— Six —
Portugal, Porto
31 janvier
Jour 48
— C'est fou, c'est totalement fou! continuait de gesticuler Aden Xander Banaart en sirotant son cinquième café de l'après-midi.
Il leva les bras aux cieux avant de gesticuler dans tous les sens une énième fois, déclenchant l'indignation des autres clients du café ensoleillé dans lequel ils s'étaient attablés.
— Pour un agent, tu pourrais être moins extravagant, jeta Sherlock le nez enfoncé dans son portable.
Aden lui lança un regard scandalisé avant de sortir son ordinateur portable et recommencer à nuire le monde. Sherlock se demandait parfois comment son empire de la technologie continuait à fonctionner avec un fondateur et dirigeant pareil, mais les preuves s'accumulaient en sa faveur. Aden Banaart était tellement indispensable à l'économie américaine qu'une seule de ses décisions pouvait provoquer une crise économique sans précédent. L'A Alpha était donc certain qu'Aden était utile à son frère, surtout après le dernier appel reçu d'Ethan Miller. Selon leur ami américain, New-York venait de déloger de son poste son maire de longue date, un proche du président contesté.
— Laisses-le tranquille, tenta de le calmer John Watson en lui pressant le poignet. Sherlock soupira et l'embrassa.
— Maintenant, tu comprends ce qu'on endure tous les jours avec toi, Sherlock, ajouta Gregory, nullement inquieté par les derniers rebondissements.
Une équipe de la SSA dépêchée en vitesse s'était occupée du corps. Et chose étrange, Mycroft Holmes n'avait pas été plus surpris que cela. Il était même... nullement préoccupé par la Roseraie et encore moins par le Circus. S'il ne connaissait pas aussi bien son frère, Sherlock aurait juré que ce dernier s'était trouvé une nouvelle passion. Sauf qu'à l'exception d'un certain Gregory Dale Lestrade et la SSA, son frère n'avait pas d'autres occupations dignes d'intérêt.
A moins que... Non, impossible! Greg est sa drogue, sa raison de vivre, son unique soutien moral et physique depuis le décès de Merry et la crise de Kalyn. Jamais nous n'avons reçu autant d'appels téléphoniques de sa part. Et la raison repose bien sur l'absence de Greg à ses côtés... Pourtant, il téléphone moins ces derniers temps.
— J'ai racheté trois caves de Porto juste à l'instant, s'écria soudain Aden avant de se replonger dans son ordinateur comme si cela ne constituait qu'une routine bien ennuyante.
John et Sherlock levèrent les yeux sur l'A Bêta, parfaitement synchronisés dans leur attitude et leurs mouvements. Gregory les observait, le sourire en coin. N'importe qui pouvait constater que l'A Alpha et le B Oméga blond étaient non seulement en couple, mais aussi liés.
— Elle s'est suicidée pour tenter d'échapper à nos assaillants. Pourquoi? Elle aurait très bien pu s'y dégager en quelques tours de passe-passe... constatait John tout en jouant avec le bracelet de lien en cuir que portait sa moitié.
Sherlock se tourna vers lui et l'embrassa tendrement, humant sa douce odeur chocolatée encore empreinte de choc et de stress. Il pouvait sentir le sourire qu'il connaissait par coeur mais dont il ne s'en remettait jamais. C'était surprenant comment après tout ce temps et une adorable fille, ils étaient toujours aussi amoureux comme au premier jour. Peut-être bien que... Non, les Holmes ne sont pas très mariages comme ce qui est à la mode aujourd'hui, préférant s'arrêter aux cérémonies de lien traditionnelles... Mais peut-être bien que...
— Hmmm... Sherlock... murmurait John.
Oh!
Il pouvait sentir le souffle se faisant saccadé de son oméga, un doigt agrippant son poignet, l'autre main caressant sa joue rugueuse d'un début de barbe Alpha, conséquence fâcheuse de leur voyage interminable.
John, John... Oh, John!
— AHEEMMMM!
Les deux amoureux sursautèrent avant de balbutier quelques excuses.
*xXx*
Gregory Lestrade daigna lâcher un rictus compréhensif devant ses deux amis amoureux. Les deux hommes rayonnaient de bonheur ensemble. Il n'osait pas imaginer ce qu'une séparation longue pouvait provoquer chez eux.
— Dé... désolé Greg, balbutia John rouge pivoine.
Aden continuait toujours de les ignorer, transcendé par son ordinateur.
Alors Gregory laissa transparaître un sourire bienveillant presque paternel. Il était passé par là. Ses premières années passées en compagnie de son ex-femme avaient été si heureuses. Avec le recul, Greg n'était plus aussi amer sur son divorce et les deux dernières années de souffrance endurée. Ils avaient fait le bon choix. Son ex-épouse et lui n'étaient pas fait l'un pour l'autre comme John et Sherlock. Ils n'avaient même pas songé à se lier, juste à se marier! Et aujourd'hui, il ne regrettait plus rien.
Il avait Mycroft.
Ou plutôt, il couchait avec Mycroft à intervalles régulier, plantait ses dents dans sa poitrine, ses hanches, ses bras, partout. Sauf dans la nuque. Il se remémorait chaque tâche de rousseur, se repassait encore, encore, encore, toujours et encore les lettres blanches qui formaient le tatouage dissimulé de l'A Oméga. Il se plongeait dans ses yeux, revoyait le parapluie posé contre la porte d'entrée de la suite au Ritz, sa propre guitare abandonnée dans le lit défait, trois boutons de manchette sur la table de chevet, une montre gousset, une Girard-Perregaux vintage au pied du lit.
Mais il ne connaissait pas Mycroft.
Sherlock lisait dans les pensées de John tandis que ce dernier pouvait décrire à la seconde près les raisons de son humeur et son état de santé. Les deux formaient un duo qui s'interagissait de lui-même, isolés du reste monde ou non. Ils s'auto-suffisaient, se nourrissaient de leur amour. L'expression d'amour et d'eau fraîche retrouvait tout son sens premier avec eux.
Greg ignorait la couleur préférée de Mycroft.
Sherlock ne se trompait jamais lorsqu'il achetait un pull pour John, de même que ce dernier pouvait réciter de tête les nombreuses lectures passées de son Alpha. Le B Oméga faisait les courses, le cadet Holmes s'occupait de louer ses dvds préférés. Ils n'avaient même pas besoin de se mettre d'accord, de se consulter. Chaque acte était perfection, tout était parfait, bien en rythme et en accord avec leurs pensées. Ils étaient plus que liés.
A quoi bon aimer un homme qui vous traitait comme un vulgaire objet?
Greg s'en fichait complètement. Il l'aimait, il l'avait dans sa peau, son coeur. Il respirait au travers de ses paroles, de ses manies, de ses appels quotidiens. C'était sa moitié recherchée, la partie qui manquait à son âme, son esprit, son tout. Il suffoquait de ne pas l'avoir à ses côtés, le regarder téléphoner, l'écouter valser les mots entre ordres et menaces. Il s'étouffait progressivement...
Se noyer dans ses yeux bleus et sa senteur mielleuse lui suffisaient amplement.
L'observer était un rêve éveillé, où tout était bleu, opium, miel. Entendre sa voix, caresser sa peau souple et diaphane, compter ses tâches de rousseurs, inspirer ses soupirs saccadés, avaler son orgasme, semer, semer, semer en lui toute sa fougue et son amour. Mais plus rien ne suffisait désormais. Il voulait plus, toujours et encore plus. Mycroft était une drogue dure qui l'enfonçait de jours en jours, d'heures en heures dans un laconisme imbattable. Tout ce qui le retenait sur terre était de savoir qu'il l'aidait à accomplir ses rêves. Tout, tout pour lui. Il pouvait tout faire pour l'A Oméga. Un regard, un soupir, voir un signe de la tête suffisaient à le pousser dans les bras de la mort s'il le fallait.
Il n'arrivait pas à prononcer les trois mots: je t'aime.
Il ne le tutoyait même pas! Qu'étaient-ils l'un pour l'autre si ce n'était que de simples sex-friends? Ils n'étaient même pas amis à y voir de plus près!
— Greg, ça va aller? murmura une voix qui le fit atterrir.
Son verre était brisé à terre, le liquide transparent de la limonade à moitié sur les pavés. Aden avait soulevé son ordinateur portable et l'observait, à la fois choqué et inquiet. Sherlock était recouvert de limonade, de café. La table était renversée.
John lui agrippait le poignet qu'il brandissait en l'air, prêt à feindre ce dernier dans un dernier coup de rage.
Il se sentait revenir à la réalité, quitter le trou bleu ciel qui avait envahi son esprit. Le soleil tapait de plus en plus fort, la chaleur se faisait ressentir. Il avait mal au bras. Ce dernier était toujours levé et s'était abandonné à la poigne déterminée de John.
— Tu as fait une crise de manque Alpha, prononça Sherlock, ignorant ses boucles mouillées et bientôt collantes.
Gregory pouvait distinguer à présent les formes, les couleurs, même les contours des pavés éclaboussés.
Aden parlait avec le gérant du café, s'excusant dans un drôle d'anglais-espagnol maladroit. C'était peine perdue, ils étaient au Portugal.
Des passants s'étaient arrêtés par curiosité. Même quelques barques promenant des touristes en quête de soleil avaient cessé de voguer dans le lagon pour observer l'incident sur le quai.
Non loin de là, des enfants tombaient du pont gigantesque qui traversait les deux parties de la vieille ville, offrant un spectacle de joie et d'espièglerie aux touristes, ignorant l'hiver.
Et Gregory tremblait.
— Vite, on doit l'emmener dans un hôtel, au frais. Il fait une crise aiguë de manque Alpha, cria John à Sherlock et Aden.
*xXx*
— J'étais tellement sûr qu'il connaîtrait cela que je comptais les jours dans ma tête. Et voilà. Le choc post-traumatique après le suicide d'Odval a contribué à accélérer le tout, continuait de marmonner un John Watson occupé à administrer les soins nécessaires à l'A Alpha abandonné au manque et au désespoir.
Gregory Lestrade avait perdu connaissance sur la route. Les trois hommes l'avaient portés jusque dans un hôtel non loin du quai. Ils n'avaient déjà pas beaucoup de temps... L'incident tombait bien mal.
Mais John savait que Gregory allait passer par là. Une crise aigüe de manque Alpha était un phénomène très rare, mais pas isolé. Les symptômes pouvaient se résumer en une perte de mémoire à court terme, un mélange réalité-imagination, voire des hallucinations. La victime perdait le contrôle de son corps et de son esprit pour son côté animal. Autrement dit, l'instinct de la dynamique prenait entièrement le dessus sur l'humain. Ce phénomène pouvait survenir à n'importe quel moment, pour une durée plus ou moins variable selon les cas. Avec un passé comme le sien, il était tout à fait normal pour Gregory de connaître cette crise. En effet, un A Alpha normalement constitué ne pouvait pas, physiologiquement et psychologiquement parlant, demeurer calme et posé à plein temps. Or Gregory était l'incarnation même de la tranquilité, en constante guerre contre ses instincts A Alphas depuis sa révélation. Près de trente ans passées à se dissimuler sous un masque de calme absolu. C'est un exploit, un enfer permanent...
Pêter un cable était donc même conseillé dans son cas. S'il continuait dans cette voie, John savait que Greg pourrait sombrer dans la folie.
— C'est la première que je vois cela de mes propres yeux, souffla Sherlock tout en analysant les différents symptômes.
Sans surprise, le détective génie avait sauté sur l'occasion pour étudier cette crise rare mais existante jusqu'au détail près. Néanmoins, étant lui-même A Alpha, il laissait John vaquer à ses soins sans le déranger. Leur lien les aidait énormément, communiquant leurs instincts protecteurs mutuels pour le bien-être de Greg.
— C'est Mycroft, hein? murmura Aden redevenu calme et posé après la surprise.
— Qui d'autre pourrait lui infliger cela? Greg s'est laissé envahir par ses instincts primitifs d'A Alpha à cause de l'amour incompréhensible qu'il porte pour Mycroft. Il a perdu le contrôle de son coeur, c'est... désolant... rechignait à dire Sherlock.
Il s'assit face au lit et entreprit de consulter une nouvelle fois ses emails.
— Comment peut-on aimer quelqu'un aussi fort? demanda Aden.
— Je suis dépendant de Sherlock comme il l'est de moi. Nous ne pouvons pas vivre l'un sans l'autre. C'est la même chose pour Greg. Il ne vit plus que pour Mycroft. Et le pire dans tout cela? Les deux éprouvent la même chose mais sont trop fiers, têtus et occupés pour se l'avouer. On se dirait être dans un roman de Jane Austen! répondit John en ajoutant une intra-veineuse au patient évanoui.
— Et c'est toi qui demande cela? Il n'y a même pas quelques mois, tu pleurais de voir mon frère avec un autre! s'exclama Sherlock.
— Vous les Alphas, êtes des êtres incompréhensibles, répondit Aden, touché en plein coeur par la remarque sanglante du cadet Holmes.
Sherlock le toisait du regard, bombant son torse, prêt à défendre l'honneur de sa race...
— Mais c'est vrai, je ne peux pas rivaliser avec vous. Ni avec Kalyn, Will, et même toi, John. Je suis... un lâche, c'est pour cela que je suis de retour. Imaginez les dîners de famille entre mon père, ma mère, Amelia qui montait les marches de la SSA et du gouvernement britannique... et moi, enfui aux Etats-Unis avec une fortune mais une vie de rigolo en tenues fluos et collection de Mickey géante... marmonna Aden avant de quitter la chambre avec son ordinateur portable.
Son départ laissa un vide.
— Il souffre d'un manque de reconnaissance et d'un sentiment d'infériorité plus important que je ne le pensais, constata John avant de se masser les tempes.
— Hmmm...
— Tu devrais aller t'excuser, Sherlock. Un A Alpha en crise est amplement suffisant. Aden n'a jamais combattu Greg pour Mycroft, du moins, dans la lumière. Il est relativement fair-play voire même compatissant. Je pense que le plus dominant ici est réellement ton frère. Il en a laissé des coeurs brisés et des gouvernements dévastés dans le monde, reprit John avec un rictus moqueur.
— Hrmph!
— Bon Sherlock, arrêtes de bouder!
*xXx*
Sherlock observa l'homme qui s'était replié devant son ordinateur, assis dans la salle commune de l'hôtel vide.
— Révèles ce que tu as sur le coeur, Sherlock. Je suis à toi, vas-y! dit Aden en relevant son regard résigné.
L'A Alpha croisa les bras et scruta son visage, lentement.
— Ce n'est pas Mycroft, déduisit-il nonchalemment.
Aden leva un sourcil, le priant de préciser sa pensée.
— Jusque là, je pensais que tu faisais tout cela pour mon frère. J'étais convaincu de ton amour pour lui. Mais plus je t'observe, plus j'analyse tes interactions avec Greg, plus je vois que la motivation est ailleurs... J'ai ignoré un facteur décisif. Tu ne veux pas aider Mycroft, tu veilles sur lui. Tu n'as pas d'autres choix que de nous suivre parce que tu t'inquiètes pour Greg. Tu sais que Greg est l'amour de sa vie... Enfin, on peut dire ça comme ça. En veillant sur lui, tu espères soulager Mycroft d'une bonne partie de son inquiétude, mais aussi parce que tu connais assez bien mon frère pour savoir que cela ne servirait à rien de rester à ses côtés. Il t'aurait envoyé à l'autre bout du monde, ce qui est incceptable à tes yeux.
— Et qu'est-ce qui te fait penser à ça? demanda l'A Bêta en défiant Sherlock d'un geste du menton.
— J'aurais très bien pu dire que c'est pour te refaire une moralité, ou te sentir moins coupable d'avoir quitté la SSA durant ces dernières années. Je pourrais même dire que c'est pour venger tes parents et aider ta soeur, Amelia, dans son entreprise. Mais non, la raison est en fait très simple et si évidente... Tellement évidente que je l'ai occultée dans un coin poussiéreux de mon esprit... Aden, la raison s'est dévoilée d'elle-même lorsque j'ai vu comment tu regardais Merry. Je me suis juste trompé en analysant vos interactions. Votre relation n'est pas comme celle que j'entretiens avec mon frère. Tu nous a menti en disant la considérer comme une soeur.
Aden s'était penché vers Sherlock, l'ordinateur portable oublié dans un coin, éteint. Il pressa ses mains sur les genous, invitant le détective à continuer.
— Le passé commun que vous partagez m'est à peu près compréhensible à présent. A l'origine, il y avait Daiyu Li, ses parents et son grand-père envahissant, Bai Long. De l'autre côté, il y avait ton père Heleen, ta mère Sven et ta soeur Amelia. Vous servez tous la famille Li en extinction. Merry n'était pas l'unique héritière. Elle avait un cousin un peu plus âgé qui avait déjà perdu ses parents, puis il meurt dans un accident. La tragédie familiale est une tradition chez les Li en y pensant... Bref, vous étiez destinés à vous marier et vous lier dès votre enfance. Vous avez grandi en sachant cela et je ne serais pas surpris si tu me disais que tu avais tellement l'habitude de l'aimer que tu ne savais plus si c'était de l'amour ou non. Puis, Merry rencontre Will, le fils d'un ami entrepreneur de son père, et peu après, croise le chemin de mon frère Mycroft. Avec ses deux nouveaux meilleurs amis, elle commence à se détacher du sillon familial. Ensuite, vient sa révélation, tardive et très inattendue. Tu n'étais pas à ses côtés parce que tu avais été écarté par la famille Li et tes parents. Notre famille suit cette même tradition ancestrale. C'était donc Mycroft qui s'était occupé d'elle. Ils sont devenus plus que proches avec cet épisode et elle a gardé une sorte de rancoeur contre toi. Tu en gardes un souvenir amer de cet évènement. C'était d'ailleurs l'année où tu t'es fait chasser de ton université. Après cela, tu es parti aux Etats-Unis pour te prouver capable à ses yeux, mais aussi pour signifier ton indépendance envers tes parents et Bai Long. Mais tu pensais qu'elle reviendrait vers toi surtout que Mycroft tombe successivement amoureux de Maddison puis de son frère Will et laisse un peu de côté Merry... Jusqu'au jour où Daiyu rencontre Kalyn et qu'elles tombent amoureuses l'une de l'autre. Tu t'isoles encore plus et décides de quitter la SSA, en signe de défaite ou de rage. Une ou deux années plus tard, elles se quittent mais Merry ne reste pas célibataire longtemps. Tu n'as même pas le temps de te réjouir qu'elle tombe dans les bras de Will, un serial séducteur si je le comprends bien, et ils se lient puis se marient. A sa mort, Merry quitte la civilisation et vous la perdez tous de vu. Mais toujours inquiet, tu commences à fréquenter Mycroft que tu penses aimer, et je te crois dans tes paroles. Il est impossible pour un A Bêta ou Alpha bien constitué de ne pas tomber sous le charme d'un A Oméga, même s'il est mon frère... Sauf que vous vous rendiez compte que cette histoire ne mène nulle part. Selon mes calculs, cela tombe peu de temps après la première entrevue que mon frère a eu avec Lestrade. De nouveau célibataire, tu prends Marco sous ton aile puis l'envoies chez Diesbach avec qui tu entretiens toujours des relations assez bonnes. Avec le retour de Merry, tu reviens également sur le terrain, tout d'abord en conseillant au téléphone Anna Ulanov lorsqu'elle prend la tête de l'unité américaine de la SSA, et plus activement en t'investissant directement à Paris. Malheureusement, tu te rends compte que Merry ne te considère plus comme avant, tout comme Mycroft et le reste de votre bande. Mais tu t'accroches... Merry t'aimait profondément, comme un frère. C'est même elle qui t'a demandé de veiller sur Mycroft et donc Greg par extension, n'est-ce pas?
Aden était bouché bée. Il éclata d'un rire désabusé, tête entre les mains, avant que tout ne devint sanglots et soupirs.
— Ta première réaction lors du décès de Merry, de ton père puis mère, était de te précipiter vers Daiyu, sans même un regard pour tes deux parents. C'est ce qui m'a convaincu de tout. J'ai vu juste, non? demanda Sherlock, un peu perdu devant la réaction trop humaine de l'A Bêta.
— J'aime profondément Mycroft et... je ne sais franchement pas pour Merry. Sauf qu'elle... je ne sais pas. Comment pourrais-je le savoir? Nous avons grandi ensemble, et j'ai toujours su que nous étions amenés à nous lier et marier. Elle était à moi depuis sa naissance tout comme je lui appartenais. Mais... la vie est injuste et imprévisible, hein? Je ne sais pas si je l'aime comme tu le décris. Je... je ne sais pas, Sherlock. Franchement, je ne sais pas. Je sais juste que je dois continuer son oeuvre et faire payer tout ceci aux personnes concernées...
Sherlock serra les poings.
*xXx*
Lorsque John revit sa moitié accompagnée d'un Aden trop enthousiaste, il était confortablement installé au chevet d'un Gregory Lestrade toujours endormi. Le B Oméga se faisait un souci permanent pour l'ex DI du Met qu'il considérait comme son meilleur ami après Sherlock bien entendu.
Lestrade prenait trop sur ses épaules ces derniers temps. Et si ses instincts lui dictaient la réalité, il ne serait pas surprit d'apprendre que son ami s'occupait de mission secrètes à leur insu. Connaître aussi bien le fonctionnement de la Roseraie et du Circus n'était pas un cadeau du ciel ou de leurs intendants. Greg était au courant de secrets qu'il ne pouvait pas encore leur dévoiler. Et en bon ami, John ne s'aventurerait jamais à le questionner. Mais tout ceci n'était que le cadet de ses soucis. La priorité était son amour incroyable pour Mycroft Holmes.
Il se demandait parfois ce que Greg pouvait trouver chez l'aîné Holmes, aussi sexy, riche, puissant et intelligent qu'il l'était. Les deux formaient le couple le plus improbable: un ex DI banal A Alpha dissimulé pour survivre dans la jungle sociale et un A Oméga génial agent spécial, dirigeant et milliardaire. Tout les opposait, et pourtant, ils s'aimaient d'un amour hallucinant presque irréel.
John se frotta les yeux. Il était presque minuit. Sherlock et Aden avaient repris leurs recherches avec les services secrets de ce dernier et la SSA. Le suicide d'Odval, mais surtout la mystérieuse très jeune femme aux longs cheveux noirs et silhouette fine les intrigait fortement. Qui était-elle? John connaissait à peu près tous les agents de la SSA, à l'exception de quelques anciens toujours cachés. Mais cette dernière ne pouvait pas en faire partie, elle était trop jeune, et trop chinoise pour entrer dans les descriptions plutôt colorées des membres fondateurs de la SSA: britanniques, américains, suisses, allemands, métisse italo-chinoise, russes...
— Hmmm... ronronna Sherlock en fronçant des sourcils.
John se rapprocha de son alpha et posa une main rassurante sur son épaule.
— Quelqu'un tente de m'envoyer des informations. Risque de piratage important. Aden, qu'en dis-tu? continua Sherlock, ignorant son oméga.
L'A Bêta oublia son écran pour celui de Sherlock et fronça des sourcils de même.
— Soit nous sommes face à un pirate un peu fou, soit nous avons droit à la pire blague de Kalyn. Elle est la seule capable de pirater un système aussi protégé que celui de ton ordinateur qui combine la sécurité SSA, la mienne et celle de ta propre création, répondit Aden, curieux.
John se pencha davantage sur l'écran. Il put lire quelques extraits des Monty Python avec trois citations du Sun et une photo de Sally Donovan en train de manger un énorme cheeseburger. Il ne savait pas s'il devait s'inquiéter, rire ou...
— Une liste de noms vient d'apparaître. C'est beaucoup de russes, dit! s'exclama Aden en se rapprochant de l'écran de Sherlock.
Ce dernier avait déjà commencé à contre-attaquer à l'aide de codes bien rodés. Mais inutile, leur mystérieux adversaire était plus fort. Et une photo de Mycroft dégustant un gâteau au chocolat en cachette fit irruption, avec pour légende: de quoi lui rabattre le claquet s'il t'embête!
— Ma foi, notre mystérieux ami ou ennemi connait la relation que tu entretiens avec ton frère, Sherlock! maugréa Aden avant de jeter un coup d'oeil à son écran et lever les bras aux cieux.
— Des liasses fiscales d'entreprises-écrans et de comptes bancaires suisses, venez voir cela! dit enfin Sherlock Holmes en cliquant sur les différents fichiers.
— Ce sont des infos sur les firmes pharmaceutiques qui financent le Circus. Un sacré paquet d'argent qu'ils reçoivent bien, hein? analysa rapidement Aden.
Et un smiley apparut sur l'écran, accompagné d'un auto-portrait de Warhol.
John se frappa le crâne et esquissa un grand sourire triomphant.
— Notre pirate est bien décidé à se jouer de nous! dit-il avait de dégager les mains de Sherlock hors du clavier, perché par-dessus son épaule.
Il s'inspira des codes de sa moitié et tourna quelques expressions de sa création: bienvenue en Europe, marre de la grosse pomme?
Leur pirate répondit par un autre smiley et le logo de la marque de pâtes que John et Mycroft avaient mangé, mangé et remangé à New-York. Le B Oméga éclata de rire avant d'envoyer une blague qu'ils avaient partagé ensemble, devant les regards ébahis de Sherlock et d'Aden.
— Je vous présente notre rousse préférée. Je pense que tu la connais, Aden. Sauf si Alice ne te dis rien, provoqua John.
— Alice est une intendante et loin d'être rousse, fit Sherlock avant de lever les yeux aux cieux.
— Idiot, tu penses sincèrement qu'il est impossible de connaître plusieurs Alice sur la planète? Aden, que dirais-tu si cette Alice est tatouée sur toute une jambe? continua de provoquer John.
— Impossible... elle est...
— Morte est enterrée, mais pour de faux. Alice Imogen a toujours été vivante. Mycroft et moi lui devons nos vies lorsque nous nous sommes échappés du Circus de Dimitrov, finit par concéder John Watson.
Aden blémit. Sherlock regarda les deux hommes, visiblement ennuyé de ne pas arriver à suivre leur conversation. Pendant ce temps, Alice Imogen continuait de leur envoyer des secrets financiers et tactiques.
— Alice Imogen, ancienne ambassadrice de Bai Long en Europe, pirate informatique de génie, rousse, grande, A Oméga devenue C Bêta pour se cacher et vivant sous le nom de Maria. Elle est notre interlocutrice, ici. Selon Mycroft, elle est une des seules capables de le remplacer en terme de stratégie au sein de la SSA. Disons qu'elle est de retour sur le terrain, après sa retraite forcée.
— C'est la personne la plus recherchée dans le monde avant son décès, murmura Aden, à nouveau sous le choc.
Sherlock grogna et croisa les bras. Il n'aimait pas perdre. Et tout indiquait qu'Alice Imogen venait de les battre tous les trois en terme de quantité d'informations trouvées.
Un dernier smiley apparut, avec un Nyan Cat en guise de salutation. Puis elle disparut de leurs deux écrans.
John éclata une nouvelle fois de rire.
Et pendant ce temps, Greg souffre littéralement d'amour... C'est de la pure physiologie Alpha/Oméga!
Pour répondre aux questions, je ne pense pas non. Kim est ptê mignonne mais pour séduire Mycroft? Il faut un peu plus de profondeur et surtout, être le Silver Fox! A moins que... à vous de lire! XD
Et merci pour tout! Le prochain chapitre est presque terminé aussi! Je vais vite, mais je pense que vous aimeriez :)
