— Trente —

Thaïlande, jungle.

17 juin

Jour 188

Mycroft Holmes n'avait pas eu la prétention de trouver lui-même une solution à leur égarement dans la jungle. Il n'avait pas non plus voulu quitter de lui-même le groupe par crainte de devoir se confronter à Gregory Lestrade.

Il n'avait même pas voulu les quitter.

Cela faisait des heures et des heures qu'il marchait, seul, se référant seulement à son instinct de survie et le pauvre lien miteux qui lui restait avec son frère.

Il s'était égaré comme un vulgaire débutant, à cause d'une altercation et de quelques mots cinglants. Il avait eu peur et par instinct, s'était réfugié ailleurs. Malheurs s'ensuivit puisqu'il se retrouva très vite seul, perdu.

Tout cela parce qu'il s'était réfugié dans son esprit pour penser et réfléchir et s'échapper aux querelles du passé.

Il n'avait rien demandé de tout cela. Ce n'était pas de sa faute si Dimitrov s'était mis en tête de le battre à tout prix. Il ne connaissait presque rien du passé qui unissait Dimitrov de Sacha, Maddy, Will, Merry, Aden et Séverin. Il ignorait presque tout de leurs actes sous l'autorité de Bai Long. Ce qu'il connaissait lui venait de lectures et de témoignages tirés sous la contrainte et les demandes incessantes. Il fut un temps où il avait bombardé les intendants de Bai Long de questions, où il avait cherché à pénétrer dans les archives numériques et physiques les plus secrètes. Mais très vite, il comprit que sa seule manière d'accéder aux secrets de ses amis était de les déduire. Il avait alors peaufiné son art à un point tel que Bai Long avait dû intervenir. Il apprit donc par expérience que certaines choses valaient mieux ne pas être sues. Et le passé de ses amis lui demeurait encore trouble. Mais désormais, il comprenait ce besoin de discrétion.

Son passé avec Merry était l'affaire de personne. Ce qui l'unissait à Fil non plus. Et son amitié avec Kalyn... Il préférait ne pas en parler puisque tant de facteurs et expériences douloureuses les liaient. Certaines choses devaient rester secrètes.

Et voilà que sa quête de tranquillité et de paix l'avait menée vers un désert verdâtre peu engageant.

Il s'écroula sur un tronc d'arbre et se tint le ventre fermement.

Son bébé grandissait vite et bien, arrondissant son ventre. Quatre mois et son envie irrésistible de se vautrer dans les bras de Gregory Lestrade au calme et au chaud n'était plus réaliste à présent.

Il leva les yeux vers le ciel, constatant que la nature avait pris ses quartiers libres dans la jungle comme le voulait la vie. Il se sentait impuissant dans cet environnement préservé de toute civilisation. Peu d'animaux et encore moins d'humains. Il vivait comme dans un rêve où seul son enfant et lui se mouvaient.

Il n'avait même pas pu parler avec Gregory, encore moins l'humer. Il pouvait juste le regarder du coin de l'oeil et espérer vivre une autre réalité que celle qu'il avait choisi.

Sa fierté mal placée et son entêtement à vouloir rester libre dans la solitude lui coûtaient trop cher.

Mycroft se remémora comment, par arrogance, il avait souhaité garder l'enfant et vivre seul sa gestation. C'était d'une puérilité... A présent, l'esprit clair et affamé, il s'avoua avoir été idiot. Il existait toujours des solutions alternatives.

Gregory Lestrade l'aimait.

Il pouvait le voir dans ses yeux, dans ses gestes et même dans ses grognements. Tout le monde le lui répétait inlassablement. Ils s'aimaient, ils le savaient tous deux.

Alors pourquoi vouloir se repousser?

La peur, la violence, le mal, cette sensation de tomber dans un trou sans fond lui glaçaient le sang. Mais c'était avant. Lorsque le confort matériel et leurs missions avaient encore toute leur importance.

Aujourd'hui, en plein après-midi, dans une jungle, seul, Mycroft se rendait compte de sa lâcheté.

Ils pouvaient s'aimer. Il suffisait d'un regard, de quelques mots. Et même s'il avait la gorge nouée... Kalyn et ses amis pouvaient faire le travail à sa place malgré sa réticence. Ou tout simplement, un premier pas de Gregory.

Beau, gentil, calme, imprévisible, passionné et solide Gregory.

L'oméga se frotta le visage, espérant retrouver un peu de courage physique. Il était épuisé, sale, et Greg lui manquait.

L'A Alpha lui manquait horriblement.

Mais cela ne servait à rien de se lamenter. Il devait trouver une solution à son gros problème.

Il se leva difficilement et huma l'air ambiant. Humide, vert, un peu marron, bleu dans le ciel, puis vert. Tout sentait la végétation, la nature, l'eau mêlée à la terre boueuse. Cette odeur de boue... Mycroft se pinça le nez. Il voulait un peu de civilisation. Il lui fallait encore marcher et attendre.

Il comprenait désormais certains passages des écrits de Merry.

Daiyu Iris Li. Héritière unique et décédée de la famille impériale Li. Envoutante, intrépide et courageuse Daiyu. Celle pour qui l'on pouvait tuer et mourir. Elle n'avait pourtant pas fait grand chose. Ses écrits commerciaux lui avaient assuré une bonne rente. Ses travaux universitaires ne pouvaient pas briller puisque trop en avance et trop dangereux dans les mains d'ignares qui peuplaient la terre. Elle s'en fichait totalement de la finance, de la politique, de la mode, de la célébrité... De tout en fait. Elle n'avait jamais cherché à faire de vagues.

Et ce qui la motivait: une quête de la vérité incessante et la recherche d'un bonheur paisible avec les êtres aimés. Tout ça, pour rester libre.

Elle ne désirait rien de tout ce cirque. Elle voulait juste retrouver un semblant de normalité dans so existence taillée pour être unique.

Mycroft avait toujours pensé à accomplir. Qu'importe le domaine. Il voulait montrer sa valeur en tant qu'A Oméga mâle aux yeux du monde et ce désir au final bien vain avait créé des vagues immortelles. Il avait attisé des conflits dans le monde, il se rendait lui-même malheureux.

Tu es bien vain. Elle avait tout compris.

Se lamenter en silence puis se dire qu'il était au-dessus de tout cela était bien puéril. Se croire supérieur aux autres également. Après tout, il n'était qu'humain comme tous ceux qui formaient les opinions. Il se lamentait sur le sort du monde comme si tout venait de lui.

Sauf qu'on y mourrait tous les jours dans ce foutu monde.

Certes, beaucoup étaient victimes de ce que la réalisation de ses convictions pourraient éviter: les bêtas jamais heureux, les alphas toujours stigmatisés, les omégas ne sachant que faire sinon se battre également pour un camp ou l'autre. Mais la vie tuait bien plus. Des accidents, la maladie, la pauvreté, la richesse, l'ignorance, les idées... C'était la vie.

Il n'était pas Dieu. Il portait juste un enfant et se demandait s'il allait bien pouvoir s'en sortir. C'était pire que de se faire torturer ou à deux doigts de mourir.

La solitude et l'errance étaient pires que tout. Il se retrouvait enfin face à lui-même dans une nudité de pensée totale. Et cela était bien plus effrayant que tout le reste.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

17 juin

Jour 188

Greg Lestrade rêvait d'une vie simple. Il rêva de Mycroft dormant à ses côtés, de cris d'enfants, de lumière tamisée. Il imagina une robe de chambre à terre et la vision de la peau laiteuse de l'A Oméga allongé à ses côtés. Il pensa à ce toucher satiné, à cette senteur opiacée. Il huma l'air humide et vert. Encore et toujours vert.

La nuit tombait.

Il s'assit sur un tronc d'arbre mort.

Il se tint la tête entre les mains, et pensa à ce que sa vie pourrait être une fois tous leurs problèmes réglés. C'était un beau rêve simple et assez réaliste avec scènes de ménage et rires autour d'une table basse.

Mais lorsqu'on était seul dans une jungle en quête d'un amant perdu, ce n'était plus aussi simple.

Il renifla l'air ambiant une nouvelle fois, balayant la verdure de ses pieds d'un côté, puis d'un autre. Il gratta l'écorce tropicale du tronc d'arbre. Il imagina Mycroft assis à ce même endroit quelques temps auparavant, ou plus tard.

Ses narines s'agrandirent soudain. Une feinte trace d'opium...

Il tourna la tête, laissant son instinct primitif prendre le dessus et se laissa aller. Son nez pointa vers la gauche.

C'était bien la senteur faible de Mycroft mêlée à la sienne.

L'A Oméga était donc bien en gestation.

En quelques secondes, il avait repris confiance. Il se remit debout et renifla autour de lui, yeux fermés, les sens alertes. A gauche, toujours à gauche et puis...

Mycroft était passé par là.

Il était sur la bonne voie.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

19 juin

Jour 190

S'il continuait à marcher, c'était bien parce qu'il suivait son instinct. Et aussi parce qu'il avait entendu des voix.

Mycroft se leva une nouvelle fois, abandonnant toute idée de pause longue. Il devait continuer à suivre ce mince sentier de senteurs humaines. Des bêtas, des omégas, et même des alphas. Une troupe d'individus se promenaient non loin de lui. Il devait les trouver. Il voyait enfin une résolution à des semaines de vie sauvage.

Il se remit en route, écartant les branches sur son passage, laissant son corps se fondre dans la nature et ses bienfaits. Il se sentait un peu hippie, comme ces jeunes gens à Woodstock des années de cela.

Et les bruits s'intensifiaient lentement. Il sentit son être s'enthousiasmer à la perspective de se ré-humaniser. Il avait hâte.

Mais en même temps, il devait patiemment trouver un moment propice. Pour le moment, il se contenta de les suivre en retrait. Même si ses pas continuaient de le porter toujours plus près du groupe.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

20 juin

Jour 191

Kalyn Keller et Sherlock Holmes se relayaient comme nez. L'une parce qu'elle portait la senteur de Mycroft par habitude et l'autre, parce qu'il était le frère du disparu.

Les deux alphas avaient également d'autres préoccupations. Aden se fatiguait trop vite. Ben et Alice se relayaient la nuit pour veiller. John servait de médecin et de guide de survie, bien aidé par son expérience dans l'armée de terre. Chacun avait un rôle bien défini, même si le divertissement comique procuré habituellement par Aden s'estompait vers un triste drame intellectuel.

Et pourtant, ils tenaient bons. La trace était encore vivante, voire même vivace.

Ils débouchèrent sur une espèce de clairière étroite, et se partagèrent un grand tronc d'arbre en guise de chaise. Le ciel était bleu, pas de pluie. La végétation les noyait dans sa verte humidité tropicale. La terre boueuse et marron les rendaient nauséeux.

Sherlock leva le regard au loin et huma. Il décela la senteur de son frère et son lien le poussa à regarder en bas.

— Des traces de pas, murmura-t-il.

Il les reconnaissait. D'abord ceux de Lestrade, et puis, plus discrètement, ceux de son frère. Ils s'étaient donc ratés les uns les autres à peu de temps près.

Au moins, ils étaient sur la bonne voie.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

21 juin

Jour 192

Il faisait bien beau là-haut.

Mais il faisait également très chaud ici-bas. Mycroft se retourna sur le dos et referma les yeux.

— Shh... Tu dois te réveiller et boire ce bouillon, fit la voix.

C'était une B Oméga, mi-vingtaine, agenouillée à ses côtés.

Mycroft rouvrit lentement les yeux. Elle possédait un regard noir plaisant, très brune. Elle parlait avec un grand accent italien.

— Reposes-toi sur moi, continua-t-elle en l'aidant à se relever.

Il fit comme demandé, se sachant trop faible pour protester. Lentement, elle lui releva le visage pour lui offrir une cuillère de bouillon. Il n'avait jamais senti quelque chose d'aussi bon. Il goûta, trempant ses lèvres timidement dans le liquide chaud et gémit de contentement. C'était merveilleux.

— Voilà qui est mieux, dit-elle.

Elle continua de lui offrir à manger. Il accepta sans broncher. Il avait besoin de force et l'oméga le calmait.

— C'est bien mieux, murmura-t-elle.

Elle l'aida à se rallonger. Il s'endormit presque aussitôt malgré sa volonté de rester éveiller.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

22 juin

Jour 193

— C'est drôle, nous sommes tous différents ici, murmura Alice.

On l'avait allongée par terre. La C Bêta ne tenait plus debout.

— Un peu de repos et tout ira mieux, dit Ben.

— Il ne manque plus que Sacha et on aura toutes les croyances et cultures réunies ici. L'argent pour Aden, Merry pour Kalyn, le pape pour moi, Al-Jadriya pour toi, le palais intellectuel pour Sherlock, la paix pour John, Mycroft pour Greg et la liberté pour Mycroft, tenta-t-elle vainement de plaisanter.

— Alice...

— Tu es bêta, John est oméga, Sherlock A Alpha comme Greg. K est B Alpha, Aden bêta. Et je suis bêta depuis pas longtemps. J'étais A Oméga comme Mycroft. On s'entend bien. C'est beaucoup demandé de vouloir vivre ensemble en harmonie? Tu n'es pas d'accord avec moi, Ben?

Le physicien hocha de la tête. Le temps lui avait donné une barbe fournie. Il avait les larmes aux yeux.

— C'est pour éviter de voir d'autres familles déchirées que j'ai rejoint cette vie. Je ne veux pas de la gloire ou de la richesse. Mais avec le temps et les besoins, on n'a pas eu le choix. J'ai connu un Aden presqu'à la rue, Kalyn à l'université et Sacha fille de diplomate qui voulait vivre en bouddhiste parce que c'était chic... Et pourquoi est-ce que je raconte tout cela?

— Alice, tu es fatiguée. Tu n'as pas besoin de justifier ton état. On a compris, on ne t'en veut pas, répondit John qui s'était accroupi aux côtés de Ben. Les deux hommes se regardèrent, inquiets pour leur amie.

— Je suis désolée.

— Tu n'as pas à être désolée. Nous ne sommes pas tous des Kalyn, Sherlock, Greg et Mycroft. Chacun à son rythme. Tu es un cerveau magnifique et une artiste talentueuse. Tu n'as pas besoin d'être également bonne sur le terrain.

— Mais John...

— Il a raison. Nous sommes tous différents. Aden vit mieux la nuit et moi-même suis épuisé, appuya Ben en lui pressant l'épaule.

— ...

— On doit se serrer les coudes et... Sourit! On se bat pour cela, hein? La paix et donc un peu de bonheur, dit John en esquissant son célèbre sourire de garçon.

— On aurait dit Merry, gloussa faiblement la rousse.

— Merry et la liberté. Un peu synonyme, tu ne le penses pas? Hein... Aden? s'exclama John en écartant grand les bras et manquant de donner un coup à Ben sur le passage.

— Ne m'en parle pas! Elle était tellement libre qu'elle avait réussi à se perdre dans l'Amazonie et écrire des choses tellement choquantes qu'on a dû les enfermer au Vatican! répondit Aden en se tournant vers eux.

Ben regardait le groupe, étonné. Lui qui rêvait d'amitié et de camaraderie simples était surpris. Cette bande de bras cassés se disputait, se détestait parfois, se chahutait, cachait des secrets et rancoeurs anciennes. Mais elle témoignait d'une belle ouverture d'esprit et d'une grande humanité désarmante.

— Vous êtes de sacrés lascars, dit-il en imitant l'expression de John.

— Et tu n'as encore rien vu! Attends de rencontrer le reste de la bande! s'exclama John en insistant son regard sur Aden qui fixait le ciel.

Kalyn et Aden ne s'adressaient toujours pas la parole.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

22 juin

Jour 193

— Je m'appelle Maria.

Mycroft termina de se frotter le visage avec la serviette humide qu'on lui avait offerte. Il se sentait revivre, enfin propre au visage. Son corps avait retrouvé un semblant de forme, grâce aux bouillons et au sac de couchage moelleux.

— Je suis italienne. Avec moi, il y a Isabella, Tania, Stefano, Pietro et Gabriele. Nous sommes des chercheurs en expédition. Tania est métisse thaïlandaise et italienne et donc nous sert de guide. Et toi, qui es-tu? lui demanda-t-elle.

Il cligna plusieurs fois les yeux et l'inspecta longtemps. Elle disait vrai. Etudiante en troisième cycle à l'université de Milan, spécialisée en anthropologie. Ils devaient être tous étudiants, à l'exception d'Isabella. Mycroft avait senti une sorte de respect presque admirable dans le ton employé par Maria lorsqu'elle s'adressait à Isabella.

— Mycroft. Je suis chef d'entreprise, dit-il en italien.

Les yeux de l'étudiante s'agrandirent de surprise et avec plaisir, il la vit sourire à pleines dents. Aussitôt, elle se leva et d'un cri, appela ses amis à venir vers eux. Quelques instants plus tard, il se retrouva au centre d'une assemblée plutôt amusante.

C'était une bande de joyeux hippies, puristes dans leurs manières de parler et de vivre. Il n'avait aucun mal à se faire comprendre, son italien teinté d'un accent vénitien, vestige de son amitié d'avec Merry.

— Alors tu t'es perdu? lui demanda Pietro, un oméga au t-shirt large, épaule dénudée par un col trop grand. Il était barbu, juste assez pour être qualifié d'adorable, et portait des lunettes rondes.

Isabella lui souriait à pleines dents, sage dans la soixantaine, cheveux grisonnants, le regard vif traduisant une brillance et intelligence rares.

— Oui, je me suis égaré de mon groupe d'amis. Nous étions venus pour un court séjour et voilà, répondit-il.

— Et... Le père? osa demander Maria en fixant son ventre arrondi.

Les italiens demeuraient traditionnels malgré leur ouverture sur le monde. C'était l'oeuvre du Vatican. Non pas celui de Diesbach, mais de celui de ses prédécesseurs. Hans avait encore du mal à imposer son point de vue progressiste même si ses discours enjoués faisaient de lui une sorte de rock-star du catholicisme. Pour un athée convaincu comme Mycroft, c'était un joli compliment.

— Il était avec moi, dit-il.

Maria et Pietro s'exclamèrent de tristesse pour lui avant de l'enlacer fermement.

— J'espère que vous le retrouverez rapidement. Entre temps, restez avec nous. Il fait trop dangereux pour un oméga en gestation de se promener seul dans la jungle. Même si la météo est plutôt clémente par ces jours, intervint Isabella en digne A Bêta mature.

Il la remercia d'un hochement de la tête et assista à l'organisation d'une division des tâches plutôt cool. En quelques mots, Isabella dispersa la petite foule dans diverses directions. Tania et Stefano, deux B Alphas jeunes et enthousiastes, se dirigèrent vers les arbres pour extraire des ressources utiles. Maria resta à ses côtés. Pietro partit avec plusieurs gourdes et Isabelle s'occupa de monter la tente.

— Isabella est également anthropologue. Nous sommes venus rencontrer des populations primitives et étions sur le chemin du retour lorsque j'ai senti ta présence. Tu étais trop faible et déshydraté alors on a attendu que tu t'endormisses pour te recueillir parmi nous. Pietro et Tania sont des étudiants en botanique. Stefano est géographe. Regarde ces dessins à terre, que des croquis de plantes et des cartes faites main. Je me contente de prendre des notes et assister Isabella, présenta Maria brièvement en lui tendant une gourde.

Mycroft renifla le contenu par habitude et se fiant à son instinct, il en but le contenu.

— Si tu veux, et je te le conseille, on pourrait aller prendre un bain non loin d'ici. Ce ne sera pas très long, rapide même car la rivière ne se prête pas à ce genre de situation. On ira avec Pietro comme ça tu ne seras pas seul.

Mycroft acquiesça. Il avait besoin de se nettoyer, ne serait-ce que pour le bébé.

— Combien de mois il a?

— Quatre, répondit-il en se caressant le ventre.

Elle suivit le geste, attendrie par ce ventre rond.

— Tu en as de la chance. Tu rayonnes malgré le climat, la dureté de la jungle et ton état déplorable, osa-t-elle dire en riant.

Quelques ridules se formaient au coin de ses yeux foncés, ajoutant un charme exotique à ce visage plaisant et intelligent. Il avait eu de la chance. Ce n'était pas tous les jours que l'on tombait sur des chercheurs aussi gentils.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

25 juin

Jour 196

Les jours passaient et il cherchait encore. La trace restait, pérenne maintenant qu'il arrivait à la déceler parmi la végétation et l'odeur de l'eau. Il suivait ces reliques, imperturbable dans sa tâche.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

30 juin

Jour 201

Il avait repris des forces et progressivement, s'était même plutôt bien intégré dans le groupe de chercheurs. C'était un univers qu'il avait longtemps côtoyé, lorsqu'il n'était encore qu'étudiant avec Merry, Will et Kalyn. A cette époque, ils aimaient débattre de tout et repoussaient sans cesse l'échéance fatale de la fin des études.

Au final, Will s'en était sorti philosophe, master pour Kalyn bien qu'elle avait commencé un troisième cycle jamais terminé et Merry, chercheuse bien entendu, avait continué à vivre dans cet univers singulier et si simple en tant que professeur.

Lui-même possédait un doctorat en mathématiques. Il n'en parlait presque pas, utilisant plus souvent son master en sciences politiques et un un second doctorat en droit pour justifier ses choix de carrière. Mais au plus profond de son être, il était un scientifique convaincu. On ne pouvait pas prendre autant de recul sur le monde sans en comprendre son fonctionnement.

— Vous faites un magnifique travail, murmura-t-il en parcourant les notes, croquis et photos de ses camarades.

Maria bomba le torse, imitant un alpha fier. Mycroft avait rapidement déduis la sexualité de la jeune oméga. Homosexuelle, elle lui racontait ses expériences souvent malheureuses en amour. Il lui confiait avoir eu des relations similaires sans conséquences étant résolument de l'autre bord. Cependant, les exemples de Kalyn, Filibert et un peu de Sacha étaient appréciés de la jeune femme. Le monde était cruel avec les minorités.

— Je vous trouve très courageux, répéta une énième fois Pietro en leur apportant une collation.

Ils déjeunaient d'un mélange de vivres emportés et de choses ramassées dans la jungle. Mycroft buvait beaucoup d'eau aromatisé. Le goût légèrement sucré rassasiait un peu son besoin en gourmandises.

— Nous nous dirigeons vers un petit village. Là-bas, on trouvera un moyen de retourner à la civilisation comme vous le répètez inlassablement dans votre sommeil! expliqua Maria en repoussant une mèche de ses cheveux noirs derrière une oreille percée, le regard pétillant de malice.

— Merci.

— Et on vous trouvera un médecin. C'est trop important ce que vous portez.

— Je...

— Ah non! Pas de cela avec nous, Mycroft! ajouta Isabella. Elle fouilla dans son sac à dos pour sortir une petite flute à bec.

Très vite, une feinte mélodie détendit l'atmosphère. Tania se mit à frapper un rythme entrainant sur quelques ustensiles de cuisine et Gabriele se mit à danser.

— Allez, venez! cria-t-il en invitant le reste de la bande à le rejoindre.

Maria lui tendit une main délicate qu'il attrapa.

*xXx*

Thaïlande, jungle.

3 juillet

Jour 204

Lestrade croyait rêver. Il se frotta plusieurs fois les yeux puis le visage, mélangeant la sueur à une couche de saleté bien incrustée dans sa barbe.

Il croyait vraiment rêver. Ou bien halluciner.

Ok. Respire.

Il leva une nouvelle fois la tête vers le ciel et plissa les yeux sous le choc de la lumière aveuglante.

C'était bien vrai alors.

Il y avait réellement une traînée de fumée qui ondulait dans les cieux.

Ok, en route!


Bonne année (en retard, désolée!)

Et soyons fous. Aimons la vie comme elle l'est. ;)

PS: correction des fautes à venir. Aussi, bientôt la fin! Je pleure d'avance. Reniflons ensemble! Héhé.

PPS: Ben est musulman (on l'a vu, sans blague! XD). Tak aussi (souvenez-vous du seul intendant qui arrive à calmer Sherlock et Merry). Les Banaart sont juifs comme Sacha. Sinon, Merry était Pastafariste (loool!). Fil est bouddhiste. Raf est Sherlockiste un jour, agnostique l'autre, geekiste le troisième, afro le quatrième... Bai Long est Bai Longuiste neo-Confucianiste (yolo!). Bref, tout ça pour dire... Vive la diversité et surtout la curiosité! ;) Aimons-nous et faisons des conneries tous ensemble!

PPPS: Je suis Mystradiste.

PPPPS: Je respecte toutes les religions/croyances/cultures/folies/lolcats/nocturnes de Chopin/wtf! et j'essaye de toutes les comprendre (moi, ancienne intello ringarde de l'école). C'est dur (j'ai perdu mon statut d'intello depuis que j'ai compris l'art du baratinage et acheté une paire de Converse et entrée par une fenêtre dans la classe... en classe) et un peu prétentieux (parce que c'est toujours prétentieux de parler de ça, bof), mais c'est la moindre des choses. Je remercie donc ces livres et profs qui enseignent toutes les religions dans toutes les langues et à toutes les sauces. Même le Pastafarisme.