas, surtout si je prends le nom de Banaart. Il est bien plus pratique que Macmillan. Je suis surpris que tu n'appartiennes pas à un clan, Greg. Un A Alpha comme toi doit bien avoir des antécédents nobles.

— Crois-moi, Aden. Ma famille est très simple. Je suis le seul A Alpha avec une soeur B Oméga et un frère B Alpha. Nous sommes beaucoup à appartenir aux dynamiques extrêmes, sauf mes parents bêtas, mais cela ne veut pas dire qu'on appartient à un clan. Peut-être bien que par le passé… mais notre famille n'a pas vraiment d'arbre généalogique pour crâner. Sans offense, Aden.

— Beaucoup de familles ont préféré se soustraire à la loi des clans en changeant leur nom, surtout après la seconde guerre mondiale. Lestrade… c'est bien français, non? Je ne serais pas surpris de découvrir tes ancêtres un jour. Il paraît que Pierre de Mondres vient également d'un clan.

— Oui, un clan suisse-francophone. Il doit impérativement se trouver un alpha sinon il sera déshérité. Le pauvre est retourné travailler au Quai des Orfèvres parmi les A Alphas sauvages de la police française, mais il commence à prendre de la graine. Je ne serais pas surpris de le voir se lier à un bêta voir un oméga juste par provocation, intervint John, qui n'appréciait pas la tournure que prenait la discussion.

— Je serais étonné le jour où Mycroft choisira de se lier. S'il le fait un jour, je pense que plus rien ne me surprendra plus, jeta Aden avant de se concentrer sur la voie de droite. Ils venaient de dépasser une voiture de collection vert bouteille.

— Parbleu, vous êtes tous obsédés par Mycroft! C'est un homme, un A Oméga certes, mais seulement un humain, cria Sherlock, désespéré à l'idée d'écouter les deux hommes au devant parler de son frère.

— C'est son choix, et nous n'avons pas le droit de l'y obliger, Aden, ajouta Greg en fronçant des sourcils. Il n'aimait pas tellement l'attitude traditionnelle du bêta. Ce dernier, même s'il était plutôt moderne dans sa pensée, avait parfois des relents traditionalistes. Tout comme Sherlock, il était tiraillé entre la tradition d'une éducation classique et ses convictions personnelles.

Mais Gregory n'avait pas ce problème. Longtemps demeuré caché, l'A Alpha dissimulé avait toujours eu le plus grand respect pour toutes les dynamiques. En cela, il était proche de John, Kalyn et surtout de Daiyu qui partageaient les mêmes points de vue.

— Et si on remettait un peu de musique? suggéra enfin John pour détendre l'atmosphère.

Gregory Lestrade et Aden Banaart ne s'entendaient pas très bien entre eux. Et encore une fois, ce fut John Watson qui détendit l'atmosphère par ses senteurs omégas. Il alluma une nouvelle fois la radio et ils tombèrent sur un morceau du groupe britannique Razorlight.

— Et si on appelait Chiara? suggéra ensuite le B Oméga en allumant son ordinateur portable.

Le groupe sembla enfin oublier les tracas et les sujets houleux pour le visage poupon du bébé gâté tranquillement assis sur les genoux de sa grand-mère. La petite Chiara zozotait toujours, mais commençait à bien enchaîner des bouts de phrase tantôt en anglais, en français, et en mandarin. Au final, elle était trilingue à bientôt deux ans. C'était si adorable et un peu consternant.

— On l'a inscrite dans un programme pour enfants précoces, dit Meredith Holmes en jouant avec les longues boucles brunes de la petite. Ses cheveux avaient pris une carnation plus foncée. Elle était la copie crachée de son père. Sherlock et John s'extasiaient devant leur fille qu'ils n'avaient pas la chance de voir grandir. Heureusement, les appels téléphoniques leurs permettaient d'avoir une place importante dans sa vie.

— Bien. Mais… Meredith… C'est quoi cette robe? s'inquiéta John en désignant les tulles en couleurs pastels qui ornaient la taille de la petite.

— Oh! C'est une nouvelle robe. On a demandé cette fois-ci à Baby Dior de lui faire une série de robes sur-mesure basée sur leur collection prêt-à-porter. Bai Long était réticent au début… Il préférait la voir dans du sur-mesure de couturiers spécialisés, mais une marque de luxe ne peut pas faire pire, hein? C'est dommage qu'on ne sait pas tricoter. Il n'y a rien de mieux que du fait main par sa propre mère. Mais on est un peu trop non conventionnels, John, n'est-ce pas? continua de raconter Meredith Holmes tandis que Chiara s'amusait à faire des grimaces avec Sherlock.

Tout le monde, à l'exception de Greg, regardait à présent le père et sa fille s'imiter mutuellement. La petite maitrisait parfaitement le langage silencieux des frères Holmes.

— Elle s'inquiète pour Bai Long. Il ne va toujours pas mieux, finit par lâcher Sherlock à sa mère.

Le regard de cette dernière s'assombrit.

— Cela ne peut pas être pire. Il a vu périr toute sa famille. Et maintenant, sa petite-fille. Et comment va ton frère? répondit Meredith, cheveux teintés en roux flamboyants ondulés sur ses épaules.

— Comme toujours, cloîtré dans la fainéantise et sa suite au Ritz.

— Ton frère ressemble tellement à Bai Long et ta grand-mère parfois. Ils se renferment sur eux-mêmes pendant des jours, voire des mois… Et puis, soudain, ils reviennent sur le devant de la scène comme si rien ne s'était passé. Ces A Omégas… toujours aussi incompréhensibles. Et comment va ce cher Gregory? continua la maman adorée des frères Holmes.

— Oh, comme toujours Meredith. Il est au volant, mais vous passe le bonjour, répondit John.

— Dites-lui que je l'embrasse, ok?

— Merci, Meredith! cria Gregory par-dessus l'épaule.

Et l'écran s'éteignit.

— Je sais que je dérange une belle scène domestique, mais je crois que la Lamborghini devant nous est notre proie… interrompit Aden soudain très enthousiaste.

— YES!

Gregory accéléra d'un coup.

Odval était devant eux. L'assassin de la Roseraie s'était échappé, après plusieurs mois passés dans une cellule sous haute surveillance. Elle n'avait rien livré de son organisation. Le secret absolu avait scellé ses lèvres. Selon Sherlock, Odval avait perdu toute humanité depuis bien longtemps.

Qui pouvait rendre un être humain aussi robotique?

Gregory Lestrade frissonna à l'idée de ce qu'ils allaient découvrir en creusant plus profondément. A côté de cela, le Circus était une partie de plaisir. Et avec le ralliement de Minerva à la cause prônée par Mycroft, il semblait bien que le Circus allait changer très vite de politique. Mais que dire de la Roseraie? Qui était derrière cette organisation? Tellement d'interrogations se bousculaient dans son esprit.

— Le président des Etats-Unis a appelé les représentants de l'ONU à se rassembler pour trouver une solution aux émeutes. C'est dire… il perd le contrôle du pays, marmonna Aden en envoyant quelques messages de son portable.

— Sally, Ethan et l'unité américaine de la SSA sont dessus. Ils essayent de convaincre le gouvernement de passer une série de lois en faveur à un rétablissement équilibré des interactions entre les dynamiques. Les bêtas et les autres dynamiques se font une guerre acharnée. Et maintenant, ils attaquent tous le gouvernement pour cause de passivité, continua John en augmentant le son de son ordinateur portable connecté sur la BBC en direct.

— C'est moi qui était derrière la SSA, lorsqu'Ana Ulanov était encore debout. Elle m'a un peu obligé à prendre des responsabilités plus importantes. Mais avec les dernières crises, j'ai laissé à mon assistant les rênes du pouvoir pour un temps. C'est un bon gars. Et Diesbach le soutient dans cela, maugréa le bêta en pianotant sur son clavier.

— C'est Marco? demanda John.

— Non, un assistant nouvellement arrivé. Il a travaillé avec Diesbach puis mon père. C'est un diplomate rompu aux codes de la bienséance mais il possède son côté rebelle. Sans doute parce qu'il passe trop de temps en ma compagnie. Je déteste dire cela, mais il est meilleur que moi en diplomatie. Les affaires, c'est mon dada, ainsi que les industries et la technologie. Le travail sur le terrain aussi, bien longtemps avant. Mais jamais je n'ai aimé la diplomatie. Je laisse cela à Amelia, Kalyn, et surtout Myc, Sacha et Fil.

— Qui est Fil? intervint Sherlock.

— Un ami et occupant un poste presque équivalent à celui de Myc. Mais il est envoyé ailleurs. Personne ne sait où. Il travaille toujours en direct avec Bai Long, tout comme avec Myc et Kalyn dans une moindre mesure.

Gregory feignit de n'avoir rien entendu de l'échange. Ils parlaient de Filibert… Il ignorait à quoi ressemblait ce fameux agent homologue de Mycroft, mais il était dans la confidence des plans privés de l'A Oméga au sujet du contrôle du Circus et de la Roseraie dans l'ombre. L'aîné Holmes, tout comme Kalyn, lui témoignaient leur confiance aveugle. Selon leurs dires, Filibert devait être en mission d'infiltration en Russie. Mais Greg savait bien que cette localisation était un mensonge. Un agent triple infiltré ne disait jamais où il était. C'était trop dangereux.

Mais pour le moment, il devait se concentrer sur la route. Et il devait arrêter de penser à Mycroft.


Merci pour vos messages et visites! Je suis désolée pour le rythme actuel mais je dois rendre mon foutu mémoire dans quelques jours donc je suis un peu overbookée.

Bonne lecture à toutes et à tous.

PS: il va y avoir une avalanche de confidences et révélations, ce qui est normal. Tout le monde se connaît à présent. Alors prêts pour 43 chapitres de cette longueur de révélations, disputes, haine, amours, confidences, actions, meurtres...? Je sais que c'est long, très long même. Je vous félicite pour m'avoir suivi jusque là. Et vous êtes nombreux. :)

J'ai déjà un autre projet de fic dans ma tête dans un autre univers et bien moins long (la moitié de cette série je pense). Je dois juste terminer celui-ci, et Bêta et bêta (honte à moi!). Et ensuite, je vous emmènerai dans un "Dom/Sub Soulmate et Slave fic" de Johnlock et Mystrade sous fond d'espionnage et d'enquêtes axé sur la guerre et la psychologie (et non plus la politique et la lutte des classes comme ici) avec toujours nos amis Anthea et quelques autres petits nouveaux! Ce sera donc encore une année de projets d'écriture bien remplie! ;) A vous de me dire ce que vous en pensez (quoique j'en fais beaucoup à ma guise en ce moment! XD)