— Trente-Cinq —

Chine, aéroport de Shanghai Pudong

10 juillet

Jour 211

Inutile. Pas de détente. Encore moins de rafale. Aden tira une nouvelle fois, en vain. Son arme était déchargée.

Kalyn était en rage. Elle connaissait exactement le même problème.

— Ils nous ont encore infiltré? C'est impossible! Bande de connards! cria-t-elle en regardant leur chauffeur droit dans les yeux.

Ce dernier ôta sa casquette. Une longue chevelure brune s'en dégagea. Kalyn se crispa. Elle serra les poings.

— Cela fait longtemps, K', murmura l'ennemie dans un fort accent français.

Ses traits d'outre-mer irradiaient d'une joie malsaine. Alice laissa échapper un cri étranglé. Kim se tint en position, imitée par Sherlock et Sally.

— Je te croyais morte, lui répondit Mycroft, dans un calme glacial.

— J'ai bien cru y être passée aussi. Mais Dimitrov m'a redonné une seconde chance, à la condition que je quitte l'AIS. Ce que j'ai fait. Mais ravie de vous revoir en bonne santé, K', Alex, Aden, répliqua la brune en pointant une arme sur eux.

Les passagers des véhicules entourant la limousine l'imitaient. Ils étaient encerclés. Piégés.

— Toutes ces manigances et stratégies pour arriver à ce résultat... Je suis déçue par toi, Alex. Mais je peux comprendre les raisons, continua-t-elle en désignant Greg du menton.

L'A Alpha grogna et se plaqua devant Mycroft.

— M'enfin... Je ne suis pas ici pour me plaindre ou parler du passé... Comment allez-vous?

— Tu nous connais assez pour le savoir, Noémie, dit Kalyn.

Noémie haussa les épaules.

— Bon. Mon rôle s'achève ici. Comme vous le voyez, toutes vos armes ne servent à rien. Airsoft voyez-vous... Sans munitions en plus. Donc totalement inu...

Elle ne termina pas sa phrase, coupée dans son élan par le poing de Lestrade qui la projeta dans le pare-brise, projetant le sang de la défunte dans l'habitacle.

— Argh! gémit Alice en se couvrant les yeux.

— GREG! cria Aden.

— Tant mieux. Elle parle trop, haleta l'ex DI en s'essuyant les poings.

Le crâne fracassé dans la vitre de Noémie donna l'alerte aux troupes ennemies.

— IDIOT! cria Sherlock en se jetant sur Mycroft et John.

Les tirs éclatèrent.

— ARGH!

La voix d'Alice, atteinte à l'épaule.

— Cassez-vous, bande de vieux! hurla Kim en grimpant sur les cuisses de Mycroft.

Elle profita des tirs pour s'échapper par une fenêtre, se protégeant le visage des débris. D'un bond, la jeune agent atterrit dans un véhicule ennemi, leur déroba les armes et tira à bout portant sur les passagers.

— Je te l'ai dit! On a bien fait de l'envoyer chez Victoria, cria Kalyn en direction de Mycroft.

Keller s'échappa par la vitre opposée et sortit deux stylos de son décolleté qu'elle planta dans les yeux de deux assaillants. Le sang giclé et les cris finirent par créer un chaos titanesque dans l'artère embouteillée.

— P'tain... Faut toujours qu'elle fasse l'intéressante, maugréa Aden en sortant également du véhicule, par la porte cette fois-ci, trainant à sa suite Sally et Marco sous les tirs incessants de ceux qui avaient encore le courage de les attaquer.

A eux trois, ils assommèrent les ennemis restant, s'emparèrent de leurs armes et les pointèrent au ciel. Ils tirèrent trois coups, chassant les populations terrorisées pour avoir le champ libre.

Kalyn et Kim les ignoraient. Debout sur les toits de quelques véhicules, elles combattaient à mains nues cinq déplorables hommes de main dans une valse acrobatique aérienne.

— Il faut contacter Anna! Ils ne peuvent pas grand chose contre ces mercenaires! ALICE, ne bouge pas! cria John au travers des bras et jambes protectrices de Sherlock qui refusait de bouger.

— SHERLOCK! GREG! Je ne suis pas un handicapé! hurla Mycroft en les envoyant contre la porte.

Avec John, il se défit des débris et restes de corps humains laissés par Kim et Kalyn pour se projeter au-dehors. Leurs alphas les suivirent aussitôt.

— Il ne faut pas rester ici! C'est un carnage! cria Aden en désignant le traffic désolant autour d'eux.

— Courrons!

— NON! Mycroft ne peut pas...

— Ta Gueule GREG! Il n'est pas fait de glace, s'énerva Kalyn en éliminant un colosse à l'aide d'un stylo planté dans l'oreille. Elle projeta deux attaquants sous un camion d'une prise de taekwondo.

Mycroft fit ce qu'elle insinua. Habilement, il trancha les gorges de trois mercenaires d'une lame trouvée dans le carnage. Sa tenue demeurait impeccable.

Le duo, dos à dos, continua d'éliminer le restant de leurs assaillants. Kim les couvrait, tandis qu'Aden avait déjà obtenu des renforts.

— Ils sont de ma garde perso! Arrivée au Sheraton dans une dizaine de minutes. Split, ok? gueula-t-il entre deux coups de fils.

— Roger! cria John en tirant Sherlock par le col de sa chemise.

Le couple se rua vers un hélicoptère qui s'était maintenu à quelques mètres au-dessus de leurs têtes.

— Kim, Marco, prenez Alice et allez-y! On vous couvre, ordonna Mycroft en se dépêtrant d'un assaillant trop collant.

Kalyn l'acheva d'un coup de pied retourné dans une furie animale, terrifiant quelques mercenaires qui tentèrent de s'échapper. Mais Kim les rattrapa en quelques enjambées pour les assommer d'une prise de karaté.

— Greg, Kalyn, je vous confie mon frère! leur rappela Sherlock une fois dans l'appareil. Il attrapa Kim de justesse et la hissa à bord au-dessus d'un jet de tirs.

— Compte sur moi! répondit Lestrade.

Il s'ajouta au duo et les couvrit comme il le pouvait, utilisant sa force et sa vitesse pour les protéger d'attaques annexes. Aden avait attrapé une mitrailleuse, il tira sur les armes abandonnées au sol avant de les diriger vers une troupe d'inutiles hommes de mains en costumes noirs.

— Ils sont encore plus nuls que les miens, maugréa le bêta.

— Mais ils nombreux et ils n'en finissent pas d'arriver. Mais c'est quoi ce bordel? cria Sally, hargneuse dans ses coups.

Elle s'était mise devant eux, mitrailleuse à la main et tirait à bout portant pour dégager la scène le plus rapidement possible.

— C'est moi ou la Roseraie...

— Oui, ils recrutaient en masse ces derniers temps. C'est ainsi qu'on avait pu l'infiltrer aussi facilement. 'Tain! Prends ça, bâtard! cria Aden tout en se débarrassant d'un mercenaire collant.

— Je reconnais certains visages! ajouta Greg par-dessus son épaule.

— Oh mon dieu... Ils avaient prévu le coup... commenta Sally en reprenant son souffle.

— Sally, attention! cria Aden en se retournant aussitôt.

— Ah...

— Sally... K'! Sally est touchée au flanc! hurla Mycroft.

— Aden, donne lui des soins et appelle un hélico, hurla Greg en assommant à l'aide d'un rétroviseur arraché le tireur.

Kalyn et Mycroft tirèrent sur lui, l'éliminant sur le champ.

— On... dirait... pas... qu'il... porte... des gosses... gémissait Sally, les yeux grands ouverts.

— Tu parles trop, Sally. Ca va aller. Un hélico arrive dans cinq minutes, lui murmurait Aden tout en surveillant leurs arrières.

Greg les avait rejoint, laissant le soin à Mycroft et Kalyn de détourner l'attention.

— Il ne faut pas rester là, haleta Lestrade en guettant l'ennemi.

— Il n'y aura personne pour nous couvrir comme pour tout à l'heure. Ils se lanceront tous à notre poursuite, moyens aériens en plus, rétorqua Aden, les mains occupées à contenir l'hémorragie de Donovan.

— On prend le risque...

— Trois hélico. On se divise. De toute manière, il faut isoler Sally et rejoindre Hong Kong.

— Impossible... Mais va-t-en connard!... C'est trop loin.

— On rejoint un aéroport privé. J'ai déjà appelé deux jets, dans deux lieux différents. On split, on atterrit là où il faut. Donc Hong-Kong... Et...

— Londres. C'est là où se cache Chiara et sans doute Bai Long. Le palais Buckingham est l'un des lieux les mieux protégés au monde et Amelia est au courant.

— Mycroft à Londres alors, dit Aden.

— Et Sally et Anna. Alice à Singapour.

— Greg, tu devras rester avec Myc'. Il devient fou sinon. Et puis... Tu devrais reprendre ton poste au Met. Ils auront besoin de toi..., souffla Aden.

Le bêta n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Greg s'était jeté sur un groupe d'hommes armés et les avait assommé en quelques coups, projetant un corps non loin de la blessée. Aden la dégagea au plus vite, inquiet pour son hémorragie.

A quelques mètres, Kalyn et Mycroft ne faisaient plus état d'aucune pitié.

*xXx*

— C'est la merde... J'ai merdé... On a merdé... gémissait Anna dans les bras de Paul, tétanisée par ce qui les menaçait.

Ils avaient été acculés au fond de la salle de réception de l'hôtel Sheraton par un nombre considérable d'hommes en costumes foncés et armés aux dents.

Raf, Molly et Paul n'étaient d'aucune assistance. Deux scientifiques, une estropiée et un ex-DI totalement paralysé par sa volonté de la protéger ne faisaient pas le poids contre une horde de mercenaires prêts à donner leur vie pour de l'argent.

— C'est mal calculé... Je n'ai pas pensé Dimitrov capable de cela... et tout ce qu'il a bâti...

— C'est aussi fini pour lui que pour nous, Anna. Il s'est investi durant des mois pour donner une belle image à la Roseraie. Avec cette attaque, les shanghaiens et très vite toute l'Asie ne voudront plus d'eux.

— Tu te trompes, Raf. Il a l'intention de mettre tout ceci sur le compte de la politique envahissante de Bai Long. En nous éliminant tous avec ces costumes noirs... On aurait dit des agents de l'AIS et de la SSA. Mais pour agir ainsi... C'est donc que Sherlock, John, et les autres ont bien été utiles lors de leur infiltration.

— Mais ils ont été découvert, Molly.

— Et sains et saufs. Enfin, je l'espère.

— Kalyn est avec eux. Elle ne les laissera jamais toucher à ses amis, attesta fermement Paul.

— Alors que fait-on? demanda Raf.

— On joue les inoffensifs et on attend. Connaissant les autres, on ne devrait pas tarder à avoir des renforts, murmura calmement Molly Hooper.

— Bai Long...

— Anna. Avec ce qui s'est passé avec Sacha, je doute qu'il restera les bras ballants sans rien faire.

— Mais sa réputation...

— Il faudra retrouver Sacha Li et Dimitrov vivants pour rétablir la vérité, murmura Raf.

— Mais bon sang... Où est donc passé Ethan? râla Paul.

Le médecin les avait laissé seuls quelques instants, le temps d'aller chercher un truc qu'il avait oublié dans sa chambre d'hôtel.

— Vivant j'espère... murmura Molly en baissant le regard.

— Et dans notre camp, ronchonna Raf.

— Impossible... Il est trop neuf dans l'équipe.

— Mais il a une histoire avec Mycroft et les autres. Je ne sais pas jusqu'où va leur entente. On ne sait presque rien sur lui, trancha Anna, lovée dans les bras de son fiancé.

Le reste du groupe acquiesça, à l'exception de Molly.

— Mycroft et lui se connaissaient de longue date. Ethan lui doit la vie.

— Mycroft a été sauvé une fois par le passé par Ethan!

— Mais si j'ai bien compris... Il n'a pas réussi à sauver ses compagnons à l'époque. Il veut se racheter. Un homme comme lui ne voudra jamais le trahir. Surtout qu'il ne faut pas oublier que John était son compagnon en Afghanistan. Ils sont frères d'armes. On ne peut pas dissoudre un lien comme cela, continua Molly dans un ton déterminé.

— Sauf sous la menace, grogna Paul.

— C'est là que tu te méprends. Ethan a perdu tous les siens. Il n'a plus aucune attache. C'est pour cela qu'il est ici, avec nous, termina la bêta.

Personne ne bougeait d'un pouce. Tant qu'Anna et ses amis ne faisaient pas le premier pas, ils seraient épargnés. Personne n'avait intérêt à tirer et se battre lorsque toute la population de l'hôtel les entourait encore et que l'avenue grouillante vivait encore une journée normale. Ils avaient pensé à barricader les issues. Coincés donc. A attendre peut-être un miracle, une solution d'Ethan.

*xXx*

— Je ne comprends pas... murmura Sherlock, le regard penché vers le sol.

Un hélicoptère ennemi les pourchassait. Mais l'agilité du pilote et l'expérience en combat aérien de John et de Marco les assurait de rester sains et saufs dans les cieux.

— Qu'est-ce que tu ne comprends pas, Sherlock? Tu ne dis jamais cela en temps normal, commenta Alice au visage pâle. Elle était assise entre le détective et John qui s'occupait de contenir sa blessure.

L'A Alpha leva les yeux au ciel.

— Tu ne m'as pas comprise. Personne ne se souciait de Bai Long, ni de la Reine et même Diesbach est en relative sécurité. Bien sûr, la vie de Bai Long est maintenue grâce à la promesse faite par Heleen Banaart en échange de celle de Daiyu Li, répondit Sherlock en reposant le menton sur la pointe de ses mains jointes.

— J'ai compris ce que tu veux dire! Bai Long ne va pas vivre éternellement et n'a plus d'héritier direct. Dimitrov a éliminé la branche. Mais..., s'exclama Alice.

Sherlock croisa son regard et acquiesça. Un fin sourire animait son visage concentré.

— Tu n'as pas remarqué que toutes ces personnes ont été envoyées contre nous et seulement nous? Ils ont attendu la parfaite réunion amicale pour nous attaquer ensemble, en plein coeur de Shanghai, l'un des bastions de mon frère, libre des faits et gestes omniprésents de Bai Long. Ils sont prêts à sacrifier populations et mercenaires pour nous attaquer.

— On l'a déjà remarqué... Ils veulent décrédibiliser Bai Long.

— Mais pas que. Alice, qui sont sur la liste des héritiers potentiels de Bai Long en Asie? s'enquit Sherlock, un sourire malicieux sur le coin des lèvres.

La bêta se releva sur son siège.

— Nous tous en fait. Anna, toi, moi, K', Alex, Aden... Tous ceux qui sont réunis ici.

— Et nous sommes connus de la ville. Du moins, la SSA l'est. Et la SSA est dirigée par quelques potentiels héritiers.

— Tu veux dire que...

— Alice, Dimitrov Ostrovski souhaite détruire toute réputation des individus de ce groupe et avec un peu de chance, tous nous éliminer.

— Ce qui signifie qu'il ne connait pas l'identité du successeur désigné, Sherlock.

A cette remarque, John, Marco et Kim se tournèrent vers le duo. Alice plissa le regard et serra les poings.

— Tu connais l'identité du successeur... souffla Sherlock.

— Oui, et je ne compte pas le dévoiler ici. C'est trop dangereux...

— Idiote! Il faut absolument mettre à l'abris la succession! cria John.

— Justement! Si on met une individu particulier à l'écart, il va savoir qui c'est, rétorqua fermement Alice.

— Elle a raison, John. Si le successeur est parmi nous, il saura se défendre, se rallia Marco.

— Mais si c'est Anna... Elle n'a pas de self-defense, murmura John.

— Je t'assure que ce n'est pas elle, murmura Alice à voix basse avant de se tourner vers Sherlock.

L'A Alpha referma le regard et acquiesça.

— Ne me dis pas... Sherlock... Tu as déduis qui c'est? s'exclama John avant de se taire et agripper davantage la blessure d'Alice.

Il avait saisi les sentiments de sa moitié liée. Et se pencha vers le sol.

— Alors, que fait-on? demanda Marco.

— On va aider les autres, murmura Alice.

— Quittes à y laisser notre vie, maugréa Kim.

— Oui, quittes à y laisser notre vie. On ne laissera pas Dimitrov détruire des générations de travail et notre réputation. Il a peut-être réussi à contourner les conditions imposées par Heleen, mais cela ne sera pas suffisant, attesta John.

— Alors le sacrifice de Daiyu... Il n'aura donc servi à rien?

— Bien sûr que si, Marco. Ne sois pas idiot. Heleen connaissait les risques. Et Daiyu aurait été incapable de diriger toute une idéologie en menant un peuple entier sous sa croupe. Rien n'a été laissé au hasard. A l'exception du degré de perversion d'Ostrovski, termina Sherlock en pressant la main d'Alice.

*xXx*

— Ils cherchent à nous salir ou nous éliminer... On doit faire le moins d'écart possible et éviter de les tuer, murmura Mycroft à l'oreille de Kalyn lorsque le duo échangea de position.

La B Alpha se contenta d'assommer un mercenaire sans trop de dégâts collatéraux.

— Il compte donc respecter les conditions d'Heleen sur la vie de Bai Long. Daiyu n'aura donc pas été sacrifiée pour rien, souffla Kalyn en baissant le ton.

Mycroft se contenta de fredonner un air que la princesse décédée aimait jouer au Guzheng.

— Non. Et c'est pourquoi on doit rendre hommage à sa mémoire. Elle aurait détesté voir ces vies gâchées.

— Et ils ne savent pas qui est l'héritier...

— Tu as bien vu, K'. Nous sommes donc en position de force... Les voilà! cria Mycroft en détalant vers un hélicoptère. Gregory guidait un autre engin vers le corps inconscient de Sally. Aussitôt, deux médecins emportèrent la jeune femme, toujours aidée d'Aden.

Greg, Mycroft et Kalyn se séparèrent en deux groups. La dernière se retrouva avec Pierre de Mondres et Meng, venus les aider.

*xXx*

Italie, Milan,

10 juillet

Jour 211

Minerva entra discrètement par la porte dérobée qu'on lui avait indiqué, prenant soin de ne pas attirer l'attention sur elle par le bruit de ses talons. Elle regrettait d'avoir mis ces chaussures certes élégantes mais peu pratiques.

Un homme vêtu d'une soutane vint l'accueillir en silence. Il était armé. Minerva se raidit. Elle palpa le revolver qui ne la quittait plus depuis sa rencontre d'avec Mycroft Holmes.

On l'emmena dans un long couloir éclairé par des néons abrutissants, clinquants de manière sinistre. L'endroit semblait être façonné à l'image de ces bunker tant appréciés des cinéastes de thrillers.

Leurs pas résonnaient. La soutane du prêtre tanguait dans un rythme régulier. Minerva se contentait de compter les pas, l'oeil aux aguets. Mais elle n'avait rien n'a craindre, n'est-ce pas?

C'était une visite de convenance lui avait-on dit. Rien de plus. Elle pressa la croix qui ornait son cou, attirant le regard sérieux du prêtre sur elle. Mais ce n'était qu'une impression, semblait-il. Rien ne disait qu'elle était fidèle à la foi catholique.

Leurs pas les menèrent vers un autre couloir, moins sinistre. Des tapis pourpres ornaient le sol abimé, ils étaient neufs. Elle souffla. Elle connaissait les couleurs du Vatican.

— Par ici, je vous pris, lui dicta un autre homme en soutane, C bêta cette fois-ci.

Il était de taille moyenne, blond cendré, assez frêle mais son visage était souriant, presque comique. Bien loin du prêtre armé aux lunettes carrées et cheveux noirs plaqués en arrière qui tenait à plus de deux mètres à ses côtés.

— Tu sembles lui avoir fait peur, Paolo, plaisanta le blond en relevant le regard vers son collègue armé.

Ce dernier grommela quelques phrases incompréhensibles mais se retira sans heurts, s'effaçant derrière eux.

Minerva se retourna vers le blond. Ce dernier lui fit une courbette de politesse, les yeux pleins de malice.

— Il ne ferait pas de mal à une fourmis. Dieu lui a juste donné une carrure massive. Sa Sainteté lui reproche d'exploiter le filon jusqu'au bout, avec ses lunettes carrées et ses cheveux gomninés. Mais il est si têtu qu'on a tous décidé de le laisser tranquille. Il fait un bon garde du corps. N'importe qui aurait peur de se frotter à lui. Sauf Marco... Il adore le taquiner. Mais comme il est n'est pas avec nous, je le remplace auprès de Sa Sainteté, baratina le blond.

— ... Il est armé. Les prêtres ne devraient pas être armés. C'est à cela que servent les gardes-suisses, lui reprocha-t-elle.

L'homme se frappa le crâne avant de feindre l'innocence.

— Bah... C'est un peu une ruse... J'ai dit qu'il ne ferait rien à personne... Au fait, je m'appelle Riccardo. Nous sommes un peu tous italiens... A la grande tristesse de Sacha qui aurait voulu voir plus de nationalités ici présentes. Mais nous y travaillons...

— Le jour où vous aurez assoupli les règles pour entrer dans les ordres, les demandes seront plus nombreuses, dit-elle avant de se taire et regarder ses pieds.

Riccardo fronça les sourcils.

— Disons que beaucoup de choses se passent. Mais il est encore trop tôt pour changer certaines lois. Ne pensez pas qu'on n'y travaille pas à ce sujet. Sa Sainteté a toujours aimé la proximité de Kalyn, Sacha et Alice. Et vous êtes bien placée pour savoir qu'elles ne forment pas un trio de vertu catholique bien comme il faut.

Le prêtre se mordit la lèvre.

— Tout cela doit évidemment rester caché. S'il s'avère que le monde apprenne que le Pape aime à plaisanter avec une présidente juive ouvertement bisexuelle, ou encore a aidé une A Oméga à changer de dynamique... Il sera sans doute destitué...

— Mais il ne s'agit pas du pape ici...

Riccardo la regarda avec admiration et sourit pour la première fois de manière réellement sincère. Elle venait donc de réussir l'examen d'accueil..

— Je comprends pourquoi il a tenu à ce que vous veniez... Non. Il s'agit ici d'un homme que j'admire réellement, Diesbach qu'on l'appelle. Ce n'est pas du tout acceptable, mais il y tient. Et vous êtes ici en tant qu'amie, et non pas responsable du Circus et alliée, n'est-ce pas?

La bêta sourit en retour.

— Combien de prêtres sont donc au courant de ses agissements parallèles? demanda-t-elle, sans concession.

— Très peu. Une dizaine. Diesbach n'aime pas la popularité, même s'il l'est. Il préfère rester discret. Et puis, il connaissait son Eminence Bai Long avant même d'avoir été élu Saint Père. Alors c'est un peu comme des vacances pour retrouver ses amis...

— Est-il vraiment en danger?

— La réalité est que non, pas le moins du monde. Il revient d'ailleurs d'Hong Kong, renvoyé en Europe par Bai Long... Cela l'inquiète, lui, et tous ses pairs. Ceux qui ont kidnappé Sacha Li en veulent à leurs protégés, des jeunes comme vous et moi. La nouvelle génération en somme. Celle que nos "vieux" tiennent à former et voir changer le monde.

— Alors nous devons régler cela au plus vite. Je suis bien d'accord pour fournir des aides au Circus, dit-elle avec ferveur en entrant dans la pièce.

— Ah, mes amis!

L'exclamation du pape attira l'attention des visiteurs. Diesbach était en tenue civile, costume classique et chaussures bien usagées aux pieds. Son ventre proéminent était dissimulé tant bien que mal derrière un imposant bureau en bois massif. L'homme déplaça une pile de dossiers vers la gauche, enleva ses lunettes de forme étrange et rassembla ses mains sous le menton.

— L'heure est grave, mes amis, dit-il.

— Diesbach, bonjour, le salua Minerva.

— Pas de quoi faire tout un plat. Malheureusement, j'ai dû quitter très vite le Vatican. Ce n'est pas tous les jours qu'on rentre dans un bureau pour voir une amie et découvrir son bras coupé au sol...

Diesbach soupira et sortit une tablette numérique d'un tiroir. Il l'alluma et la présenta à Minerva.

Riccardo s'éclipsa discrètement dans le couloir.

— Oh mon dieu!

Elle plaqua la main sur sa bouche, horrifiée par l'image.

— Et sur un écran rétina, c'est bien pire, ma chère, tenta-t-il de plaisanter sans succès.

— Où sont les autres?

— C'est très embêtants. La plupart est coincée dans un Sofitel en plein coeur de Shanghai. Quelques-uns se promènent dans les airs de la même ville et les derniers irréductibles tentent de s'échapper par d'autres voies. Je veux juste une certitude avant de continuer... Est-ce bien l'oeuvre de la Roseraie?

Sa phrase résonna dans un silence sinistre, portant toute sa puissance et son inquiétude à des sommets. Minerva trembla, mais soutint le regard du vieil homme.

— Ce n'est pas le Circus, vous pouvez en être sûrs, dit-elle.

— Même lorsque le marché a été conclu entre Heleen Banaart et Dimitrov, vous étiez présente?

— Je l'étais, oui. Mais pas avec eux. J'ignorais jusqu'à l'assassinat de Daiyu Li que ce marché existait. Vous pouvez me croire sur parole.

— Bon, puisque vous le dites... Et étiez-vous au courant de l'infiltration des quartiers généraux de la Roseraie par Sherlock et ses amis?

Minerva plissa une nouvelle fois les yeux et nia catégoriquement.

— Je ne l'ai su qu'après coup, lorsque Kalyn et les autres ont décidé d'intervenir. Mais si j'ai bien compris, seuls Alice, Raf, John, Aden, Sherlock et Lestrade étaient dans la confidence au début.

— En effet, oui... Je m'excuse mais je voulais en être sûr.

— Mycroft Holmes m'a sauvé ma vie comme je ne l'aurais pas imaginé. Si j'avais continué à croire aux idéaux des autres, j'aurais perdu mon estime, mon honneur et le respect de toute ma famille. Il m'a fait comprendre qu'il existait plus important que les convictions, aussi puissantes et justes qu'elles soient.

— Malheureusement, ce sont ces convictions qui le menacent, lui et ses amis.

— Oui. Mais il n'est pas seul.

— ...

Diesbach la regarda droit dans les yeux.

— Alors?

— Que pouvez-vous faire pour lui, Minerva?

— J'ai déjà déployé mes troupes pour les aider, sous couvert du Circus.

— Vous comprenez que l'objectif de Dimitrov est double. Il veut éliminer les héritiers potentiels de Bai Long, de moi-même et de bien d'autres. En même temps, il compte les discréditer aux yeux de la population.

— Mes troupes vont déjà extraire Anna Ulanov du Sofitel. Après, on fera selon ses idées...

— C'est bien ce que je pensais.

— Bien entendu, nous ne ferons rien sans votre accord à vous tous, Diesbach, Son Eminence, Sa Majesté et toutes les autres têtes pensantes en place que vous dites être de l'ancienne génération.

— Certes. Mais vous devez également assister au rapatriement de Sacha Li.

Minerva soupira.

— Je ne sais pas ce qu'il faut faire pour elle. Sincèrement. On n'a aucune information autre que son bras, murmura-t-elle, perdue.

L'homme se leva et entreprit de faire les cent pas.

— On trouvera en temps voulu. Ce n'est pas comme si Dimitrov allait la tuer tout de suite. Ils ont d'autres affaires à régler avant de passer aux choses sinistres, ajouta-t-il en croisant les bras derrière son dos.


Parce qu'il reste encore un dernier truc à régler avant d'accueillir bébés Holmes-Lestrade, hein?

Et puis, Badass tout le monde, c'est génial! XD

Merci pour tout les amis. Sur ce, je retourne à mon marathon HunterxHunter (j'aime les trucs sanglants!)

Des coquilles et erreurs se sont glissées. Le chapitre a donc été supprimé, puis remis en ligne. Merci pour votre compréhension.

La fin approche (enfin, même moi je commence à être essouflée!).