— Trente-neuf —
Honeymoon
de Lana Del Rey
Royaume-Uni, Londres
22 juillet
Jour 222
— Tout est prêt et opérationnel pour la conférence de presse de Mlle. Ulanov, confirma un technicien de télésurveillance à la salle comble.
Greg Lestrade, bras croisés, acquiesça. Il se tourna vers Dimmock et Donovan. Ces derniers se dirigèrent vers la porte d'entrée, suivis par les agents de police dépêchés par le MET. Tous des alphas et des bêtas.
Au fond de la salle, Anna Ulanov relisait ses notes pour se calmer. L'issue de la conférence était instable.
Soit, ils réussiraient à convaincre le peuple sur la question de la disparition de Sacha Li.
Soit, ils se prendraient à leur propre piège.
Amelia Banaart-Longburn et la journaliste avaient longtemps débattu sur le sujet.
Diesbach avait également participé aux pourparlers.
Ils n'avaient presque rien eu ni de la part de Mycroft Holmes ni de Kalyn Keller.
Anna Ulanov survola la salle des yeux une nouvelle fois, cherchant vainement la silhouette voluptueuse de Kalyn.
Elle ne s'était pas faite d'illusions. Kalyn Keller avait disparu.
*xXx*
— Mais attends-moi, K'!
Il courrait pour la rattraper. Elle ne se retourna pas, préférant continuer sur sa lancée. Aden se courba, se protégea la tête à l'aide de ses mains. Il tentait d'échapper aux bourrasques provoquées par son hélicoptère.
Kalyn Keller avait soudain décidé de quitter le MET pour se diriger vers l'aéroport. Au passage, elle avait pris possession de l'hélicoptère du bêta. Sans un appel paniqué de son pilote, Aden aurait été sans moyen de transport, sans nouvelles de la B Alpha.
— Mais que se passe-t-il enfin? cria-t-il par-dessus le bruit des hélices.
Enfin, elle se retourna, chevelure aux vents. Son regard était froid. Il n'était pas naif. Kalyn ne connaissait pas d'autres expressions lorsque la sécurité de Mycroft était en péril.
— C'est Mycroft?
L'hélicoptère les attendait. Il ne parlait pas fort. Il la connaissait suffisamment bien pour ne pas à avoir le faire lorsque son attention était là. Kalyn lisait sur les lèvres. Comme tous les meilleurs agents de la SSA.
Elle acquiesça. Elle portait un maillot de bain sous sa large chemise blanche en lin.
— Il est parti, dit-il.
— Oui, murmura-t-elle avant de se retourner pour grimper dans l'engin, son short en jean noir remonta sur ses fesses voluptueuses.
La porte lui était ouverte en guise d'invitation. Le bêta regarda autour de lui, et se sachant seul, il se précipita vers l'engin pour la rattraper.
— Alice m'a envoyé un message. Elle ne reçoit plus de signaux des appareils utilisés par Mycroft. Il a donc une nouvelle fois disparu.
— Est-ce que Greg est au courant? demanda Aden en terminant de s'attacher.
Kalyn repoussa ses cheveux en arrière afin de mettre son casque. Une fois la bride ajustée, elle jeta un dernier coup d'oeil au sol puis se tourna vers le bêta.
— Non et je ne compte pas lui en parler. Je pense que tu seras de mon avis.
Aden connaissait assez bien les A Alphas pour se placer de son côté. Apprendre la nouvelle à Lestrade en plein milieu d'une conférence de presse mondialement diffusée s'avérerait être de la pure bêtise. Il se rangea de son avis en silence et dégaina son portable.
— Alors où va-t-on? lui demanda-t-il encore.
L'appareil avait décollé. Ils se virent quitter la terre ferme quelques minutes. Puis Kalyn se tourna vers lui et soupira.
— Là où ils se sont rencontrés pour la première fois. Venise.
*xXx*
Dans les airs,
22 juillet
Jour 222
Il connaissait l'appareil comme la paume de sa main. Les recoins toujours oubliés du service de nettoyage. L'accoudoir usé du premier siège à gauche des toilettes. La banquette récemment changée du canapé principal. Le frigo et le compartiment à glaces tant adorés de Merry. Il reconnaissait le bruit de moteur de l'engin, le léger défaut de fabrication.
Le jet avait plus de quinze ans d'âge. Mycroft avait vu passer nombre de dossiers, prises de décisions personnelles variées.
C'était dans cet appareil qu'il avait embrassé Aden pour la première fois, au retour d'une visite de courtoisie à leurs intendants. Il y avait pris Kalyn dans ses bras lorsqu'elle s'était décidée d'arrêter de boire pour la cinquième fois. Elle avait recommencé à boire peu de temps après, ici-même.
Il avait avoué sa véritable identité à Sherlock et ses amis assis sur le canapé.
Il avait chanté avec Merry au cours du même voyage.
Il avait demandé à Kalyn ce qu'elle pensait de sa relation changeante avec Gregory.
Elle lui avait alors conseillé de ne plus passer à côté du bonheur.
C'était la première fois qu'il voyageait seul dans ce jet.
Il se leva de son siège et se dirigea avec précaution vers l'hublot le plus proche.
Il distinguait entre les nuages dispersés par le vent une terre ferme défiée par les vagues de la mer Méditerranée. L'atterrissage était proche. Par instinct, il recouvrit son ventre arrondi d'une main tremblante. Il avait rêvé de ramener ses enfants dans l'un de ses lieux préférés. Il n'y avait pas pensé si tôt.
Et en de si funestes occasions.
Il repensa aux noms qu'il donnerait à ses enfants. Gregory lui avait murmuré Rose. Il avait répondu Felicity. Un baiser sur la nuque. Puis Diane. Un souffle haletant. Et Emma. Il avait gémis. Prudence.
Les bras de Gregory, il les sentait autour de lui. Sa senteur épicée. La pluie et le bitume et les pupilles dilatées. Il tressaillit et se rassit. La douceur de son regard. Sa peau ambrée et ses yeux pleins d'amours. Cornelia.
Les caresses incessantes. Sa peau rugueuse. Le prénom d'un garçon. Parce qu'on ne connaissait pas encore leur sexe. Alors Samuel.
Gregory avait rit. Il l'avait imité peu après, lorsqu'il comprit qu'on ne devait pas jeter des noms ainsi.
Il fallait quatre noms. Deux filles. Deux garçons. Une fille et un garçon.
Sans compter les dynamiques.
C'était là que Gregory avait balayé la question de la main, convaincu qu'il ne fallait pas donner des noms en fonction des dynamiques, une pratique désuète et très souvent inadaptée à la véritable personnalité de l'enfant.
C'était pour cela que Daiyu Li avait choisi de se faire appeler Merry. Et lui Alexander.
— Monsieur, nous allons atterrir.
Mycroft s'attacha calmement. Il commença à passer ses plans en revue.
*xXx*
Royaume-Uni, Londres
22 juillet
Jour 222
Amelia pressa la main d'Anna une dernière fois avant le début de la conférence. On annonçait plus de deux cent millions de téléspectateurs rassemblés en occident. Selon toute vraisemblance, Bai Long allait également autoriser une diffusion cryptée en Asie.
Anna se mordait la lèvre. La pression exercée redoubla de force. Amelia tentait de la calmer.
Mais les brides du passé lui revenaient sans cesse. Des coups de feu et ces éclats de sang sur sa robe d'alors. Elle pouvait sentir l'odeur de la poudre, de la peur et du sang. Le sang de son ami et mentor, l'époux d'Amelia. Albert. Celui qu'elle avait tenté vainement de sauver de ses mains nues et de ses larmes.
Dans quelques instants, elle se retrouverait à sa place, une nouvelle fois, pour annoncer des nouvelles teintées de mensonge.
Et si personne ne la croyait?
Elle détestait ressentir un brin de soulagement à cette idée. Qui avait donc envie de mentir au monde entier?
Paul déposa tendre un baiser sur son front sous les regards ébahis des policiers du Met, dévoilant leur relation au grand jour. Il lui caressa la joue.
Le monde était si changeant, d'humeur capricieuse constante, en recherche perpétuelle de frisson. On adorait les pro-bêta. Puis on trouvait les traditionalistes moins rebelles, dotés de raison et de sagesse. Enfin, on se battait dans les rues. Trois camps: celui des bêtas, celui des traditionalistes, et ceux qui voulaient juste la paix. C'était ce dernier groupe qui était progressivement devenu dangereux, lorsque l'existence du Circus et de la Roseraie s'était faite connaître. Seuls contre des organisations promues à coup de discours, de publicité et d'icônes politiques et culturelles, ils s'étaient peu à peu sentis exclus. Ils s'étaient créés un propre courant. Puis vint la révélation sur le courant des asiatiques par concours de circonstances. Le monde s'était une fois pour toute égaré.
Une perte des repères constatée et attendue avec patience par Dimitrov Ostovski.
Anna Ulanov ne lui laisserait jamais la joie de contrôler et manipuler l'opinion et bientôt la politique mondiale pour une simple histoire de jalousie passée.
Elle devait mentir. Pour protéger ce qui restait encore de secret entre ces organisations. Car tout devait se régler en interne. Que ce fusse la disparition de Sacha Li, les combats idéologiques et un équilibre de plus en plus menacé entre deux mondes: l'Occident et l'Orient de Bai Long.
— Tu vas cartonner, lui murmura Sally en guise de réconfort.
La B Oméga inspira profondément. Elle relâcha le tout. Et jetant un dernier regard sur ses amis regroupés derrière elle, elle grimpa sur l'estrade qui la dévoilait au monde entier.
— Mesdames et messieurs...
*xXx*
Hong-Kong,
22 juillet
Jour 222
— Que de malheurs et de bordel dans ce bas monde, constata Eva en tenue traditionnelle avant de se replonger dans la liste des potentiels recrues de la SSA.
Une longue liste d'étudiants bientôt diplômés des meilleurs institutions dans le monde, pour la plupart également bénéficiaires d'une formation interne, comme Kim Yi Na et les enfants Banaart. Leur avantage principal: ils n'avaient pas ou peu de liens avec l'extérieur, ce qui en faisaient d'excellents agents sur le terrain.
Un écran plat était posé sur la table basse en face d'elle. Sur une moitié de l'écran, l'expression de Diesbach passa de soucieuse à choquée. De l'autre, Victoria de Suède se rongeait les ongles lorsqu'elle se savait être à l'abris des regards d'Eva.
— Dimitrov est un maître à ce jeu... Semer le doute et la folie dans les esprits même les plus éclairés, répondit Diesbach.
— Comment tout cela va-t-il se terminer? demanda Victoria dont la jeunesse et le manque d'expérience expliquaient encore sa curiosité.
— Pas dans un bain de sang, je l'espère, murmura Eva.
— Oh que non! Je ne le pense pas. Mais Sacha perdra sans doute son poste...
— Elle redeviendra diplomate. Un rôle qui lui sied à merveille, le coupa Eva.
— C'est vous qui le dites, Eva. Si les médias ne lui font pas la peau avant.
— Ce ne restent que suppositions. Et puis, je ne pense pas que la presse arrivera à la supporter bien longtemps. Après tout, Sacha possède une réputation de garce bien maitrisée. Revenons au sujet. Le principal ordre du jour est d'éviter une mort supplémentaire du côté de ces jeunes gens et une paix relative. Mais quelle idée que de faire un discours à ce sujet!
— Vous les connaissez bien, chère Eva. Ils ont le sang chaud et veulent en finir vite. Ils ont envie de passer à autre chose, dit Diesbach.
— Ces jeunes, toujours trop pressés... Il ne m'écoutent jamais. Depuis leur adolescence, je n'ai cessé de leur parler des vertus de la patience et du contentement. Mais Dimitrov voulait toujours plus.
— Moins que Mycroft en tout cas. Bai Long est en rage. Son protégé adoré s'est évaporé. Alice également.
— J'imagine donc que Kalyn n'est pas en reste.
— Evidemment que non. Aden et elle sont partis à sa recherche.
— Je parie que Sherlock Holmes n'est pas étranger à cette disparition soudaine et pile au moment propice, ajouta Victoria.
— C'est que vous les connaissez de mieux en mieux, Votre Majesté, plaisanta Diesbach.
Eva soupira et se pressa les tempes.
— Je ne devrais plus me faire autant de souci, dit-elle.
— Plus ils prennent de l'assurance, plus on perd notre influence sur eux. C'est une bonne chose à vrai dire...
— Même si je pense que Dimitrov n'est pas innocent derrière tout ceci?
— Qu'insinuez-vous?
— Voyons, Diesbach! Il provoque une nouvelle fois Mycroft pour le ramener dans ses filets. Souvenez-vous de la dernière fois... Alex ne nous a rien dit. Mais j'ai bien lu les rapports de l'équipe médicale sur son état de santé. Dimitrov l'a torturé. Et il n'hésitera pas à recommencer une nouvelle fois. Sauf qu'il va viser plus loin et ne va plus s'arrêter à sa personne propre et aux souvenirs de Merry et de Will, car Mycroft n'est plus seul. Il a Greg, Sherlock, Kalyn comme toujours et porte encore deux enfants.
— Mycroft Holmes est... En gestation? s'exclama Victoria, surprise.
— Oui et c'est désormais voyant...
— Mais Mycroft est très intelligent.
— Voilà le problème, Diesbach. Mycroft Holmes est trop intelligent. Trop brillant. Trop doué. Trop attirant. Trop... Tout.
— Donc trop idiot! plaisanta Diesbach.
Eva plissa les yeux.
— Ok. Bon. Alors voilà que notre Mycroft chéri se tire de notre sillon pour aller combattre en grand héros de tragédie son ennemi et ami de longue date, Dimitrov. Je peux dire par là qu'il est complètement cinglé et que Dimitrov est vraiment doué. Il a tout compris chez notre Mycroft et même ses amis.
— Surtout que Sacha Li est dans ses filets. Il n'hésitera pas à l'utiliser comme monnaie d'échange.
— On devra se fier à Filibert une nouvelle fois, soupira Diesbach.
— Je n'en suis pas si sûre.
— Oh? Devrais-je comprendre que vous également le pensiez traître? s'enquit Diesbach.
— Dimitrov possède un talent très troublant. Celui de manipuler les meilleurs manipulateurs, répondit Eva.
— Un peu comme Bai Long au final.
— Bien entendu... Après tout, c'était Dimitrov qui avait été choisi pour le succéder au départ, révéla Eva.
Elle regarda l'un après l'autre ses deux interlocuteurs, jugeant par leur réaction qu'ils n'avaient pas été mis au courant de l'histoire tendue des plans de Bai Long au départ.
— A son adolescence, Bai Long avait songé à marier Daiyu Li à Dimitrov Ostrovski pour des raisons de sens commun même si elle était promise à Aden Banaart depuis quasiment sa naissance, un choix plus classique et dans l'ordre des choses... Mais lorsque William Rothschild est apparu, il a dû changer ses plans en vitesse. Et puis, il y avait Séverin dont Dimitrov s'était entiché comme un puceau en manque. De toute manière, Dimitrov et Merry ne s'entendaient pas plus que cela. Elle le trouvait trop sérieux. Bref, heureusement que Mycroft Alexander Holmes est apparu à peu près au même moment. Bai Long a pu se rabattre sur cette seconde option, un A Oméga, comme lui au final. Cette option qui s'est finalement révélée être bien meilleure que Sacha Li ou encore Aden Banaart et surtout Ostrovski. La suite, nous la connaissons tous, continua-t-elle d'avouer.
— J'étais au courant pour Mycroft. Mais je ne connaissais pas l'histoire de tout ces mariages arrangés.
— Daiyu Li était Alpha-Oméga donc très rapidement infertile. Il fallait la lier vite et bien. Aden Banaart, de par sa filiation, était un choix idéal, même si bêta. Mais avec le temps, il était apparu comme pas assez ambitieux pour Bai Long, d'où son ses pensées vers Dimitrov, un alpha en plus. Sauf que Merry traversait une belle crise d'adolescence et il y a eut Mycroft, Will, Kalyn et des rêves de liberté et de jeunesse pleins la tête. Donc tout était tombé à l'eau. Pour le meilleur au final.
— Dimitrov en veut bien plus à Mycroft qu'aux autres, commenta Victoria.
— Ce n'est pas que de la jalousie envers lui qu'il éprouve. Il était jaloux de ses amis et de la liberté qu'on leur avait offert de surcroît. Ce que lui n'avait jamais profité à leur âge. Il devait se taire et suivre les ordres.
— Mycroft est dans de sales draps.
— Oui, surtout que Mycroft vit dans une culpabilité constante depuis que Dimitrov est parti de la SSA. Il a l'impression d'avoir saboté la grande oeuvre de Bai Long et de n'être qu'un remplaçant.
— D'où sa loyauté et sa soumission quasi-totale aux exigences de Bai Long. Du moins, lorsque des décisions majeurs sont en jeu, comprit Victoria.
— Je ne suis pas si sûr. Il n'est pas idiot, tempéra Diesbach en remontant ses lunettes.
— C'est justement sa faiblesse. Surtout avec Dimitrov. Mycroft se croit imbattable ce qui le rend bien vulnérable face à un individu aussi doué que fou comme Dimitrov.
— On verra ce que Kalyn va faire, espéra Victoria.
— Cela dépendra de Filibert, répondit Diesbach.
Eva se mordit la lèvre.
*xXx*
Dans les airs
22 juillet
Jour 222
— Il est l'héritier de Bai Long! s'écria Aden en mandarin.
Kalyn lui adressa un regard moqueur, mais elle comprit rapidement l'allusion. Leur pilote ne parlait ni ne comprenait le mandarin. C'était une langue approriée en de telles circonstances.
— Je le sais bien. Crois-moi, je ne me réjouis guère de le voir se mettre une nouvelle fois dans un pétrin pas possible, répondit-elle dans la même langue.
Elle croisa ses longues jambes halées. Elle portait des tennis datant de sa jeunesse.
— Qu'est-ce qui le pousse à toujours vouloir agir ainsi? lui demanda-t-il.
— La victimisation. Il a envie de souffrir et ce, devant nous, pour se sentir valable et aussi pour se punir de ses fautes. Bien que je ne vois pas en quoi elles sont graves à ce point...
— Tu n'es pas mieux.
— Non. Mais je ne mettrais jamais mes enfants dans un danger quelconque. Ce qu'il fait est insensé. Violent. On pourrait même qualifier cela d'égoïste. Il n'est plus Alexander, mais Mycroft, A Oméga en gestation de jumeaux. Pour Greg, pour Bai Long, et pour nous, il ne devrait pas agir ainsi.
Elle baissa la tête et soupira.
— Greg va être en rage. Sherlock aussi, ajouta-t-il.
Kalyn se tourna vers lui, le sourire en coin.
— Sherlock est au courant. Et je pense qu'Alice également. Jamais Mycroft ne pourrait disparaitre aussi vite et en toute discrétion sans son aide.
Le bêta se figea sur place.
— Je me répète... Sherlock est bien au courant! C'est un peu à contre-courant venant de sa part. En temps habituels, il ne devrait pas aider son frère aîné et ennemi comme il aime tellement nous le répéter. Et c'est un A Alpha donc génétiquement possessif envers les omégas de sa famille... Mais oui, il l'a aidé...
Aden riait jaune.
— Peut-être bien que Mycroft est le seul qui puisse mettre un terme à tout cela, avoua à demi-voix Kalyn.
L'appareil avait quitté le Royaume-Uni pour se diriger vers la France. Bientôt ils atterriraient pour un plein avant de re-décoller aussitôt. Aden possédait une large flotte mais seuls quelqu'uns de ses appareils étaient homologués à la fois aux Etats-Unis et en Europe. De ces rares exceptions, un seul uniquement pouvait traverser les frontières en toute légalité. Ce dernier avait juste le désavantage d'être rose bonbon.
Kalyn se demandait encore quelles étaient les raisons de l'ajout de la tête d'ourson en plus de la peinture rose. C'était nouveau. Elle avait l'impression de voler dans un défilé Moschino par Jeremy Scott.
Elle jeta un coup d'oeil à l'extérieur, oubliant la tête d'ours et se laissant progressivement envahir par des pensées angoissantes. Elle ne s'habituerait jamais aux élans héroïques de Mycroft Holmes. Jusqu'au jour où tout se terminerait. Mais elle préférait ne pas y penser et y aller. Toujours foncer pour ne pas réfléchir et pour le retrouver. Elle ne voulait plus être seule.
*xXx*
Royaume-Uni, Londres
22 juillet
Jour 222
Sherlock Holmes alluma une cigarette, gardant un oeil sur la personne d'Anna Ulanov. Pour la première fois depuis le discours d'investiture d'Amelia Longburn, Londres était assiégée par les meilleurs policiers, soldats et agents du royaume. Tout cela pour éviter un énième bain de sang.
Dimitrov ne laisserait pas une occasion en or glisser entre ses doigts. Moriarty aurait agit de façon similaire. Lui-même aurait saisi cette chance pour en finir une fois pour toute et apeurer une population déjà meurtrie et aisément manipulable.
Il releva la tête et laissa la fumée se dégager haut, très haut, jusqu'à se disperser dans les airs. Mycroft devrait être arrivé à destination. Ainsi que Kalyn et Aden.
Il avait finalement bien fait de laisser des indices à la B Alpha, prenant sur lui et combattant son instinct primitif de garder Mycroft pour lui seul. Les A Alphas étaient si possessifs envers les omégas de leur famille. Mais comme tout relevait d'une affaire de volonté, ce dont il n'en manquait jamais, il avait déchargé la responsabilité à la plus proche amie de son frère.
La B Oméga terminait de mettre en avant le travail immense des forces de l'ordre et la bonne conscience des citoyens dans le monde malgré toutes les incertitudes quant aux lois sociétales établies et révoquées sans cesse. Si seulement le monde avait connaissance des nombreuses tractations politiques voire guerrières entre Aden, Kalyn, Mycroft et les dirigeants du monde pour se remplir davantage la poche et financer le coût tabou de fonctionnement de la SSA.
Sherlock rit intérieurement. L'espèce humaine pouvait être si hypocrite parfois.
Si ce n'était pas pour son frère et surtout sa mère, il aurait sans doute regardé tout ceci se dérouler dans la rue sans aucun intérêt. Certes, John aurait cherché à agir comme il aimait toujours le faire lorsqu'une grand cause était en jeu. Mais lui n'en avait que faire. Ce n'était pas l'humanité qui l'intéressait dans sa globalité, mais les cas individuels. Tant de haine, de jalousie, d'envie et de manipulations à déjouer pour trouver l'origine des crimes. Tout cela, aidé par l'exactitude des sciences.
Il ne regrettait pas d'avoir fait la connaissance de Daiyu, de Bai Long et de tous les autres amis de son frère. Lorsque ces derniers n'étaient pas en train de courser derrière l'argent du moins. Mais on avait bien besoin de se nourrir et l'armement rapportait bien plus que le luxe et la finance pure.
Avec le recul, il se dit qu'il était bien différent à présent. Déjà, sa coupe de cheveux. Puis le fait d'être père de famille. Son rôle ne se limitait plus aux crimes locaux. John et lui.
Il fouilla dans ses poches pour retrouver son portable. Le dernier modèle auquel il avait largement contribué lui donnait, en plus de la localisation de son frère, tous les paramètres géographiques, météorologiques et même politiques de la région concernée.
Pour le moment, rien ne semblait perturber leurs plans.
Sherlock envoya les coordonnées de Mycroft à Kalyn. Il lui faisait confiance pour épauler son frère. Quant à lui, il resterait ici pour éviter à Greg de penser à autres choses qu'à leurs missions principales.
Il ricana.
Il n'aurait jamais pensé agir pour les sentiments des autres. Les sentiments... Il ricana une nouvelle fois.
— Sherlock?
Il se tourna vers John qui s'était rapproché de lui en toute discrétion. Leur lien les empêchait de se montrer vigilant l'un envers l'autre. Ce qui était parfait lorsqu'on cherchait à surprendre son partenaire.
Son oméga le regardait, un sourcil levé, comme s'il venait de découvrir une nouvelle facette de l'A Alpha.
Sherlock piétina sa cigarette pour éviter une énième engueulade sur la santé de ses poumons et lui offrit un sourire. Un peu faux.
— Sherlock...
— Rien.
— Pourquoi fais-tu cette tête?
— Hmm... Je me demande ce que diraient tous ces gens s'ils apprenaient qu'Anna était financée par deux des plus grands milliardaires de ce monde. L'une ne jure que par la finance et le luxe. Deux conséquences de l'orgueil et vanité humains. L'autre par la technologie et surtout, mais c'est un groooos secret: l'armement, murmura-t-il.
John hocha les épaules.
— Kalyn et Aden arnaquent les cons de ce monde. Ce n'est pas plus mal au fond.
— D'autres diront que ce n'est pas éthique.
— On rend à l'humanité bien plus.
— Je ne pense pas que Mycroft soit un cadeau pour l'humanité.
— Peut-être pas lui, mais regarde ce qu'Anna promet. Les gens sont captivés. Ils peuvent rêver et espérer. C'est sans prix.
Sherlock l'observa en silence, le sourire en coin.
— Comment as-tu pu rester vivant aussi longtemps en Afghanistan avec une naïveté pareille?
Le B oméga haussa les épaules.
— Je sais pas. J'avais besoin de repayer ma dette envers l'état. Tout le monde ne peut pas se payer des études en médecine, surtout à Londres! Et je devais rester vivant si je voulais au moins exercer mon métier.
— Pragmatisme. Je vois.
*xXx*
Italie, Venise
22 juillet
Jour 222
— Comment va notre chère invitée?
Filibert regarda son interlocuteur, le verre de vin vers ses lèvres. Il finit par reposer la gourmandise et se tourna vers l'écran.
— Oh mais tu ne grimaces même plus! C'est qu'on se rétablie vite, n'est-ce pas? ajouta son visiteur au sourire narquois.
Filibert n'était pas une chiffe molle. Il reprit son verre et termina de l'engloutir. Puis il pointa l'écran du doigts.
— Elle est vivante et... Presque en bon état.
— Elle est folle. Comme toujours. Elle a toujours été folle.
Il regarda la prisonnière se parler à elle-même dans une folie maladive. L'image noire et blanche ne montrait pas les éclaboussures rouges écarlates étalées dans la cellule. Ni l'état de son maquillage froissé et ses lèvres blêmes.
— Elle délire. Elle pense m'avoir tué, ajouta Dimitrov, hypnotisé par sa captive.
Filibert se versa un autre verre. C'était son dernier. Il n'avait pas envie qu'on le croie alcoolique.
— Elle pense que je suis à ses côtés, dit-il pour appuyer la conversation.
Dimitrov l'observa du coin des yeux puis éclata de rire.
— Peut-être bien que tu l'es. Qui me dit que tu n'es pas traître?
— Moi-même j'ignore de quel bord je suis. Tu me rends la vie impossible. Déjà avec Mycroft que tu as gardé quelques temps entre tes jambes et voilà Sacha que tu t'amuses à traiter comme un hamster en cage. Qui me dis que je ne suis pas un autre de tes joujous?
— Et qui me dit que ce n'est pas moi ton joujou plutôt? Ah mon vieux Fil'. Toujours aussi calme et doux. C'est à ce demander lequel de nous trois est le plus malade. La folle en cage, moi, ou bien toi?
— Au vue de ce qui se passe à l'extérieur, je dirais bien toi. Après tout, tu es un peu à l'origine de toute cette merde. Mais Sacha est bien partie pour finir internée.
— Elle s'est presque arrachée la peau en s'imaginant me tuer... avec un seul bras.
— Mycroft aurait réussi avec moins.
— S'il n'est pas en train de se voir baiser par un alpha ou un bêta disponible, cracha Dimitrov.
Sacha Li poussa un râle sonore avant d'hurler le nom de Dimitrov.
— Elle m'aime tellement! Elle pense pouvoir me sauver et me rendre auprès de Bai Long.
— Elle a peut-être raison.
— Peut-être que c'est toi qui a envie de rentrer retrouver papi, tenta de le provoquer Dimitrov.
Filibert leva les yeux au ciel.
— Qu'importe tes avis. Je me barre. J'ai à faire.
— Tu sais que les médecins vont te traiter de méchant garçon. Avec tes blessures, tu ne devrais pas devoir bouger autant, le piqua une nouvelle fois Ostrovski.
— Peut-être que j'ai tout simplement envie de ressentir les blessures infligées par Kalyn Keller sur mon corps.
— Oh je vois! A défaut de la toucher et la prendre, tu te fait torturer par elle. L'amour, l'amour, l'amour... Hmm... Mais regarde-la. Elle est tellement belle, même avec un bras en moins, murmura Dimitrov, le regard bloqué sur la figure évanouie de Sacha Li.
Filibert sourit discrètement. Le lien entre Sacha et Dimitrov ne s'estomperait jamais. Il regarda à son tour l'écran et malgré son air débonnaire, il ne put s'empêcher de se sentir terriblement coupable de ce qui lui arrivait. Sacha ne méritait pas cela. Elle n'avait rien à faire dans leurs histoires. Mais son amitié ancienne pour Dimitrov l'avait rendue bien nostalgique. Jusqu'à tomber dans son piège. Perdre un bras certes... Mais sa raison et sa clarté d'esprit.
Le B Alpha détourna les yeux de l'écran et quitta la pièce. Il avait à faire comme il venait de le dire. Et aussi, il ne voulait pas la voir ainsi, délirer dans ses rêves éveillés, fiévreuse d'une amitié disparue et d'un manque de soin médical minimal. Filibert serra les poings une fois sortit de la pièce.
On le disait traître, des deux côtés. Il referma les yeux et inspira deux fois. Il alluma son portable et inspecta les messages reçus entre-temps.
