— Onze —
Thaïlande, Phuket
14-15 février
Jour 62-63
Ils se précipitèrent vers une allée abandonnée en direction de la porte d'entrée de la salle VIP. Elle était isolée, loin du tumulte de la ville et des bars, octroyant aux privilégiés un semblant d'intimité. Sherlock et Aden analysaient le trousseau de clé récupéré de la main d'Alice. Cette dernière était restée en retrait avec John et Gregory, faisant le guet. John avait désiré se joindre à eux pour éventuellement venir aux soins d'Ethan, sans résultat. Sherlock refusait de voir sa moitié se risquer pour eux. Encore une fois, son élan possessif et traditionaliste avait pris le pas sur le bon sens. John allait le lui faire payer et les regards d'Alice et de Greg traduisaient un sentiment identique sinon plus extrême.
Et Mycroft et Kim Yi Na avaient disparu on ne savait où. C'était le cadet de leur souci de toute manière.
On défonça une porte de rage.
— Putain de porte! Elle ne veut pas s'ouvrir! s'énervait Aden Banaart tout en essayant les clés les unes après les autres d'une main tremblante.
— Donne-moi ça, ordonna Sherlock en arrachant le trousseau de la main du bêta.
Il inspecta chaque clé, une à une, minutieusement, avant de jeter les éléments inutiles à terre, extirpés de l'anneau en fer. Un petit tas se forma à ses pieds. Il perdait progressivement patience. Et le regard furieux de John lui embrumait l'esprit.
— Va-t-en! finit par lâcher Aden en sortant une arme miniature.
Sherlock grogna et envoya l'objet valser. Ses yeux brillaient de rage et de dominance. Le bêta se recroquevilla sous la menace de l'Alpha.
— Tire et tu attires les flics, menaça Holmes avant de détacher une autre clé et la jeter à terre.
Il n'en restait plus que trois. Il attrapa la première et l'enfonça avec précision dans le trou rouillé.
— Quel sale état pour une salle VIP! se plaignait Aden avant de se retrancher sous le regard venimeux de l'A Alpha.
— Il n'a pas menti. Sinon mon frère aurait réagit avec... ferveur. Pousses-toi de là.
Sherlock en était à la deuxième. Elle se coinça dans la serrure.
— Putain de chiottes! soupira Aden.
L'A Alpha l'ignora. Il tourna lentement la clé, essaya plusieurs combinaisons. Vers la droite, vers la gauche. Vers le haut et la droite, le bas et la gauche, en haut, en bas. Jusqu'au clic victorieux.
— On entre! chuchota Aden en sortant un couteau d'on ne savait où. Sherlock se contenta de ramasser l'arme qu'il avait envoyé valser du bêta. Ils ne pouvaient pas se risquer à laisser des traces de leur passage.
Les deux hommes entrèrent discrètement. La salle était petite, sombre. Quelques néons éclairaient des miroirs censés agrandir la pièce. Mais c'était peine perdue.
Ethan Miller était assis sur une boîte noire, bâillonné, le regard apeuré.
— Une bombe. Il est assis sur une bombe! paniqua Aden avant de se reprendre en main et dégainer son portable.
Sherlock se précipita à genou vers leur ami kidnappé. Il lui enleva le scotch qui le bâillonnait et inspecta ses pupilles dilatées par la peur et la surprise.
— Juste un léger traumatisme crânien. Rien de grave, analysait l'A Alpha tout en continuant d'inspecter Ethan.
— Sher... J'ai deux côtes que je dirais cassées, un doigt brisé et je meure d'envie d'un cheese burger. Tu peux m'arranger ça, mec? Et merci... murmurait la victime dans un ton qu'il voulait rassurant.
Sherlock sourit avant de se tourner vers Aden. Ce dernier appelait une équipe spécialisée dans le déminage de la SSA, ignorant que l'expert était devant eux.
— L'amorce à percussion est inversée dans mon cas. Si je me retire de la boîte, tout explose. C'est de l'artisanal donc sans doute au Semtex, ou C-4 de contrebande. Connaissant leurs moyens financiers, je parierais sur le C-4. Ils veulent faire dans la dentelle et me tuer en cachette. Le C-4 est assez commun dans l'armée. Ils pourraient faire passer cela pour une opération policière ou militaire. Aden, pourrais-tu me passer le téléphone? Je ne peux pas me décoller mais mes mains sont opérationnelles. Et merci les gars, énonça Ethan Miller dans un calme irréel malgré ses blessures et la douleur qui lui déformait le visage.
Aden ne se fit pas prier. Il passa le téléphone au bêta avec un regard émerveillé. Ethan appela un certain numéro et attendit qu'on décrochât avant de soupirer d'aise.
— Salut, c'est moi. Ecoutes, je n'ai pas le temps, mais j'ai besoin de tes lumières... commença le bêta tout en se massant le front.
La sueur coulait le long de ses doigts et il tentait désespérément de garder son sang froid.
— Qu'on le démonte en partie. Ethan, tu restes assis dessus, ok? intervint Aden qui avait repris l'usage de la parole et s'était agenouillé devant son ami.
Le principal intéressé raccrocha sec, visiblement peu convaincu par son interlocuteur. Il soupira une nouvelle fois et acquiesça d'un hochement timide de la tête.
— Dis-moi les couleurs des fils et si tu vois quelque chose d'inédit comparé aux films d'action habituels, dit le bêta avant d'écarter légèrement les jambes pour faciliter le passage.
Sherlock et Aden se mirent à démonter la boîte.
*xXx*
Mycroft Holmes s'était posté dans une ruelle opposée, observant dans l'ombre les têtes reconnaissables entre mille de ses amis. Alice avait repris son tempérament habituel, bien qu'elle fut peu habillée et se remettait encore de leur mission délicate. Gregory la réconfortait d'une étreinte chaleureuse. Elle avait enfoui la tête dans sa nuque, inspirant longuement tout en débitant des flopées de paroles inaudibles à ses deux amis. John l'écoutait en silence, tantôt acquiesçant, tantôt surpris. Il envoyait des messages de son portable en même temps et tentait en vain de lui inspecter les pupilles avec une lampe torche de poche. Greg lui lançait des regards compréhensifs. Les deux hommes savaient qu'Alice ne vivait pas bien son retour sur le terrain, trahie par sa bonne humeur feinte et son bavardage intempestif.
Kim Yi Na demeurait silencieuse à ses côtés, se contentant d'apprendre de lui comme il le lui avait demandé.
Il aurait voulu être dans les bras de Gregory, mais c'était un rêve inatteignable à présent. L'A Alpha était au courant de son rôle dans la SSA et sûrement de son passé. On ne se faisait pas embrasser par un individu dégoûtant de cette manière sans expérience antérieure. On ne jouait pas de son charme naturel pour gagner une négociation.
Il aurait dû se contenter d'épier l'ex DI en douce, comme durant toutes ses années avant le retour de Merry dans sa vie. Mais non, il avait fallu qu'il eusse pris le risque de l'observer de près, de l'accompagner dans leurs missions, de le mêler à son passé et ses rêves. Il aurait dû abandonner ses espérances après ses confessions ratées à Shanghai et remercier Dieu d'avoir donné la fièvre de sa vie à l'Alpha.
Et sa crise de manque Oméga avait entériné l'affaire. Son corps, son esprit, tout en lui était devenu si dépendant de Gregory Lestarde qu'il savait qu'il ne pouvait plus vivre sans sa présence rassurante et son sourire goguenard. Il s'était condamné de plein gré, se précipitant dans un rêve éveillé se muant progressivement en un cauchemar sans fin.
— Ils forment un beau couple, commenta la jeune chinoise en désignant Alice et Greg enlacés.
Elle ignorait la relation physique que Mycroft partageait avec l'ex-DI. La remarque lui fendit le cœur tout en lui faisant voir la vérité en face.
Alice est d'une gentillesse et bonne humeur incroyables. Elle est jeune, jolie, intelligente, sensible. Elle était sentimentale. Et elle a besoin d'amour.
*xXx*
Gregory Lestrade caressait la chevelure abondante et inégale de la belle rousse, brisée par tant d'années de violences physiques. Encore une fois, elle avait cédé aux sirènes du devoir, celui qui la liait au groupe d'amis de Mycroft qu'il avait appris à connaître.
Il était aussi brisé qu'eux à présent. Il tremblait légèrement sous le regard inquiet de John et les paroles incessantes et incompréhensibles de l'A Oméga devenue C Bêta. Alice avait enlevé sa perruque, essuyé son maquillage outrancier et revêtu la veste d'Aden. Elle racontait sa vie, son enfance, ses dernières découvertes sur le réseau pirate d'internet. Greg l'écoutait d'une oreille distraite, baignant dans les questions et les doutes sur le mystérieux homme dont il était éperdument épris.
Il était en rage contre Sherlock, Aden et John de lui avoir caché le passé de l'A Oméga. Il n'était pas fait de porcelaine. Il était bien capable et adulte pour comprendre ce que la vie demandait, même aux meilleurs d'entre eux.
Et alors? Il s'en foutait complètement du passé de Myc. Tout ce qui lui importait étaient son bien-être, sa joie de vivre et cette étincelle de génie qui traversait parfois ses pupilles exaltées.
Greg ne pouvait, cependant, pas se résigner à le voir en pleine action.
Un viol de sa conscience. Une trahison de son imagination. Il ne pouvait regarder l'oméga agir de telle sorte de part la raison évidente: il était jaloux et se haïssait tout comme il se rassurait. Parce que le jour où il arrêterait de penser à Mycroft signifierait la mort de sa pensée.
Jamais il n'avait connu de crise de manque Alpha.
Mycroft Alexander Holmes était rentré dans ses entrailles dans un coup de vent aussi brusque qu'atroce, violant son cœur et sa conscience jusqu'alors endormis. Il l'avait réveillé de sa torpeur de petitesse, l'extirpant d'années de mélancolie et d'une dépression subie. Son bonheur avait été à porté de main le jour où il l'avait vu pour la première fois, appuyé sur un parapluie et vaniteux. Il avait été si idiot de se refuser la vérité, d'ignorer les signaux prévalant. Il était resté cramponné à l'illusion de bonheur qu'il partageait avec sa femme d'alors, puis l'amour qu'il portait pour John. Et dire que pendant tout ce temps, la clé de son bonheur était à quelques feux rouges de lui, campée dans une berline de luxe aux vitres teintées.
Et lorsqu'il put enfin s'offrir à la vérité, il était déjà brisé, vieux, dépassé. Mycroft Holmes était au sommet de sa gloire, séduisant et brillamment génial tandis qu'il s'enfonçait dans la grisaille. Il avait beau changer de look, se remettre au sport, il en était néanmoins bien loin des standards Aden, Will et autres milliardaires que l'oméga semblait apprécier.
— Arrête de ruminer les mêmes pensées... Mais je ne peux que te comprendre... murmura une voix timide, celle d'Alice.
Il desserra l'étreinte et elle couvrit sa bouche de l'index.
— Il n'est pas ce que tu crois... Aimer est un lourd fardeau qui nous rend aussi heureux que fou...
Elle le regarda, les yeux embués de larmes. Il ne savait pas si c'était pour lui ou elle.
— Je l'ai aimé tellement, tant d'années, depuis notre formation à ma retraite choisie. Il n'avait d'yeux que pour une autre. L'amour est un mystère qui nous lie à l'existence et nous cloue à la réalité contrairement aux suppositions de tous... murmurait toujours la rousse.
Gregory se rendait progressivement compte de son mauvais exemple sur la jeune femme. Il la rendait nauséeuse alors qu'elle était entrain et joie selon Aden.
— Il est parti je ne sais où, pour faire je ne sais quoi. Il agit pour elle, et moi, je me languis de le revoir ou de l'entendre. Je sais juste qu'il est vivant. Mais cela me suffit pour le moment... finit-elle par lâcher après un certain temps passé dans le silence.
John la lui arracha des bras, peu ravi par leur état mental. Il racla la gorge et se mit à rire avant de gueuler à qui voulait l'entendre qu'il était bien libre pour un oméga et n'avait pas besoin d'un alpha pour vivre.
Instantanément, Gregory et Alice furent tirés de leur transe mélancolique.
*xXx*
— Je vois un fil rouge, un autre jaune et un dernier bleu. Il y a un truc qui scintille... un led. Ce n'est pas un compte à rebours j'espère! rapporta Aden tout en inspectant avec minutie les différents fils qu'il découvrait progressivement.
Ethan les regardait faire avec une patience rare. L'expérience du terrain, de la guerre, et si Sherlock croyait bien les paroles d'Alice, celui des groupuscules avait forgé le sang froid du médecin soldat. Si John incarnait le calme apparent sous un tempérament de feu, Ethan Miller se dissimulait sous une cascade de blagues américaines potaches et de bonne humeur gaillarde.
Il était d'une aide inestimable sur le terrain. Sherlock reconnaissait là les qualités d'un grand guerrier.
— Ce n'est pas un compte à rebours, rassurez-vous. Il indique que la boîte est en état de fonctionnement... J'aurai aimé le voir éteint, dit Ethan.
— Alors... que fait-on? Il n'y a pas un interrupteur ou quelque chose dans le genre? s'impatientait Aden.
— Il faut être idiot pour mettre un interrupteur, ajouta Sherlock en levant les yeux aux cieux.
— Détrompe-toi Sherlock. L'interrupteur est très utile, surtout pour éviter les gaffes. Bon, comment s'organisent ces fils? J'ai tout mon temps, mais je tombe de sommeil, de faim et ma vessie n'est pas extensible.
Sherlock lui tendit une bouteille en plastique vide, le sourire aux lèvres.
— SHERLOCK! cria Aden.
— Hmm... bonne initiative, dit Ethan en haussant des épaules.
— C'est moi où on délire là? Ethan est assis sur une putain de bombe et vous trouvez le temps d'être blasés et de plaisanter sur le besoin d'aller pisser! s'énervait Aden.
— Calme, Aden. Il n'y a rien d'urgent. Si on peut aussi me donner un café et un sandwich... Je peux tenir, on a eu des cas plus urgents que cela, apaisa Ethan avant de croiser les bras.
Aden regarda successivement Ethan Miller perché sur la bombe, bras croisés et l'air amusé, puis Sherlock Holmes analysant chaque fil avec une curiosité maladive et son excitation habituelle. Il était estomaqué, bouche ouverte et doigts fébriles.
Sherlock haussa un sourire avant de se replonger dans les fils colorés. Selon Ethan, si deux d'entre eux allaient dans la même direction, alors ils étaient opposés. Tout se jouerait entre le détonateur et l'interrupteur sous formes de fils. C'était excitant. Il se lécha la lèvre et attrapa le fil jaune.
Superbe.
Ce fil reliait deux extrémités dans la boîte noire. La première menait vers un bouton situé sous le fessier de Miller: sans doute le bouton déclencheur. L'autre extrémité menait vers une petite boîte noire. Il s'empressa de débiter ses découvertes à son public. Ethan le stoppa net.
— Non, pas celui-ci. Il risque de déclencher l'explosion. C'est donc soit le fil rouge, soit le bleu. Ils ne sont pas très doués...
Sherlock lâcha donc le fil jaune et inspecta le rouge. Même cheminement, sauf qu'il se terminait vers une autre boîte noire. Ethan Miller semblait avoir deviné sa pensée, courbé vers le bas et l'observant de même.
— Mouais, ça doit bien être celui-ci, dit le bêta, le visage à deux centimètres de celui de Sherlock qui avait relevé la tête.
Aden les prit en photo, la bonne humeur retrouvée.
— Diffuse ce cliché et t'es un bêta mort! menaça Ethan en direction du milliardaire quelque peu lunatique.
— Mais ça prête à confusion votre pose! Sherlock la tête entre tes cuisses, le regard excité et toi penché sur lui... Banaart était hilare.
Sherlock et Ethan le regardèrent sans voix, ne saisissant pas vraiment leur ami à l'humeur changeante.
— Bon, alors coupe celui-ci et c'est bon. Merci Sherlock, dirigea Ethan avant de s'étirer.
Sherlock fit comme demandé.
*xXx*
— COURREZ!
Gregory, Alice et John se tournèrent vers les trois hommes qui courraient en leur direction.
Ou plutôt deux hommes et un troisième à moitié affalé sur le dos d'Aden.
Ils ne prirent pas de temps d'observer le reste de la scène. La déflagration assourdissante les précipitait vers la grande avenue.
Gregory et John attrapèrent Alice et ils coururent vers ce qui semblait être leur unique échappatoire possible. L'explosion continuait sa course insatiable, dévorant les bâtiments délabrés et les rues. La panique s'installait progressivement, balayant les habitants et touristes loin de l'épicentre dans un bourdonnement de cris, de pleurs et d'éboulements.
Il faisait chaud, trop chaud. L'humidité ne faisait qu'accroître ce sentiment d'étouffement. L'air brûlait, étouffait. La fumée asphyxiait, assommait.
Le groupe s'était reformé et l'on se félicita d'avoir au moins pu sauver Ethan Miller au sang-froid glacial malgré ses blessures et sa déshydratation. Aden et Gregory se relayaient pour le porter, tandis que Sherlock, John et Alice tentaient de contacter quelques personnes susceptibles de les aider. La police locale était sur place, les ambulances défilaient devant eux sans s'arrêter. Ils étaient déjà loin du tumulte causé par l'explosion.
— Un démineur devrait éviter les dégâts collatéraux! s'exclama Alice paniquée à l'idée de voir des populations entières victimes de leurs erreurs.
— Où sont Mycroft et la chinoise? rétorquait Aden.
Ils ignoraient où avaient pu passer les deux agents aguerris. Ils espéraient qu'ils étaient bien loin, en sécurité. Mycroft Holmes détenait trop de secrets et de réponses pour disparaître sans rien laisser derrière lui.
Sherlock se rendait compte à quel point tous leurs travaux reposaient sur quelques têtes pensantes au courant de tout. Si ces personnes venaient à disparaître, tout s'écroulerait.
Mycroft, Kalyn, Bai Long, le Pape, ce Filibert qui semble tout savoir...
Ils étaient trop peu nombreux. Sherlock devait absolument retrouver son frère pour lui faire reprendre raison sur la dangerosité de leur situation.
— Sherlock, reviens sur terre! cria John avant de lui attraper fermement le bras et le tirer dans l'avenue principale.
Celle-ci était barrée par une limousine noire étrangement familière et hors du contexte.
Ils assistèrent bouche bée à l'ouverture d'une porte, les invitant à y entrer. Ils s'y engouffrèrent sans attendre.
Mycroft Holmes était assis à l'arrière. Kim servait de chauffeur à l'avant.
Deux banquettes s'opposaient. On allongea Ethan afin qu'il puisse reposer ses jambes. John et Alice s'activèrent à la recherche d'une trousse à pharmacie. Kim la leur tendit avant de démarrer en trombe, ignorant les cris et la panique, se dirigeant vers la baie.
— Comment vas-tu mec? demandait John en inspectant les blessures superficielles d'Ethan.
— Mieux que lors de l'attaque du croissant de sable en Afghanistan, tu t'en souviens? répondit avec une grimace l'autre médecin, pour une fois à la place du patient.
— Ouais... Mais tu étais à ma place. On en a aidé des gars de l'armée, hein? continuait de débiter John pour détourner l'attention de son ami de la douleur qu'il induisait par ses soins. Il sortit une seringue et la planta dans le creux de son coude.
— Hmmm... se contenta de ruminer le bêta avant de tomber progressivement dans un sommeil profond.
On admirait le médecin venir aux soins de leur ami à l'arrière d'une limousine pleine.
— Que s'est-il passé? demanda Greg qui termina d'engloutir une bouteille d'eau. Il évitait avec soin de regarder Mycroft Holmes en pleine conversation téléphonique.
— On a pu le décrocher de la bombe sur laquelle il était assis, mais on avait occulté l'existence d'une autre bombe au mécanisme de déclenchement inverse. Sans Ethan, on ne serait pas là. Il nous a indiqué comment le déminer avant de nous pousser à quitter les lieux le plus rapidement possible. Je pense qu'ils désiraient réduire les preuves à néant. C'est drôlement réussi... Ils ont même détruit la ville, raconta Aden en s'essuyant le front. Il rejeta la tête contre l'appui-tête de son siège et referma les yeux.
— N'ayez crainte. Les équipes de la SSA et de l'AIS ont été dépêchées en vitesse. Il devraient contenir l'explosion et surtout éviter au mieux les dégâts corporels... Ce serait trop... gênant pour la suite des opérations, murmura Mycroft. Il se replongea dans le silence, évitant le groupe surpris par sa froideur au profit du spectacle macabre qui se déroulait dans la rue.
Le reste du trajet se déroula dans un calme sourd.
*xXx*
Gregory Lestrade avait des questions.
Il feignit d'ignorer la porte de sa suite luxueuse se refermer sur elle. Il pouvait reconnaître l'origine des pas sans peine. Une succession de claquements de talons réguliers, le tapotement d'une pointe de parapluie au sol.
Greg espérait avoir une soirée... Non, nuit, au calme. Sauf que pour une fois, c'était Mycroft Holmes qui venait à lui.
Enfin, il daigna se tourner vers l'A Oméga, assis dans son fauteuil, une bouteille de bière thaïlandaise à moitié vide entre les doigts.
Mycroft s'arrêta devant lui. Son regard se dirigea vers la bière. Il la recueillit lentement. Il la porta à ses lèvres et en but la fin.
Il enfourcha les cuisses de Greg, inhala sa nuque alpha, lui mordilla l'oreille.
L'A Alpha grogna et tenta de le repousser, en vain. Mycroft réussissait toujours à le rendre pliant.
— Shh, sussura le bel oméga entre deux baisers.
Greg le regarda droit dans les yeux, prolongeant leur lien inhabituel ne serait-ce que de quelques secondes. Qui savait combien de temps pourraient-ils continuer ainsi?
Et il l'embrassa. Il l'embrassa de toute sa force, violant sa bouche entrouverte, goûtant sa salive exquise et son palais mielleux. Il déboutonna une à une chaque bouton de sa veste de gangster, de sa chemise débraillée, couvrant son torse dénudé de baisers humides au fil de ses gestes et de ses caresses. Mycroft émit un faible son lorsqu'il atteignit un téton. Il la lui mordilla avant de remonter vers ses lèvres assoiffées.
Il désirait le posséder, juste pour une fois, encore une fois. Intoxiqué, drogué, il oublia tout le reste et continua de dénuder l'oméga contre lui, jusqu'à la ceinture.
Mycroft était incapable de sentiments. Gregory le haïssait pour cela: sa froideur, son impassibilité, son réalisme hypocrite.
De rage et de possessivité, il clama sa bouche une énième fois, marquant son territoire par-dessus le piètre alpha mafieux qui l'avait embrassé.
L'oméga se leva et le tira vers l'immense lit. Il s'y installa avec minutie, enlevant les dernières pièces de son costume souillé dans une succession de gestes précis, presque robotiques. Gregory se précipita vers lui, arrachant le reste de sa tenue pour la jeter au loin. Il l'embrassa une nouvelle fois, l'étreignant de toute sa force, griffant sa peau laiteuse, recouvrant ses bras et son torse et ses cuisses de morsures douloureuses, presque sanguines. L'Oméga se cambrait, se frôlait à lui dans une vaine tentative de se soulager. Mais Greg ne le laissait pas faire, le repoussant encore et encore dans le lit, les deux mains sur son cou, appuyant sur le fragile corps dans une force assassine.
Il l'aimait tant, sans aucun espoir d'être aimé en retour. Il se haïssait pour cela.
Puis il s'éloigna de lui, léchant ses tétons, son torse, son ventre avant de lui écarter ses jambes ensanglantées par ses griffures et morsures. Il les releva sur son épaule et pénétra de force l'oméga.
Mycroft se laissait faire en silence, incapable de se défendre face aux phéromones et senteurs d'un A Alpha en rut.
Greg entrait, sortait, entrait et sortait encore et encore, arrachant un souffle rauque de l'oméga, le pénétrant davantage. Il voulait tout posséder de lui, tout avoir de son être et tout comprendre.
Parce que pourquoi lui? Pourquoi tout ceci?
Il le retourna sur le ventre, le releva sur les genoux avant de le plaquer contre le mur. Il lui attrapa les cheveux, tournant sa tête de force sur le côté pour l'embrasser une nouvelle fois. Et il recommença à le pénétrer d'une force nouvelle, plus profondément, rapidement, élicitant des cris et grognements plaintifs de l'oméga sous son emprise.
Il ne voulait pas montrer à Mycroft qu'il pleurait, que ses larmes incessantes lui brouillaient la vision.
Il pressa tout son torse sur le dos cambré de l'oméga, ce dernier criant de douleur mais toujours soumis, pliant. Il lui mordait l'épaule, jusqu'au sang, léchant le liquide chaud et rouge qui coulait entre ses dents. Quelques gouttes tombèrent sur les draps immaculés. Il mordait l'autre épaule, la peau de son dos, griffait sa chair diaphane jusqu'à éliciter une plainte de sa bouche qu'il embrassa une énième fois avant de le re-plaquer contre le mur.
Il réfrénait ses sanglots, laissant ses larmes se mêler au sang qui coulait sur les draps. Mycroft respirait lentement, haletant sous les pénétrations de l'alpha, se cambrait lorsqu'il effleurait sa prostate, ce qu'il faisait à présent, de plus en plus fort. L'oméga ne tiendrait pas longtemps, mais il avait toute la nuit devant lui à défaut d'avoir toute la vie.
Il le tira vers lui, à quatre pattes et s'enfonça avec acharnement, attrapant ses fesses, ses testicules, son pénis endolori. Il le masturba à vif, torturant son membre comme sa peau et sa bouche entrouverte. Mycroft grognait, haletait, criait de douleur et de plaisir. Il tremblait sous la violence de l'acte, se tenait sur ses mains et genoux tant bien que mal. Greg l'empêchait de s'écrouler en agrippant ses bras, laissant des traces indélébiles de ses doigts d'alphas.
Sa vision brouillait sous les larmes incessantes.
— G... Greg! cria l'oméga avant de s'abandonner définitivement à l'orgasme qui provoqua vagues de spasmes et il éjacula sur le drap souillé de sang et de larmes ignorées.
Gregory ne tarda pas à le rejoindre. Il s'écroula sur lui.
*xXx*
— Sherlock... John... C'est... C'est Chiara... Elle... Elle a échappé de peu à une tentative d'assassinat, sanglotait Molly Hooper au téléphone. La jeune bêta était partie pour quelques semaines là-bas afin d'assister à une conférence sur les traitements post-mortem en Orient et en Occident.
John reposa le combiner. Il croisa le regard surpris puis inquiet et enfin paniqué de sa moitié. Il se précipita dans ses bras.
Une nuit pour tout changer, hein?
Merci pour vos encouragements. Je mettrais tout sur AO3 quand j'aurai du temps libre!
Sinon, je suis un peu mesquine pour nos amis, hein? J'aime les torturer!
Et je continue toujours de corriger les fautes des précédents chapitres. J'écris vite mais je fais des fautes du coup. Désolée en avance! ;)
