— Vingt-Cinq —

Thaïlande, siège de la Roseraie

1er juin

Jour 170

— Soyez calmes, on entre! chuchota Alice, désespérée par l'état de ses amis.

Kalyn avait coupé ses boucles, passant d'un carré mi-long à une chevelure de garçonne des années vingt. Mycroft la regardait avec mélancolie et nostalgie. Il avait toujours connu la B Alpha avec des cheveux longs.

On l'avait aspergé de parfums alphas et bêtas, seconde conséquence de l'explosion de rage de Kalyn causée par leurs changements de plans. Elle redoutait de le voir parmi tant d'alphas sauvages, lui, en gestation et si oméga avec ses traits fins et sa silhouette joliment arrondie. John et Alice ne lui en voulaient pas. Ils s'étaient eux-mêmes recouverts de parfums de synthèse.

Avec un peu de chance, ils ne resteraient que quelques heures dans cet enfer éveillé. Il leur suffisait juste de retrouver Gregory, Sherlock et Aden et les tirer de là. Heureusement qu'Alice leur avait donné des indications sur leur apparence physique changée. La présence de John était également bien utile. Le lien qu'il partageait avec Sherlock pourrait leur sauver la mise.

— Et dire que Sullivan était également au courant! Comment avez-vous pu tout nous dissimuler? maugréa Mycroft en se tenant le ventre.

Sa mauvaise humeur avait repris le dessus sur le calme fébrile d'un début de mission hautement risquée.

— Shh! On s'approche! siffla Alice.

Elle se colla contre une barrière abandonnée par les gardes et leur pointa l'entrée réservée aux mercenaires. Les autres l'imitèrent. Rapidement, Mycroft et Kalyn, excellents agents de terrain, examinèrent la situation.

— Ils sont nombreux. Bonne stratégie, Alice. Portent des uniformes similaires aux nôtres. Tous alphas quoique... Quelques omégas utilisent également cette entrée. Ah... Des... Prostitués et assimilés... Ils arrivent aisément à détourner l'attention... Peu de contrôle à l'entrée. Il semble que ces mercenaires ne soient pas au centre des préoccupations de la Roseraie. Grossière erreur, murmura Mycroft.

— Ils sont achetés par l'argent. Tant qu'ils seront payés, ils ne constitueront pas une menace.

— On pourrait utiliser cette armée à notre fin, suggéra John.

— La Roseraie dispose de moyens financiers presque illimités. Nous n'arrivons pas à leur cheville. Même en rassemblant les fortunes de Bai Long, Aden et la mienne, nous n'y arriveront pas. Contrôler l'économie souterraine vaut bien plus que celle des Etats-Unis et de l'Asie, répondit Kalyn.

— Toute l'Afrique est en leur possession, de même que l'Amérique du Sud et les pays non rangés à la cause de la SSA. De plus, quelques anciens partisans du Circus se sont tournés vers eux. Nous n'avons aucune chance. Et avec la Russie comme alliée principale... C'est perdu d'avance, ajouta Alice.

— Mais nous avons une force médiatique et une image positive, rétorqua John.

— Malheureusement, trop de dossiers sales encombrent les archives de la SSA et j'en suis l'un des principaux responsables, avoua Mycroft, le regard triste.

John lui pressa l'épaule.

— Allons-y! lança Alice en se levant.

Imitée par les trois autres comparses, elle s'engouffra dans la file d'attente, avec l'aisance d'un félin tout en discrétion. Suivit Kalyn, aussi silencieuse que redoutable. Sa chevelure coupée et ses senteurs épicées, très B Alpha, ne la rendaient que plus invisible. Pour une fois, être alpha ne constituait pas un spectacle mais la norme.

John souffla plusieurs fois avant de pousser Mycroft devant lui. Il resta à ses côtés, convaincu de l'importance de sa présence rassurante de beau-frère, médecin et B Oméga ayant déjà donné naissance à une enfant. L'A Oméga, certes affaibli par la gestation et troublé par les changements physiques qu'il connaissaient, demeurait impassible, à l'image de l'alpha qu'il était au yeux du grand public.

Sans complexes ni peur, les deux omégas mâles se fondirent dans la foule. John, ex-soldat, connaissait le milieu mercenaire pour l'avoir côtoyé maintes fois dans sa vie passée. Il connaissait par coeur leurs habitudes, leur sous-culture. Il jouait le rôle à la perfection, sans pour autant délaisser son humanité. La perfection ne pouvait qu'attirer l'attention. A ses côtés, Mycroft devenait un autre homme, progressivement. C'en était bluffant.

Ils virent Alice entrer sans encombre dans l'enceinte du siège.

— Je pensais que les mercenaires appartenaient tous à des sociétés privées, grinça John qui jouait du coude pour ne pas être asphyxié.

— Détrompe-toi. Beaucoup sont des indépendants, sans aucun lien avec les sociétés qui les recrutent. C'est mieux ainsi.

— J'en avais avec moi dans l'armée.

— Ils sont engagés par les gouvernements. Ici, ce sont des... pirates... souffla Mycroft.

John la ferma et acquiesça. Ils continuèrent leur avancée, se laissant pousser par le chaos en sueur et peu ragoutant.

Sherlock, Greg, Kalyn, Sacha, et Kim constituaient de véritables gentlemen en comparaison. Ici, ils étaient étouffés par la plèbe, la vermine de la société, ceux qui ne pouvaient même pas être recrutés par les entreprises pourtant nombreuses et peu regardantes. Des illégaux au bord de la civilisation qui ne vivaient que pour l'argent et ce que la vie sauvage leur apportait. John gémit. Il se reprit aussitôt.

Kalyn venait d'entrer, sans encombre. Elle y était même allée par la force en bonne B Alpha rompue au combat et missions qu'elle était.

Mycroft et John s'approchaient du poste de contrôle. Le B Oméga serra les points et se fit discret, bien aidé par sa taille.

Et à sa grande surprise, Mycroft cracha à terre avant de grogner.

— Hé oh là! cria un garde.

L'A Oméga avait changé de visage. Il leva les yeux, feignant le soldat aigri.

— J'ai chaud, j'peux pas lutter contre la merde! cria-t-il en retour, se prenant des rires gras au passage.

John se frappa le front. Quel con!

— Mouais... Fais gaffe la prochaine fois.

— Ok le chef! répondit Mycroft en faisant un salut militaire maladroit.

Quelques alphas mercenaires hilares lui tapotèrent l'épaule, l'accueillant rapidement parmi eux.

— Cool mec!

— Faut pas s'laisser faire.

— Des pisseuses ces gardes. Sont des alphas sans couilles! répondit simplement Mycroft, sourire goguenard au coin des lèvres.

John levait les yeux au ciel. Un Holmes demeurait Holmes. Que ce furent Sherlock, Mycroft, ou Meredith, ils avaient tous besoin de se rendre intéressants. Même Chiara le devenait. C'était génétique et franchement horripilant.

— Faut r'trouver les autres! s'exclama Mycroft en prenant le bras de John pour le tirer vers lui.

Et ce fut ainsi qu'ils entrèrent dans l'enceinte, mine de rien, grâce au culot d'un Mycroft Holmes. Si seulement les autres mercenaires savaient qu'il était A Oméga et en gestation. John trembla d'effroi à ce qu'il pourrait se passer. Pour une fois, il remercia le ciel pour la gestation. C'était bien connu. Même en prison et dans les milieux du grand banditisme, un oméga en gestation était respecté, honoré. On ne touchait pas un oméga en gestation comme on ne touchait pas à la mère d'un autre membre. C'était tabou, une règle implicite.

Très vite, il aperçut Kalyn et Alice les attendant de pieds fermes. La première était visiblement très en colère.

— Arrête de faire ton con! grogna-t-elle en agrippa l'épaule de Mycroft. Ce dernier soupira dans une attitude Sherlo... Non, Mycroftienne.

— Les gars, c'est la soupe. On y va, et on essaye de piocher des idées, k'? dit Alice, adoptant un ton familier à la limite du vulgaire.

Ils suivirent une foule.

— Heu... Mais c'est un téléphone ça? pointa John en s'adressant à Alice.

Elle lui fit un clin et passant à côté d'un autre alpha, John la vit tout simplement dérober un couteau suisse de sa poche, incognito.

Et elle n'était pas seule. Mycroft et Kalyn semblaient tous deux faire leurs courses dans les poches de leurs comparses mercenaires.

En quelques minutes, ils obtinrent chacun un téléphone, des couteaux, un jeu de cartes, un paquet de cigarettes, des allumettes, un miroir, une liasse de billets rapidement froissés et partagés entre eux et même quelques images d'omégas dénudés.

— Pervert! siffla Alice en lançant un regard noir à Kalyn.

Cette dernière haussa les épaules et attrapa discrètement une carte du camp du sac d'un mercenaire occupé à parler d'alcool avec un autre.

— Hé! Vous savez l'est où l'bar? lui demanda Mycroft dans un accent russe très lourd pour détourner l'attention.

— A côté de la cafét'! Y allez pas avant six heures, y'aura personne. Mais foot ce soir avec Tottenham contre Chelsea! cria l'alpha dans un accent londonien.

— Chuis Gunners! jeta Alice.

— Non sans blague! Moi aussi! Viens là amie!

Et John regarda non sans peine Alice se jeter dans les bras de l'autre alpha, en bons fans d'Arsenal qu'ils étaient tous les deux.

— Chuis pour Barça, désolée les gars! machouilla Kayn avant de se diriger vers la cafét', laissant Alice seule avec l'apha.

— Heu... commença John.

— Elle a réussi à rester morte pendant dix ans sans pourtant se cacher. C'est l'une des meilleures. Meilleure que toi en tout cas! répondit Kalyn en allumant une cigarette et tapotant l'épaule de Mycroft.

— Tu...

— Seulement quand il le faut. Pas pour toi le grand, ni toi, p'tit blond!

John éclata de rire devant les yeux suppliants de Mycroft. La cigarette: amie rêvée et surtout ennemie de tout oméga en gestation.

La cafét' ou ce qui s'apparentait plutôt à une espèce de cantine de fortune, abritait le théâtre de la déshumanisation. On y crachait, on y beuglait, on y flirtait avec quelques omégas faussement timides, on y bouffait... John ne se souvenait pas avoir vu cela dans l'armée. Mais c'était parce que l'armée était constituée d'hommes bien formés et tous... identiques au final. Ici, ils étaient dans la jungle. Bienvenue dans la ferme des beuglants.

— Et man! C'est quoi c'la? entendit-il crier Mycroft qui pointait son assiette du doigt.

L'oméga qui le servait tressaillit. Il lui donna double portion.

— Laisse-le, il a besoin de forces. Il mange pour deux! soupira Kalyn en s'asseyant à une table tout juste vidée. Elle poussa légèrement l'alpha goinfrant à ses côtés. Ce dernier, peu ravi, releva la tête. Et il la baissa si vite que personne n'en vit rien. Kalyn faisait froid dans le dos en véritable B Alpha dominante qu'elle était.

Nul doute que Greg et Sherlock devaient être des célébrités ici... Deux A Alphas surentraînés et très... passionnés.

— J'ai faim! beugla Mycroft en s'attaquant à son assiette.

— Pourquoi t'as plus que moi? demanda un... A Bêta à leurs côtés.

— Parce que j'chuis pas bêta comme toi et j'ai besoin de force. Faut rester en forme. Pas de chichis ici mon gars, répondit l'A Oméga en avalant une bonne rasade d'eau.

— T'as dit quoi là? T'as quoi contre les bêtas?

L'A Bêta s'était levé.

Mycroft également et avec son assiette.

— Rien... Vous sentez rien, vous n'avez rien... Vous n'êtes rien, dit-il nonchalant, en s'aidant d'un accent très russe. Il s'engouffra une gigantesque mie de pain pour la mâcher bouche ouverte.

— Espèce d'enfoi...

— Oie! Fais pas le con le grand. T'es déjà bête alors sois pas idiot, intervint Kalyn qui s'était également levée.

— Désolé, l'est un peu dérangé le grand. Chuis bêta et son ami, rien contre les bêtas donc, ajouta John en esquissant son plus grand sourire d'innocent soldat.

— Mouais... J'm'appelle Ben, Ben Aman.

— Et moi c'est John, John Mcferson. Le grand idiot, c'est Joe. Il a un peu la mémoire courte alors... Joe. Celle qui fait peur, c'est Kate. Elle aime les omégas mâles... Voilà. Et l'autre avec ses cheveux bleus, c'est Ally. Elle est un peu bizarre mais pas méchante. On vient d'arriver.

— Moi aussi.

— T'es seul?

— Mouais...

— Sont bien payés ici?

— Bon en affaires toi! Dis-moi, vous faites quoi ici? C'est la merde dans le coin. Vous pourriez être dans une société avec salaire stable, contrat, rester en vie quoi!

— J'étais soldat. Pas pour moi ça. C'est trop de contraintes. Mieux vaut être ici avec la liberté. Et l'on gagne plus! répondit John en crachant les pépins de sa pomme à terre.

A ses côtés, Kalyn avait allumé une seconde cigarette et regardait les images d'omégas dénudés avec un intérêt non fein. Bisexuelle donc... Alice mangeait comme une enfant, très concentrée sur son assiette. Et Mycroft... A part ingurgiter, il grognait, riait la bouche pleine avec son voisin de table et rotait même. John en était presque dégoûté.

— Et avec lui, le grand Joe... On va pas loin... avoua-il.

Ben observa rapidement Mycroft pour acquiesçer aussitôt. Il fallait dire que personne n'oserait embaucher un spécimen de la sorte.

— Il sent... Ben se pinça le nez.

— Je crois qu'il vient de se lâcher... Désolé. Mais avec le temps... On a pris l'habitude, dit John, de plus en plus amusé par leur mission.

Si seulement Greg, Aden et Sherlock les voyaient en ce moment. C'était... grotesque.

—Et toi, t'es ici pour les sous? reprit John.

— Mon pays est en guerre et j'ai tout perdu.

— Ah?

— Iraq.

— J'étais en Afghanistan, mec... Désolé.

— Rien contre toi, t'es de l'autre barre maintenant.

— Mouais...

— Fait trop chaud ici, intervint Kalyn avant de percer Ben du regard.

— Elle... Elle...

— Fait peur, je sais. Frotte pas à elle. Elle transforme tout en arme, répondit aussitôt John.

— Faut l'avoir comme alliée, pas ennemie.

— Mouais, je le sais. Joe n'est pas facile non plus.

— Avec sa taille... C'est un peu normal.

— Ouais... et dis... Y a que des mercenaires ici? Pas de chefs?

— Les officiels sont dans l'autre camp, plus loin. Nous, on les encercle, les protège. C'est notre job. Si tu veux rentrer dans l'organisation... Bonne chance.

— Ah... oui?

— C'est très dur! L'y a des sélections horribles.

Ben se frotta le nez avant de regarder devant lui. John vit Mycroft l'analyser du coin de l'oeil. Il ne disait donc pas tout.

— Tu veux y entrer?

— J'voudrais bien! Tout le monde voudrait. Bien payés, bien traités. L'on ne s'ennuie pas.

— Mais... C'est pour alphas.

— Bof, on est A Bêtas. Ca passe, répondit Ben.

— Mouais...

— Y parait qu'il y a plein d'omégas dedans. Bien sexy et tout.

— C'est quoi ta pioche?

— Ha! Comme tout le monde j'crois... rêva Ben.

— Ah?

— Un A Oméga... Bien mignon et dispo... Le rêve quoi...

— Mâle? Femelle?

— Les deux! Femelle pour les seins, la voix et mâle parce que... Tu vois, trop tentant. Mais sinon un B Oméga ferait l'affaire.

— T'es pas bête. Tu beugles pas.

— La vie mec, la vie quoi!

— Pour un iraqien, parler anglais...

— Mouais... J'étais prof avant.

John se releva rapidement et l'observa.

— T'es pas bête non plus, toi.

— J'étais médecin dans l'armée.

— Sans blague!

— La vie quoi...

— Ouais, comme moi. La vie quoi...

— Alors... un concours pour entrer?

— Mouais, y'a un jury. Il a changé cette année. Ont ajouté un A Alpha cette fois-ci, je viens de l'apprendre.

— Comment ça?

— L'information, mec!

— Mais tu viens juste d'entrer!

— Trois semaines, c'est mieux que toi.

— Ouais... Alors, jury.

— Sont dix et maintenant onze avec le nouveau. Il parait qu'il est déjà monté en grade.

— Ah?

— Il a une belle gueule selon les omégas en cuisine. C'est un A Alpha, très brun, bronzé. Il fait... distingué. Yeux bleus... Bref, pas comme ceux d'ici quoi, répondit Ben en désignant Mycroft du regard.

Ce dernier les écoutait en piquant dans l'assiette de son voisin, littéralement terrifié par lui.

— Et l'nom?

— Chais pas. Un truc comme Ambre... L'est toujours flanqué d'un B Alpha aux crâne rasé, tatouage sur le visage et sourcils verts et d'un grand gringalet roux A Alpha qui se fait appeler Mordoc.

John vit Alice s'étouffer avec un saucisson à ses côtés. Message reçu. Alors Greg fait parti du jury... C'est quoi cette merde?

Il lança un coup d'oeil rapide à Kalyn et Mycroft qui semblèrent avoir compris la situation.

— P'tain... Onze mecs... Va pas être facile.

— Nan! Mais si t'es bon, sont cools avec toi.

— Ouais?

— Ouais John! Le Amber ou Ambre... Il est entré y a pas longtemps, quelques mois... Tout le monde parle de lui. C'est un bon l'parait.

— Méritocratie...

— Enfin un mot, un vrai! J'entends des grognements à longueur de journée. Je n'en peux plus.

— Trop ravi de faire ta connaissance mec.

— Pas de quoi... Dis...

— Si tu veux, mais on est pas très rigolos. Font peurs les trois autres, jeta John, bien décidé à croire en ce Ben qui l'intriguait.

Mycroft, Kalyn et Alice semblèrent peu ravis mais acceptèrent Ben. Ils avaient besoin d'un informateur et ce dernier était assez innocent et très bavard. Moins qu'Amelia heureusement.

— Vais vous présenter les lieux. Si vous avez terminé... ajouta Ben, visiblement soulagé de s'être trouvé des protecteurs.

John se leva promptement, imité par Alice et Kalyn. Mycroft, déjà levé et balayant des bouts de pain dans la salle, s'extirpa de son banc et s'empressa de les suivre. Son voisin de table souffla, rassuré de demeurer encore vivant.

— Ah mince! J'ai oublié! s'exclama Ben en se frappant le crâne.

— Pardon?

— C'est la fête ce soir, les portes vont s'ouvrir. On pourra visiter le siège des membres. Vous venez?

Il ne fallait pas plus pour rendre Kalyn extatique.

— Des omégas? dit-elle, luxure non feinte dans son regard.

— Elle, c'est une sacrée! Ouais, des omégas à foison, répondit Ben, non sans une once de mélancolie dans la voix.

L'homme avait une histoire. Un prof ne devenait pas mercenaire du jour au lendemain.

— Alors on attend?

— On fait le tour du coin en attendant, c'est drôle, vous verrez, dit-il en recommençant à jouer au guide.

*xXx*

Thaïlande, siège de la Roseraie, dans l'enceinte des membres de l'organisation.

1er juin

Jour 170

— C'est trop génial, t'es chef! s'enthousiasma Aden.

— Merci, mais je ne me sens pas rassuré pour autant, répondit Greg.

— Ok les gars, vous ferez la fête dans quelques heures avec les autres! cria Filibert, amusé par son annonce. Il venait de nommer Amber officiellement chef d'unité et membre du jury de recrutement.

— Merci...

— Filibert, appelez-moi Filibert.

— Merci Filibert, répéta Greg.

Le B Alpha s'approcha de lui, nez à nez.

— J'ai... Comme l'impression d'avoir déjà entendu cette voix quelque part.

Derrière eux, Sherlock et Aden se crispèrent. L'atmosphère s'était soudain changée. Filibert semblait distrait, différent de son attitude pourtant déjà très calme et nonchalante.

— Je... Bien entendu! Nous sommes souvent de garde lors de vos réunions... répondit Greg.

— Non... Cette voix... elle me dit quelque chose...

— Vous vous trompez, Filibert! intervint Aden, l'air innocent.

Ce dernier se fronça les sourcils. Il jouait avec son portable. Sherlock n'avait pas un bon pressentiment... Une promotion trop rapide à son goût et les deux derniers appels. Il procéda à une lecture rapide de la situation. La seule issue favorable serait leur retrait. Malheureusement, Filibert était bien décidé à les garder dans son champ de vision. Avons-nous été trahis? Impossible. Nous avons pris toutes les précautions. A moins que... Un traître dans la SSA? Seuls John, Alice et Raf sont au courant de notre absence de la SSA... Et maman. Les liens sont intacts. John, Chiara et maman ne sont pas en danger, je le sens... Il faut chercher ailleurs. Réfléchis!

— Non, non, je ne me trompe jamais, dit Filibert.

Sherlock sentit Aden tressaillir. Ce n'était pas bon, pas bon du tout. Aden est trop sentimental et ouvert. Filibert joue avec ses nerfs. C'est très facile... Il va lâcher d'une minute à une autre. Idiot.

— Sans doute une impression fausse. La mémoire nous joue souvent des tours et... plaisanta Greg.

— Vous n'êtes pas si idiots que cela, le coupa Filibert.

— Vous ne m'aurez pas nommé à ce poste sinon, chef.

— Mouis, c'est vrai. Mais...

Aden soupira.

— Je reconnais tout ceci. Même vos voix à tous les deux. Mais... Qui êtes-vous?

— L'est lent... maugréa Aden dans sa barbe.

— Pardon?

— Heu... Rien! Rien désolé.

— Vous me rappelez un ami, vous aux sourcils verts. Il... Il est passionné, drôle, un véritable ami.

Filibert s'était éloigné de Greg. Il leur tournait le dos.

— Mon meilleur ami je disais. Plusieurs fois, il était venu vivre chez moi... Lorsque son entreprise première avait fait faillite. Lorsqu'il s'était fait larguer par son compagnon de l'époque. On avait fait les quatre cent coups à l'époque.

— Et maintenant?

— Je ne sais pas. Il ignore où je suis, ce que je fais. La vie nous a séparé, révéla Filibert, tête baissée.

— ...

— Je n'aurais peut-être pas dû le trahir...

Filibert se retourna une nouvelle fois vers eux et tourna autour d'Aden. Il le renifla.

— Je me souviendrais toujours de sa senteur étrange, de celle de sa soeur, du parfum qu'il portait. Un peu comme le vôtre. Le temps ne change pas une habitude aussi unique. Un A Bêta... Comme vous...

Aden avait relevé le regard, il serra les poings. Jusqu'au sang. Greg et Sherlock demeurèrent silencieux.

— Aden... Tu es toujours aussi extrême. Cela te tuera un jour, attesta calmement Filibert, le regard confiant.

Trop, ce fut trop. Ils avaient été découverts.

Aden poussa Greg d'un côté, lui prenant son arme au passage.

— Argh!

Il pointa l'arme devant lui, visant Filibert.

— Le terrain n'est vraiment pas fait pour toi, cher ami, dit-il.

— Ta gueule connard!

Filibert sortit une arme en retour et la brandit vers son ancien meilleur ami.

Sherlock n'attendit plus. Ils verront le reste plus tard. Dégainant un automatique qu'il avait réussi à faire entrer dans la salle, il poussa Aden sur le côté et tira.

— P'tain Sherlock!

C'était Greg, qui tentait de se relever.

Sherlock l'ignora, il courut vers Filibert et le planqua à terre. Une lutte rapide s'ensuivit, le B Alpha envoya valser Holmes contre le mur. Il roula en vitesse vers l'arme abandonnée d'Aden qu'il attrapa à la volée.

Sherlock se releva en hâte et se braqua une nouvelle fois, prêt à en découdre contre le général de la Roseraie.

Les deux hommes se dévisageaient, l'arme à la main. Aden se retint de respirer, encore choqué par les paroles de Filibert, son ami de toujours. Mais ce dernier l'ignorait pour l'A Alpha qui le toisait de toute sa puissance.

— Sherlock Holmes, enchanté de faire votre connaissance, dit Filibert. Il s'avança lentement, les pas réguliers témoins de son calme et de sa tempérance naturelle. Il possédait une élégance innée, loin de la maniaquerie des frères Holmes. C'était un fleuve tranquille.

Gregory s'était précipité vers Aden et inspecta ses blessures. Ce dernier l'arrêta d'un geste, en rage contre celui qu'il appelait son frère d'armes.

— Trahison… soufflait inlassablement Aden Banaart, allongé sur le ventre. Il observait la scène de ses yeux, désespéré et perdu par la violence de la confirmation.

— Filibert... J'ai beaucoup entendu parler de vous, reprit Sherlock en position de tir.

Aden et Greg demeuraient silencieux. Ils n'osaient pas agir. Filibert avait démontré à quel point il était un excellent agent sur le terrain. Sa nonchalance et son calme naturel ne faisaient que renforcer leur certitude. On ne plaisantait pas avec un général de la Roseraie.

*xXx*

Thaïlande, siège de la Roseraie, dans l'enceinte des membres de l'organisation.

1er juin

Jour 170

John trembla d'effroi, s'agrippant les bras. Il s'arrêta dans un des inombrables couloirs du bâtiment principal de la Roseraie. Le groupe avait réussi à y entrer, se faisant passer pour des curieux innocents et très fans de l'organisation.

Alice s'arrêta net. Elle se dirigea rapidement vers John et lui encercla les épaules.

— C'est Sherlock? Il va bien? demanda-t-elle, un début de panique palpable dans la voix.

— A droite! cria John qui détala aussitôt.

— P'tain! jura Kalyn avant de les suivre.

— Mais c'est quoi ça? demanda Ben qui se décida pourtant à les suivre.

Ils entendirent un coup de feu.

— Mince! cria Alice en redoublant la cadence.

Mycroft, dépité, les rejoignit rapidement.

— Hé ho! Vous là-bas! entendirent-ils crier de toutes parts. C'étaient des gardes de la Roseraie.

S'arrêtant aussitôt, Mycroft les assomma d'un geste précis avant de rejoindre les autres.

— Mais... dit Ben, terrifié.

— Tais-toi et cours! C'est fini pour toi, ils t'ont vu avec nous, haleta Mycroft en tirant le bêta avec lui.

D'autres gardes intervinrent, alertés par les coups et cris. Kalyn s'en occupa rapidement.

— John! cria Alice.

— C'est... Sherlock... Je le sens, le lien... Merde! Ils ne sont pas loin! répondit ce dernier, courant comme sa vie en dépendait.

— Mais que se passe-t-il à la fin? cria Ben.

D'autres gardes tombèrent sur eux. Ils étaient armés. Kalyn et Mycroft s'échangèrent un regard résignés. La première se jeta sur deux gardes, les désarmant rapidement.

Mais pas assez vite. L'un visa Ben.

— Attention! cria Mycroft.

Il s'élança sur le garde, le projetant contre un mur avant d'attraper Ben et le jeter vers Kalyn, déterminé à ne pas le laisser mourir.

— On l'emmène avec nous! tonitrua Mycroft en finissant d'assommer un garde et tirant son arme de l'uniforme.

— Ok, tu décides... Alex! dit Kalyn en se relevant.

— Mais... Que se passe-t-il à la fin? demanda Ben en se relevant à son tour. Il regarda les gardes gisants à terre avant de fixer la bande devant lui.

Alice enleva sa perruque. Elle laissa apparaître une longue chevelure rouge flamboyant. Mycroft l'imita. Il se frotta le visage.

— Alex...

Alexander Holmes vérifia rapidement l'arme, la déchargeant et rechargeant rapidement. D'un geste minutieux, il somma le reste de la bande de les suivre.

— Pas un mot, Ben, dit-il dans un anglais parfait. Il avait abandonné son accent russe et ses manières rustres.

— Mais que se...

— Arme-toi et tais-toi, le coupa Kalyn qui avait déboutonné le haut de son chemisier d'uniforme, laissant apparaître un décolleté sensuel.

— Ils sont proches? demanda Alice.

— Oui, répondirent en coeur John et Alexander.

— De qui?

— Shhh, Ben.

— Tu es sûr? demanda timidement Alice à John.

— L'odorat d'un oméga et le lien ne trompent pas. Sherlock et Greg sont dans le coin. Et Sherlock... John se mordit les lèvres.

— O... Oméga?

— Ces deux omégas ont senti leurs... Alphas dans le coin. On doit les retrouver. Les idiots, ce sont eux. Pas le grand Joe. Avec un QI tel que le sien...

— Silence Alice! Tu pourras jouer à la révélatrice plus tard, beugla Alex en visant devant lui.

— Compris chef!

Ils suivirent Alex en silence, alertes.

Ils croisèrent quelques gardes et sous les yeux ébahis d'Alice et de Ben, Kalyn, John et Alex les éliminèrent en douce, sans bruit et aussitôt, s'emparèrent de leurs armes.

— C'est moi ou... chuchota Ben.

— Je les vois rarement en action... Mais ce sont les meilleurs. K est vraiment redoutable. Et Alex... Si tu savais...

— Alors John et lui sont...

— Ouaip. John est B Oméga, Alex est... A Oméga.

— Putain!

— Mais pas de chance pour toi, celui qui devrait être son alpha est le nouveau membre du jury, Amber comme on l'appelle. Greg pour nous. Et il s'est mis dans de sales draps.

— Et toi?

— Chuis bêta... Mais silence. Oops!

Kalyn avait planté une lame dans la gorge d'un garde peu scrupuleux. Ils l'enjambèrent, le laissant se vider de son sang.

Alice fut parcourue d'un frissonnement. Elle s'arrêta dans la course et fit volteface.

— K, Alex, John! dit-elle.

Les trois agents se tournèrent vers elle.

— Fil... Filibert est présent et...

— Oui, je l'ai aussi senti. Aden, Greg, Sherlock et Fil. Ils sont ensemble. Il faut faire vite! jeta Kalyn en courant, Alex à sa suite.

Alice et John attrapèrent le bras de Ben pour les poursuivre.

— Ce n'est pas possible.

— Je ne laisserai pas se répéter l'histoire. On a assez perdu d'agents comme cela et Fil... Fil...

— Je ne le laisserai pas mourir Alice, dit John.

— Ce n'est pas possible!

— Shh... Ca ira, tenta de rassurer Ben qui comprit aussitôt la situation.

— Merci, dis John.

— J'ai connu pareil. Je ne peux pas les laisser tuer d'autres personnes.

— Alors...

— Oui, je suis venu me venger. Mais il me semble avoir trouvé meilleurs que moi pour la situation.

— Si tu savais, Ben, si tu savais...

Soudain, Alex s'arrêta. Kalyn l'imita, abaissant l'arme.

— Tiens, tiens! sussurra une A Alpha qui s'était imposée devant eux.

— Qui êtes-vous? demanda froidement Alex en pointant l'arme sur elle.

— L'une des dirigeants de la Roseraie, souffla Ben.

— On est bien informé, hein? dit l'A Alpha, mains sur les hanches.

— Et si vous nous laissez passer?

— Et laisser partir Mycroft Alexander Holmes et Kalyn Keller? Ce serait un crime! Les meilleurs agents de la SSA. Non, les dirigeants mêmes de la SSA... Je vous imaginais plus... féroces.

— Et j'ignorais que la Roseraie formait des clones de Moriarty.

— Oh!

L'A Alpha éclata de rire.

— Jim Moriarty? Si je me souviens bien, il a été tué en chutant du haut de la Tour de Perle à Shanghai et ce... Par un certain Alex.

Mycroft abaissa l'arme et pencha la tête sur le côté. Kalyn utilisa cet instant de répit pour disparaître. Et aussi furtivement, elle assomma l'A Alpha qui tomba à terre.

— Pas de micro? s'enquit Alex qui s'empressa de la fouiller.

— Non, je l'aurais senti sinon. Elle n'aurait pas parlé ainsi, trop... Trop comme Moriarty, répondit Kalyn.

Elle attrapa son couteau et égorgea leur victime sec et net.

— K...

— Pas le choix, répondit froidement la B Alpha en reprenant la route.

Alice et John se regardèrent, peu convaincus de la nécessité d'un tel acte.

— C'est... commença Ben.

— Je sais, je sais... murmura John qui se mordait les lèvres.

— C'était franchement de la merde son monologue pseudo-terrifiant. Un regard de Bai Long et l'on tremble d'effroi. Un rire de Diesbach et l'on est mort. C'est franchement de la merde, dit Alice. Elle se signa et referma les yeux de la victime. En quelques pas, elle rattrapa Kalyn et lui prit le bras.

— Nous n'avions pas le choix, Alice, murmura Kalyn qui lui pressa l'épaule en retour.

— Tu n'avais pas besoin d'aller aussi loin...

— Un général de la Roseraie... Tu sais très bien ce que cela implique. Je ne pouvais pas la laisser vivre, rétorqua Keller en remettant une kalachnikov qu'elle avait ramassé en place.

— Viens, on verra cela plus tard, intervint John. Alice le toisa. Elle baissa les bras.

Mycroft s'impatientait.

— Trêves de bavardages. Reprenez vous, ordonna-t-il pour redonner courage au groupe. Ils avaient trop à faire pour se lamenter. Alice n'était pas faite pour le terrain.

Un coup de feu.

— Putain d'abrutis! grogna Kalyn en jetant son arme après l'avoir vidée de ses munitions et retirant la kalachnikov de son dos. Elle l'ajusta à bonne hauteur et s'engouffra dans la pièce, en défonçant la porte sur le champ.

Alex, John, Alice et Ben l'imitèrent, tous armés.

— Espèce d'abrutis! cria encore une fois la B Alpha qui s'élança au-devant.


Je n'ai pas pu m'empêcher... XD

Bon, je suis encore vivante, c'est le principal héhé! Merci pour vos encouragements.

PS: je suis une accro du boulot. C'est génétique. Mais pas encore au point de dormir debout comme Mycroft... Je suis encore humaine!