Trente-Huit bis —

Elle le regardait de ses grands yeux noirs, la bouche charnue teintée d'un pourpre évanescent, les cheveux décoiffés. Elle les referma un instant avant de le fixer à nouveau. Il ne voyait plus que ses yeux.

Et il sut. Il comprit avec certitude que c'était elle.

Elle avait reposé la tête sur ses mains croisées, un livre d'histoire des dynamiques d'un côté, une dissertation de l'autre, des stylos en pagaille tombant au sol.

Et elle le regardait, clignant des yeux parfois mais jamais ne le quittait.

Il la fixait en retour, se pencha en arrière.

Elle huma ses lèvres puis esquissa un sourire moqueur.

Il mima le geste.

Elle regarda sa copie d'étudiante en histoire des dynamiques.

Il rit.

J'ai gagné Myc'. Alors viens ici et corrige-la pour moi, d'accord? lui dit-elle en se relevant sur son siège. Elle n'avait pas encore vingt-ans. Lui commençait tout juste sa vie d'agent.

Il acquiesça et attrapa la main qu'elle lui tendait.

*xXx*

C'était elle.

Elle appliquait une lourde couche de rouge sur ses lèvres toujours aussi charnues. Elle se recoiffa en vitesse, plaquant ses cheveux en arrière. La coupe était carrée. Elle se tourna vers lui. Il voyait son reflet élégant dans le grand miroir de son dressing. Londres lui rendait une beauté subtile jours après jours. Elle reprenait goût à la civilisation. Elle avait fait connaissance avec Sherlock, John et Gregory.

Une robe rouge sang moulait ses formes discrètes. Elle tendit la main vers une boite en velour noir pour en extraire un lourd collier doré aux pierres semi-précieuses.

Elle, toujours elle.

Tu l'aimes, lui dit-elle avant de s'avancer vers lui.

Il baissa les yeux. Il ignora ces paroles.

Regarde-moi, ajouta-t-elle en lui prenant le menton.

Son regard entra dans son âme. Elle sut. Il comprit.

Tu l'aimes, répéta-t-elle en le relâchant.

Il rit.

Gregory Lestrade. Je le vois dans ton regard, je le sens dans tes gestes. Je l'entends dans tes paroles. Tu l'aimes.

*xXx*

Il sentait son regard dirigé sur Lestrade.

Elle le regardait, lui qui se tenait de dos. Ils n'entendaient pas ses paroles mais ils le savaient crier des ordres, les mains en action, sous la pluie éternelle de Londres.

Elle se tourna vers lui. Elle lui agrippa fermement la cuisse.

Il s'apprêta à donner le signal de départ au chauffeur. Mais elle l'en empêcha.

Tu l'aimes, lui rappela-t-elle encore une fois.

Il baissa les yeux. Elle regardait de nouveau à travers la vitre. Ils étaient à l'abris, réchauffés par le chauffage de la luxueuse berline aux plaques diplomatiques.

Il va attraper froid, lui dit-elle en désignant l'inspecteur d'un geste de la tête.

Il le regarda à son tour, il détourna aussitôt les yeux.

Mais Sherlock, John et Mrs. Hudson s'occuperont de lui... Il a des amis. Et toi? ajouta-t-elle.

J'ai toi. J'ai Kalyn, lui dit-elle.

Elle lui prit le visage et l'embrassa sur le coin des lèvres.

C'était elle. Toujours elle.

*xXx*

Je t'aime, l'entendit-il lui murmurer.

Il se cala davantage contre elle, enfouit son visage dans le creux de sa poitrine. Elle lui caressait les cheveux et lui murmurait son amour.

Je t'aime aussi, lui dit-il.

Elle était sa force, son amour, sa vie.

Tu es mon âme-soeur, lui dit-elle.

Il sentait son odeur unique. Mi-alpha, mi-oméga.

Et tu l'aimes, lui dit-elle une nouvelle fois.

Il ne répondit rien. Il se contenta de respirer sa senteur et de la graver une nouvelle fois dans sa mémoire.

*xXx*

Elle sortit sur le balcon. Ils étaient une nouvelle fois de retour à Paris. La ville qui les avait vu devenir des hommes et des femmes.

Venise me manque, lui dit-elle.

Elle était en pyjama, le pantalon bas sur ses hanches, les pieds perdus dans le coton Princesse Tamtam offert par Kalyn. Elle tenait une grande tasse de son thé préféré.

Il s'adossa contre la bordure et croisa les bras, en chemise, manches retroussées.

On devrait y retourner, lui dit-elle.

Elle pencha la tête vers le côté.

Non. Ma vie n'est plus là-bas, lui dit-elle.

Tu n'arriveras jamais à l'oublier, lui répondit-il.

Tu es mon âme-soeur, souffla-t-elle.

Et Will était ton coeur, lui murmura-t-il en la laissa repartir dans leur chambre.

Il regarda Paris, la tour Eiffel qui s'éclairait. Kalyn ne devrait pas tarder. Aden venait de lancer une nouvelle OPA bancale contre elle.

Gregory Lestrade logeait à quelques rues de là.

Tu l'aimes. Tu ne penses qu'à lui, l'entendit-il lui dire de la chambre.

Il se retourna, s'appuya contre la bordure du balcon et regarda la ville des lumières dans sa splendeur nocturne.

*xXx*

Mycroft, lui répétait-elle inlassablement.

Il entendait encore ces échos. Dans ses rêves, ses pensées, son coeur.

Son âme-soeur.

Je t'ai manqué toutes ces années?

Si seulement elle savait. Elle ne lui avait pas manqué. Il s'était languis d'elle. Il s'était endeuillé. Puis lentement, il s'y était fait. Et de temps en temps, il repensait à leurs chamailleries, à ses longs cheveux noirs, sa gourmandise infectieuse, à son rire sonnant.

Elle avait vraiment les cheveux au carré. Ses lèvres étaient rouges. Elle s'habillait chez Dolce & Gabbana couture et portait des colliers lourds. Sa démarche aguerrie s'était faite aux escarpins. Elle portait un sac à main. Et elle avait cessé de parler de Will comme avant.

Je ne pensais pas pouvoir m'arrêter de penser à lui. Mais avec le temps et les choses de la vie, on y pense de moins en moins. Est-ce que tu as vécu la même chose?

Il ne voulait pas lui donner raison. C'était comme s'il lui disait qu'elle était son âme-soeur. Elle était son âme-soeur. Mais c'était son secret. Il ne devait pas s'en faire pour elle. S'en faire pour les autres était la pire des faiblesse. Il devait rester fort et continuer son existence ainsi.

Mais tu t'en fais pour lui. Pour ton frère.

Pour Gregory. Pour Sherlock.

Et peut-être bien pour moi. Et Kalyn.

Pour Daiyu. Pour Kalyn.

On ne pouvait pas arrêter de ressentir. Elle était son âme-soeur.

Je suis ton âme-soeur. Tu n'as pas besoin de me le dire. Je le sais, c'est tout.

Il avait envie de la voir rire comme avant, de la voir berner son génie de frère, de la voir mettre en rage Bai Long et Gregory.

Je devrais y aller. Ils m'attendant.

La robe Dolce & Gabbana lui allait si bien. Elle devait aller aider préparer la réception d'anniversaire organisée pour Kalyn. Il la regarda partir.

*xXx*

Tu es magnifique, lui souffla-t-il dans l'oreille. Elle gloussa à la remarque et le frappa au bras.

Il la trouvait magestueuse dans sa robe Givenchy Couture sur-mesure. Toute en contraste avec le bleu glacial de Kalyn. Du rouge, de l'or, et encore du rouge. Comme les décors, ses lèvres, sa personnalité passionnée.

Toi aussi. Et il ne te quitte pas des yeux, lui dit-elle en observant Gregory.

Pour la première fois, il le regarda, lui.

Gregory dans toute sa splendeur virile. L'A Alpha se tenait auprès de ses amis, une coupe de champagne entre les doigts qu'il sirotait entre deux plaisanteries. Ses yeux scintillaient. Des pattes d'oies le rendaient humain. Il avait une main dans la poche de son pantalon. Parfois il la sortait pour se frotter le crâne.

Mycroft ne pouvait pas le quitter des yeux. Il le regardait encore et encore. Il s'enivrait de son apparence, se droguait de ses rires.

Je l'aime, souffla-t-il enfin.

Elle referma les yeux. Il l'imita. Ils se regardèrent.

Tu es mon âme-soeur, lui avoua-t-il.

Elle soutint son regard, l'encourageant dans sa décision. Gregory les avait vu. Il les salua. Puis il se tourna une nouvelle fois vers Sherlock et John, la plaisanterie facile.

Et il est l'amour de ma vie, lui avoua Mycroft.

Il sentit Daiyu poser la tête sur son épaule. Puis elle l'embrassa sur le coin des lèvres.

Tu es mon âme-soeur. Je suis la tienne. Et il est l'amour de ta vie. Comme Will était la mienne et le restera pour toujours.

Elle lui prit la main. Il plaqua sa paume contre la sienne. Il regarda leurs mains jointes. Kalyn chantait d'une voix grave et suave. Sa voix résonnait en fond. Daiyu avait refermé les yeux, l'attention dirigée sur le talent de son amie et ancienne amante.

Que ferais-je sans toi? lui murmura-t-il.

Tu l'aimeras... Greg.

Ce ne sera pas suffisant.

Je l'ignore. Tu es toujours là. Même si Will ne l'est plus. J'ai un vide dans mon coeur mais mon âme reste satisfaite. Je pense que ce sera le contraire. Tu auras le coeur plain, l'âme vidée. Ou peut-être pas. Après tout, nous mourrons tous un jour. Et je ne vis pas vraiment de manière simple. Alors je dirais... Je pense que tu t'y feras. Oui, je le pense bien.

Mycroft regarda la salle. Tout était splendeur et décadence. Tout était en honneur de la grandeur de la SSA, de sa force collective et de sa puissance stratège. On déclarait une guerre de vanité.

Tout ira pour le mieux, lui dit-elle en le tirant vers leurs amis.

*xXx*

Italie, Venise

22 juillet

Jour 222

Il s'y ferait. Il devrait s'y faire. Il pourrait vraiment s'y faire.

Mais elle était son âme-soeur. Son âme. Son être tout entier.

Il possédait un coeur. Des sentiments. Il aimait Gregory à en mourrir. Il aimait sa progéniture depuis le premier instant.

Mais son âme...

Il ne s'y ferais jamais. Elle était son âme-soeur, la seule et l'unique. Et il l'avait perdu.

Elle restait un peu encore, tant que sa mémoire demeurerait intacte. Mais viendrait un jour où il ne verrait plus son regard noir et ses cheveux courts. Un jour, il s'y ferait une nouvelle fois. Mais plus comme avant. Parce qu'elle était encore vivante à l'époque.

La mort rendait les souvenirs pâles, le technicolor dilué dans du gris et du blanc et un peu de noir. Ses cheveux noirs. Ses yeux noirs.

Mais ses lèvres restaient rouges. Encore plus rouges.

Merry. Daiyu. Son amie. Sa confidente. Son âme-soeur.

Il baissa les yeux, puis un genou, et puis l'autre. La terre était fraiche, alors que le ciel bleu et la chaleur lui rappelaient l'été. L'herbe était bien verte.

Elle voulait retourner à Venise, là où ils s'étaient rencontrés. Dans un bar, puis dans une grande place. Puis ils ne s'étaient plus quittés.

Elle l'avait emmené ici pour tenter de lui faire comprendre. Gregory n'avait pas vraiment compris, tout A Alpha qu'il l'était. Mais il avait appris sur elle, sur Mycroft, sur leur relation.

Comme William, il avait accepté cela.

C'était pour cela qu'il était également venu, un jour. Mycroft le savait. Il savait tout.

Aujourd'hui, il était là. Devant sa dernière demeure. Et Will à ses côtés. Venise était également leur ville à tous les deux.

Il aurait voulu présenter ses enfants à Daiyu. Mais ce serait dans un autre monde. Elle aurait été leur marraine de coeur, sans aucun doute. Et si Will était encore vivant... Tout serait si différent.

Mais peut-être qu'il n'aurait pas rencontré Gregory Lestrade.

Son coeur. L'amour de sa vie. Son bien-aimé. Sa raison de vivre à présent.

On disait toujours qu'un oméga recherchait l'amour, les alphas le pouvoir et la gloire. Il avait rit, longtemps.

Il aimait. Il avait aimé et il aimerait. Elle. Gregory.

— Il est dans mon coeur. Il le remplit un peu chaque jour, chaque seconde. Mais mon âme, elle s'est perdue, envolée avec toi. Avec le temps, peut-être qu'elle reviendra.

Il avait espoir. Il faisait tout ceci pour cela, n'est-ce pas?

Il regarda au loin, la mer calmée, le vent se faisant rare. Il était sur un pont. Il y avait déversé les cendres de ses deux amis, l'un après l'autre, des années séparant chaque geste. Ce pont qu'il tenait tellement à venir revoir encore une fois.

Il se demandait s'il sortirait vivant de son dernier acte. Sherlock avait tout mis en place. Et Aden et Kalyn avaient été tenus au courant connaissant son frère.

Mycroft leva une dernière fois les yeux vers l'horizon. Puis il dégaina son portable, envoya quelques messages au pilote d'hélicoptère qui l'avait emmené ici-même.

Il tourna les talons et se dirigea vers le musée où il avait appris à la connaître tant d'années auparavant.

*xXx*

Italie, Venise,

19XX

Hey Myc! N'oublies pas la soirée ciné de ce soir, lui cria Merry courant vers lui. Elle avait ignoré tous ses cours en maintien et élégance puisqu'elle était de nouveau vêtue de son uniforme t-shirt, jeans, New Balance. Elle s'assit sur la bordure en pierre du pont et lui sourit.

Mycroft lui promit de venir à la soirée avant de la remercier poliment de l'invitation. Il ne la connaissait que depuis deux semaines bon sang! Et elle lui adressait déjà la parole avec une familiarité naturelle.

Je vais te présenter un ami ce soir. Bon... Ami est un bien grand mot, c'est le fils d'un client à mon père. Ils ont jugé bon de nous présenter pour qu'il s'ennuie moins à Venise. Tu verras, il est cool!

Je ne sais pas si c'est une bonne idée que je vienne alors. Vous devrez parler de choses importantes pour les affaires de vos parents respectifs et je ne voudrais en aucun cas m'immiscer, bredouilla Mycroft la tête baissée.

Merry le fixa en retour tout en approchant son visage du sien. Elle balança les jambes contre la bordure et, jetant la tête en arrière, elle éclata de rire.

Dieu comme tu peux être drôle, Myc! Comme si les affaires de mon père et de celui de William nous intéressent. Il n'y a que toi qui prenne le business si au sérieux. Je n'ai que dix-sept ans et William vient d'avoir vingt ans. Nous sommes encore étudiants et comme tu le sais, je n'ai aucune envie de devenir une accro aux sous tout comme William! s'exclama-t-elle effaçant une larme de joie.

La surprise initiale passée, le jeune homme mêla son rire au sien, détendant l'atmosphère d'un coup. Pour la première fois, il laissa exprimer ses sentiments devant l'adolescente. Les minutes passèrent. Elle lui rendit un regard nouveau, celui qui ne la quittera plus lorsqu'ils se retrouvaient à deux: tendresse, confiance, chaleur enivrante et innocence.


Je prends du temps avant d'uploader le chapitre suivant pour ne pas perturber l'ambiance à la fois très action et très lente de la fin de cette longue histoire. C'est la fin, très vite, même si en terme temporel, cela se fera vers la fin de cette année. J'écris lentement en ce moment tout simplement parce que j'aime prendre mon temps (et aussi parce que je passer trop de temps à lire des fics Mystrade et Gendrya (ouaip, Games of Thrones for me! et je me demande encore comment j'ai pu passer à côté d'Arya x Gendry)).

Alors je suis un peu déboussolée.

Aussi, parce que je bosse beaucoup (sans blague!), que j'écris beaucoup à côté (j'écris un bouquin qui va être fleuve, d'ailleurs si certains veulent suivre la trame...), que ma vie se trouve entre trois villes dans deux pays (ne me demandez pas pourquoi, cela me prendrait trop de temps pour inventer des mensonges réalistes), que je fais un régime et donc du sport (j'adore les fringues et j'ai bien envie de rentrer dans les trucs uni-tailles qu'ils vendent sur les sites coréens), que je me demande ce que vont faire Moftiss et Jrr Martins pour mes deux ships préférés et pourquoi on a inventé ce truc nommé Boruto (ToT).