— Quatorze —
Hong Kong
25 février
Jour 73
Mycroft Holmes referma la porte coulissante de son appartement personnel d'un geste méticuleux. Il jeta sa veste sur le comptoir de l'entrée et commença à défaire lentement sa cravate. Elle tomba en une cascade de soie noire sur la moquette blanche.
Il se retourna.
Il manqua de s'étrangler une nouvelle fois devant la véracité des propos de Bai Long.
Son appartement avait été rénové, re-décoré, changé. La moquette n'était blanche que dans l'entrée. Une couleur rouge sang couvrait le reste de la pièce à vivre. Tout ce qui la caractérisait si bien avant disparu. A la place, un canapé rouge sombre ostentatoire et une table basse laquée noire trônaient. Il n'avait plus de fauteuils.
Mycroft soupira. Il laissa tomber le veston. Il marcha vers sa chambre. Il ouvrit la porte.
— Je t'attendais.
Gregory Lestrade était assis sur l'unique meuble qui ornait sa chambre à coucher. Un lit gigantesque. Les draps étaient blancs, les couvertures étaient en organza de soie si transparentes qu'on ne pouvait y dormir au chaud.
Bai Long a effectivement tenu parole.
L'A Alpha se tenait la tête entre les mains. Elles tremblaient.
Mycroft l'ignora. Il se dirigea vers ce qui restait de son dressing. Il ouvrit grand les portes.
Une rangée de tissus transparents et blancs avaient remplacé ses costumes sur-mesure. Il avait fait un saut dans le passé d'un bon millier d'années. Plus rien n'était de leur époque. Il était condamné à se vêtir de tenues traditionnelles... Pour omégas mâles.
Mycroft éclata d'un rire sans joie avant de s'affaler une nouvelle fois au sol. Son pantalon ne ressemblait plus à rien.
— Tu étais au courant? demanda Gregory Lestrade, dos à lui, toujours assis sur le lit.
— Non.
L'A Alpha éclata de rire en retour, défait.
— Elle avait raison, souffla Gregory.
Mycroft se passait la main sur le visage. Ses pensées se perdaient dans son esprit.
— Elle a fait son choix, répondit l'A Oméga. Il détourna le regard vers le mur absent de ses tableaux favoris.
— Vous auriez pu faire quelque chose, répondit sèchement Lestrade.
— Non.
Il fixait son dos solide, large. Gregory avait baissé les bras, engouffrant les mains dans ses poches, soupirant.
— Vous êtes si froid. Sherlock avait raison.
— ...
L'A Alpha se leva. Il se dirigea vers lui. Mycroft l'imita, s'arrêtant à quelques mètres. Le lit les séparait.
— Tu es véritablement incapable de sentiments, hein? Greg avait enfoui les mains dans les poches, tête haute. Il ne mâchait pas ses mots. Il ressemblait au DI passionné qui courrait les scènes de crimes de Londres, pas à l'agent de la SSA infiltré contrôlé.
Mycroft ne trouvait pas ses mots. Il avait rassemblé le peu d'énergie qui lui restait à se forger une expression impassible, glaciale. Nulle trace de sa tristesse, de son désenchantement.
— Je pensais que Kalyn et toi aurais réagi autrement. Surtout toi, puisque Kalyn ne peut plus parler correctement depuis la raclée qu'elle s'est prise de Sherlock. J'ai... J'ai cru que tu aurais demandé des explications moins logiques à Bai Long et non pas te contenter de... de... De cette MERDE qu'il nous a lancé au visage. IL N'ÉTAIT MÊME PAS EN COLÈRE! Et toi, toi non plus!
Ses pupilles dilatées, son doigt pointé, le dos penché vers l'avant, la mâchoire crispée, la fureur animale contenue dans un mètre quatre-vingts de rage et d'incompréhension visaient l'oméga. Mycroft campa sur ses positions, se protégeant de la seule manière qui lui venait à l'esprit, par habitude, par impulsivité d'A Oméga en danger.
— Il n'a fait que son devoir. Nous devons continuer le nôtre, Gregory, lâcha-t-il fermement, poings serrés, le regard fixé sur l'alpha.
— ESPÈCE D'ENFOIRÉ!
— Inutile de s'énerver. Ce n'est pas un comportement acceptable pour un agent confirmé et membre de l'encadrement de la police de Hong Kong.
— Mais la ferme, Mycroft! Gregory levait les yeux aux cieux avant de se frotter le visage.
— Je suis sérieux.
— Moi aussi, figures-toi.
— Ce n'est pas une histoire de famille. Toute la population asiatique était en jeu, et...
— T'aurais pas pu trouver une alternative, hein? Ou plutôt devrais-je dire vous n'auriez pas pu trouver une solution à ce foutoir, oh grand et noble Mycroft Holmes?
— Gregory, calmez-vous.
— Ta gueule.
— GREGORY.
— Et quoi maintenant? Tu me menaces? Je t'ai vu le cul en l'air, suçant ma bite et me priant de t'enculer comme une chienne en chaleur, Myc. Inutile de sortir les beaux mots. Alors? C'est quoi ton problème à toi et à Bai Long, hein? Pourquoi n'as-tu rien dit, pas réagi? Parce que t'avais peur de perdre ta position et tes avantages? Je me trompais sur ton compte.
— Je vous prie de vous reprendre, Gregory Lestrade.
— Non, Myc. J'en ai ma claque. Je déclare forfait...
— ...
— J'ai donné ma vie pour toi et tes causes farfelues. En échange de quoi? De baises, de fringues, de pouvoir, de belles bagnoles et autres signes de richesses inutiles? On ne vit pas dans le même monde.
— Vous seriez au chômage.
— Ouais, peut-être, mais au moins, je ne verrais pas une amie devenue plus que chère se faire tuer sous mes yeux par ceux qui l'ont élevé pour une histoire de politique à deux balles. Tu as pensé à Kalyn, à Alice et à tous les autres? T'es pas bien... Non, tu as perdu la boule.
— Ne me menaçez pas.
— Oh et puis quoi encore, monsieur le gouvernement britannique et autres?
Mycroft se retenait de le faire taire à jamais. Il soupira, feignant l'air ennuyé.
— Je ne fais que mon devoir. Bai Long tenait à la paix. Parfois, des sacrifices sont nécessaires au bon fonctionnement...
Gregory secouait la tête, incrédule. Il passa une main dans les cheveux. Il frémissait. Ses narines se dilataient. Il prenait de l'importance, relevant la tête, bombant le torse. Ses pupilles noires le fixaient avec une intensité inédite. Il explosait progressivement. Mycroft était cloué sur place.
— NON MAIS POUR QUI VOUS PRENEZ-VOUS BORDEL DE MERDE?
— Pour un homme sensé qui veille au bonheur de ce qu'il peut encore protéger.
— C'EST QUOI VOTRE PROBLÈME AVEC LE POUVOIR, HEIN?
Mycroft serra les poings. Il se pencha vers l'Alpha, prêt à proférer ce qu'il faisait de mieux: des menaces. On ne plaisantait pas avec l'Homme de Glace, même lorsqu'on avait ses faveurs.
— Je n'en crois pas... mes yeux... siffla Lestrade.
Gregory contourna le lit et se jeta sur lui, l'envoyant à terre. Il s'assit sur son torse, le menaçant de le cogner.
— C'était... Elle était ta meilleure amie!
Lestrade tremblait, frémissait de rage. Il allait exploser d'une seconde à l'autre. Non, il explosait lentement, son corps s'égarait dans un déferlement de violence et d'animalité A Alpha. Par pur instinct de survie, Mycroft détourna le regard, en guise de soumission à l'alpha dominant.
— Ne fais pas ça. Tes jeux de séduction ne servent plus à rien, Mycroft.
L'oméga se tourna vers l'alpha, muet. Il n'arrivait pas à prononcer les quelques mots qu'il désirait tant partager avec lui. Daiyu... Merry... Elle aurait fait la même chose, la froideur et la passion en plus. Ils étaient formés pour cela.
— Elle... Elle aurait fait la même chose, Gregory... murmura finalement Holmes.
Gregory pencha la tête vers l'arrière et émit un rire terrifiant. Puis, comme si rien ne s'était passé, il se releva. Il offrit sa main à Mycroft. Ce dernier la refusa.
— Je... Je ne sais même pas pourquoi je ne m'emporte pas plus, Myc. T'es un connard... Ouais... Un sale connard.
Il le regardait sans sourciller, acceptant les dagues verbales.
— Putain... Tu ne t'énerves même pas! Tu... Tu es...
Gregory se rapprocha une nouvelle fois de l'oméga et le secoua vivement, sans réaction. Il progressivement la raison. Une nouvelle vague d'instinct menaçait de refaire surface.
— Comment? COMMENT AS-TU PU LAISSER BAI LONG FAIRE ÇA?
Il l'envoya sur le lit. Mycroft se releva avec peine.
— Bâtard!
Gregory le cogna. Du sang recouvrit la parure de lit immaculée. Mycroft n'osait riposter. Il était devenu livide, glacial.
— Réagi, merde! MERDE!
Il le cogna une nouvelle fois. Sans résultat. L'oméga se rassit sur le lit, le nez cassé.
On l'attrapa par le col. Il le décolla au sol. Son dos lui faisait horriblement mal. Greg l'avait plaqué contre le mur, le secouant sans cesse. Sa tête se cognait contre le béton. Il continuait de se laisser faire, apeuré... Non, tétanisé par la réaction violente de l'A Alpha.
— NON MAIS DIS QUELQUE CHOSE, BON SANG! HEIN?!
On continuait de le plaquer contre le mur avant de l'envoyer au sol. Il manqua de s'étouffer.
— Myc...
Gregory se tenait debout au-dessus de lui.
— Pourquoi...
— C'est notre devoir, répondit calmement Mycroft avant de s'essuyer le nez d'un revers de manche.
— Tu ne changeras pas, hein?
Gregory continuait de se calmer, menaçant d'exploser une nouvelle fois à tout moment. Il se battait contre son instinct primitif, contre tout ce qui faisait de lui un A Alpha dominant, si dominant qu'il ne pouvait que se cacher pour survivre. A l'instant même, seules deux pensées traversaient l'esprit de Mycroft: rester en vie, se protéger coûte que coûte.
Il se roula en boule, avant de fermer les yeux. Une larme coula sur son visage ensanglanté et meurtri.
— Elle était notre amie. Ta meilleure amie, Myc. Tu l'as laissé tomber... Tu n'étais même pas au courant de toute cette mascarade alors qu'elle se déroulait sous tes yeux. Et pourquoi, hein? POURQUOI?
Il le releva une nouvelle fois, agrippant son coude. Il le secoua, le jeta sur le lit.
— Non... Non...
Mycroft ne pouvait prononcer que ces trois lettres. Il n'arrivait plus à réfléchir, il joignit les mains et se couvrit la bouche.
— Et t'as peur de moi maintenant? Tu n'as jamais peur de rien. Non. Tu es inhumain. Oh merde!
Gregory frappait et frappait le mur de son poing, brisant ses joints dans le bitume. Il se retourna. Il semblait avoir reprit une nouvelle fois apparence humaine.
— Je... Je ne peux plus continuer comme ça. Cela ne mène à rien. Trouves-toi un autre jouet, amant, je ne sais pas quoi. Mais je ne peux plus continuer à te suivre comme un pantin. Je suis humain. Pas un morceau de glace comme toi.
L'A Alpha sortit hâtivement de sa chambre, refermant violemment la porte sur lui.
Mycroft se roula en boule. Il tremblait encore.
*xXx*
Il courrait, courrait, courrait. Il n'arrivait plus à se défaire de l'image qu'il avait lui-même créé.
Mycroft. En sang. Par sa faute. Roulé en boule. Livide. Tremblant.
Il courut encore et encore. Il atteignait la colline à l'autre bout de la résidence impériale. Il courait.
Toujours Mycroft. L'implorant du regard. Les mains crispées.
Gregory rugissait, il pleurait. Il venait de commettre l'irréparable.
Il venait de mettre un terme à sa relation avec Mycroft, quoiqu'elle fusse. C'était terminé entre eux. Même la faible amitié et confiance qui les liait était à présent rompue.
Il s'écrasa au sol, avant de finalement sombrer dans un vide silencieux.
*xXx*
Elle le prit dans ses bras, lui agrippant les épaules dans une étreinte violente. Elle désirait lui faire oublier sa douleur et son sentiment d'impuissance par ce qu'elle pouvait lui témoigner comme réconfort.
Il pleurait encore dans ses bras. La nuit était bien tombée, le silence rompu seulement par les pleurs, le froissement des draps et le vent nocturne. Elle lui murmurait des mots doux en anglais, français, mandarin. Il continuait de balbutiait ses craintes, son incompréhension, le choc qu'il venait de recevoir telle une vague de tsunami.
Kalyn ne pouvait pas parler autant qu'elle le pouvait. Elle même sanglotait discrètement, comme toujours lorsque Mycroft tombait dans sa nature première. L'A Oméga était rarement lui-même, se couvrant d'une épaisse couche de glace éternelle impénétrable aux yeux des autres. Mais pour elle, Merry, Will, et Sherlock, cette couche n'était qu'éphémère, fondant à la moindre vérité poignante et émotionnelle annoncée. La dernière fois qu'ils avaient autant pleuré était à la mort de William Rothschild, lorsque tout fut terminé et après le départ soudain de Daiyu Li.
Et maintenant, ils fêtaient enfin le début de leur véritable deuil dans un lit, entre larmes, sang séché et Coca-Cola Zero. Les deux amis ne faisaient plus qu'un. Kalyn supportait encore les traces des coups de Sherlock à son retour à Hong Kong sur le visage. Elle se rappellerait longtemps l'incidence. Elle avait abandonné ses tailleurs et robes pour un simple jeans et chemise décontractée, doux coton servant à présent de mouchoir au visage meurtri et en larmes de son ami. Mycroft gémissait son choc d'avoir été abandonné après la seule et unique dispute qu'il venait d'avoir avec Gregory Lestrade.
C'était terminé entre eux, si elle avait bien compris. Ils n'avaient encore rien commencé et tout était déjà brisé. Tous les ingrédients étaient présents: amitié, respect mutuel, complémentarité des personnalités, attraction physique. Mais les divergences d'opinions et de conviction avaient terminé de les séparer.
Elle savait que plus rien n'allait entre eux. Depuis le début, leur relation était vouée à l'échec malgré des bases parfaites. Les circonstances, leurs passé respectif et leurs vies mouvementés avaient rendu l'étincelle impossible à gérer. Et puis, il y avait eu Daiyu Li et son amitié surprenante avec Gregory et Mycroft. Il y avait eut le déclin moral et physique de Mycroft après son assassinat. Celui de Greg lorsque ce dernier comprit la portée de ses sentiments. Puis, il y avait eu la Thaïlande et leur dernier fait d'amour charnel devenu violent, désespérant. Et enfin, la vérité sur le décès de Merry.
Un A Alpha restait A Alpha. De même pour un A Oméga. Deux crises de manque Alpha, une crise de manque Oméga. On ne pouvait pas obliger ses instincts à changer par sa simple volonté.
Deux êtres destinés à se lier mais qui ne le peuvent plus en raison de la vie, tout simplement. Les contes de fée n'existaient pas. Kalyn était bien trop réaliste pour le savoir.
— Partons, Myc... souffla-t-elle à Mycroft.
Ce dernier avait oublié jusqu'à son existence même, se vautrant dans sa poitrine chaleureuse à la senteur si familière.
— Allons-nous en d'ici. Ils n'ont pas besoin de nous à présent. Sacha, Alice et les autres s'occuperont de tout. Partons, Myc. Oublions tout...
Elle continuait ses prières silencieuses. Ils n'étaient pas de ceux qui se dérobaient de leurs devoirs. La vie ne leur laissait pas d'autres choix.
— Oui, oui... répondit en un souffle l'oméga.
*xXx*
Hong Kong
26 février
Jour 74
On retrouva Gregory Lestrade le lendemain matin sur la pelouse de la colline derrière la résidence. Il s'était endormi.
Alice Imogen et John Watson le portèrent jusqu'à sa chambre. Ils lui annonceront la nouvelle des départs de Mycroft Holmes et de Kalyn Keller pour le siège des bureaux de l'intelligence SSA, une nouvelle fois relocalisée à Pékin. Ils savaient que la rupture évidente entre Greg et Mycroft en était la cause.
— Que pouvons-nous faire à part les observer se tuer par amour? chuchota Alice en refermant la porte derrière elle.
John pressa sa main dans un geste uniquement accepté entre omégas, ou plutôt, entre un B Oméga et une ex-A Oméga reconvertie en C Bêta.
— Alice... Je sais que ce n'est pas ma place de demander cela, mais... Comment était Mycroft jeune?
John avait toujours voulu en savoir plus. Un A Oméga tel que Mycroft Holmes ne pouvait pas exister sur terre. Il était trop alpha.
— Timide. Sensible et gentil. Différent d'aujourd'hui... Je me rappelle encore notre rencontre. J'étais A Oméga à l'époque et il venait juste de fonder la SSA avec Will, sans la permission officielle de Bai Long. C'était une autre époque, où ils se prenaient encore des sermons quotidiens. Daiyu courrait dans cette résidence même, en tenue Alpha-Oméga et Will derrière elle. Il sortait encore avec Myc à l'époque. Kalyn les rejoignait parfois... J'ai commencé par assister Myc. Il... Il bossait tout le temps, lisant tous les bouquins qu'il trouvait, voyageait à n'en plus soif. Will l'accompagnait presque toujours.
Alice le mena vers une aile peu utilisée de la résidence plongée dans une pénombre tempérée.
— Je croyais qu'ils allaient terminer liés. Ils s'entendaient tellement bien.
— Alors pourquoi se sont-ils séparés?
— Mycroft en voulait toujours plus pour sa carrière. Il... il était déjà agent de plaisir à l'époque et devenait progressivement plus agressif, plus dominant. Parfois, il en devenait Alpha et Will était trop doux pour le supporter. Très vite, tout est devenu bizarre. J'ai su après coup que Myc faisait tout ceci en partie par dépit de sa nature. Il se détestait comme A Oméga.
Elle se regarda droit dans les yeux.
— C'est un sentiment que seuls les A Omégas peuvent comprendre. Nous possédons l'intelligence, une intuition inégalée et sommes en bonne santé. Mais la société continue de nous mettre de côté pour une raison et l'autre et on se bloque dans cette vision archaïque des choses. Je hais ma condition A Oméga, ma physiologie, cette dynamique qui m'obligeait à rester sans cesse sous traitements et vigilante. Mycroft pensait exactement la même chose, une ambition démesurée et la volonté de veiller sur Merry et Sherlock en plus. Cela ne pouvait pas marcher avec Will. Et c'est pour ça que je pense que Greg est parfait pour lui.
John la prit dans ses bras.
— Je croyais que tu étais attirée par Greg, fit-il.
— Tout le monde le pense. Sauf Sherlock, Greg et les anciens bien sûr... Je n'ai aimé qu'une seule personne et je l'aimerai toujours. Mais elle se trouve à l'autre bout du monde. Je ne sais même pas si elle est encore vivante. Je sais juste qu'elle aime une autre personne d'un amour inconditionnel, encore plus fort et triste que Mycroft aime Greg et réciproquement.
— Qui est-elle?
— Personne... Elle refuse de révéler son nom.
John savait que le sujet était à présent clos. Il suivit Alice dans ses appartements privés. Elle le mena vers une salle informatique aménagée par ses soins.
— Greg travaillait sur une éventuelle fusion d'Interpol Occident et Oriental. Les deux segments travaillent déjà très bien ensemble mais il veut aller plus loin. Je pense que Mycroft n'était pas étranger à cette décision, dit-elle en allumant ses nombreuses tours informatiques.
John s'installa à ses côtés.
— J'ai l'impression que Mycroft est partout.
— Oui, et cela me désespère. J'en ai déjà parlé avec Sherlock et il m'assure que cela n'est pas problématique. Je pense que les deux frères Holmes sont tous deux au courant de tout ce qui se passe. Ils agissent de cette manière pour nous protéger. Mycroft a trop subit l'influence de Bai Long...
— Et il joue contre lui.
— Ou plutôt, il cherche à faire mieux. Je viens de recevoir quelques nouvelles sur la Roseraie. Il est désormais clair que leur véritable siège se trouve en Thaïlande, révéla Alice Imogen tout en pianotant sur son clavier.
John était ravi. Enfin, ils avançaient réellement.
— Excellente nouvelle. J'en ai une également. Molly et Ethan m'ont informé du réveil progressif d'Anna Ulanov. Tu ne la connais pas, mais elle est dans la liste des héritiers potentiels de Bai Long...
— Ah la fameuse liste! interrompit Alice.
John la regarda avec des yeux ronds.
— Ne fais pas cette tête. Nous sommes tous un peu au courant de cette liste. Elle a été modifiée de nombreuses fois. Même Sherlock a été en tête du classement un jour selon Myc. Lui aussi d'ailleurs...
— Et qui est aujourd'hui pressenti?
— Ça n'a jamais été un doute aux yeux de la SSA, de l'AIS et même du gouvernement de Hong Kong... Personne n'a été autant poussé à bout et au fait de toutes les stratégies que Myc, Kalyn, Will, Sacha, Aden, Amelia, Fil et moi. S'il faut choisir, ce sera sans doute entre nous. Même si, d'après moi, les candidats privilégiés sont Myc, Kalyn, Fil et Aden. Ils sont les seuls en mesure de régner avec parcimonie.
John la dévisageait avec un intérêt soudain. Jamais encore ils n'avaient évoqué le douloureux problème de la succession de Bai Long après le décès de Merry. C'était à la fois surprenant et rassurant.
— Et je pense avoir découvert qui vient d'être choisi. C'est encore au stade confidentiel alors je me tairai. Désolée John, mais je ne peux pas le révéler avant que Bai Long s'en charge lui-même, ajouta la jeune femme en parcourant des lignes de code.
— Et pour Greg, que fait-on? demanda John qui avait d'autres choses plus urgentes à traiter.
— Je ne sais pas... Ça va être dur. Je ne le pensais pas si... amoureux.
— Ils se sont séparés d'eux-mêmes. Peut-être pour le meilleur.
— Cela, John... Nous ne le saurons qu'après quelques temps.
Alice se pinçait les lèvres, préoccupée. John se demandait s'ils s'inquiétaient de la même chose, étant tous deux omégas — Alice avait gardé ses instincts omégas malgré son changement de dynamique —. Devenu récemment médecin personnel de Mycroft Holmes, il avait accès à des dossiers sensibles sur l'état physique et mental de son patient. Et tout indiquait que l'aîné Holmes devait se reposer et prendre du recul. Se fermer du monde même.
— Nous arriverons à trouver une solution, John.
— Oui, je l'espère... Je l'espère bien, Alice.
