— Sept —

Royaume-Uni, Londres

1er février

Jour 49

— ... Mes chères citoyennes, citoyens... L'heure est à la clarification, à l'honnêteté, à l'égalité. Le Royaume-Uni, indiscutablement première puissance Occidentale après les Etats-Unis, a toujours montré l'exemple en matière de politique sociale et économique. Or, mes prédécesseurs avaient coupé court à cette longue coutume en instaurant une loi. Cette loi, chères citoyennes, chers citoyens, est une aberration. Elle a contribué à creuser les disparités sociales, entraînant une augmentation de 235% des crimes envers la personne et la liberté de droit privée. Ce Royaume-Uni n'est le pas le pays où je suis née, où j'ai grandi, où j'ai étudié, et où je vis. Ce Royaume-Uni n'est que le terrain d'expérimentations d'illuminés en quête de pouvoir absolu sans aucune pensée pour nous, simples humains et citoyens. Ce que j'annonce, n'est que l'officialisation d'une longue procédure de libéralisation dont vous êtes déjà au courant.

Amelia Longburn, née Banaart-MacMillan, pausa quelques instants. Survolant la foule attroupée devant Downing Street du regard, la première Bêta femelle de l'histoire du Royaume-Uni inspira profondément, la larme à l'œil. Ce qu'elle annonçait était déjà connu de tous. Mais elle désirait en faire son cheval de guerre, sa marque indélébile dans la longue histoire pour le droit privé aux dynamiques. Son discours était déterminant. Elle rajusta sa veste de tailleur Saville Row rouge bordeaux et se remémora combien elle avait hésité devant son placard. Le rouge était synonyme de passion, de la force travailleuse, de l'amour, la folie. Elle était conservatrice et ultra-libérale au plus profond de son âme, ancrée dans les valeurs aristocratiques des clans centenaires de sa famille. Mais sa dynamique, ses choix en matières de politiques sociales et économiques et même son comportement quotidien en avaient fait un symbole de la modernité et d'une nouvelle ère dont on ne s'y attendait plus. Amelia Longburn n'était pas un pantin de la Reine, encore moins de Mycroft. Elle l'avait vu devenir ce qu'il était, avait grandi en admirant les choix de Daiyu Li. Elle désirait simplement rendre public et justice ce que ses amis œuvraient tous les jours en cachette.

— La Loi International est une ignominie. Elle a perverti les individus dans ce qu'ils sont de plus privés. Personne n'a le droit de demander la dynamique d'autrui. Personne n'a le droit de condamner autrui à vivre sa dynamique, quel qu'elle soit, aux yeux de tous. Personne n'a le droit d'interdire l'usage de traitements qui peuvent aider autrui à vivre sa vie décemment. Durant ces derniers mois, nous vous avons redonné droit à disposer de votre humanité, de votre dynamique et donc de votre liberté comme il se doit. Mais ce n'était pas suffisant. Les meurtres, les crimes, la délinquance continuent de croître en des chiffres alarmants. Cela ne touche pas que les bêtas habituellement victimes de discriminations. Non, chers concitoyennes et concitoyens, cela touchait autant les Bêtas, B Omégas, les A Omégas, les B Alphas, et les A Alphas, qu'importent leur âge, leur sexe, leur place dans la société. Nous sommes tous touchés par cette pandémie.

Elle inspira profondément, fermant les yeux juste quelques secondes tout en savourant le silence qui lui était offert par la foule et les journalistes bouche-bée. Sa jupe crayon Burberry Prorsum lui grattait inconfortablement l'arrière-train. Courage, tu arrives enfin à limiter ton débit habituel. C'est maman qui devrait être ravi. Il déteste... tait t'entendre piailler à longueur de journée.

— Mais il est possible d'y remédier. En travaillant ensemble, en poussant de côté notre individualisme latent, il est désormais possible de vivre en communauté sans heurts ni altercations, en paix. C'était le souhait de mon feu époux, c'est ce que je désire et espère pour nos enfants. Je pense que nous sommes tous d'accord là-dessus. Rien n'est plus important que nos proches et nos prochains. Merci.

Elle salua la foule d'un geste de la main avant de quitter son perchoir et aller se courber devant son auditoire interloqué. C'était la première fois qu'une première ministre agissait de la sorte. Mais ce fut amplement suffisant pour faire entrer davantage Amelia dans l'histoire comme première bêta femelle au pouvoir, première veuve en poste et surtout, comme l'image de l'humilité et du dévouement pour la société par-delà l'orgueil, la fierté et les intérêts personnels.

Une salve d'applaudissements accueillit cette admirable femme bien avancée dans la quarantaine et mère de trois enfants encore jeunes.

*xXx*

Hong Kong,

5 février

Jour 53

— Sais-tu que tu ressembles plus à une loque qu'au conseiller privilégié de Bai Long, Myc? Plaisanta Sacha Li, tête reposée sur la paume délicate de sa main d'Alpha.

L'élégante politicienne s'étalait dans le fauteuil de son salon ministériel. Elle venait juste de s'installer dans la résidence présidentielle de la Suisse, à la suite de son élection.

Mycroft se redressa devant l'écran de son ordinateur et leva les yeux aux cieux. Sacha était très taquine. Elle prenait un plaisir presque malsain à énerver ses amis, toujours si élégante et lascive. Ses boucles brunes encadraient nonchalamment son visage pâle aux yeux transperçants. Son côté androgyne mais oh si féminin et B Alpha se tordaient dans des robes Emporio Armani dont elle était la représentation type. Chacune de ses apparitions éclaboussait ses spectateurs par le plongeant de ses décolletés avant et arrière, la fluidité des matières sobres, la nonchalance encore et toujours. On se serait cru vivre dans les années folles. Tout contrastait avec la B Alpha redoutablement femme fatale Kalyn Keller qui s'habillait comme une chevalière sexy des temps modernes ou Sally Donovan qui mélangeait corporate et dominatrix en cuirs et latex.

— Félicitation pour ton élection et ton investiture, Sacha. Quels sont tes plans à court terme? demanda Mycroft Holmes en sirotant son énième verre de brandy de la journée.

La B Alpha se releva avec abandon avant de le fixer, réfléchissant aux mots qu'elle devait employer. Sacha était prude, à l'opposée de la logorrhée indisciplinée et cruelle d'Amelia Longburn.

— Je viens de déclarer la Suisse comme état neutre à part entière.

— Je transfère aussitôt mes liquidités détenues avec Kalyn en Suisse, répondit aussitôt Mycroft, un sourire malicieux aux lèvres.

Sacha le jugea avant de grimacer.

— Tu risques de creuser le déséquilibre de la balance en liquidités dans les pays rattachés à la cause pro-bêtas. Sauf si, bien entendu, tel est ton souhait, dit-elle.

— L'essentiel de notre fortune repose sur nos investissements dans la pierre. C'est le résultat de la frénésie d'achats en biens immobiliers de Kalyn. Elle détient une bonne partie des capitales européennes. La Suisse ne bénéficiera que peu de liquidité, du moins, pas assez pour contrebalancer l'économie européenne.

Sacha acquiesça, satisfaite de la réponse fournie par l'A Oméga.

— Tu fais toujours cette tête après une entrevue avec Sacha, fit une autre voix et un autre visage remplaçant celui de la brune Alpha.

Amelia s'était invitée d'elle-même, prenant la place de Sacha dans l'écran.

— Ravi de te voir toujours vivante après ces débuts d'émeutes.

— J'ai été plutôt bien accueillie au début, puis mes opposants ont commencé à tout disséquer et depuis, je tente de calmer les esprits. Sally a peur que cela dégénère en crise sociale comme aux Etats-Unis. Elle y avait été, avait vu de ses propres yeux l'horreur à New-York.

Mycroft frissonna. Ses pensées allèrent vers la dissimulée Alice Imogen toujours à New-York selon ses déductions.

— Sally Donovan s'inquiète, continua la B Bêta en dégageant une mèche de son visage.

— Après ce qu'elle et Ethan Miller ont pu voir à New-York, je n'en doute pas...

— Mais je lui ai assuré que ce genre de situation ne se reproduirait pas ici. Myc, tant que sa Majesté restera au pouvoir, nous serons en paix. C'est exactement le même cas qu'en Asie... Mais pour combien de temps?

— L'héritier du trône au Royaume-Uni n'est pas encore prêt. Il était formé en partie par... Heleen. Sauf qu'avec les récents évènements, je préférerai ne pas me prononcer trop vite.

— Sa sœur nous semble plus apte.

— Une bêta sera toujours plus posée et calme qu'un Alpha.

— Ou un Oméga, confia Amelia Longburn avec un clin d'œil.

Mycroft demeurait immobile, nullement touché par la remarque. Il connaissait les habitudes de son amie. Elle était abominablement calme ces derniers jours. Cela ne lui ressemblait pas.

— Si seulement Will était encore vivant... Il serait probablement président des Etats-Unis à l'heure actuelle.

— Impossible puisqu'il aurait été lié à Merry, héritière non moins officielle de l'empire d'Asie.

— ... Ce ne sont que des suppositions. Le fait est qu'actuellement, plus personne n'est en mesure d'incarner le pouvoir dans nos rangs. J'avais porté mes espérances sur Aden. Mais mon frère est juste... trop sensible et humain pour porter le poids et le destin d'une nation entière sur ses épaules. Kalyn est encore trop instable et jeune. Heureusement qu'il reste Sacha et moi. J'aurais voulu voir Fil pourtant. Il s'est juste évaporé je ne sais pas où. Franchement, est-ce que cela vaut bien la peine, Myc? Il est notre carte maîtresse. Avec sa dynamique, son charisme, son calme, sa tendresse, son humanité et tout le reste... Il peut faire un excellent dirigeant.

— ...

— Mais il est homosexuel.

— Bisexuel, nuance, intervint Mycroft.

— Sortir avant tout avec des Alphas et aimer une B Alpha depuis près de vingt ans n'est pas vraiment ce que j'appelle être bisexuel.

— Kalyn l'est.

— Parce qu'elle a goûté à l'Alpha-Oméga. Ça chamboule une vie, à ce qu'il paraît, finit par rétorquer Amelia.

Mycroft avait toujours admiré la détermination de son amie. En ceci, elle ressemblait à Merry et Anna Ulanov, toujours dans le coma.

*xXx*

Portugal, Porto

5 février

Jour 53

— Comment va-t-il? demanda Aden en tendant une bière au B Oméga.

John Watson remercia son ami d'un signe de la tête et engloutit en quelques gorgées la boisson amère. Il grimaça avant de s'essuyer la bouche d'un revers de la manche.

— Comme un A Alpha en manque. Je ne sais pas vraiment ce qu'on peut faire de plus à part attendre. La solution serait bien entendue de faire venir Mycroft pour les confronter, mais les connaissant, j'ai peur que ça tourne davantage au désastre. Greg n'accepte plus personne dans sa chambre, à l'exception de Sherlock. Je pense que c'est un truc entre gens d'une même dynamique. Dès qu'il me voit, il retombe dans la dépression.

— Tu es Oméga, c'est pour cela. Tu lui fais penser à Mycroft.

— Aden, je ne sais pas si c'est trop demandé, compte tenu des circonstances, mais...

— Vas-y, je n'ai plus rien à cacher, le coupa l'A Bêta en s'installant à côté de John.

— Mycroft... Pourquoi refuse-t-il de voir la vérité en face?

Aden Banaart appuya la tête contre le mur et inspira profondément, yeux fermés.

— Lorsque j'ai connu Myc, il était plutôt effacé, presque... inatteignable. Il avait un charme fou, tellement qu'il a causé la perte du clan Rothschild en séduisant sans le savoir Maddison puis Will. Ça a d'ailleurs été un désastre... Et bien sûr, cela n'a pas manqué à Bai Long. Il a un peu sauté sur l'occasion... En très peu de temps, Myc était devenu le meilleur agent de plaisir. Je ne sais pas plus là-dessus, c'est très privé. Tout ce que je sais, c'est qu'il est devenu différent. Manipulateur, malin, pervers, on peut dire ce qu'on veut, mais entre nous, il est resté le même. Et puis, Will est mort, Daiyu nous a quitté. Il s'est renfermé comme jamais. J'ai décidé de l'aider et nous sommes sortis ensemble. Nous formions un beau couple. Je lui donnais de la joie, il était indubitablement irrésistible, tendre et patient. Mais il n'arrivait pas à s'ouvrir. C'était comme si j'avais une coquille vide devant moi. Il se retient de... je ne sais pas quoi. Il parle très peu de lui-même. Toujours et toujours du boulot, de la paix, toujours de beaux discours un peu vides et superficiels. Il était parfait pourtant, mais je savais qu'il ne se confierait jamais complètement. Pour te dire la vérité, je pense que ses années en tant qu'agent de plaisir l'ont un peu brisées. Certains le vivent mieux que d'autres, mais tous portent des séquelles...

John Watson ne savait pas quoi répondre. Agent de plaisir... C'était un peu...

— Un peu comme offrir son corps et toute son existence à une cause et dans notre cas, à Bai Long... devina Aden.

Il n'en croyait pas ses oreilles. Alors Mycroft Alexander Holmes... le frère de Sherlock, fils aîné du clan Holmes, conseiller privilégié de la plupart des dirigeants du monde, le gouvernement britannique et autres personnifié... Mycroft avait été un agent de plaisir. Il avait été... avait été prostitué pour le compte des causes qu'il défendait. Il...

— John! cria Aden en se précipitant vers le B Oméga qui s'était vautré sur lui-même, vomissant le dégoût qui venait de le prendre suite à la révélation.

— Mais que se passe-t-il? JOHN! Intervint Sherlock qui s'était précipité hors de la chambre de Greg sous la pression du lien qu'il partageait avec John.

L'A Alpha se jeta à terre, agrippant son oméga contre lui. John n'eut pas le besoin de lui donner la raison de son état car Sherlock s'était relevé à la hâte et frissonnait d'effroi. Il avait déduit l'ancienne activité de son frère.

— Je suis désolé, souffla Aden, quittant la pièce en silence.

*xXx*

Hong Kong,

7 février

Jour 55

Kim l'avait laissé tranquille. Il l'adorait, la cajolait, la formait selon ses propres désirs. Il avait pensé qu'elle pouvait l'aider à retrouver sa pleine forme, mais tous ses efforts furent vains. Il ignorait ce qui lui prenait, mais son âme et son cœur demeuraient insatisfaits. Mycroft Holmes n'arrivait toujours pas à décrypter les raisons de son mal-être auto diagnostiqué.

— Tu perds la boule, idiot, maugréa l'A Oméga en jouant avec le verre de brandy qu'il tenait entre deux doigts frémissants.

Il finit par l'avaler comme d'habitude. Il alluma sa cinquième cigarette de la journée. Il détestait fumer. Il cracha ses poumons, se frotta les yeux embués par la fumée dégagée. Il soupira longuement.

Sacha avait réussi à changer la face de la Suisse en quelques mouvements et mots bien placés. La reine de la manipulation connaissait bien le peuple helvète, fier et profondément indépendant. Elle avait utilisé ces points précis pour imposer son point de vue. Bien entendu, la promesse de capitaux en provenance d'Asie avait également contribué à appuyer sa négociation. Mais surtout, les suisses étaient éduqués et ne voyaient pas intérêt à répandre leur individualisme et égoïsme sauvage dans une révolte.

C'était ce qui plombait les Etats-Unis.

Mycroft tira une dernière bouffée avant d'abandonner le mégot au sol. Il se servit un autre verre de son brandy préféré.

Eva l'avait traité d'alcoolique.

Foutaises!

Il était parfaitement apte à remplir son rôle. C'était d'ailleurs pour cela qu'il était revenu en vitesse auprès de Bai Long. Ce dernier avait besoin de tout le soutien disponible et Mycroft était son élément déterminant. S'il n'avait pas été présent, l'Asie n'aurait pas sa place actuelle dans le monde.

L'A Oméga tenta de se relever, en vain. Il s'écroula dans son fauteuil, se prenant la tête entre les mains. Son cœur n'arrêtait plus de tambouriner, l'empêchant de mener ses tâches quotidiennes. Il ignorait ce qui le troublait. C'était... nouveau.

Il était néanmoins fier d'avoir réussi à plutôt bien supporter le vide. Kalyn était toujours alitée, se rendant complètement inutile à la SSA et encore plus à elle-même. Il ne comprenait pas comment on pouvait être aussi désespéré et triste. Ils avaient connu bien pire. Et pour dire la vérité, il savait que Merry ne pouvait pas éternellement mener sa vie de sauvage en sécurité. A force de provoquer continuellement la mort, elle s'était faite avoir à son propre jeu. Et maintenant, il devait tout ramasser sans aide extérieure, comme toujours.

Même dans la mort, tu parviens à nous foutre en rage!

Il se rappelait du jour où elle avait acquis sa première batterie. Mycroft se souvenait encore de la couleur noire, de son aspect scintillant et surtout du boucan infernal qu'elle faisait à longueur de journées et de nuits. Le jour où elle avait rendu l'âme grâce à Aden, dieu merci, il avait prié pour sa santé morale encore intacte.

La seconde fois qu'elle l'avait autant enragé n'était pas si lointaine dans le temps. Merry avait une fâcheuse manie: elle aimait le désordre. Il l'avait invité de bon cœur après tant d'années, et elle avait, oh surprise!, tout mis à sac. Des dizaines de ses chemises sur-mesure avaient donc été teints en couleurs grisâtres par la machine à laver, ses pantalons avaient perdu leur souplesse et ses pulls... Mycroft les avait offert à Oxfam rayon enfants.

Finalement, il était enfin en paix. Désormais, plus de bruits insoutenables, plus de crises de nerfs, plus de folies dépensières, plus de disputes avec Aden et le reste du monde.

Mycroft Holmes soupira de ce qui semblait être de soulagement. Sa poitrine continuait de le faire souffrir.

"— Hey Myc! N'oublies pas la soirée ciné de ce soir, lui cria Merry courant vers lui. Elle avait ignoré tous ses cours en maintien et élégance puisqu'elle était à nouveau vêtue de son uniforme t-shirt, jeans, New Balance. Elle s'assit sur la bordure en pierre du pont et lui sourit.

Mycroft lui promit de venir à la soirée avant de la remercier poliment de l'invitation. Il ne la connaissait que depuis deux semaines bon sang! Et elle lui adressait déjà la parole avec une familiarité naturelle.

Je vais te présenter un ami ce soir. Bon... Ami est un bien grand mot, c'est le fils d'un client à mon père. Tu verras, il est cool!

Je ne sais pas si c'est une bonne idée que je vienne alors. Vous devrez parler de choses importantes pour les affaires de vos parents respectifs et je ne voudrais en aucun cas m'immiscer, bredouilla Mycroft tête baissée.

Merry le fixa en retour tout en approchant son visage du sien. Elle balança les jambes contre la bordure et, jetant la tête en arrière, elle éclata de rire.

Dieu comme tu peux être drôle, Myc! Comme si les affaires de mon père et de celui de William nous intéressent. Il n'y a que toi qui prenne le business si au sérieux. Je n'ai que dix-sept ans et William vient d'avoir vingt ans. Nous sommes encore étudiants et comme tu le sais, je n'ai aucune envie de devenir une accro aux sous tout comme Will! s'exclama-t-elle effaçant une larme de joie.

La surprise initiale passée, le jeune homme mêla son rire au sien, détendant l'atmosphère d'un coup. Pour la première fois, il laissa exprimer ses sentiments devant l'adolescente. Les minutes passèrent. Elle lui rendit un regard nouveau, celui qui ne la quittera plus lorsqu'ils se retrouvaient à deux: tendresse, confiance, chaleur enivrante et innocence."

Il continuait d'agripper son verre, sans en comprendre la raison.

Et ces fichus souvenirs continuaient d'envahir son esprit. Comme s'il n'avait pas d'autres choses plus importantes à faire, bon sang!

"— Je... je ne suis pas sûr de pouvoir te suivre. Ton grand-père... Il, il pourrait nous surprendre et je préfère ne pas imaginer les conséquences, Merry.

Idiot, idiot, idiot! Il t'adore, le vieux bougre. Tu es son préféré, je l'ai su dès que je vous ai vu ensemble. Ne t'en fais pas. Il n'aime pas les gens trop sages de toute manière. Pourquoi penses-tu qu'il a nommé Dimitrov à la tête de l'unité européenne sinon, hein?

Merry s'amusait avec sa joue gauche, riant aux éclats. Elle le poussa au devant. Il essayait de faire marche arrière, mais sa détermination n'avait pas de limite. Son Altesse impériale était têtue, bornée, impossible à vivre. Il se surprit à rire aux éclats. Sa poitrine se contracta de douleur. Il laissa échapper un cri de surprise.

Quoi? Ne me dis pas que tu as vu un fantôme! Ce n'est qu'une aile désaffectée du palais. Mais j'ai toujours rêvé de l'inspecter...

Merry, je...

Hein? Je ne t'entends pas, idiot! Allez, parles plus fort. Tu es destiné à de grandes choses et pas à finir Oméga au foyer, n'est-ce pas?

Mycroft leva les yeux au ciel et soupira longuement. La douleur avait progressivement disparu. Il ne savait pas à quoi cela se rapportait.

Je t'aime, tu sais... murmura Merry en ouvrant une porte poussiéreuse. Elle tira le manche de la tenue traditionnelle A Oméga mâle de son ami et ils entrèrent dans une grande salle en pierre grise. Tout respirait la Chine ancienne. Mais ils pouvaient deviner la beauté et la magnificence de cette salle de réception dans le passé.

Moi aussi... fit-il. Il se pressa le cœur.

Oi! Vous en avez mis du temps pour venir, s'exclama William Rothschild assis comme un roi au fond de la salle."

Mais qu'avait-il? Il n'était pas faible pourtant. Il était même fier de n'avoir jamais eu de problèmes de santé majeures! Personne dans sa famille n'avait de problèmes cardiaques.

Il engloutit son verre et le balança dans un coin. Il s'avachit davantage dans le fauteuil, couvrant ses yeux d'un pan de sa veste bordeaux drapée sur le dossier. Il détestait la lumière écrasante du zénith.

— Bordel de merde! jura l'A Oméga en se roulant en boule.

Des larmes continuaient de l'assaillir. Il tenta en vain de les refouler, mais c'était plus fort que lui. Il se haïssait. Il détestait ce sentiment d'impuissance. Tant d'années passées à se contrôler et devenir un autre, sans résultat.

Gregory Lestrade continuait de posséder son esprit. Mycroft força ses paupières à se refermer encore plus, toujours plus. Il devait être fort et ne pas s'abandonner au...

Il avait le tournis.

— Quoi? Qu'est-ce vous voulez? cria-t-il en direction de l'écran qui s'était de nouveau allumé.

Pourquoi fallait-il qu'on le dérangeât sans cesse? Il voulait de la tranquillité. Etait-ce trop demander? Il avait passé sa vie à tout donner aux autres, sans rien demander en échange!

— Myc... souffla la voix féminine.

C'était Alice Imogen, boucles frisées rousses encadrant une moitié de son visage. L'autre moitié était rasée. Son oreille découverte était habillée par un bijou en pierres de synthèse Topshop. Elle avait perdu du poids. Cernes et peau de rousse ne faisaient pas bon ménage.

Mycroft daigna enfin la regarder, droit dans les yeux.

— Tu es saoul, constata inquiète la jeune femme.

— Et puis quoi encore?

Il se renfrogna et croisa les bras en guise de démonstration de force, froissant sa chemise blanche débraillée.

— Alors les rumeurs étaient vraies... Je croyais que tu avais compris mes messages.

— Quels messages? maugréa l'aîné Holmes avant de se confondre dans ses bouteilles d'alcool. Il renversa son verre en cristal et jura de tous les noms.

— Myc... S'il te pl...

— TA GUEULE! Laisses-moi tranquille, putain!

— ...

— Et puis quoi encore? J'ai pas le droit de boire maintenant? Et la cigarette par-ci, la boisson par-là, la baise par je me demande bien où, hein!

Il avait affreusement mal à la poitrine. Elle lui compressait... tout. Il avait mal, si mal. Pourquoi? Il détestait être faible. Il était Mycroft Holmes bon sang! Pas un de ces Omégas dégénérés, merde!

— Mycroft Alexander Holmes, s'il te plaît...

Il tenta de fixer la rousse de l'autre côté de l'écran avec véracité, sans succès. Il se déroba à sa pitié visible en se vautrant davantage. Le verre se brisa, laissant couler le liquide ambré au sol.

— Je suis désolée, fit-elle avant de s'essuyer quelques larmes.

Il l'ignora. Il en avait assez de cette douleur insupportable, des rires incessants de Merry, du visage de Greg. Pourquoi, pourquoi, pourquoi toujours lui? Qu'avait-il fait pour mériter cela? Il avait tout donné, était le meilleur!

— Argh! Sa voix se dérobait, prenant des aigües inconsidérés. Il plaqua une main sur la bouche, empêchant cette dernière de débiter des idioties.

Bon sang, je perds la boule!

Il n'avait pas le droit d'infliger cela à la jolie rousse. Elle avait sacrifié autant de sa vie que lui. Il n'avait pas le droit de se plaindre de sa condition. Il avait choisi cette vie en pleine connaissance de cause. Ce qu'il récoltait n'était que la monnaie de sa pièce. S'il avait fait du mal aux gens... Et dieu comme il avait pu être cruel dans sa vie! C'était tant mieux pour ses victimes et tant pis pour lui. Il n'avait pas le droit de se plaindre.

— Tu... fais une crise de manque, Myc...

Il l'ignorait de nouveau, se concentrant sur ce qui restait de son esprit. Il n'était pas faible. Il ne pouvait pas faire de crise de manque. C'était le lot des alphas. Il était A Oméga, malgré toute sa bonne volonté de se défaire de cette maudite dynamique. Maudit, maudit, maudit!

— J'appelle quelqu'un, paniqua la jeune rousse devenue C Bêta par choix.

— Non, surtout pas! Tu... tu ne peux pas... Trop dangereux.

Alice ne devait surtout pas donner signe de vie à autres que lui. Il ne voulait pas la perdre. Elle était si gentille, si brillante et courageuse! Il s'agrippa les côtes, avant de vomir une bonne partie de son déjeuner au sol.

— Crise aigüe de manque Oméga, Myc. S'il te plaît, appelle quelqu'un. Tu risques de tomber dans le coma!

Pourquoi n'avait-il pas pensé plus tôt à cela? Anna n'était que dans le coma. Si elle se réveillait... Il tenait enfin la solution au problème politique des Etats-Unis. Elle serait la candidate idéale pour représenter une nation.

Mais elle était brésilienne et britannique par naturalisation de sa Majesté la Reine Elizabeth. Il lui fallait donner une troisième nationalité à la petite Anna.

— Mycroft Holmes! J'appelle ton frère, fit Alice avant de quitter l'écran.

Encore une fois, on le laissât seul. Il détestait la solitude, la repoussait de tout son soul.

*xXx*

Etats-Unis, New-York

7 février

Jour 55

Alice Imogen n'était pas étrangère aux crises de manque Omégas. Elle en avait été victime à plusieurs reprises. Tout cela à cause d'un certain Filibert qui n'avait d'yeux que pour une certaine B Alpha brune. Elle n'avait jamais été chanceuse en amour, et son cœur lui remerciait tous les jours pour cette chance. Parce que jamais elle pourrait vivre la vie choisie par Mycroft. Ce dernier s'enfonçait dans la folie de jours en jours.

Elle se remémora les premières années de leur amitié. Mycroft avait toujours été du genre timide, un peu comme tous les A Omégas. Il n'avait pas besoin de faire de bruit pour se faire remarquer. Il suffisait qu'il soit présent pour attirer toute l'attention sur lui. Cela créait de drôles de conséquences chez les A Omégas. Pour Mycroft, ce fut la volonté de se prouver indépendant et capable au point de se jeter dans le sillon de l'homme le plus puissant et manipulateur du monde, accessoirement A Oméga: Bai Long. Pour elle, c'était plus simple. Elle se dégageait du poids de sa dynamique en devenant autre, telle une actrice dans des rôles toujours différents. Changements de couleurs de cheveux, d'apparence physiques à travers tatouages et piercings, de dynamique même au final.

Sauf ce besoin constant d'aimer et d'être aimé. D'où la crise Oméga. Les crises de manque étaient déjà rares, mais elles l'étaient encore plus chez les omégas. Tout simplement parce que les omégas n'avaient pas besoin de souffrir pour être aimé. Il leur était relativement aisé de séduire la personne de leur rêve. Encore plus s'il était A Oméga.

Elle contacta John Watson. Ce fut le visage stressé d'Aden Banaart qui l'accueillit.

— Il est mal en point, comme Sherlock et Greg.

— Qu'as-tu fait encore, Aden? rétorqua l'ex A Oméga devenue C Bêta en grimaçant. Elle tombait bien mal.

— Rien... Je te le jure.

— Arrêtes de jouer à cache-cache et dis-moi la vérité. Je te connais trop bien pour croire à tes sornettes.

— Bon... Ok... Mouais... John... Il m'a demandé des infos sur Myc, et...

— Idiot! Tu ne leur a pas dévoilé son ancienne activité, j'espère?

— Il se peut que...

— Sherlock est son frère! John est un B Oméga! Imagine ce qu'ils vont penser de Myc désormais.

— En fait, ils le compatissent.

— Y a de quoi, idiot. J'ai été à sa place, je sais ce que cela fait aux proches...

— Désolé...

— De toute manière, on ne peut plus revenir en arrière... Je t'appelle pour John. J'ai besoin de lui.

— Mouais, vais aller le chercher.

— Dépêches-toi Aden!

Elle se balança contre le dossier de son fauteuil et encercla ses cuisses tatouées. Comme prédit, Aden avait encore commis une série de conneries. Il ne changera jamais!

— Salut Alice! Content de voir que tu es saine et sauve, salua John en feignant de sourire.

— Je suis désolée pour Aden. Il est très peu... élégant parfois dans ses propos.

— C'est bon. On sait à quoi nous attendre avec lui. Mais dis-moi, tu ne devrais pas te cacher plutôt que nous appeler?

— Mycroft fait une crise de manque Oméga.

— ...

John resta sans voix avant de gémir et se frapper le crâne.

— Pu...tain! On a déjà Greg sur les bras, et voilà Mycroft. Mais qu'ont-ils à la fin? Ils ne sont même pas liés, bon sang! cria John attirant son Alpha à ses basques en un temps record.

— Je pars pour Hong Kong. Je pense être la seule en mesure de l'aider sur ce point. Juste pour précision... quelle est la relation entre Greg et Myc?

— Ils s'aiment mais sont trop fiers et bornés pour se l'avouer. Ils se contentent de rester "sex-friend" pour le meilleur et surtout pour le pire. On se serait cru dans Orgueil et Préjugés pour la partie fierté... intervint Aden.

— Sherlock est au chevet de Greg. Il n'accepte personne à part un A Alpha, ajouta John en reprenant un ton professionnel.

— C'est pour cela que je m'en vais voir Myc. Il ne pourrait pas supporter d'autres personnes que Bai Long et moi. Et je doute que Bai Long ait le temps de veiller sur lui. Il a d'autres problèmes à régler. A plus! Faites-moi savoir s'il y a des nouvelles.

— Ouais... merci, et bon voyage!

Elle éteignit rapidement l'écran et s'en alla rassembler ses affaires en vitesse.


Pour informations, le personnage de Kim Yi Na est calquée sur la chanteuse/actrics Suzy Bae du groupe coréen Miss A. Elles ont également à peu près le même âge.

Je vais vite car j'ai de l'inspiration et parce que j'ai hâte d'écrire et voir vos réactions pour la suite. Les prochains chapitres vont nous faire retomber dans l'action et... lemons! XD Je sais que beaucoup n'attendent que cela, :P

Bonne lecture et profitez du Tumblr (voir profil)! Je mettrais les tenues de nos personnages préférés quand on aura un peu moins de Mycroft débraillé et saoul et un Greg enfin debout. Bonne chance à eux pour la suite. Ils en ont besoin.