— Trente-deux —
Thaïlande, jungle.
4 juillet
Jour 205
C'était un sentiment de plénitude, il se le répétait inlassablement. Guidé par la poigne de Lestrade, oubliant l'atmosphère moite et chaude dans laquelle il survivait depuis des semaines, l'A Oméga avançait vers le cours d'eau pour un peu d'intimité.
Ce ne serait que de courte durée. Greg tout comme lui étaient épuisés.
Son coeur battait la chamade. Ses enfants dormaient, apaisés par la senteur diffuse de leur géniteur. Sa main ne lâchait plus celle de Greg. Son Alpha. Mycroft baissa le regard, signe distinctif de soumission inconscient.
— C'est beau...
Gregory parlait d'une voix grave. Il prononçait des paroles sans significations particulières dans un ton doux et relaxant. Il les laissait se fondre dans les sons de la jungle, rythmés par une respiration régulière et l'effort physique de la marche. Mycroft s'abandonnait dans ces sons rassurants. Il pouvait s'y évanouir.
— Je vis un rêve... Peut-être que je me réveillerai dans quelques minutes... Tout ceci ne serait que le fruit de mon imagination. Sauf cette jungle...
Mycroft gardait la tête baissée, l'esprit vidé, fixant le sol irrégulier. Greg s'occupait de tout. Pour une fois, il pouvait se reposer sur lui. Il était en paix.
— Je ne sais plus combien de scénarios j'ai inventé. Je t'ai imaginé me sauvant d'une attaque. On tomberait tous les deux du ciel. Je t'attraperai. Je te dirai je t'aime. On s'embrasserait... Je t'ai visualisé un jour entrant dans ma chambre pour me faire l'amour en silence, et me chuchoter ta dévotion dans le creux de mon oreille à l'aube... J'ai... J'ai tellement pensé à ce qu'on pourrait vivre, rêvé à comment on se retrouverait, enfin... Je n'aurais jamais cru que ce serait au final si évident...
C'était comme si son esprit s'était réveillé d'un coup. Tout était clair et si facile à présent. Cette présence, cette poigne et cette senteur l'avaient projeté dans un univers lumineux. Toute cette âpreté, cette tristesse et cette noirceur indescriptible s'étaient évaporées pour laisser place à une sensation de plénitude. Plénitude, voici le mot qu'il recherchait et dévorait tant il avait peur de le perdre, de le laisser s'échapper une nouvelle fois alors qu'il ne l'avait qu'effleuré du bout de son coeur.
La poigne se resserra.
— Je me suis imaginé comment serait notre vie autrement, si tout avait été plus simple... J'irais au Met tous les matins, en retard parce que j'aurais passé trop de temps à vouloir te garder au lit avec moi. Le soir, tu viendrais me chercher dans l'une de tes voitures noires, Anthea à tes basques. On irait visiter Sherlock et John, garderait leurs enfants. Tu passerais ton temps au téléphone à parler une langue inconnue et je m'abrutirais devant Top Gear ou un match d'Arsenal contre Chelsea. On irait au restaurant ensemble.
C'était peut-être cela qu'ils essayaient de lui expliquer avec tant de mots, de mimiques et de phrases sans aucun sens à ses yeux. Toutes ces personnes qui se croyaient avoir trouvé leur alpha, leur oméga, leur bêta, et leur âme soeur. Pour Mycroft, cela avait toujours été la famille, Daiyu, et ses meilleurs amis. Il n'avait jamais pensé à plus. Même Will, Aden et tous les autres partenaires qu'il avait eu par le passé ne lui avaient jamais procuré ce sentiment de plénitude.
Mais Gregory...
— Je t'aime, tu sais. Oh dieu... J'ai répété tellement de fois ces mots... Mycroft, je t'aime. Monsieur Holmes, je vous aime. Je t'aime, je t'aime, je t'aime... Et voilà que je te dis tout cela à voix haute, sans te voir me rejeter ou rire à ma figure... Ouais... Je t'aime.
Il l'aimait. Il l'avait aimé depuis leur première rencontre, lorsque l'ex DI n'était encore que sergent et marié. Ce Gregory d'alors avait moins de cheveux gris, était encore plein de rêves et de droiture. Il allait devenir résigné, argenté, contrôlé et enfin, divorcé. Il allait tomber sous le charme de John, s'en prendre à Moriarty, ne vivre que pour ses amis et Sherlock. Il irait jusqu'à s'en étouffer pour protéger le secret de sa dynamique A Alpha. Avant de se laisser emporter par le Circus, la Roseraie et l'univers de Daiyu Li. Pendant tout ce temps, Mycroft l'avait épié au loin, ne comprenant rien de son attachement pour cet homme de justice. Jusqu'à ce que ses plus proches amis ne lui jetèrent la vérité en face.
Le soir même de sa rencontre avec Gregory, Aden Banaart lui avait fait sa demande en mariage. Mycroft avait tout rejeté. Ils s'étaient séparés ainsi. Il ignorait alors que Lestrade constituait la raison véritable de cette rupture.
— Tu entends?
Lestrade s'était arrêté. Mycroft manqua de se cogner contre lui, porté par ses pas et les végétations mortes à terre.
L'A Alpha se retourna. Ses yeux brillaient. Il avait ce sourire en coin. Mycroft se sentit rougir et son coeur battait toujours la chamade.
On lui attrapa les deux mains.
Lentement, Gregory se pencha vers lui et ferma les yeux. Mycroft termina de se rapprocher de l'alpha. Un baiser fut déposé. Son coeur battait un peu moins vite. Il était apaisé.
— C'est le cours d'eau, chuchota Greg entre leurs lèvres avant de lui redonner un autre baiser.
Il entendait cette source claire, pure. Lestrade s'était accroupi. Il plongea ses mains dans l'eau.
— Génial! Viens, Myc'.
Hésitant, Mycroft s'accroupit à ses côtés et trempa délicatement ses doigts dans le liquide limpide. La fraîcheur termina de lui éclaircir l'esprit. Tout était donc bien réel.
— Cela fait tellement de bien! Je dois puer le phoque, n'est-ce pas? continua d'acclamer Greg en se projetant de l'eau sur lui et Mycroft.
L'oméga acquiesça. Il sortit un savon de la poche de son pantalon et le tendit à l'alpha qui s'exclama de plaisir. En deux trois mouvements, Greg s'était déshabillé et avait plongé. Mycroft se contenta de le regarder se frotter vigoureusement le corps.
— Ha! C'est tellement bon! Viens Mycroft... Je ne peux pas te laisser en sueur, même si j'adore cette vision de toi.
Il n'avait jamais réussi à tutoyer Gregory Lestrade, même lorsque la situation était intime. Il n'y arrivait pas. A ses yeux, l'alpha avait toujours été hors de sa portée, à garder au plus loin. Pour Greg, cela n'avait jamais été le cas. Il le vouvoyait par politesse mais dans l'intimité de leurs actes, il le tutoyait. Il le tutoyait lorsqu'ils étaient seuls, lorsqu'il était en colère contre lui, lorsqu'il avait besoin de se confier à lui. C'était naturel chez l'alpha tout comme c'était naturel pour Mycroft de garder cette distance. Mais tout était différent à présent.
— Allez, viens. Je te tiens, Mycroft.
Gregory lui tendait la main. L'oméga hocha la tête et commença à enlever ses vêtements un à un, prenant soin de ne pas heurter son ventre fragile. Pendant ce temps, Lestrade le fixait, admiratif, les yeux embrumés. Nulle trace de désir sexuel, que de l'amour le plus pur et innocent.
Lorsqu'il eut terminé de se dévêtir, une main sur le ventre, l'autre agrippant Lestrade, il se laissa porter dans l'eau froide. C'était exquis.
— Tu as raison, lui murmura-t-il.
Gregory l'entoura de ses bras et commença à le barbouiller de savon.
— Il ne faut pas que tu attrapes froid, dit-il en se pressant contre son ventre pour le réchauffer.
Mycroft était serein. Son alpha le protégerait, lui et ses enfants.
— Des jumeaux Myc'... C'est un cadeau merveilleux que tu m'offres là. Je ne me croyais plus possible de procréer. Mais toi... Mon miracle, continuait de murmurer l'alpha qui se concentra sur son ventre.
Ils ne s'attardèrent guère dans le cours d'eau, de peur pour leur progéniture. En silence, ils rentrèrent au campement. Mycroft ne lâchait plus la main de Greg.
*xXx*
— Je m'appelle Greg, enchanté! se présenta l'alpha, assis sur un tronc d'arbre.
Le groupe de chercheurs l'analysa rapidement et conclusion satisfaisante, ils s'empressèrent de le joindre à eux.
— Vous êtes adorables tous les deux ensemble. Dites-moi, comment vous êtes-vous rencontrés? demanda Maria.
Il était peu courant pour un couple alpha et oméga d'avoir des enfants sans être liés. Mais Mycroft pouvait compter sur la discrétion de ses nouveaux amis. Ces derniers n'avaient pas eu de mal à saisir l'état de leur relation.
— Oh, c'est une longue histoire... Disons que ce cher Mycroft m'a kidnappé pour vérifier si je suis un honnête policier. Le reste, remercions la vie... répondit vaguement Greg en s'aidant de son sourire en coin.
— Kidnappé? Coquin, Mycroft! interjeta Pietro.
— Disons que son frère est intervenu sur une de mes scènes de crimes et j'ai dû le mettre en garde à vue. Mycroft est venu le chercher puis m'a kidnappé pour... m'interroger sur mes intentions. A l'époque, j'ignorais qu'il était oméga. Je le croyais bêta voire alpha tellement il m'avait fait peur, ha! continua Greg en lançant un clin d'oeil à un Mycroft sans voix.
— Ce n'est que mon...
— Amour, tu as kidnappé John pour les mêmes raisons. Et je pense que tu aurais kidnappé quiconque entre plus ou moins de manière permanente dans la vie de ton frère.
— Sherlock n'est pas un cas facile, mais...
— Il s'appelle Sherlock? Sherlock et Mycroft... Vos parents ont une grande imagination! intervint Tania cette fois-ci.
Mycroft rougit mais la pression réconfortante de Greg le ramena à la raison.
— Et depuis ce jour, mon quotidien est devenu une tornade permanente. Entre Mycroft et Sherlock je n'avais plus une minute à moi. En quelques années, je me suis retrouvé promu, puis gris, puis divorcé. Ce qui n'est pas si mal puisque Mycroft et moi sommes désormais ensemble. N'est-ce pas?
Greg n'avait pas besoin de lui jeter un regard de chien battu. L'A Oméga ne lui résistait jamais, même s'il le cachait bien par le passé.
— C'est trop mignon! Et si je puis me permettre, sans t'offenser Mycroft... Je vous trouve très séduisant, le complimenta Maria.
Isabella et Pietro acquiescèrent tandis que Greg se gratta l'arrière du crâne, gêné. On ne le complimentait jamais. L'après-midi se prolongea ainsi, entre discussions, débats et bredouillements en anglais et italien.
*xXx*
Thaïlande, jungle.
4 juillet
Jour 205
— Ils ne sont plus très loin, remarqua Sherlock Holmes.
Cette phrase, il l'a prononçait presque toutes les heures pour garder le moral de ses amis. John, Alice, Ben, Aden et Kalyn le suivaient en silence.
— Vous possédez tous une endurance de fer, surtout toi, Kalyn, observa Ben en se tenant les côtes. Bien que solide et sportif, le bêta ne suivait pas le rythme soutenu de Kalyn et de l'A Alpha Sherlock.
— Ils ont été entraîné par des fou furieux. Ne les considère pas comme normaux. Ce sont des machines de guerre et de stratégies, répliqua aussitôt Alice en imitant le bêta.
Les deux bêtas se regardèrent, comprenant bien qu'ils devaient se serrer les coudes pour espérer gagner quelques minutes de repos. Malheureusement, leur plan fut détruit avant même sa naissance.
— Ils sont proches, Sherlock a raison pour cette fois-ci. Nous devons les rattraper, intervint Kalyn en accélérant le pas.
John se précipita à son tour. Il prit la main de son alpha lié et la pressa.
— Ca ira, Sherlock. Nous les retrouverons.
— John... Ils sont ensemble, je le sens... murmura Sherlock.
— Et?
— Mon frère va bien et est en bonne santé. Je le ressens. Il est heureux. Alors je pense que nous allons assister prochainement à une cérémonie de mariage et... ou... à la célébration d'un lien.
— Si tu le dis. Mais il faudra attendre que l'enfant naisse d'abord.
— Chiara se fera une joie d'avoir un ou une cousine.
John fixa Sherlock. Il lui déposa un baiser sur la joue.
— Elle me manque.
— Je pense qu'elle manque à tout le monde ici. Sauf Ben bien entendu, ajouta Sherlock en esquissant son sourire de garçon.
*xXx*
Hong-Kong
4 juillet
Jour 205
Eva s'impatientait. Elle n'avait pas le temps de s'occuper d'Ethan. Surtout lorsque le monde menaçait une nouvelle fois de s'auto-détruire.
— Eva, je vous en prie. Laissez-moi terminer cette expérience, supplia le bêta.
— Je ne m'inquiète pas de cela, Ethan. Mais davantage pour votre santé et celle de Molly. Vous me semblez être trop investis dans cette mission. Jamais Sam n'est allée aussi loin que vous...
— C'est pour cela qu'elle n'a jamais pu se hisser au rang de chercheuse dans la course au Nobel.
— Mais elle a fait bien plus.
— Je sais, je sais Eva... C'est que... Raf est tellement excité à l'idée de cette découverte.
— Ce n'est pas une raison d'entraîner toutes les traces restantes de l'ADN de feu Daiyu Li, de sa mère et son père dans tout ceci.
— Nous nous efforçons de mettre à nue l'origine de ces alpha-omégas. Ils sont tellement fascinants. Souvenez-vous, il y a deux ans. Le Circus a tué des gens innocents pour gagner cette course à la découverte et appuyer leurs thèses et donc influencer l'opinion publique.
— Sauf qu'Alex, K et les autres ont fait beaucoup pour justement éviter de révéler ces découvertes. Et pour vous dire la vérité, les alphas-omégas sont issus de couples A Omégas et A Alphas formés dans l'amour le plus pur. Ce n'est pas une de ses romances. Daiyu avait raison.
— Cette thèse rend fous les partisans traditionalistes de la Roseraie. Ils veulent maintenir les anciennes règles sociétales, dont le mariage arrangé et non pas le libre amour que le Circus aime tant promouvoir...
— Et que tout le monde aime à présent. Regardez autour de vous. La plupart des couples se forment par amour... Alors je pense bien que cette expérience n'a pas lieu d'être!
— Mais pas que... Eva... Je sais que vous n'aimez pas voir les affaires de Daiyu ici présents...
— Elle aurait été ravie de participer à cette histoire. Mais je ne m'inquiète pas pour cela, Ethan. Il y a tellement de choses plus urgentes à faire. Comme aider Anna Ulanov dans ses recherches sur la Reine Noire. Je veux dire, la nouvelle Reine Noire.
— Je sens que cela n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît.
— Non, Ethan. A vrai dire, je pense que tout est bien plus compliqué et simple à la fois. Le temps dira la vérité. Mais un conseil, attardez-vous sur les relations qui existent entre tous ces disciples. J'ai déjà donné ce conseil à Sally Donovan. Elle est en ce moment même en train d'interroger un agent traître.
Ethan lâcha son microscope. Il chercha le regard de l'intendante qui s'était retournée.
— La SSA a été infiltrée?
— Ne soyez pas idiots. C'est de la routine chez nous depuis les disparitions d'Alex et de K. Ces deux grands enfants rendent Bai Long désespéré.
— Alors les recherches...
— Rien, Ethan.
— Et...
— Il est vivant. Mais c'est une information confidentielle.
— Je ne suis pas idiot, Eva. J'ai vu que chaque personne ici est au courant de brides de la réalité. Mais personne ne la connaît vraiment.
— Les zones d'ombres sont nombreuses. A votre place, je reprendrai le premier vol pour Londres où tout a commencé.
*xXx*
Royaume-Uni, Londress
4 juillet
Jour 205
— Madame la première ministre! Qu'en dites-vous de votre dernière rencontre d'avec le président américain? Que pensez-vous de ses solutions pour réprimer les révoltes et enfin rétablir un quotidien de paix et de...
— Mademoiselle, à l'avenir, je vous conseille de ne plus prononcer le terme de révolte. Tout le monde a le droit de manifester, répondit sèchement Amelia, en tailleur pantalon Stella McCartney bleu royal et chemisier blanc.
— Madame...
— Madame, madame!
— S'il vous plaît...
Les flashs, les caméras, les cris fusaient, transperçant le peu de patience qui lui restait. Amelia Longburn, née Banaart, dévala les escaliers du Palais Buckingham ouvert en cette journée de visite au public. Elle évita quelques questions et remercia le ciel pour la rapidité de son service de voiturage, elle s'engouffra dans le véhicule.
Enfin un peu de calme.
— Bonjour Amelia.
Elle ne s'attendait pas à rencontrer cette personne ici-même.
— Minerva... murmura la première ministre britannique.
— En personne. Vous êtes physionomiste, répondit la présidente du Circus.
Son teint d'hispanique était illuminé par un chemiser en soie blanche à motifs vert émeraude. Ses genoux se découvraient d'un bermuda en lin blanc. Un panama en paille blanche et un sac bandoulière en cuir vintage reposaient à ses côtés. Elle avait l'allure d'une touriste bourgeoise perdue dans la ville de Londres.
— Je ne fais que mon devoir, dit Minerva.
Que veut-elle? Amelia termina de s'installer sur la banquette arrière. Elle déposa son sac à terre et jeta un dernier coup d'oeil à son portable avant de le ranger.
— Je désire m'entretenir avec vous du corps retrouvé de la Reine Noir, répondit Minerva à sa question muette.
— Je vous écoute.
Amelia ne pouvait pas faire autrement. Il lui fallait tenir sa langue. Et pour l'instant, son meilleur allié était la silence et laisser l'autre parler.
— La Reine Noire, prouvée génitrice de la fugitive décédée Odval, a été retrouvée morte par la SSA. Le Circus a assisté aux recherches sous mon commandement et je vous remercie de m'accorder ce privilège. La nouvelle Reine Noire... Il y en a une et nous n'êtes pas sans le savoir.
— Je le sais bien, toutes les équipes de la SSA sont sur cette nouvelle affaire.
— Effectivement. Mais il y a quelque chose qui cloche. Depuis l'arrivée au pouvoir de cette Reine Noire, des prédispositions ont été prises qui vont étrangement vers votre sens. Voire même... Servent les intérêts de la SSA.
— Si vous me demandez si la SSA est impliquée dans cette mort et nouvelle investiture, je ne puis pas vous aider. Vous savez très bien qu'en tant que première ministre britannique, je n'ai plus le pouvoir que je détenais au sein de la SSA. Et puis... Pour vous dire la vérité, je n'ai jamais été incluse dans leurs plans les plus secrets. C'est l'apanage de Mycroft qui est encore porté disparu.
— C'est bien triste cette histoire. Il me manque.
— Je le sais, Minerva. Et je vous soutiens dans vos recherches. Les équipes du MI-6 travaillent dessus. Mais je ne peux rien vous dire à ce sujet...
— Vous me sortez le même discours que Victoria et tous vos alliés.
— Peut-être que vous devriez aller demander à Sacha Li.
— Je lui ai demandé. Elle a été muette à ce sujet, Amelia.
— Si la nouvelle Reine Noire envisage de changer les perspectives de la Roseraie, je vous en informerai au plus vite. Mais je doute que ce soit le cas.
— Ce qui est étrange... C'est l'absence de réaction de Dimitrov Ostrovski.
— Selon Anna Ulanov, il est toujours en vie et actif dans l'organisation.
— Vous pensez donc que c'est une ruse de la Roseraie pour nous jouer tous les deux?
— Il est bien probable. Vous avez vu et vécu tous ces chamboulements. entre la trahison de Dimitrov, les meurtres d'Arthur Winston et de Moriarty, le Circus n'a pas vécu que des bonnes heures...
— La SSA non plus.
— Mais jamais elle n'a tué des innocents pour prouver des thèses farfelues pour appuyer sa légitimité. Personne n'est innocent dans cette histoire. Surtout pas vous. Mais nous devons regarder le futur.
— Pour une veuve éplorée, vous êtes très enthousiaste.
— Je n'ai pas le choix. Albert est mort pour ses rêves et je me dois de les lui exaucer. Et j'ai des enfants. En avez-vous?
Minerva acquiesça.
— J'en ai deux. Un garçon et une fille... Ils ne sont pas au courant de mes faits et gestes. Pas même mon époux bêta.
— Dites-vous que vous faites tout ceci pour eux.
— Je le sais bien... Mon fils sera sans doute un B Oméga. Je n'ai pas envie qu'il subisse des discriminations à l'encontre de sa dynamique à cause des pro-bêtas extrêmes. C'est aussi une des raisons pour lesquelles je me suis rangée de vos côtés.
Amelia referma les yeux.
— Parfois, une histoire personnelle peut changer le cours de bien des choses. Nous sommes toutes deux des gardiennes de ces peuples. Et bêtas. Le monde n'est pas si mal après tout. Il vaut mieux promouvoir un discours de paix et de tolérance. Malheureusement, les gens préfèrent la violence et la terreur. C'est plus... Palpitant, plus sexy. La paix est trop ringarde.
— Alors nous sommes de belles ringardes.
— Oui, Amelia... Merci de m'avoir gardé dans ce véhicule... J'avais besoin de venir parler avec l'un de vous qui ne soit ni Mycroft, ni Kalyn.
Sur ces mots, Minerva tapota la vitre fumée qui les séparait du chauffeur. Le véhicule se gara. Un signe de la tête, et la voilà repartie comme si de rien n'était.
Amelia s'affala sur son siège et poussa un long soupir.
*xXx*
Thaïlande, jungle.
4 juillet
Jour 205
Il termina de lui raconter ce qui s'était passé au sein de la Roseraie, comment tout avait commencé, les méthodes géniales de Sherlock, les crises d'Aden et enfin, l'arrivée du reste de la bande. Mycroft l'avait écouté attentivement, peu enclin à s'endormir malgré la fatigue et sa gestation.
Tout ce temps, Greg avait gardé les mains sur l'oméga, s'enivrant toujours de sa senteur gourmande.
Les deux hommes étaient allongés dans une tente qu'on avait spécialement libérée pour eux, avec couvertures et une lampe de fortune. Maria n'avait eu cesse d'insinuer le caractère sensuel que pouvait prendre leur nuit.
— Nous avons encore tellement de choses à nous expliquer, lâcha Greg, allongé sur le côté. Il jouait avec la chemise de Mycroft.
— Je suis désolé pour tout ce qui s'était passé, Gregory.
— Les évènements n'ont pas été faciles... A vrai dire, je pense que la jungle nous a un peu coupé de la vie. Si c'était Hong Kong ou Londres... Je pense que l'issue aurait été totalement différente.
— Tu as raison. Le lieu et l'atmosphère peuvent influencer sur les choix des personnes.
— D'ailleurs, qui dit que... Que tout ceci continuera une fois de retour à la civilisation? Serais-tu encore là? Ou bien me repousseras-tu encore et encore comme avant?
Greg s'allongea sur le dos et fixa le plafond de la tente.
— Je ne peux rien te promettre sur la suite. Mais je suis certain de ne pas t'abandonner ou te mettre de côté une fois de retour à la ville... S'il y a une chose qui me caractérise, c'est mon entêtement. Et je suis entêté à t'avoir dans ma vie et celle de nos enfants. Je ne pourrais pas me regarder droit dans les yeux s'ils devaient vivre à moitié orphelins alors que leur père est vivant et que je l'aime, répondit Mycroft.
Greg se retourna. Il le serra dans les bras.
— Ce sera dur, je sais. Mais nous sommes deux cette fois-ci... Et je concède sur ton entêtement. Il est très connu d'ailleurs. Tout le monde ne parle que du têtu Mycroft Alexander Holmes, même le vieux et l'autre vieux.
— Si jamais ils apprennent que tu les appelles vieux, je n'y suis pour rien.
— Oh mon Myc' qui a peur de Bai Long et de Diesbach! rit Lestrade.
L'oméga le fit taire par un baiser. Gregory se fondit dans l'étreinte, envouté par le miel et le soupçon d'opium qui l'enrobait.
— Si je n'étais pas aussi fatigué, je pense que je t'aurais pris ici-même, souffla Greg entre deux baisers.
Mycroft répondit en se plaquant contre lui.
— Tu es irrésistible. Tu l'as toujours été, Gregory...
L'alpha agrippa sa cuisse en retour et se frotta contre lui.
— Nous devons vraiment nous coucher. Il y a beaucoup à faire demain. Et je n'ai pas envie de te voir épuisé par les petits, ajouta Greg.
— Mais si je te dis que les hormones me rendent... émoustillé, que dirais-tu? sussurra l'A Oméga en l'embrassant à pleine bouche.
— Alors là... Je pense que je ferais ceci, gémit Gregory.
Il l'attrapa par la taille et le renversa sur lui. L'oméga laissa échapper un cri de surprise, perché sur les cuisses de Lestrade.
— Je t'aime, continua de gémir Greg en lui caressant le ventre.
— Moi non plus, plaisanta Mycroft en se penchant vers lui.
Les amants savourèrent un long baiser langoureux, oubliant la jungle et ses bruits, la lumière artificielle et la chaleur. Mycroft enleva sa chemise, la jeta par-dessus l'épaule. Greg le fixait, le désir enflammant ses sens et son regard. Il continuait de caresser l'oméga. L'homme de sa vie...
Mycroft palpait son torse. Il termina de se déshabiller. Greg l'imitait, sans le lâcher du regard.
— Dieu comme tu m'as manqué, murmura l'alpha.
Mycroft l'embrassa à pleine bouche, mêlant leurs langues et souffles. Il signifia son désir à Greg qui le prit par les hanches et le souleva.
— Tu es prêt? demanda-t-il en cherchant son regard.
Il acquiesça et descendit sur le membre gonflé de Greg.
— My...
Greg avait penché la tête en arrière, submergé par des sentiments inconnus. Il avait chaud, il avait un pincement à la poitrine dont il ne savait comment expliquer. Cette chose gonflait en lui et compressait son coeur meurtri. Et des larmes. Mycroft pleurait, bel Apollon perché sur lui, langoureux dans ses gestes et insistant dans son désir. Il se levait, s'abaissait, suivant les rythmes de Greg qui gémissait son désir.
— Ah...
Leurs souffles s'évaporaient dans la sensualité de leur acte. Mycroft agrippa l'épaule de Greg. Ils ne se quittaient plus des yeux.
— My... Myc'!
Greg souleva son bassin et pénétra davantage son oméga.
— Greg... Oh... Oui... Encore! cria l'oméga.
Greg entrait, sortait, agrippant les cuisses rougies par la chaleur et le désir grandissant. Mycroft l'imitait, mouvements circulaires du bassin pour plus de sensations, de plaisirs.
— Ici... Greg! gémit-il en comprimant ses muscles.
Lestrade ne le quittait toujours pas du regard. Il s'enivrait de ce spectacle. L'oméga lui offrait une danse des plus sexuelles, la nuque dévoilée, le teint rouge, le ventre arrondi en évidence. Il effleura son torse exquis, caressa ses cuisses avant de les agripper violemment. Il grogna.
— A moi, tu es à moi... Oh Mycroft... Je t'aime, tu me rends fou...
Il criait, il gémissait, et puis, il termina par pleurer de même. Son existence même avait repris tout son sens. Il revivait, il revoyait les couleurs. Il se remémorait tout, le souffle, la senteur. Toujours et encore cette senteur qu'il pensait avoir disparue de son existence. Tout lui revenait comme une claque. Et cette créature descendue d'on ne savait où qui lui donnait une nausée éclatante de beauté et de perfection.
C'était son oméga, celui qu'il aimait qu'il désirait tellement. Qui peuplait ses rêves et ses cauchemars. Cette créature...
— Greg... gémissait inlassablement Mycroft en se penchant vers lui. Il l'embrassa violemment, cognant sa langue contre la sienne.
L'alpha ne contrôlait plus son rythme et ses larmes. Son corps lui était dérobé par cette créature.
— Mycroft...
Il l'aimait si fort. Et l'oméga le lui rendait par ses larmes et son désir pressant.
— Reste... le supplia-t-il.
Il ne voulait plus le perdre. Il lui agrippait le bras, encore les cuisses, le cou, le mordait, le griffait, le clamait. Il le baisait, il le caressait. Il sentait son souffle rauque, ses larmes salées, ses lèvres tremblantes contre les siennes. Il sentait sa senteur, celle de leurs enfants et la sienne, diffuse dans la gestation. Son instinct grondait et gémissait tout autant. Et Mycroft aussi gémissait, grognait, se pressait contre lui. Il dansait sur son pénis, s'offrant magnifiquement à sa vue troublée.
— Greg... Gre... Oh mon Dieu! cria l'oméga en rejetant la tête vers l'arrière.
Le voir s'offrir tout entier à lui, la nuque étirée, le corps en transe... Greg grogna et se pressa encore et encore en lui, plus profondément.
— Encore, encore... haletait Mycroft qui continuait de le chevaucher, les cuisses écartées, à sa merci.
Greg savait que la fin approchait. L'oméga avait laissé son instinct le dompter. Il s'offrait délicieusement à lui, lui dévoilant toute sa beauté. L'alpha le baisa violemment, l'agrippant contre lui, jusqu'à sentir son noeud apparaître.
— Haaa...
Mycroft continua de gémir, d'haleter, de souffler. Il cria. Son noeud avait transpercé sa paroi pour s'attacher à lui. Ils étaient liés de corps, comme avant. L'orgasme l'aveugla.
Et lentement, délicatement, il déposa l'oméga évanouie sur le côté et s'enroula autour, le gardant contre lui. Il l'espérait pour l'éternité.
