— Vingt-Huit —

Thaïlande, jungle.

2 juin

Jour 171

— J'étais professeur de physique à Bagdad, répondit Ben, les mains jointes.

Greg lui pressa l'épaule, offrant son amitié à cet homme qu'il trouvait admirable.

— Je suis désolé pour votre famille, souffla-t-il.

Il regarda ses pieds emprisonnés dans une boue éternelle. Il faisait chaud, moite. Tout était vert. Vert foncé, vert clair, vert criard, tellement vert qu'il en avait mal aux yeux. Parfois, du marron et du bleu apparaissaient, le précipitant dans une joie irréelle. Il se croyait devenir fou. C'était un sentiment qu'il partageait avec le reste du groupe à l'exception de Kalyn et de Mycroft, toujours focalisés sur la marche. Combien de temps allaient-ils rester dans cette jungle?

*xXx*

Thaïlande, jungle.

3 juin

Jour 172

Sherlock Holmes était perdu dans son palais intellectuel. Il n'avait aucune idée vers où se diriger. Il referma sa main sur celle de John pour le rassurer et peut-être aussi pour se rassurer lui-même. Leur environnement était vert, mué dans un brouillard étouffant. Ils suaient, leurs corps se déchainaient et la nature riait.

Ils avaient marché pendant cinq heures sans se reposer. Leur corps allait difficilement tenir la route sur le long terme. De plus, l'état de Mycroft ne le rassurait pas. Son frère ne devait pas être aussi fragilisé par une simple randonnée intensive. La jungle thaïlandaise ne rivalisait que très peu avec l'Amazonie et ses étendues luxuriantes de végétations sauvages. Ils avaient de la pelouse ici, des branches et de l'eau. Se nourrir n'était qu'une préoccupation mineure grâce à quelques barres céréales emportées par Alice et ce que la jungle leur offrait.

L'unique problème résidait dans leur total égarement.

C'était clair, ils étaient perdus.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

4 juin

Jour 173

Il n'avait pas besoin de se reposer. Son corps avait enduré bien pire et les présences de son frère, de Kalyn et de Gregory suffisaient à lui insuffler l'énergie qu'il avait besoin. Il détestait cette chaleur malheureusement. Et cette transpiration incessante le rendait presque désespéré.

Il avait besoin de boire.

— Tiens, lui proposa Kalyn en tendant la gourde.

Mycroft la remercia du regard et but le contenu goulûment. Une main délicatement posée sur son ventre, il se fit discret pour ne pas attirer les regards malvenue. Personne n'était au courant de son état. Quand à Alice, John et Kalyn, ils se contentaient de veiller sur lui en douce. Mycroft leur en était redevable.

Il était terrifié par la perspective de voir le groupe vivre une crise interne. Alors s'il pouvait, ne serait-ce qu'un peu, limiter les risques, il le ferait de bon coeur. Même s'il lui fallait pousser son corps à bout. De toute manière, les choix se limitaient d'heures en heures. Combien de temps allait-il tenir? Quand ses senteurs de synthèses disparaîtront pour laisser place à un parfum d'oméga en gestation, que se passera-t-il? Et quand atteindraient-ils un village, une ville ou tout simplement un semblant de civilisation?

L'A Oméga repoussa une mèche en arrière. Il rendit la gourde à Kalyn.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

5 juin

Jour 174

Ils marchaient vers l'est depuis plusieurs jours déjà et la fatigue commençait à se faire sentir. Ses membres engourdis ne supportaient pas cette moiteur et cette chaleur suffocante. Elle avait besoin de surélever ses jambes pour se défaire de cette sensation de pesanteur insupportable. Comme si la gravité avait décidé de leur jouer un tour...

Ils ignoraient les chances qu'ils avaient de retourner à la vie civilisée. Avec pour seuls repères des brides de souvenirs de cartes, une boussole abîmée et Sherlock, ils n'avançaient qu'à un rythme bancal voire figé. Elle avait difficilement connu pire comme situation. Le terrain n'était pas son fort, loin de là.

— Je me demande comment ils font, dit John.

Alice secoua la tête.

— Kalyn et Myc' sont très bons. Sherlock et Greg continuent, frais comme au beau matin. Mais Aden et Ben ont du mal. Moi aussi d'ailleurs, John.

Le B Oméga lui caressa le front en sueur.

— Tu es un peu fiévreuse. Viens. On va demander une pause. Et il faut qu'il se repose. Je déteste le voir comme ça à marcher comme un forcené. Il porte un enfant. Ce n'est bon pour personne, ajouta-t-il en se détachant du groupe à la traîne pour rattraper Kalyn et Mycroft loin devant.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

6 juin

Jour 175

Ils n'étaient plus épuisés, plus même désespérés. Ils avaient laissé l'instinct de survie prendre le dessus sur leurs corps endoloris et leur moral anéanti. Kalyn marchait, un pas devant l'autre, Mycroft à ses côtés. Elle marchait, marchait. Et elle sautait, elle marchait. Sa respiration adoucie rythmait ses pas. Ses yeux demeuraient focalisés sur la terre verte qui ne s'arrêtait jamais. Trois pauses entre les repas, trois repas équitablement répartis. Et la nuit, ils se relayaient. L'aube leur servait de réveil et la nuit tombée sonnait le glas d'une nouvelle journée sans résultats. Elle ignorait où ils étaient, mais la boussole indiquait toujours cette même direction, figée dans le temps et l'espace.

Merry avait vécu la même chose, seule avec un guide.

Elle se demandait en boucle, comme une mélodie dont on ne s'en défaisait pas, si Merry avait suivi le même cheminement de pensée, si elle avait résisté à la tentation de crier et de pleurer et si elle avait fini par plonger dans son instinct le plus primal.

Survivre et ne plus penser.

On les avait formé à toujours réfléchir, planifier, penser, même durant les pires situations. Là, elle défaisait des années d'endoctrinement pour une seule et même raison: survivre et revenir.

Les autres les suivaient loin derrière, s'ignorant pour préserver l'énergie qui leur manquait. Et le désespoir, la rage, la colère, la peur de l'inconnu et de ne plus revoir la civilisation les étouffaient progressivement.

Et elle qui s'aimait libre. Elle n'avait jamais autant souhaité revoir une voiture, des livres, un ordinateur et des lignes et des lignes de chiffres. Tout ce qu'elle avait détesté lui semblait à présent bienvenue.

Ne pas tomber dans la folie. C'était son objectif à court terme.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

7 juin

Jour 176

Ben se surprit à rire sans joie. Il avait perdu toute notion de temps et d'espace. En quelques jours, il revivait l'enfer d'une simulation de station spatiale. Son laboratoire et centre de recherche étaient bien loins à présent.

Et sa famille... Un souvenir qui s'effaçait lentement, malgré toute la volonté qu'il déployait à les garder auprès de lui.

On disait que les souvenirs nous donnaient la force de rester vivants et humains. Que ces souvenirs étaient nos seuls cartes d'identités. Qu'était-ce un nom sinon un simple mot sans signification? Il existait des milliers de Ben, des millions de John. Mais ce qui différentiait John Watson d'un autre John Watson était bien leur souvenir.

Il se perdait dans son état animal, oubliant peu à peu le sourire de son épouse et les rires de ses enfants.

Morts.

Peut-être bien que lui aussi était mort.

Mais il combattait la mort dans sa quête de vérité, de revanche et de survie. Et entre deux, il riait, plaisantait, parlait. Le groupe l'avait bien accueilli. Sherlock Holmes le trouvait intéressant pour un simple physicien. Aden et John aimaient à l'écouter. Alice le trouvait gentil. Greg comprenait sa douleur et sa rancoeur.

Seuls Mycroft et Kalyn semblaient distants. Il ne pouvait que les comprendre.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

15 juin

Jour 186

Il comptait les pas. Trois-mille six cent pas déjà effectués depuis leur dernier arrêt. A sa droite, Sherlock cataloguait ce qu'il pouvait de la jungle. Trois-mille six cent et un pas. Deux. Trois...

Vingt.

Il ne pleuvait plus. La boue qui s'était formée les empêchait de marcher à bon rythme.

Cinquante.

Les rires et discussions qui animaient leur randonnée forcée des premiers jours s'étaient faits rares, disparus dans les râles et plaintes insonores. Le groupe avançait par nécessité, ne se reposant que pour boire et manger. La nuit était devenue calme. Et Mycroft ne les devançait plus. Il se contentait de les suivre à son rythme, la main toujours posée sur son ventre lorsque personne ne le regardait. Sa gestation était bien avancée. John s'inquiétait pour d'autres raisons.

Parce qu'Aden et Kalyn ne s'adressaient pas la parole depuis leur échappée du siège de la Roseraie.

Quatre-vingt.

Sherlock le reniflait ouvertement. La fatigue et leurs besoins vitaux avaient remplacé la bienséance. Personne ne se préoccupait d'eux. On les savait liés. Cela suffisait à se garder un semblant d'intimité amoureuse. Mycroft avait repris sa position d'éclaireur auprès de Kalyn. John les savait proches. Mais il ignorait jusque là à quel point les deux amis étaient inséparables. Le groupe qu'ils formaient avec Will et Merry devait bien être fantastique.

Trois-mille sept cent.

Gregory ignorait encore tout de l'état de l'A Oméga. La sueur et ses hormones de synthèses faisaient bien leur travail. A quatre mois, Mycroft ne dégageait qu'une feinte senteur d'oméga. Ils avaient vraiment abusé des parfums de synthèse...

Sept-cent cinquante-cinq.

Aden s'écroula à terre, réveillant le B Oméga de sa torpeur. Le bêta venait de trébucher. Aussitôt, Alice alla l'aider se relever. Kalyn et Mycroft continuaient d'avancer, ignorant le reste du groupe.

— Hey! Aden est à terre! Vous pourriez peut-être revenir l'aider, non?

C'était Ben, qui avait compris en quelques jours sa place au sein du groupe. Il se taisait, évitait d'attiser d'autres tensions que celles déjà en place. Kalyn ignorait Aden comme la peste, se contentant de rester auprès de Mycroft. Personne ne pouvait s'approcher de ce dernier, devenu aussi distant qu'il était froid.

A sa grande surprise, le duo rebroussa chemin. On aida Aden à se relever. Il était couvert de boue.

Alice s'était agenouillée à ses côtés. Elle non plus n'adressait pas la parole ni à Aden, ni à Kalyn. Brouillés, les trois anciens amis se contentaient de se supporter. Greg et John demeuraient des témoins las. Sherlock ne daignait même pas leur accorder son attention, bien trop focalisé sur ce qu'il avait dans son crâne.

— Je suis désolé, souffla Aden lorsqu'il reprit la marche.

John était triste pour lui. On l'accusait de tous les maux. Or ils étaient tous fautifs. Sherlock, Greg, Alice, Raf et lui. Aden les avait aidé et suivi. Il n'avait rien fait de mal.

Mais Kalyn s'arrêta une nouvelle fois.

— Redis-ça.

— Tu sais très bien ce que j'ai dit, K'. Tu as oublié de te laver les oreilles? répliqua Aden dans un ton cinglant.

— Aden, pria Alice.

L'A Bêta s'était avancé vers Kalyn sans un regard envers la C bêta.

— Bon sang mais qu'est-ce que t'as contre moi, hein? grogna-t-il. Il poussa Kalyn.

— Aden! intervint Greg.

L'A Alpha se campa entre Kalyn et Aden.

— Ne m'obligez pas à intervenir...

— Greg, ne t'y mets pas aussi! cria Alice.

John lui pressa le bras. Les deux hommes se toisèrent. Enfin, l'A Alpha abandonna la partie. Il s'assit sur un tronc d'arbre mort et se tint la tête entre les mains.

Kalyn et Aden continuaient de se toiser en silence.

— Ok les gars. On se calme et on continue, cria Alice en les dépassant.

Elle rattrapa en quelques foulées Mycroft. Ce dernier les devançait, imitant Sherlock. John se mit à les suivre. Il désirait coûte que coûte éviter d'assister à une confrontation entre Kalyn et Aden. Ils ne s'appréciaient guère, il l'avait bien compris. Depuis le retour officiel d'Aden au sein de la SSA, jamais Kalyn ne lui avait adressé la parole pour d'autres raisons que professionnels. Elle ne le tenait pas en haute estime. Aden le lui rendait bien. Entre rivalités économique et personnelle, les deux agents avaient cumulé de lourds problèmes. John comprenait que le passé commun d'Aden avec Mycroft et Daiyu était en grande partie responsable. Or, il connaissait assez bien Kalyn pour la savoir emphatique et sage. Son comportement à l'encontre du bêta ne relevait pas d'une simple mauvaise entente.

Quatre mille.

— Tu peux arrêter de faire la gueule?

C'était Aden qui s'était une nouvelle fois arrêté. Il désignait Kalyn du doigt. La B Alpha grogna et fit volte-face. Ses pas se firent impatients, lourds, ralentis cependant par la fatigue et cette moiteur increvable. Il l'avait énervé.

— Non Kalyn! Plus de ça, je t'en prie... intervint Alice avant d'être balayée sur le côté.

Et puis, tout se passa en un éclair. Kalyn dévala les quelques mètres qui la séparaient du bêta. Elle le repoussa contre un arbre et l'y plaqua, le soulevant au passage, sa rage d'alpha en feu.

— Kalyn! cria Greg en se précipitant vers le duo.

John lui barra le passage. Du regard, il le pria de ne pas intervenir. Deux alphas en situation de stress intense ne mènerait à rien de bon. Ben avait écarté Sherlock, et fixait avec inquiétude le déroulement de la dispute.

— Mais c'est quoi ton problème, Kalyn, hein? Je ne sais pas ce que t'as contre moi, mais j'en ai ma claque! grinça Aden.

Kalyn avait resserré la prise. Avant de desserrer sa poigne.

— Ouais, c'est...

Elle lui asséna un coup de poing dans le visage d'une violence telle qu'il se cogna contre l'arbre et tomba à la renverse.

— Kalyn!

C'était Mycroft qui était revenu sur ses pas.

— Ne dis rien, Myc'! Je ne suis pas d'humeur, répliqua Kalyn en sueur.

Alice, tremblante, le tira vers Sherlock et Ben. La B Alpha diffusait une vague de phéromones nerveux assez puissants pour rendre la C Bêta inutile.

— C'est pas moi qui ai tiré sur Fil, Kalyn. C'est toi. Ça ne te sert à rien de t'énerver contre moi, continua Aden.

— ...

— Au moins, tu me laisses parler pour une fois. Alors, c'est quoi ton problème, hein?

— C'est toi mon problème. Tu m'énerves à toujours tout foutre en l'air et...

— Et t'en sais quoi, toi? Si Will ne t'avais pas ramassé dans ce café de merde, tu serais encore à danser dans les rues et voler les passants...

La B Alpha se jeta sur lui, enragée par la pression et les remarques du bêta. Aden employa la force du geste à son avantage. Il la plaqua sur le dos et l'enfourcha. Il cracha par terre.

— Je t'interdis de parler comme ça de Will! hurla-t-elle en se débattant.

— Ah ouais? Et tirer sur Fil, hein?

Il lui avait bloqué les bras, restreignant ses mouvements.

— Fil n'a rien a voir avec ça. Retourne sur terre, bêta!

— Tu n'avais pas besoin de lui tirer dessus! Mais non, tu avais envie de te montrer forte et bien alpha...

Elle lui asséna un coup de boule.

— P'tain!... Mais c'est quoi ton problème, K'?

— Et le tiens alors? Il y a encore quelques jours, tu pensais que Fil nous a trahit. Joli pour un meilleur ami! gueula l'alpha en se relevant.

Aden sauta sur elle.

— T'as pas le droit de parler de lui comme ça! Et Merde! Je me demande ce qui me pousse à te parler.

— Tu savais très bien que Fil était infiltré, Aden.

— Non, je ne le savais pas, Madame. Comme d'habitude, on ne m'a rien dit. Pourquoi? Ah ben oui! Aden l'idiot de la bande...

— Tu l'as cherché. Quand on avait tous besoin de toi, tu t'es barré comme un lâche. Et lorsque tout va mieux, tu reviens comme une fleur dans un hélico rose!

— Non, c'est vous qui m'avez poussés à partir. Tu te souviens des bouquets de fleurs de Fil? Non! Tu l'as toujours repoussé parce que ta fierté de pauvre fille ne voulait pas de lui. Il t'aimait. Et il t'aime encore comme un dingue. Faut être fou pour pas le voir! Et toi, tu lui tires dessus comme si c'était une nuisance. Grâce à toi, on a perdu Fil et aussi Alice. Elle ressemble plus à rien, tu vois?

Alice tremblait devant la puissance des phéromones dégagés. Sherlock et Greg se placèrent devant elle par instinct.

— Tu n'es qu'un lâche. J'ai fais ce que je devais faire. Il me l'a demandé. Je l'ai fait pour le protéger...

— Ouais, c'est ça... Il est peut-être mort à présent. Bravo Kalyn Keller! Vous avez réussi à tuer la seule personne en état de restaurer cette merde qui nous hante depuis vingt ans.

— Aden, murmura Mycroft.

— Casse-toi, Myc'! Tu n'es pas plus blanc qu'elle et moi... D'ailleurs, je ne sais même pas comment tu peux la supporter, cette alpha. Tu ne connais rien, K'... Non, tu ne connais rien. Tu es arrivée comme une fleur alors que tout était déjà terminé.

— Non...

— Non? Je ris ma belle! Non? La naiveté, c'est bien joli. La vérité... Tu veux la vérité? Et ben voilà la vérité. J'étais fiancé à Daiyu Li. Depuis notre naissance d'ailleurs. Nous étions promis l'un à l'autre.

— Aden, s'il te plaît...

— Ta gueule et barre-toi, Mycroft. Même toi tu ne connais pas tout... On était fiancé. Cool, super la vie. Elle vivait en Italie et moi, aux Pays-Bas. C'était simple, facile. Nos familles essayaient de changer les mentalités. On réussissait plutôt bien. Et puis un jour, William Rothschild fait son apparition. Quelle magnifique amitié nait entre Daiyu et lui. Et cette Maddison, si jolie! Mais quelles plaies! Ils ont foutu la merde à deux chez nous, avant de continuer la foutre la merde entre eux. Et puis toi, Mycroft... Mais tu étais gentil et cool. Super. Alors Daiyu devient meilleure amie avec toi. J'approuve, vous êtes superbes ensemble. Mais Will et Maddy... D'abord elle qui te prend pour son oméga alors que tu n'étais qu'un étudiant. Puis elle devient folle et tu lui exploses la tête. Bam! J'ai cru devenir fou. Ensuite, Will qui devient ton amant. Kalyn, tu arrives comme une jolie vierge dans la cage des lions. Tu sors avec Daiyu. C'est cool. De toute manière, on avait déjà rompu nos fiançailles et je me barrais déjà. Puis vous vous séparez. Et Will sort avec Daiyu. Ils se lient, ile se marient. Entre temps, Dimo a perdu Maddy puis Séverin car Will t'a fait comprendre qu'il allait à Oxford pour recruter ton frère, Sherlock. Tu paniques et c'est la débandade. Séverin meurt en mission.

— Aden, arrête! cria Kalyn. Elle tressaillit. Elle recula de quelques pas.

— Non, je continue. Il faut que tu saches et que tu arrêtes de te croire meilleure que les autres... Sherlock est sain et sauf et ne sait rien de toute notre histoire, génial. Mais Dimo est dévasté. Il se barre aussi. Et Mycroft triomphe, il est seul. Sauf que Will avait décidé d'avancer plus vite avec cette SSA. On bâtit la SSA. C'est superbe, on est grand, on est puissant. Mais on attire l'attention des mauvaises personnes. Un jour, en mission, Will se fait exploser le coeur. Là où il est aimé le plus. Comme Maddy qui s'était faite exploser le cerveau. Un comble pour une des meilleures chercheuses de ce monde. Voilà la belle histoire. Résultat, la SSA est peuplée d'ignares revanchards. Sacha, Fil et moi ne comprenions plus rien mais suivions le mouvement pour tenter de remettre l'ordre premier. Tout se calme. Heureusement que tu étais là, Mycroft. Trois ans avant, Daiyu revient. Je savais que rien n'irait comme prévu. Et j'ai eu raison... Kalyn, je ne suis pas revenu pour la gloire. Mais parce que tout n'était que la partie émergée d'un iceberg aussi noir et crevé que le coeur de Dimo. Daiyu meurt. Alice revient, Dieu soit loué. Et toi Kalyn, tu pensais regagner son coeur à Daiyu. Et j'ai vu Filibert sombrer à cause de cela. Il veut montrer sa valeur. Daiyu se fait empoisonner par mon père le jour de ton anniversaire. Quel destin... Et voilà. Aujourd'hui, Filibert n'est peut-être plus vivant. Dimo ou Dimitrov, est devenu un psychopathe. Et toi, Kalyn, tu penses encore à jouer aux héroïnes? On est pourri de l'intérieur. Dès le début, on était pourri... Le Circus, la Roseraie et toutes ces rivalités... C'était entre nous, c'était parti d'un problème interne. Maintenant, on est coincé dans une jungle avec une bande de bras cassés et le monde est un chaos. Si Will n'était pas venu...

— Tu n'as pas le droit de dire cela de Will...

— Qu'est-ce que tu sais de lui, hein? Il a quand même brisé le couple formé par Mycroft et sa soeur pour avoir Myc. Puis il t'a séparé de Daiyu pour se marier avec elle. Magnifique et bon? Mon oeil.

— Il t'a sauvé la vie à de nombreuses reprises et...

— Aden, Kalyn! s'énerva John.

L'oméga avait levé la voix et se dirigea vers les deux personnes.

— Ne te mêles pas à ça, John. C'est entre K' et moi. Tu n'as pas à subir tout ceci. Ni toi, ni Sherlock et ni les autres ici. C'est entre nous, Kalyn, Mycroft, Alice et moi...

— T'es qu'un lâche qui a peur et faim, s'écria Kalyn de dépit.

— Non, K'. Je veux juste que tu saches la vérité.

— Ce n'est que mensonges et suppositions. Et tu oublies le sacrifice d'Albert, celui de ta soeur, ton père et ceux des autres? C'est facile pour toi d'accuser Will. Et tu étais où lorsqu'il s'est fait sauter le coeur, hein? T'étais où? Ah oui. J'me souviens. Tu étais en train de fêter la gloire de ton entreprise florissante. Tu n'étais pas là. Tu ne savais rien de la suite. Et même si au départ, Maddison, Dimitrov, Filibert, Daiyu et toi vous vous occupiez de tout sans problèmes, tout ce qu'on voit aujourd'hui commençait déjà. Ne me dis pas que tu ignores les raisons du décès de la mère de Daiyu et l'accident fatal de son cousin, Aden. Ce n'est pas si simple. Rien n'est si simple...

— Li Xue Rong est morte à la suite d'une longue maladie. Le cousin de Daiyu avait eu un accident, je le sais bien. J'étais là! se contenta de murmurer Aden en se frottant le visage.

— Bon, je pense que ça suffit pour le moment. Nous sommes tous fatigués et énervés... Mais inutile de gâcher l'énergie pour rien, tempéra Ben en se plaçant entre les deux amis.

Mais Aden et Kalyn continuaient de se fixer. Le reste du groupe s'était fait discret, conscient de ne pas appartenir à ces mémoires âgées de vingt ans. Vingt ans de rancunes, de mots refoulés et de secrets. Et Kalyn s'écroula à terre, défaite. Aden finit par soupirer et s'agenouilla à ses côtés. Le silence reprenait son pouvoir sur les cris et bousculades. La fatigue et une lassitude ancienne de vingt ans avaient eu raison de la dispute.

— On a... On a perdu Myc! s'écria soudain Alice dans un vent de panique.

Le reste du groupe se retourna aussitôt vers elle.

— Non... Pas Mycroft... Où est-il? demandait Kalyn en survolant les alentours. Insufflée d'une énergie renouvelée, elle se releva et s'approcha d'Alice. Aden continuer de fixer le sol vert.

Tout le monde était présent. Mais pas l'ombre d'un Mycroft en vue.

Alice, John et Kalyn paniquèrent.

— Non, non, non, impossible. Ce n'est pas vrai! Comment avez-vous pu le laisser partir sans nous prévenir? grogna Kalyn.

— Ce n'est pas possible, Kalyn! C'est un adulte et un excellent agent sur le terrain. Il retrouvera bien le chemin. Il n'y a pas mort d'hommes. Nous avons connu bien pire, râla Aden.

Il se prit les regards noirs d'Alice, John et de Kalyn.

— Aden, ne m'oblige pas à te mettre mon poing dans la gueule et cette fois-ci, je m'en fous de tes états d'âmes et de vos histoires passées! gronda John.

— Et c'est moi qu'on traite de pleurnichard? Regardez Kalyn, toute paniquée qu'elle est... Désolé... intervint Aden de rage, puis il se calma, gêné par son manque de courtoisie.

— ADEN! Tu n'es pas raisonnable! Myc' a disparu et dans l'état où il est, on risque vraiment de le perdre! intervint Alice qui tournait en rond, la tête entre les mains, touchée à son tour par la folie tense qui plombait le groupe.

— Ne t'énerve pas Alice, tout ira pour le mieux, tenta de la rassurer Greg, incroyablement calme pour un A Alpha en situation de stress intense.

— Et tu oses me dire cela maintenant? Putain! On a égaré Myc'! Je t'ai dit qu'il ne fallait pas le laisser partir avec K' dans cet état et tu m'as promis qu'à trois mois il pouvait encore bouger. Mais là... Nous sommes dans une jungle et... et... continuait Alice en se rapprochant de John.

— J'ignorais qu'ils allaient dans la jungle! Je pensais qu'ils allaient rejoindre le siège à Hong Kong et tenter de retrouver ces trois idiots à distance! Sinon je n'aurais jamais laissé Mycroft partir avec ce qu'il a dans le ventre! rétorqua John en brassant l'air des bras, s'énervant à son tour.

— Merde, merde, merde! Dans une jungle, sans alpha de famille avec lui, seul...

— Il survivra à des bêtes sans problème, il a déjà tué à mains nues un lion. Tu étais là d'ailleurs, ajouta Aden qui reprenait son souffle.

— Non mais quelle bande de nazes! Ce ne sont pas les bêtes sauvages qui me font peur mais les autres humains! s'emporta Alice.

— Il n'y a pas de quoi avoir peur, Alice.

— Oh que si...

— Du calme, ça va aller. On va retourner là où nous l'avons vu pour la première fois et... intervint d'une voix posée Ben.

— Tout ça, c'est à cause de toi Greg! Il ne t'a pas suffit de le mettre en cloque?! cria Alice en se dirigeant vers Lestrade.

Tout le monde se tût.

— Hein, quoi? interjeta Aden, bouche bée.

— Merde Alice! jura John en levant les bras en l'air.

Kalyn se frappait le front. Sherlock demeurait silencieux, spectateur de la scène.

— My... Myc'... Por... Porte un enfant? balbutia Aden, abasourdi.

Tout le monde se regardait, personne ne semblait comprendre ce qui se passait. Sherlock soupira. Il brisa le silence.

— Mon frère est en gestation de trois mois. Je vois que John, Alice et Kalyn êtes au courant. Il en va de soi puisque vous avez quitté ensemble Hong Kong.

— Qui... qui? maugréa Aden.

— Qui d'autres? Il n'y en a qu'un qui puisse mettre mon très fertile et A oméga de frère en cloque ici, lâcha Sherlock comme une évidence.

Tout le monde avait à présent les yeux rivés sur Greg.

— Oh... Mince alors... souffla Aden.

Gregory demeurait stoïque.

— John? demanda Sherlock.

Le médecin-soldat soupira avant d'acquiescer.

— Mycroft est en gestation de trois mois, bientôt quatre, je confirme. Je l'ai su à trois semaines après l'avoir obligé à effectuer une prise de sang pour raisons... médicales. Greg est bien le père de l'enfant, nul doute là-dessus. La seule alpha qu'il arrive à supporter est Kalyn. Sinon, ce sont tes anciens vêtements, Greg. J'ai dû tous les ramener avec moi lorsque nous sommes partis pour Shanghai. Il ne peut pas respirer autre chose qu'un environnement familier comme tout oméga. Cette consigne s'applique d'autant plus qu'il est A Oméga. Donc alphas de famille, père de l'enfant, omégas et bêtas familiers ainsi que membres proches comme Chiara sont les seuls autorisés à rester près de lui sans porter préjudice. Greg est A Alpha et pas si familier que cela contrairement à Kalyn. Or c'est ton odeur qui le calme le mieux. Donc, tu en es le père. De toute façon, Mycroft me l'a dit. Il n'a pas été avec d'autres alphas que toi, raconta calmement John.

Gregory tremblait à présent.

— Attention, il va... s'écria John en éloignant le groupe de Gregory.

L'A Alpha grogna avant de rugir.

— C'est une réaction typique chez un A Alpha qui apprend qu'il devient père, commenta John pour calmer ses amis sous le choc.

Gregory avait frappé un tronc d'arbre du poing. Les oiseaux s'envolèrent sous la secousse dans un fracas d'ailes et de cris. Des feuilles tombèrent.

— Un peu comme Sherlock, ajouta Kalyn qui n'avait d'autres choix que d'accepter la réalité. Gregory Lestrade était à présent au courant de l'état de Mycroft. La sévérité de sa réaction n'était qu'à la mesure de la surprise.

L'A Alpha rugissait, tournoyait sur lui-même, perdu dans son esprit et un corps qu'il n'arrivait plus à contrôler.

Et enfin, Greg tomba au sol, la tête entre les mains.

— Ok, on y va. Sherlock? ordonna d'une voix militaire le médecin.

Le cadet Holmes sortit une gourde encore peu vidée. Le couple se précipita vers Greg. Sherlock lui maintint les bras avec fermeté, laissant son oméga ré-hydrater Lestrade.

— Myc... Mycroft porte un enfant... murmura Gregory après quelques minutes.

La tension le quittait à présent.

— Il faut aller le chercher. Greg, reviens vers nous. On n'a pas le temps de pleurer. Tu lui diras ce que tu en penses après l'avoir retrouvé, aboya John sous les yeux terrifiés du reste du groupe.