— Quatre —
Hong Kong,
26 janvier
Jour 43
Le silence de la nuit s'abandonnait progressivement aux bruits symptomatiques de la matinée, se couchant tandis que l'aube s'installait pour une belle journée ensoleillée.
Quelques syllabes se fondaient dans l'air ambiant de l'hiver. Un souffle saccadé trébuchait entre syllabes et consonnes étouffées. Une mélodie s'y mêlait lentement, s'élevant au-dessus des murmures d'un vent qui se faisait rare. Et la voix devenait plus claire, laissant entrevoir quelques aigües et une gravité élégante.
C'était une tendre voix féminine, qui avait connu ses heures de gloire, mais se dissimulait par pudeur. Ce n'était pas une voix de célébrité, de chanteuse aguerrie. Elle était maîtrisée, scintillante de sincérité.
La voix s'enroula chaleureusement autour de quelques voyelles bien appuyées. Le souffle devenait moins saccadé, plus posé.
Et enfin, on pouvait déceler les paroles de la chanson.
C'était de l'anglais comme on n'en chantait plus. Un doux accent d'antan qui rappelait les planches de Broadway avec ses illuminations, ses pianos jazzy. Tantôt, elle englobait l'air et les mots entrecoupés de murmures tremblants. Parfois, elle s'arrêtait sur quelques hachures jetées çà et là.
Mais ce qu'on pouvait définitivement constater, était la peine qui s'y déversait. Les larmes coulaient sur ses joues froides, apportant un peu d'éclat sur le visage pâli par l'hiver et la tristesse.
La chambre était peu éclairée, seuls les murs reflétaient quelques rayons de lumière.
Et elle chantait, chantait. Elle poussait sa voix jusqu'aux tréfonds de sa capacité d'amatrice ignorée. Elle se jetait dans les paroles, déversant sa rage, sa défaite subie.
Kalyn Keller était une battante et une gagnante.
Mais elle avait perdu contre le combat de sa vie. Son amour unique et éternel s'était évaporé dans un fracas de rubis et d'or sur fond de Tchaïkovski.
Elle chantait Abbey Lincoln de sa voix d'américaine orpheline, jetée sur le pavé de la vie à seulement seize ans. Elle se disait qu'elle avait tout, possédait tout. Elle était si belle, si puissante, si riche. Mais elle avait perdu sa raison de vivre.
Un regard de jais, une mèche noire rebelle, des lèvres carmins, un jean, des baskets, une batterie rouge et un rire reconnaissable parmi tant.
Elle se disait qu'elle pouvait bien s'en rappeler, l'ayant fait pendant tellement d'années.
Elle savait désormais qu'il lui était impossible de sentir, d'écouter, de toucher la femme de sa vie à présent.
Longtemps, elle avait continué dans l'ignorance. Savoir qu'elle vivait quelque part lui suffisait.
Or, Daiyu Li était morte.
Kalyn Keller s'arrêta de chanter, laissant les dernières larmes couler le long de sa joue.
La B Alpha au bronzage disparu et cheveux courts se figea une nouvelle fois dans le cocon qu'étaient devenus son esprit et ses souvenirs.
Elle était assise dans son lit, dans la chambre où elle avait vécu quelques-unes de ses plus belles années. Un carnet en cuir noir gribouillé de dessins et de mots était posé sur ses genoux recouverts d'un duvet. L'écriture illisible de Daiyu s'y déversait.
A sa droite, sur la table de cheveux, une rose noire et une carte postale venant d'Argentine traînaient, abandonnées:
"Bien à toi,
Fil"
*xXx*
Mycroft Holmes inspecta l'enveloppe posée sur un coin du bureau qui trônait au centre de son appartement personnel, un luxe consenti dans la demeure impériale de Bai Long. Il se demandait comment Eva avait pu trouver ce document si convoité. Son intendante était une mystérieuse A Bêta, qui savait pertinemment ce que ses disciples voulaient sans qu'eux-mêmes en eussent connaissance. La personne en question se tenait justement à l'entrée de son bureau, droite comme toujours, longs cheveux blancs délicatement noués en un chignon qui se voulait sévère. Mais comme tout intendant travaillant sous les ordres de l'Empereur d'Asie, son regard trahissait un profond amour pour son disciple.
— A ta place je l'ouvrirais pour la lire. Tu réfléchis trop, dit Eva avant d'aller se servir un verre de son vin préféré.
Elle joua quelques secondes avec le verre avant d'y tremper ses lèvres délicates. A bientôt soixante-dix ans, Eva gardait une forme et une clarté de fer. Tout comme chez Bai Long, l'âge lui donnait sagesse et beauté.
Mycroft acquiesça en silence et manipula lentement l'enveloppe entre deux doigts. Il alla se poster devant la baie vitrée qui donnait sur la colline du parc de la résidence. Il leva l'objet en question et l'inspecta d'un oeil expert.
— Je suis certaine de son parfaite innocence. Ton geste te trahit, Alex. Il faut savoir reconnaître les signes extérieurs. Le papier utilisé est acheté dans une papeterie banale, et c'est moi qui te l'ai apporté. S'il y avait quelconque danger, je l'aurais détruite sur le champ, continua de le sermonner Eva.
Mycroft se retourna et bredouilla une excuse, les joues en feu. Même après autant d'années, son intendante le piquait au vif. Elle était une redoutable psychologue et comprenait la nature humaine dans ses méandres les plus secrets. Corrigeant son erreur, l'aîné Holmes consentit à ouvrir l'enveloppe et retira une feuille de papier blanche. Il la déplia délicatement avant de se figer.
— Ce n'est pas vrai, souffla Mycroft.
— Alex, calme-toi. Et pourrais-je en avoir connaissance?
Mycroft se dirigea vers son intendante et lui fit lire le courrier. Elle se pencha légèrement. Ses sourcils, formant un arc de cercle d'une curve parfaite, se levèrent. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Eva n'éclatait jamais de rire. Sourire aussi sincèrement suffisait pour transmettre ses émotions. L'A Oméga commença la lecture de la lettre manuscrite en anglais et signée de la main propre de sa meilleure amie.
"Myc,
Tu m'avais dit que je devais faire des efforts en anglais. Voici la preuve que ceux-ci ne furent pas vains, au contraire! Comme toujours, j'ai dû passer des nuits entières le nez fourré dans les dicos de la bibliothèque de mon père, mais je ne le regrette pas. Saches que j'écris ce testament des archives du Vatican. Diesbach me tuera s'il l'apprend un jour. Croisons les doigts, Myc!
Comme tu le sais déjà, j'ai appris très jeune les lois en vigueur pour la gestion de ma personne. Ma soi-disant fortune n'est pas exclue de cette longue liste d'impératifs. C'est la dure vie d'une Li, hein? Et bien… j'ai finalement décidé de renoncer à mes droits en qualité de première héritière sur le trône. Tu l'apprendras sûrement avant d'avoir connaissance de cette lettre. Je n'ai jamais vraiment eu ma langue dans ma poche. Du moins… pas autant qu'Amelia j'espère!
Tout l'héritage provenant de mon père et donc pas de la famille Li seront départagés de cette manière:
- Maison familiale à Venise: Mycroft Holmes (toi), William Rothschild et Kalyn Keller en partage égal des droits et de la propriété. Je ne sais pas comment les notaires et autres hommes de loi géreront la succession, mais je sais que vous vous entendrez sur un accord.
- Oeuvres d'arts et pièces de collection d'une valeur sentimentale forte: toi, William et Kalyn selon vos choix personnels. Le reste ira à des oeuvres de charité diverses. Je laisse le soin à Amelia d'en décider et ce sera excellent pour son image dans la haute société britannique.
- Bibliothèque familiale: merci de tout garder dans un lieu sain et d'en prendre soin. Tout le monde pourra venir la consulter à cette condition. La localisation et la gestion te sont librement attribuées.
- Fortune personnelle: elle est petite malheureusement. Vous connaissant, je sais que vous la fructifierez. Merci d'allouer les bénéfices à diverses oeuvres de charité et aux agents de la SSA en retraite pour invalidité. 10% des bénéfices annuels devront aller impérativement à vos enfants à Kalyn, William et toi. Je détesterais les voir être privés de ce qu'une marraine pourrait leur procurer, si je ne suis plus là. La seule condition est qu'ils devront être de bonnes personnes, qu'importent ce qu'ils choisiront de faire de leur vie.
- Oeuvres personnelles: je te laisse en prendre connaissance. Ce que tu en feras… réfléchis-y bien. Ils sont tous entreposés aux archives du Vatican. Lis les tous, merci.
J'espère sincèrement que tu prendras ces mots dans le contexte qu'ils méritent. Ils n'ont pas été jetés au hasard sur cette feuille banale. Au contraire, j'y ai mûrement réfléchi.
Bien à toi et avec tout mon amour et amitié,
Ta très chère amie.
Signée Son Altesse Impériale Daiyu Iris Li, Princesse Impériale héritière d'Asie et Alpha de famille du clan Li."
Mycroft croisa le regard embué de son intendante.
— Oh, comme c'est une belle surprise! s'exclama la douce femme en s'essuyant discrètement une larme.
L'A Oméga ne put qu'acquiescer.
— Je ne pensais pas qu'il puisse s'agir d'un testament valide au vue de son ton employé. Sacrée Daiyu, elle saura toujours nous pousser à bout, reprit Eva.
— Sa signature et sa dernière phrase attestent du contraire. C'est le seul document sur lequel elle signe de son titre impérial.
— Dire que Bai Long ne lui a toujours pas retiré ses titres, même après son renoncement à son héritage.
— Rappelles-toi que Daiyu était son Alpha de famille. N'étant plus que deux dans la famille, et avec le décès de l'époux de Bai Long, Daiyu s'était vue attribuer le titre malgré sa dynamique Alpha-oméga qui pourrait soulever des discussions. C'est une situation unique. Et je pense que cela a poussé Bai Long a lui laisser ses titres par peur de déroger à la règle première des empires asiatiques: les règles du clan passent avant celles de l'empire, répondit calmement Mycroft.
Il relut la lettre une nouvelle fois, la mémorisant dans ses moindres détails. Pour une fois, Daiyu s'était employée à s'appliquer à la rédaction, abandonnant ses gribouillis pour des rondeurs lisibles. C'était suffisant pour témoigner de son sérieux. Son amie décédée avait rédigé le testament avant de renoncer à ses titres, ce qui datait de ses années étudiantes. Elle avait hérité d'une belle petite fortune de son père mais rien n'égalait les quatre-vingt milliards que formait le patrimoine des Li.
C'est un casse-tête à présent.
La Déshérité ne l'était que de nom. Parce que tant qu'elle gardait ses titres, ce qui était actuellement le cas même après son décès, elle était héritière du clan Li. Or, rien dans son testament n'indiquait ce qu'il fallait faire de toute cette fortune le jour où Bai Long viendrait à disparaître.
Bai Long est donc le seul décisionnaire.
Se posait alors l'épineux problème de la succession de Bai Long. En effet, le clan Li était éteint à présent et l'Empire n'avait pas d'ordres de succession comme dans les royaumes occidentaux. Daiyu Li avait certes épousée un Rothschild, mais les règles des Li étaient claires: seul un descendant par lien de sang pouvait espérer obtenir une place dans l'ordre de succession. Et Merry n'avait jamais eu d'enfants.
Je dois aller en parler à Bai Long…
Ce qui était d'autant plus compliqué. Mycroft ne se voilait pas la face. Le Dragon Blanc était dévasté par l'assassinat de sa petite-fille même si, en apparence, il semblait tenir le coup. Tout le monde affichait un visage impassible. Sauf Kalyn.
— Tu devrais arrêter de te mettre dans un état pareil. Laisse le temps faire son travail. Ce n'est pas la pire crise qu'il existe, le rassura Eva, devinant ses pensées une nouvelle fois.
— Eva, nous sommes face à un gros problème.
— Si je me souviens bien, ton plus gros problème actuel se nomme Sherlock Holmes, John Watson, Aden Banaart, Gregory Lestrade et une Maserati, plaisanta Eva.
Mycroft leva les yeux aux cieux et engloutit un verre de whisky.
— Ton fauteuil et ta collection de tasse de thé en ont pâti, ajouta l'intendante en fixant les objets en question.
L'A Oméga les avait balancé à terre dans un accès de colère très alpha en apprenant la folie qu'avaient faite les quatre compères et la Maserati. En urgence, il avait nommé Gregory Commissioner afin de lui attribuer un pouvoir conséquent vis-à-vis d'Interpol et changé les niveaux de sécurité des autres personnes impliquées au maximum possible pour des civils. Mais le mal était fait. Désormais, toutes les polices du monde connaissaient les quatre idiots.
— C'est du…
— N'importe quoi, j'en conçois. Mais nous ne sommes que des humains et ils ne sont que des pions dans l'échiquier, avoua Eva à demi-teinte.
Elle posa une main réconfortante sur l'épaule de son disciple bien plus grand qu'elle. Il posa sa main sur la sienne en retour avant d'inspirer profondément.
— Espérons que le Met ne va pas faire de scandale. J'ai envoyé Sally Donovan les calmer et Amelia en soutien. Elle saura les convaincre d'écouter Donovan grâce à son poste.
— Dieu merci comme tu ne changeras jamais, Alex!
Mycroft leva un sourcil inquisiteur à la remarque pour faire taire les insinuations de son intendante bien trop au courant de ses agissements.
— Le jour où le monde connaîtra tes… succès, ils crieront au scandale. Big Brother veille sur la Terre et utilise son charme pour tout modeler à sa guise.
— Amelia Longburn a gagné les élections par la force du travail et de sa popularité, nuance. Et elle est indépendante. Je n'ai rien à voir avec ses agissements en politique.
— Mais ce n'est qu'après que tu l'aies envoyée sur le devant de la scène. Elle voulait être sous les projecteurs depuis des années et tu le lui en as toujours dissuadé. Et un beau jour, la voilà non seulement connue, mais en plus première ministre. Pareil pour Gregory Lestrade, le nouveau superintendant Howard, DCI Gregson, Sally Donovan tous bénéficiant de ton soutien. Tu as aidé secrètement Aden en lui octroyant des employés plus qu'efficaces et dévoués, joué avec la présidence en France grâce à tes… charmes. Même Kalyn t'y est dévouée, et tu sais comme elle peut être têtue comme Daiyu. Les seuls qui dérogent à tes agissements restent ton frère et son Alpha. Je ne suis pas surprise non plus des récents développements avec le Circus.
— Je ne fais que mon devoir de conseiller auprès de Bai Long.
Eva lui lança un regard inquisiteur avant de sourire avec malice.
— Un jour, tu finiras par tout diriger, reprit-elle.
— …
— Si je peux te conseiller quelque chose… Observe bien Bai Long, tu en apprendras beaucoup sur ses états d'âmes et ses plans pour la suite. Fais attention à Kalyn, elle est trop instable et risque de mettre à nue une de vos plus grandes opérations sans le vouloir. Elle le commence déjà d'ailleurs et tu dois prévenir Fil. Minerva est une perle mais ne crois pas trop en son pouvoir au sein du Circus. Dimitrov reste derrière les commandes et il n'est pas dupe. Et Interpol… je suis sûre que tu peux faire quelque chose qui se retourna en ta faveur, finit de dire Eva avant de quitter discrètement son bureau, comme si elle n'avait jamais été présente.
Mycroft Holmes demeura immobile pendant un long moment, le temps de finir la bouteille de vin abandonnée sur le comptoir et la flasque de whisky. L'alcool l'aidait à se calmer et à réfléchir.
*xXx*
— ...
— ...
Il leva les yeux une nouvelle fois vers son amie, sans résultat. Elle l'ignorait comme au premier jour, s'étant renfermée dans une bulle dont elle seule avait la clé.
— ...
— ...
Il se pinça les lèvres et se replongea dans l'échange de mails qu'il entretenait avec Amelia Longburn-Banaart. Son frère, Sherlock, avait encore eu le don de s'attirer l'attention du monde entier. En tombant dans le piège d'Odval comme un vulgaire débutant, il était non seulement connu de tous les services internationaux et d'Interpol mais avait réussi l'exploit de rendre la SSA, le Circus et la Roseraie visibles aux yeux de tous. Mycroft se prit la tête entre les mains, le désarroi visible. Sherlock était si imprévisible! Et savoir qu'Aden, John et même Greg étaient présents lors des faits ne le rassuraient guère.
— ...
Et voilà qu'il devait en plus tenter de redonner vie à Kalyn. La B Alpha demeurait silencieuse malgré ses regards insistants. Il semblait que même leur langage muet ne fonctionnait plus.
— Kalyn, tu ne peux pas rester ainsi, finit-il par lâcher.
Un nouveau bip retentit, venant cette fois-ci de Gregory qui lui faisait un rapport toutes les demi-heures. Pour l'instant, ils demeuraient cachés au centre de Porto qui était à la merci d'Interpol. Sally Donovan tentait de calmer le jeu avec le Met sans grand succès pour le moment. DCI Gregson était en rogne et ne comprenait pas comment Gregory Lestrade était devenu Commissionner de la police de Hong Kong en si peu de temps. C'était une débâcle sans pareille.
— Si tu savais ce qui se passe à l'extérieur, K. Mon frère, son oméga, Aden et Gregory sont tombés dans un piège d'Odval en fuite. Elle a prévenu en secret les journalistes sous couverture d'un scoop au sujet d'une affaire de guerre de gangs et fait exploser trois hangars successivement. Les quatre idiots étaient présents. Ils se sont fait filmer alors qu'ils tentaient de retrouver Odval. Les journalistes ont réussi à capturer leurs conversations et leurs disputes... Interpol et toutes les autres organisations gouvernementales sont sur le pied de guerre. J'ai rapidement promu Gregory avec l'accord de Bai Long pour lui donner crédibilité et immunité diplomatique aux yeux des occidentaux, envoyé Sally au Met pour les racheter à notre cause et user de leur influence en occident pour calmer Interpol et demandé à Amelia d'intervenir...
Mycroft se versa un nouveau verre de vin et l'avala d'une traite. Il se pressa les tempes.
— J'ai pris les rênes de l'AIS et de la SSA de manière... connue. Cette crise s'ajoute à celle bien plus embêtante aux Etats-Unis. Le président américain est en colère contre nous pour notre investissement dans la gérance de la guerre civile sans queue ni tête selon lui. Il se dit être non influencé par le Circus mais nous savons que c'est faux. J'ai donc demandé à Ethan de rassembler les troupes afin d'organiser un renversement de pouvoir.
Il leva une nouvelle fois son regard sur son amie avant de fixer un point invisible devant lui. L'impassibilité avait repris ses droits sur l'expression emphatique qui le décrivait ces derniers jours. Il se tint droit, agrippa le manche de son parapluie.
— Dans moins de deux semaines, il y aura un nouveau président aux Etats-Unis. J'ai donné... carte blanche à Ethan. On peut se... débarrasser de l'actuel président s'il le faut. Et ensuite, nous nous occuperons d'Interpol. J'ai envoyé Sacha tenter de convaincre le directeur. Si elle échoue, nous passerons à la stratégie numéro cinq. Nous n'avons pas le temps d'engager des... négociations.
Kalyn continuait de l'éviter.
— Si Gregory, Sherlock, John et Aden ne parviennent pas à se tirer d'affaire, je serai obligé de les faire capturer par le MI-6 pour calmer la crise diplomatique qui commence à faire rage entre le Met, la police de Hong Kong, celle du Portugal et Interpol. Tu sais que ce ne sera pas une partie de plaisir. User du MI-6 donnera l'illusion aux occidentaux que Hong Kong et l'Asie ne sont pas en train d'entrer dans leurs affaires. Ce qui est actuellement la dernière chose à faire avec les tensions déjà existantes entre occident et orient.
Mycroft Holmes fixa ses pieds chaussés dans des souliers sur-mesure britanniques.
— Sa Majesté la Reine d'Angleterre est au courant. Elle est réticente mais je ne lui ai pas laissé le choix. Je suis désolé de t'apprendre qu'en l'espace de quelques heures, mon nom est également connu des têtes pensantes des services secrets occidentaux. C'est devenu dangereux pour nos agents de la SSA infiltrés. Et Minerva vient de me prévenir d'une enquête interne au Circus lancée par Dimitrov Ostrovski. Si l'implication de Minerva avec venait à être découverte, nous serons dans l'obligation de nous en séparer et de faire marche arrière. Cela est bien entendu une solution de dernier recours.
Il avait beau débiter tous les plans qui avaient mûri dans son esprit en l'espace de seulement quatre heures, sans résultat. En règle générale, Kalyn abhorrait le sacrifice d'agents SSA sur le terrain. Mycroft était bien moins conciliant. Parfois, il fallait enlever quelques mauvaises herbes pour sauver toute la pelouse. C'était actuellement le cas.
— Eva m'accuse de trop forcer sur la boisson. Je ne suis pas de son avis. Mais j'avoue devoir arrêter la cigarette...
Son portable retentit une nouvelle fois. C'était Minerva. Elle lui informait demeurer hors des soupçons de Dimitrov Ostrovski pour l'instant.
— Tu vois, le fait qu'elle me consulte pour un oui ou un non atteste de son manque de conviction personnelle. Un agent aguerri ne devrait jamais pouvoir changer de camp aussi facilement. Aujourd'hui, Minerva est avec nous, mais que dire du futur? Nous ne savons jamais. J'ai deux agents postés dans le Circus pour l'épauler. Ces agents ont pour consigne de l'éliminer au moindre changement de... conviction.
Un autre message en provenance du Vatican provoqua chez l'A Oméga un haussement des épaules.
— Diesbach est en rage. Il ne comprend pas pourquoi j'ai pu laisser Sherlock et Aden ensemble. Ce dernier est une bombe à retardement. Heleen avait raison. Son fils ne sera jamais un dirigeant au sein de la SSA malgré son génie. Il est trop... sentimental. Et il tient cela d'elle-même en personne, n'est-ce pas?
Même provoquer Kalyn en parlant d'Heleen n'avait aucun effet sur sa personne.
— Voilà un autre message en provenance d'Ethan cette fois. Le secrétaire général des Etats-Unis vient de donner sa démission. C'est une nouvelle éclairante, n'est-ce pas? Je ne l'ai jamais pris en considération, mais j'avoue reconnaître en lui un peu d'intelligence en comparaison du président. Le directeur de la CIA me propose de s'occuper de lui en personne s'il le faut.
Mycroft esquissa un sourire satisfait.
— Parfois, il est bien utile d'entretenir des liens... intimes avec certains dirigeants. La CIA est bien plus flexible avec nous depuis la nomination de son nouveau directeur. Il continue encore de me remercier de lui avoir donné cette chance inouïe alors qu'il n'était que simple agent de la CIA.
L'Homme de Glace était de retour.
— ...
*xXx*
Ling et Eva avaient écouté l'échange unilatéral avec lassitude. Ils connaissaient plus que tout les caractères de leurs disciples respectifs.
— Il se remet à jouer les machiavéliques méchants à chats persans et à boire. Elle s'entête à quitter le monde matériel en s'enfermant dans ses pas de danses et paroles de chansons abêtissantes. J'ai l'impression de revenir dix ans en arrière, souffla Eva en raccrochant le combiné qui reliait la chambre de Ling à celle de Kalyn.
Chaque intendant possédait le matériel nécessaire pour veiller correctement sur leurs disciples. Cela était strictement secret.
— Il faut aller prévenir son Eminence et Diesbach. Il est temps pour eux d'aller botter les fesses à ces deux énergumènes. Ce n'est pas possible que Mycroft recommence à jouer les barons de la SSA et de l'AIS, râla Ling.
Eva lui donna une tape amicale sur le dos.
— Fil devrait peut-être revoir ses priorités et rentrer, murmura Ling.
— L'idéal serait pour Kalyn de se reprendre en main. Elle seule peut coller un peu de réalisme dans les rêves de grandeur d'Alex.
— Mais c'est une solution à double tranchant. Tant qu'elle continue à rester dans un état végétatif, sa fortune demeurera stagnante. Si elle se réveille, et avec la crise qui menace l'équilibre de plus en plus faible entre Orient et Occident, elle sera tentée de doubler sa fortune pour contrôler toute l'économie de l'Occident. Les conséquences seraient encore plus graves. L'Occident n'est actuellement pas prêt pour fonctionner selon les règles sociales qui régissent l'Orient. Les occidentaux ne sont pas assez éduqués dans les thèses modernes contrairement aux asiatiques progressifs. Nous n'avons pas besoin d'avoir en plus une guerre froide entre orient et occident alors que nous nous enlisons avec le Circus et la Roseraie.
— Il faut impérativement qu'Aden cesse de s'obstiner à retrouver l'assassin de Daiyu et par extension de ses parents. Il doit constituer un capital assez conséquent pour contrebalancer la fortune de Kalyn, ajouta Eva, pensive.
— Nous sommes face à une cascade de problèmes... soupira Ling en se massant les tempes.
— Rappelle-toi que tout cela vient d'une simple remarque faite par William Rothschild des années de cela, lorsqu'il n'était qu'étudiant et que Mycroft n'était pas encore connu sous le nom d'Alex.
*xXx*
— Vous savez les gars... ce serait bien un jour si tout le monde pouvait vivre sans se préoccuper de sa dynamique, de son sexe et de son orientation sexuelle... C'est un peu un rêve, mais ce serait si bien! Je suis américain, né en Occident et malgré tout mon amour pour l'Asie, je rêve de pouvoir un jour vivre dans mon pays d'origine, libre comme l'air...
William Rothschild fixa de ses yeux brillants ses amis rassemblés sous le pavillon préféré de Bai Long. Ce dernier leva les yeux sur son disciple américain avant de se replonger dans le jeu de go qu'il menait contre Mycroft Alexander Holmes.
— Ouais... ce serait si cool... On ne perd rien à vouloir rêver et essayer, non? répondit Filibert avant de reprendre la lecture de son bouquin.
— Tout le monde ne peut pas vivre comme Myc et Merry. Les deux sont si libres... souffla Kalyn.
— Tout est dans la tête, ajouta Eva.
— Mais si on arrive à rentrer cela dans la tête de toute la population mondiale, on résoudra tant de problèmes de guerre, de société, de... de tout! s'écria Will, enthousiaste, les bras en l'air.
— Dans ce cas, on pourra dire que la liberté s'écrit avec un M... un hommage à Merry et Myc, plaisanta Albert Longburn avant de recevoir en pleine tête une chaussure de la Merry en question.
Et Bai Long s'arrêta net de jouer une seconde, la pièce de go entre deux doigts. Tout le monde se tût.
Mémoire rendu, un chapitre de Bêta ou Bêta publié, un autre de mon autre histoire en cours... C'est bien! Mais pas trop pour cette partie du coup héhé. J'ai mis du temps à terminer ce chapitre, car j'ai envie de mieux faire. J'espère qu'il vous plaira!
Bon, dès le prochain, on aura de nouveau de l'action! Je dois juste trouver des innovations en terme d'actions. J'ai peur de me répéter après tout ce que j'ai déjà écris précédemment XP
Merci pour vos commentaires et autres! Et bonne bonne bonne lecture! ;)
