— Dix-Sept —

Chine, Shanghai

10 mars

Jour 86

— J'ignore qui vous êtes mais veuillez bouger d'ici à moins que vous ne comptiez contribuer au taux de chômage de Shanghai, dit froidement Kalyn Keller en sortant du véhicule.

Le journaliste détala devant son regard assassin, laissant la B Alpha effleurer en paix les marches du célèbre Plaza 66 dont le dernier étage fermé au public était devenu en quelques temps son bureau privilégié pour affaires.

Kalyn Keller s'engagea dans une porte dérobée, laissant soin aux portiers discrets de lui ouvrir le chemin sinueux et expressément arrangé selon ses préférences. Seuls ses meilleurs amis connaissaient ce recoin mystérieux de la ville, dissimulé dans ce temple du shopping de luxe reconnu dans toute l'Asie. Les immenses baies vitrées bordées de peintures contemporaines l'accueillirent comme un souffle de vie renouvelé. Elle passa devant les bureaux de quelques-uns de ses assistants triés sur le volet, tous membres de la SSA et cercle proche de son aile. En moins de dix ans, elle avait rassemblé un groupe de fidèles entièrement dévoués à sa personne. Mycroft les surnommait ses esclaves volontaires puisque lui-même était incapable de soutirer le moindre mot déplacé de leurs lèvres. Ils étaient pour la plupart bêtas, de sexe féminin de préférence, parfaitement efficaces dans leur invisibilité.

— Madame Li vous attend dans le bureau vert, annonça le directeur des lieux qui la recevait toujours en discrétion.

— Merci Allan, vous pouvez nous laisser.

L'homme se courba par politesse et disparut rapidement, abandonnant Kalyn dans ses quartiers privés.

— Kim est en train de rendre Victoria de Suède folle avec ses caprices. J'ai dû envoyer Marco à Stockholm pour tenter de la calmer, la salua Sacha Li, affalée comme toujours dans le canapé de l'immense bureau donnant sur la ville.

Sacha était vêtue d'une de ses tenues sorties des Mille et Une Nuits, un bandeau attachant ses longues boucles brunes assorti au lourd maquillage des yeux accentuant son teint porcelaine. Elle avait abandonné toute présence de soutien-gorge, laissant s'échapper un bout de sa poitrine menue de son décolleté vaporeux. Son pantalon en soie violet fluide caressait ses jambes interminables. Elle soupira lascivement, effleurant les lèvres de ses doigts manucurés.

— Tu es présidente de la Suisse et non plus une ambassadrice de la séduction, Sacha, remarqua Kalyn en robe Roland Mouret et veste décolletée Alexander McQueen. Elle croisa les bras, campa sur ses Manolo Blahnik en verni rouge, huma ses lèvres peinte dans une même couleur... Elle leva les yeux au ciel.

— Arrête de faire ta femme d'affaire, K...

— Je ne pense pas que tu sois ici pour affaires, Sacha.

— Je souffre de ce qu'on appelle un "booty call", répliqua aussitôt la séduisante B Alpha en se levant.

Elle s'avança lentement vers Kalyn, la poussant contre son bureau Roche Bobois.

— Sacha... souffla Kalyn en saisissant les intentions de son amie.

La B Alpha répondit en tirant sur une bretelle de son débardeur, dévoilant sa fine poitrine diaphane. Kalyn ferma les yeux.

— Hey... Ce n'est qu'une routine. T'as déjà oublié? lui chuchota Sacha, effleurant sa nuque découverte.

Comment pouvait-elle oublier la peau parfaite de son amie, ses gémissements saccadés, ses yeux mi-clos? Combien de fois l'avait-elle plaqué contre le mur, la baisant violemment, nouant ses mains dans des mètres de foulards Hermès? Elle grogna, rouvrant ses paupières pour tomber sur le regard vitreux de la suisse.

Kalyn agrippa les bras menus de Sacha et la dirigea vers le canapé sur-mesure.

— Bande-moi les yeux, implora son invitée en français, savourant les syllabes ondulées avant de les lui souffler délicatement.

Kalyn se pencha sur elle et lui défit la ceinture en soie tout en lui caressant le dos dénudé. Elle lui banda les yeux, prenant le temps de lécher sa nuque délicieuse. Elle emprisonna ses bras derrière son dos, lui priant de demeurer soumise et ouverte à elle.

— K...

Sacha poussa une plainte lascive avant de se laisser déshabiller très très très lentement par Kalyn.

— On avait convenu d'arrêter ce jeu entre nous, Sacha.

— Haaaa...

— Ce n'est pas raisonnable...

— Entre adultes consentantes, peut-être bien que si, non?

Kalyn l'embrassa. Sacha en profita pour se retourner rapidement. Elle écarta les jambes, s'offrant à son amie dans une débauche décadente, yeux bandés, rouge à lèvre brouillé, maquillage défait. Elle souffla sensuellement, ouvrant sa bouche gourmande à la domination visible de l'autre B Alpha.

— Tiens, dit-elle en lui enfonçant un doigt entre ses lèvres. Sacha s'empressa de le sucer tout en glissant une main couverte de bagues diamantées vers son sexe d'Alpha femelle.

— Non.

Kalyn agrippa la main baladeuse et la maintint fermement au-dessus de sa tête. Elle défit le foulard ornant les boucles de Sacha et s'en servit pour lui nouer ses mains.

— Tout ira bien, murmura-t-elle avant d'enfoncer ses doigts dans le sexe de la Suisse.

*xXx*

Chine, Shanghai

11 mars

Jour 87

L'homme qu'elle observait depuis quelques temps était attablé au café qu'ils avaient convenu par téléphone. Il sirotait un verre d'eau, feuilletant les dernières nouvelles publiées dans le journal local en mandarin. Son parapluie était discrètement posé à ses côtés. Il s'amusait à se pincer les lèvres entre deux effleurements, faisant frémir les pages du journal froissé. Son costume à deux boutons sur une chemise au col ouvert annonçait un début de printemps bienvenue. Il tapait le rythme des pieds, ignorant les discussions qui fusaient autour de lui, entièrement dévoué à son verre d'eau et la lecture d'un article particulièrement intéressant. Elle laissa échapper un gloussement léger, se rappelant les nombreuses fois qu'elle l'avait observé ainsi, ignare de sa présence et de son étrange habitude.

Car Mycroft Holmes possédait de ces drôles d'habitudes aussi humaines qu'il était froid devant une foule de politiciens fou-furieux. Elle était si privilégiée de voir cette partie intime de l'A Oméga.

Kalyn se recoiffa rapidement en passant devant la vitrine du café, prenant soin de ne pas se prendre une marche. Elle avait laissé ses talons aiguilles chez elle, profitant de son unique jour moins chargé que d'habitude pour s'enfoncer dans un confortable chandail en laine sur-mesure et des tennis Serafini. Elle poussa la porte du café et fut accueillie par une bienveillante senteur caféïnée, à l'image de celles que l'on retrouvait à Stockholm ou à Séoul, pays des cafés bien douillets et blancs.

— Salut, souffla la B Alpha en prenant place devant son ami.

L'A Oméga grommela un salut rapide avant de plier le journal et le reposer lentement à ses côtés. Il ne portait pas de montre à gousset mais une simple montre automatique Piaget, à l'image de celles qu'elle aimait tant. Elle retira le foulard en soie qu'elle avait emprunté à Sacha et le reposa sur la table dans une parfaite imitation des gestes de Mycroft.

Ce dernier la scrutait intensément, comme il aimait le faire avec son frère. A l'exception près qu'il était bien plus discret que Sherlock devant des étrangers. Son regard s'attarda sur le foulard Hermès. Kalyn se racla la gorge.

Il commanda un jus d'orange pour lui-même et Kalyn ajouta un café latte.

Les deux amis attendirent en silence l'arrivée de leur commande. Mycroft analysant tandis que Kalyn s'ouvrait comme d'habitude. Ils aimaient ces instants de calme précédant une tornade impromptue.

— Tu as recommencé à coucher avec Sacha, dit-il entre deux gorgées de jus de fruit.

Elle le fixa de ses yeux bleus intenses, penchée en avant, tête reposée sur une main. Mycroft se pinça les lèvres, comprenant qu'il venait de révéler un détail extrêmement privé de sa personne à la redoutable agent et femme d'affaires.

— Tu ne bois jamais de jus de fruits d'habitude, répondit-elle.

Il détourna le regard. Il fixa son ventre.

— Sacha a besoin de se... Soulager. Côtoyer le milieu qu'elle vient d'intégrer de manière quotidienne la désespère. On ne devient pas une politicienne soumise aux votes du peuple du jour au lendemain. Être ambassadrice et gérer des partenaires du monde entier diffèrent trop du rôle des ministres et hommes politiques locaux. Ce n'est pas le même niveau d'études, le même milieu d'origine, les mêmes préoccupations. Elle a besoin de se retrouver avec nous... Moi. Alors j'ai accepté. Je ne lui suis pas attachée de toute manière en ces... qualités, dit-elle avant de lui prendre la main.

Elle patienta, le temps de lui laisser trouver les mots pour exprimer ses pensées qu'elle savait compliquées. Ils se connaissaient depuis trop longtemps pour tourner autour du pot.

— Je porte un enfant. Je suis à vingt-quatre jours. J'ai décidé de le garder.

Kalyn Keller lui pressa la main avant de refermer les yeux.

— Gregory Lestrade en est le père. Je ne compte pas lui en parler tout de suite.

— Myc...

— Je l'élèverai seul. John m'aidera durant la gestation. Cela doit rester le plus longtemps possible secret. Inutile de déranger les autres avec un nouveau problème. Nous devons nous concentrer sur nos priorités.

Elle se leva pour contourner la minuscule table du café et s'installa à ses côtés.

— Que vas-tu faire, toi? lui demanda-t-elle en le prenant dans ses bras.

— Rester à Shanghai loin de tout le tumulte d'Hong Kong pendant la durée de la gestation. Je ne pense pas retourner sur le terrain avant sa naissance. Avec un peu de chance et beaucoup de travail, tout sera terminé d'ici-là et je n'aurai pas besoin de révéler l'existence de l'enfant à Gregory...

— Idiot.

— Il n'a jamais été désiré... Mais Bai Long a raison en me demandant d'assurer ma descendance. Je ne vais pas refuser à cet enfant la vie surtout que je ne suis plus tout jeune. Gregory n'a pas besoin d'être mis au courant, Kalyn.

Elle le relâcha, nullement surprise par sa réaction. Mycroft Holmes avait une haine féroce de tout ce qui pouvait s'apparenter à une perte de contrôle de son existence, préférant toujours la solitude et la nullité de sentimentalisme aux problèmes humains dont il ne saisissait toujours pas la subtilité. Comme son frère.

— Tu fais une folie, Myc. Mais on verra cela plus tard. Pour l'instant, dis-moi qui sont au courant de ta situation et tes plans concrets pour les prochains mois.

— John, Eva, toi et moi sommes les seuls au courant. Je soupçonne Bai Long d'avoir senti le changement dans mes senteurs, quoique tout n'est encore qu'au stade embryonnaire. Dans quelques semaines, ma senteur se fera plus violente et je ne serais sans doute plus en mesure de demeurer à l'extérieur sans nausée et crise de manque Oméga... Je suis désolé de te demander cela, mais... Pourrais-tu m'accorder ta présence alpha rassurante le temps de la gestation? J'ai bien peur que malgré toute ma bonne volonté, mon organisme et mes instincts primitifs me rendront incapable de vivre sans la présence du père de l'enfant. Un alpha de substitution serait la bienvenue.

— L'idéal serait de mettre Greg au courant. Tu sais très bien comment il réagira à la nouvelle. C'est la meilleure solution, Myc.

Instinctivement, Mycroft se rétracta, figeant sa posture jusqu'alors plutôt décontractée. Kalyn venait une nouvelle fois d'heurter un sujet sensible. Mycroft n'avait toujours pas oublié les violences physiques et psychiques qu'il avait reçu de Lestrade. Si elle ne connaissait pas aussi bien les deux hommes, elle aurait sans aucun doute cherché à se venger de l'A Oméga. Personne ne devait le blesser à ce point. Mais ces deux hommes qu'elle avait appris à connaître étaient pour le moins très... uniques. Ils étaient en tort tous les deux. Leur entêtement et les circonstances avaient fait le reste.

— Sherlock, Greg et Aden restent pour le moment à Hong Kong. Mais il prévoient de partir à Londres puis aux Etats-Unis pour venir en aide à Amelia et revoir Anna en bonne santé. Cela te laisse encore quelques semaines de calme intime. Je resterai ici avec toi.

— John nous rejoindra avec Chiara.

— Tant mieux. Un médecin oméga est toujours la bienvenue. Mais comment va-t-il cacher cela à Sherlock? Ils sont liés, rappelle-toi, et ne peuvent pas se mentir.

— Mon frère apprendra la vérité d'une manière ou d'une autre. Inutile de le laisser de côté ou le mettre dans la confidence. Il lui suffira d'un regard pour deviner mon état...

— J'espère que tout se passera bien.

Il la fixa quelques secondes avant de se détourner une nouvelle fois. Une jolie teinte rosée colorait ses joues. Kalyn ne put s'empêcher de constater que son ami commençait à s'arrondir, accentuant ses traits omégas. Il était encore bien mince, mais quelque chose avait définitivement changé. Et il sentait bon, telle une gourmandise sortant juste d'un four à l'ancienne, prête à être dégustée lentement. Son instinct protecteur alpha lui criait de le protéger, de prendre soin de cet A Oméga non lié et en gestation, diffusant son besoin de sécurité à tous les alphas du coin. Elle savait que dans quelques mois, il serait dans l'impossibilité de sortir, trop sensible aux senteurs étrangères et trop vulnérable comme tout oméga en gestation et célibataire. La meilleure solution serait bien évidemment de ramener Gregory Lestrade. Un géniteur alpha était indispensable au bien-être d'un oméga en gestation, leurs senteurs se mêlant progressivement pour former celui de l'enfant. Ce dernier ne pourrait se développer sainement sans la présence de ses deux parents. Or Mycroft se préparait à vivre tout ceci seul.

Elle déglutit.

Ce n'était pas la première fois qu'elle se voyait témoin d'une gestation difficile. Elle avait vécu dans la rue avec de jeunes omégas en gestation délaissés par les alphas violeurs ou tout simplement trop irresponsables. Elle connaissait les conséquences psychiques d'une gestation solitaire sur les omégas en question.

— C'est ton choix, mais saches que je resterai à tes côtés, Myc.

L'A Oméga croisa brièvement son regard déterminé. Il sourit timidement.

*xXx*

Hong Kong

11 mars

Jour 87

— Ils partent dans quelques heures et je dois encore refaire les baggages de Sherlock! râla John Watson.

Ce dernier tenta de refermer la valise bien trop remplie d'un certain détective consultant à l'aide de son poids. Chiara riait de tout coeur à ses côtés, déjà taquine dans ses réactions. Alice la tenait sur les genoux, ravie de constater que si John ne se laissait pas faire par son alpha lié, il s'en occupait néanmoins comme un parent gâteau.

— La dernière fois, il avait ramené plusieurs valises pour quelques jours! Et nous étions en pleine course poursuite. Alors cette fois-ci, adieu trench Burberry en plusieurs couleurs et six valises à roulettes remplies de jauges et de scies à os. Il est impossible! Et on doit encore faire nos baggages pour Shanghai. Je m'inquiète déjà pour Mycroft. Il est trop calme à mon goût...

— Je viens avec toi, ne l'oublie pas.

— C'était sensé rester secret mais rien ne t'arrête. Mycroft est en cloque et comme prévu, il a décidé de s'exiler le plus loin possible de Greg. Ces deux-là sont vraiment impossibles à gérer.

— Cela aurait été plus simple de tout révéler à Greg, John. Je suis sûre qu'il aurait été ravi de la nouvelle. Un alpha restera un alpha. Quand ils peuvent placarder leur virilité au monde entier, ils n'hésitent pas à le faire.

— Je suis passé par là, Alice. Je sais ce que cela fait à un alpha de se savoir futur parent. Mais Greg et Sherlock sont un peu aux antipodes l'un de l'autre. Alors je préfère rester discret et aider Myc dans le secret. Il a d'autres problèmes à gérer.

— Bien entendu qu'il doit continuer à se battre. Le tout est de voir combien de temps cela va prendre, attesta Alice avant de s'asseoir tout simplement sur la valise de Sherlock.

John éclata de rire devant la désinvolture de la rousse incendiaire. Mais ceci lui rappelait trop une certaine Merry qui aurait réagi exactement de la même manière.

— Oh John! s'écria Imogen avant d'aller prendre dans ses bras l'oméga singulier aux émotions contradictoires.

*xXx*

Sherlock analysait les faits et gestes de Gregory Lestrade et d'Aden Banaart. Ce dernier avait finalement réussi l'exploit de redonner confiance au nouveau pion du gouvernement américain de Mycroft Holmes. Le nouveau président prenait son rôle à coeur, jusqu'à proposer des réformes insensées mais pleines de bonnes volontés. Aden, rejoint par Ethan et Sally, avait tenté de le dissuader de proposer au nouvel Interpol de s'implanter sur le sol de Washington. Au final, le siège de la police internationale à présent en partie dirigée par Mycroft Holmes avait été installé à Lausanne en Suisse.

Inquiet pour les Etats-Unis, pour la contre-enquête encore en cours sur les circonstances réelles de la mort de ses parents et de Merry après les révélations de Bai Long. Il ne porte que rarement des vêtements de couleurs et coupes sobres. Il s'apprête à retrouver le sérieux. Il sait reconnaître les priorités malgré ce qu'on en pense du personnage. Il est fatigué, tombe de sommeil mais essaye de tenir. Dès notre décollage, il s'endormira. Un bêta lui a proposé de boire un verre et plus si affinités mais il a refusé. Il pense encore à Merry comme le grand amour de sa vie et à Mycroft comme amant et époux privilégié. Supprimer. Supprimer l'image d'Aden et de Mycroft ensemble. Supprimer... Lestrade est frustré, énervé. Il fait des cents pas inutiles depuis une heure. Ses bagages sont encore plus économiques que les dernières fois. Il a arrêté de se raser sauf incidence diplomatique et d'affaires majeures. Il regrette ce qu'il a dit à Mycroft. Trois miettes de pain sur le coin de la bouche, des cernes profondes, une grande tache de café sur la manche droite de sa chemise Gap. Ses souliers Alexander McQueen viennent d'être changés. Toujours le même modèle. Donc les finances vont mieux mais il déteste autant l'apparence extérieure. Surtout depuis sa dispute avec Mycroft. Il évite de me regarder droit dans les yeux. Normal, je suis l'alpha désigné des Holmes. Ce sont les instincts et traditions qui expliquent cette réaction en grande partie. Le fait qu'il se sent seul est symptomatique d'un sentiment d'abandon et de perte de repères. Heureusement qu'il chausse du quarante-quatre sinon il serait davantage frustré. Les chaussures sont un accessoire essentiel à l'homme...

— Et si vous venez m'aider au lieux de me regarder travailler sans rien dire? Nous n'avons pas dix heures devant nous. Il nous faut attraper un vol privé en direction de Londres et on entrera en terrain ennemi à partir de là, cria Aden à Lestrade et Sherlock.

L'ex DI du Met leva brièvement les yeux et esquissa un sourire gêné.

— Va te changer Greg, faut pas qu'on te voit habillé comme un membre des Black Keys égaré, ajouta le milliardaire en enlevant le haut de sa chemise à carreaux, la laissant tomber au sol. Attrapant un simple t-shirt en lin beige, il s'empressa de jeter un sac en direction d'un Gregory Lestrade étonné.

Ce dernier attrapa le sac au vol et découvrit dépité quelques chemises et t-shirt vieillis par le temps.

— Raf me les envoyé du Royaume-Uni. Il a dégoté une jolie panoplie dans les Oxfam à dispositions. Ne sois pas triste, nous sommes tous dans le même pétrin, Sherlock y compris. Surtout Sherlock, n'est-ce pas?

Sherlock grimaça. Aden lui lança un clin d'oeil et un autre sac. L'A Alpha se pinça les lèvres et fouilla avec dégoût le contenu. Il en ressortit quelques vêtements bien usés et un kit pour cheveux.

— Je ne vais pas appliquer cette... Horreur sur mes cheveux, maugréa-t-il en tenant la boîte de teinture du bout des doigts.

— Ne fais pas ton Mycroft. Je suis certain que la rousseur t'ira à ravir. Et n'oublie pas les ciseaux. Certaines personnes se feront un plaisir de te voir avec une nouvelle coupe... Je suis sérieux Sherlock. On doit rester incognito. Ce ne sont pas que ton frère et cette satanée de Kalyn qu'on doit laisser dans l'ombre, mais également toute la Roseraie et le Circus. Alors aide-nous s'il te plaît. Au moins, tu ne finis pas chauve!

Sur ces derniers mots, Aden sortit une tondeuse d'une trousse de toilette. Il l'alluma et se mordit la lèvre une dernière fois. Avec un courage inouïe et sous les regards horrifiés de Sherlock et de Greg, l'A Bêta se rasa le crâne.

— Oh mon dieu! cria Gregory qui découvrit en même temps un kit de teinture. Au moins il ne finirait ni chauve, ni roux, juste brun.

— Nous ne pouvons pas laisser la Roseraie continuer sa route sans obstacles malgré les indications de mon frère, avoua enfin Sherlock.

— Bien dit! répondit de vive voix Aden qui s'était posté devant un miroir, recouvert d'une cascade de mèches blondes.

Le téléphone retentit à ce moment précis.

— Lestrade, j'écoute, décrocha immédiatement l'ex DI.

Sherlock se tourna vers Gregory et l'observa s'installer sur un fauteuil du salon privé d'Aden, en pleine discussion animée.

— Ok... Parfaitement. Je suis ravi de cette nouvelle. Dis-moi, qui est au courant? Ah! Tout le monde alors... Et... Oui, bien entendu. Il sera toujours le premier à l'apprendre. Merci Minerva, dit-il avant de raccrocher.

Un sourire éclatant avait laissé place à l'expression morose qu'il portait depuis sa rupture avec Mycroft Holmes. Il se leva rapidement et enfouit les mains dans les poches de son jean, le dos droit, conquérant. Sherlock se surprit à esquisser un rictus moqueur non moins déplaisant, soulagé de voir son ami revenir dans le monde des vivants.

— Minerva a réussi à faire virer Dimitrov du Circus. C'est une nouvelle absolument extraordinaire! s'exclama-t-il avant d'éclater de rire.

Les deux autres hommes l'imitèrent, accessoires pour cheveux et valises à moitié faites oubliées.

*xXx*

Chine, Shanghai

12 mars

Jour 88

Kalyn Keller et Alice Imogen sortirent de la pièce, laissant Mycroft Holmes se reposer après des heures passées au téléphone avec Minerva du Circus.

Dimitrov chassé du Circus était devenu en l'espace de quelques appels le dernier sujet à la mode au sein de la SSA.

— Anna Ulanov et Minerva pensent préparer une série de reportages médiatiques sur les recherches effectuées par le Circus afin de décrédibiliser l'ancienne organisation aux yeux de la population générale, exposa Kalyn en refermant la porte derrière elle.

— Elle compte asseoir sa légitimité au Circus. Mais l'organisation risque de pas mal souffrir.

— C'était cela en échange de tout le pouvoir. Désormais, Minerva est seule maîtresse à bord, à condition bien entendu qu'elle demeure sous une tutelle légère de Mycroft.

— Il n'a vraiment pas changé...

Kalyn nia d'un geste de la tête. Elle avait attaché sa courte chevelure en une mini couette mi-défaite, laissant s'échapper quelques mèches rebelles encadrant son visage. Elle remonta son jean et enleva quelques grains de poussières invisibles de sa veste Stella McCartney.

— Et qu'en pense John? demanda Kalyn à la rousse.

— Il est davantage préoccupé par Mycroft que par le Circus et Dimitrov. Même s'il le déteste. Normal après ce qui s'était passé l'an dernier.

— J'ai encore du mal à croire que Greg et lui ont définitivement mis un terme à leur... relation, souffla la B Alpha.

Alice haussa les épaules, levant un pan de son t-shirt Snidel. Elle tenait sa jupe longue fermement dans une main, l'empêchant de balayer le sol sali par les pas incessants des différents habitants de l'appartement. A quatre, il était moins évident de vivre dans des pièces en état immaculé.

— Myc a toujours le don de rendre sa vie personnelle compliquée, commenta doucement Alice avant d'aller s'installer dans un fauteuil. Elle replia les jambes sur elle-même et se frotta les yeux.

— Depuis la débâcle de sa relation avec Maddison, il n'a plus été vraiment capable de se laisser aller avec ses autres amants...

— Tout est différent cette fois-ci, K.

— On verra avec le temps. Dis, que dirais-tu de déménager chez moi à Pudong? Je sais que le centre ville de Shanghai est plaisant, mais nous sommes vraiment trop à l'étroit ici. Myc compte sans doute installer une sorte de QG le temps de traverser les quelques mois que durera sa gestation.

— Bonne idée! répondit la rousse en baillant bruyamment.

*xXx*

Royaume-Uni, Londres

12 mars

Jour 88

Raf Sullivan ouvrit la porte de son appartement londonien de fortune et accueillit chaleureusement les trois hommes qu'il allait rapidement aider à devenir inconnus.

Aden Banaart entra en premier, laissant tomber une lourde valise sur-mesure Louis Vuitton au sol, dans un bruit lourd. Greg et Sherlock le suivaient de près. Le premier leva les yeux aux cieux en guise de réaction à la brutalité d'Aden avant de prendre fermement le B Bêta dans ses bras, ravi de revoir le jeune homme qu'il avait aidé quelques mois de cela.

— Content de te revoir Greg! Alors cette escapade? Vous prévoyez de rendre fous papy Bai Long et Mycroft? salua joyeusement Raf en pressant l'épaule d'un Sherlock boudeur et les aider à se débarrasser de leurs baggages.

— Disons que nous comptons les surprendre plutôt! Et ce centre de recherche? demanda aussitôt Greg en poussant un Sherlock aux bras croisés et mine renfrognée vers le salon.

— Pas de souci, mais j'ai du mal à m'y faire à l'Europe. Tout est si... petit et bondé ici! Et le temps... Mais ce n'est pas l'urgence. J'ai entendu dire que Dimitrov s'est fat virer du Circus, est-ce vrai? s'enquit en retour le jeune métisse, avide d'informations.

Sherlock se jeta sur le canapé de toute sa longueur et déboutonna sa veste. Il jeta ses souliers cirés contre le mur à l'aide des pieds sous les regards désolés d'Aden chauve et de Greg.

— Il a orchestré son départ du Circus, c'est évident. Minerva est bien trop idiote pour arriver à le détrôner. Nous découvrirons la raison réelle lorsqu'on comprendra enfin les véritables intentions de la Roseraie. C'est pour cela que nous sommes ici, Sullivan. Et maintenant, arrêtez de réfléchir. Londres n'a pas besoin de s'abrutir davantage, rumina Sherlock en croisant les bras derrière la tête.

Aden lui jeta une de ses baskets Jeremy Scott pour Adidas au visage avant d'aller chercher à boire.

— Sherlock! crièrent en choeur Greg et Raf.

L'A Alpha les ignora pour le contenu de sa valise. Il courut rapidement vers la cuisine pour revenir avec une machine à tatouer inédite sous les regards horrifiés de Greg et les fous rires de Raf.

— Allons-y. Nous devons changer d'apparence et de noms, dit-il.

— J'ai tout préparé. Voici vos nouveaux papiers... Et aussi quelques vêtements que j'ai trouvé à Oxfam en plus de ce que vous avez déjà... et je suis bon en dessin, croyez-moi! jeta Raf en prenant possession de l'étrange machine. Il fit un clin d'oeil à Aden qui palissait à vue d'oeil.

— Heu... Greg se gratta l'arrière du crâne et déguerpit aussi vite qu'il le put dans une chambre isolée.

— Ce n'est pas définitif. L'encre à base d'ingrédients végétaux est préparée à disparaître après un certain lapse de temps. Du coup, pas de risque de se retrouver tatoué comme dans Very Bad Trip! Allez Aden, un peu de courage, hein? expliqua un Raf hilare aux deux autres hommes restant dans le salon.

— Merde! cria Aden.

Sherlock leva les bras en l'air, victorieux de n'avoir subit qu'une teinture rousse.

— Ce n'est pas tout! Sherlock, les douanes britanniques te connaissent peut-être sous le nom d'Albert Peterson, mais tout le reste de la SSA également. Alors si tu veux devenir Stanley Kuberk et non pas Kubrick, hein...? Je te conseille d'aller chercher la paire de ciseaux dans la cuisine. Tu en auras besoin. ET GREG! JE NE T'AI PAS OUBLIÉ! cria Raf en attrapant Aden qui tentait de se dérober du pistolet à tatouer.