— Vingt-et-un —

Chine, Shanghai

10 mai

Jour 147

Sa bouche rouge sang trempait dans un verre de vin bordeaux, dégustant un bouquet à la fois puissant et épuré. Elle cligna des yeux, chassant un début de fatigue avant de les reposer sur son ami assis en face d'elle.

Il était minuit passé et John ainsi qu'Alice dormaient déjà.

Mycroft Holmes et Kalyn Keller demeuraient encore éveillés, le travail bien entamé mais loin d'être terminé.

Elle croisa ses jambes bronzées par le soleil de Shanghai, escarpins Louboutin pointés vers l'A Oméga. Ce dernier se reposait la tête sur une main, son éternel verre de jus de fruit tombant dans l'autre. Il se prélassait quelques minutes, rassuré de se retrouver enfin noyé dans les senteurs familières de la B Alpha substitue.

Kalyn le regardait avec une affection fraternelle, n'osant pas le déranger dans ses pensées. Ces derniers temps, elle les passait bien trop longtemps au bureau, laissant Mycroft, John et Alice seuls à Shanghai. Pas d'Alphas dans les parages, à l'exception de la petite Chiara encore trop jeune pour marquer son territoire.

— Tu es taillée pour mettre du Vivienne Westwood, murmura Mycroft en s'étirant avec panache, ventre arrondi bien visible.

Inspectant la tenure de son décolleté, Kalyn se repositionna dans son fauteuil.

— Merci, Myc.

Il la fixait avec bienveillance, plongé dans la pénombre de la nuit, profitant d'un moment de calme bienvenu pour se retrouver entre eux. Amis de longue date, frère et soeur de coeur.

Elle se leva pour aller s'installer auprès de l'homme qu'elle admirait et aimait d'une amitié sincère et lui caressa tendrement l'épaule.

— Ça me rappelle nos soirées à quatre, se remémora-t-elle.

Holme lui prit la main et la baisa tendrement.

— Oui, Kalyn... Oui.

Elle inspira profondément, se retenant de sombrer dans des pensées noires. Ce n'était ni le moment, ni l'occasion.

— Will aurait été assis dans le fauteuil beige, un pull noué autour du cou. Merry lui aurait demandé d'arrêter de faire comme les aficionados des Hamptons, avec leurs polos et habitudes de WASP riches. Il aurait haussé les épaules avant de la prendre dans ses bras tout en retirant son pull...

— Tu aurais eu des cheveux plus longs et pas de robe aussi dévastatrice, la coupa Mycroft un rictus sur les lèvres.

— Et toi, tu ne serais pas en cloque de trois mois. Et tu n'aurais pas cette horreur sur les épaules.

— Ma chère, cette horreur comme tu l'appelles, a été ramenée par John de Hong Kong. Il a été assez compatissant pour me donner des vêtements normaux et pas les tenues traditionnelles pour omégas mâles de Bai Long.

— Ça appartient à Greg.

Le regard interloqué de Mycroft en disait long sur son ignorance de la situation.

— La biologie des omégas en gestation est finalement sans surprise. Tout ce que tu mets a déjà été porté au moins une fois par Greg.

Mycroft se massa les tempes.

— Tu ne pouvais pas le savoir. Greg a collectionné les styles avant de trouver son truc... Hmm... rockeur sexy... Plutôt bien joué de sa part. C'est mieux que de ressembler à un City Boy cloné.

Kalyn se revoyait la première fois qu'elle l'avait vu dans ce qu'elle appelait la version finale de Gregory Lestrade post-entrée dans la SSA. L'ex DI avait changé une ribambelle de gardes robes avant de trouver son style définitif: chemise simple, jeans, boots et veste en cuir. Parfois, il choisissait un bermuda, d'autres fois, il s'essayait aux t-shirt basiques ou bien estampillés de noms de groupes de rock. C'était finalement un style qu'il s'était choisi par lui-même, sans l'intervention de quiconque. Il était à présent un fidèle de McQueen, Saint Laurent et Levi's. Pour le mieux ou pour le pire, les goûts des autres ne se discutaient pas. Mais tout le monde était d'accord sur le degré de sexyness de l'A Alpha.

C'était là qu'elle reconnaissait le talent de thérapeute de John Watson. Ce dernier avait emmené dans ses valises une quantité innombrables de tenues ayant appartenues à Greg et qu'il n'appréciait pas pour autant. Par conséquent, Mycroft pouvait respirer les hormones apaisantes du père de son enfant sans panique et dans une totale ignorance bienvenue.

Malheureusement, elle venait de lui avouer la mascarade. Elle pencha la tête sur côté, amusée de la réaction plutôt surprenante de l'A Oméga. Il n'avait rien enlevé, rien reniflé. Il était juste bouche bée, yeux écarquillés.

— C'est pour cela que je te le demande une énième fois, au risque de paraître bien ennuyante... Myc, il faut que tu lui parles de l'enfant.

La question sembla lui faire reprendre l'esprit. Toujours aussi amusée, elle le vit redevenir de glace avant que la surprise ne fit place à une expression implacable.

— Kalyn. C'est un sujet clos.

Elle leva les yeux au ciel, désespérée d'entendre toujours et encore la même rengaine. L'aîné Holmes pouvait être aussi têtu que son frère et Bai Long réunis quand il le voulait.

— Tout le monde sait bien que vous vous aimez tous les deux. Franchement, on commence tous à en avoir marre de vos sautes d'humeur...

Elle soupira longuement, s'affalant dans son fauteuil. Mycroft fixait un point invisible devant lui. Le silence reprit son plein droit.

— C'est que, Myc... On ne te reconnait plus. Je ne t'ai jamais vu te comporter ainsi ni avec Will, ni Aden, ni... Maddy, souffla-t-elle après quelques longues minutes.

Kalyn lui prit la main. Elle referma les yeux. Elle embrassa son poignet.

— Il est vrai que je ne peux pas vraiment me mettre à ta place. J'ai toujours pensé que seule Merry... Seule Daiyu comptait autant pour toi. On a tous les deux eu nos moments de faiblesse. Je pensais que c'était Merry... Tout pointait Merry. Mais peut-être que finalement c'est Greg... murmura-t-elle.

Il continuait de l'ignorer.

— Je pensais que tu l'aimais comme Will ou même Aden... Je me suis donc encore trompée... hein?

Elle se détourna de lui, l'imitant instinctivement.

— Je ne pensais pas que tes sentiments pour Greg étaient si forts. Tu en as de la chance. J'espère seulement que tu en as conscience.

Enfin, il daigna la regarder.

— Myc, rien n'est impossible. Il attend juste que tu lui parles avec franchise. D'un côté, je peux le comprendre. Personne n'aime être baladé de la sorte.

Il se détourna une nouvelle fois.

— Bon, je sais que je ne suis pas un exemple de sincérité non plus. Comme les autres d'ailleurs... On est peut-être resté trop longtemps dans le sillage de Bai Long... Qui sait? Mais tu pourrais changer la tendance. Tu mérites le bonheur tout comme Greg.

Cela ne ressemblait pas à une alpha de parler d'affaires de coeur. Kalyn Keller n'était plus Anthea et rien à présent ne lui empêchait de converser avec la liberté dont elle jouissait enfin. Elle se retint néanmoins de lui encercler les épaules, connaissant les manies de son ami timide. Car Mycroft Holmes était finalement resté le même après tant d'années. Il s'était juste muré derrière une armure de glace éternelle, du moins, presque.

— Tu vas sans doute me parler de Fil... Il est vrai que je n'ai pas été très correcte avec lui, Sacha et tout le reste. Mais je n'ai jamais caché mes sentiments pour Merry. Je regrette d'avoir été une idiote finie à l'époque. Je n'ai pas envie que tu vives la même chose avec Greg... Finalement, nous sommes bien débutants avec ces histoires...

Elle fronça les sourcils, surprise par les dernières paroles qu'elle venait de débiter sans réfléchir. Si elle continuait sur cette voie, elle deviendrait bientôt oméga. Les présences perpétuelles de John et Alice l'avaient profondément remuées ces derniers temps.

— ...

Elle se raidit.

— Nous avons tous un lourd bagage d'expériences ratées, prononça enfin Mycroft.

Il lui prit les mains en retour et les pressa timidement.

— Dans une autre vie, j'aurais sans doute mis de côté mes... réticences et entrepris de construire quelque chose de durable avec Gregory. Ce n'est malheureusement pas mes intentions actuelles. Nous avons choisi en pleine connaissance de cause une existence différente.

— Tout est une affaire de volonté alors.

— Peut-être bien que oui. Mais cela, je ne saurais te l'expliquer. Car moi-même en suis complètement ignare. Je considère avoir bien réussi ma vie. Elle est loin d'être parfaite et idéale, mais j'aurais quand même contribué à rendre quelques personnes heureuses, aussi peu nombreuses soient-elles.

— Tu as fait bien plus que...

— Non. Eviter quelques désastres? Certainement. Rendre le monde meilleur? Aucunement.

Ils étaient si ridicules à se dévoiler autant... Kalyn se déroba du regard insaisissable de l'A Oméga.

— Nous avons été formalisés par le temps et nos expériences d'un monde tout simplement étroit. Il n'existe pas de fatalité.

— Mais la résignation, si, répondit-elle.

— Ce qui est bien triste, Kalyn.

Sur ces derniers mots, Mycroft se leva pour s'en aller une énième fois. Elle se prit la tête entre les mains, comprenant de moins en moins ce qui leur arrivait à tous deux. Tout était si simple avant. Mais depuis quelques temps... Il lui semblait vivre dans un monde irréel. Certes, ils travaillaient toujours autant, se satisfaisaient de leurs réussites croissantes.

Quelque chose manquait.

Et elle venait d'apprendre par la bouche et le comportement de Mycroft qu'il vivait exactement la même chose.

*xXx*

Etats-Unis, New-York

10 mai

Jour 147

Anna Ulanov portait une de ses nombreuses robes Red Valentino, ballerines Pretty Ballerina aux pieds, sac à main Mulberry, chouchou attachant ses longues boucles blondes platines. Elle devait changer d'habitude et recommencer à porter quelques centimètres de soutien pour ses pauvres talons écrasés. Heureusement qu'elle ne se tenait debout que quelques minutes par jour. Le fauteuil roulant assorti à ses tenues lui était devenu une seconde maison. Elle riait encore de sa chance d'avoir échappé à une existence de légume vivant.

Son esprit lui jouait encore des tours. Entre sentimentalisme exalté et morosité inquiétante, Anna virevoltait avec inquiétude, se demandait comment elle pourrait reprendre toutes ses fonctions.

Parce qu'avec la séries d'erreurs d'inattention et d'égo qu'elle venait de commettre malgré un retour en fanfare, Bai Long avait décidé de lui apposer deux assistants à plein temps. L'un d'entre eux la jugeait sévèrement du regard, peu fier de se retrouver sous les ordres d'une jeune femme jolie et presque trop maigre pour tenir en laisse tous les médias occidentaux.

Sauf que c'était encore une des choses qu'elle faisait à peu près correctement, une fois la joie de se retrouver en vie et toujours vive d'esprit passés.

Elle secoua la tête, toujours surprise par la vivacité de ses élans sentimentaux, induits par la non consommation de traitements anti-chaleurs. Ulanov avait été définitivement guérie de son addiction aux substances jusqu'à encore récemment illicites pour omégas grâce à quelques mois passés dans un coma devenu rêve incroyable.

Et elle se pencha une nouvelle fois sur l'homme qu'elle avait réapprit à connaître et à aimer, agenouillé en plein centre de Times Square, grand sourire inquiet sur les lèvres. La précieuse boîte à bague brillait de tous les feux malgré sa finesse et discrétion très Tiffany's.

— Veux-tu bien m'épouser?

Elle ressassa une nouvelle fois la question, écarquillant progressivement les yeux.

Une bouffée de chaleur, un sentiment de peur inexplicable couplé à une étrange exhaltation... mystique? Elle trembla et finalement, tomba à terre, face à Paul Dimmock tremblant de peur.

Anna l'embrassa, attrapant la bague et la fourrant dans la poche pour l'oublier au loin.

Parce que ce qui comptait finalement n'était pas l'objet, mais bien la symbolique derrière.

Paul la comprenait, la connaissait, l'aimait. Cela lui suffisait. C'était de même pour elle.

— Oui, oui... murmura-t-elle avant de se faire enlever dans les cieux par les bras solides de son bêta adoré.

— Je t'aime.

— Et moi je t'aime, idiot! s'exclama-t-elle en riant.

Même l'assistant blasé ne put contenir une larme... Avant de se faire jeter dans un côté par une Sally Donovan, un Ethan, Raf et même Pierre de Mondres surexcités.

Seule Pr. Sam Harrington les épiait dans un calme médical surentraîné, bras croisé et sourire ému aux lèvres.

*xXx*

Chine, Shanghai

11 mai

Jour 148

John Watson et Alice Imogen encore endormis et en pyjama découvraient avec terreur que tous les plans de Greg, Sherlock et Aden avaient été dévoilés. Ils étaient debout dans le salon éclairé d'une lumière tamisée, la nuit bien tombée.

— Vous avez réussi à nous dissimuler pendant deux mois les faits et gestes réels des trois abrutis en Thaïlande, remarqua froidement Kalyn Keller debout auprès d'un Mycroft Holmes bien trop en colère pour réagir avec décence.

— Nous... commença Alice en se mordillant les lèvres.

John lui pressa la main en guise de soutien. Ils étaient en tort. Les retombées s'annonçaient mauvaises.

— Allons-y, Myc. Nous n'avons pas de temps à perdre, la coupa sèchement Kalyn en claquant la porte derrière elle.

John osa jeter un coup d'oeil à sa droite. Alice tremblait encore. C'était la première fois qu'il les voyaient si furieux.

Mycroft laissa échapper un soupir de soulagement à la surprise générale.

— Vous pensez faire bien. Je ne vous en veux pas. Restez-ici le temps que l'on revienne. Si nous ne sommes pas de retour avant dix jours, veuillez en informer la sécurité personnelle d'Aden Banaart. Il ne faut pas que Bai Long apprenne cela. Qui est au courant? dit Mycroft dans un ton qui se voulait rassurant.

— Alice, Raf, moi, la sécurité d'Aden et quelques-uns de ses assistants personnels. Je pense que Diesbach est désormais au courant puisque ce sont ses satellites qui ont intercepté les images, avoua à mi-voix le médecin oméga.

— C'est Sacha qui m'en a fait part. Et Diesbach était avec elle. Merci John. Maintenant, je compte sur toi pour éviter que cela s'ébruite davantage. Tu connais les risques.

Le B Oméga acquiesça d'un signe de la tête presque militaire.

*xXx*

Etats-Unis, Chicago banlieue,

20 Février 19XX

Il la regardait voguer entre les squats impopulaires, presque comme une habituée toujours habitante du quartier. Elle était belle à en mourir, suppliant de ses yeux bleus ciel la clémence des gens normaux et la sympathie de ses anciens confrères de rue. Sa jupe expressément défaite pour leur mission étouffait le bruit de ses pas précipités, choquant le bitume jonché de détritus.

Et lui, il la suivait, haggard dans son ignorance d'une société qu'il n'avait jamais connu, vu même si ce n'était au travers de témoignages et articles de journaux.

Ils passaient entre deux tentes de fortune. Elle s'arrêta soudain, se pencha vers l'homme ivre allongé à terre.

Hé Eddy! Dis-moi où est Chris, s'te plaît, dit-elle en lui secouant l'épaule.

Elle avait repris son accent provincial d'américaine adolescente larguée dans la pauvreté et la misère des pays développés. Il admirait sa poigne, la véracité de son regard, l'absence de pitié. Elle connaissait tout ceci. Elle y avait vécu dans les heures certes sombres mais néanmoins heureuses de sa vie.

Ha! K... Kalyn? s'écria avec difficulté le vieil homme en se relevant.

Kalyn s'était déjà agenouillé à ses côtés et l'aida à se remettre debout, pleine de sincérité affective pour le vieillard qu'il devinait être important pour elle.

Oui, c'est moi, Eddy. Ça va bien le dos? J't'avais dit de ne plus boire! le sermonna-t-elle en riant, naïve dans son t-shirt écorché de Queen et sa jupe volante. Ses cheveux étaient à demi-noués.

Mycroft n'arrivait plus à la quitter des yeux.

C'ki ce gamin? lança Eddy une fois bien éveillé.

Il regardait l'A Oméga avec curiosité.

Viens pas d'chez nous lui. Tu l'as ramassé où? continua Eddy en le désignant du menton.

Kalyn rit une nouvelle fois.

C'est Mike. Gentil.

Mouais... Plutôt maigrichon et pas d'ici. T'es muet gamin?

Mycroft ne savait pas quoi répondre.

Non, monsieur.

Mon dieu! L'est pas de chez nous... Gosse de riche perdu, hein?

Mycroft se retint de gémir. Il avait oublié d'agir en agent. Erreur monstrueuse de débutant.

C'est qu'il est un peu dérangé. Il lit des livres à longueur de journée. Il vit dans son monde... s'empressa de rectifier Kalyn en lui attrapant le bras.

Ah... Y'en a pas mal des dérangés ici. Tom a accouché. C'est une fille.

C'est génial!

Pas de chance pour lui. Il doit la garder alors adieu rêve de s'marier avec un riche alpha ou bêta. T'as pas de chance Kalyn. T'es si jolie. Mais Alpha... Pas de chance...

Eddy continua à maugréer la même chose avant de fixer une nouvelle fois Mycroft.

Oméga lui?

Oui Eddy, répondit la jeune fille de dix-sept ans.

Faut que tu l'aides à sortir de sa tête. L'est encore jeune. Il peut se trouver un alpha ou bêta avec sa jolie tête... Chuis trop vieux.

Mycroft avait compris qu'Eddy était lui-même un oméga.

Si tu l'aides... Y'a une p'tite nouvelle là-bas. Elle a fugué. C'est c'qu'elle dit. J'crois pas un mot mais c'est une oméga. Quinze ans.

Où est Chris?

Dans la merde. Me mêle pas de ça. Et vous deux aussi. C'est dangereux. Allez voir la fille là-bas.

Il désigna une allée de tentes et baraques de fortune. Kalyn l'enlaça en réponse, lui glissant quelques billets dans la main.

Bois pas trop! Sinon je dis tout à Mama Paula, lui cria-t-elle en emmenant Mycroft avec elle.

Il leva les yeux au ciel. Mycroft le savait profondément ému par ses retrouvailles avec Kalyn.

C'est un bon gars. Il n'a pas eu de chance. Comme beaucoup d'omégas de familles pauvres bêtas. Ou alphas parfois... On est abandonné ou on se perd et on se retrouve à la rue. C'est dur, mais ok. Il y a pire... T'as oublié mes conseils? Faut pas faire une tête de gosse de riche, Myc!

Je ne suis pas habitué à... cela, maugréa-t-il en désignant leur environnement insalubre.

Elle rit une nouvelle fois, rejetant la tête en arrière.

Mouais, c'est un peu différent de Cambridge. Mais ils sont gentils, enfin pas tous. Eddy est cool, Paula géniale. Will se débrouille bien. Regarde-le, dit-elle en désignant un jeune homme barbu, William Rothschild.

Oui... On devrait aller voir la fille dont ils parlent. Elle est là-bas, dit simplement Mycroft.

Ils se dirigèrent tranquillement vers une tente rose. Elle était récemment plantée, plutôt propre.

Yo! T'es nouvelle? cria Kalyn devant la porte.

Mycroft estima que c'était leur manière à eux de sonner. Les tentes n'avaient pas de sonnettes et frapper un tissu ne faisait pas de bruit.

Un bruit, un froissement de tissus, le son d'un zip et une tête rousse en sortit.

Vous êtes? demanda la jeune rousse dans un accent est-américain.

T'es pas vraiment du coin toi. Orpheline? demanda en retour Kalyn.

La jeune fille acquiesça.

Pas d'autres familles?

Ils ne peuvent pas m'aider. J'ai un cousin, il est sympa. Mais sa famille est pauvre et il doit bosser pour ses études. J'peux pas aller vivre avec lui. Alors voilà, fit-elle d'une voix fluette.

Et les services sociaux? intervint soudain Mycroft.

La rousse secoua la tête.

Je suis A Oméga. Ils pensent que je me trouverais vite un alpha. Voilà.

Le monde était injuste, il le savait. Mais à ce niveau...

Ton nom? demanda Kalyn.

La rousse sortit de sa tente. Elle était de taille moyenne, fine mais pas trop. Yeux verts, jolie, A Oméga pour sûre. Il les reconnaissait si vite.

Alice. Alice Imogen.

Moi c'est Kalyn, et lui, Mike. Il y a Will là-bas. On cherche Chris. Tu le connais?

Alice s'empressa d'acquiescer.

Je vous y emmène. Attendez-moi une seconde.

Elle rentra dans sa tente, non sans avoir laissé entrevoir un intérieur sobre et bien rangé. Une pile de livres anciens demeuraient dans un coin, bien rangés.

Kalyn et Mycroft se regardèrent. Ce n'était pas une jeune fille de quinze ans américaine qui pouvait lire du Rabelais en français. La B Alpha entra rapidement dans la tente, surprenant la jeune Alice. Elle inspecta la pile de livres.

Tu n'es pas américaine? demanda-t-elle en désignant quelques ouvrages en français et allemand.

Alice s'était recroquevillée dans un coin. Baissant du regard, elle marmonna:

Je suis née en France, ma mère était allemande. Mes parents étaient artistes-peintres.

Mycroft Holmes, intervint soudain l'A Oméga en s'engouffrant dans la tente.

L'espace manquait horriblement.

Je suis A Oméga, comme toi, avoua-t-il à Alice.

Cette dernière releva le regard, surprise par son accent brittanique.

On recherche Chris. Il peut nous mener à un gang de prostitution forcée d'omégas, continua-t-il en français cette fois-ci.

Alice était bouche bée.

Nous travaillons à mi-temps pour aider la police locale. Si tu nous aides, on peut t'aider en retour. A condition de garder tout secret, reprit-il cette fois-ci en allemand.

Kalyn lui sourit.

Nous sommes tous les deux étudiants, ajouta Kalyn en anglais.

Alice hocha la tête.

J'étais comme toi il y a encore quelques mois. Je voulais devenir danseuse. C'était dur. Et un jour, j'ai rencontré Myc et Will. Depuis, je suis repartie à l'école et je les aide de temps en temps.

Tu parles combien de langues?

Anglais, français, allemand et espagnol, répondit Alice.

Avant tout... ça, tu allais à l'école?

Oui, au lycée. J'ai sauté deux classes. Puis j'ai laissé tomber. C'était... ennuyant.

Il voyait Sherlock en elle. La ressemblance en était troublante. Mais elle était si calme, posée, mature pour son âge.

Dis-moi... Si tu étais avec des gens comme toi, reprendrais-tu le lycée?

Je l'ignore. Comment peut-on savoir ce qui n'est pas à notre porté? Je ne suis pas contre le lycée en tant qu'institution. Je ne suis pas faite pour rentrer dans le moule. Alors autant lire Shakespeare en allemand puis anglais dans une tente. Il est beaucoup plus drôle d'étudier les différences de cette façon que d'écouter un cours plagié de bouquins ennuyants, non?

Mycroft éclata de rire. Il n'avait jamais pensé entendre de la bouche d'une jeune sans-abris oméga des mots aussi assassins.

L'esprit allemand est très différent de celui des anglais, dit-il.

Peut-être bien que oui. Mais je ne connais pas d'allemands à part ma mère et moi-même pour cinquante pour cent. Alors je me base sur moi-même et elle. Mon étude est donc impropre à la publication.

Et si on te propose de découvrir tout cela?

En échange de quoi?

Rien, juste ton esprit pétillant. On a parfois besoin d'avis divergents. Les disputes sont bonnes pour notre égo et moral. Un de plus dans l'assemblée ne fait pas de mal.

Ok. Mais je veux avoir accès à ce truc appelé Internet. Il parait que c'est génial.

Tu pourras avoir un ordinateur. J'en ai moi-même un.

Cool... T'es bien pas d'ici alors, non?

Non.

Anglais?

Britannique.

Vingt-ans?

Sur les vingt-deux.

Etudes?

Cambridge et Oxford. Je suis auditeur libre à Harvard.

Ok. Et toi?

Oui? répondit Kalyn, amusée.

Âge?

Dix-sept.

Langues?

Anglais, français en apprentissage. Mandarin aussi.

B Alpha?

Oui.

Vous êtes ensemble?

Oh que non! Tu es bien curieuse.

Je m'en doutais. T'es comme sa soeur. C'est drôle. Et études?

Je prends des cours par correspondance. J'espère entrer dans une université bientôt.

Danse?

Toujours mais j'ai trouvé mieux.

Et ce Will?

Un ami.

Dynamique?

Bêta.

Anglais aussi?

Américain.

Âge?

Vingt-trois.

Etudes?

Harvard.

Vous êtes riches donc... Mais pas toi, Kalyn.

Tu as bien vu.

Tu es jolie. Et toi, tu es mignon, très oméga.

Toi aussi, reprit Mycroft tout aussi amusé.

Pas de bol, hein?

Ha! Je te comprends ici.

Les bêtas et alphas ne peuvent pas savoir.

Non.

C'est mieux que d'être alpha-oméga, non?... Je sais pas.

Oh que oui.

Ils existent donc.

Une de mes plus proches amies est alpha-oméga.

Cool.

Elle les observa tour à tour avant de finalement hausser les épaules.

Je vous suis! Chris est bizarre de toute façon. Si on peut aider des gens...

*xXx*

Chine, Shanghai

11 mai

Jour 148

Mycroft Holmes reprit ses esprits pour retomber sur le regard inquiet d'Alice Imogen.

Il venait de revenir dans le présent. Alice, la jeune fille orpheline de quinze-ans métamorphosée en une grand liane tatouée le long de la jambe, boucles rousses sauvages plaquées sur le côté, était inquiète. Ils étaient seuls dans le salon.

— Je suis désolée, Myc, murmura-t-elle.

Son regard n'avait pas changé, juste affirmé, mûri.

— Je ne pensais pas que vous ferez cela. Alice, si Phil est là-bas, c'est qu'il y a bien une raison... Je te savais plus raisonnable.

— Sherlock Holmes a fait des siennes. Je ne pouvais pas laisser Raf et John les aider sans rien faire. Ils avaient besoin de moi. Je savais que vous finirez par découvrir un jour. Mais pas aussi tôt... avoua Alice en s'affalant sur un des nombreux fauteuils de la pièce à vivre.

— On part demain matin les retrouver.

— Myc, tu n'es pas sérieux.

— Souviens-toi de la dernière fois.

La C Bêta demeurait sans voix.

— Une erreur de débutants...

— Qui a provoqué la mort de plusieurs de nos meilleurs agents et ta disparition déguisée en mort, Alice. Je ne veux pas avoir affaire à Bai Long, Elizabeth et à Diesbach une nouvelle fois, l'interrompit Mycroft.

Elle baissa le regard, joua avec un pan de son pyjama en coton.

— Ce qui est fait est fait. Cela ne sert à rien de regretter. Il faut prendre les devants et régler tout ceci au plus vite avant que cela ne tourne au drame. Ce que fait Fil est strictement secret. Je ne sais pas ce qui lui a pris de se dévoiler aux satellites de Diesbach...

— Avec qui vas-tu aller? Un médecin va t'accompagner?

— L'enfant n'a que trois mois. Ma gestation n'est pas encore à un stade critique. Notre mission est simple: retrouver Sherlock et les autres, les ramener sains et saufs. Kalyn m'accompagnera.

Il se massait lentement le ventre, témoignant de son inquiétude grandissante.

— Je vais régler les derniers détails. John te demandera sans doute de respecter certaines médications. J'espère que tu appliqueras ses conseils... Hm... Bonne nuit, Myc.

Elle se leva pour partir avant de se raviser.

— Faites attention à vous deux, dit-elle en embrassant son front.


Je suis désolée des délais à rallonge mais le boulot passe avant tout! ;) (Faire des journées de 12h ne m'autorise pas tellement à écrire autant que je le souhaiterais).

Mais vous avez quand même un petit? chapitre. Le prochain sera drôle. J'adore écrire Sherlock, Greg et Aden ensemble. On dirait qu'ils sont en colonies XP

Merci à vous et bonnes vacances pour les chanceux!