— Seize —

Etats-Unis, San Francisco

6 mars

Jour 82

— Oi! Faites attention! C'est un hôpital ici, pas une jungle!

Il ignora les cris indignés des infirmiers bêtas et poussa quelques chariots hors de son passage.

— P'tain! Mais c'est quoi ce merdier?

Un autre médecin eut la malchance de se mettre sur son chemin. Il l'envoya contre un mur, choquant d'autres patients.

— Ma femme est enceinte connard!

Bam! Il manqua de se prendre l'énorme ventre de l'oméga femelle. Pas le temps, pas le temps! Un miracle se produisait.

— Ouch! cria-t-il en se tenant les côtes. Il venait de percuter un fauteuil roulant vide en évitant la femme enceinte.

— Bien fait! cria un autre patient âgé.

— Dé... Désolé! maugréa-t-il.

Il reprit sa course effrénée dans les couloirs de l'hôpital.

— Raf! Mais c'est quoi ce bordel?

Le B Bêta manqua de rentrer dans un chariot rempli d'ustensiles de chirurgie et s'arrêta à quelques centimètres de Paul Dimmock.

— P.. Paul! C'est... Oh mon Dieu!

— Mais qu'est-ce qui te prend, Raf? T'es devenu dingue ou quoi?

— C'est... C'est... Anna... Elle...

Paul Dimmock lui agrippa les épaules et le secoua plusieurs fois de toutes ses forces.

— Oi! Aïe! Hé mec! Stop! Attends, attends, merde! gueula Raf Sullivan en se détachant de l'A Bêta.

— Allez, craches!

— Elle... Elle s'est réveillée!

— Ouais. Comme si la nouvelle n'a pas déjà traversé l'Atlantique!

— Non, Paul! Je veux dire... Elle a parlé! Et c'est un miracle!

Dimmock était cloué sur place. Il agrippa le col de la blouse du jeune chercheur et le secoua une nouvelle fois.

— Oh! J'ai un cerveau et un estomac plein à garder, Paul!

— Ok... dis-moi tout!

— Elle a parlé... Ou plutôt... Elle m'a demandé pourquoi c'est Mycroft Holmes qui est sur la dernière campagne publicitaire de Saint Laurent.

Paul le fixait, bouche bée. Un chewing-gum tomba de sa bouche. Raf apprit qu'on pouvait écarquiller les yeux d'une circonférence supérieure à celle du "oh" formé par sa bouche, déformant son visage en celui d'un personnage de manga.

— Tiens, voici la photo de la dernière campagne Saint Laurent. Seuls ceux qui connaissent vraiment Mycroft peuvent le reconnaître. On lui a changé la couleur des cheveux et il porte des lentilles... Il est vraiment mignon dessus. Et ce jean slim...

Raf se perdit dans le regard faussement embrumé de l'aîné Holmes avant de se sentir décoller du sol.

— Paul... Paul! Lâche-moi, p'tain!

— Oh c'est un miracle, un miracle!

— Ouais... Mycroft en Saint Laurent est un miracle.

— Imbécile! Je te parle d'Anna!

— Ah oui!

Enfin, on le relâcha et il tomba sur les fesses, envoyant un chariot rouler dans le mur.

— Oi! Mais c'est terminé votre folie, Sullivan? Je vous ai accepté ici parce qu'on manque de Princeton doublés d'amis d'Harvard et de Kings College! cria une femelle bêta bourrue avant d'attraper Raf par le col et le plaquer contre le mur. Elle lui bloqua le bras derrière le dos. Il cria de douleur.

— Heu... maugréa Paul.

— Anna Ulanov tient à vous parler, bande de bêtas hormonaux... souffla la directrice de l'hôpital.

— M'dame! Je vous jure, je n'ai rien fait.

— Hé bien, il faut me le prouver... Dimmock, Sullivan! Informez immédiatement Hooper et Watson des nouvelles du retour d'Anna Ulanov parmi nous. Je me charge de prévenir son Eminence.

Elle relâcha Raf Sullivan qui se frotta le bras endolori. Paul et lui se tournèrent vers la directrice.

— Qui... Mais qui êtes-vous au juste, M'dame Harrington? demanda Paul Dimmock, une nouvelle fois bouche bée.

Cette dernière leur lança un clin d'oeil et sortit son portefeuille.

— CIA, département fantôme de liaison SSA. Directrice des divisions médicales et de recherche de l'AIS de son Eminence. Je travaille directement sous ses ordres ainsi que ceux de Kalyn Keller. Nous avons fait nos armes ensemble, dit-elle après avoir vérifié que le couloir était désert. Elle rangea son accréditation dans la poche arrière de son jean et les invita à la suivre.

Les deux bêtas se regardèrent, étonnés par l'identité de celle qui les avait aidé à mener à bien leurs recherches sur le coma d'Anna Ulanov. Leur directrice, Sam Harrington, était célébrée dans le milieu médical comme chercheuse émérite. Quarante ans, célibataire, A Bêta, châtain foncé, yeux bruns, silhouette banale, taille banale, un caractère de Xena Princesse guerrière et une tendance à la domination des mâles bêtas. Elle aimait les cafés longs, dévorait trois sandwichs au beurre de cacahouètes par jour, jouait au baseball et softball, américaine d'origine britannique convaincue. Elle avait fait ses études à Kings College à Londres tout comme John Watson avant de partir aux Etats-Unis. Mais avec la révélation de sa véritable identité, de nouvelles questions se bousculaient dans l'esprit de Raf.

— AIS donc Hong Kong et aussi un peu Shanghai. Je suis professeur titulaire à l'université d'Hong Kong, présence fantôme bien sûr. Kalyn m'a parlé de vous. C'est elle qui m'a envoyé ici dès la nouvelle du coma d'Anna Ulanov. Je devais veiller à vous donner les infrastructures et fonds nécessaires pour la recherche. Mon boulot est achevé les gars. Vous êtes de bons gaillards, même si un peu trop mous à mon goût.

— Heu... réagit Paul avant de baisser le regard.

— Le jour où vous aurez la carrure d'Aden Banaart, je vous considérerai comme potentiels amants. Mais pour le moment, votre état végétatif me donne la nausée. Allez-y. Je vous rejoins après m'être changée.

Elle termina son discours en les faisant entrer dans la chambre d'Anna avant de repartir dans un froissement de blouse blanche et eau de parfum Shalimar. Les deux bêtas se regardèrent, soulagés de ne plus avoir affaire à la terrifiante A Bêta. Ils connaissaient à présent la raison pour laquelle elle était toujours célibataire malgré son pouvoir, sa beauté héroïque et sa Ferrari. Aucun bêta mâle sensé — à l'exception peut-être d'Aden Banaart qui n'avait d'ailleurs jamais encore parlé d'elle — n'accepterai de se mettre en couple avec une créature aussi dominante et bourrue que Sam.

— Qu'est-ce que j'ai raté? demanda une douce voix mélodieuse.

Les deux bêtas se tournèrent vers celle qui les avait rendu fous de travail ces derniers mois. Paul, en bon bêta amoureux, s'assit à ses côtés et lui prit les mains. Elle lui sourit timidement et pressa la sienne en retour.

— Hé, Anna! dit-il, le sourire béat.

Raf se décida à les laisser en paix... Mais il devait inspecter son état de santé avant.

— Anna, je sais qu'on s'est déjà vu depuis ton réveil et que tu me connais, mais j'espère bien pouvoir entendre de ta voix une présentation de ta personne. C'est pour voir si tout va bien, dit-il en prenant un ton professionnel.

Ulanov acquiesça de la tête.

— Anna Ulanov, B Oméga enregistrée, née le vingt janvier 19XX, brésilienne de naissance mais russe d'origine. J'ai acquis la nationalité britannique puis hong-kongaise à la suite de ma rencontre avec Mycroft Holmes et le reste de la bande. J'étais à la tête de la division américaine puis mondiale de la SSA avant mon... coma. J'oeuvrais sur des tâches quotidiennes. En même temps, je m'occupais de promouvoir les différentes missions assignées au travers des médias. Je ne peux pas en dire plus. Suffisant? dit-elle avant de refermer les yeux.

C'était à son tour d'être bouche bée. Les réveils de comas profonds étaient rarement complets avant quelques mois. Et généralement, les patients ne retrouvaient ni leur mémoire complète, ni un usage de la parole conséquent. Or ici, Anna Ulanov semblait juste sortir d'un long sommeil réparateur après seulement un mois passé à se remettre du coma. C'était un miracle, un véritable miracle.

— J'ai eu amplement le temps de réfléchir. Il me faut retrouver Bai Long et Heleen au plus vite... dit-elle en se relevant légèrement, observant de ses yeux transparents les deux bêtas à ses côtés.

— Heleen est morte, Anna, murmura Paul, le regard assombri.

La jeune femme referma les yeux.

— Daiyu Li également... ajouta Dimmock.

Anna se couvrit les yeux d'un bras.

— Je suis désolé, dit-il enfin en caressant la chevelure blonde de la jolie oméga.

*xXx*

Hong-Kong

8 mars

Jour 84

La nouvelle du réveil d'Anna Ulanov se propagea à une vitesse ahurissante. Très vite, les félicitations et cartes de voeux affluèrent de toutes parts. Enfin, l'image glamour et féminine des thèses prônées par la SSA dans le monde était de retour; en parfaite santé, la mine enjouée mais fatiguée. Malgré son incapacité à mouvoir ses membres inférieurs après plusieurs mois passés sur un lit d'hôpital inerte, la jeune femme reprenait le travail progressivement. Son esprit était toujours aussi vif, avec une pointe de joie inédite. Après avoir frôlé la mort, elle était devenue moins sérieuse, plus encline à profiter de ce que les petites choses de la vie offraient. On se murmurait que Paul Dimmock et elle allaient se marier.

Mais John Watson ne s'occupait plus de ce dossier. Son patient principal lui causait une peine immense.

— Alice, je ne sais plus quoi en penser. Je sais que je te demande beaucoup sur Mycroft, mais... dit-il en jetant un coup d'oeil à Chiara qui s'amusait à empiler des cubes d'une manière singulièrement ordonnée, presque maniaque.

— Vas-y, je t'écoute. Je veux sincèrement l'aider également, répondit la C Bêta en quittant des yeux les deux claviers qu'elle avait posé sur les genoux. Elle les mit de côté et reposa le menton sur les mains.

— Voilà... Depuis son retour parmi nous, il est devenu... Bizarre. Bon, le sevrage se passe plutôt bien. De toute manière, il est déjà passé par là alors son métabolisme reconnaît les signes et s'adapte en fonction. Par contre, il... Il mange beaucoup. Je le sais gourmand au travers des témoignages de Sherlock mais on ne peut pas vraiment les comparer, n'est-ce pas?

— Hmm... Mycroft est gourmand, je le sais bien. Mais de là à poser problème... Ce ne serait pas un effet secondaire de sa cure et lié à sa rupture avec Gregory?

— Je l'ignore. Greg, Aden et Sherlock sont occupés avec leur idée stupide d'infiltrer le siège de la Roseraie en pleine jungle Thaïlandaise. Ils ont même décidé de ne pas mettre Kalyn et Mycroft au courant. Heureusement que ces deux-là sont plus préoccupés à gagner des fortunes et désintoxiquer. Mais je m'inquiète vraiment, Alice.

— Myc peut parfois présenter des symptômes d'une boulimie peu importante mais ce n'est jamais prouvé de manière médicale. Il a tout simplement peur de grossir, et je sais que les piques de Sherlock ne sont pas étrangers à ce comportement. Il aime le chocolat, ça, tu le sais, John. Par contre, je ne comprends pas ses sautes d'humeurs. Il a toujours été très stable...

— Oui. C'est un autre facteur qui me préoccupe chez lui. Est-ce également dû à son sevrage?

— Non. Généralement, il devient moins agressif et plus résigné. Il déteste montrer son côté oméga en position de faiblesse. Ses cures précédentes se sont caractérisées par son absence de réaction d'ailleurs. Il a tout pris sur lui...

— Hier, il s'est énervé sur Eva. J'ai dû la réconforter. Et Greg ne nous aide pas en évitant Mycroft comme la peste, râla John en fronçant les sourcils.

— Lorsqu'il s'est séparé d'Aden Banaart, les deux hommes ne se sont pas parlé pendant une année entière...

— Oh merde!

— Non, non... Tu m'as mal comprise. Ils se parlaient pour le boulot et autres mais ne se côtoyaient pas comme le feraient des amis. Or avec Greg... Ils ne communiquent même pas au sujet du travail!

— Mycroft est terrifié. Et je le comprends parfaitement, ajouta John, convaincu.

— Nous sommes de psychologie oméga. Mais mettons-nous à la place de Greg. Le pauvre n'arrive plus à se contrôler. Il perd les boules. Il devient fou et violent à l'encontre de Myc. Il décide de mettre un terme à leur... arrangement. Pour protéger Myc. On l'avait tous vu venir, ça! Mais de là à les voir s'éviter comme la peste... Myc n'est pas du genre fuyard. Je pense que c'est plus à mettre sur le compte de sa nature physique...

— Attends, Alice!

— Oui?

— Les A Omégas tombent souvent en chaleur, n'est-ce pas?

— Oui... C'est une horreur d'ailleurs.

— Mycroft est sous traitement très lourd.

— Parfaitement, il est sous anti-chaleur, suppresseurs de senteurs, contraceptifs et d'autres encore. J'ai vécu la même chose que lui. Franchement, je bénis mon nouveau statut de C Bêta malgré tout.

— Donc il ne tombe pas en chaleur.

— Non, sauf s'il fait l'impasse.

— Ok... Fausse alerte donc.

Alice le regarda attentivement avant de se pincer les lèvres. Elle jouait avec la manche de son pull troué, agitée.

— John...

Le B Oméga se leva à la hâte et regarda une dernière fois sa fille toujours absorbée par ses cubes. Il quitta la pièce, prenant soin de ne pas faire trop de bruits.

*xXx*

Hong-Kong

8 mars

Jour 84

Gregory Lestrade, Sherlock Holmes et Aden Banaart sont étonnés de la rapidité à laquelle Anna Ulanov se rétablissait.

— On est à Londres les gars! leur cria un Dimmock enjoué avant de prendre sa belle dans les bras.

La jeune B Oméga portait certes quelques signes de fatigues et ne bougeait qu'avec son fauteuil roulant, mais elle avait retrouvé ses esprits et comptait bien rattraper le temps perdu.

— Minerva est en vidéo-conf avec nous également! dit-elle avant de leur montrer sa tablette numérique.

Aden les salua face à la caméra.

— C'est génial de tous vous voir enfin en bonne santé et bonne humeur! Alors comment vont les choses en Occident? demanda-t-il avant de finir son verre de cola.

— Parfaitement mieux qu'avant, Aden. Ta soeur, Amelia, fait un travail de chef ici à Londres. Sans elle, on serait dans une situation pire qu'aux Etats-Unis. Et comment vont les autres? demanda Dimmock qui parlait au lieu d'Anna encore affaiblie.

— Kalyn est partie en Suède. Elle veut surveiller la formation d'une jeune recrue, protégée A Alpha de Mycroft. Kim Yi Na vient juste de sortir de formation initiale. Dans quelques mois, elle part au MIT aux Etats-Unis. Alors en attendant, elle fait ses premiers pas avec sa Majesté Victoria de Suède, débita Aden avant de jeter un rapide coup d'oeil aux deux A Alphas assis derrière lui.

— Bien, bien, bien... Et les autres? demanda Raf, l'éternel curieux enthousiaste.

— Oh! Rien de spécial. Nous sommes tous à Hong-Kong, sauf bien entendu Sally qui est partie en mission aux Etats-Unis comme toujours. Ethan et Molly Hooper s'occupent de mettre en place le nouveau centre de recherche dont tu m'en as parlé, Minerva, révéla Aden.

— Hein? Quoi? intervint en même temps Sherlock Holmes et Gregory Lestrade.

— Vous n'êtes sans doute pas au courant de l'intention de notre cirque adoré de dévoiler au monde entier les recherches sur les dynamiques dans une approche... eugéniste. J'ai eu vent de cette décision grâce à des taupes infiltrées dans la division du Circus de Dimitrov... répondit sérieusement Minerva par écrans interposés.

Sherlock poussa Aden dans un côté et attrapa la caméra d'un geste fébrile, presque maniaque.

— Depuis quand cette mission existe-t-elle?

— Depuis très peu de temps. Nous venons juste de l'enterriner.

— Qui? ajouta Sherlock, trépignant sur place.

— Raf, Ethan, Molly Hooper, et Sam Harrington sont les membres actifs sur cette mission, répondit aussitôt Minerva de peur d'énerver davantage un A Alpha très dominant et peu contrôlé.

Gregory grogna. Aden haussa des épaules.

— Et qui est cette Harrington? rumina Sherlock.

— Directrice de l'hôpital dans laquelle j'ai comaté tout ce temps, Sherlock. Un peu de tenue, s'il te plaît... J'ai également appris qu'elle travaille pour l'AIS et la SSA par extension. Officiellement membre de la CIA. Ses supérieurs directs ne sont autres que son Eminence et Kalyn Keller, répondit calmement Anna Ulanov.

Paul Dimmock menaça Sherlock du regard, en éternel protecteur A Bêta d'Anna.

— Ok, Paul... Du calme, s'il te plaît... intervint Greg. Il posa une main sur l'épaule du cadet Holmes, le sommant de se décoller de l'écran et se rasseoir à ses côtés. Hésitant, Sherlock obéit finalement à Lestrade. Il joignit les mains sous le menton dans sa position de réflexion favorite.

— Je suis désolée... Mais on vient juste de l'apprendre...

— Oui, les gars! Mais ne vous inquiétez pas, on a la situation en main! Raf venait de couper la parole à Anna qui soupira.

— Et quoi d'autres tant que le chapitre des révélations surprises est ouvert? interrogea Aden.

— Le Circus est désormais scindé en deux. D'un côté, je tente de modérer les choses en faveur d'une évolution progressive des mentalités vers une approche moins violente et plus philosophique sur l'égalité entre bêtas et les dynamiques extrêmes. Cela va prendre du temps et demander une éducation progressive des populations mais c'est la solution la plus sensée. Mycroft et Bai Long me soutiennent là-dessus. D'un autre côté, vous n'êtes pas sans connaître les rêves d'eugénisme et d'être humains augmentés prônés par Dimitrov... Il s'appuie entre autres sur des recherches effectuées... répondit Minerva

— Et auxquelles j'ai pu y participer dans l'ignorance... interrompit Raf en baissant les yeux.

— Et c'est pour cela qu'on a décidé de construire un centre de recherches pour contrer ces thèses. C'est une question de temps...

— Vous aurez tout mon soutien financier et technologique sans problèmes, intervint Aden en serrant les poings.

— Merci Aden, murmura Minerva.

— Pourquoi Londres? demanda Gregory.

— Parce que c'est le pays à l'origine du Darwinisme. Parce que... c'est aussi le premier pays à soutenir les causes pro-bêtas modernes. En nous installant sur le territoire et avec l'autorisation royale de sa Majesté Elisabeth II, nous avons toute notre légitimité, répondit simplement Minerva.

— Je vais l'aider avec des anciens collègues qui sont du même avis. Nous nous baserons sur nos recherches déjà effectuées dans les laboratoires en Inde pour avancer et si possible les devancer avec des contre-théories sensées. L'objectif est de rallier l'opinion publique à notre cause, ajouta Raf.

— Les médias ne constitueront pas un problème. Je m'en charge avec Kalyn, dit Anna avant de se faire embrasser par Dimmock.

— Je les accompagne au Royaume-Uni. Ils auront besoin d'un homme à tout faire malgré les équipes professionnelles déjà en place... maugréa Paul avant d'être pris dans les bras de Raf.

— Et à terme? demanda Sherlock.

— Bien vu Sherlock. A terme, nous allons virer Dimitrov du Circus et rendre cette organisation caduque sur la question éthique de la place des dynamiques dans le corps humain. C'était une idée de Diesbach. Il veut éviter à tout point un débat international sur les changements non sociétales induites par les dynamiques. Il veut garder cette question au niveau social, politique et économique. Je suis d'accord avec lui. Je refuse de toucher à la biologie même de l'homme, remarqua Minerva avant de le fixer avec insistance.

— Dans ce cas, ne lisez pas les recherches de Merry et n'essayez pas de parler de son passé avec Alice, rétorqua froidement Sherlock.

— Non, c'est un sujet clos.

Sherlock acquiesça d'un hochement du menton. Personne ne comprenait de quoi ils parlaient à la fin. Les seules recherches connues de Merry sur les dynamiques ne parlaient que de légendes perdues et de contes millénaires. Seuls quelques privilégiés connaissaient l'étendue réelle de ses recherches. Sherlock faisait parti du groupa mais d'un commun accord avec les autres, ils s'étaient mis d'accord pour ne jamais en parler plus que nécessaire.

Ainsi, Minerva est également au courant... Mais à quel niveau? Diesbach, Mycroft et moi avons tout lu et analysé. Lestrade et Kalyn en ont étudié quelques brides. Bai Long a refusé d'y toucher pour le moment.

L'A Alpha referma les yeux et commença à débiter ses déductions sur le mariage imminent de Paul et d'Anna. Il savait utiliser son don pour déstabiliser les autres et leur faire oublier le principal. Aujourd'hui était une occasion rêvée de le pratiquer davantage. Il fallait à tout prix éviter de soulever la question des recherches de Merry.

*xXx*

Hong-Kong

9 mars

Jour 85

John Watson et Mycroft Holmes étaient assis côte à côte sur le gigantesque lit aux couvertures translucides de ce dernier.

— Je serais à tes côtés, Mycroft, souffla le B Oméga en pressant l'épaule de l'aîné Holmes.

Il ne savait plus quoi lui dire. Il se contentait en vain de le rassurer. John espérait sincèrement pouvoir l'aider dans les prochains mois à venir.

Le B oméga avait décidé de prendre en charge le difficile cas de Mycroft Holmes à plein temps. Peut-être parce qu'il ne pouvait pas supporter de le voir souffrir davantage malgré tout ce qu'il avait vécu et fait pour les autres. Ou peut-être parce qu'il était le frère adoré de son Alpha.

Ou peut-être tout simplement parce qu'ils vivaient ce que des millions d'omégas mâles subissaient de plein fouet, qu'importe leur culture, niveau d'éducation et statut social.

Et dire qu'il l'avait pris pour un bêta ou alpha arrogant et imbus de sa personne quelques années auparavant, à leur rencontre. Apprendre sa véritable dynamique avait été d'un choc tel qu'il ne savait plus où se mettre devant le très respecté et mal aimé Mycroft Holmes. Longtemps, il avait cherché à lui témoigner une amitié naissante sans réelle conviction. Car John Watson s'était perdu dans la querelle éternelle mais en vérité si aimante entre les frères Holmes. Il n'arrivait pas à lui pardonner le faux-suicide de Sherlock et son implication dans la décrédibilisation de l'Alpha. Mais avec recul, John se rendait à l'évidence de l'absurdité de la chose.

Alors il prit l'A Oméga dans les bras et le tint fermement contre lui.

— Je pense qu'on peut vraiment se tutoyer à présent, hein? Je ne sais pas quoi dire, Mycroft, murmura-t-il en caressant les boucles brunes de l'oméga.

Les omégas mâles vivaient une existence peu enviée. Tandis que les omégas femelles pouvaient se fondre parmi les bêtas femelles également fertiles, les omégas mâles était stigmatisés par leur physique hybride. Ils étaient prisés, rares. Et les quelques A Omégas mâles n'existaient que pour le plaisir des alphas. C'était un destin malheureux qui avait eu raison de leur disparition progressive à travers des siècles d'exploitation.

La société ne pardonnait pas à un A Oméga mâle de rester célibataire et sans progéniture. Le cas de Mycroft Holmes était réellement exceptionnel.

Et plus il le côtoyait, plus John admirait Mycroft.

Il admirait son intelligence, sa vivacité, son flegme, son humour parfois et surtout... sa résignation. Contrairement à Alice Imogen, il avait choisi de rester lui-même et de vivre sa vie privée dans un courage inédit. Les bêtas, les alphas... Toutes ces autres dynamiques ne pouvaient pas le comprendre.

Même Gregory Lestrade, que John considérait comme un de ses meilleurs amis, avait finalement blessé l'A Oméga. Il ignorait encore s'il devait en parler à Greg... Peut-être bien que non. Ce serait à Mycroft de décision, et à lui seul. En attendant, John demeurerait bouche cousue, prêt à défendre l'A Oméga au mieux. Il lui devait bien cela après tout ce temps.

— Tu as encore le choix, murmura-t-il à Mycroft.

Holmes était tétanisé.

— Dis-moi ce que tu veux et j'arrange le tout, ajouta-t-il.

Il devait lui donner une porte de secours. C'était contraire aux lois de la plupart des pays, mais John n'en avait que foutre. Il désirait réellement abréger les souffrances mentales de l'aîné Holmes.

— Si tu décides de ne rien faire... Saches que je serais à tes côtés, qu'importes les préjugés et autres remarques. Ton alcoolisme ne porte pas de problème jusqu'ici. J'en ai profité pour faire des tests à ce sujet. Mais tu dois arrêter définitivement de boire. Sauf si tu choisis l'autre alternative.

Seuls les omégas étaient en mesure de comprendre cette situation.

— Mycroft. Ecoutes-moi... Je te laisse faire ton choix. Tu me diras tout lorsque tu seras prêt. Surtout, ne fais rien sans m'en avoir parlé. On garde cela entre nous, d'accord? dit-il en fixant le regard vitreux de Mycroft.

Lentement, ce dernier hocha de la tête.

— Parfait... Je dois aller voir les autres. Je reviens dans quelques heures. Tu n'es pas obligé de me donner une réponse d'ici là. Mais je compte rester à tes côtés le plus possible si cela ne te dérange pas, bien?

L'A Oméga acquiesça une nouvelle fois.

Après un dernier regard inquiet, John se leva et quitta la pièce. Il referma délicatement la porte derrière lui, laissant Mycroft seul dans sa chambre, emmitouflé dans des mètres de soie translucide, indécents.

Une fois seul, Mycroft se tint la tête entre les mains. Un large bracelet en cuir brodé rouge ornait son poignet droit. Il signifiait son statut d'oméga disponible et célibataire, comme exigé par la tradition impériale et Bai Long. Il portait un costume aussi traditionnel en soierie et coton beige. Il se frotta le visage et se retint de trembler. Il avait assez tremblé ces derniers temps.

La nuit tombait progressivement et il n'en avait que faire. Les autres s'affairaient à faire fonctionner le gouvernement, la SSA, Interpol... La résidence n'avait jamais autant ressemblé à une ruche que ces derniers jours. Kalyn était loin de lui, Kim avait été envoyée en Suède, Sherlock s'occupait de le remplacer du mieux qu'il le pouvait, Aden triplait sa fortune, Bai Long se fâchait une nouvelle fois avec Diesbach.

Il s'occupait de se détacher de l'alcool, de la cigarette.

Il pensait avoir plutôt réussi à oublier la senteur épicée et le souffle rauque de Gregory.

Mais voilà.

De rage, il se leva et fit les cent pas. Qu'avait-il fait pour mériter cela? Il n'avait fait que son devoir!

Etait-ce trop demander que de demeurer libre et ambitieux pour un A Oméga à quarante ans?

Mycroft envoya quelques livres à terre. Il donna un coup de pied dans une chaise. Il gémit.

— POURQUOI?

Il cria son incompréhension. Pourquoi lui?

Se rouler en boule, se protéger... Protéger...

Il se roula en boule sur le lit, repliant les bras sur le ventre dans un instinct protecteur primitif. Son regard s'ouvrit sur l'objet du délit et il le fixa par vengeance et résignation.

La petite boîte contenait les résultats d'une prise de sang et un test de grossesse.

Positif.

Vingt-deux jours qu'il portait un enfant sans en avoir la moindre idée.

Trois semaines et un jour depuis sa dernière fois... Avec Gregory Lestrade.


Ok... Je me tuez pas, hein?

Bon, j'ai hâte de vous montrer la réaction de Greg... Mais aussi de celle des autres. hahaha!

Bref, pauvre Myc'. Il enchaîne les misères depuis quelques temps. C'est que je suis sadiquement pro-mystrade, hein?

PS: je commence à écrire un roman (tout aussi bizarrement cruel et drôle, moins long que cette... série à rallonge, je promets!), en vue d'une publication (si l'on veut bien lire mes tribulations et ce n'est pas gagné car dieu sait comme il est difficile de se faire publier). Bien sûr, en l'état actuel des choses, je devrais attendre d'être plus mûre pour débiter des conneries à "cinq" balles qui en vâlent la peine. Mais quand on a une drôle d'idée en tête, on ne peux rien y faire, non? Alors SVP, si vous voyez des horreurs grammaticales (les fautes d'orthographes sont preuves de mon humanité alors soyez cool dessus!) dans ces fics, merci de m'en faire part! Je vous enverrai des confettis par colissimo/UPS/DHL/Poste Belge... selon le pays où je suis stationnée.