Trente-Sept —

Royaume-Uni, Londres

18 juillet

Jour 219

Elle avait retrouvé des couleurs. Elle sentait flotter les tissus soyeux de sa jupe derrière elle. Sa canne la rassurait sur le retour à la normale de ses membres moteurs. Même si elle n'aurait plus le loisir de sauter par-dessus les haies du parc de son enfance à Sao Paulo. Ou de gambader en sandales Chloé sur les pavés londoniens.

Elle avait appelé sa famille. Ses frères et soeurs la priaient de rentrer leur rendre visite au moins une fois dans l'année. Elle n'était pas sûre de tenir sa promesse. Mais si elle retournait dans sa ville natale, elle emmènerait Paul avec elle. Son fiancé.

Anna repoussa une mèche blonde platine de son front et examina son reflet dans une vitrine de passage. Elle avait perdu du poids, retrouvant une silhouette longtemps décriée par ses amis comme trop fine. C'était qu'elle ne mangeait pas lorsqu'elle était soucieuse.

Sa jupe était noire. Son bandeau servant de haut était noir profond. Ses ballerines vernies se distinguaient de sa tenue par leur ton noir différent. Ses lèvres tremblaient, pâles.

Le deuil ne lui allait pas très bien. Elle soupira. On l'attendait.

A l'autre côté de la rue, Alice l'observait avec compassion. La rousse également revêtue de noir, se dissimulait dans la foule tant qu'elle le pouvait. Sa senteur était peu agréable due au chagrin. Son bras et épaule étaient enroulés dans un lourd bandage.

La C bêta traversa la chaussée pour aller la rejoindre. Anna l'accueillit comme elle le put.

— J'ai accouru aussi vite que possible. Où allons-nous? lui demanda-t-elle en recoiffant rapidement son maigre chignon.

La blonde désigna le café à sa droite.

— C'est discret, commenta simplement Alice.

— Oui. Comme toujours.

Elle entra la première. Alice lui tint la porte.

— J'ai les infos sur Dimitrov et sur Sacha que je désirais... commença-t-elle en sortant un dossier de son sac.

Alice l'interrompit d'un geste.

— J'ignore beaucoup de la relation entre ces deux-là. Mais je ne crois pas du tout à ces rumeurs mensongères sur la trahison de Sacha, attesta fermement Alice.

— Je ne voulais pas parler de cela. Je la crois également innocente. Du moins, dans un sens. Regarde... Elle m'a transmis ceci avant de disparaitre.

— C'est une habitude inculquée par... Par Heleen Banaart. Nous devons toujours transmettre ce que l'on sait à une personne de confiance qui ne soit pas d'un cercle intime quand on court un danger. Tu devrais être fière. Sacha ne fait jamais confiance à qui que ce soit. Même pas à Kalyn. Et tu connais leur relation... Mais j'ai trop dit. Je t'écoute.

Anna se mordit la lèvre et acquiesça.

— Il y a un mois, Sacha prenait possession de la Roseraie en se mettant à la place de la Reine Noire. Elle avait réussi à la trouver et par la suite, elle ira jusqu'à l'éliminer. Personne ne connaissait son identité. Jusqu'à ce que Molly et nous autres la découvrons... Je ne peux pas dire que je l'apprécie sur le plan humain et c'est réciproque. Il y a toujours eu quelque chose en elle qui me met mal à l'aise. Je la trouve si... Vaine, hautaine... Tout le contraire de Kalyn...

— J'ai entendu par la bouche d'Amelia que vous vous êtes presque disputées en présence de Diesbach et de sa Majesté. C'est un peu ironique comme situation...

— Avec le recul, je pense que Sacha voulait me tester... Voir si j'étais aussi digne de confiance que Kalyn.

— Sacha ne digère pas la montée en puissance de Mycroft contrairement aux apparences. Kalyn... C'est une autre histoire que personne ne comprend. Sacha fait parti de l'ancienne garde. Celle constituée de Dimitrov, Maddison, Severin... Ils travaillaient à l'ancienne, moins de scrupules, plus de résultats. Moins de discours surtout. Stérile même. Comme dans James Bond. Les arrivées de Myc, Daiyu, Will ont changé la donne. Ils voulaient plus d'humanité, moins de violences. Des règles. Une organisation solide et saine. Des alliés. La lumière donc. En agissant comme cela, dans notre dos, Sacha a officialisé sa position sur la politique actuelle de Bai Long et donc de Mycroft.

— C'est pour cela qu'elle se considère comme traitre.

— Oui, on peut l'envisager dans ce sens. Elle a agis en mettant en péril tout le monde. Surtout Fil sans qui nous n'aurons jamais réussi à accumuler autant d'informations sur la Roseraie. Il l'a bien aidé à ses dépends d'ailleurs...

— Mais son objectif est identique au nôtre. C'est pour cela d'ailleurs qu'elle m'a envoyé tout ceci... A moins qu'il ne s'agisse d'une ruse...

— Sacha est peut-être désagréable voire détestable mais elle ne trahirait jamais Bai Long d'un point de vue personnel...

— Dans ce dossier, elle raconte ses aspirations... Je me suis trompée sur sa relation avec Kalyn. Je la croyais jalouse d'elle. K' ne vient pas d'un milieu aisé contrairement à elle et pourtant, elle réussit tellement bien qu'elle dirige la SSA et l'AIS à intermittence en plus d'être une femme d'affaires accomplie. Sacha n'est que la présidente Suisse. Mais en lisant son dossier, je me rends compte qu'elle est beaucoup plus compliquée...

— Nous le sommes tous. Sacha a une part d'ombre, comme dans ces films d'auteurs...

— Et la SSA la considère comme traitre même avec un bras en moins et le soutien de Diesbach.

— Sa relation avec Diesbach est spéciale. C'est pour cela que ce lien ne lui est pas avantageux. Mais en gagnant ton respect et ta conviction, cela change tout. Tu es connue pour ne pas la considérer comme collègue proche et digne de confiance. Et voilà que tu la défends. Les services vont donc réfléchir à deux fois avant de la rayer définitivement et lancer une chasse à l'homme. Ce précieux temps gagné va nous permettre de la retrouver si possible en vie. Elle en profitera pour régler ses comptes avec ce qui reste de Dimitrov. C'est un beau plan qu'elle a échafaudé. J'en suis impressionnée venant d'elle. C'est digne de Fil et de Will, lâcha Alice en sirotant le verre d'eau glacé qu'on venait de lui servir.

Anna Ulanov hocha la tête, lui priant de continuer.

— Oui, elle veut régler ses affaires avec Dimitrov. C'est pour cela qu'elle a fait tout ceci... Quitte à compromettre tout le travail de la SSA sur plusieurs années et balancer le sacrifice de Daiyu aux orties, répéta Alice en se passant la main dans les cheveux.

— Elle n'aimait donc pas Daiyu?

— Au contraire. Elle l'adorait comme une soeur et admirait tout ce qu'elle représentait. Le symbole de l'empire, la stabilité, le gage des traditions. Car contrairement à ce qu'elle dégageait, elle était très éduquée. Elle connaissait l'art du thé, de la calligraphie, les danses et jouait au Gu Zheng. Toute la symbolique antique des Li se retrouvait chez elle. Oméga et alpha à la fois... Sacha était la première à lui témoigner tout son soutien. Même si c'était toujours ironique et très bien déguisé. Elle apprécie moins Mycroft. Il ne devrait pas être aussi proche du pouvoir des Li selon elle... Et puis, elle le tient responsable pour la chute de Dimitrov et tout ce qui suit.

— Pourtant, tout le monde semble aimer Mycroft.

— Oh que non! Il s'est fait beaucoup d'ennemis. Mais avec Bai Long, Diesbach, Daiyu, K' et nous autres à ses côtés, il a réussi à les dégager les uns après les autres. Dont Dimitrov. Sacha ne le déteste pas pourtant. Elle comprend l'importance de Mycroft et de son génie auprès de Bai Long. Mais la raison ne fait pas tout. On a tous du mal à contrôler nos sentiments malgré tout le lavage de cerveau qu'on subit.

— Je ne voyais pas les choses dans ce sens.

— C'est pour cela aussi que je me suis retirée. Trop de tensions internes à l'époque. C'est mieux aujourd'hui. Il faut dire qu'il s'est calmé et... Seuls ses amis et alliés constituent la garde d'élite de la SSA donc c'est beaucoup plus facile.

— Sacha voulait donc me dire tout cela.

— Oui.

— Mais pourquoi?

— Parce qu'elle te considère comme sa rivale et donc égale. Plus que K' et les autres. Vous vous ressemblez beaucoup malgré vos personnalités différentes...

Alice se pencha vers elle et l'inspecta attentivement.

— Elle veut que je sympathise à son sort pour la tirer de là...

— Bingo Anna! C'est une redoutable manipulatrice.

— Mais elle a quand même mis en danger tout le monde... Et Marco... Et... Oh mon dieu...

— C'est la vie. Avec un passé aussi lourd que le leur, des sacrifices seront toujours faits. Tu es nouvelle ici. Tu n'as pas eu à vivre les années de disette comme nous.

— Elle m'a donc eu? Mais non... C'est pour un même bien.

— Oui et non. Elle a toujours fonctionné ainsi. Moi-même ai souvent été prise à son piège. Puis, on s'y fait. Dis-toi qu'elle a éliminé la Reine Noire, pris les commandes de la Roseraie et commencé à la rendre moins dangereuse.

— C'est vrai. Mais plus maintenant.

— ...

— Alors, que fait-on? demanda Anna, anxieuse de se retrouver une nouvelle fois prisonnière d'une toile indéchiffrable.

Alice la regardait avec bienveillance, appréciant la douceur de la jeune oméga.

— On te dit tellement froide... Mais c'est une couverture, lui murmura-t-elle.

Anna releva la tête et acquiesça.

*xXx*

Royaume-Uni, Londres

18 juillet

Jour 219

Molly jeta un regard sévère à Paul et Raf. Les deux bêtas lâchèrent la boîte à gâteaux destinée à Sally Donovan. La médecin légiste leva les yeux au ciel et s'en alla retourner au bureau. Sous sa lourde blouse blanche, un pantalon tailleur et chemisier noirs se dévoilaient. Ils étaient tous en deuil.

— J'ai l'impression d'être constamment épié par Molly, chuchota apeuré Paul.

— Tu peux me croire... J'ai l'impression qu'elle nous espionne la nuit!

— Il faut lui trouver un bêta ou un alpha, s'exclama tout doucement l'ex DI.

— Impossible, elle était amoureuse de Sherlock! Qui pourrait lui arriver à la cheville? Je ne connais personne...

— Ben... Toi.

— Ah non.

— Pourquoi pas? En plus, tu es jeune. Elle t'aimera pour ta fougue.

Raf Sullivan devint rouge pivoine.

— Et puis, vous ferez de beaux bébés ensemble. Bien métisses. Avec sa peau de rousse et ton grain exotique, je vois déjà les combinaisons possibles.

— Tu n'es pas sérieux! Sally est en soins intensifs dans la chambre d'à côté et on porte le deuil!

— Marco aurait adoré vous voir ensemble...

— Il reposera davantage en paix lorsqu'on aura retrouvé Ethan, soupira Raf en détournant le regard.

La disparition d'Ethan était au coeur de presque toutes les préoccupations. Le bêta s'était sacrifié pour les autres, emmenant dans un hélicoptère la bombe avec lui. Nul ne sait où il était.

S'il était en vie.

Les recherches s'activaient mais on n'avait pas que cela d'urgent. La SSA était une nouvelle fois mise à pied. Bai Long s'était cloitré dans sa demeure. Kalyn et Aden préparaient déjà la revanche. Sherlock et Alice travaillaient sur les systèmes privés de la Roseraie. Mycroft se reposait, une nouvelle fois réveillé d'un coma. Greg avait repris son poste au sein de la HKPD et tentait de calmer les révoltes parsemées en Asie contre la politique de Bai Long. Anna avait fait un magnifique travail de propagande pro-Bai Long aidée par les réseaux sociaux et une bande de jeunes idéalistes ralliés à elle et son sens de la hype.

Ils ne s'étaient jamais imaginés être témoins de ce qui s'était passé en Europe et Etats-Unis en Asie. Le choc était d'autant plus dur à encaisser que Diesbach s'était décidé à convoquer tous les chefs d'états alliés pour une mise au point. Le décès de Marco l'avait profondément remué.

Et Sacha qui demeurait introuvable.

Raf se frotta le visage et regarda d'un air morose son ami Paul qui tentait depuis quelques jours de ranimer la bonne humeur au sein de l'équipe restée à Londres. Il y réussissait plusieurs fois par jour, mais jamais bien longtemps.

— J'ai l'impression d'être inutile ici, prononça Paul après un long silence.

— Paul.

— Vous tous avez un but, un rôle dans cette histoire avec vos capacités et vos esprits sur-doués. Que ce soit Molly, Sherlock, toi, Mycroft, Alice... Vous avez tous votre rôle à tenir. Il y a déjà trop de flics. Sally, Greg... Ils ont réussi à poser leurs marques et aider tout le monde à leur manière. J'ai l'impression d'être le clown de service. Quand Ethan et Aden ne sont pas là.

— Paul. Tu dis n'importe quoi. Sans toi, on ne serait pas ici. N'oublie pas qu'à Shanghai, on était une bande d'intellos inutiles sans ton sens de l'action. Et Anna te doit la vie.

— Mais on a perdu Marco et Ethan s'est évaporé dans les airs.

— Il n'y a pas eu d'explosions. Tous les civils ont été évacués et nous n'avons pas essuyé de revers importants. Le peuple asiatique nous soutien dans sa très grande majorité et la popularité d'Anna est à son sommet. Elle dit toujours que c'est grâce à toi, son fiancé. Alors arrête de ruminer et retourne mettre l'ambiance. Molly et Sam se disputent depuis trois jours déjà. Ces deux rousses...

— Je devrais retourner au Met pour me rendre utile à Amelia. Au moins.

— Mec, tu fais ce que tu veux. En tout cas, je te soutiens. Sauf quand tu tiens encore mon paquet de chips sous ta veste. Alors si tu peux me la rendre...

*xXx*

Royaume-Uni, Londres

18 juillet

Jour 219

Amelia Longburn-Banaart regardait les nouvelles défiler sur les différents écrans de son large salon en se rongeant les ongles. Sa manicure à trente livres venait de s'envoler ainsi, perdue entre ses dents stressées et les caresses d'un chien qu'elle venait d'acquérir pour faire plaisir à sa progéniture.

— Maman...

— Pas maintenant, Sophia. Va faire tes devoirs d'abord...

— Mais maman... Bertie m'a encore mangé mes jouets...

— Sophia, tes devoirs.

— Maman...

Elle lui lança un regard sévère et la gamine aux boucles auburn déguerpit rapidement, le chien à ses basques. Elle se désolait de ne pas être aussi souvent auprès de ses enfants mais l'urgence de la situation ne lui laissait pas le choix. Depuis plus de deux ans maintenant. Les enfants vivaient entre l'ombre de leur père et les nounous. Ce n'était pas une vie.

— Tu devrais m'appeler plus souvent. Paul adore les enfants, la salua Anna, un verre de jus d'orange entre les mains, accoudée contre l'embrasure de la porte.

Amelia sourit, épuisée mais soulagée. La présence de la B Oméga lui procurait un sentiment de sérénité bienvenue. C'était le don des omégas. Ils avaient cette capacité innée de détendre l'atmosphère.

— Ma foi, s'il veut devenir nounou à plein temps, je ne dirais pas non. Je suis désolée de me présenter ainsi à toi.

Anna regarda autour d'elle. Amelia avait quelque peu honte de l'état déplorable de son intérieur. Malgré la présence d'une femme de ménage à la poigne de fer, sa maison ressemblait à un asile de fous. Elle-même n'était pas dans un meilleur état. Elle avait enlevé sa tenue de travail pour un de ces combos pyjamas de Marks & Spencer qu'elle adorait malgré leur esthétique douteuse. Anna haussa les épaules et tant bien que mal, parvint au canapé dans lequel elle s'écroula. Aussitôt, les deux femmes se concentrèrent sur les nombreux écrans.

— La presse aime exagérer. Tu devrais le savoir après tout ce temps passé avec moi, s'amusa à la taquiner Anna.

— C'est ce qui restera dans les mémoires qui compte. Et le monde est tourné vers la disparition soudaine de Sacha. Qu'as-tu prévu de faire pour ça?

— J'ai envoyé par l'intermédiaire d'une agence suisse un communiqué soi-disant officiel pour expliquer une crise de surmenage soudaine.

— Ca ne va pas lui plaire.

— C'est mieux que de diffuser les photos de son bras retrouvé au Vatican.

— Qu'en pensent ses assistants?

— Je n'en sais rien. Mais Diesbach ne veut rien entendre et Kalyn trouve cela plausible. Paul aurait aimé ne pas soulever le problème de surmenage. Il dit que ce n'est pas très... convenable pour sa réputation. Mais c'est si vrai, regarde-toi! Tes enfants pensent que tu es devenue un fantôme...

— On ne devrait pas parler de surmenage. Je suis d'accord avec Paul.

— Le plan initial était de communiquer sur un voyage hautement sensible qui expliquerait sa disparition des ondes. Mais comme on ignore combien de temps on a avant de la retrouver...

— On pourrait parler de maladie.

— Difficile puisque tous les médias se concentreront sur son rétablissement. Tandis que le surmenage...

— Ca fait très magazine féminin tout cela, Anna, sans t'offenser.

— Justement! Sacha est une femme. De cette manière, on assoit sa position unique dans la sphère politique internationale. Même si les alphas femelles sont de plus en plus nombreuses...

— Le combat féministe et oméga concerne avant tout les bêta femelles et les omégas qu'importe leur sexe. Mycroft est un bien meilleur étendard que Sacha...

— Mais dans beaucoup de pays, il reste encore peu commun pour une alpha femelle d'arriver à un tel poste, la coupa Anna.

— On risque de crier à l'hypocrisie.

— Sauf si je sors de l'ombre et parle d'elle...

— Deux femelles. Une oméga, l'autre alpha... Si j'interviens également, ça fait une bêta en plus. C'est pas mal, mais pas assez. Il faut regrouper des omégas mâles.

— Ils sont trop rares. La société les considère encore comme des êtres bons à procréer et faire la vaisselle...

— Il faut que je trouve un dirigeant oméga mâle.

— Il n'y en a pas, tout simplement. Sacha, la Reine de Suède et toi êtes les seules à occuper des postes de dirigeants dans le monde. En excluant Bai Long et Mycroft bien sûr...

— Je devrais en nominer un... Ou demander à un homologue d'en placer un. Tu sais à qui je pense? Ce Pierre de Mondres. Il est bien oméga non? Certes un peu trop jeune et coincé dans la police française mais il est loyal à notre cause. Dans le cas contraire, je devrais former un oméga moi-même. J'ai quelques pépites sous la main. Le problème restant leur âge...

— Il y a donc si peu d'omégas mâles dans les hautes sphères de la politique?

— Anna. Moi-même je ne devais jamais entrer dans ce milieu si ce n'est pour vous tous. La politique est un milieu très fermé, surtout aux non-alphas. Si Albert avait ouvert une voix étroite, faire entrer un oméga mâle relève presque de l'impossible. Mycroft étant bien entendu l'exception. Il est bien plus facile pour une oméga femelle de se faire une place. Il vous suffit de jouer les C Bêta et voilà. Mais pour les omégas mâles...

Des bruits de pas vinrent les interrompre. Cette fois-ci, ce ne fut pas une mais trois têtes d'enfants qui apparurent.

— Les enfants, qu'est-ce que j'ai dis? Allez terminer vos devoirs et vous coucher. Je n'ai pas l'intention de passer une nouvelle soirée à essayer de vous endormir.

— Mais maman... s'écrièrent en coeur la bande de bambins.

Amelia se leva et s'accroupit devant son aîné.

— Matthew, tu devrais emmener ton frère et ta soeur en haut. Je dois terminer de régler quelques affaires avant de vous rejoindre, entendu?

L'aîné de dix ans acquiesça lentement et emmena les deux autres enfants à l'étage.

— Je suis désolée de t'inviter dans un désordre pareil.

D'un geste, Anna l'arrêta.

— Tu devrais voir mon appartement. Il est tellement petit que je ne vois plus la couleur du sol. Nous sommes à Londres. Il est normal de vivre dans des placards.

— J'ai encore plus honte. Un duplex en plein coeur de Londres est un luxe.

— Pourquoi n'as-tu pas choisi de vivre à Downing Street?

— Tu rigoles! Avec ces enfants et toute la valse de la SSA ici, je vivrais un enfer là-bas. C'est la seule liberté que j'ai eu après mon élection.

— ...

— Je ne pourrais pas enchainer plusieurs mandats à la suite.

— ...

— C'est pour cela que je dois tout régler avant la fin de mon mandat. Je n'ai pas envie que mon successeur traine les problématiques liées à la SSA. C'est mon combat.

— Alors tu devrais songer à postuler pour un second mandat, Amelia. Au vue de ce qui se passe, on aura besoin de toi.

— ...

*xXx*

Hong Kong

20 juillet

Jour 221

Non.

— Si.

— Greg.

— Mycroft.

— Je refuse.

— Tu n'as pas le choix, amour.

— Mais pourquoi moi?

— C'était une décision unanime. Tu n'iras pas.

— Mais... Greg!

— Non.

— K...

— Elle est d'accord avec moi là-dessus.

— Je dois y aller!

— Ah non, chéri. Je te l'interdis. Lorsque tu auras donné naissance à ces deux amours, tu pourras faire ce que tu veux. En attendant, tu es de corvée repos.

Le couple s'échangea un regard noir.

— Jamais.

— Oh que si. Meredith a été formelle. Elle refuse catégoriquement de voir son fils chéri aller à Londres pour faire une virée cordiale au MET. Nous sommes déjà assez nombreux à devoir protéger et aider Anna dans sa démarche.

— Elle n'arrivera pas à convaincre le peuple suisse. Surtout en partance de Londres.

— Mais la BBC World exerce un pouvoir considérable dans la sphère médiatique. Laissons-la faire son travail. Amelia appuiera sa déclaration.

— La Roseraie n'acceptera jamais cette excuse bancale. Elle fera tout pour prouver le contraire.

— Mycroft. S'il te plait. Tu as besoin de te reposer. Ton corps ne supportera pas plus de chocs. John a été clair. Tu as connu trop de crises et de comas pour t'aventurer à voyager sur un coup de tête. Encore quatre mois et tu seras délivré.

— Je serais gros et immonde.

— Tu seras magnifique et plus que sexy. Menteur. Tu sais très bien ce que tes hormones me font...

Mycroft détourna le regard. L'alpha l'embrassa sur la tempe.

— Ton parfum me rend fiévreux. J'ai envie de te prendre, là, ici. Tout de suite. Comme toujours. Et tu le sais bien. Un oméga en gestation ne laisse personne indifférent. Et toi... Si beau... Si tendre et rose et plein de mon amour...

Il continuait de l'embrasser sur la joue, le nez, la nuque. Il lui mordilla l'oreille. Mycroft continuait de l'ignorer.

— Je serais bientôt une baleine et nous n'avons pas de temps à perdre. Si je reste tranquille, tu me promets d'aller à Londres et épauler Anna. Je n'ai pas envie d'assister à une seconde tuerie devant des millions de téléspectateurs, le gronda Mycroft.

Greg lui massait le cou.

— Mais tout pour toi. Et je prends Sherlock avec moi...

— Oui, prends-le. Il est insupportable depuis la disparition d'Ethan. Et tous les autres. Je ne crains rien ici.

Le regard désapprobateur de l'alpha le coupa.

— Tu me prends pour un oméga sans défense, attesta Mycroft avant de s'enfoncer dans un silence accusateur.

Greg soupira.

— Mais non! Bien sûr que non. Jamais même. Surtout depuis la raclée que tu as donné à Aden l'autre jour. Mais... Je n'y peux rien... Je t'aime tellement et j'ai...

— Moi aussi je t'aime. Alors viens ici que je te baise avant de t'envoyer dans le prochain vol. Kalyn te suivra de près. On a besoin de détourner l'attention.

Greg l'embrassa.

— Alors tu prévois déjà des choses dans mon dos...

— Tu es bien trop excité pour que je te le dise, répondit simplement l'oméga en écartant ses lèvres pour accueillir la langue de Greg.

— Tu me rends fou.

— Tu l'es déjà pour me supporter.

— Hmm...

— Prends-moi et tais-toi.

— ...

*xXx*

Kalyn Keller le jugeait, sévère, appuyée contre l'armoire à robes transparentes de sa chambre re-décorée.

— Tu l'as envoyé à Londres avec ton frère pour être tranquille et te faufiler voir Dimitrov... Mais tu es fou, Myc'! s'écria-t-elle, les bras croisés.

Mycroft leva les yeux au ciel avant de la scruter des pieds à la tête. Il prit note de sa perte de poids, des couleurs noir et noir et encore noir de sa tenue sexy. La B Alpha avait attaché ses cheveux en une queue de cheval désordonnée et aux mèches folles. Sa crinière repoussait à une vitesse folle.

— Je n'ai jamais dit vouloir aller voir Dimitrov seul. Je pensais envoyer quelques hommes de confiance pour mener à bien cette mission de sauvetage complètement idiote. Ostrovski nous rend la vie impossible pour simplement montrer au monde qu'il est meilleur que moi... C'est... Puérile.

— Comme si tu ne l'es pas toi-même. Je te signale que tu dois rester au lit. Et arrêter de prendre Greg pour un sex-toy garde du corps. Il t'aime. Vraiment.

— Moi aussi.

— Alors fais des efforts et deviens humain. Et heureusement que tu n'y va pas... Tu veux donc que j'y aille?

— Sherlock n'est pas au courant même s'il s'en doute.

— Ce qui explique pourquoi tu l'envoies à Londres.

— Aden.

— Bien sûr. Lui seul connait assez bien Dimitrov après toi. Même moi ne le connais que de loin.

— C'est une mission délicate mais il faut en finir. Et nous devons retrouver Sacha au plus vite avant que le monde entier ne parle que de sa mystérieuse disparition, ajouta Mycroft en se massant les tempes.

— Oui... Alors quand devons-nous partir?

— Aussi vite que possible.

— Et... Sais-tu où il est caché?

— Demande à Alice. Elle a tout trouvé.

Kalyn lui sourit.

— Coquin... Je vois aussi pourquoi Greg est ressorti de la chambre tout essoufflé.

— Je porte des jumeaux et ma libido n'a jamais été aussi bonne. Bien sûr qu'il est essoufflé. Le contraire m'aurait déçu.

Elle gloussait de surprise.

— Alors vous allez bien. Je suis heureuse pour toi, Myc'.

— J'espère l'être pour toi bientôt.

— Je compte bien laisser Fil croupir avec Dimitrov si tu continues à me parler de ça.

L'oméga leva les deux mains en guise de défaite. Kalyn se défendit de fixer les traces de succions bien visibles sur le cou et la mâchoire de son ami. Ce dernier, toujours alité, rayonnait malgré la fatigue. Sa réconciliation avec Gregory Lestrade lui donnait une mine exquise. Il avait repris des couleurs, s'arrondissait enfin comme il le devait et possédait une libido à couper l'appétit de Sherlock en toute circonstance. Après tout, il était A Oméga. Kalyn ne serait pas surprise s'il devait retomber en gestation très vite après la naissance des jumeaux.

— Je ne compte pas devenir une machine à engendrer des gosses, déduisit Mycroft, la mine boudeuse.

Son amie leva les yeux au ciel et tourna les talons.

— On se voit demain pour un debrief final sur Londres. En attendant, bonne nuit. Et pas trop de bruits, hein? On a tous besoin de dormir, finit-elle par plaisanter en lançant un clin d'oeil à l'oméga.

Ce dernier rougit une dernière fois.

*xXx*

Royaume-Uni, Londres

20 juillet

Jour 221

Sally Donovan s'étirait doucement dans sa chambre d'hôpital privée. Elle souffla lentement pour bien libérer le stress infligé à ses membres durant les jours interminables qu'avaient duré sa convalescence. Comme toute alpha, elle se rétablissait à une vitesse fulgurante, surprenant toujours John Watson qui ne voulait pas entendre parler de sortie officielle avant plusieurs semaines.

Mais Raf était d'accord, tout comme Sam.

Alors John n'avait eu d'autres choix que d'accepter. Après tout, il n'était pas sur place pour scruter ses progrès.

— Salut toi! s'écria la voix bien reconnaissable de Paul Dimmock.

La B Alpha se remit debout et sourit par politesse.

— Et...

— Les recherches continuent de notre côté. Nous gardons espoir, résuma rapidement le bêta en lui tendant un paquet de chips, ses préférés.

Elle accepta le présent et l'ouvrit.

— Il te manque si je ne m'abuse, ajouta Paul en s'asseyant dans un fauteuil visiteur.

Elle acquiesça.

— On le retrouvera.

— C'est ce que tout le monde dit.

— Mais personne n'a entendu ni explosion, ni... Rien en fait. Alors rien n'est perdu, dit-il.

Elle pressa le paquet de chips contre elle, le regard baissé sur ses cuisses dénudées. Elle portait un short de sport moulant, un t-shirt thermique. Ses mèches rebelles tombèrent sur ses épaules baissées.

— Hé... Ne fais pas cette tête, tenta de la rassurer Paul.

— C'est bon.

— Je ne savais pas que tu t'inquiétais autant pour lui... Ne me dis pas que vous...

Elle releva aussitôt la tête, surprise.

— Ce n'est qu'un ami, rien de plus! On s'entendait bien, c'est tout...

— On le sait tous. Ethan et toi êtes presque inséparables en mission.

— Je le vois comme un frère.

— Comme tu veux.

— J'ai entendu dire qu'Anna compte faire un discours très prochainement pour répondre aux rumeurs circulant sur Sacha et sa possible implication dans une affaire entre le Circus et la Roseraie. Le public ne pense qu'à ces organisations...

Elle désigna une pile de magazines ayant pour sujet principal la conspiration Roseraie ou encore la domination cachée du Circus. Les organisations souterraines étaient devenues le nouveau phénomène à la mode. Même Sherlock Holmes n'était pas épargné. On disait de lui qu'il était au courant de la conspiration et cherchait à l'abattre. Si seulement le peuple connaissait la vérité...

— Ils sont proches de la réalité, ces médias. C'est pour ça qu'elle compte agir vite.

— Et où se déroulera le discours?

— A Hyde Park.

Sally leva un sourcil.

— Ne me demande pas pourquoi, je n'en sais rien. On doit donc déployer un service de sécurité à la hauteur et Kalyn nous a suggéré de nous faufiler au sein des équipes officielles du Met. Ainsi donc, je retrouve ma place! s'exclama le bêta en bombant le torse.

Sally continuait de sourire. Elle pressa les poings.

— Greg nous rejoindra rapidement...

— Je viens aussi.

— Mais... Sally!

— Non, je viens. Je suis la meilleure dans ce job et vous le savez tous, dit-elle fermement, déployant son aura alpha dans la pièce.

Dimmock se recroquevilla et ne put que s'y plier. La volonté alpha de la jeune femme eu raison de ses convictions. Il n'était qu'un bêta, instinctivement soumis aux forces instinctives des alphas.

— Désolée. Je ne voulais pas, s'excusa-t-elle en rougissant.

— Tu n'es pas en état de te conduire en alpha civilisée. Mais n'empêche... Tu me fais flipper!

— Alors travaille ton instinct A bêta. On aurait dit un C bêta voire un oméga. Avec Anna en plus... C'est bien elle qui porte la culotte dans votre couple, dit-elle pour détendre l'atmosphère.

Le bêta rit, gêné d'être pris en défaut.

— Oui, tu as raison. Anna me commande dans tout ce que je fais et pense. Mais je l'aime. Elle est extraordinaire.

— On le sait tous, idiot! Alors... Vous allez retrouver vos postes?

— Oui. Amelia a vu avec le manitou du Met. On est restitué à notre rangs d'avant.

— Raison de plus pour que je vienne.

— Qu'est-ce que tu veux que je dise... Tu es si têtue...

— En digne alpha, malheureusement pour toi.

— C'est prévu pour dans deux jours. D'ici là, on va augmenter les mesures de sécurité pour la protéger d'une attaque. Amelia est parano à ce sujet.

— Après ce qui s'est passé avec Albert.

— Oui.

— J'espère que tout sera utile.

— On a besoin de temps. Et c'est ce qu'elle va apporter. Mais pourquoi elle et pas un représentant suisse? s'enquit Sally en balançant les jambes.

— Je l'ignore. C'est une chose qu'elle a planifié avec Amelia et ses homologues alliés. Sans doute pour une question d'éthique journalistique officielle. Anna est réputée pour ne pas dépendre d'un seul état dans ses convictions et propos. Elle est donc digne de confiance aux yeux des médias.

— Si seulement ils connaissent la vérité.

— C'est ce que je me répète tout le temps.

*xXx*

Vous devez me trouver bien irrégulière mais j'ai mes raisons (job, job, et toujours job... Je fais partie de ceux qui bossent sans compter leurs heures XD). Mais aussi parce que je suis tout le temps en déplacement (pas facile d'allier hôtels et écriture).

Donc voilà les raisons de mon absence. Toujours les mêmes au final.

Je compte bien tout terminer, ne vous inquiétez pas. J'en suis même tellement excitée d'écrire la suite et fin (que j'adore déjà !) mais le temps me manque et j'ai besoin de dormir T_T.

Comme toujours, j'ai essayé d'exprimer les mêmes choses selon plusieurs points de vue (avec tous les personnages...). C'est presque une saga (désolée pour la profusion de persos et de détails). Mais cette histoire est un peu une base à ce que je rédige à côté (oui, j'écris un bouquin qui va probablement devenir une autre saga, sans omegaverse, promis!).

Voilà donc mes tribulations.

Bonne lecture et merci pour votre soutien! Je vous adoooooore.

Bisous